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Débathumanite-fr· 8 octobre 2026 71 minContradictoireActualité / polémiqueTravail & emploiImmigration & asileSolidarités & familleInstitutions & élections

Quelle stratégie de la gauche pour faire reculer l’extrême droite ? Avec Ruffin, Nottin et Tondelier

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 51 %Attaque 31 %Défensif 18 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 4:32OuverteRéponse directe

    Est-ce que tu pourrais nous tirer une sociologie des votes d'extrême droite suite aux élections de 2022 ?

  • 6:58OuverteRéponse directe

    Est-ce que le tableau de la sociologie du vote RN que vient de dresser Pierre Wadlow est-ce que c'est un peu ce que vous avez retrouvé en campagne ?

  • 10:08RelanceRéponse directe

    François Riffin, une réaction à ce que vient de dire Bruno Notin

  • 13:48OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pourriez résumer rapidement les votes des classes populaires dans les zones périurbaines et expliquer les facteurs qui conduisent à ce vote d'extrême droite ?

  • 17:55OuverteRéponse directe

    François Riffin, vous nous expliquiez en quelques mots ce que vous entendez par 'fâché, pas facho' et si derrière cette expression, c'est pas nié aussi une part de xénophobie qui a pu conduire certains électeurs à voter pour le RN ?

  • 24:32OuverteRéponse directe

    Pierre, toi qui fais ton terrain sur des territoires similaires, quels sont les types d'arguments qui sont avancés pour les gens qui votent Front National ? Est-ce que ça serait vraiment un vote contestataire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:03InvitéFait
    « Alors, pour ce qui est de l'électorat Front National, c'est un électorat qui est globalement très compliqué à caractériser parce qu'à la fois, c'est un électorat qui a beaucoup évolué ces 20 dernières années. »
  • 6:18InvitéChiffre
    « Globalement, on a, en fait, des gens qui gagnent entre 1 000 et 1 500 euros, par exemple. »
  • 6:41InvitéFait
    « Le Front National se targue souvent d'être le premier parti ouvrier. L'abstention reste le premier choix électoral ou non-choix de ces classes populaires. »
  • 8:04Invité politiqueFait
    « En fait, nous, c'est l'électorat de droite, radicalisé, décomplexé, dans les campagnes, qui est passé comme un seul homme au vote Rassemblement National. »
  • 10:29Invité politiqueChiffre
    « Quand je vois qu'en Picardie, c'est 8 circonscriptions sur 17 qui basculent au Rassemblement national. C'est 6 sur 12 dans le Pas-de-Calais. C'est 6 aussi dans le Nord. »
  • 17:20InvitéFait
    « Enfin, moi, j'ai rencontré des ménages, d'ouvriers, d'employés ou de techniciens, de chefs d'équipe qui ont leur maison individuelle, qui ont des difficultés pour payer les crédits, etc., mais qui ont des positions pas complètement précarisées et qui vont voter à droite et puis passer progressivement au FN et puis aujourd'hui au RN. »
  • 20:05Invité politiqueFait
    « Le rapport à la cistana est l'une des principales prédispositions au vote Rassemblement National. »
  • 22:21Invité politiqueChiffre
    « Marine Le Pen a fait 45% au premier tour à Flix-Secours, nous, on fait 55%. Et on fait 65% au deuxième tour. »
  • 27:16InvitéFait
    « Grand nombre de personnes dénonçant la cistana ont eux-mêmes, à un moment de leur vie, pu bénéficier d'un certain nombre d'aides dans le bassin minier. »
  • 34:30Invité politiqueFait
    « ça serait un mauvais signal envoyé au marché. »
  • 35:51Invité politiquePromesse
    « supprimer toutes les dettes de ceux qui sont endettés par des crédits usuraires, qui sont fichés Banque de France dans les milieux populaires. »
  • 49:05Invité politiqueChiffre
    « il y a 5 millions de travailleurs sur 17 métiers. »
  • 50:53Invité politiquePromesse
    « les auxiliaires de vie sociale elles ont du travail à la tournée à la place d'avoir des petites tâches qu'elles accumuleront comme ça. »
  • 54:41Invité politiqueFait
    « le RN était un opposant au logement social qui ne voulait pas le gel des loyers et qui dénonçait le logement social parce qu'il y a toujours un discours en disant c'est rempli d'étrangers »
  • 55:13Invité politiqueFait
    « quand il y a des luttes victorieuses avec les gens dans les quartiers populaires on arrive plus facilement à faire un lien parce qu'on voit que quand on lutte ensemble »
  • 55:24Invité politiqueFait
    « dans le nord où il y avait des luttes fortes de la CGT avec les mineurs marocains algériens pour qu'ils puissent acquérir eux aussi le statut de mineurs »
  • 57:15Invité politiquePromesse
    « la sécurité sociale alimentaire c'est une drôlement belle idée que la gauche devrait développer »
  • 1:00:46InvitéFait
    « mais comment vont faire les gens pour partir à la retraite à 67 ans alors qu'ils travaillent dans des métiers difficiles épuisants fatigants qui usent la santé qui mettent la santé à mal »
  • 1:02:53InvitéFait
    « j'avais un enquêté qui est votant Front National depuis toujours mais qui se revendique énormément de l'histoire minière »
  • 1:04:13InvitéChiffre
    « dans le bassin minier 60% des mairies si on retire les petites mairies sans étiquette sont des mairies de gauche »
  • 1:06:49Invité politiqueFait
    « moi j'ai d'un coup 8 députés sur 17 rassemblements nationales il faut stopper »
  • 1:08:20Invité politiqueFait
    « les premiers qui ont été éliminés du marché du travail à ce moment-là ça a été les jeunes des quartiers à Amiens comme ici »
  • 1:09:13Invité politiqueFait
    « il votait communiste et si je passais pas chez lui il allait voter Rassemblement National »

Temps de parole

  • François Ruffin29 %
  • Invité politique22 %
  • Invité17 %
  • Invité 216 %
  • Présentateur9 %
  • Présentateur 24 %
  • ?2 %

≈ 17 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:07
Présentateur

Malheureusement, le scontour a été un peu moins heureux, puisque c'est le candidat RN, Thomas Ménager, qui s'est imposé. On essaiera avec vous de tirer un petit peu les

0:15
Locuteur

leçons

0:17
Présentateur

de cette élection tout à l'heure. Voilà, et pour confronter un petit peu nos politiques aux sciences sociales, face à vous, il y aura deux sociologues, donc Violaine Girard et Pierre Ouadlot.

0:26
Locuteur

Je

0:26
Présentateur

vous propose à Louis Gaxi de nous présenter un petit peu les travaux de ces deux chercheurs, et en quelques mots, le rôle de la Fondation Gabriel Péry.

0:35
Locuteur

Bonjour

0:36
Présentateur

à tous. Vous connaissez tous l'Humanité, le journal Humanité, mais peut-être pas la Fondation Gabriel Péry, donc en quelques mots, c'est une des cinq fondations à vocation politique qui existe en France, qui a été créée par le Parti communiste en 2004. On a deux rôles principaux,

0:52
Locuteur

deux

0:52
Présentateur

missions. Contribuer au débat d'idées, en diffusant notamment les recherches en sciences sociales, et en essayant aussi de diffuser les expérimentations prometteuses. par des séminaires, colloques, revues, notes, et même un jeu de société, Coco Quiz, que je vous invite à découvrir sur notre stand. Donc notre objectif est d'aider à décrypter les enjeux de société et d'essayer aussi d'avancer des propositions concrètes pour la transformer. Et l'autre axe de travail de la Fondation, c'est de prendre part à la conservation, à la numérisation et à la valorisation des archives du mouvement communiste et ouvrier. Voilà.

Vous pouvez suivre nos travaux sur les réseaux sociaux, sur notre site Internet. Voilà.

1:38
Locuteur

Et

1:38
Présentateur

une autre... On a lancé un axe de travail depuis un an, où on essaye donc de travailler sur le rapport aux politiques des classes populaires. Et on a notamment organisé un colloque en mars 2022. Ça ne

1:52
Locuteur

va

1:52
Présentateur

pas être sur les classes populaires à l'écart du politique, point d'interrogation. Donc les vidéos sont sur notre chaîne YouTube et il y aura les actes du colloque qui sortiront début 2023. Et donc voilà. Donc l'humanité nous a proposé de faire un partenariat. Et on s'est dit que de continuer à travailler, à essayer de comprendre et faire un focus sur pourquoi il y a des votes populaires d'extrême droite était intéressant, surtout dans ce cadre-là. Voilà. Donc je vais présenter les deux chercheurs. Donc Violaine Girard, qui va arriver, j'espère. C'est une première pour tout le monde, donc on ne maîtrise pas complètement le temps d'arriver.

Elle est maîtresse de conférences en sociologie à l'université de Rouen-Normandie, membre du laboratoire des dynamiques sociales. Et elle, elle a soutenu une thèse en 2009, où elle avait fait une enquête ethnographique dans la plaine de l'Ain. Donc c'est un territoire périurbain, rural et industriel, qui se situe dans l'agglomération lyonnaise. Elle a fait donc des enquêtes de terrain de longue durée, puisqu'elle les a réalisées entre 2003 et 2008, et elle y est retournée en 2012. Donc elle vous dira que ces enquêtes sont terrain et comment ça a été un peu vieux maintenant, mais qu'il y a quand même un certain nombre de réflexions, de, comment dire,

3:12
Locuteur

de,

3:12
Présentateur

enfin, désolé, un certain nombre de leçons qui pouvaient être tirées et qui sont toujours actuelles aujourd'hui. Et elle a tiré donc de son travail de thèse un livre, Le vote est fait au village, trajectoire de ménage populaire du périurbain, édition du Croquant 2017.

3:29
Locuteur

Et

3:30
Présentateur

donc Pierre Wadlow, qui donc lui est à l'heure actuelle en thèse, donc doctorant en sciences politiques à l'université de Lille, rattaché au centre d'études et de recherche administrative, politique et sociale. Donc il a débuté sa thèse en 2019, il a commencé son terrain à ce moment-là, donc dans le bassin minier, donc Nord-Pas-Calais et le Nord, c'est ça

3:52
Locuteur

?

3:53
Présentateur

Donc sa thèse,

3:54
Locuteur

c

3:54
Présentateur

'est justement sur une réflexion sur le rapport aux politiques des classes populaires, donc sur ce territoire, et donc il a vécu deux ans à Lens, où il a pu, donc justement, il suit une quinzaine de personnes, dont notamment des supporters du Racing Club de Lens. Et donc, voilà, il va continuer, donc, à faire,

4:15
Locuteur

à

4:15
Présentateur

pouvoir, enfin, à continuer ce terrain pour pouvoir réaliser cette thèse. Donc on trouvait ça intéressant d'avoir ces deux territoires qui sont un peu différents et de voir les travaux, vos travaux sur ces deux territoires. Voilà. Alors, on va commencer par toi, Pierre. Est-ce que tu pourrais, donc, à chaque fois un peu brièvement, nous tirer un peu à granté, donc, une sociologie des votes d'extrême droite suite aux élections de 2022 ?

Et à l'issue de ça, se demander s'il est fondé aujourd'hui de considérer que les classes populaires, enfin, au moins une partie d'entre elles, enfin, pour que pour elles, ce serait le Rassemblement National, serait devenu la première force politique dans ces catégories

4:54
Locuteur

? Alors,

4:56
Invité

tout d'abord, bonjour à tous et à toutes. Merci beaucoup pour l'organisation de ce débat et cette question qui

5:00
Locuteur

s

5:01
Invité

'avère passionnante. Alors, pour ce qui est de l'électorat Front National, c'est un électorat qui est globalement très compliqué à caractériser parce qu'à la fois, c'est un électorat qui a beaucoup évolué ces 20 dernières années. On parle souvent maintenant de l'électorat populaire pour le Front National.

5:17
Locuteur

C

5:17
Invité

'est quelque chose qui est arrivé il y a une vingtaine d'années. Avant, c'était un électorat particulièrement bourgeois et qui se plaçait dans l'Ouest parisien. Donc, il est assez difficile de dresser, en fait, un profil de l'électeur type du Front National. Il y a déjà plusieurs années, des sociologues parlaient de conglomérats pour parler de cet électorat-là. De plus, il est important de préciser que l'électorat Front National est un électorat localisé. On parle souvent du Front National du Nord et du Front National du Sud avec des profils relativement différents, avec des profils plus populaires, on reviendra là-dessus, dans le Nord, et des profils plus aisés dans le Sud.

5:53
Locuteur

Donc,

5:53
Invité

après, c'est quelques nuances. Qu'est-ce qu'on peut dire de cet électorat Front National ? Il est clair qu'il y a une frange des classes populaires qui, maintenant, participent et votent pour le Front National. Alors, ce ne sont pas toutes les classes populaires. Les classes populaires, ce ne sont pas un tout homogène et unis. Il y a certaines fractions des classes populaires qui sont plus tentées par le vote Front National. En fait, ce sont ce que Jolène Gérard qui arrivera à appeler les petits stables. Globalement, on a, en fait, des gens qui gagnent entre 1 000 et 1 500 euros, par exemple.

Mais une fois qu'on descend en dessous de 1 000 euros sur des classes populaires particulièrement précaires, là, on a plutôt un vote de gauche ou une abstention, qui est aussi l'élément très important lorsqu'on parle de l'électorat populaire. Le Front National se targue souvent d'être le premier parti ouvrier. L'abstention reste le premier choix électoral ou non-choix de ces classes populaires. Donc, voilà, une fraction de ces classes populaires qui est souvent en accession sociale ou alors qui a accès à la propriété et qui a quelque chose à défendre et qui a peur de le perdre.

6:51
Locuteur

Donc,

6:52
Invité

on parle de cette fraction-là.

6:55
Présentateur

Merci beaucoup. Le regard du politique, Bruno Notin, est-ce que le tableau de la sociologie du vote RN que vient de dresser Pierre Wadlow, est-ce que c'est un peu ce que vous avez retrouvé en campagne quand

7:08
Locuteur

vous

7:09
Présentateur

faisiez face notamment à des électeurs de votre adversaire du RN

7:13
Locuteur

?

7:14
Invité politique

Nous,

7:14
Locuteur

on

7:14
Invité politique

a eu la circonscription de Montargis. C'est une circonscription qui est très variée.

7:19
Locuteur

On

7:20
Invité politique

a un électorat populaire dans la ville communiste de Chalette, la troisième ville de la circonscription,

7:27
Locuteur

où

7:28
Invité politique

on a battu le RN au premier et au deuxième tour. Et Montargis... Mais alors, les campagnes, en effet, on a un électorat Front National,

7:38
Locuteur

nous,

7:38
Invité politique

chez nous, qui se mélange avec l'électorat de droite depuis fort longtemps, en fait. On a eu une droite plutôt dure, poujadiste, avec l'ancien député... Et

7:47
Locuteur

nous, on

7:47
Invité politique

a eu deux députés UMP en 60 ans.

7:51
Locuteur

C

7:51
Invité politique

'est pour vous dire, avec souvent des victoires au premier tour. Et on a un électorat... En fait, nous, c'est l'électorat de droite, radicalisé, décomplexé, dans les campagnes, qui est passé comme un seul homme au vote Rassemblement National. De façon très simple, de façon évidente. Il y a déjà deux ou trois maires qui ont quasiment dit publiquement qu'ils étaient maintenant adhérents du Front National, du Rassemblement National,

8:14
Locuteur

dans

8:15
Invité politique

la circonscription. Donc, sur la base, beaucoup de... Je ne

8:20
Locuteur

sais

8:20
Invité politique

pas si on peut avoir le discours, mais en tout cas, le discours,

8:22
Locuteur

c

8:22
Invité politique

'est chez nous, dans les campagnes, c'est le discours, on est entre nous, on n'a surtout pas envie que les étrangers, ils arrivent. C'est du pavillonnaire, vous voyez. C'est des gens qui... Il

8:32
Locuteur

n

8:32
Invité politique

'y

8:32
Locuteur

a

8:32
Invité politique

plus de service public.

8:34
Locuteur

Il

8:34
Invité politique

n

8:34
Locuteur

'y a

8:34
Invité politique

pas de présence de la gauche politique. Il n

8:36
Locuteur

'y a

8:36
Invité politique

pas de présence associative. Il y a très peu de présence culturelle. C'est des gens qui... Beaucoup de retraités.

8:44
Locuteur

Et

8:44
Invité politique

puis, ceux qui travaillent, beaucoup travaillent à Paris. Donc, c'est le train. On part à 5h le matin, on rentre à 22h. Et on estime que, voilà, tous ceux qui vivent des aides sociales, c

8:53
Locuteur

'est

8:53
Invité politique

des assistés, des feignants, des boiriens. Et puis, à ceux-là, on peut les laisser dans les villes. On ne veut surtout pas qu'ils arrivent. Alors, le discours est reine. Mais c'est un discours qui était tenu déjà par la droite.

9:03
Locuteur

C

9:04
Invité politique

'était tenu par la droite.

9:05
Locuteur

Moi,

9:05
Invité politique

je suis dans un conseil municipal avec des gens de droite où on a des propos qui sont ahurissants sur

9:09
Locuteur

les

9:10
Invité politique

Noirs, sur les Arabes.

9:11
Locuteur

Enfin,

9:11
Invité politique

c'est des trucs.

9:12
Locuteur

Enfin,

9:12
Invité politique

on se parait vraiment... Donc, ça s'est fait naturellement. Mais cette sociologie, on a à la fois un vote Front National

9:18
Locuteur

dans

9:19
Invité politique

des quartiers populaires qui, en effet, autour de l'idée

9:24
Locuteur

de

9:24
Invité politique

la déshérence totale du service public et puis de la vie qui est compliquée, de la vie qui est terrible, des fins de mois qui se terminent le 15. Donc là, dans les quartiers pop, c'est surtout qu'il n

9:34
Locuteur

'y

9:34
Invité politique

a plus de réponse pour rien, les services publics.

9:36
Locuteur

Il

9:37
Invité politique

n

9:37
Locuteur

'y a

9:37
Invité politique

plus de réponse. Les bailleurs sociaux ne font pas leur travail à part encaisser les loyers. Le reste, c'est rien. C'est des parties communes qui sont dégueulasses. On n'y ferait même pas vivre des cochons. Plus on se bat pour obtenir des choses, les bailleurs sociaux s'en moquent, la mairie de droite s'en moque. Et quand il n

9:52
Locuteur

'y a

9:52
Invité politique

pas de réponse au problème, eh bien, ils en auront le bol. Mais après, on en reviendra.

9:57
Locuteur

Je

9:58
Invité politique

crois qu'on en parlera plus tard. Après, ce n

9:59
Locuteur

'est

9:59
Invité politique

pas non plus systématique parce

10:01
Locuteur

que

10:01
Invité politique

là où on est présent ou là où il y a une mairie communiste, on les bat quand même.

10:08
Présentateur

François Riffin, une réaction à ce que vient de dire Bruno Notin

10:10
Locuteur

?

10:12
François Ruffin

Moi, je ne

10:12
Locuteur

suis

10:12
François Ruffin

pas... Il y a des endroits où ce n'est pas notre travail. Quand c'est un truc de droite depuis des décennies, c'est à la droite de faire le boulot quelque part.

10:22
Locuteur

Moi,

10:23
François Ruffin

je suis dans un coin de gauche. Et ce qui m'embête à la sortie de l'élection législative, c'est quand je vois qu'en Picardie, c'est 8 circonscriptions sur 17 qui basculent au Rassemblement national. C'est 6 sur 12 dans le Pas-de-Calais. C'est 6 aussi dans le Nord. C'est le Midi-Rouge. Et qu'il peut y avoir comme réaction une forme d'abandon où j'entends que finalement, ce sont des territoires qui n'ont jamais adhéré ni à la démocratie, ni à la République.

10:52
Locuteur

On

10:52
François Ruffin

est en train de parler de terres qui sont le creuset du socialisme et du communisme

10:57
Locuteur

qui

10:58
François Ruffin

ont envoyé des pelletés de députés de gauche de diverses obédiences pendant un siècle,

11:05
Locuteur

même

11:05
François Ruffin

les années de défaite.

11:07
Locuteur

Et

11:08
François Ruffin

donc, il y a pour moi le souhait de ne pas se résoudre à ce que ça soit définitivement perdu.

11:15
Locuteur

Parce

11:16
François Ruffin

que les gens que j'ai en face de moi, c'est des gens qui ont déjà voté communiste, qui ont déjà voté à gauche et qui dérivent. Donc,

11:24
Locuteur

il

11:24
François Ruffin

faut que je propose... Moi, je viens... Si je fais ce bouquin et si j'interviens ici aujourd'hui, c'est pour dire qu'on peut gagner.

11:34
Locuteur

Dans

11:34
François Ruffin

quelle perspective je me place, mais depuis 15 ans ?

11:37
Locuteur

Nous

11:38
François Ruffin

devons avoir un bloc historique qui rassemble les classes intermédiaires, les profs, les classes populaires, les prolos, mais à la fois à l'intérieur des classes populaires, les classes populaires des quartiers et les classes populaires des campagnes. Il nous faut les trois bouts. Si on n'a pas les trois bouts, je ne vois pas comment on va réussir à être majoritaire dans le pays.

12:01
Locuteur

Donc, il

12:02
François Ruffin

faut chercher un propos qui rassemble ça, qui unisse ce bloc et qui ne le divise pas. Sachant que la réalité économique a divisé ce bloc dans la durée.

12:15
Locuteur

Je

12:15
François Ruffin

veux dire, la mondialisation a tracé comme un fil à couper le beurre entre les vainqueurs et les vaincus. Chez les ouvriers non qualifiés, c

12:24
Locuteur

'est

12:24
François Ruffin

un quadruplement du taux de chômage dans les années 80, pendant que ça stagne à peu près dans les professions intermédiaires. Donc, il

12:29
Locuteur

y a

12:29
François Ruffin

un rapport à la mondialisation qui est complètement différent. Et c'est évidemment l'une des causes de l'implantation du Front National, d'abord, dans notre coin. Mais moi, si je fais, je le dis, ce bouquin et ce débat, c'est parce que je pense qu'on peut gagner. Ce n

12:45
Locuteur

'est

12:45
François Ruffin

pas fini. L'histoire, elle

12:46
Locuteur

n

12:46
François Ruffin

'est pas finie. Il y a déjà la campagne de Jean-Luc Mélenchon, il faut regarder, ce qu'elle produit en positif aussi. La gauche retrouve droite cité dans les cités, c'est une bonne nouvelle. La jeunesse éduquée des métropoles, mais le premier bulletin de vote calmé, c'est plutôt un bulletin de vote progressif, c'est un ferment pour l'avenir, c'est une bonne nouvelle. Maintenant, on a le droit de regarder aussi ceux qui nous manquent. Et ceux qui nous manquent, pour moi, ils sont, par exemple, dans les anciens ambassés industriels, qui se sont sentis abandonnés de la gauche, pas seulement de cette élection, mais depuis 1982, pour moi, comme date de rupture, en gros.

Donc, je donnerai après mes pistes d'action, mais en tout cas, je viens pour dire que ce n

13:40
Locuteur

'est

13:40
François Ruffin

pas perdu, on peut gagner.

13:48
Locuteur

Donc,

13:49
Présentateur

merci à Vienne Girard de nous avoir retrouvés et d'avoir affronté la venue à la fête de l'Huma. Donc, on était dans la première partie qui a essayé de faire une sociologie des votes d'extrême droite. Et donc,

14:02
Locuteur

vous,

14:02
Présentateur

dans vos travaux, vous déconstruisez quand même un certain nombre d'idées reçues et de représentations de discours qu'on entend, notamment sur le vote des classes populaires. Donc,

14:10
Locuteur

est

14:10
Présentateur

-ce que...

14:11
Locuteur

Et

14:11
Présentateur

des votes des classes populaires dans les zones périurbaines.

14:14
Locuteur

Est

14:14
Présentateur

-ce que vous pourriez les résumer rapidement et expliquer aussi quels sont les facteurs qui conduisent à ce vote d'extrême droite, notamment dans les catégories populaires

14:23
Locuteur

? Oui,

14:24
Invité

alors, merci beaucoup. J'espère qu'il n

14:29
Locuteur

'y a

14:29
Invité

pas trop d'écho. Donc, moi, j'ai commencé à travailler, en fait, en 2003, dans un territoire périurbain sans avoir du tout en tête des questions de vote. Et puis, chemin faisant, notamment à la fin des années 2000, je me suis bien rendue compte, j'avais un certain nombre d'enquêtés qui votaient à droite, voire à l'extrême droite. Alors, le territoire dans lequel j'ai enquêté, il est situé, pardon, dans la périphérie de Lyon. Et en fait, c'est un territoire qui est emblématique

14:52
Locuteur

de

14:53
Invité

l'envers un petit peu des politiques de restructuration. C'est-à-dire que pendant que des usines fermaient, notamment une usine Rhône-Poulenc dans le nord de l'Isère qui a été fermée, qui avait une implantation syndicale, et bien, dans le même temps, il y avait énormément d'argent public par le biais de la DATAR, mais aussi par le biais des collectivités pour aménager une nouvelle zone industrielle. Alors, une zone industrielle dont les élus locaux, notamment un élu Giscardien, faisaient la promotion en assurant, notamment aux polytechniciens, si vous venez implanter votre usine sur notre territoire, vous aurez l'assurance d'une paix sociale.

Donc, en gros, ce parc industriel, il est florissant. Je revendis sur ce qui a été dit tout à l'heure. Ce territoire périurbain, il concentre un grand nombre d'ouvriers, mais des ouvriers qualifiés. Ce qui disparaît, c'est les ouvriers non qualifiés. Mais il y a des ouvriers qualifiés. Alors, il y a de la précarité, il y a de l'éclatement des sites industriels, et il n'y a quasiment pas d'implantation syndicale. Et tout ça pour dire que ça joue sur la politisation. C'est-à-dire que les gens qui travaillent dans ce territoire-là, ils n'ont pas l'expérience de lutte collective.

Et le but a clairement été, après 68, après les années 70, de contourner les bastions ouvriers qu'il y avait dans l'industrie, notamment textile et chimique, de la banlieue lyonnaise, du sud du couloir de la chimie, etc. Et donc, dans une zone périurbaine, rurale, dans le département de l'Ain, il y a des implantations industrielles. Alors, c'est de la logistique, c'est de la production de l'agroalimentaire, c'est de la production de base pour l'industrie chimique. Et ce sont des familles d'ouvriers, plutôt d'ouvriers qualifiés. Les femmes travaillent de façon déqualifiée dans les emplois de service. Et il y a aussi eu un refus des élus locaux d'implanter du logement social.

Donc, un primat accordé à la maison individuelle, et donc un modèle de développement qui favorise les deux voitures pour un couple de biens actifs, la maison individuelle, etc. Donc, tout ça pour dire qu'il y

16:52
Locuteur

a

16:52
Invité

eu une politique orchestrée par la droite, par l'État et les collectivités pour l'aménagement du territoire, pour créer ces zones dans lesquelles on retrouve aujourd'hui un fort taux de vote pour la droite et pour l'extrême droite. Et puis,

17:07
Locuteur

il

17:07
Invité

y a d'autres aspects sur lesquels je reviendrai sans doute après, mais ça permet de contrecarrer aussi l'idée que le vote Front National et puis le vote RN ne s'ancrent que dans les fractions les plus précaires. En tout cas, il y a des gens... Enfin, moi, j'ai rencontré des ménages, d'ouvriers, d'employés ou de techniciens, de chefs d'équipe qui ont leur maison individuelle, qui ont des difficultés pour payer les crédits, etc., mais qui ont des positions pas complètement précarisées et qui vont voter à droite et puis passer progressivement au FN et puis aujourd'hui au RN. Voilà, je m'arrêterai là. J'espère ne pas avoir été trop longue.

17:51
Présentateur

Pour avancer, mais vous pourrez rebondir, ça sera une manière aussi. Je voulais, François Riffin,

17:57
Locuteur

que

17:57
Présentateur

vous nous expliquiez en quelques mots ce que vous entendez par « fâché, pas fâcho », une expression que vous utilisez parfois et si derrière cette expression,

18:06
Locuteur

c

18:06
Présentateur

'est pas nié aussi une part de xénophobie qui a pu conduire certains électeurs à voter pour le RN ?

18:15
Locuteur

D

18:15
François Ruffin

'abord,

18:15
Locuteur

je

18:15
François Ruffin

ne prétends pas du tout être l'inventeur de cette formule. Elle a existé avant moi.

18:19
Locuteur

Donc

18:19
François Ruffin

voilà. Là, je viens de lire un papier dans une revue linguistique, MAUX, sur le discours des Gilets jaunes sur les ronds-points. Il me paraît éclairant sur l'obstacle qu'on a affronté et que finalement, vous décrivez quand vous dites que

18:32
Locuteur

ce

18:32
François Ruffin

ne

18:32
Locuteur

sont

18:32
François Ruffin

pas les fractions les plus précaires. Ce papier dit quoi ? Il dit que dans le discours des Gilets jaunes, il y a nous. Nous, c'est les travailleurs. C'est l'honneur des travailleurs. Même si Macron ne le veut pas, nous, on est là. Qui s'oppose à un il en haut,

18:49
Locuteur

mais

18:49
François Ruffin

qui s'oppose aussi à un eux en bas, c'est-à-dire eux qui sont les assistés, les cassos, et ainsi de suite. Je viens tout de suite sur cette question-là. Parce que dans ma campagne, ça a été le principal obstacle. C'est la question... Alors déjà, c'est des gens qui vous disent mais moi, je ne peux pas être de gauche, je suis pour le travail.

19:12
Locuteur

Mais

19:12
François Ruffin

merde. C'est Jaurès, c'est Fourmis, c

19:14
Locuteur

'est

19:14
François Ruffin

le Front Populaire. Bon, c'est quoi si... Bon, mais voilà. Et ce n

19:18
Locuteur

'est

19:18
François Ruffin

pas une personne. Et ce n

19:20
Locuteur

'est

19:20
François Ruffin

pas des patrons qui vous disent ça. Et, alors, de manière récurrente, sur les cas sociaux, mais ce n

19:28
Locuteur

'est

19:28
François Ruffin

pas comme si j'avais été le seul à recueillir ça. Je discute avec les camarades députés et ils me disent voilà, oui, sur les marchés, on n'avait que ça. Un collègue, un député coco qui me dit j'en ai tellement ras-le-bol d'entendre ça, qu'à un moment, j'ai fait un tract pour capter ça sur ceux qui font de l'argent en dormant.

19:46
Locuteur

Et

19:46
François Ruffin

lui faisait une allusion au rentier, mais c'était perçu par tous ses électeurs comme étant une allusion au rentier, au RSA, du premier étage du HLM.

19:56
Locuteur

Et

19:56
François Ruffin

je cite une de tes collègues qui travaille sur le bassin minier, une ethnographe du bassin minier qui lui a dit le rapport à la cistana est l'une des principales prédispositions au vote Rassemblement National. Donc voilà, je mets les pieds dans le plat. Moi, vous savez, je dis, le radiologue, on ne lui en veut pas de montrer la fracture.

20:18
Locuteur

Et

20:18
François Ruffin

s'il ne montre pas la fracture, on ne

20:20
Locuteur

va

20:20
François Ruffin

pas pouvoir la réparer. Moi, je viens dire la fracture qui existe. Je viens proposer des pistes pour faire une alchimie à partir de ça et pour qu

20:28
Locuteur

'on

20:28
François Ruffin

répare. Mais pour moi, dans mon coin, le principal combat qu'on a eu à mener, c'est sur cette question de la cistana, c'est la gauche de la cistana contre la droite de la valeur travail. Et c'est quelque chose avec lequel tous les jours j'ai eu affaire du judo. Alors,

20:47
Locuteur

je

20:47
François Ruffin

vous donne ma méthode au porte-à-porte. Ma campagne de 2017, je l'ai faite dans des quartiers popus ou dans des petits pavillons ou même des corons textiles en allant dire « Alors,

20:59
Locuteur

vous

20:59
François Ruffin

êtes content ? Vous n'allez plus avoir à payer l'impôt sur la solidarité sur la fortune. » Bon, Jean me disait « Mais qu'est-ce qu'il me raconte ? Celui-là,

21:04
Locuteur

il

21:04
François Ruffin

est fou.

21:05
Locuteur

»

21:05
François Ruffin

J

21:05
Locuteur

'ai

21:05
François Ruffin

dit « Ben oui, avec Macron, vous n'aurez plus à payer l'ISF. C'est bien. Mais non, mais

21:08
Locuteur

on

21:08
François Ruffin

ne paye pas l'ISF. Il faut se faire ouvrir la porte avec le sourire. »

21:12
Locuteur

Là,

21:12
François Ruffin

j'ai fait un truc sur le mode «

21:13
Locuteur

Est

21:13
François Ruffin

-ce que vous pouvez compter ? » Ah ben tiens,

21:15
Locuteur

on

21:15
François Ruffin

peut le faire ici. « Est-ce que vous pouvez compter avec moi jusque 3 ? » Hein

21:18
Locuteur

? Putain,

21:20
François Ruffin

c'est mou. Ah, 3

21:21
Locuteur

!

21:22
François Ruffin

Ok.

21:23
Locuteur

10

21:23
François Ruffin

000 euros pour Jeff Bezos, patron d'Amazon, qui ne paye pas

21:27
Locuteur

d

21:28
François Ruffin

'impôts en France alors que le boulanger du coin en paye 24%. Et en ces 3 secondes, c'est autant que Hayat, ma suppléante, accompagnante d'enfants en situation de handicap, qui en a non.

21:43
Locuteur

Quand

21:43
François Ruffin

vous dites ça aux gens, évidemment, c'est un moyen pour renverser qu'est-ce qui est l'injustice principale. Ça ne

21:49
Locuteur

veut

21:49
François Ruffin

pas dire qu'ils ont oublié le fils du cousin du beau-frère au premier étage. Et tous, ils en ont un. Et ils connaissent ses heures de lever et de coucher, qu

21:58
Locuteur

'est

21:58
François Ruffin

-ce qu'il s

21:58
Locuteur

'est

21:58
François Ruffin

acheté comme portable. Tout ça est connu, donc c'est même pas la peine de se bagarrer là-dessus.

22:03
Locuteur

Mais

22:03
François Ruffin

en revanche, essayer de retourner sur qu'est-ce qui est l'injustice majeure. Voilà l'un des chemins. Alors, les fâchés, pas fachos. Pourquoi je pense que ce ne sont pas les fachos

22:12
Locuteur

? Je

22:13
François Ruffin

veux dire, moi, ma suppléante s'appelle Hayat Madbouha.

22:17
Locuteur

Elle

22:18
François Ruffin

est des quartiers nord d'Amiens. Et là, où Marine Le Pen a fait 45% au premier tour à Flix-Secours, nous, on fait 55%.

22:26
Locuteur

Et

22:27
François Ruffin

on fait 65% au deuxième tour. Si ça avait été les fachos,

22:34
Locuteur

si

22:35
François Ruffin

la principale motivation avait été sur le terrain de la race, de la couleur, de la peau, mais jamais on aurait réussi à renverser la donne politique comme ça. Donc c'est évident que sur le terrain, je parle là dans des coins comme le mien, je ne prétends pas parler pour tous les rassemblements nationaux de France, je ne prétends pas parler pour l'Ain ou pour le Var, mais dans les anciens bassins industriels, là où il a existé un fond rouge, on peut réactiver ce fond rouge.

23:01
Locuteur

On

23:02
François Ruffin

peut redonner aux gens le sentiment de ce qui est l'inégalité majeure. Je le dis parce que c'est une grosse faille dans le discours du Rassemblement national. Il y a des grandes forces dans leur discours.

23:15
Locuteur

Je

23:15
François Ruffin

veux dire, Marine Le Pen a tout de suite capté la question de la cistana, elle fait une page dessus, il y aura un ministère de la fraude, d'accord ? De la fraude sociale, jamais de la fraude fiscale. Il y aura un corps d'inspecteur dévolu à ça. Vous aurez des trucs de passeport biométrique pour vérifier que vous n'êtes pas en train de frauder socialement. Tout ça,

23:38
Locuteur

il

23:38
François Ruffin

y aura. Mais en revanche, dans le discours du Rassemblement, elle surfe là-dessus très très bien. En revanche, ce qu

23:43
Locuteur

'il

23:43
François Ruffin

n

23:43
Locuteur

'y

23:43
François Ruffin

a pas dans le discours du Rassemblement national, il n'y a pas le mot égalité.

23:48
Locuteur

Il

23:48
François Ruffin

n

23:48
Locuteur

'y

23:48
François Ruffin

a pas la précarité, il n'y a pas les inégalités des chances, mais il n'y a pas le mot égalité. Et les gens, ils restent quand même très massivement attachés à la notion d'égalité. Et alors peut-être qu

23:59
Locuteur

'ils

23:59
François Ruffin

vont corriger leur truc, maintenant que je l

24:00
Locuteur

'ai

24:00
François Ruffin

dit et répété. Mais de toute façon, dans leur essence, le Rassemblement national, c'est le parti de l'inégalité. C'est le parti de

24:08
Locuteur

l

24:08
François Ruffin

'inégalité entre les races,

24:09
Locuteur

c

24:09
François Ruffin

'est le parti de

24:09
Locuteur

l

24:09
François Ruffin

'inégalité entre les classes, c'est le parti de l'inégalité entre les genres.

24:15
Locuteur

Et

24:15
François Ruffin

je sais que, je parle toujours des anciens bassins industriels, je sais qu'il y

24:20
Locuteur

a

24:20
François Ruffin

un fond égalitaire qui demeure très profond. Donc il s'agit de trouver le chemin pour réactiver ce fond égalitaire.

24:27
Locuteur

Donc

24:32
Présentateur

Pierre, toi qui fais ton terrain sur le même type de territoire, sur des territoires un peu similaires, toi qu'est-ce que tu vois comme type d'arguments qui sont avancés pour les gens qui votent Front National ? Est-ce que ça serait vraiment un vote contestataire ?

24:48
Locuteur

Est

24:48
Présentateur

-ce qu'il

24:48
Locuteur

y a

24:48
Présentateur

d'autres ?

24:48
Locuteur

Est

24:48
Présentateur

-ce que la Cistana ? Quels sont les types d'arguments qui sont avancés pour justifier ce choix

24:54
Locuteur

? Alors,

24:55
Invité

pour revenir rapidement sur le terrain sur lequel je travaille, c'est le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais qui correspond tout à fait à un territoire post-industriel qui a à la fois connu les mines et la fermeture, puis des nouvelles usines qui elles aussi ont fermé. Donc il a été doublement post-industriel. Et c'est l'un des territoires qui a offert, comme vous le disiez, le plus de députés et dans lequel le mouvement communiste et socialiste était fortement, était quasiment hégémonique en fait dans l'ensemble du bassin minier pendant longtemps. Ce qui fait l'une des spécificités de ce territoire, qui est un territoire extrêmement populaire, c'est que,

25:28
Locuteur

de

25:28
Invité

ce que j'ai pu observer, il y a assez peu de rejet de la gauche. Parce qu'en fait, quasiment tous les électeurs, tous les habitants du bassin minier ont un parent ou un grand-parent qui a voté, ou eux-mêmes, mais qui ont voté communiste ou qui ont voté socialiste à une époque. Et donc il

25:41
Locuteur

y a

25:41
Invité

une forme de sympathie. Par contre, ce que j'ai pu noter, c'est que pour beaucoup de ces gens-là, la gauche n'est plus une option électorale. En fait, et c'est tout particulièrement prégnant chez des nouvelles générations. On parlait des jeunes des grandes villes qui votent assez majoritairement à gauche. Le cas du bassin minier est assez différent. J'ai pu avoir beaucoup de cas, en fait, de gens dont les grands-parents votaient communistes, les parents s'abstenaient ou étaient relativement peu politisés et eux votent pour le Front National. Ensuite, pour rebondir sur ce qui a été dit sur cette triangulation sociale,

26:10
Locuteur

en

26:10
Invité

fait, sur cette apparition et là où avant la construction de la vision du monde social des classes populaires s'organisait autour du «

26:17
Locuteur

nous

26:17
Invité

» ouvriers contre le « eux » patron, il y a eu l'apparition de ce « ils » qui serait les petits profiteurs, la personne au RSA. Cette évolution-là, elle est assez récente et elle doit aussi aux évolutions du marché de

26:31
Locuteur

l

26:31
Invité

'emploi. Avant, quand on avait une structuration qui s'organisait autour de grandes usines dans lesquelles l'ensemble des ouvriers travaillaient dans la même zone et le patron était clairement identifié, ça permettait d'actualiser, de créer cette vision binaire du monde social. Maintenant, les patrons et les structures de l'emploi se sont beaucoup plus réduites. Moi, j'ai beaucoup de cas de petites TPE, de petites PME dans lesquels il suffit que le patron soit un électeur frontiste de longue date parce que lui, plutôt dominant dans son territoire, il arrive à pouvoir convaincre les autres ouvriers de sa boîte à pouvoir voter pour lui.

Donc, sur cette apparition du « ils » et sur l'apparition de la cistana, on pourra revenir dessus, c'est quelque chose qui est très fort aussi dans le bassin minier alors même, et c'est là tout le paradoxe, que grand nombre de personnes dénonçant la cistana ont eux-mêmes, à un moment de leur vie, pu bénéficier d'un certain nombre d'aides dans le bassin minier, on pense notamment aux ayants droit minier, il

27:23
Locuteur

y

27:23
Invité

a beaucoup de gens qui continuent de toucher de l'argent des ayants droit minier et en fait, on voit que cette dénonciation de la cistana, elle relève en fait d'une volonté de distinction, en fait, on ne veut pas appartenir à ces classes populaires, à ces plus précaires, donc en dénonçant la cistana, on s'en écarte. Donc, c'est une notion qui restera à travailler et puis on pourra revenir ensuite par la suite sur cette question du fâché, pas fâcho et vous l'avez dit, moi, dans mon territoire, la plupart des gens côtoient au quotidien des ouvriers à la fois polonais, italiens ou maghrébins sur la fin du XXe siècle

27:59
Locuteur

et

27:59
Invité

sur la façon dont ils perçoivent ce monde social-là, on voit bien qu'il

28:02
Locuteur

y a

28:02
Invité

des différences entre des votes locaux qui peuvent se maintenir à gauche et des votes, par contre, pour les présidentielles et j'en ai eu beaucoup qui votent pour le PS ou le PC à leurs élections municipales et qui votent pour le Front National aux élections nationales. Donc, on voit bien qu'en fait, c'est des votes et des représentations qui ne sont pas ancrés définitivement et qu'elles méritent d'être réactualisées et requestionnées.

28:29
Présentateur

Bruno Notin, dans un territoire un peu plus ancré à droite mais où une partie, j'allais dire,

28:34
Locuteur

de

28:34
Présentateur

la bourgeoisie rurale ou en tout cas de gens qui traditionnellement votaient à droite, RPR, UMP, etc., qui a basculé à l'extrême droite, est-ce que c'est le même type d'arguments qui reviennent sur l'assistanat ou comme on l'a entendu tout à l'heure, peut-être des formes un peu plus

28:50
Locuteur

haineuses

28:52
Présentateur

et xénophobes

28:53
Locuteur

? Oui,

28:54
Invité politique

alors, comme je vous disais, dans ma circo, c'est varié. L'électorat populaire, dans les villes de notre agglomération, sont plutôt à gauche, notamment à Chalette, ville communiste.

29:08
Locuteur

Mais

29:08
Invité politique

le discours qu'on entend, effectivement, oui, je me retrouve dans ce qui vient d'être dit,

29:12
Locuteur

c

29:12
Invité politique

'est sur l'assistanat, c'est sur l'idée, là aussi, il y

29:17
Locuteur

aurait

29:17
Invité politique

une réflexion à mener sur les aides sociales, c'est-à-dire qu'on arrive à un moment où le plafond est beaucoup trop bas

29:24
Locuteur

et

29:24
Invité politique

où des gens qui travaillent dès 1 500, 1 600, 1 700 euros par mois, vous n'avez quasiment plus droit à rien. Et ça, ça crée une ligne de fracture. Parce que les gens disent, moi je bosse, je me lève tôt le matin, et puis un jour où la voiture elle est en panne, j'ai une fracture qui tombe, c'est mort. On n'arrive pas, il faut faire des crédits. Donc il y

29:42
Locuteur

a

29:43
Invité politique

beaucoup de rancœur là-dessus. Déjà, quand on parle de solution, ça serait déjà une chose que des gens qui bossent puissent avoir aussi des fois un retour direct de l'État, pas simplement sous la forme des impôts, mais des aides. Prenez,

29:56
Locuteur

c

29:56
Invité politique

'est pareil pour les parents qui ont des enfants qui vont faire des études. C'est compliqué aussi quand on est... Il n

30:02
Locuteur

'y a

30:02
Invité politique

pas d'aide, il n

30:02
Locuteur

'y a

30:02
Invité politique

pas de bourse dès qu'on est à 1 500, 1 600. Donc là, il y aurait besoin de ça. D'accord, vous avez tout ce discours, bien sûr, autour de l'idée, on bosse, on n'a droit à rien, regardez les assistés, etc. Vous avez autre chose dans les quartiers populaires, c'est autre chose, le vote Front National, on le voit autour de l'idée, on a trop d'étrangers, on nous fait venir les étrangers de régions parisiennes, on ne

30:28
Locuteur

s

30:28
Invité politique

'y retrouve plus. La semaine dernière, chez nous,

30:30
Locuteur

ça

30:30
Invité politique

a fait tout un pataquès parce qu'il y

30:32
Locuteur

a

30:32
Invité politique

eu une prière de rue dans un quartier populaire, donc c'est monté en... Il y

30:36
Locuteur

a

30:36
Invité politique

ces discours-là, mais c'est même quartier populaire, c'est aussi des quartiers, nous, le score, on le multiplie par 2, voire par 3 entre les élections nationales et locales parce que des gens qui en effet, au national, peuvent voter à droite ou RN, aux élections locales, ils votent pour nous parce qu'on est combattif, parce qu'on parle de leurs préoccupations, ça aussi c'est...

Moi je parle peut-être en tant que communiste, un parti communiste, s'il veut avoir un lien avec des classes populaires, il a intérêt à être sacrément organisé, à être structuré, à avoir un vrai travail d'éducation populaire, de faire du porte-à-porte, de faire des distributions de tracts qui pleuvent, qui vendent, qui neigent, au plein milieu des quartiers pop tout au long de l'année. Il

31:15
Locuteur

faut

31:15
Invité politique

aider les gens, il faut avoir une intervention d'élus et de militants,

31:18
Locuteur

on

31:19
Invité politique

ne

31:19
Locuteur

va

31:19
Invité politique

pas leur tenir des discours dans des tweets à Paris et on ne

31:22
Locuteur

va

31:22
Invité politique

pas leur dire que la police s'est tue. On va leur dire qu'on a besoin d'une police de proximité quand il y en a besoin parce qu'ils sont dans des difficultés noires, les gens là, donc dans nos quartiers, qu'il faut se battre des heures et des heures pour que des fois la police, d'ailleurs,

31:34
Locuteur

elle

31:34
Invité politique

ne vient quasiment jamais, mais qu'elle vienne pour simplement de la tranquillité publique pour des travailleurs qui, quand ils ont fini de bosser ou des retraités qui ont bossé toute leur vie, qu

31:43
Locuteur

'est

31:43
Invité politique

-ce qu'ils veulent ? Ils veulent être dans un square où il fait beau le soir pour se rafraîchir parce qu'il fait 40 degrés dans les logements sociaux, ils ne peuvent pas aller. Donc, c'est des choses concrètes et puis c'est une organisation des communistes, ils doivent avoir un discours très proche, de proximité. On leur parle de leurs conditions de logement, on leur parle de l'école, les moyens que la mairie de droite ne donne pas, on leur parle de tout ça, c'est des choses très concrètes. Et là, quand ils voient que des élus, que des militants de gauche sont proches d'eux dans la proximité sur le terrain, ça se passe tout de suite beaucoup mieux.

Nous, dans les quartiers populaires, on est majoritaire. Et à Chalette, ville communiste, où il y

32:19
Locuteur

a

32:19
Invité politique

une vraie politique sociale, d'éducation, de culture, il

32:22
Locuteur

y a

32:22
Invité politique

un centre de santé publique, on y fait 57% au deuxième tour alors qu

32:25
Locuteur

'il

32:25
Invité politique

y

32:25
Locuteur

a

32:25
Invité politique

des forts taux d'abstention. On arrive quand même à gagner pas loin de 600 voix entre les deux tours. Voilà, dans tous les quartiers populaires, on est devant, sauf dans les quartiers pavillonnaires où là, en effet, ce n

32:36
Locuteur

'est

32:36
Invité politique

pas la même chose parce qu'il y a toujours ce sentiment de l'assistanat, etc., etc. Alors, je ne

32:43
Locuteur

sais

32:43
Invité politique

pas si on y reviendra après, je dirais aussi,

32:45
Locuteur

la

32:46
Invité politique

gauche, ce qui lui manque, c

32:47
Locuteur

'est

32:47
Invité politique

un vrai discours reprendre le contrôle sur l'économie, la souveraineté politique des travailleurs sur le travail, sur l'organisation du travail. C'est nous. La gauche, elle ne peut pas avoir un discours qui est simplement on veut un peu plus de salaire, un peu plus de SMIC, on veut davantage d'aide. Ça, on est d'accord. Mais la gauche, elle doit reprendre un discours de véritablement comment on reprend le contrôle et la souveraineté économique sur le travail. C'est nous qui produisons, c'est nous qui décidons, c'est nous qui organisons le travail, c'est nous qui prenons le contrôle des banques et de la finance et c'est nous qui nous disons ce qu'on veut produire.

Comment on veut le produire ? Mais en tant que communiste, je ne vois pas d'autre issue. C'est ça notre plus-value, c'est ça notre originalité de communiste et j'espère que ça peut irriguer toute la gauche. C'est quand la gauche a retenu ce discours-là fort, concret, et de souveraineté économique sur le travail par les producteurs, par les milieux populaires, par les classes moyennes, par les salariés. Si la gauche, elle tient ce discours-là et si elle a des actes qui sont en lien,

33:44
Locuteur

c

33:44
Invité politique

'est-à-dire qu'elle est organisée, qu'elle est structurée et qu'elle parle du concret des gens, eh bien là, ça peut aller. Nous, on a un député, le député Rassemblement National, là, dans la presse locale, on m

33:54
Locuteur

'a

33:54
Invité politique

demandé mon avis sur ses premiers mois de mandat. Ce qui m'est venu à l'esprit, c'est de dire que

33:58
Locuteur

c'est

33:58
Invité politique

le discours de l'imposture sociale. C'est un imposteur, notre député. Il se disait être le

34:03
Locuteur

premier

34:05
Invité politique

opposant à Macron. Moi, je vois, et c'est ça qu'on va dire aux gens, et j'ai vu que ça touche les gens déjà, c'est bien dit, il a refusé de voter l'augmentation du SMIC et des salaires. Il a refusé le gel des loyers. Il a refusé le gel des tarifs des produits de première nécessité. Jean-Philippe Tanguy, à l'Assemblée Nationale, justifie le vote du Rassemblement National contre l'augmentation du SMIC en disant, je le cite, ça serait un mauvais signal envoyé au marché. Excusez-moi, ça c'est un discours de droite libéral classique. Le Front National, c'est l'imposture sociale. On se fait passer pour de l'opposition, mais en réalité, ce sont des gens de droite.

Et moi, le député qui a été élu, c'est un petit bourgeois, c'est un cadre, visiblement dans l'immobilier, mais il n

34:53
Locuteur

'a

34:53
Invité politique

jamais travaillé de sa vie. Il bossait avec Nicolas Dupont-Aignan, il était le directeur de cabinet Dupont-Aignan, il est venu s'inclure à Montargis un mois avant l'élection parce qu'il a vu que Le Pen était en tête dans la circo, que le député de droite assurait mal sa succession, qu'il y

35:06
Locuteur

avait

35:06
Invité politique

des divisions à droite, et il a tenu un discours de petit patron, un discours de... mais qui prenait en compte aussi les besoins des gens en termes de services publics dans les villages, parce que nous, il n

35:16
Locuteur

'y a

35:16
Invité politique

plus de services publics, il n

35:18
Locuteur

'y a

35:18
Invité politique

plus rien. Ça aussi, ça serait une question. Imposer la présence physique des services publics dans les villes et arrêter avec la dématérialisation. Nous, c'est terrifiant chez nous la dématérialisation. Essayez un petit peu la sécu, les impôts, c'est un drame. Moi, je travaille dans la justice, les gens, ils n

35:34
Locuteur

'y

35:34
Invité politique

comprennent rien. Ils n

35:35
Locuteur

'y

35:35
Invité politique

comprennent rien en dématérialisation. Il faut qu

35:37
Locuteur

'ils

35:37
Invité politique

nous appellent 20 fois et c'est normal pour qu

35:39
Locuteur

'on

35:39
Invité politique

leur explique une procédure. On ne peut pas faire du service public à distance. Ce n

35:43
Locuteur

'est

35:43
Invité politique

pas possible. Donc ça, c'est une question concrète. On pourrait dire pareil, je suis trop long, je vais arrêter. On pourrait dire, supprimer toutes les dettes de ceux qui sont endettés par des crédits usuraires, qui sont fichés Banque de France dans les milieux populaires, classe moyenne, de gens qui bossent. Combien il y en a qui sont concernés par ça ? Aujourd'hui, il faudrait faire le ménage là-dedans.

36:00
Locuteur

Il

36:00
Invité politique

faut que la gauche, elle ait aussi un discours extrêmement concret là-dessus,

36:03
Locuteur

qu

36:04
Invité politique

'elle n'a pas tenu pendant les élections. Pas assez.

36:07
Locuteur

Je

36:07
Invité politique

trouve pas assez. La souveraineté économique sur le travail, je finis là, c'est la question centrale aujourd'hui. Pas simplement des augmentations de salaire. Ce n

36:17
Locuteur

'est

36:17
Invité politique

pas suffisant ça. Vous êtes d'accord ? Reprendre le contrôle sur les choses.

36:27
Locuteur

D

36:28
Présentateur

'abord à Violaine et puis après Pierre,

36:30
Locuteur

ça

36:30
Présentateur

peut être intéressant, vous dans des territoires un peu différents, c'est quoi les types d'arguments que vous avez et finalement, est-ce que de venir expliquer ça, reprendre le... gagner un peu la victoire idéologique, on va dire ça, ça pourrait faire évoluer un peu les choses ou sur des territoires ancrés à droite,

36:46
Locuteur

c

36:46
Présentateur

'est un bascule de la droite vers l'extrême droite et finalement, voilà. Je sais que c'est compliqué pour des chercheurs de répondre à ce genre de questions.

36:53
Locuteur

Oui,

36:53
Invité

alors merci. Du coup, moi effectivement, en tant que chercheuse, je ne me pose pas la question de qu'est-ce qu'il faudrait dire aux gens pour qu'ils changent leur vote. D'abord parce que moi, ce que j'ai vu très concrètement dans le territoire dans lequel j'ai enquêté, ce n'est pas uniquement des discours de la part des élus locaux, mais des pratiques discriminatoires. Et c'est quelque chose dont on n'a pas parlé. On a commencé par parler du monde du travail, mais le monde du travail, tout comme le monde résidentiel, il est traversé par des inégalités ethno-raciales également. Moi,

37:24
Locuteur

ce

37:24
Invité

que j'ai vu très concrètement, c'est que dans des communes, dans des petites communes périurbaines, où la respectabilité, elle passe par être propriétaire d'une maison individuelle, il y a des pratiques de préférence locale, de préférence communale, qui sont aussi des pratiques d'entre-soi blanc. Il faut le dire, enfin moi, je le dis comme ça parce que c'est scientifiquement précis, c'est-à-dire que les élus, mais aussi les habitants, s'attachent à éviter l'arrivée de ménages qui sont racisés. Et même si ces ménages travaillent, ce sont des ménages de double actif, il

37:53
Locuteur

y a

37:53
Invité

un élu qui m'a dit, on va leur dire, on n'a plus de terrain à vendre dans la commune, ne vous installez pas ici. Il y a un rejet dans le voisinage, notamment des familles dont les femmes peuvent porter un foulard, etc. Donc il y a des inégalités

38:09
Locuteur

qui

38:10
Invité

sont construites sur des pratiques. Et ce sont des pratiques qui sont portées par des élus locaux sans étiquette. Et ces élus, ils ne font pas des grands discours pour défendre le vote FN, mais dans leur pratique depuis une vingtaine d'années, en fait, ils reviennent à banaliser.

Quand Éric Zemmour fait des grandes déclarations contre le logement social, etc., il s'inscrit finalement, enfin, ça renvoie à des choses qui se passent concrètement, qui sont portées par des élus locaux, je dis encore sans étiquette, ou de la droite classique, et puis même parfois, il y a des élus qui ont pu mettre en place comme ça des préférences communales dans l'attribution des logements en disant ne vous inquiétez pas, on contrôle qui vient s'installer dans la commune et ce ne seront pas des ménages musulmans ou ce ne

38:53
Locuteur

seront

38:53
Invité

pas des ménages d'ascendance migratoire. Et donc ça, ça veut dire qu'il y a dans les faits concrètement de vraies inégalités qui ne passent pas que par le marché du travail, qui passent aussi par les mobilisations locales.

39:07
Locuteur

Il

39:07
Invité

y a des mobilisations... Enfin voilà, dans le voisinage, les gens,

39:10
Locuteur

ça

39:10
Invité

va être très soudé, très très soudé pour éviter l'arrivée de ménages racisiers. Donc ça veut dire que des biens économiques qui sont rares, notamment des terrains, des maisons, un statut résidentiel qui est valorisé, il est refusé et donc il y

39:26
Locuteur

a

39:26
Invité

des privilèges aussi économiques à être blanc. Et du coup, ça, moi, la question que je voudrais, enfin que je pourrais me poser, c'est, au-delà d'une question scientifique, mais c'est quelle mobilisation sociale, associative, collective ou syndicale peuvent contrecarrer des inégalités qui traversent la société française et d'une certaine manière, c'est un peu comme les inégalités femmes-hommes. Ce n

39:49
Locuteur

'est

39:49
Invité

pas juste les employeurs qui sont responsables des inégalités femmes-hommes. Il y a aussi des stéréotypes et des pratiques de certains hommes qui vont dénier à leurs collègues femmes la reconnaissance de qualification. Là,

39:59
Locuteur

il

39:59
Invité

y a aussi des gens qui habitent dans ces territoires et qui vont dénier la légitimité à des personnes parce qu'elles sont racisées à pouvoir venir s'installer dans une maison, dans leur voisinage. Donc c'est quelque chose, je pense, qu'il faut combattre par des... Voilà, combattre déjà tous les propos racistes qu'on entend dans la classe politique traditionnelle depuis des décennies et des décennies mais aussi s'intéresser à ce qui se passe concrètement dans les pratiques, dans les actes et essayer de réfléchir peut-être à des politiques publiques qui ne... du logement qui ne seraient pas vectrices de telles inégalités dans le logement. Voilà. Je ne

40:40
Locuteur

sais

40:40
Invité

pas si c'est clair mais

40:41
Locuteur

c

40:42
Invité

'est quelque chose que je voulais dire.

40:44
Locuteur

Et

40:45
Invité

juste, si je peux, je rajoute en deux secondes, je n

40:50
Locuteur

'ai

40:50
Invité

pas enquêté spécifiquement dans tous les lieux de travail du terrain où j'allais voir les gens parce que je n'avais pas le temps de tout faire mais ces inégalités non-raciales, elles traversent aussi le monde du travail et dans le territoire dans lequel j'ai enquêté, il y a eu quand même des dénonciations dans la presse sur des pratiques de discrimination raciste à l'embauche et ce que je pense aussi, moi, c'est qu'il y

41:12
Locuteur

a

41:12
Invité

des formes de connivence dans le travail des ouvriers, des salariés qui vont recommander leurs cousins, leurs voisins, leurs amis, etc. Et qui expliquent qu'il y a aussi des différences de salaire entre les personnes blanches et c'est comme entre les hommes et les femmes. À compétence égale, à diplôme égale, il y a une note de la Dares qui est sortie il n'y

41:31
Locuteur

a

41:31
Invité

pas longtemps en manque de données en France parce que les services statistiques ne veulent pas voir les inégalités fondées sur ethno-raciales mais il y a des inégalités de salaire qui existent entre les personnes racisées et les personnes blanches. Et il y a donc les employeurs qui sont en cause mais il y a sans doute aussi moi, les personnes que j'ai rencontrées qui votaient à droite ou FN, elles avaient aussi cette pratique de faire rentrer dans les entreprises, dans des entreprises sous-traitantes, dans des petites entreprises familiales, des personnes qu'elles connaissent et des personnes blanches.

42:08
Locuteur

Je

42:08
Présentateur

te laisse réagir sur un autre territoire.

42:11
Locuteur

Oui,

42:12
Invité

alors moi, l'un des éléments sur lesquels je voudrais rebondir et qui a rapidement été évoqué, c'est cette notion de justice sociale ou d'égalité. En fait, ce qui est intéressant c'est que si on revient un petit peu sur ce nous, ce nous ouvrier ou ce nous populaire qui a existé et qui continue d'être traversé par un certain nombre de clivages mais qu'on veut pouvoir faire exister pour amener à un vote de gauche, c'est que ce que j'ai beaucoup pu observer et il

42:38
Locuteur

y

42:38
Invité

a d'autres sociologues notamment Benoît Cocard qui a pu l'observer sur ce terrain, en fait c'est un resserrement du sentiment du nous. Du fait de la précarisation du travail et des conditions de plus en plus difficiles, ce sentiment de solidarité il existe. En fait, le paradoxe c'est comment est-ce qu

42:53
Locuteur

'on

42:53
Invité

peut avoir des populations qui se prévalent d'avoir un discours social de solidarité et qui aboutissent à un vote d'extrême droite. C'est parce qu'en fait c'est ce que Benoît Cocard appelait le déjà nous. C'est un petit peu ce qui a été évoqué avant mais c'est que ces classes populaires vont s'organiser entre groupes de potes, entre groupes d'amis, entre groupes de pères pour se souder entre eux. Et on va passer de ce qu'on appelait avant une solidarité froide qui pouvait passer par la redistribution et par l'impôt à une solidarité plus chaude dont l'objectif est de choisir qui on va vouloir aider parce que chacun et chacune va être suspecté d'être plus ou moins profiteur ou non.

Et la difficulté à trouver un emploi fait que si on n

43:33
Locuteur

'a

43:33
Invité

pas un groupe de pères où le cousin de telle personne va pouvoir nous aider à trouver un emploi, à refaire notre maison, on va être isolé. Donc en fait, on va se resserrer sur ce petit groupe d'amis ce qui transforme en fait la version, la définition qu'on a nous d'une forme de solidarité et de justice sociale en quelque chose de beaucoup plus choisi et de beaucoup plus fermé.

44:00
Locuteur

Pour

44:01
Présentateur

revenir un petit peu sur les arguments qui ont pu être entendus de la part des lecteurs du RN,

44:08
Locuteur

il

44:08
Présentateur

y

44:08
Locuteur

a

44:08
Présentateur

eu beaucoup sur l'assistanat ou sur les étrangers. Vous disiez, Bruno Notin et François Riffin tout à l'heure, que c'était compliqué d'affronter directement ces arguments-là et presque que c'était plus efficace par exemple de parler des vrais profiteurs, des profits qui s'accumulent ou alors de justice sociale et des propositions que vous avez à faire là-dessus.

44:31
Locuteur

Est

44:32
Présentateur

-ce que de ne pas affronter directement les arguments sur l'assistanat sur les étrangers, ce n

44:39
Locuteur

'est

44:39
Présentateur

pas un risque de renoncement sur ces combats-là, presque d'abandon alors que Violaine Girard nous disait tout à l'heure qu'il y avait des pratiques discriminatoires qui sont aujourd'hui banalisées

44:50
Locuteur

?

44:54
François Ruffin

Il faut se rendre compte de ce que sont les conditions matérielles concrètes d'une campagne. Moi d'abord je ne prétends pas que je sais que les gens qui me parlent d'assistanat ils votent rassemblement national parce qu'il y

45:05
Locuteur

en

45:05
François Ruffin

a un paquet qui peuvent voter Macron aussi derrière. Donc ce n

45:09
Locuteur

'est

45:09
François Ruffin

pas comme si je faisais un sondage avec des entretiens sur la sociologie du vote moi quand je fais campagne quand même. C'est une bagarre qui est en cours et la bagarre elle se déroule en quelques semaines et avec des arguments qui sont échangés qui tiennent en 37 secondes.

45:25
Locuteur

C

45:26
François Ruffin

'est ça la réalité d'une campagne. Ce n

45:28
Locuteur

'est

45:28
François Ruffin

pas comme aujourd'hui un discours qui peut s'étaler sur 20 minutes ou un bouquin qui peut tenir sur 150 pages.

45:36
Locuteur

C

45:36
François Ruffin

'est se trouver sur le parking des Whirlpools alors qu'il vient d'y avoir la décision de fermer l'usine se trouver face à des gars et des nanas qui ont comme premier réflexe de vous parler des assistés et des réfugiés et de leur dire mais attendez c'est qui qui a fait ça ?

45:56
Locuteur

C

45:56
François Ruffin

'est les assistés et les réfugiés ou c'est les PDG et les actionnaires

45:58
Locuteur

?

45:59
François Ruffin

Je veux dire peut-être que ce n

46:01
Locuteur

'est

46:01
François Ruffin

pas combattre le racisme directement mais en face c'est quand même remettre la balle au centre. Et voilà le combat qu'on mène sur un front et en un lieu où c'est bien compliqué et ce n

46:15
Locuteur

'est

46:15
François Ruffin

pas d'en rester là mais c'est derrière de dire le nom de votre PDG vous le connaissez ? Non, Jeff Fetig Ah bon ? D'accord. Vous avez déjà vu sa baraque ? Ah non ? Ben attendez je vous l'amène j'en ai cherché sur Google on voit une plante d'en haut de la baraque elle est au bord de la mer il y

46:30
Locuteur

a

46:30
François Ruffin

accès direct à la plage il y a 26 salles de bain il y a un terrain de tennis en extérieur et c'est un espèce de château moderne

46:38
Locuteur

et

46:39
François Ruffin

évidemment quand on ramène ça les gars ils disent putain mais c'est ça qui nous bouffe sur le dos puis encore ils nous licencient

46:44
Locuteur

bon

46:45
François Ruffin

ben voilà je veux dire c'est un travail en effet de redirection de la colère

46:49
Locuteur

mais

46:50
François Ruffin

qui s'effectue comme ça parce que c'est une bataille de terrain là je ne fais pas de la sociologie quand je suis comme ça donc voilà la différence de position là-dessus moi je n

47:03
Locuteur

'ai

47:03
François Ruffin

pas d'outil en matière de logement donc je me bagarre à me demander mais qu'est-ce qui fait que je vais pouvoir faire que les gens s'en prennent à leur véritable adversaire et pas qu

47:14
Locuteur

'il

47:14
François Ruffin

y

47:14
Locuteur

ait

47:14
François Ruffin

de la confusion et qu'est-ce qui fait que on va alors moi c'est sûr que je suis né au journalisme et je suis né à la politique par le travail

47:25
Locuteur

par

47:26
François Ruffin

une espèce de centralité du travail moi par exemple dans la dernière campagne je trouve qu'il

47:30
Locuteur

y a

47:30
François Ruffin

un coche qui a été raté

47:34
Locuteur

je

47:35
François Ruffin

vous prends une séquence et ça rejoint ce que vous disiez tout à l'heure madame Girard sur les couples logistiques auxiliaires de vie sociale la campagne présidentielle pour moi se déroule dans une séquence où il

47:52
Locuteur

y

47:52
François Ruffin

a la crise du Covid-19

47:54
Locuteur

qu

47:54
François Ruffin

'est-ce qu'elle vient dire cette crise elle vient dire nous avons besoin des caissières nous avons besoin des auxiliaires de vie nous avons besoin des aides soignantes nous avons besoin des assistantes maternelles nous avons besoin des caristes nous avons besoin des manutentionnaires nous avons besoin des camionneurs nous avons besoin des chefs des rayons parce que si on n'a pas tout ça il n

48:12
Locuteur

'y

48:12
François Ruffin

a plus de soins apportés aux personnes âgées aux autres et il n'y a plus une boîte de cassoulet dans les supermarchés donc là qu'est-ce qu'a démontré cette crise le caractère central des travailleurs et souvent des travailleurs les plus invisibles d'ailleurs Macron l'a réalisé lui-même quand il y a dit il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal et qu'il a ajouté citant la déclaration universelle des droits de l'homme les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l'utilité commune je connais très bien mon Macron de gauche il dure 30 secondes après ça après ça on a un rapport qui est rendu

48:56
Locuteur

à

48:57
François Ruffin

la ministre du travail sur les travailleurs de la deuxième ligne je suis tombé amoureux d'un rapport le rapport RL le rapport RL il vient dire quoi ? il vient dire il y a 5 millions de travailleurs sur 17 métiers il y a ceux que j'ai cités mais il y a les travailleurs du bâtiment il y a les ouvriers de l'industrie agroalimentaire 5 millions de travailleurs qui en moyenne sont payés 30% en dessous de ce qui devrait être la norme dans le privé ils sont en contrat plus court ils ont des horaires décalés et ils respirent plus de produits chimiques mais en revanche ils ont un grand sentiment d'utilité et ils ont bien raison parce que sans eux le pays s'écroule

49:35
Locuteur

quelle

49:35
François Ruffin

est la conclusion quant à Elisabeth Borne c'est nous faisons le pari avec confiance que le dialogue social aboutira à quelque chose d'intéressant

49:45
Locuteur

ça

49:45
François Ruffin

veut dire que par la main invisible du marché rebaptisé dialogue social l'harmonie va régner et la femme de ménage qui n'avait que 2 heures de contrat le matin et qui devait courir le soir vers un autre contrat va se voir être mise en journée pleinement et toucher un salaire plein voilà bon ça c'est pas produit comme ça rien n

50:03
Locuteur

'a

50:03
François Ruffin

changé pour les femmes de ménage rien n'a changé pour les auxiliaires de vie rien n'a changé pour les charistes ainsi de suite

50:09
Locuteur

pour

50:10
François Ruffin

moi le rôle de la gauche dans cette séquence

50:12
Locuteur

c

50:13
François Ruffin

'est de centraliser sur cette question là

50:15
Locuteur

de

50:16
François Ruffin

centraliser sur ces 5 millions de travailleurs qui sont invisibles et qui éprouvent un sentiment d'injustice moi quand je fais la tournée des ronds-points pour les gilets jaunes avec le film Je veux du soleil au masculin je rencontre des charistes je rencontre des maintenues tensionnaires au féminin je rencontre des auxiliaires de vie sociale et des assistantes maternelles donc

50:35
Locuteur

on

50:36
François Ruffin

a là un noyau d'un salariat qui devrait être avec nous parce qu'il éprouve un sentiment d'injustice et qui aujourd'hui n'est pas avec nous massivement et je pense que la gauche aurait dû dire 1 nous sur ces métiers là très concrètement ça va changer les auxiliaires de vie sociale elles ont du travail à la tournée à la place d'avoir des petites tâches qu'elles accumuleront comme ça et il y aura une équipe qui fera du 7h 14h une équipe qui fera du 14h 21h et ça sera temps plein salaire plein ça c'est sur le côté matériel des choses mais je dirais presque qu'il faudrait y ajouter un volet spirituel

51:11
Locuteur

c

51:11
François Ruffin

'est quoi ? c'est la fierté du travail

51:14
Locuteur

c

51:15
François Ruffin

'est le parti communiste dans l'après-guerre il avait construit une héroïsation du mineur de fonds et du métallo parce qu'il rebâtissait la France

51:27
Locuteur

et

51:27
François Ruffin

bien je pense que de la même manière aujourd'hui on devrait héroïser l'auxiliaire de vie sociale et le chariste parce que sans eux la France s'écroule

51:38
Locuteur

et

51:39
François Ruffin

je pense c'est quand même un moyen

51:41
Locuteur

pour

51:42
François Ruffin

que les gens soient attirés vers nous pour qu'ils se sentent reconnus pour qu'ils se sentent représentés pour qu'ils se disent ben ceux-là ils parlent pour nous que de parler de leur métier ces métiers dont je souhaite l'héroïsation dans la campagne ils n'ont pas été cités

51:57
Locuteur

et

51:57
François Ruffin

je pense que cette invisibilisation-là est un souci et c'est un moyen moi j'utilise ça ce moyen-là ce moyen de récupérer alors d'autant que je pense que ça se conjugue quartier-campagne parce que la banlieue de Paris c'est des charistes aussi et c'est des auxiliaires de vie sociale qui prennent le métro pour aller à Paris

52:18
Locuteur

donc

52:18
François Ruffin

ce qu'on retrouve en blanc dans les campagnes on l'a enracisé bien souvent pour les mêmes métiers dans les banlieues donc je pense que cette question de la fierté du travail doit être un point avec lequel la gauche doit renouer voilà une des réponses que je propose

52:42
Locuteur

Bruno

52:42
Présentateur

Notin est-ce que vous êtes d'accord avec ce que vient de dire François Ruffin et pour aller plus loin comment est-ce qu'on peut faire justement pour que ces travailleurs de la deuxième ligne se sentent représentés par la gauche

52:54
Locuteur

oui

52:55
Invité politique

je suis en accord après sur la question tout à l'heure on disait par rapport au discours qu'on entend des pratiques de discrimination je pense qu'en tant que personne de gauche et communiste moi j'ai confiance profondément confiance dans le peuple je pense qu'il

53:11
Locuteur

y a

53:11
Invité politique

une véritable intelligence politique

53:13
Locuteur

au

53:14
Invité politique

sein du peuple français qui est un peuple très politique très intelligent mais aussi très en colère aujourd'hui et je pense que quand on est de gauche on ne peut pas et on ne doit jamais désespérer du peuple

53:24
Locuteur

alors

53:25
Invité politique

aujourd

53:25
Locuteur

'hui

53:25
Invité politique

parce que sinon on se coupe sinon on accepte de rentrer dans ces logiques de division je crois qu'il y a toujours

53:33
Locuteur

une

53:33
Invité politique

façon et là je suis vraiment d'accord à 100% avec François Ruffin une façon

53:39
Locuteur

qu'on

53:39
Invité politique

va trouver de jouer sur les contradictions qu'il peut y avoir chez les gens quand ils sont en colère les gens ils sont pleins de contradictions on est tous pleins de contradictions alors nous on l'est peut-être moins quand on est militant élu politique etc parce qu'on a quelque chose qui nous forme politiquement des débats avec nos camarades on a une vision mais il y a beaucoup de gens qui n'ont que des bribes qui subissent l'idéologie dominante qui voilà moi je vois je vais prendre un exemple la semaine dernière je parlais avec une responsable associative

54:06
Locuteur

plutôt

54:06
Invité politique

proche de nous et puis là j

54:08
Locuteur

'apprends

54:10
Invité politique

que beaucoup de gens dans le quartier écrivent aux nouveaux députés RN dès qu'ils ont maintenant des problèmes dans le quartier

54:16
Locuteur

je

54:17
Invité politique

me rendais compte enfin je vais dire vous êtes en train de lui donner des clés rentrer dans le quartier pour avoir des contacts un de ses assistants a passé une journée après à répondre aux questions de ce quartier populaire là et puis j'avais vraiment des propos qui étaient choquants et j'ai réussi enfin j'ai réussi vraiment à renouer avec elle vraiment sur la question

54:37
Locuteur

c

54:37
Invité politique

'est un quartier où il n

54:38
Locuteur

'y a

54:38
Invité politique

que du logement social c'est à dire vraiment sur la question du gel des loyers le fait que le RN était un opposant au logement social qui ne voulait pas le gel des loyers et qui dénonçait le logement social parce qu'il y a toujours un discours en disant c'est rempli d'étrangers etc le RN n'a jamais défendu ça donc il faut aller sur des choses concrètes pour pouvoir retrouver comme ça peut-être et c'est retrouver ce qu'il peut y avoir de meilleur dans notre peuple voilà il y

55:02
Locuteur

a

55:02
Invité politique

des choses qui ne

55:02
Locuteur

sont

55:02
Invité politique

pas bonnes alors des fois quand on entend bien sûr est-ce qu'on évite le problème on ne l'évite pas moi quelqu'un qui me tient à propos raciste oui on ne laisse pas passer on dit c'est pas comme ça que ça se passe regardez quand il y

55:13
Locuteur

a

55:13
Invité politique

des luttes victorieuses avec les gens dans les quartiers populaires on arrive plus facilement à faire un lien parce qu'on voit que quand on lutte ensemble j'ai resté l'exemple dans le nord où

55:23
Locuteur

il

55:23
Invité politique

y avait des luttes fortes de la CGT avec les mineurs marocains algériens pour qu'ils puissent acquérir eux aussi le statut de mineurs et ça ça crée de la solidarité de classe ça permet peut-être de dépasser les fausses oppositions le renfermement sur soi c'est aussi à ça que ça sert la gauche syndicale politique associative et je dirais François le dit donc je ne peux que le reprendre mon propos si je suis communiste donc oui le parti communiste il a joué un rôle décisif là-dedans donc je crois qu'aujourd'hui on doit essayer de tout faire pour que les gens une des premières causes de leur vote ça soit véritablement la question du travail parce qu'en effet beaucoup nous disent vous à gauche vous voulez vous êtes pour l'assistanat vous êtes pour les aides en gros ça veut dire si on suit leur raisonnement on l'entend même des fois vous êtes pour les étrangers je dis pour moi ça n'a aucun sens de vous raconter ce qu'on veut à gauche c'est que les gens puissent vivre dignement de leur travail quand on est un salarié on n

56:17
Locuteur

'est

56:17
Invité politique

pas à compter les fins de mois on puisse payer ce qu'on a à payer on puisse vivre correctement qu'on puisse avoir accès à la culture à l'éducation c'est ça qu'on défend c'est le salaire c'est l'emploi et qu'on se bat pour des conditions de travail qui sont meilleures et je le disais tout à l'heure on veut gérer la production on veut que ce soit nous qui décidions dans les boîtes parce que tant que les patrons décideront on n'y arrivera pas recrée cet espoir là je pense que si les gens véritablement

56:41
Locuteur

c

56:41
Invité politique

'est le travail parce qu'on voit qu'il

56:43
Locuteur

y a

56:43
Invité politique

une dichotomie qui est très forte aujourd'hui entre le citoyen entre le travailleur et le consommateur les mêmes qui des fois qui vous disent dans les quartiers pop oui au travail on n

56:51
Locuteur

'est

56:51
Invité politique

pas respecté le jour j'en voyais c'est les mêmes qui des fois peuvent gueuler le livreur de pizza qui va pas assez vite ou alors se faire livrer vous voyez

57:01
Locuteur

par

57:02
Invité politique

Uber et tout ça enfin c'est il y a des contradictions la gauche doit essayer de renouer tout ça de redonner un sens général sur les salaires sur l'emploi sur la souveraineté dans le travail

57:13
Locuteur

par

57:13
Invité politique

exemple un exemple on en a pas parlé mais la sécurité sociale alimentaire c'est une drôlement belle idée que la gauche devrait développer

57:18
Locuteur

de

57:19
Invité politique

dire qu'on paye une cotisation et qu'en retour de quoi on va dans des magasins qui sont labellisés pour une nourriture de qualité de proximité pour tous et qu'on puisse assurer une alimentation de qualité pour tous l'équivalent de la sécurité sociale mais pour l'alimentation c'est quand même des choses aussi qu'aujourd'hui on devrait prendre en compte

57:36
Locuteur

on

57:36
Invité politique

doit développer ça crée un imaginaire ça c'est concret on peut le mettre en place voilà donc c'est tout ça que la gauche doit faire aujourd'hui voilà le travail les salaires les conditions de vie et je le redirai jamais assez la proximité des organisations politiques dans les quartiers c'est ça qui change tout quand il y

57:54
Locuteur

a

57:54
Invité politique

des militants qui sont là quand il y

57:56
Locuteur

a

57:56
Invité politique

des militants qui parlent avec la population ça change les choses parce qu'on est à l'écoute on sait ce qui se dit on discute avec les gens on a des solutions qui sont proches et un parti politique c'est un Gramsci disait c'est un intellectuel collectif c'est la première cellule de vie etc et il doit faire un travail d'éducation populaire de ses adhérents de ses militants et auprès des gens pour donner un sens politique général aux choses et refaire du lien la gauche depuis trop longtemps je trouve elle a abandonné elle a abandonné ça elle

58:27
Locuteur

n

58:27
Invité politique

'est pas assez bonne là-dessus et elle a laissé le peuple en déshérence alors que le peuple ce n

58:32
Locuteur

'est

58:32
Invité politique

pas une donnée en soi c'est une construction politique il a besoin d'une gauche forte une gauche combative et qui renoue comme ça tous les liens idéologiques politiques associatifs culturels et qui redonne un vrai sens général au changement de société aujourd'hui créer un véritable univers de combat

58:48
Locuteur

pour

58:49
Invité politique

créer une société moi je dirais une société communiste débarrassée d'exploitation et organiser le peuple pour une autogestion

58:55
Locuteur

alors

59:03
Présentateur

une question pour vous deux dans vos enquêtes que ce soit donc des électeurs réguliers ou intermittents du Front National et tant qu'à faire aussi chez les abstentionnistes aussi qui sont plus ou moins intermittents est-ce qu'il vous parle de ces valeurs de gauche d'égalité de solidarité est-ce que ça résonne est-ce que c'est quelque chose qui finalement est considéré comme du passé archaïque qui

59:23
Locuteur

n

59:23
Présentateur

'a pas de sens et qui serait bisounours ou je ne sais quoi ou est-ce que c'est des valeurs auxquelles on peut s'identifier

59:29
Locuteur

voilà

59:29
Présentateur

c'est une manière de ne pas dire si jamais en faisant un discours ça ferait changer les choses mais en tout cas quelle est la résonance de ces valeurs de gauche chez vos enquêtés

59:41
Invité

oui alors peut-être juste juste avant de répondre je veux rajouter quelque chose sur la centralité du travail ou la valeur du travail moi j'ai envie de dire c'est aussi des travaux des recherches qui l'ont montré mais des gens l'ont vécu dans leur expérience c'est qu'il y a aussi les syndicats qui ont réussi à porter cette fierté et pour combattre par exemple les violences faites aux femmes au travail moi je fais enfin je dirais voilà développons des implantations syndicales dans tous les lieux de travail pour combattre ces violences et pour combattre les inégalités et celles aussi dont je parlais inégalités dans le monde du travail en défaveur des personnes qui sont racisées et c'est aussi les syndicats qui peuvent faire la preuve enfin les militants syndicaux qui peuvent faire la preuve en acte de voilà au-delà des discours etc et il y avait enfin voilà le vote des classes populaires pour le PC c'est aussi nourri de mobilisation syndicale voilà et puis de mobilisation associative voilà et donc juste pour redire sur ces valeurs moi j'avais beaucoup de gens qui parlaient pas forcément d'égalité mais qui étaient très sensibles à des formes d'injustice donc qui étaient très sensibles notamment à dire mais comment vont faire les gens pour partir à la retraite à 67 ans alors qu'ils travaillent dans des métiers difficiles épuisants fatigants qui usent la santé qui mettent la santé à mal quand ils ne tuent pas voilà mais donc il y a ces formes d'injustice là mais il y avait aussi justement le sentiment d'injustice mais comment font les jeunes ménages qui se voient refuser des crédits par les banques pour l'accès à la propriété alors qu'ils travaillent et du coup ces formes d'injustice elles étaient ressenties mais pas traduites dans un en fait retraduites par des formes de mobilisation collective dans l'espace local pour essayer quand même de préserver une forme de primauté à l'installation à des ménages à des gens qu'on veut respectables etc.

donc du coup voilà il y a un sens en fait il y avait et j'essaie d'aller vite mais il y a quand même le sentiment que les responsables politiques de la gauche ou de la droite classique n'ont pas en tête les réelles contraintes les réelles conditions de vie les réelles conditions de travail donc ça c'est très clair mais ensuite voilà le pas sur le vote il est aussi rarement un vote d'adhésion pleine et entière ou beaucoup d'abstention et vote pour la droite classique ou pour l'extrême droite voilà

1:02:09
Locuteur

oui

1:02:10
Invité

alors justement pour aller un peu dans le même sens il y a un écueil auquel on est assez naturellement tous et toutes confrontés c'est qu'en fait on cherche souvent une cohérence entre une idéologie ou des valeurs et un vote ce qui en fait quand on fait un peu de socio-électoral on voit très vite qu'il y

1:02:23
Locuteur

a

1:02:23
Invité

souvent des décalages moi j'ai des gens qui m'ont dit pour moi le plus important c'est le pouvoir d'achat et la justice sociale et qui peut ça peut aboutir à un vote d'extrême droite donc il n

1:02:35
Locuteur

'y a

1:02:35
Invité

pas toujours à coïntance voilà entre les valeurs qui sont prônées et le vote ensuite sur les valeurs de solidarité ou d'égalité j'ai eu une très rapide anecdote de terrain en fait qui démontre bien que la question c'est quelles sont les représentations que l'on met derrière ces différentes valeurs en fait je travaillais du coup j'avais un enquêté qui est votant Front National depuis toujours mais qui se revendique énormément de l'histoire minière et après plusieurs entretiens ensemble j'avais fini par lui raconter en fait l'histoire d'une grève de mineurs qui avait été faite pendant la seconde guerre mondiale contre l'invasion nazie pour essayer de voir s'il y avait en fait s'il voyait un décalage entre son vote d'extrême droite et sa revendication et le fait qu'il se revendiquait de l'histoire minière et cette grève des mineurs et en fait comment est-ce que lui il l'a retraduit il a dit ah bah tu vois il se battait contre des étrangers donc pour lui en fait c'était des allemands et non pas des nazis et donc en fait il a réencodé cette question de la solidarité non plus sur une question politique mais sur une question territoriale et en fait la question de la solidarité dans le bassin mini elle est extrêmement prégnante mais elle prend des formes très différentes que celles qu'on peut imaginer ce nous par exemple dont on parlait tout à l'heure en fait il est presque au-delà du nous ouvrier il est nous habitants et habitantes du bassin minier et la question si on veut réussir à pouvoir récupérer un certain nombre d'électeurs frontistes et les ramener à gauche c'est de repolitiser en fait cette question du nous pour lui redonner un sens plus large et en cela on l'a rapidement évoqué mais

1:04:07
Locuteur

si

1:04:09
Invité

on veut montrer une nuance en fait à ce vote Front National il faut avoir conscience que par exemple dans le bassin minier 60% des mairies si on retire les petites mairies sans étiquette sont des mairies de gauche donc on a souvent l'impression d'avoir un territoire qui est complètement acquis au rassemblement national de fait parce qu'il

1:04:22
Locuteur

y

1:04:22
Invité

a un certain nombre de députés parce que Marine Le Pen fait des très hauts scores aux élections présidentielles

1:04:26
Locuteur

à

1:04:26
Invité

l'échelon local ça se passe très différemment et le Front National a beaucoup de mal à s'implanter localement l'une des spécificités par exemple moi j'ai beaucoup travaillé sur la ville de Lens là où ça a disparu ailleurs mais par exemple à Lens il y a encore un coût social à être militant du Front National ce qui empêche le Front National de pouvoir créer et monter des cadres locaux ce qui leur permettrait de récupérer des mairies et on le voit avec un énorme quand ils arrivent à faire monter des cadres locaux ils s'implantent et ça devient difficile de les déloger mais en fait ce pourquoi la force de la gauche a été très forte pendant très longtemps c'est justement de politiser ce nous

1:04:59
Locuteur

à

1:05:00
Invité

l'aide d'un certain nombre de réseaux qui soient associatifs syndicaux ou politiques il y a un certain nombre de ces lieux de politisation mais aussi de socialisation moi à Lens le nombre de bars a été divisé par 5 je crois ces 50 dernières années ont permis au Front National de s'insérer dans des réseaux privés et l'une des spécificités du vote Front National par rapport au vote de gauche c'est à la fois qu'il y

1:05:22
Locuteur

a

1:05:22
Invité

un grand nombre de motivations différentes derrière un vote Front National donc c

1:05:26
Locuteur

'est

1:05:26
Invité

l'idée qu'il

1:05:26
Locuteur

n'y a

1:05:26
Invité

pas un vote Front National mais des votes frontistes qui recouvrent des réalités et des motivations très différentes entre un électeur convaincu une personne qui le fait parce qu'il est en colère une personne qui le fait parce qu'il connaît parce qu'il a vu Marine Le Pen lors d'un meeting bref il y

1:05:39
Locuteur

a

1:05:39
Invité

plein de motivations mais là où est très fort le Front National c'est qu'il arrive à s'insérer très fortement dans un certain nombre de réseaux privés donc c'est ce qu'on disait un peu ceux dans des petites entreprises ou dans le groupe d'amis ou dans le groupe de potes là où la gauche était très forte parce qu'elle s'insérait elle dans des réseaux publics syndicaux, associatifs, politiques et l'affaiblissement de ces différents réseaux a rendu plus compliqué le fait de politiser à gauche la notion de solidarité et d'entraide et le redéveloppement de ces structures là sera au niveau local en particulier l'un des éléments essentiels si on veut pouvoir récupérer un certain nombre de ces électeurs et de ces électrices

1:06:18
Locuteur

Merci

1:06:18
Présentateur

Pierre Wadelot il nous reste 3 minutes pour conclure ce débat je propose François Ruffin de vous laisser la parole pour la fin de ce débat est

1:06:25
Locuteur

-ce

1:06:25
Présentateur

que vous voulez Bruno Notin

1:06:27
Locuteur

?

1:06:29
Présentateur

si vous vouliez rajouter je raconte

1:06:30
François Ruffin

n'importe quoi bon non que les

1:06:35
Locuteur

choses

1:06:35
François Ruffin

soient claires moi je viens comme acteur politique c'est-à-dire pour qu'il y ait le constat qu'il y ait l'analyse mais que derrière on puisse gagner avec des bords qu'on puisse juguler parce que quand moi j'ai d'un coup 8 députés sur 17 rassemblements nationales il faut stopper mais ensuite est-ce qu'on peut reconquérir ? je vois mon camarade Christophe Bex qui est là député de la Haute-Garonne qui a gagné dans un coin de zone pavillonnaire mais par exemple quand on voit pour moi la circonscription de Jaurès à Carmeau est symbolique de ça est symbolique d'un moment de l'histoire où il nous reste des bastions

1:07:17
Locuteur

mais

1:07:17
François Ruffin

on ne sait pas de quel côté ça va basculer puisque Carmeau c'est Carène Hérodi député Nups la gauche mais à notre bout la circonscription où Jaurès est passé Rassemblement National et on a une troisième circonscription dans le département qui est macroniste je dirais que la question qui va se poser dans 5 ans c'est les circonscriptions macronistes qu'est-ce qu'elles vont devenir si la vague continue de reculer est-ce que ça va basculer chez nous ou

1:07:45
Locuteur

est

1:07:45
François Ruffin

-ce que ça va basculer du côté du Rassemblement National Madame Girard je veux dire quand même que je suis complètement d'accord sur le marché du travail en tout cas sur le phénomène d'exclusion au faciès le resserrement du marché du travail dans les années 80 il a fait que là où on cherchait des travailleurs y compris d'origine immigrée pour aller dans les usines massivement et bien c'est arrivé comme un coup pris non seulement il fallait le bac pour les mêmes emplois mais en plus ça passait par du piston et de l'interrelationnel et les premiers qui ont été éliminés du marché du travail à ce moment-là ça a été les jeunes des quartiers

1:08:22
Locuteur

à

1:08:23
François Ruffin

Amiens comme ici donc là se pose pour moi la question et pourtant le travail et c'est pour ça est le facteur d'intégration centrale pour moi dans la société toujours il y a la langue il

1:08:38
Locuteur

y

1:08:38
François Ruffin

a le travail je donne deux exemples deux histoires et j'en termine d'accord Patrick qui est un travailleur du bâtiment qui habite à Abbeville le gars il a fait tous les chantiers de désagrémentage il est allé quand il y a eu le tunnel du Mont Blanc qui a cramé il y est allé aussi il arrive à 55 ans cancer du poumon un cancer du poumon deux cancers du poumon trois cancers du poumon quand je le rencontre le premier truc il me

1:09:01
Locuteur

dit

1:09:01
François Ruffin

ah c'est t'as vu les réfugiés mais là de où ils arrivent à vendre des téléviseurs de où ils ont eu ça pour la braderie bon voilà c'est son premier réflexe et quand il me raconte son parcours professionnel alors il votait communiste et si je passais pas chez lui il allait voter Rassemblement National bon je suis passé chez lui mais il me raconte tout son parcours professionnel en disant ouais on a travaillé moi je travaillais avec des Algériens je travaillais avec des Turcs je travaillais avec des Polonais je travaillais avec des Portugais et ça s'est toujours bien passé Marion Fontaine historienne de la gauche me dit il n'y

1:09:35
Locuteur

a

1:09:35
François Ruffin

pas de Front Populaire s'il n

1:09:36
Locuteur

'y a

1:09:36
François Ruffin

pas l'alliance des mineurs polonais et des mineurs mineurs français donc ça doit rester pour moi le travail et donc évidemment c'est au niveau du travail qu'il faut lever des obstacles pour que à nouveau on fasse non pas du salarié passif mais du travailleur un acteur de l'histoire et qu'on ait ensemble le sentiment de faire avancer notre pays voilà l'objectif l

1:09:59
Locuteur

'objectif qu'on

1:09:59
François Ruffin

doit avoir pour regagner fierté du travail et faire que tout le monde puisse travailler ensemble merci à vous merci

1:10:06
Locuteur

à vous en

1:10:06
François Ruffin

tout cas merci

1:10:13
Locuteur

à vous en tout cas

1:10:13
François Ruffin

juste désolé le mot pour moi c'est que ce que tu as dit ce n'est pas ancré définitivement il faut se mettre ça dans la tête ça n'est pas ancré définitivement ce ne sont pas des terrains où par essence c'est acquis au rassemblement national

1:10:29
Locuteur

merci

1:10:29
François Ruffin

beaucoup

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Présentateur

merci merci à

1:10:31
Locuteur

tous

1:10:31
Présentateur

les quatre

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Locuteur

on

1:10:33
Présentateur

est un petit peu en retard donc on va se dépêcher de laisser la place au prochain débat merci et bonne fête de l'humanité à tous