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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 29 juin 2017 16 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & famille

MÉLENCHON : «NOUS N'IRONS PAS AU CONGRÈS DE VERSAILLES»

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 95 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:10Locuteur 1Fait
    « la session extraordinaire, dont la convocation est le privilège du Président, ne prévoit aucune limite dans le temps. »
  • 0:50Locuteur 1Fait
    « le gouvernement est maître de l’ordre du jour. Il lui était, donc, parfaitement possible, en même temps qu’il prévoyait les sujets mis en débat, de prévoir à quel moment s’interromprait ce débat. »
  • 2:00Locuteur 1Chiffre
    « nous avons jusqu’à lundi, 17h, pour déposer nos amendements. Jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi : 5 jours, en comptant la coupure hebdomadaire ! »
  • 5:00Locuteur 1Fait
    « nous sommes convoqués pour entendre le monarque présidentiel s'exprimer puisque nous sommes convoqués sans délai et mis à discrétion de sa bonne volonté »
  • 6:40Locuteur 1Fait
    « un coup de force qui précède un coup d’État social avec le renversement de l’ordre public social »
  • 8:20Locuteur 1Promesse
    « nous n’irons pas à Versailles »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Le groupe la France Insoumise vient de se réunir et de délibérer pour analyser les informations qu’il a reçues en cascade ces dernières heures et qui lui font sentir un franchissement de seuil dans la direction pharaonique de la monarchie présidentielle, telle qu’elle avait été mise en scène le soir de la pyramide du Louvre. Franchissement de seuil : nous sommes convoqués pour une session extraordinaire dont aucune borne n’est prévue. Autrement dit, la session extraordinaire, dont la convocation est le privilège du Président, ne prévoit aucune limite dans le temps.

Pourtant, le gouvernement est maître de l’ordre du jour. Il lui était, donc, parfaitement possible, en même temps qu’il prévoyait les sujets mis en débat, de prévoir à quel moment s’interromprait ce débat. S’il estime que trop de sujets l’empêchent de faire un calendrier prévisionnel stable, eh bien, il n’a qu’à retirer des sujets !

Mais il ne peut pas nous opposer que, ne sachant combien de temps ça durerait, ça durera, eh bien il ne peut pas nous dire quand ce sera fini. C’est manquer beaucoup de respect à la représentation nationale. Nous ne sommes pas taillables et corvéables à merci en fonction des désirs du Président de la République.

Je voudrais lui rappeler qu’au-delà même du respect qui est dû à l’institution parlementaire, déjà bien blessée par les brutalités présidentielles, nous sommes des hommes et des femmes en chair et en os. Nous avons des responsabilités familiales, comme tout un chacun, et des limites physiques, comme tout un chacun. Les congés n’ont pas été inventés pour complaire à la paresse spontanée de ceux qui travaillent, mais pour leur permettre de reconstituer leurs forces et de travailler ensuite dans les meilleures conditions possibles.

C’est spécialement vrai aussi pour le travail intellectuel auquel nous sommes appelés. Bref, c’est un franchissement de seuil que de nous convoquer sans limite, car nous avons parfaitement compris, nous avons parfaitement compris ce qui est à l’ordre du jour, c’est-à-dire : qu’après nous avoir accordé royalement une semaine pour débattre du projet d’ordonnance, dont tout le monde sait qu’il est libellé dans des termes extrêmement généraux, et dont nous avons la connaissance que depuis mercredi dernier, eh bien, une fois que nous aurons été convoqués, on nous dira : « Si vous faites durer le débat, c’est de votre faute si vous restez là tout le mois d’août ». C’est donc un moyen de pression dont s’est doté l’exécutif contre le législatif.

Deuxième franchissement de seuil : les travaux de l’Assemblée vont commencer par cette ordonnance. En tout cas, c’est le sujet le plus grave et le plus lourd, puisqu’il s’agit de subvertir, en le renversant complètement, l’ordre public social, en changeant la hiérarchie des normes. Le texte est connu depuis mercredi; nous avons jusqu’à lundi, 17h, pour déposer nos amendements.

Jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi : 5 jours, en comptant la coupure hebdomadaire ! 5 jours, pour commenter un texte que nous découvrons, 5 jours, alors même que nous sommes appelés, du matin au soir, depuis mercredi, à des réunions de constitution de bureaux, de commissions, et en séance plénière, comme vous l’avez vu, hier soir, jusqu’à plus de 1h du matin. 5 jours !

Et pendant ces 5 jours, nous n’avons ni assistant, puisque nous n’avons pu les recruter, ni bureaux pour travailler. Cette violence supplémentaire nous contraint à travailler dans des conditions qui sont, évidemment, les pires. Et cela est voulu délibérément.

Une nouvelle fois, il s’agit d’un coup de force. Enfin, nous sommes appelés, conformément à la Constitution, à participer au congrès du Parlement à Versailles, c’est-à-dire à la réunion du Sénat et de l’Assemblée Nationale, pour entendre le Président de la République. C’est une réunion qui n’a aucun objectif particulier autre que d’entendre le Président de la République.

Telle qu'est rédigée la constitution et telle qu'est la règle, le président , une fois que nous l'aurons entendu, lui, n'entendra personne, parce qu'il s'en va ! Et nous aurons, donc, tout le loisir du reste de la journée pour faire des déclarations qui seront, sans doute, émouvantes et passionnantes, mais qui, ne s’adressant à personne et n'étant destinées à recevoir aucune réponse, peuvent être assimilées assez facilement à des bavardages...

C'est un bavardage convoqué, à grand arroi et à grand frais, pour bien peu de résultat. Mais, surtout, mais, surtout, alors même - je le répète - qu'il n'y a aucune conséquence à cette rencontre, c'est-à-dire qu'on ne votera sur rien. On parlera... chacun, à tour de rôle, les treize groupes, quelques minutes !

Mais nous ne sommes pas dupes du double message qui nous est adressé. Le premier, c'est que le président aura beau jeu de dire qu'il respecte la représentation nationale, puisqu'il l'honore de sa déclaration au château de Versailles. Mais ce n'est pas ce que nous voyons.

Je viens de dire pourquoi à propos des conditions dans lesquelles nous sommes invités à travailler sur les ordonnances Ce n'est pas ce que nous voyons. Ce n'est pas non plus ce que nous voyons quand nous voyons comment se comportent ses amis de La République En Marche, ici, dans cette assemblée, qui, après avoir pris tous les postes de direction de l'Assemblée, dans quelque chose qui, normalement, n'est pas si politique que cela ; il s'agit de faire vivre l'Assemblée. On désigne, donc, des vices-présidents, des secrétaires, beaucoup de secrétaires, beaucoup de secrétaires !

Il y a un travail de secrétariat considérable puisqu'il faut 12 personnes pour y pourvoir..., qui ne font rien, pour être honnête !

Eh bien, après avoir pris toutes les places disponibles, nous vivons depuis ce matin une élimination absolue de notre groupe de toutes les participations à la direction des commissions ! Pour que les choses soient bien claires, lorsqu'on est candidat à être vice-président d'une commission ou secrétaire d'une commission, on ne reçoit aucune indemnité supplémentaire; on ne bénéficie d'aucun avantage particulier; simplement, on participe directement à l'animation de la commission dont on est membre A chaque fois, il s'agit de nombres de personnes substantiels: neuf..., douze... ce sont des quantités qui permettent largement à chaque groupe d'être représenté et, le cas échéant, à la majorité d'être majoritaire, encore que, pour organiser le travail d'une commission, on ne voit pas pourquoi la majorité doit être systématiquement majoritaire partout, sinon parce que ceux qui la représentent recevraient des consignes pour chaque cas, de chaque commission, et se mettraient en œuvre et, en quelque sorte, comme une sorte de fraction bolchévique, à appliquer des décisions prises à l'extérieur de l'Assemblée...

Donc, dis-je, le respect dont se prévaudra le président de la république parce qu'il nous fait une déclaration devant le parlement, à Versailles, n'est pas le message conforme à la pratique du groupe "La République En Marche" et à sa propre pratique, notamment sur le cas des ordonnances. Mais ce n'est pas tout ! C'est la signature, c'est la signature de cette dérive pharaonique de la monarchie présidentielle que j'ai soulignée il y a un instant.

Pourquoi ? Quel besoin, pour le président de la république, d'intervenir 24 heures avant son premier ministre ? Nous comprenons parfaitement que le message politique essentiel, c'est qu'il parle avant l'autre, avant son collaborateur, en quelque sorte, qui viendra, lui, nous régaler du même discours, on imagine qu'il va dire la même chose, le lendemain, devant les assemblées, et notamment devant l'Assemblée Nationale, et nous pourrons répondre, c'est la Constitution, au premier ministre, après avoir ouï le président de la république.

Nous comprenons que le message qui nous est donné c'est celui de la prééminence absolue du président ! Vous ne serez pas surpris d'apprendre à quel point nous sommes révulsés, nous, les partisans de la 6ème république et de la fin de la monarchie présidentielle. Nous pensions que cette élection, l'abstention massive qui s'est exprimée, le "dégagisme" total qui a dévasté les deux grandes organisations politiques qui portaient sur leur dos ces institutions, que ce message du dégagisme et de l'abstention avait été entendu.

Eh bien, oui, il l'a été, mais exactement au sens inverse de ce qu'on prévoyait ! Et, alors qu'on nous a beaucoup parlé de renouveau, de modernisation, eh bien, le renouveau et la modernisation consistent à rendre plus pyramidal que jamais le système du pouvoir que nous connaissions jusque là. Dès lors, que faire ?

Nous sommes profondément respectueux de notre république pour laquelle nous avons une passion que chacun connait. Quand je dis "notre république", je n'évoque pas de numéro. J'évoque l'idée républicaine.

Et nombreux d'entre nous - pas tous - ne sont pas insensibles à une certaine "pompe" républicaine, qui, de temps à autre, permet de souligner la victoire que nous avons remportée sur l'ancien régime, les mœurs féodales et la monarchie. Mais pas quand c'est pour illustrer exactement le contraire, c'est-à-dire une sorte de régression. Quels sont les moyens dont nous disposons pour faire connaître et entendre notre protestation ?

De quels moyens dispose-t-on pour dire aux Françaises et aux Français : "Attention ! Quelque chose d'important est en train de se passer ! Car M.

Macron n'est pas un homme qui agit avec désinvolture. Il agit avec calcul, avec méthode, et sa pensée, comme vous le savez, est complexe, au point que vous ne pouvez, vous-mêmes, être capables de la capter dans une conférence de presse..." Donc, nous pouvons compter sur un homme qui a une pensée assez complexe pour comprendre que s'il intervient juste avant le premier ministre, qui, pourtant, aux termes de l'Art. 20 de la Constitution de la Vème république, dirige et conduit la politique de la nation, c'est qu'il entend bien rappeler que le seul qui la conduit et qui la dirige, c'est lui !

Que faire ? Par quel moyen s'opposer ? Par quel moyen faire connaître notre position ?

Regardez ! Nous venons de le faire depuis maintenant 48 heures. Vous m'avez entendu, dans l'hémicycle, dire que on pouvait régler tout ce fatra de points et de je ne sais quoi qui précisait à la distribution des pouvoirs dans l'Assemblée en faisant ce qui est normal dans une grande démocratie: il y a 7 groupes; il y a 7 vices-présidents qui président à tour de rôle.

Et vous avez vu comment, nonobstant une démonstration, suivie d'un chaos indescriptible dans lequel nous n'avons aucune espèce de responsabilité, mais où d'obscures querelles, à l'intérieur du groupe "Les Républicains", compliquées d'inimitiés personnelles entre eux et le groupe "La République En Marche" a fait que nous sommes restés jusqu'à 1 heure du matin pour décider que les uns prendraient tout et les autres auraient juste le droit de les regarder passer...

La violence que nous avons subie ne peut pas rester sans réplique. A notre tour, nous la retournons contre ceux qui nous la font subir. Puisque nous sommes convoqués pour entendre le monarque présidentiel s'exprimer puisque nous sommes convoqués sans délai et mis à discrétion de sa bonne volonté, à propos du débat parlementaire, eh bien, nous nous rebellons et nous ne nous soumettons pas !

Nous n'irons pas ! Et le seul moyen que nous avons de montrer la gravité, le sérieux que nous attachons à cette question, du coup de force, du coup de force qui est, en quelque sorte, tenté, un coup de force qui précède un coup d’État social avec le renversement de l'ordre public social, un coup de force qui précède un renversement de l'ordre des libertés publiques, avec l'introduction de l’état d'urgence dans la loi ordinaire, tout ça en moins d'un mois ! Nous n'avons d'autre moyen, pour faire connaître notre alerte, la gravité de la situation, que de dire que nous n'irons pas à Versailles, à Versailles, où, au demeurant, nous ne sommes rien !

Versailles, le lieu de la capitulation, Versailles, le lieu de la monarchie, Versailles, le lieu des Versaillais, mais, par dessus tout, quand nous sommes convoqués, noyés par ordre alphabétique dispersés dans une salle dans laquelle il n'existe plus aucune organisation de la représentation politique, nous ne sommes rien. Nous ne valons quelque chose qu'en groupe. Nous ne valons quelque chose qu'en collectif, comme expression d'une pensée collective C'est trop !

Nous n'irons pas ! Et nous lui demandons de réfléchir sérieusement à ce qu'il est en train de faire. Qu'il ne croit pas que nous n'avons pas compris !

Et nous alertons les Français : "Est-ce pour ça que vous avez voté ?" Est-ce que c'est ça que vous vouliez, comme renouveau de la politique, que de voir quelqu'un qui était déjà un monarque plein de pouvoir se transformer en un pharaon ?" Non, et non !

Voilà pourquoi nous usons du seul moyen dont nous disposons : ne pas y aller et, par là-même, déconstruire, subvertir le consentement à l'autorité sans lequel, en effet, il n'y a pas de république. Nous n'y consentons pas. Voilà !

L'ensemble du groupe est à la disposition de tous ceux qui ne craignent pas une pensée moins complexe qui peut s'exprimer dans une interview ou dans une rencontre entre gens normaux que nous sommes les uns et les autres. Tout notre groupe est là. Ceux qui sont en région essaient de rentrer chez eux, quand même, avant l'attaque de la semaine prochaine, ce n'est pas facile, et je suis sûr que vous le comprenez.

Nous envisageons, peut-être, de nous regrouper ou de donner à voir quelque chose lundi, sans doute sur une place publique mais peut-être que nous ne le ferons pas. Nous ne sommes pas encore tout à fait au point; et puis, tout va tellement vite qu'il faut pouvoir assurer. Et si c'était le cas, alors, nous irions à la Place de la République, pour y faire notre déclaration devant la République et devant le peuple. parce qu'il nous semble que ce sont deux beaux symboles, plus forts que ceux de Versailles.