Face à Face : Raphaël Glucksmann - 04/09
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:35OuverteRéponse partielle
Est-ce que le candidat de la gauche n'est pas en train de devenir François Hollande ?
- 0:43RelanceRéponse directe
La stratégie de François Hollande est-elle limpide ?
- 2:39OuverteRéponse directe
Pourquoi François Hollande est-il partout en campagne ?
- 2:59OuverteRéponse directe
Votre élection est-elle un brouillon face à Hollande ?
- 2:59RelanceRéponse directe
Êtes-vous largement devant dans les sondages ?
- 4:02RelanceRéponse directe
Votre dynamique post-européennes suffira-t-elle pour l'élection ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15Invité politiqueFait
« Vous êtes candidat à l'élection présidentielle, candidat à cette primaire du Parti Socialiste et de Place Publique. »
- 0:21Invité politiqueFait
« Vous êtes également député européen. »
- 3:03PrésentateurChiffre
« Dans toutes les enquêtes d'opinion, je suis largement devant. »
- 3:08PrésentateurChiffre
« J'ai fait un score aux européennes qui a suscité un espoir chez les millions de Françaises et de Français. »
- 5:16Invité politiqueChiffre
« Vous avez entendu ce matin un milliard d'euros qui vont être débloqués pour aider les agriculteurs. »
- 6:04PrésentateurChiffre
« Le gouvernement diminue de 60 millions le fonds qui était destiné à adapter nos classes aux canicules. »
- 6:48PrésentateurChiffre
« 30% des écoles françaises sont délabrées ou insalubres. »
- 6:55PrésentateurChiffre
« On a, en gros, 4000 écoles à rénover chaque année. »
- 8:35PrésentateurPromesse
« Le premier geste que devra faire un président de la République quand il sera élu en mai prochain, c'est d'aller renégocier la politique agricole commune. »
- 11:54PrésentateurFait
« La France est un des seuls pays européens qui n'a pas de plafond sur les aides. »
- 13:17PrésentateurFait
« Ce que propose Mme Le Pen, c'est la négation même de la laïcité. »
- 13:27PrésentateurFait
« La laïcité, c'est protéger des sanctuaires, comme l'école. »
- 13:44PrésentateurFait
« Dans la loi de 1905, il y a des enquêtes qui sont possibles et des sanctions qui sont possibles. »
- 21:43PrésentateurFait
« C'est dans le programme du Rassemblement National. »
Temps de parole
- Présentateur70 %
- Raphaël Glucksmann24 %
- ?7 %
≈ 26,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Vous
écoutez
RMC,
face
à face.
Il
est
8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Raphaël Glucksmann.
Bonjour.
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes candidat à l'élection présidentielle, candidat à cette primaire du Parti Socialiste et de Place Publique. Vous êtes également député européen. Beaucoup de questions à vous poser. Votre programme qui, de jour en jour, se complète sur les retraites, sur les héritages, sur les taxes, sur l'école. Mais au fond, en préparant cette interview, je me demandais si cette rentrée n'était pas en train de devenir la rentrée de François Hollande plutôt que la rentrée de Raphaël Glucksmann. Est-ce que le candidat de la gauche, ce n
'est
pas en train de devenir François Hollande
?
Écoutez, moi je pense qu'on aura besoin de tout le monde et je suis très content que François Hollande expose ses idées, qu'il développe sa vision du monde. Mais là, nous, nous avons une primaire qui va décider du candidat ou de la candidate de l'espace social-démocrate, de l'espace socialiste et démocrate. Et je compte bien, moi, l'emporter et être ce candidat pour remporter l'élection présidentielle.
Parce que je pense que notre espace politique
peut
gagner cette élection. Lui, il
est dans un autre timing que le vôtre. On a l'impression que pour lui, cette primaire même n'existe pas, à part le fait qu'il dit qu
'il
va y voter, puisqu'il est lui-même adhérent. Mais il dit, en fait, la vraie question, elle se posera en décembre. Comme si, au fond, vous, vous étiez candidat à une élection pour du beurre.
Mais non, en fait, la stratégie de François Hollande, elle est limpide et elle est parfaitement respectable. Il attend de voir si... Moi, depuis le début, j'essaye de régénérer cet espace politique et de dire une chose simple. J'en ai marre de cette gauche qui joue toujours le coup d'après, qui est habitée par l'esprit de défaite, qui sacrifie ses principes pour des circonscriptions. Et je veux, moi, que nous gagnions l'élection présidentielle. Donc,
en
fait, voilà, la responsabilité, elle pèse sur mes épaules. Il faut que j'enclenche cette dynamique. Et aujourd'hui, ce qu'on voit, c'est que cette dynamique commence. Ça fait une semaine
qu'on est en campagne. C'est
-à-dire
?
Ça fait une semaine qu'on est en campagne. Les sondages augmentent. Il y a un enthousiasme sur le terrain, des adhésions en masse. Et d'ailleurs, j'en profite ce matin pour m'adresser à vos auditeurs et vos téléspectateurs en leur disant « Si vous en avez marre de vous plaindre de l'état de la gauche, venez adhérer, emparez-vous de ce scrutin, changez-la. » Et on va prendre ensemble le pouvoir pour changer la vie des Françaises et des Français parce qu'on en a marre de ces dix années d'injustice et d'impasse du macronisme et parce qu
'on
ne veut pas que notre pays soit offert à Madame Le Pen et à l'extrême droite.
Mais
vous comprenez que quand on entend François Hollande, qui clairement a un programme, il le développe dans
son livre. Vous auriez dû l'inviter.
Mais ne
vous
inquiétez pas qu'on le fait aussi, mais il est déjà partout. Justement, il est partout. Il parle partout. Et il est en campagne. Il ouvrira même à partir de lundi un QG de campagne à Paris dans le 11e. Est-ce que ça ne veut pas dire que votre élection à vous, c'est le brouillon et que le vrai candidat, il arrive en décembre et qu
'il
est en train de préparer son décollage
?
Écoutez, dans toutes les enquêtes d'opinion, je suis largement devant. J'ai fait un score aux européennes qui a suscité un espoir chez les millions de Françaises et de Français. Et il y a là l'opportunité de résoudre la question de la candidature. Ça s'appelle une primaire. Les adhérents du Parti Socialiste, de place publique et ceux qui voudront nous rejoindre et adhéreront à la plateforme commune pourront choisir, choisir leur candidat.
Mais
vous savez,
la
malédiction de cet espace politique, de la gauche démocratique, c'est que nous, on est enfermés dans des questions de personnes et de process. On débat sur le nombre de débats. On débat sur la nature de tel ou tel processus pendant que les autres font campagne. Moi, ce qui m'intéresse, ce n
'est
pas François Hollande, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann. Moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'on engage la
bataille avec Marine
Le Pen,
avec Jean-Luc Mélenchon, avec Édouard
Philippe, qui sont nos véritables concurrents dans cette élection. Et donc, à force de ne penser qu'à soi, de se regarder le nombril, la gauche démocratique perd toutes les élections nationales. Moi, je veux mettre fin à cet esprit
d'effet. Si votre argument,
Raphaël Glucksmann, c'est de dire « j'ai lancé une grande dynamique au moment des européennes, donc ça va me porter ». Yannick Jadot avait fait 14% aux européennes.
Je
vous remercie d'évoquer Yannick Jadot, parce qu'ensemble, nous allons mener la révolution écologique.
Eh bien, vous avez vu ces chiffres,
j'imagine que vous les avez analysés. Il avait fait à peu près le même score que vous, aux européennes. Il s'est totalement écroulé aux présidentielles. Donc là, la dynamique des européennes, ce n
'est
pas la
même.
Ce
n'est
pas la dynamique des européennes. Ce qu'on est en train de construire, c'est une équipe, une équipe pour gouverner le pays, avec Yannick Jadot, avec Boris Vallaud, avec Carole Delga, avec Laurence Rossignol, avec Nicolas Maillot Rossignol, avec Aurore Laluc. En fait, nous sommes en train de construire l'équipe qui va d'abord refonder la gauche sur des bases claires et qui ensuite va gouverner ce pays. Et moi, je suis convaincu que les Françaises et les Français en majorité ne voudront pas reconduire un ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron pour reproduire les mêmes politiques avec les mêmes gens, pour que vous, vous soyez obsédés par une question, c'est « Quel est le poste de M.
Darmanin ? » Alors, est-ce qu'il sera Premier ministre, ministre de la Défense, ministre d'Affaires étrangères ? On en a marre. On en a marre. Et donc, il faut tourner cette page. Mais pour tourner cette page, il faut une offre politique nouvelle. Et c'est ce que nous allons proposer, avec des changements radicaux.
Donc, pour vous, l'écologie, ça a été votre
premier déplacement. C'est extrêmement important. Vous avez entendu ce matin un milliard d'euros qui vont être débloqués pour aider les agriculteurs. Vous auriez, vous aussi, débloqué cette aide-là, si vous
étiez président ? Oui, c'est la
sécheresse. Il faut une aide d'urgence pour nos agriculteurs. On a besoin de nos agriculteurs. On a besoin qu'en France, il y ait encore des paysans. On a besoin d'eux, y compris pour mener à bien la transformation écologique. Ils seront l'avant-garde de cette transformation des agriculteurs. Mais moi,
ce
que je note, c'est que dans le même temps, on sabote le fonds
qui
était destiné à la rénovation thermique des écoles, à l'adaptation des écoles à la canicule. On a eu des enfants qui ont littéralement cuit dans leur salle de classe.
Et
on est à
nouveau dans
une alerte canicule aujourd'hui. Voilà.
Et alors, aujourd'hui, qu
'est
-ce qu'on apprend ?
Eh
bien, c
'est
que le gouvernement diminue de 60 millions le fonds qui était destiné à adapter nos classes aux canicules. Et que donc, l'année prochaine, on se retrouvera exactement dans la même situation que cette année. Et cette impréparation permanente face au réchauffement climatique, c'est un scandale. Ça met en danger nos enfants. Ça casse la continuité des services publics. Ça oblige les écoles à fermer. Ça empêche les enfants d'apprendre. Et le résultat de toute cette impréparation, c'est que la France sombre dans le chaos à chaque événement climatique. Eh bien, moi, je mettrai fin à cela. Nous lancerons la révolution écologique, l'adaptation de la France au changement climatique.
Et nous serons prêts. La France sera gouvernée.
Vous les adapterez comment ? Est-ce que vous
accepterez l'idée de clim dans les écoles ?
Il
faut de la clim. Nous, on n'a aucun problème avec l'existence de la clim. Il faut dans l'urgence de la clim. Mais ça ne suffit pas. La clim n'est pas la réponse au réchauffement climatique. Donc, il faut un plan de rénovation des écoles. Vous savez que 30% des écoles françaises sont délabrées ou insalubres. Et donc, nous, ce que nous proposons, c'est un plan de bâtisseurs d'écoles.
On
a, en gros, 4000 écoles à rénover chaque année. Ça suppose des investissements. Les collectivités locales ne pourront pas le faire seules. Et aujourd'hui, avec une participation de l'État, et aujourd'hui, le gouvernement envoie le signal qu'on a déjà tourné la page de la canicule. Mais c'est normal. Parce que depuis 10 ans, ils gouvernent comme ça. Ils font des séquences. Ils arrivent. Un ton martial. Nous ferons face à la canicule. Et 10 jours après, ils ont oublié et ils sabotent les budgets qu'eux-mêmes ont annoncés.
Raphaël Glucksmann, sur ce plan pour l'agriculture, il y a deux questions en particulier sur lesquelles je voudrais vous interroger. Vous avez dit qu'on aura besoin d'eux aussi pour s'adapter au réchauffement climatique. La question du stockage de l'eau. Édouard Philippier, favorable. Il dit oui, il va falloir stocker l'eau. Les Espagnols le font. Et en France, il y a un débat là-dessus. Vous, vous êtes pour ou vous êtes contre ?
Moi, je suis pour le stockage de l'eau. Et simplement, les méga-bassines, ce qu'il faut, c'est un moratoire sur ces méga-bassines pour une raison simple. C'est qu'il faut de la concertation dans l'utilisation commune de l'eau. Et c'est pour ça que nous, ce qu
'on
propose, c'est des parlements de l'eau. Que tous les acteurs d'un territoire puissent avoir leur mot à dire.
Il
ne
faut
pas que l'eau soit captée par quelques
exploitations. Vous voulez bien
qu
'on
la stocke
?
Non, mais ce que je veux
dire... Pardon, je veux essayer de comprendre.
La méga-bassine, la méga
-bassine. OK. La
question, c'est qu'est-ce qu'on en fait ? Non, pas
les méga-bassines. Les rétentions d'eau. Puisque c'est ça, quand vous dites, on stocke. Bien sûr qu'il faut des rétentions d'eau. Bien sûr que sur certains territoires,
c
'est nécessaire. Mais la méga-bassine qui irrigue seulement quelques exploitations et qui prive les autres agriculteurs de l'accès à l'eau, ça ne fonctionne pas. Donc nous, ce qu'on veut, c'est une gestion démocratique de l'eau. Mais je vais vous dire une chose très simple. Pourquoi les agriculteurs seront à l'avant-garde de la transformation écologique ? Mais parce que le premier geste que devra faire un président de la République quand il sera élu en mai prochain, c'est d'aller renégocier la politique agricole commune.
Parce qu'aujourd'hui, on a une politique agricole commune qui bénéficie à 10% des agriculteurs français, qui bénéficie aux gros exploitants de la Beauce, mais qui ne bénéficie absolument pas à tous ces agriculteurs qui
aujourd'hui gagnent un salaire de misère pour travailler 70 heures par
semaine. Et donc nous, nous changerons cela. Et nous organiserons la rémunération des services écologiques rendus à la collectivité. Par exemple, quand vous avez une friche dans les régions viticoles, vous avez de l'arrachage, ça s'en forme en friche. La friche, c'est ce qui va déclencher, démultiplier les risques d'incendie. Eh bien, les agriculteurs qui s'occuperont de ces friches seront rémunérés. Et ça, on a le budget pour ça. Et qui bloque aujourd'hui à Bruxelles ce genre d'évolution ? Qui bloque ? Eh bien la France, malheureusement. Je dois vous le dire, la France d'Emmanuel Macron. Et les autres Européens sont prêts à le faire, nous le ferons.
Raphaël Luxman, une question, il
y
a eu le socage de
l
'eau. Je voudrais vous poser aussi la question des prix. Hier, le patron de la FNSEA était à mon micro. Ce matin,
j
'ai reçu le patron de Bonduelle et Casse-Grain sur RMC. Et les deux, au fond, tiennent le même discours. Ils disent, on a trop tiré vers le bas les prix de l'alimentaire. Et ça n'est plus tenable. Il va falloir accepter une inflation sur l'alimentaire. Alors, ça représenterait quelques centimes par boîte de conserve de petits pois. Mais il dit, c'est soit ça, soit l'agriculture en France meurt. Est-ce que, oui, il faut accepter une inflation sur les prix de l'alimentaire
agricole
?
Ce qu'il faut, c'est que les producteurs soient justement rémunérés. Donc, ça veut
dire
quand même qu'au bout de la chaîne, on va payer plus cher ?
Écoutez-moi.
Sa brique de lait et sa boîte de conserve ?
Qu'est
-ce qui fabrique le prix, Apolline de Malherbe
? Ce
sont les intermédiaires. Ce sont les marges qui sont dégagées. Et donc, on a là un effort majeur à faire.
Oui, mais à un moment ou à
un autre, c'est ce qu
'ils
vous disent.
Ça va quand même finir par remonter.
Oui, mais il y en a qui font beaucoup, beaucoup d'argent en ce moment. Et ce ne sont pas les producteurs.
Vous parlez
des marques ? Ce
sont les intermédiaires, les
marques, l'agro-industrie. C'est là où on doit faire pression pour baisser les prix. Et en réalité, aujourd'hui, on est dans un marché qui est totalement opaque. Eh bien, nous allons le rendre transparent. Et je vais vous dire une chose.
On devra savoir quelle part revient vraiment à l'agriculteur ? Dans une
barquette de
jambon ou dans une
boîte de conserve de petits bois ? Et les
consommateurs seront surpris de voir à quel point nous rémunérons mal nos producteurs, nos agriculteurs. Et moi, ce que je veux dire, une chose très simple. La France a besoin de ces agriculteurs. On a fait, grâce à eux, une transformation majeure pendant 40 ans. Eh bien, cette transformation, c'était de mettre fin à la disette. D'avoir une agriculture
qui produisait beaucoup. Là, désormais, on a
besoin d
'eux. On a besoin
d'eux pour mener à bien
cette transformation agricologique. Celui qui dit ça, à
Paglus Manière, c'est le représentant des agriculteurs. C'est le premier syndicat
agricole. Vous
savez.
Donc, il dit qu'il va falloir augmenter
les prix.
Mais les positions défendues par la direction de la NFNSEA, je suis désolé, sont souvent en contradiction avec les intérêts des éleveurs, avec les intérêts des petits agriculteurs, des petits exploitants qui, eux, ne s'en sortent pas. Donc, quand
il dit qu'il faut augmenter
les prix,
vous dites que c'est
contre les agriculteurs qu'il le dit ?
Non. Qu'on paye au juste prix les producteurs, oui, mais pourquoi ils ne s'attaquent pas dans ce cas-là aux marges qui se dégagent entre le producteur et le consommateur ? Et c'est là qu'il va falloir trouver des marges. Mais je vais vous expliquer. Aujourd'hui, vous avez des représentants du monde agricole qui, à Bruxelles, luttent d'arrache-pied pour empêcher toute réforme de la politique agricole commune. Par exemple, savez-vous que la France est un des seuls pays européens qui n'a pas de plafond sur les aides ?
C'est-à-dire que vous avez des grands agro-industriels qui bénéficient de millions d'euros de la politique agricole commune pendant que vous avez des petits exploitants qui n'en bénéficient pas. Eh bien,
moi,
je vais vous dire, dans tous les autres pays européens, il y a des plafonds. Ça veut dire qu'on a une répartition égalitaire, équitable de ces aides. Et ça permet à quoi ? Ça permet aux petits exploitants, aux petits agriculteurs, ceux qui galèrent aujourd'hui, de s'en sortir. Et moi, ce que je veux, c'est une politique agricole
juste
et écologique.
Raphaël Glucksmann, cette semaine, la question du voile est revenue à l'ordre du jour. D'abord parce que le RN a annoncé qu'il voudrait l'interdire. Et puis hier, il y a eu cette déclaration de Jean-Luc Mélenchon qui dit avoir commis une erreur lorsque, initialement, il estimait que le voile était, je cite, une soumission de la femme et un signe du patriarcat. Aujourd'hui, à l'inverse, il estime que c'est une forme de liberté de la femme. Quelle gauche êtes-vous
?
Moi, je suis une gauche laïque, républicaine. Mais je tiens à vous dire que si le sujet est revenu au cœur du débat public, c'est parce que le RN propose quoi ? Il propose d'envoyer les policiers français faire la chasse au foulard dans les rues de France. C'est ça ? On en est là ? Sérieusement ? Et donc, en relançant ce débat-là, le RN sait très bien ce qu'il fait. Il veut relancer les fièvres identitaires. Eh bien, moi, je ne le permettrai pas. Et je ne veux pas que la politique française se résume à un débat entre fièvres identitaires. Et je vais vous dire une chose simple.
Ce
que propose Mme Le Pen, c'est la négation même de la laïcité. La laïcité, ce n'est pas la police des vêtements. Ce n'est pas interdire un vêtement dans l'espace public. La laïcité, c'est protéger des sanctuaires, comme l'école. C'est la loi de 2004, à laquelle je suis foncièrement favorable, qui protège l'école du prosélytisme religieux. La laïcité, c'est aussi la liberté du choix. Et donc, quand une femme est contrainte, il faut que la puissance publique intervienne.
Comment on sait s'il y a des contraintes
ou pas ?
Mais parce que ce qu'il faut, justement, c'est appliquer la loi de 1905. Et dans la loi de 1905, il y a des enquêtes qui sont possibles et des sanctions qui sont possibles. Quand il y
a
une contrainte, maintenant, je vais vous expliquer une chose simple. Si la France se transforme dans un pays où la police va arrêter des femmes parce qu'elles portent un voile ou parce qu'elles portent un foulard, eh bien, comment on va ensuite se regarder dans les yeux ? Ça veut dire qu'on aura nos policiers qui feront ça. Et comment ils feront la distinction ? Comment ils feront la distinction entre le foulard d'une juive orthodoxe et le fichu porté sur la tête par une femme qui
est
en chimiothérapie et un voile islamique ? Ils le feront au faciès. Donc, en fait, vous aurez une situation où vous avez une tête d'arabe, soyons cash,
vous
êtes arrêté et on vous met une amende. Mais c'est quoi ce pays ? C'est le pays qu'on veut ? C'est le pays qu'on veut ? Mais moi, j'appelle vraiment les auditeurs à réfléchir. Est-ce qu'on veut que la police française soit chargée de faire ce genre de travail ? Est-ce que c'est ça la République ? Est-ce que c'est ça la France ? Moi, je pense que la France, ce n'est absolument pas ça.
Vous avez parlé, cela dit, de la question de la liberté de choix ou non. La question s'était posée aussi d'interdire le voile sur les jeunes filles ou sur les fillettes. Est-ce que ça, c'est une question que vous vous posez ?
Mais,
regardez, si vous interdisez le voile en dessous de 15 ans, c'est ça qu'avait proposé
Gabriel Attal.
Donc, vous allez avoir des policiers qui vont contrôler l'ensemble des filles qui portent un voile sur la tête pour savoir quel âge elles ont. Sérieusement ? Mais, enfin, on ne veut pas d'un pays qui ressemble à ça. Et pourtant, c'est quelqu'un qui est extrêmement laïque qui vous parle. Mais moi, je ne veux pas que ma police, que la police de la France soit... Et par ailleurs, j'aimerais poser une question à Mme Le Pen. Latifa ibn Ziaten,
dont
le fils a été assassiné par Mohamed Mera,
par le terroriste
Mohamed Mera, qui porte le foulard, elle va envoyer la police
pour
mettre une amende à Latifa ibn Ziaten ? Sérieusement ?
Elle
qui lutte contre la radicalisation en permanence, qui défend les principes de la République partout, qui va dans tous les quartiers du pays pour expliquer qu'il faut être républicain
? Et
dont le fils a été assassiné par Mohamed Mera. Raphaël Guzman, il semble que vous ayez peur de débattre.
Alors, pardon ?
C'est ce que disent vos concurrents au
sein de la primaire, c'est ce que disait
Ségolène Royal à ce même micro
il y a deux jours. Il me semble que je sors
d'un débat avec Marine Le Pen, Édouard Philippe, Gabriel Attal,
Jean-Luc Mélenchon. C'est le président de la primaire socialiste qui vous
accuse de refuser de débattre et de ne vouloir qu'un seul débat, là où les autres en veulent trois.
Moi, ce que je veux, c'est que les débats qu'on a, le débat qu'on a ait le maximum d'exposition. Et donc, quand France Télévisions et France Inter font une offre commune en prime time pour dire, voilà ce qu'on vous propose, vous avez accès à des millions de Françaises et de Français, j'accepte cette offre. Ensuite, s'il
y a
un accord entre les chaînes, s'il n
'y a
pas d'exclusivité, moi, je n
'ai
pas de problème à faire des débats.
Ce
n
'est
pas la question, on verra, on négociera. Je n'ai aucun problème à débattre. Par contre, ce qui est certain, c'est que cette primaire, ça doit être l'occasion d'aller parler aussi aux militantes et
aux militants. Mais ça veut aussi
dire que vous êtes ouvert à l'idée qu
'il
y
ait
plusieurs débats ?
Moi, je suis ouvert aux idées qui donnent le plus d'impact à cette primaire.
Plus il y a de débats, plus
il y a d
'impact. Non, ce n
'est
pas vrai. Si on perd un débat en prime time sur France Télévisions, je suis désolé, on en touchera moins de monde. J'ai un immense
respect. Mais pourquoi ? Parce
que France Télévisions ne voudrait pas partager
? Parce que l
'offre qu'ils font, c'est l'offre
et
c'est parfaitement
logique. Vous venez
débattre chez nous seulement
s'il y en a qu'un. Vous venez d
'abord débattre chez nous. Bref, tout ça, honnêtement, on ne
va
pas passer des années
à parler des débats, des débats, des débats. Maintenant, je vais vous dire une chose. Ils en ont tous fait un argument. Ils vont
faire un argument de tout. Moi,
je
veux dire, je n
'ai
aucun problème avec ça. Ils vont faire un argument de tout.
Mais
ce qui compte,
c
'est ce que nous proposons aux Françaises et aux Français. Et ce qui compte, c'est la grande bataille qu'on doit mener contre l'extrême droite qui est aux portes du pouvoir.
Ce
qui compte, c'est le débat pour sortir la gauche de l'hégémonie
de Jean-Luc Mélenchon. Ce qui compte,
c'est nos lignes stratégiques. Ce qui compte, c'est notre capacité à mobiliser pour cette primaire. Ce qui compte, c'est qu'on soit des dizaines de milliers de gens qui nous rejoignent pour remporter cette élection présidentielle.
Moi, mon
obsession, c'est l'élection présidentielle. Parce que je pense que nous allons la gagner.
Votre équipe a donné comme argument à nos confrères de l'opinion qu'il n'y aurait qu'un seul débat. Parce que quand on est de gauche, je cite, on débat sur le service public. Donc le service public est de gauche.
Non, pas du tout.
Ou alors,
j
'ai cette phrase.
Quand on est de gauche,
on débat sur le service public. Elle a été prononcée par
votre
directeur de la
communication auprès de mes confrères de l
'opinion.
Quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public. Eh bien oui. Vous savez, le service public est attaqué aujourd'hui. En permanence. Il y a eu une commission, Charles à l'oncle. Il y a une attaque permanente de l'extrême droite contre le service public. Et oui, nous défendons le service public d'audiovisuel.
Est-ce que
Charles
Sapin,
ancien journaliste du Figaro,
désormais à Valeurs Actuelles,
peut
faire
son éditorial
? Je vais y répondre à vos questions, parce que
je réponds à toutes les questions. Mais moi, je n
'ai
aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées. L'enjeu, c'est quoi ? Vous
serez le bienvenu.
Je vous remercie, d'ailleurs, je suis là et je suis très bien accueilli. Le café était bon. Mais la vérité, c'est qu'il faut un débat sur les chaînes publiques. Et il faut défendre
l'audiovisuel public. Mais personne ne dit qu'il
n'en faut pas. La question, c'est cette phrase. Quand on est de gauche en débat sur le service public, et je vous pose la question, évidemment, parce que vous connaissez le contexte, la Société des journalistes de France Inter a déposé un préavis de grève pour les 13 et 14 septembre prochains pour protester contre le fait qu'il y aura un éditorial de 2 minutes 30 le week-end, tenu par un ancien journaliste du Figaro, aujourd'hui à Valeurs Actuelles, Charles Sapin. Est-ce qu'il faut pouvoir avoir des éditorialistes de droite sur le service public ?
Oui. Et il faut des éditorialistes de droite sur le service public. Je pense qu
'il
y
en
a plein, d'ailleurs. J'écoute le service public. Et je peux vous dire que je ne
suis
pas toujours d'accord avec leurs éditorialistes. Mais par ailleurs, moi, je ne commente pas les choix éditoriaux du service public. Parce que le service public est indépendant. Il n
'est
pas à nos ordres. Donc, on n'a pas à commenter en permanence
leurs choix éditoriaux. Mais est-ce que vous comprenez les
journalistes de France Inter qui appellent à la grève pour protester
contre la présence
de Charles Sapin
?
Moi, je comprends que, vous savez, Valeurs Actuelles, c'est un outil idéologique. C'est un journal idéologique qui participe à l'offensive de l'extrême droite, notamment, d'ailleurs, contre le service public. Ils font une sur trois.
C
'est contre le service public de l'audiovisuel. Mais moi, je ne commente pas les choix du service public de l'audiovisuel. Je veux dire, ce n
'est
pas un service qui est aux ordres des politiques. Donc, ensuite, c'est une histoire interne.
Mais c'est en train de devenir une question politique. Vous le savez bien.
Oui, mais la question politique, c'est qu'est-ce qu'on fait du service public de l'audiovisuel ? Est-ce qu'on le privatise comme le veut le Rassemblement
national ? Lorsque Jean-Luc Mélenchon dit
qu'il y a une colonisation du service public par les fachos...
Écoutez, il n
'y a
pas une colonisation du service public par les fachos. Ce n
'est
pas vrai. Par contre, ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, il y
a
une bataille culturelle qui est menée par l'extrême droite dont Valeur Actuelle est un des vecteurs
principaux. Et je vous
pose la question. Est-ce que Charles Sapin peut
faire
un édito sur France Inter ?
Et je ne décide pas qui fait des
éditos sur France Inter. Mais je ne vous dis pas de décider. Je ne vous dis pas de décider. Je vous
dis que quand Jean-Luc Mélenchon,
quand les autres en font un sujet politique...
Je ne commente pas les décisions de justice et je ne commente pas non plus les choix éditoriaux du service public de l'audiovisuel.
C
'est totalement vieux jeu. Je vous l'accorde. C'est à l'ère du tweet
permanent. Je suis un peu étonnée parce que comme votre équipe déclare
quand on est de gauche, on débat sur le service
public, ça veut dire que vous avez un avis sur
le service public.
Bien sûr que
j'ai
un avis sur le service public. Il faut défendre le service public contre ceux qui veulent le privatiser. C'est extrêmement
important pour nos démocraties. Mais est-ce qu'il faut défendre contre les
fachos, comme le dit Jean-Luc Mélenchon
?
Après, ce que fait le service public, l'organisation de sa grille, ce n
'est
pas mon problème. Moi, je ne
suis
pas rédacteur en chef de France Inter. Je ne
suis
pas directeur de l'information à France 2. Ce
n
'est pas mon histoire. Moi, mon histoire, c'est que je veux qu'en France, il
y ait
un service public. Et je veux qu'en France, il
y ait
une école publique. Et je veux qu'en France, on défende les services publics. Ce n
'est
quand même pas compliqué. Et je vois qu'il y a une offensive aujourd'hui pour les détruire. Pour les détruire et pour les privatiser. Et que ça, c'est extrêmement dangereux. C
'est dans le programme
du Rassemblement National. Oui,
c'est dans le programme du Rassemblement National. Et c'est l'offensive, elle est coordonnée entre des médias qui appartiennent à M. Bolloré, nommons-le, qui a des relais à l'Assemblée Nationale. Et c'est dans le projet de Marine Le Pen. Si Marine Le Pen gagne, il n'y a plus de service public de l'audiovisuel. Eh bien, on peut penser comme ça. Ah, très bien, on fera des économies. Non. Ce qu
'on
va faire, c'est qu'on va saper la République. Et c'est ça, son programme. En réalité, c
'est
quand même pas compliqué. Moi, je ne suis pas
directeur
des programmes du service public. Par contre, je suis un citoyen et un candidat à la présidence qui vous explique que moi, je défendrais le service public de l'audiovisuel contre les offensives qu'il vise.
Voilà, ça, c'est de la politique. Raphaël Glixman, candidat à l'élection présidentielle et des députés européens. Place publique, merci d'avoir répondu à mes questions.
Il
est 8h51 sur RMC et BFM TV.
Raphaël Glucksmann