Cédric Perrin : « Ce débat sur notre politique en matière de défense fera date dans l’histoire »
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Coup de tonnerre la nuit dernière au Sénat. Finalement, la droite sénatoriale a rejeté la hausse de 36 milliards d'euros du budget des armées qui était prévue par le gouvernement dans l'actualisation de la loi de programmation militaire car les sénateurs, les républicains, souhaitaient une rallonge supplémentaire pour nos armées à hauteur de 50 milliards d'euros. Alors, résultat pour l'instant, le Sénat n'a pas voté de moyens supplémentaires pour la défense. Pour en parler, pour réagir à cette actualité, j'accueille sur ce plateau Cédric Perrin. Bonjour. Bonjour.
Vous êtes le président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées de la Haute Assemblée. Vous êtes également sénateur des républicains du territoire de Belfort. Cédric Perrin, au final, le Sénat n'a pas voté de rallonge budgétaire pour nos armées françaises alors que les menaces sont multiples dans le monde. Qu'est-ce qui s'est passé hier soir ?
Écoutez, il s'est passé une chose assez simple finalement puisqu'on a assisté au moment où, je le rappelle, la commission des affaires étrangères de la défense et des forces armées avait introduit dans le texte du gouvernement et de la loi de programmation militaire une hausse du budget de 14 milliards pour faire face aux difficultés possibles.
Donc, ça fait une rallonge globale de 50 milliards qui était demandée par les sénateurs.
Plus de 36 parce que nous partons du principe que pour donner à la paix les moyens de durée, il faut évidemment la protéger avant que la guerre n'éclate. Et donc, il faut anticiper.
Et donc, nous avons voulu, par souci de cohérence avec la menace, avec nos promesses faites à l'OTAN, avec la progression des budgets de la défense dans un certain nombre de pays européens, en Allemagne, en Roumanie, en Pologne, en Grande-Bretagne et ailleurs, donner un souffle supplémentaire à cette loi de programmation militaire parce que c'était nécessaire, parce que depuis 2018, on nous refuse la modification du format des armées et que nous pensons qu'aujourd'hui, on est à un stade où on ne pouvait plus attendre.
Et puis, le gouvernement, hier soir, fait preuve d'effort désespéré pour, j'allais dire, implanter au Sénat ce qu'il a réussi à faire à l'Assemblée nationale depuis quelques années, c'est-à-dire faire des coups politiques. Et nous avons assisté hier à quelque chose d'absolument extraordinaire. Quand je dis extraordinaire, c'est qu'il faut mesurer la performance de la ministre de Catherine Vautrin, qui s'est battue comme un diable, il faut lui reconnaître ça, pour refuser à ses armées 14 milliards d'euros supplémentaires et donc en faisant voter un amendement pour refuser les 14 milliards d'euros que la totalité des sénateurs de la majorité avaient acceptés en commission.
Et donc pour proposer une rallonge au total de 36 milliards d'euros quand même ? Pour ne proposer qu'une rallonge de 36 milliards. Mais là où c'est extrêmement intéressant, c'est que le gouvernement s'est allié aux communistes. pour arriver à faire cette performance. Et donc ça a été un one shot, c'est-à-dire un coup qui n'a duré que quelques minutes, puisque quelques instants plus tard, l'article 2, le Sénat a repris sa majorité, l'article 2, c'est-à-dire la totalité de l'article 2, a été rejetée. Et donc aujourd'hui on se retrouve dans une situation…
L'Assemblée nationale, on est à zéro, donc est-ce que vous ne regrettez pas de ne pas avoir accepté quand même ces 36 milliards d'euros ? Parce que là on est à zéro.
Mais on n'est pas à zéro puisqu'on va revenir au texte de l'Assemblée nationale qui, je le rappelle, a voté le texte du gouvernement sans broncher et sans y ajouter la moindre virgule. Mais la performance, elle est intéressante parce que je voudrais souligner que les communistes, quelques minutes avant de voter avec le gouvernement cet amendement, a voté une réduction du budget des armées de 50 milliards d'euros. Une réduction du budget des armées de 50 milliards d'euros, ce qui nous ramène à un budget aux alentours des années 2010 en valeur constante. Et donc quelques minutes plus tard, ils votaient avec le gouvernement une augmentation de 36 milliards.
Mais est-ce qu'il n'aurait pas mieux valu pour les sénateurs LR de dire « bon, très bien, on a perdu le vote sur les 50 milliards, mais on vote quand même les 36 milliards ? »
Je crois que vous savez que la défense n'est pas qu'une question d'argent. Je crois que c'est une question de force morale et de capacité à vouloir rester maître de son destin et de ne pas subir. Et nous avons la conviction aujourd'hui que ne peut pas, comme le fait le gouvernement, annoncer que la menace est imminente, que, comme le dit la revue nationale stratégique éditée par le gouvernement dans son paragraphe 5, il y a un risque de choc majeur à l'est de l'Europe et d'un autre côté ne pas faire ce qu'il faut pour doter nos armées et des moyens suffisants pour assurer la sécurité de la France et des Français.
Juste avant de bien comprendre ce qu'il y a dans cette actualisation de la loi de programmation militaire, quand même, Cédric Perrin, est-ce que vous ne regrettez pas qu'au final, on retienne que le Sénat a un peu sabordé cette hausse budgétaire pour nos armées ?
Mais le Sénat n'a pas sabordé la hausse budgétaire puisque le Sénat exige une hausse supplémentaire.
Alors, on va essayer de démêler un peu les enjeux de cette loi de programmation militaire, de son actualisation qui a été débattue hier au Sénat. Steve, d'abord, il faut dire que c'est un texte qui, simplement, vise à renforcer les moyens de la défense française.
Avec une question très simple, Alex, la France est-elle prête pour la guerre de demain ? Depuis l'invasion de l'Ukraine, les experts répètent la même chose, la possibilité d'un conflit majeur en Europe n'est plus théorique. L'an dernier, effectivement, la Revue nationale stratégique mettait même en garde contre le risque d'un affrontement de haute intensité sur le continent d'ici à 2030. C'est dans ce contexte que le gouvernement veut donc revoir sa loi de programmation militaire.
Et concrètement, qu'est-ce que demande le gouvernement ?
L'objectif est simple, accélérer le réarmement français, passer de 400 milliards d'euros pour les armées à 436. C'est 36 milliards d'euros supplémentaires d'ici à 2030. Cet argent doit servir à combler plusieurs faiblesses, produire davantage de munitions, développer les drones, renforcer les capacités spatiales ou encore améliorer la préparation opérationnelle des armées. Écoutez la ministre à ce sujet.
La responsabilité, c'est de tirer les conséquences d'hier et d'aujourd'hui pour préparer notre pays à ce qui vient. Les objectifs de ce projet doit sont clairs. D'abord, accélérer le recomplètement des stocks de munitions. Ensuite, accélérer les acquisitions d'équipements sur les segments prioritaires, notamment les drones, la lutte anti-drone, en tenant compte des perpétuelles innovations.
Le mot qui revient partout aujourd'hui, Alex, c'est celui de retour d'expérience. L'armée française observe évidemment ce qui se passe en Ukraine et au Moyen-Orient pour corriger ses propres faiblesses.
Mais Cédric Perrin le disait, pour la droite sénatoriale, cela ne va pas assez loin.
Exactement. Pour le gouvernement, 36 milliards supplémentaires, ça suffit. Pour la droite du Sénat, il faut aller plus loin, beaucoup plus loin. Ce n'est pas 36 milliards d'euros de plus qu'il faut aller. Avec ces 50 milliards, il manque des frégates, des rafales, des munitions. Ces 50 milliards doivent permettre aux armées de tenir dans un conflit long et intense. Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle, on le rappelle, a défendu cette rallonge hier. Qu'est-ce qui doit guider notre cohérence ? Un, c'est la menace, l'ensauvagement du monde, le retour à l'état sauvage, à l'état de nature des relations internationales, un désengagement américain. On est dans un moment gaullien.
Réponse du gouvernement, impossible de faire un tel effort financier compte tenu de l'état de nos finances publiques. Et donc, coup de théâtre, Alex, vous l'avez rappelé, la droite républicaine n'est pas parvenue à faire adopter cette rallonge de 14 milliards. Les socialistes ont voté avec le gouvernement pour s'en tenir à l'effort déjà consenti par les députés, c'est-à-dire à 36 milliards d'euros supplémentaires jusqu'en 2030. Vous avez échoué à convaincre Cédric Perrin. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Je crois que... Moi, d'abord, je dois dire que je suis satisfait que beaucoup de sénateurs n'ont pas cédé à la pression considérable que leur a mis Matignon tout au long de la journée d'hier pour leur faire changer d'avis. Malheureusement, il y en a 6 de 3 qui ont changé d'avis. – Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi vous n'avez pas d'argument ? – Non, du tout. Justement, je pense qu'il faut clarifier aussi les choses. Le débat d'hier, il a permis... Enfin, je crois qu'on sorte de la politique politicienne, ce n'est pas vraiment mon sujet. Je pense que le débat d'hier, il a permis de clarifier les enjeux de tous ceux qui ont soutenu la position de la Commission.
Parce que ces gens-là ont fait preuve de courage et de lucidité et c'est 100% des LR, il n'a pas manqué une voix au LR, c'est la moitié des centristes et la moitié des élus horizon.
– Mais vous avez échoué.
– Il nous a manqué, effectivement, 6 voix pour y parvenir.
– Vous êtes en minorité sur ce point ? Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ?
– Quand le gouvernement macroniste fait alliance avec les communistes qui sont dans une position orthogonale en matière de défense, comment voulez-vous constituer une politique de défense cohérente ?
– Le document, il est simple, et on va attendre à Chittemal qui le dit, c'est-à-dire, ils disent, voilà, vous ne pouvez pas financer, vu l'état de nos finances publiques, ce n'est pas possible de financer. C'est ce que vous demandez.
– Écoutez, en 1937, le gouvernement a demandé une rallonge au Sénat pour financer l'effort de guerre. Le Sénat a refusé cet effort de guerre de 30 milliards, sous prétexte qu'il n'y avait pas suffisamment de moyens pour les uns, que pour les autres, l'Allemagne n'allait pas attaquer avant 1941, pour les derniers, qu'il n'y avait pas besoin d'acheter des avions puisque nous n'avions pas de pilote. – On connaît la suite, il est inutile d'en parler. – On est dans la même situation aujourd'hui que les années 30 ? – Le gouvernement ne cesse depuis un an de nous rabattre les oreilles avec la revue nationale stratégique qui explique qu'il y a un choc hypothétique à 2030.
Peut-être qu'il n'existera jamais. Nous le souhaitons tous de tout notre cœur. Je souhaite que tout le monde se trompe. Mais si ce choc devait arriver, il faut être prêt. Je vous l'ai dit tout à l'heure, si vous voulez donner les moyens à la paix de durer, il faut la protéger avant que la guerre n'arrive. C'est ça le principe et je voudrais revenir sur ce que vous disiez tout à l'heure parce que quand vous dites que le gouvernement augmente de 36 milliards le budget, la vérité ce n'est pas celle-là. La vérité c'est que depuis 2023, le Sénat dénonce le fait que la loi de programmation militaire qui a été votée en 2023 est sous-financée.
C'est-à-dire que le gouvernement n'a pas les moyens d'assurer le financement de tout ce qu'il avait prévu en 2023. Nous l'avions dit à l'époque et on nous a dit que nous faisions erreur. Aujourd'hui, trois ans plus tard, pourquoi le gouvernement revient avec une loi d'actualisation parce qu'il a besoin de 36 milliards d'euros supplémentaires pour financer ce qu'il a décidé en 2023 ? Pas pour faire progresser nos armées en termes capacitaires, pour financer ce qu'il a fait en 2023.
– Sur la question du financement, on va réécouter un extrait du débat de hier soir et on va écouter le sénateur socialiste Rachid Temal qui dit à ses homologues les Républicains, 50 milliards pour les armées, très bien, mais comment on finance ?
– La question qui est posée, c'est comment maintenant, et c'est là le débat que nous devons avoir, comment concrètement on finance les 50 milliards ou les 14 ? Faites ça comme vous voulez. Vous pensez augmenter les impôts ? Non. Vous pensez réduire le modèle social ? Non. Non, mais la différence entre vous et moi, M. le Président, c'est que nous, on est dans cette affaire responsable parce qu'on propose des recettes. Vous, vous proposez juste, vous proposez juste de laisser filer les déficits, de détruire le modèle social avec une mesure qui est une mesure qui n'est pas sérieuse parce qu'elle n'existe pas. C'est ça la différence entre nous et vous.
– Ce sera d'ailleurs normalement une question de la campagne présidentielle, c'est très important. Comment on finance cet effort depuis des années très important pour nos armées françaises ? En rognant sur notre modèle social ? En rognant sur certaines politiques publiques ?
– Les socialistes n'ont pas souhaité voter ce texte alors qu'ils sont favorables à l'augmentation du budget parce qu'ils ne veulent pas rogner sur le modèle social. Mais je voudrais revenir sur un point. Quand un Français paye 1 000 euros d'impôt, la répartition est la suivante. Il y a 561 euros qui vont au modèle social. Il y a 88 euros qui vont à l'éducation nationale, 31 euros qui vont à la défense, 25 à la sécurité intérieure et 5 à la justice. Donc 561 euros pour le modèle social, 31 euros pour la défense. Comment, quand vous avez un différentiel de 1 à 15, vous pouvez considérer que le petit budget vient obérer le grand ? – La réponse est oui, il faut réduire notre modèle social.
– Et donc ça veut dire qu'il y a quelques euros, effectivement, à récupérer là où nous avons fait des dépenses qui étaient peut-être inconsidérées. Nous avons bénéficié des dividendes de la paix. C'est la défense qui a été sacrifiée ces 40 dernières années. Or, les budgets qui étaient consacrés à la défense, je rappelle plus de 3% du PIB sous Mitterrand et Pompidou. 3,2 à la fin du mandat de Pompidou. Cet argent, qu'est-ce qu'on en a fait en France ? – C'est la guerre froide. – Non, après que la guerre froide se soit terminée, les dividendes de la paix, ça a été une distribution de l'argent des Français dans le modèle social, au détriment de la défense.
Aujourd'hui, on veut revenir à un modèle qui soit plus équilibré et qui fasse que la défense ait davantage de moyens. Mais je rappelle le rapport de 1 à 15, 561 euros pour le modèle social, contre 31 euros pour la défense quand on paye 1 000 euros d'impôt.
– Mais vous n'avez pas fait de proposition, c'est ce que vous disiez les socialistes,
vous n'avez pas fait de proposition pour le financer ? – Vous connaissez peut-être aussi bien que moi sur Public Sénat la loi telle qu'elle fonctionne. – C'est dans le budget. – C'est dans la loi de finance qu'on définit. La loi de programmation de militaire, c'est une loi qui programme les dépenses de défense pour les 5 prochaines années. Ça n'est pas le lieu pour définir les objectifs en matière budgétaire. Chaque année, la loi de finance viendra discuter et à ce moment-là, on fera des propositions, bien évidemment.
– Alors vous dites, ce qui s'est passé, ce n'est pas une question de politique politicienne, mais quand même on a vu un Bruno Retailleau, qui est candidat à Les Républicains à la présidentielle, très actif hier soir. Est-ce qu'il a donné des consignes, en tout cas décidé de refuser ces 36 milliards pour les armées au nom d'une ambition supérieure à 50 milliards ?
– Bruno Retailleau n'a pas été plus actif que les autres. Vous avez suivi le débat, ou ceux qui l'ont suivi ont vu qu'il a pris la parole, comme beaucoup de sénateurs, dans un débat, je dois le souligner, qui a été d'une très grande richesse, d'une très grande tenue. Et je pense que ce débat fera date dans l'histoire, parce qu'il a permis aux uns et aux autres de cranter leur position et de dire comment ils imaginaient, comment ils voyaient la suite de l'histoire. Et Bruno Retailleau, effectivement, comme les autres, a annoncé qu'il pensait… – La suite, c'est la présidentielle.
– Oui, mais ne focalisez pas tout sur la présidentielle, il est sénateur, et comme nous, il a, au nom du groupe LR, annoncé qu'il pensait, que pour assurer la défense de la France, il fallait augmenter le budget des armées et arriver à un effort de 50 milliards d'euros supplémentaires. – Est-ce que vous demandez aujourd'hui une deuxième délibération ? – Écoutez, c'est au gouvernement de décider s'il veut une deuxième délibération. Faute de quoi ? C'est l'article 2 de l'Assemblée nationale qui sera étudié en commission mixte paritaire.
– Et la suite, voilà, ce sera une commission mixte paritaire avec seulement en débat la version de l'Assemblée nationale à 36 milliards d'euros supplémentaires pour nos armées. Est-ce qu'il peut y avoir un compromis avec le Sénat ?
– Je voudrais rappeler quand même qu'avant de voter l'article 2, nous avons voté la totalité du rapport annexe et que dans le rapport annexe, ce texte aujourd'hui tel qu'il a été voté par le Sénat, il contient des objets capacitaires, il contient évidemment un objectif fixé très clairement à 50 milliards d'euros à 2030 et il contient également une référence, plus aucune référence aux 36 milliards d'euros du gouvernement. Donc la trajectoire telle qu'elle a été définie par le Sénat, elle est à 2,7% du PIB en 2030, c'est-à-dire 50 milliards d'euros.
Et dernier point de cohérence me semble-t-il, c'est que nous voulons aujourd'hui que les promesses que le gouvernement a faites à l'OTAN l'année dernière qui consiste à dire qu'on veut aller à 3,5% du PIB en 2030 soient tenues. Et on voit bien qu'avec la trajectoire que le gouvernement nous propose, on devra faire entre 2030 et 2035 un effort de 14 milliards d'euros par an. C'est juste irréalisable. Et donc nous avons souhaité lisser l'effort sur la totalité de la période entre 2026 et 2035. Les sénateurs qui sont majoritaires hier soir pendant 3 minutes ont décidé qu'il ne fallait pas faire comme ça.
Donc on n'aubère pas l'avenir, on veut lisser la période pour pouvoir, j'allais dire, protéger aussi ceux qui en 2030-2035 seraient amenés si on suivait le gouvernement à faire un effort de 14 milliards d'euros par an, ce qui est intenable.
Alors cette hausse des dépenses militaires a un impact sur nos territoires avec une hausse des commandes publiques pour les entreprises qui sont dans tout ce secteur industriel de la défense, que ce soit les grands groupes mais également les petites entreprises. Et justement, on va parler d'une entreprise qui est située dans votre territoire, Cédric Perrin, le territoire de Belfort. On va retrouver le maire de La Chapelle, sous Rougemont, Pierre-Yves Guéraud. Bonjour, monsieur le maire.
Bonjour, bonjour monsieur le sénateur, c'est cher Cédric.
Alors on va parler d'entreprise M+, qui est spécialisée notamment dans la soudure pour l'aviation militaire. Est-ce que cette entreprise dans votre commune a vraiment ressenti les hausses de dépenses militaires qui ont été votées par le Parlement ces dernières années ?
Alors tout d'abord, M+, n'est pas spécialisée à l'origine dans la production de pièces pour l'industrie militaire. M+, c'est avant tout une chaudronnerie qui a beaucoup travaillé dans le domaine de l'énergie, que ce soit pour des groupes comme Généractrique ou Arabelle maintenant, ou encore dans des industries comme Cryostar. Elle s'est adaptée à de nouvelles commandes
pour le secteur militaire ?
Elle s'est adaptée, voilà, exactement. J'ai découvert M+, alors j'habite depuis 25 ans à peu près dans cette commune. Le groupe M+, composé de MECA+, à l'origine, et MAC+, existe depuis une quarantaine d'années sur notre territoire. Mais j'ai découvert vraiment l'entreprise lorsque j'ai pris mon premier mandat de maire dernièrement. Et c'est là que j'ai découvert effectivement cette activité pour l'industrie militaire avec la production de pièces de refroidissement pour l'aviation, notamment pour les rafales.
Donc, vous dire, si maintenant on ressent les retombées économiques, c'est peut-être encore un petit peu trop tôt pour le dire, mais en tout cas, on pressent bien une hausse d'activité pour cette entreprise.
Il y a une hausse d'activité ? Cédric Perrin, les effets sont un petit peu lents
à se faire ressentir. D'abord, bonjour Pierre-Yves, je me permets. Cette entreprise, en fait, ça fait dix ans que je la suis de très près. Et François Cortinovis et Philippe de Habreux, les deux responsables de cette entreprise, ont fait une croissance absolument extraordinaire. Et ça fait dix ans que je les pousse à entrer dans la défense et devenir sous-traitants de la défense. Ils ont acquis des compétences en matière d'aéronautique, des qualifications qui durent plusieurs années. On peut avoir des qualifications qui peuvent durer jusqu'à cinq ou six ans sur une pièce. Et aujourd'hui, ils en ressentent les effets puisqu'ils sont en plein recrutement, ils se modernisent.
C'est une entreprise absolument exemplaire, avec des dirigeants exemplaires, qui est extrêmement proactive en matière de sécurité au travail, en matière de progrès, d'innovation dans la manière de fabriquer ces pièces. Et effectivement, c'est une entreprise qui bénéficie aujourd'hui de la BITD, des commandes de la défense. Et je voudrais dire aussi que les fameux 14 milliards d'euros dont on a parlé à l'instant, je l'ai dit aux élus communistes hier, il ne faut pas qu'ils l'oublient, c'est du ruissellement.
Ces 14 milliards d'euros qui ont vocation, puisque j'ai dit que nous avions mis des objets capacitaires dans la loi de programmation, qui ont vocation à irriguer la base industrielle et technologique de défense parce que ces 14 milliards d'euros, ils vont être dépensés en France et uniquement en France. Quand on achète 30 Rafale, c'est ce que nous avons fait, trois frégates, du matériel pour l'armée de terre, etc., nous achetons du matériel français et donc par conséquence, nous faisons travailler des entreprises françaises. Un euro investi dans la défense, c'est deux ou trois euros investis dans l'économie française. Et donc…
Et des commandes de Rafale, du coup, ça a un impact sur cette entreprise ?
Évidemment, puisque M+, c'est un sous-traitant d'Ariane, c'est un sous-traitant d'autres entreprises de la défense que je ne citerai pas. Mais voilà, c'est évidemment une entreprise qui bénéficie à plein de la modification du budget des armées. Et aujourd'hui, dans notre secteur, pour faire la transition, nous sommes très liés à l'automobile et nous cherchons aussi à diversifier la charge de travail des entreprises sous-traitantes de l'automobile grâce à la défense.
Rapidement, pour conclure, M. le maire, quels sont vos espoirs en termes d'emploi, notamment pour M+, avec ces commandes militaires qui vont arriver ?
Voilà, avant tout, effectivement, ce sont bien sûr des retombées économiques. Alors, indirectement pour la commune, puisque ça bénéficie avant tout à la communauté de communes, mais on retouche quand même, que ce soit par la CFE, mais on retouche les attributions de compensation de la taxe foncière. Ensuite, en termes de retombées, c'est une visibilité aussi pour l'industrie sur le nord-territoire, enfin, sur le territoire de Belfort, puisque d'autant plus que la Chapelle-sur-Jean est située sur un axe très passant sur la RD83. Donc, c'est la porte d'entrée du territoire de Belfort, du département, de la communauté de communes et de la région, de manière générale.
Donc, l'entreprise M+, le groupe M+, est très visible. Donc, ce sont des retombées aussi indirectes en termes d'emploi, bien sûr. M+, regroupe, recrute, pardon. Ce sont des retombées par rapport aux habitants, en termes aussi d'enfants, pour nos écoles. C'est de l'activité économique.
Donc, un vrai rayonnement de ces futurs communes militaires pour votre territoire. Oui, tout à fait. Merci beaucoup. Merci beaucoup.
Et l'entreprise M+, contribue à faire du territoire de Belfort un territoire industriel d'avenir, et qui va atterrir des compétences, des investissements et des partenaires stratégiques, et également en sous-traitant locaux.
Merci beaucoup, M. le maire Pierre-Yves Guéraud, maire de la commune de La Chapelle-Sous-Rougemont, dans ce territoire de Belfort que vous représentez, Cédric Perrin. On finit en regardant ce qu'il y a à la une de la presse régionale, comme chaque jour. On sélectionne trois unes de la presse quotidienne régionale, avec d'abord celle du Télégramme, qui est consacrée à ces bretons qui traquent la flotte fantôme russe. Ensuite, la une de la Marseillaise, déjà 63 féminicides en 2026.
Et puis, à la une du journal L'Alsace, Stellantis, qui assure l'avenir de Mulhouse, mais également de votre territoire, de Belfort, avec un investissement d'un milliard d'euros, notamment dans la voiture électrique ?
Dans l'automobile en France, oui, le détail. C'est maintenant que je choisis.
Oui, alors, un petit mot sur Stellantis ?
Sur Stellantis, évidemment, j'allais dire que c'est pour nous, évidemment, le poumon de notre économie régionale, puisque au-delà de Mulhouse, il y a évidemment Sochaux, et Sochaux, c'est à la lisière du territoire de Belfort, et c'était 40 000 emplois en 1980, c'est 6 000 emplois aujourd'hui, c'est à 10 kilomètres de chemin, donc forcément, ça me touche beaucoup. Et cette question de l'automobile, elle est importante, y compris pour des entreprises comme celle dont on vient parler, M+, qui sont, pour la plupart d'entre elles, des sous-traitantes d'automobiles. Donc c'est une nouvelle plutôt rassurante.
Une dernière question sur l'Ukraine. Il y a cette une du Télégramme sur la lutte contre la flotte fantôme russe. Dernière question très simple. Est-ce qu'Emmanuel Macron doit rétablir le dialogue avec Vladimir Poutine, alors qu'on l'a vu dans le journal, les frappes russes sont de plus en plus intenses contre l'Ukraine. Il y a eu une vingtaine de morts hier.
Écoutez, je pense que de toute façon, il faudra à un moment ou à un autre rétablir le dialogue avec Poutine pour essayer d'obtenir la paix. Je pense que c'est l'objectif de tout le monde que de, j'allais dire, clarifier la situation et faire en sorte que les frappes cessent. Aujourd'hui, Vladimir Poutine est sans aucun doute en difficulté et donc qu'il fait feu de tout bois pour essayer, j'allais dire, d'obtenir un résultat, y compris en politique intérieure, pour donner à sa population, je pense, l'idée qu'il obtienne des résultats.
Vous savez, c'est la morale de cette histoire et de cette émission, c'est que si tout allait bien dans le monde et si nous n'avions pas, effectivement, des conflits qui sont en train de germer un peu partout, on n'aurait pas besoin de 14 milliards d'euros supplémentaires. Malheureusement, on voit bien qu'il faut être capable de dire la vérité aux gens, même si elle n'est pas toujours très reluisante. Je pense que c'est ça l'objectif.
Merci beaucoup, Cédric Perrin, d'avoir été avec nous aujourd'hui pour parler de ce débat un petit peu compliqué au Parlement sur la hausse budgétaire pour nos armées françaises. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.