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ChroniqueAnalyses politiques· 19 mai 2026 8 minAutoproduitActualité / polémiqueImmigration & asileSolidarités & familleInstitutions & élections

Que vaut la BD de François Ruffin ?

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:25Invité politiqueFait
    « La scène que tout le monde a retenu et c'est surtout celle-là qui a fait polémique, c'est la fameuse scène du train où on voit Ruffin dans un train pendant qu'une femme noire se fait verbalisé par un contrôleur, refuse de payer l'amende et se fait super mal parler par des policiers blancs vraisemblablement racistes. »
  • 5:18Invité politiqueFait
    « Quand il fait un bad de buzz, c'est exactement comme quand Mélenchon fait un bad de buzz. D'un côté, ça écorne son image, de l'autre ça le rend incontournable. »
  • 5:53Invité politiqueFait
    « On fait ou on dit quelque chose qui cible l'électorat que l'on veut viser tout en se laissant suffisamment de marge de manœuvre pour pouvoir rétropédaler et affirmer qu'on l'a mal compris. »
  • 6:28Invité politiqueFait
    « Il va être invité partout pour affirmer qu'il est en réalité antiraciste, que dans sa BD, il y a des témoignages de personnes qui subissent le racisme au quotidien, qu'il a des propositions en ce sens. »
  • 7:03Invité politiqueFait
    « Il n'y a que deux candidats à gauche aujourd'hui, lui et Jean-Luc Mélenchon. Merci pour Marine Tondelier, Clémentine Autin, Benjamin Lucas Lundi ou encore Nathalie Arto qui seront très heureux d'apprendre qu'il n'existe pas. »

Temps de parole

  • François Ruffin98 %

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0:07
François Ruffin

Me jugez pas. Bon, blague à part, j'ai acheté la bande dessinée de François Ruffin. Je comptais pas en parler à la base parce que je pensais que ce serait un livre politique random de plus malgré l'originalité du format BD. Et en plus, la couverture et la façon dont François Ruffin lui-même en faisait la promotion donnait l'impression d'un truc très agéographique. Bref, pas très intéressant. Sauf que depuis, il y a eu une polémique autour de cette BD et notamment autour des clichés racistes qu'elle véhicule, ce qui m'a donné un peu plus envie de voir ce qu'il pouvait y avoir d'intéressant à en dire. Du coup, on peut officiellement dire que j'ai acheté la BD de Ruffin pour le racisme.

Me jugez pas. Bref, dans cette analyse politique, je vous livre ma critique littéraire de la BD de François Ruffin et j'essaie de comprendre ce que ça dit de sa vision du monde mais aussi de sa stratégie électorale.

0:51
Non speech

[musique] [musique] [musique]

1:07
François Ruffin

Bon, du coup, la bande dessinée de Rufin s'inspire de deux choses. La première, c'est American Splendor, une autre bande dessinée qui est l'autobiographie d'un Américain ordinaire. Et la seconde c'est les aventures de Tintin. Et je dis même pas ça sur la blague, c'est assumé rien que sur la couverture. Les aventures de François Ruffin député reporter, ça fait directement écho à un certain reporter belges du petit 20e et ça a beaucoup joué dans le fait que certains mauvais esprits ont surnommé la BD fin au Congo. Elle prend la forme d'une collection de témoignages, des anecdotes de vie de François Ruffin et aussi des choses qu'on lui a raconté et Sax autour de deux critiques.

La critique des capitalistes exploiteurs et la critique du racisme. en théorie parce qu'en fait cette BDO aurait pu être excellente. Il aurait juste suffi d'enlever un petit élément. François Ruffin. En fait tous les problèmes de cette BD, toutes les choses qui lui ont été reprochées, y compris le racisme, ça découle directement du fait que François Ruffin est le personnage principal de sa propre histoire. Et attention, c'est pas forcément un problème. Être le personnage principal de sa propre histoire, c'est ce que font notamment les standupers. a une différence près, c'est que les standupers sont les protagonistes de leur propre histoire, mais c'est pour se de leur propre gueule.

C'est de l'autodérision. Ruffin, lui, c'est l'inverse. Toute la BD crie à quel point il est génial et même si c'est une collection de témoignages notamment d'autres personnes, la figure de Ruffin y est tout le temps mise en avant. La scène que tout le monde a retenu et c'est surtout celle-là qui a fait polémique, c'est la fameuse scène du train où on voit Ruffin dans un train pendant qu'une femme noire se fait verbalisé par un contrôleur, refuse de payer l'amende et se fait super mal parler par des policiers blancs vraisemblablement racistes.

Ruffin finit par payer l'amande de la dame et calme un autre passager vraisemblablement métis en lui disant de respecter la police et en disant aux policiers de respecter leur uniforme. L'apothéose étant la case où on voit Ruffin, le super-héros, se faire remercier par un monsieur implorant parce que sinon ils auraient fini au poste. En fait, si cette scène sonne autant comme du Tintin au Congo, c'est parce que Ruffin y est présenté comme un héros, le sauveur blanc des pauvres petits racisés. Si tu enlèves ça, ça aurait juste pu être un témoignage du racisme ordinaire dans une rame de train.

Et même si Ruffin tenait absolument à raconter son intervention, c'était pas du tout obligé de le représenter en sauveur qui bombe le torse. Et en fait, c'est un peu comme ça tout au long de la BD. Tous les passages problématiques que les gens ont reproché viennent du fait que Ruffin est toujours mis en avant comme le héros de sa propre histoire et du fait que tu sens bien que c'est vraiment comme ça qu'il se voit. Et c'est dommage parce que pas mal d'autres témoignages de la BD racontés par d'autres gens sont plutôt authentiques, émouvants et intéressants.

On a notamment le témoignage d'une aide soignante et d'un aidant d'une femme atteinte de la maladie d'Alzheimer où l'on apprend que les aidents meurent souvent avant la personne qu'ils aident et que les places en épad sont super chères et pas faciles à trouver. On a aussi le témoignage d'ouvriers qui sont payés une misère et sautent des repas pendant que leur patron touchent des dividendes. On a le témoignage d'un groupe de femmes de la Cour Neuve qui sont victimes de racisme ordinaire alors qu'elles sont refusées par un patron de bistro juste parce qu'elles sont voilées. Le problème c'est que la majorité des témoignages et ben ils finissent par ressembler à ça.

Oui, moi je suis ouvrière chez ID logistique et on est vraiment traité encore pire qu'Amazon parce que bonjour [rires] je suis François Ruffin. Coucou vous avez vu ? Je suis François Rupin. François Rupin. Et c'est pas très étonnant au contraire même c'est la caractéristique principale de la façon dont Ruffin fait et a toujours fait de la politique à savoir que d'un côté il utilise sa notoriété pour mettre en avant des personnes issues des classes laborieuses pour qu'elles puissent venir témoigner de leurs difficultés mais que de l'autre il utilise aussi les témoignages de ces personnes pour se mettre en avant lui-même. Et finalement est-ce qu'elle est raciste cette BD ?

Et bah ça va rejoindre ce dont je vous parlais dans l'épisode sur le rapport de François Ruffin à l'immigration. À savoir qu'il y a aucun moment où Ruffin tient des propos explicitement racistes et j'ai même l'impression qu'il essaie de tenir extrêmement maladroitement un genre de discours antiraciste dans sa BD. Il y a des témoignages intéressants à ce sujet, notamment celui où il dénonce un quasi àil de deux fêtes à l'Assemblée nationale entre des députés tous blancs et des assistants tous noir lors d'un séminaire sur le numérique. Mais en même temps, il y a des scènes dans cette bande dessinée qui entretiennent le racisme systémique.

La scène du train, c'est la plus parlante, mais il y a aussi la scène du contrôleur "Je ne suis pas raciste, mais quand même les immigrés" dont les propos ne sont jamais vraiment remis en question. Mais est-ce que c'était pas le but justement ? Est-ce que tout comme pour ses propos sur l'immigration, Ruffin ne savait pas exactement ce qui allait se passer avec sa BD et ne l'a pas fait volontairement parce que déjà exactement comme lorsqu'il a parlé d'immigration, il a fait polémique et tout le monde parle de lui. Du coup, quand il fait un bad de buzz, c'est exactement comme quand Mélenchon fait un bad de buzz. D'un côté, ça écorne son image, de l'autre ça le rend incontournable.

Pour rappel, la stratégie de campagne de François Ruffin, c'est d'aller chercher les abstentionnistes des classes intermédiaires et populaires, des villes moyennes et des zones rural et périurbaine des personnes qu'il voi comme poreuses aux idées de l'extrême droite et au bruit de fond conservateur des médias, mais qui ne votent pas pour autant pour le Rassemblement national. Du coup, tout comme pour l'immigration, ça ressemble pas mal à du dog whistle. On fait ou on dit quelque chose qui cible l'électorat que l'on veut viser tout en se laissant suffisamment de marge de manœuvre pour pouvoir rétropédaler et affirmer qu'on l'a mal compris.

Quand il a créé la polémique sur l'immigration, il a affirmé qu'il était contre l'immigration pour le travail et le fait de faire venir des millions de personnes sub-sahariennes. Mais il a aussi affirmé que les soignants étrangers devaient avoir les pleins droits et du coup quand il s'est fait choper par le col pour ses propos, il a pu ensuite aller dans tous les médias pour affirmer qu'il était contre une immigration utilitariste et pour une immigration humaniste qui accueillait les personnes comme des êtres humains et non pas en fonction de leur utilité ou non. Et là, je vous paris que ça va être la même chose.

On l'attrape par le col parce qu'il y a des clichés racistes dans sa BD et il va être invité partout pour affirmer qu'il est en réalité antiraciste, que dans sa BD, il y a des témoignages de personnes qui subissent le racisme au quotidien, qu'il a des propositions en ce sens et cetera. Bref, ça lui permet d'exister et accessoirement, ça lui permet de continuer à construire le duel qu'il est en train de construire avec la France insoumise. Duel que par ailleurs la France insoumise est aussi en train de construire contre lui. C'est pour ça que Ruffin affirme par exemple de manière extrêmement prétentieuse qu'il n'y a que deux candidats à gauche aujourd'hui, lui et Jean-Luc Mélenchon.

Merci pour Marine Tondelier, Clémentine Autin, Benjamin Lucas Lundi ou encore Nathalie Arto qui seront très heureux d'apprendre qu'il n'existe pas. Mais en fait, les deux s'entretiennent vachement. Mélenchon et Rufin sont de parfaits épouvantailles l'un pour l'autre. Maintenant pour Rufin, le succès ou non de sa stratégie va beaucoup dépendre d'à quel point il droitis son discours pour aller parler à l'électorat qu'il vise. Parce que c'est pas le premier à essayer de marcher sur cette ligne de crête. Monbourg l'a fait 5 ans avant lui et il est parti tellement vite, tellement loin à droite qu'il s'est viandé.

Si Ruffin suit le même chemin, je n'ai aucun doute sur le fait qu'il subira le même sort et ce sera tant mieux. En revanche, s'il continue à être sur cette ligne de crête confusionniste, c'est pas dit. Sur ce, moi je vous laisse. À la prochaine.

7:53
Non speech

[musique]