Manuel Bompard : la conférence de presse d'Emmanuel Macron, "d'abord un rendez-vous avec lui-même"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:13OuverteRéponse directe
Sa conférence de presse hier soir fut-elle à la hauteur, selon vous ?
- 0:17OuverteRéponse directe
Que retenez-vous de cette prise de parole ?
- 1:00RelanceRéponse directe
Sur les franchises médicales, Emmanuel Macron a dit que ce n'est pas un crime.
- 1:57OuverteRéponse partielle
On a parlé de régulariser des médecins étrangers, remédier aux déserts médicaux...
- 2:55OuverteRéponse directe
En matière de pouvoir d'achat, Emmanuel Macron confirme une baisse d'impôts.
- 4:13OuverteRéponse directe
Parlons de l'école, Manuel Bompard, l'expérimentation de l'uniforme au collège.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il a laissé entendre que finalement, l'électricité allait augmenter de 10% au 1er février de cette année. »
- 0:49Invité politiqueFait
« Il a évoqué et il a ouvert la piste du doublement des franchises médicales »
- 1:21Invité politiqueFait
« J'ai bien compris quel était son raisonnement. »
- 1:27Invité politiqueFait
« vous avez déjà une partie significative des Français qui renoncent à se soigner pour des raisons financières »
- 2:15Invité politiqueFait
« une proposition transpartisane qui avait été déposée à l'Assemblée nationale, signée par des responsables de différents partis, qui proposait de ne pas permettre l'installation de médecins dans des zones qui sont déjà suffisamment pourvues »
- 3:27Invité politiqueChiffre
« aujourd'hui, vous avez quasiment une branche sur deux qui a des minimas en dessous du SMIC. »
- 3:54Invité politiqueFait
« Il y avait un mot qui n'a pas été prononcé, c'est le mot « partage ». »
- 3:57Invité politiqueFait
« cette année, on a atteint un record historique en France de versement des dividendes, c'est un record historique. »
- 5:24Invité politiqueFait
« je vois bien qu'en ce qui concerne le fait d'avoir des rémunérations salarielles qui soient au moins supérieures à l'inflation, on n'y est toujours pas. »
- 5:32Invité politiqueFait
« En ce qui concerne le fait d'avoir des recrutements pour faire en sorte qu'il ne manque pas des enseignants au concours de recrutement, comme ça a été le cas l'année dernière, on n'y est toujours pas. »
- 5:41Invité politiqueFait
« la question de se poser comment les élèves peuvent avoir accès à des fournitures scolaires gratuites, alors qu'on est dans des situations d'inflation, de crise sociale »
- 7:14Invité politiqueFait
« l'inscription dans la Constitution du droit à l'interruption volontaire de grossesse, c'est effectivement une proposition que nous avons portée depuis des années. »
- 7:44Invité politiqueFait
« Nous avons proposé entre 2017 et 2022 une proposition de loi dans notre niche parlementaire à l'Assemblée nationale sur ce sujet »
- 8:28Invité politiqueFait
« On voit bien la désagrégation du macronisme qu'on a sous les yeux. »
- 9:10Invité politiqueFait
« le programme que nous avons porté tous ensemble, d'ailleurs avec le Parti Socialiste au moment des élections législatives, qui est le programme de la NUPES, me paraît être le bon programme. »
Temps de parole
- Manuel Bompard71 %
- Présentateur29 %
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Sonia De Villers, votre invitée ce matin est députée LFI, NUP des Bouches du Rhône, coordinateur de la France Insoumise.
Bonjour Manuel Bompard. Bonjour. Le chef de l'État parlait depuis plusieurs semaines d'un rendez-vous avec la Nation au mois de janvier. Sa conférence de presse hier soir fut-elle à la hauteur, selon vous. Que retenez-vous de cette prise de parole ?
Je crois que c'était d'abord un rendez-vous avec lui-même. On a compris que le président de la République s'aimait beaucoup, il aimait beaucoup s'entendre parler. Et moi, ce que je me pose comme question ce matin, c'est qu'est-ce que les Français vont retenir de cette intervention ? Ce que j'observe, c'est qu'en réalité, ça risque d'être encore plus de difficultés pour eux. Il a laissé entendre que finalement, l'électricité allait augmenter de 10% au 1er février de cette année. C'est à peu près 200 euros en moyenne de plus à payer pour les Françaises et les Français.
Il a évoqué et il a ouvert la piste du doublement des franchises médicales, alors qu'on sait qu'un certain nombre de Français ont déjà des difficultés ou renoncent aux soins en raison de difficultés financières.
Sur les franchises médicales, je vous arrête, le président de la République, Emmanuel Macron, a dit que ce n'est pas un crime. Passer de 0,5 euros de 50 centimes à 1 euro sur une boîte de médicaments, ce n'est pas un crime. Et par ailleurs, par rapport à d'autres dépenses de la vie courante, ce n'est pas énormément. Et lui, il dit que ça va responsabiliser les assurés sociaux.
J'ai bien compris quel était son raisonnement. Moi, je vous dis aujourd'hui que vous avez déjà une partie significative des Français qui renoncent à se soigner pour des raisons financières et que s'ils doublent les franchises médicales, ça peut conduire à augmenter encore le nombre de personnes qui n'ont pas accès aux soins. Je ne veux pas dire que c'est un crime, mais ça peut conduire effectivement à de très lourdes difficultés. Et puis, on a compris aussi qu'il n'y aurait pas davantage de professeurs pour faire face notamment aux difficultés de l'éducation nationale, qu'il n'y aurait pas davantage de soignants pour faire face aux difficultés de l'hôpital.
Et comme ça a été dit à l'instant, que la planification écologique ou la transition climatique sont reléguées au second plan de ces priorités.
Alors sur la santé, néanmoins, on a parlé de régulariser des médecins étrangers. On a parlé justement de remédier aux déserts médicaux, de repenser la formation des médecins. Ce ne sont pas des sujets qui ont été éludés.
Vous avez raison, mais la seule proposition, qui était d'ailleurs une proposition transpartisane qui avait été déposée à l'Assemblée nationale, signée par des responsables de différents partis, qui proposait de ne pas permettre l'installation de médecins dans des zones qui sont déjà suffisamment pourvues pour faire en sorte qu'ils puissent s'installer dans les déserts médicaux, il l'a évacuée d'un revers de la main. Et en réalité, ce que j'ai trouvé frappant hier, c'est que pour les Français qui travaillent pour les plus pauvres, pour les plus faibles, entre guillemets, c'est beaucoup de contraintes, c'est beaucoup d'obligations.
Et par contre, dès qu'il s'agit d'obtenir, par exemple, l'installation de médecins dans des déserts médicaux, quand il s'agit de demander aux entreprises d'augmenter les salaires, là, il refuse la contrainte et il est seulement sur l'incitation. J'ai l'impression qu'Emmanuel Macron, il est fort avec les faibles, mais il est très faible avec l'effort.
En matière de pouvoir d'achat, puisque vous parliez de cette France qui travaille, et des moyens qu'on lui donne pour subsister et pour vivre, Emmanuel Macron confirme une baisse d'impôts.
Alors, il a évoqué, si je l'ai bien compris, une baisse d'impôts peut-être dans l'année 2025. Par contre, il a écarté toutes mesures contraignantes pour l'augmentation des salaires. Il nous a ressorti, maintenant, ce qui est une vieille antienne, qui est la question des branches, vous savez, dans lesquelles il y a des minimas salariaux qui sont au-dessous du SMIC. Je rappelle qu'il a déjà parlé de ça au mois de mars, qu'il a parlé de ça au moment des rencontres de Saint-Denis au mois d'août, et qu'aujourd'hui, vous avez quasiment une branche sur deux qui a des minimas en dessous du SMIC.
Donc, sur la question du pouvoir d'achat, des salaires, Emmanuel Macron, c'est sur beaucoup de paroles, mais quand il faut agir, quand il faut faire en sorte que les salaires augmentent, quand il faut augmenter le SMIC, quand il faut faire en sorte, par exemple, qu'on indexe les salaires sur l'inflation, là, il n'est jamais au rendez-vous. Il y avait un grand absent hier, il y a eu beaucoup de mots, beaucoup de phrases du président de la République. Il y avait un mot qui n'a pas été prononcé, c'est le mot « partage ». Alors que cette année, on a atteint un record historique en France de versement des dividendes, c'est un record historique.
Je pense qu'il aurait pu parler de comment on fait en sorte de mettre davantage à contribution, ce qui gagne beaucoup pour faire en sorte que la vie soit moins difficile pour les autres.
Parlons de l'école, Manuel Bompard, le cours d'éducation civique, marquer les passages symboliques, les remises de diplômes, l'expérimentation de l'uniforme au collège. Je ne crois pas du tout que le symbolique, dit Emmanuel Macron, soit vieux jeu. Et vous, Manuel Bompard, est-ce que vous pensez que le symbolique est vieux jeu ?
D'abord, je pense que les Français n'ont pas besoin de symboles, ils ont besoin de réalité. Et quand vous avez une difficulté à l'école publique, parce que, par exemple, il n'y a pas suffisamment d'enseignants, parce que, par exemple, des enseignants qui ne sont pas présents ne peuvent pas être remplacés, vous pouvez mettre tous les symboles que vous voulez, vous pouvez rajouter tous les enseignements que vous voulez. S'il n'y a personne pour les dispenser pour les élèves, ça va ne servir strictement à rien. Je trouve qu'il a une vision, effectivement, assez réactionnaire. Par ailleurs, il recycle des foncifs.
Attendez, juste un moment sur l'école, on sait bien quand même que Gabriel Attal avait annoncé un choc des savoirs, avait annoncé des effectifs réduits en lycée pro, avait annoncé des groupes de niveau au collège, avait annoncé un renforcement de l'apprentissage des mathématiques, des nouveaux programmes aux primaires, etc.
Toutes ces annonces ne m'ont pas échappé.
Il n'y a pas que la marseillaise, quoi.
Toutes ces annonces ne m'ont pas échappé. Par contre, je vois bien qu'en ce qui concerne le fait d'avoir des rémunérations salarielles qui soient au moins supérieures à l'inflation, on n'y est toujours pas. En ce qui concerne le fait d'avoir des recrutements pour faire en sorte qu'il ne manque pas des enseignants au concours de recrutement, comme ça a été le cas l'année dernière, on n'y est toujours pas.
En ce qui concerne, par exemple, la question de se poser comment les élèves peuvent avoir accès à des fournitures scolaires gratuites, alors qu'on est dans des situations d'inflation, de crise sociale, qui fait qu'il y a un certain nombre d'élèves qui n'arrivent même pas à avoir les fournitures scolaires pour pouvoir étudier dans les bonnes conditions, on n'y est toujours pas. Donc après, vous pouvez faire la marseillaise. M. Blancard en a déjà parlé en 2017, et M. Fillon avait déposé une proposition de loi en 2015 sur le sujet.
En quoi est-il réactionnaire ? Puisque vous avez utilisé ce mot.
Parce qu'il a une vision de l'ordre qui passerait par des symboles. Moi, je crois que si vous voulez faire en sorte que nos élèves rejoignent un projet collectif, si on veut faire en sorte que le pays s'attelle à un projet collectif, que tout le monde ait envie de tirer dans la même direction, il faut donner des perspectives positives.
Et le service national universel, par exemple, c'est un projet collectif pour les jeunes ? C'est les inclure dans un projet collectif et républicain ?
Écoutez, pour l'instant, l'expérimentation de ce service national universel, de mon point de vue, est un fiasco. Qu'on essaye de faire en sorte, par exemple, qu'on ait un service civique, dans lequel il y a des missions de transition écologique, des missions de lutte contre la pauvreté, de solidarité, j'y suis pas opposé. Mais le service national universel tel qu'il est aujourd'hui, me semble pas du tout correspondre à cette mission.
Manuel Bompard, vous parlez d'un président réactionnaire qui a rappelé néanmoins l'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution, le droit à la PMA, la programmation... Bon là, j'y arriverai pas. Merci pour toutes. Ce sont des combats que vous avez menés, vous aussi, à la France insoumise. Est-ce que vous vous en satisfaisiez ?
Écoutez, l'inscription dans la Constitution du droit à l'interruption volontaire de grossesse, c'est effectivement une proposition que nous avons portée depuis des années. C'est une proposition progressiste. Et donc je ne vais pas vous dire que je ne suis pas satisfait du fait que cette proposition soit reprise. Mais je crois que c'est un peu l'arbre progressiste qui cache la forêt réactionnaire.
On pouvait attendre, notamment hier soir, une annonce sur la fin de vie, puisque ça fait partie aussi...
Ça fait aussi partie en tout cas des sujets sur lesquels nous nous battons depuis des années et des années. Nous avons proposé entre 2017 et 2022 une proposition de loi dans notre niche parlementaire à l'Assemblée nationale sur ce sujet, comme nous l'avons fait d'ailleurs sur la constitutionnalisation de l'IVG. Je me dis que finalement, sur ces sujets, on avait raison avant tout le monde.
Le en même temps macronien ou macroniste, comme vous voulez, a séduit à une époque tout un électorat de gauche. Ça a fait énormément de mal au Parti Socialiste, par exemple. Vous, ça vous a plutôt renforcé à l'époque la gauche radicale et radicalement anti-Macron. En droitisant aujourd'hui son gouvernement et son discours, est-ce qu'Emmanuel Macron n'est pas en train de faire tourner la roue à gauche ? Est-ce qu'il n'est pas en train de pousser une gauche plutôt réformiste, libérale, modérée, à se reformer ?
Moi, je crois que ce que les gens ont besoin, c'est que vous ayez un courant politique à gauche qui propose une alternative. On voit bien la désagrégation du macronisme qu'on a sous les yeux. La question qui est posée, c'est est-ce que la solution face à ça, c'est le Rassemblement national ? Ou est-ce qu'il y a autre chose ? Est-ce qu'il y a autre chose ? C'est ça ma question.
Est-ce qu'il y a un Raphaël Glucksmann qui trouve un espace à gauche ?
J'ai compris que Raphaël Glucksmann est devenu la nouvelle coucluche des médias.
Non, simplement ma question, c'est est-ce qu'il a un espace qui n'est ni Macron, ni Mélenchon pour se développer ?
Mais pour faire quoi ? La question qui nous est posée, c'est pour faire quoi ? Est-ce que comme Emmanuel Macron, il faut renoncer à la question du partage de la richesse ? Ou est-ce que comme nous le proposons à la France Insoumise, il faut effectivement partager les richesses ? Est-ce qu'il faut s'attaquer à l'urgence climatique ou pas ? Il n'y a pas dix solutions. Je pense que le programme que nous avons porté tous ensemble, d'ailleurs avec le Parti Socialiste au moment des élections législatives, qui est le programme de la NUPES, me paraît être le bon programme. Moi je reste fidèle à ce programme.
Merci Emmanuel Bompard.
Merci à vous.
Manuel Bompard