Jean-Luc Mélenchon
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- 0:01OuverteRéponse directe
Vous pensez toujours que la France doit se tenir à l'écart de la crise ukrainienne ?
- 0:33OuverteRéponse directe
La médiation, c'est parce qu'elle a tenté de faire hier en essayant de réunir les ministres russes et ukrainiens à Paris ?
- 3:17OuverteRéponse directe
Zvoboda qui a obtenu 10% des voix, 2 millions de votes environ, et qui dispose de 37 sièges sur 450 à la Rada au Parlement ukrainien.
- 3:53OuverteRéponse directe
Ils sont en danger, à votre avis ?
- 4:34RelanceRéponse directe
Jean-Luc Mélenchon, on doit s'accommoder de l'occupation russe en Crimée ?
- 5:38RelanceRéponse partielle
Personne ne propose aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon, à ma connaissance.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:27Invité politiqueChiffre
« La France possède en Ukraine le quatrième réseau bancaire, le septième en Russie »
- 2:51Invité politiqueFait
« « Le Parlement s'inquiète de la montée du sentiment nationaliste en Ukraine, qui s'est traduit par le soutien, c'est-à-dire par les votes apportés au parti Zvoboda, lequel se trouve être ainsi l'un des deux nouveaux partis à faire son entrée à la Rada » »
- 3:27PrésentateurChiffre
« Zvoboda qui a obtenu 10% des voix, 2 millions de votes environ, et qui dispose de 37 sièges sur 450 à la Rada au Parlement ukrainien. »
- 4:32Invité politiqueFait
« La guerre froide est finie. Il faudrait quand même le réaliser. »
- 5:56Invité politiqueFait
« il y a sur la table de la RADA, sur la table, oui, figurez-vous que l'Ukraine fait déjà partie d'une coopération avec l'OTAN. »
- 6:28Invité politiqueFait
« le gouvernement de fait de l'Ukraine vient de déposer comme proposition de loi, devant la RADA, l'entrée dans l'OTAN immédiate. »
- 7:13Invité politiqueFait
« dans le Donetsk, et dans la Crimée, où l'on parle majoritairement russe, c'est-à-dire à 95%, on doit avoir le droit que ce soit une langue officielle. »
- 9:36PrésentateurChiffre
« Et si la Troïka apporte des milliards au lieu d'infliger d'abord une politique d'austérité ? »
- 9:50Invité politiqueFait
« L'Union européenne ne promet pas la lune à l'Ukraine. Elle lui promet juste la Grèce, c'est-à-dire des souffrances sans fin. »
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Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Vous pensez toujours que la France doit se tenir à l'écart de la crise ukrainienne ?
Non, je pense qu'elle doit se tenir à l'écart des logiques de guerre et qu'elle doit assumer ce qui est attendu d'elle, c'est-à-dire plutôt un rôle de médiation et d'apaisement qu'un rôle d'alignement sur l'une des parties prenantes, en l'occurrence aujourd'hui la partie nord-américaine qui intervient dans le conflit ukrainien.
La médiation, c'est parce qu'elle a tenté de faire hier en essayant de réunir les ministres russes et ukrainiens à Paris ?
C'est pas mal. En tout cas, moi j'approuverai tout ce qui va dans le sens de la recherche de la paix. Mais en même temps, il faut bien regarder ce qui s'y passe pour essayer de le décrypter, ne pas réduire la scène à des rôles arrangés d'avance où il y aurait les très méchants d'un côté, les très gentils de l'autre, parce que je ne crois pas à cette répartition des rôles, ce qui me vaut toutes sortes de l'Asie. Commençons par dire que la révolte ukrainienne vient de longues mains du peuple en Ukraine, que c'est d'abord une révolte sociale contre des conditions de vie épouvantables et qu'elle n'est pas finie. C'est-à-dire que vous aurez demain des rebondissements inouïs. Pourquoi ?
Parce que les autorités de fait qui sont en place aujourd'hui, comme n'importe quelle autre autorité, sera contrainte par l'Union Européenne de passer à la caisse, c'est-à-dire les politiques d'austérité traditionnelles. Et tous les pays y sont directement intéressés. Pourquoi ? La France possède en Ukraine le quatrième réseau bancaire, le septième en Russie, les Autrichiens sont engagés jusqu'au coup dans le système bancaire ukrainien, donc le peuple ukrainien va faire l'objet d'une politique terrible. Donc il va continuer à se révolter. Ensuite, je trouve que dans la manière... A se révolter contre l'Europe, c'est ça que vous... Non, contre les autorités en place, quelles qu'elles soient.
C'est-à-dire toute autorité en place qui relaiera une politique de violence contre-populaire aura affaire à un mouvement populaire révolutionnaire ukrainien, ce dont moi, je me réjouis. Parce que je crois que l'intervention des peuples sur la scène de l'histoire, c'est la solution, c'est pas le problème. Ensuite, je suis très alarmé par le mécanisme de montée de la guerre dans cette zone. Et j'adjure qu'on considère que la paix n'est pas un état de nature. Il faut faire très attention. Donc, montrer du doigt la Russie est une erreur. Parce que ce n'est pas comme ça que se présente le problème. Il y a d'un côté une révolte populaire.
À la faveur de cette révolte populaire, des autorités de fait se sont constituées, dans lesquelles il y a des nazis. Je demande qu'on y réfléchisse, ce n'est pas un détail dans la situation. Naturellement, tout le mouvement populaire n'est pas un mouvement nazi. Mais vous avez là des nazis. Je demande qu'on entende que l'Union Européenne, le Parlement Européen, a voté un texte en décembre dernier. Je m'y trouvais, M. Kohn-Bendit s'y trouvait. Il a levé la main pour voter ce texte. Il dit, je m'excuse, je vous le lis, c'est quatre lignes. Mais je pense que c'est une bombe dans notre émission de ce matin. Voici ce qu'il dit.
« Le Parlement s'inquiète de la montée du sentiment nationaliste en Ukraine, qui s'est traduit par le soutien, c'est-à-dire par les votes apportés au parti Zvoboda, lequel se trouve être ainsi l'un des deux nouveaux partis à faire son entrée à la Rada, rappelle que les opinions racistes, antisémites et xénophobes sont contraires aux valeurs et principes fondamentaux de l'Union Européenne et par conséquent, invitent les partis démocratiques siégeant à la Rada à ne pas s'associer à ce parti, ni à approuver ou à former des coalitions avec ce dernier. »
Zvoboda qui a obtenu 10% des voix, 2 millions de votes environ, et qui dispose de 37 sièges sur 450 à la Rada au Parlement ukrainien.
Et de 4 ministres, dont le ministre de l'Intérieur et dont le procureur général, je ne sais pas. Bon, enfin, 3 ou 4 ministres, oui. Oui, et c'est assez important pour que vous ayez voulu l'immunorer, donc disons 3 pour vous faire plaisir. Je ne veux rien minorer. Mais un seul nazi dans un gouvernement, c'en est un de trop. C'est la première fois qu'on voit sur le territoire européen un rabbin demandé à ses co-religionnaires de quitter une capitale parce qu'ils y sont en danger. Donc, je ne veux pas qu'on sous-estime... Ils sont en danger, à votre avis ? En très grand danger. En très grand danger.
C'est ce que disent les médias russes, mais on n'a pas d'éléments pour le vérifier sur place. En tout cas, rien ne vient corroborer cela, Jean-Luc Mélenchon.
Bon, c'est que les Juifs ukrainiens sont en danger aujourd'hui. Écoutez, M. Cohen, vous prenez la responsabilité de vos propos et moi les miens. Non, mais si vous ne posez pas des questions, vous dites... Vous faites ce que vous voulez. Moi, j'aurais dit ce que j'ai à dire. Voilà ce que je dis des autorités de fait du gouvernement ukrainien actuel. Maintenant, je dis que les russes sont des partenaires et non pas des ennemis. La guerre froide est finie. Il faudrait quand même le réaliser. On n'est plus dans le monde où il y a les communistes d'un côté, les horribles communistes et les défenseurs de la liberté de l'autre.
Mais donc, Jean-Luc Mélenchon, on doit s'accommoder de l'occupation russe en Crimée ? Mais certainement pas. Ce n'est pas la bonne idée du tout. Sauf qu'il faut la prendre à bonne mesure. Il faut réaliser pourquoi ils le font. Les russes ne sont pas plus stupides que vous et moi. Ils savent très bien qu'en faisant ce qu'ils font en Crimée, ils vont déclencher un tonnerre dans l'univers entier. Mais pourquoi le font-ils ? Parce que de l'autre côté, les autres veulent faire venir l'OTAN jusqu'à la frontière de la Russie. Et c'est ça qui est absurde. La Russie ne peut pas l'accepter. Tous les Européens le savent. Par conséquent, encourager un tel mouvement, c'est aller dans les provocations.
Et donc, c'est s'exposer à ce que la Russie se mette en place. Savez-vous de quoi il est réellement question ? Il y a aussi question du passage des gazoducs dans la mer Noire. Ce ne sont pas des petites questions. Et il faut donc les traiter avec rationalité, en faisant en sorte qu'il n'y ait pas de choc entre les Russes et ce qu'il est convenu d'appeler les Occidentaux. Ce qui est grotesque, car les Russes sont eux-mêmes des Occidentaux. Donc moi, je plaide en effet pour le dialogue et le rétro-pédalage. Mais le rétro-pédalage des deux côtés, vous n'obtiendrez pas des Russes qui les rétro-pédalent, si dans le même temps, on leur annonce que l'Ukraine va adhérer à l'OTAN.
Ce n'est pas possible. Personne ne propose aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon, à ma connaissance.
Votre connaissance m'a l'air décidément assez limitée. Pardon, vous êtes là pour nous éclairer.
Qui propose l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN aujourd'hui ? Écoutez, je vais compléter votre information d'une manière assez spectaculaire. Ça fait déjà plus de trois ans que ça se discute. Et il y a sur la table de la RADA, sur la table, oui, figurez-vous que l'Ukraine fait déjà partie d'une coopération avec l'OTAN.
Oui, une coopération avec l'OTAN. Mais l'entrée formelle de l'Ukraine dans l'OTAN, pardon Bernard Guetta, l'entrée formelle de l'Ukraine dans l'OTAN a été débattue, si je me souviens bien, au sommet de Budapest en 2008, de Bucarest, je crois, et sommet de l'OTAN, proposée par les Etats-Unis, rejetée par les pays européens, et ça n'est pas revenu sur la table depuis.
Ah bon ? Écoutez, il vous reste à apprécier le fait que le gouvernement de fait de l'Ukraine vient de déposer comme proposition de loi, devant la RADA, l'entrée dans l'OTAN immédiate. Alors, ne dites pas que la question n'est pas posée. Pour les Russes, le problème qui est posé, c'est celui de ce gouvernement. Or, ce gouvernement dit qu'il veut entrer dans l'OTAN. Et par conséquent, il est obligé de prendre ses dispositions en fonction de ce qui se passe là. Je ne dis pas ça pour l'excuser, M. Cohen. Je dis pour essayer de comprendre les raisons qui motivent chacun des acteurs. Si nous voulons obtenir un rétropédalage, que faut-il ?
Premièrement, qu'il tienne parole, que les élections aient lieu et qu'elles soient libres. C'est-à-dire que le Parti communiste, par exemple, a aussi le droit d'avoir ses candidats à l'élection en Ukraine. Je ne prends que cet exemple, de manière à peut-être agacer ceux qui m'écoutent. Deuxièmement, le russe doit être établi comme langue officielle, une des langues officielles de l'Ukraine. Et il ne doit pas être rétrogradé. Donc, dans le Donetsk, et dans la Crimée, où l'on parle majoritairement russe, c'est-à-dire à 95%, on doit avoir le droit que ce soit une langue officielle. Troisième élément, les libertés publiques doivent être respectées.
Quatrième élément, les blocs militaires n'ont pas à être présents à cet endroit-là. En tout cas, l'OTAN n'a pas à y mettre les pieds. Et à ces conditions, on peut arriver à rétropédaler. Et je pense que les Russes, je vous le dis d'avance, rétropédaleront le jour où ils auront la garantie qu'on n'installe pas des batteries antimissiles à leurs portes et que l'Ukraine n'entre pas dans l'OTAN. J'en suis certain. Parce que les Russes n'ont aucune raison de faire une montée des tensions. Pareil, c'est un pays capitaliste, la Russie aujourd'hui. Oui, mais c'est aussi un pays autoritaire
et qui n'a pas peut-être envie d'avoir un pays démocratique avec des pratiques démocratiques à ses portes dans Jean-Luc Mélenchon. C'est possible. Est-ce que vous comprenez que les Ukrainiens et sans doute l'immense majorité des Ukrainiens préfèrent le système politique européen à celui de la Russie ?
Alors, je n'en doute pas. Je pense que tous les peuples du monde aspirent à la liberté. Et je pense par exemple que les Qataris, les Saoudiens, qui ont la faveur des élites françaises qui n'ont jamais aucune remarque à faire sur leur pouvoir politique, au moins aimeraient qu'il y ait au moins des élections. Il y en a en Ukraine et il y en a en Russie. Alors, ce n'est pas toujours ceux qu'on aimerait qui gagnent. Et c'est moi qui vous en parle parce que les partis avec qui moi j'ai des relations sont ultra minoritaires dans ces pays vu comment ils sont maltraités et que nos camarades sont souvent en prison.
Alors donc, après, vous comprenez pourquoi ça me coûte autant de me voir assimilé à des gens qui martyrisent les nôtres. Par conséquent, évidemment, que la population ukrainienne veut la démocratie et je l'approuve. Et le mouvement ukrainien populaire qui veut la démocratie et l'égalité sociale a totalement ma faveur. Et je vais vous dire une chose qui va vous paraître un peu étrange. La dernière fois, je suis allé à une manifestation devant le Parlement européen à Strasbourg. C'était les cheminots. Et je m'attendais à ce qu'on me parle de rail. On m'a parlé de rail. Mais savez-vous ce que m'ont dit les gens ?
Ils m'ont dit, alors Mélenchon, il faut qu'on fasse comme en Ukraine pour se faire entendre ? C'est-à-dire que les événements ukrainiens ne sont pas analysés par nos concitoyens comme le problème de l'OTAN, de la Russie et du reste et tout ce Disneyland politique qui est mis en scène. Il est entendu sur le thème les masses font la révolution et elles ont raison. Eh bien moi, je leur donne raison. Et demain, quand l'Union européenne va infliger avec la Troïka une politique d'austérité en Ukraine, je forme des vœux pour que le peuple ukrainien abatte cette politique comme je forme des vœux pour que la Grèce le fasse.
Et si la Troïka apporte des milliards au lieu d'infliger d'abord une politique d'austérité ?
La Troïka va amener des milliards à qui ? Vous plaisantez, non ? À qui elle va amener des milliards ? Vous l'avez vu ? De ça dont il est question aujourd'hui. Ah oui, oui, bien sûr. Contre des sacrifices gigantesques. Monsieur, je vais vous dire, Monsieur Cohen, ce qui va se passer. L'Union européenne ne promet pas la lune à l'Ukraine. Elle lui promet juste la Grèce, c'est-à-dire des souffrances sans fin. Voilà tout ce que l'Union européenne est capable d'exporter aujourd'hui.
sujet à aborder avec vous. Évidemment, l'économie, la politique. Ce sera dans la deuxième partie de ces entretiens avec les auditeurs de France Inter qui nous appellent au 01-45-24-7000. Est-ce qu'on a une... Oui, on a une petite pub. Donc, dans 30 secondes, la revue de presse.
Jean-Luc Mélenchon