"Il faut réinventer une façon de gouverner" selon Thomas Dossus, sénateur écologiste
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. La matinale RCF, le grand invité. Grégoire, votre invité ce matin est Thomas Dossou, il est sénateur écologiste du Rhône. Bonjour Thomas Dossou. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation sur RCF. L'Assemblée nationale a jusqu'à mi-juillet pour tenter de constituer une majorité ou pourquoi pas même un gouvernement de coalition. Aujourd'hui, en coulisses, les tractations vont bon train. Thomas Dossou, quelle majorité espérez-vous à l'Assemblée nationale à partir du 18 juillet ?
Je pense qu'il faut prendre le temps déjà, puisque vous savez que cette élection s'est déroulée dans un calendrier très serré et que chacun a dû constituer des listes de candidats de façon très rapide. Mais aujourd'hui, on a un résultat qui n'offre aucune majorité à aucun bloc de cette Assemblée. Et donc, la logique institutionnelle veut que ce soit le groupe arrivé en tête qui propose d'abord un gouvernement et puis ce gouvernement sera chargé de trouver des majorités au sein de ce Parlement. Donc le nouveau Front populaire, c'est ça que vous dites ? Voilà, exactement. Je pense que le nouveau Front populaire appelle le président à nommer un Premier ministre issu de son camp.
Et puis derrière, il faudra proposer des textes qui trouveront des majorités texte par texte au sein de cette Assemblée.
Alors, au sein du nouveau Front populaire, quel Premier ministre ? Est-ce qu'il faut un Premier ministre écologiste de votre parti politique ou un Premier ministre de la France insoumise, par exemple ?
Je pense que cette question, elle doit d'abord être répondue par qu'est-ce qu'on attend de ce Premier ministre ? On attend un Premier ministre qui soit consensuel dans son camp, au sein du nouveau Front populaire, mais qui soit aussi capable d'aller chercher des majorités qui sont des gens qui ne seront pas issus de son camp. Et qui est consensuel au sein du nouveau Front populaire ? Une fois qu'on a donné ces caractéristiques-là, il faut chercher. Je pense qu'à gauche, on ne manque pas de talent, mais par contre, il n'y a personne qui s'est imposé. Sinon, vous ne me poseriez pas la question dans cette campagne. Et donc, c'est tout l'enjeu de cette semaine.
Le nouveau Front populaire est en pleine discussion ces jours qui viennent et a indiqué qu'il nommerait, ou en tout cas désignerait dans son camp, un Premier ministre d'ici la fin de la semaine, voire en début de semaine prochaine. Encore une fois, c'est quelque chose qui doit prendre du temps, puisque le nouvel équilibre des forces politiques au sein de l'Assemblée est assez précaire, mais doit permettre aussi de répondre à des attentes d'un certain nombre d'électeurs qui ont mis ce nouveau Front populaire en tête des groupes à l'Assemblée.
Et vous seriez d'accord, vous, pour gouverner avec la France insoumise ? Ou est-ce que, justement, une alliance avec les insoumis de Jean-Luc Mélenchon vous pose problème ou du moins vous interroge ?
Écoutez, le nouveau Front populaire s'est constitué autour de la France insoumise, du Parti socialiste, des écologistes et du Parti communiste. Et cette unité a fait sa force et je pense qu'elle doit rester jusqu'au bout. Et donc, oui, le gouvernement contiendra, je l'appelle moi de mes voeux, des ministres insoumis. Je pense que quand on veut gouverner, il faut aussi pouvoir exercer le pouvoir. Et je pense que beaucoup de caricatures ont été faites pendant cette campagne. Aujourd'hui, maintenant, il faut donner l'exemple et pouvoir gouverner avec tout le monde, toutes les composantes de ce nouveau Front populaire.
Car si vous n'avez pas la majorité absolue avec vous, vous avez la majorité absolue contre vous, c'est mécanique. Vous êtes donc sous la menace d'une motion de censure. Comment on gouverne dans ces conditions ?
Eh bien, c'est un peu l'inconnu qui vient, mais en fait, personne n'a de majorité. Et toute forme de gouvernement, quels que soient les rangs duquel il serait issu, serait sous la menace de ces motions de censure. Donc aujourd'hui, on va essayer d'éviter le blocage de nos institutions, puisque je pense que les Français ne comprendraient pas. Et donc, ça va se négocier texte par texte. C'est comme ça qu'on avancera. C'est ne pas recommettre les erreurs qui ont été faites pendant la réforme des retraites ou sous la loi immigration, qui ont brutalisé le Parlement. Et j'en sais quelque chose, puisque même au Sénat, le gouvernement a fait preuve d'une forme de mépris.
Et donc, aujourd'hui, on a bien vu que ce mode de gouvernance ne fonctionnait pas et a conduit à l'impasse et à cette dissolution. Et donc, maintenant, il va falloir changer nos habitudes. C'est-à-dire que le Parlement, la discussion parlementaire, va prendre beaucoup plus de place dans notre vie politique.
Avec, pourquoi pas, un gouvernement de coalition, un peu sur le modèle de l'Allemagne, de l'Espagne, de la Belgique également. C'est vrai qu'on a moins cette tradition, cette culture-là en France. Vous y croyez, vous, au gouvernement de coalition ?
Eh bien oui, c'est plus compliqué, puisque le mode de scrutin n'est pas à la proportionnelle, comme dans nos pays voisins. Et oui, nos pays voisins prennent le temps, parfois plusieurs mois, pour construire des majorités et des coalitions avec un contrat de mandature claire. Là, ce n'est pas le cas. Je pense qu'il faut d'abord tenter ce gouvernement nouveau au Front populaire et puis trouver les majorités au sein de l'Assemblée, après, quand le gouvernement sera nommé. Je pense que c'est la façon de fonctionner de nos institutions en France. Et donc, on y arrivera comme ça.
Je pense qu'aujourd'hui, on est au tout début de cette mandature un peu spéciale et que chacun montre un peu les muscles, mais tout le monde reviendra à la raison, pour ne pas bloquer le pays et puis répondre aux attentes. Quand on a une extrême droite arrivée si forte, ça veut dire qu'il y a une colère dans ce pays et qu'il va falloir apaiser. Et donc, ça va être tout l'enjeu aussi de ce gouvernement.
Thomas Dossu, vous êtes sénateur et justement, au Sénat, on sait manier le compromis, le consensus, on sait le trouver. En tout cas, c'est moins la culture au sein de l'Assemblée nationale. C'est ce qui manque, justement, au Palais Bourbon, le compromis, l'écoute de l'autre ?
Oui, tout à fait. C'est vrai qu'au Sénat, l'ambiance est différente. Plus posée. Plus posée. Les débats peuvent être âpres, mais on arrive à discuter et on le fait toujours dans un cadre républicain respectueux. Et oui, je pense qu'aussi, l'Assemblée doit changer dans sa forme d'expression. C'est les derniers mois qu'on a vécu de cette mandature, la mandature précédente, était parfois insupportable à regarder et provoquer un rejet de la politique parmi nos concitoyens.
Et je pense qu'il faut sortir de cette logique d'affrontement et parfois d'invective et revenir à des débats qui prennent du temps et dont il faut entendre la parole différente de nos adversaires politiques et construire à partir de là, par voie d'amendement, ce qui est le rôle du parlementaire, des consensus et des compromis qui permettront d'avoir des textes qui changeront la vie et le quotidien des Français.
Des compromis de vos adversaires politiques sont peut-être en train de les faire aussi. Il y a des appels du pied de certains cadres du bloc centriste vers l'aile droite qui ne sont pour l'instant pas reçus, ces appels du pied. Vous craignez de vous faire passer devant par une espèce de gouvernement de coalition macroniste droite canal historique ?
Oui, ce qui serait un peu un hold-up puisque ces gens se sont affrontés lors des élections et désormais veulent gouverner ensemble. Je ne pense pas que ça tienne beaucoup plus longtemps qu'un gouvernement nouveau au Front populaire. Je pense qu'il y a moins de cohérence entre toutes ces personnes qu'il y en a au sein d'un gouvernement nouveau au Front populaire. Et donc, oui, on peut mathématiquement faire construire un bloc plus nombreux que le Front populaire, mais globalement, politiquement, ça ne tiendra pas très longtemps, chacun ayant des ambitions différentes pour les années qui viennent.
Et on voit bien que ça, ça sera une entrave à monter un bloc de droite plus fort que le nouveau Front populaire.
Vous écoutez RCF, notre invité, le sénateur écologiste du Rhône, Thomas Dossu, la dissolution, les élections législatives et maintenant l'instabilité politique. Thomas Dossu, en tant que sénateur, membre d'une chambre parlementaire qui possède une certaine indépendance, il faut le dire, comment vivez-vous, au-delà de toutes ces tractations politiques, que vous vivez cette période personnellement ?
Eh bien, il y a une forme d'inconnu qui peut paraître un peu, on va dire, excitant pour un parlementaire, c'est-à-dire de voir des chambres qui vont devoir travailler différemment entre elles. J'attends de voir comment le Sénat va composer aussi avec cette Assemblée et moi, je prendrai toute ma place pour construire le dialogue constructif entre nos deux chambres. Mais oui, c'est une période à la fois d'incertitude et je pense qu'il va falloir sortir de ce vertige un peu du blocage institutionnel pour revenir à un travail nouveau. Il faut que chacun, tous les parlementaires, apprennent à travailler différemment. Le Sénat peut avoir un rôle là-dedans, justement ? Je pense, oui.
Je pense que le Sénat doit jouer pleinement son rôle de chambre haute, c'est-à-dire d'une chambre qui peut apaiser et que vous l'avez dit, trouver des compromis, enrichir les textes et puis envoyer des textes qui seront peut-être plus équilibrés à l'Assemblée, comme on l'a fait précédemment, et travailler aussi à enrichir ce qu'on peut appeler le travail parlementaire du XXIe siècle, c'est-à-dire avec du compromis et du dialogue et un changement un peu de notre format de débat politique.
Et c'est vrai que le Sénat est majoritairement issu de la droite républicaine, les LR. Dans quelle mesure pensez-vous que cette chambre haute, le Sénat, peut jouer une sorte de courroie de transmission, un rôle de courroie de transmission pour l'instauration d'un dialogue entre le camp présidentiel et les Républicains ? Ça peut exister, ça aussi ?
Alors, ça va être compliqué. C'est vrai que le Sénat est dominé largement par les Républicains, mais on voit aussi qu'il y a une recomposition politique chez les Républicains, donc on va attendre un peu de voir comment ce camp va se recomposer. Et jusqu'ici, en tout cas, le Sénat n'a pas été une chambre bloquante, n'a pas été une chambre qui faisait barrage aux textes issus d'autres forces politiques. Ça a été plutôt une chambre de travail constructif avec l'idéologie des Républicains pour travailler sur les textes, donc parfois des textes qui prenaient un virage à droite, mais en tout cas, on n'a jamais bloqué les textes.
Moi, j'espère, et certaines déclarations de Bruno Retailleau ne vont pas dans ce sens puisqu'il veut mettre le Sénat en mode combat, ce sont ces termes. Moi, j'espère que les Républicains vont revenir à la logique de notre chambre qui est une logique de travail parlementaire et de ne pas bloquer nos institutions plus qu'elles ne peuvent l'être vu la situation politique actuelle.
Et le président du Sénat, votre président, Gérard Larcher, a publié lundi matin un communiqué et il décrit un sentiment d'amertume face à l'instabilité politique gravement préjudiciable dans laquelle est plongé notre pays, je le cite. Est-ce que vous partagez cet avis, vous Thomas Dossu, vous parliez d'excitation tout à l'heure, vous partagez quand même
son opinion ? Oui, mais c'est vrai qu'il y a une instabilité, c'est-à-dire que des institutions qui étaient construites pour être stables, c'est-à-dire l'Assemblée nationale, elle fonctionne avec une majorité et une opposition normalement.
Là, globalement, avec le résultat de ces élections, ces institutions ne sont pas adaptées forcément à ce travail de constitution de majorité plurielle et donc on a peut-être un problème institutionnel qui risque d'aboutir à une réforme, à mon avis, du mode de scrutin ou de la façon dont on élit nos parlementaires puisque globalement, aujourd'hui, ce qui était le garant d'une forme de stabilité, le suffrage universel direct, à deux tours à maintenant trouver ses limites et on arrive à quelque chose qui n'est plus gouvernable en tout cas qui va avoir de grandes difficultés à gouverner et donc si, parce que moi, je ne le souhaite pas, je pense qu'on peut réinventer une façon de gouverner mais en tout cas, si on n'arrive pas à faire fonctionner ces chambres dans la configuration politique actuelle, il va falloir réfléchir à une réforme de nos institutions.
Et cap vers la suite désormais. Merci Thomas Dossu d'avoir été l'invité de notre matinale. Je rappelle que vous êtes sénateur écologiste du Rhône pour réécouter cet entretien direction le site internet rcf.fr.
Thomas Dossus