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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 17 septembre 2024 24 min

Motion de destitution d'Emmanuel Macron, démission de Thierry Breton... Le "8h30 franceinfo" de Manuel Bompard

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Manuel Bompard, le bureau de l'Assemblée nationale examine aujourd'hui une motion de destitution d'Emmanuel Macron proposée par la France insoumise. Les socialistes ont annoncé hier soir, un peu à la dernière minute, qu'il l'a jugé recevable, comme vos partenaires écologistes et communistes. Vous êtes content ?

0:20
Manuel Bompard

Oui bien sûr, puisque ça veut donc dire que tout à l'heure au bureau de l'Assemblée nationale, le bureau de l'Assemblée nationale comporte 22 membres et il y a 12 personnes parmi les membres de ce bureau de l'Assemblée nationale qui ont dit leur soutien à la recevabilité de cette proposition et donc normalement, tout à l'heure, le bureau de l'Assemblée nationale devrait la valider. C'est un événement inédit, sans précédent, depuis le début de la Ve République, une motion de destitution du président de la République franchisse cette étape de la recevabilité au bureau de l'Assemblée nationale.

0:47
Présentateur

Le problème, c'est que sur le fond, les socialistes réaffirment qu'ils sont hostiles à cette procédure et qu'ils votent au contre, tant en commission des lois, qu'en séance publique à l'Assemblée nationale. Vous comprenez cette position ?

1:01
Manuel Bompard

Non, mais ils disent aussi que s'ils votent pour la recevabilité, c'est pour permettre le débat. Et donc, s'il y a un débat, moi, je forme le vœu de réussir à les convaincre qu'en commission des lois, qui est la prochaine étape de l'examen de cette motion de destitution, il faut faire en sorte que cette motion de destitution puisse être votée. Parce que tout simplement, le président de la République, en s'asseyant comme il l'a fait sur le résultat des élections législatives, a effectivement outrepassé son rôle, a effectivement manqué à ses devoirs.

Et il appartient aux parlementaires dans la Constitution de juger si, oui ou non, ça doit permettre de franchir une deuxième étape dans cette motion de destitution.

1:38
Invité

À quoi sert un débat, Manuel Bompard ? À quoi sert un débat dès lors qu'on connaît déjà le résultat ? Mais on ne le connaît pas. Enfin, écoutez... Le texte doit être voté dans les mêmes termes par les deux chambres.

1:47
Manuel Bompard

Je suis tout à fait conscient. Mais je vous fais remarquer que depuis que nous avons lancé cette initiative, on me dit à chaque étape, ce n'est pas possible. Alors au début, on me disait, ce n'est pas possible. Bon, il fallait 58 parlementaires. Il y a 81 députés, pas seulement des insoumis d'ailleurs, qui ont déposé cette motion de destitution. En majorité, des insoumis, mais il y a aussi d'autres parlementaires. Ensuite, on m'a dit, mais au bureau de l'Assemblée nationale, ça ne passera pas. On est en train de dire là, sans doute, si le vote se confirme tout à l'heure à 9h30 ce matin, qu'effectivement, ça passe. Donc vous voyez, à chacune des étapes...

2:16
Présentateur

Oui, donc ça veut dire qu'en fait, vous comptez sur les socialistes pour changer d'avis.

2:19
Manuel Bompard

Non, je compte sur le... Mais même si changer d'avis, de toute façon, il n'y aurait pas de majorité au bout du compte. Monsieur, si les oppositions sont des oppositions, les macronistes sont minoritaires en commission des lois. Si les oppositions sont vraiment des oppositions, dans l'hémicycle, les députés macronistes représentent moins d'un tiers des parlementaires.

2:35
Invité

Ça, c'est pour l'Assemblée nationale, mais il y a aussi le Sénat.

2:37
Manuel Bompard

Mais il me semble normalement que le Sénat dispose d'une majorité qui s'inscrit dans l'opposition avec Emmanuel Macron. Donc si les oppositions sont effectivement des oppositions...

2:46
Présentateur

Une majorité de droite avec un premier ministre qui s'appelle Michel Barnier, issu de leur famille politique.

2:49
Manuel Bompard

J'en ai bien conscience, mais on va voir au moment où le texte arrivera au Sénat, s'il arrive au Sénat, dans quelle situation politique nous sommes. Moi, je dis aux gens, ne vous laissez pas, comme ça, intimider par tous ceux qui vous disent que ça ne sert à rien. Il n'y a que les batailles qu'on ne mène pas, qu'on ne peut pas gagner. Il y a une pétition sur Macron-destitution.fr. On est déjà plus de 300 000 à l'avoir signé.

3:08
Présentateur

À la fois, ce sont les parlementaires qui décident, vous le savez, Emmanuel Bontard.

3:11
Manuel Bompard

Oui, mais faites une pétition pour soutenir Michel Barnier, vous verrez combien de signataires vous aurez. Et puis à ce moment-là, si vous voulez, on comparera au nombre d'électeurs.

3:19
Présentateur

Imaginons que vous ayez raison et qu'Emmanuel Macron soit destitué, nouvelle présidentielle, Jean-Luc Mélenchon candidat.

3:24
Manuel Bompard

Oh là, mais là, vous allez un petit peu vite en besogne.

3:26
Présentateur

Bah, c'est comme vous.

3:27
Manuel Bompard

Dans l'hypothèse où il y a une destitution du président de la République ou une démission du président de la République, il y aura un candidat pour porter le programme du nouveau Front Populaire. Et moi, personnellement, je considère effectivement que si ça devait avoir lieu demain, à cette étape, Jean-Luc Mélenchon est la personne la mieux placée pour le faire. Mais tout ça va prendre un petit peu de temps quand même. Il ne faut pas raconter d'histoire aux gens. C'est une bataille difficile à mener, la bataille de la destitution. Mais c'est une bataille qui avance. Et ça, c'est une bonne nouvelle.

3:53
Invité

Emmanuel Bompard, François Ruffin, député de la Somme, a confirmé ce week-end à la fête de l'UMA son désaccord moral et électoral profond avec Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise. Et pour ça, il a été hué. Et la foule a scandé, écoutez, en le voyant, écoutez, regardez. Et là, j'ai un désaccord moral et électoral profond dans la durée avec Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise. Est-ce que c'est normal de huer l'un des vôtres comme ça ?

4:31
Manuel Bompard

D'abord, moi, je n'étais pas présent dans cette salle. Donc je sais que depuis que ça s'est passé samedi, tout le monde essaye de rendre responsable la France Insoumise. Non, non, mais vous avez un avis là-dessus.

4:40
Invité

Est-ce que vous trouvez ça dommage ?

4:42
Manuel Bompard

Écoutez, je vais vous dire ce qu'il faut essayer de comprendre. C'est pourquoi il y a des gens qui ont décidé de le huer au moment de sa prise de parole. Et pourquoi ? Parce qu'il y a beaucoup de gens qui ont été extrêmement blessés par les propos de François Ruffin qui, sur une chaîne de télévision quelques jours auparavant, a reconnu lui-même avoir fait ce qu'il a appelé une campagne au faciès. Mais vous savez pourquoi il le fait ? Il le dit pourquoi ? Pourquoi il le dit ? Non, mais attendez, avant d'essayer de justifier ce qu'il a dit, pardonnez-moi, je trouve ça extrêmement choquant. François Ruffin a dit, j'ai eu honte d'avoir fait une campagne au faciès. Et je suis d'accord avec lui.

Si je l'avais fait, j'aurais eu honte aussi. Mais ce qui est quand même particulièrement inacceptable et insupportable, c'est qu'il essaye d'expliquer qu'en quelque sorte, toute la France insoumise aurait fait ça. Mais ce n'est pas vrai. Le seul personne qui a fait une campagne au faciès, c'est François Ruffin. Et personne d'autre ne l'a fait. Et donc, il y a des gens qui se sont sentis salis par ces déclarations de François Ruffin. Et je comprends qu'ils sont en colère.

5:35
Présentateur

Ce qu'il explique au fond, c'est que Jean-Luc Mélenchon et vous, la France insoumise, avez une stratégie, une stratégie politique simple, s'adresser au quartier populaire et abandonner le reste de la France.

5:43
Manuel Bompard

Non, on n'a jamais abandonné le reste de la France. Par contre, oui, on a une stratégie. Et ça devrait, il me semble que pour tous les démocrates de ce pays, ça devrait quand même les intéresser. C'est de dire qu'il y a un certain nombre de zones du territoire, en particulier les quartiers populaires, où quand on arrive au moment des élections, les gens votent 10 points, 20 points, 30 points de moins, en moyenne que la moyenne de la population. Et nous, on dit que souvent, les gens qui votent moins que la moyenne de la population, c'est des gens qui ont des intérêts à un changement radical de politique. Et donc, on leur dit qu'il faut s'adresser à eux.

6:16
Invité

François Ruffin, il ne vous reproche pas de s'adresser aux personnes des quartiers. Il vous reproche de ne pas vous adresser aux autres, à ceux qui sont dans ce qu'il appelle la France des clochers, et notamment dans sa circonscription à lui.

6:26
Manuel Bompard

Monsieur, d'abord dans sa circonscription, pardonnez-moi, vous regarderez les résultats aussi. Il y a de tout dans la circonscription de François Ruffin. Mais expliquez-moi, s'il vous plaît, dans quelle mesure, quand le programme du nouveau Front populaire et le programme de la France insoumise défend, par exemple, qu'il faut lutter contre les déserts médicaux, à qui on s'adresse si on ne s'adresse pas en particulier aux gens qui habitent dans les zones rurales. Quand on propose, par exemple, de faire en sorte de réguler l'installation des médecins pour qu'il puisse y avoir des médecins sur l'ensemble du territoire, à qui on s'adresse si on ne s'adresse pas à l'ensemble de la population ?

Il y a des accusations contre la police.

6:59
Invité

C'est ce que nous disait, par exemple, le politologue Jérôme Fourquet, qui était présent hier, qui a fait une étude très intéressante sur le vote RN. Il disait, voilà, quand il y a des slogans contre la police, dans les circonscriptions dont on parle, notamment celles de François Ruffin, dans des zones rurales, ça, ça ne passe pas. Ça, c'est rédhibitoire pour ses électeurs.

7:12
Manuel Bompard

Mais, monsieur, il n'y a jamais eu, dans nos propos et dans nos propositions politiques, des slogans contre la police. Il ne faut pas dire... Le problème, c'est qu'il ne suffit pas...

7:19
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon l'a dit, la police tue, quand même.

7:21
Manuel Bompard

Mais, attendez, excusez-moi. Maître Henri Leclerc, qui est malheureusement décédé il n'y a pas très longtemps et qui était un grand, grand défenseur des droits de l'homme, avait dit, une fois, sur un plateau, une chose très simple. Il avait dit que la police tue, c'est une évidence. La question, c'est de savoir si, quand elle le fait, c'est justifié ou pas. Voilà ce qu'il avait dit.

7:36
Présentateur

Bon, là, dans le cas de Jean-Luc Mélenchon, c'était...

7:39
Manuel Bompard

Mais, attendez, attendez, attendez. Elle tue gratuitement. Excusez-moi, mais quand il y a des cas, et bien évidemment, ce n'est pas l'ensemble des policiers qui en sont coupables, quand il y a des cas de violences policières et qu'il y a quelqu'un qui meurt suite à une interpellation d'un policier et qui, ce qui est inacceptable et insupportable, il est quand même de notre devoir et de notre honneur de dénoncer ces situations. Enfin, écoutez, prenons pas les sujets dans tous les sens. Non, non, juste pour ça. Voilà ce que je vous dis.

Si vous voulez rassembler la population dans son ensemble, vous ne pouvez pas considérer qu'il y a des sujets qui concernent une partie de la population et que vous devez mettre sur le côté.

8:14
Invité

Parce que vous ne rassemblez pas tout le monde. Ce n'est pas Jean-Luc Mélenchon qui dit voilà, il faut conflictualiser. Est-ce que c'est une stratégie de rassemblement, ça ?

8:20
Manuel Bompard

Mais ça dépend sur quoi. Enfin, conflictualiser, quand vous avez aujourd'hui une toute petite minorité de la population qui s'approprie les richesses, qui s'approprie le pouvoir, qui y compris ne veut pas lâcher le pouvoir quand il perd les élections. Oui, bien sûr, il faut que les gens, ils comprennent que c'est ces personnes-là qui sont responsables de la situation du pays. Ça, c'est dans votre manière de faire de la politique.

8:38
Présentateur

Juste, pardon, revenons sur le fond des accusations de François Ruffin.

8:41
Manuel Bompard

Allant devant l'Elysée, je crois qu'à l'époque, c'était assez conflictuel.

8:45
Présentateur

Juste, sur ce qu'il vous reproche, il dit vous avez oublié une partie des Français et il cite même Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon qui aurait dit la dénazification de l'Allemagne, ça a pris 25 ans, donc bon, donc bon, il faut prendre patience, mais c'est pour moi plutôt un choix de l'abandon. En parlant des régions acquises au Rassemblement National.

9:06
Manuel Bompard

Vous êtes tous les deux journalistes. Il me semble que le travail quand même de médiatique, c'est de vérifier les informations. On ne peut pas s'appuyer comme ça. Pardon, mais c'est l'un des vôtres qui le dit. Jean-Luc Mélenchon n'a pas pu dire ça. Elle a rompu avec la France insoumise depuis trois mois. Il soi-disant dévoile des conversations privées. Moi, je n'en sais rien si elles ont existé ou pas, mais le sujet, ce n'est pas ça. Si vous voulez juger de la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, il fait des conférences, il publie des livres, adressez-vous à ça et regardez à partir de ça. Pas à partir de déclarations, qui, pardonnez-moi, sont mensongères.

Parce que vous pouvez continuer à répéter sur tous les plateaux de télévision depuis plusieurs jours que la France insoumise fait des campagnes au faciès. Mais un travail de journaliste, c'est de vérifier si c'est le cas ou si ce n'est pas le cas. Mais justement, c'est pour ça qu'on vous pose la question. François Ruffin, personne n'a jamais fait ça.

9:52
Invité

Vérifier, c'est exactement ce qu'on est en train de faire. Jean-Luc Mélenchon, est-ce que vous, vous en avez ? Est-ce que, par exemple, dans cet autre passage de son livre, « Quand il me racontait, et n'un moment », ça, c'est François Ruffin qui parle, à propos de Jean-Luc Mélenchon. « Quand il me racontait, et n'un moment », c'était à la limite du dégoût. On ne comprenait rien à ce qu'il disait, rapporte-t-il à propos de Jean-Luc Mélenchon. Il transpirait l'alcool dès le matin, ça, c'est Jean-Luc Mélenchon qui parlerait des électeurs d'en un moment, où il s'est présenté face à Marine Le Pen. Vous voulez que je vous raconte des conversations privées

10:19
Manuel Bompard

avec François Ruffin, et ensuite, vous allez lui poser des questions. Non, mais donc, la question qu'on vous pose, puisque vous êtes bien passé,

10:24
Invité

vous connaissez très bien Jean-Luc Mélenchon,

10:25
Manuel Bompard

est-ce qu'il a pu dire des choses pareilles ? Non, mais Jean-Luc Mélenchon a été candidat sur la circonscription d'Élin-Beaumont. Il a été soutenu par un certain nombre d'électrices et d'électeurs. Jean-Luc Mélenchon s'adresse à la population. Il a rembendlé parce qu'il a perdu. Jean-Luc Mélenchon s'adresse à la population dans son ensemble. Jean-Luc Mélenchon essaye de défendre les ouvriers, les salariés, toutes celles et ceux qui n'arrivent pas à vivre de leur travail aujourd'hui, toutes celles et ceux qui souffrent de la politique d'Emmanuel Macron. Et Jean-Luc Mélenchon s'adresse à tous.

Donc, il faut arrêter, si vous voulez, sur la base de soi-disantes déclarations sur les conversations privées. Sans parler du soi-disant, Emmanuel Montpart.

10:57
Présentateur

Sans parler du soi-disant, revenons sur les faits. On l'a dit, vous, élus de la France insoumise, vous êtes justement principalement élus dans les quartiers, dans les villes. Vous n'êtes pas élus dans les territoires d'euros.

11:07
Manuel Bompard

Mais ça dépend, madame. Ce sont des faits. Deuxième chose. Au groupe de la France insoumise, siège deux députés sur les trois députés de la Haute-Vienne, madame. Au groupe de la France insoumise, siège une députée du département du Tarn. Au groupe de la France insoumise, a été élu au moment des élections législatives de 2024, une autre députée dans le département de la Somme. Bon, donc ne dites pas qu'il y a à la France insoumise que des députés issus des grandes villes. Ce n'est pas vrai.

11:34
Invité

C'est de prendre aussi le problème. Mais c'est factuellement François Réphan. Mais il y a un fait que rappelle François Réphan, c'est que dans les régions qu'on a pu appeler la France périphérique, les zones semi-rurales, le Rassemblement national est très très fort. Or, il s'agit d'employés, d'ouvriers souvent, de retraités qui ne votent pas pour vous. Et lui dit que ça n'est pas normal. Est-ce qu'au moins sur ce constat, vous rejoignez ?

11:57
Manuel Bompard

Le premier comportement électoral des ouvriers, des employés en France, c'est l'abstention. Et après, effectivement, quand les gens votent, ils votent trop pour le Rassemblement national. C'est une évidence. Mais contrairement à ce que j'entends à la télévision, ils votent aussi beaucoup pour le nouveau Front populaire. Si vous prenez sur les dernières élections les 10% les plus pauvres du pays, les 10% les plus pauvres du pays, ils ont voté davantage pour le nouveau Front populaire que pour le Rassemblement national. Donc je sais qu'on essaye de dire en permanence à la télévision qu'en quelque sorte, les pauvres de ce pays voteraient à l'extrême droite, mais ce n'est pas vrai.

Le constat, il est plus difficile que ça. Maintenant, si vous me dites, et si vous me posez la question de savoir si l'extrême droite est trop forte dans ce pays, il fait trop de voix, oui, bien évidemment, je suis d'accord avec vous. Donc il faut lutter contre. La question ensuite, c'est comment on fait pour lutter contre ?

Et si François Ruffin pense, parce que moi, contrairement à lui, je ne veux pas faire de procès d'intention, mais si François Ruffin pense, comme certaines déclarations le laissent penser, que pour parler à l'ensemble de la population, il y a des sujets, la lutte contre le racisme, la lutte contre les violences policières, qu'il faut mettre de côté et ne pas en parler, je lui dis, il se trompe, il fait une erreur, parce que si vous voulez rassembler l'ensemble de la population, vous ne commencez pas par exclure des sujets qui concernent un certain nombre de personnes que vous voulez rassembler. C'est une évidence, c'est assez simple. Voilà, point à la ligne.

Mais si on veut avoir ce débat de manière tranquille, parce que moi, je n'ai pas de problème à avoir ce débat, on ne commence pas par des déclarations mensongères, insultantes, et à la limite du racisme, parce que, pardonnez-moi, quand vous dites que vous faites une campagne au faciès, c'est-à-dire concrètement, que vous considérez que vous ne donnez pas les mêmes tracts aux gens en fonction de leur couleur de peau, moi, si c'est ça, je suis fier de ne pas militer avec François Ruffin. Le 830 France Info, Jérôme Chapuis,

13:29
Présentateur

Manuel Bompard, votre collègue Éric Coquerel, président de la Commission des Finances, envisage de se rendre aujourd'hui à Matignon pour obtenir les lettres plafond et autres documents concernant le budget 2025. Michel Barnier, pardon, le Premier ministre, lui a promis de les lui envoyer. On en est où, là, aujourd'hui ?

13:48
Manuel Bompard

À ma connaissance, M. Barnier avait promis ces documents pour hier et je n'ai pas eu l'information qui me permet de vous dire aujourd'hui qu'Éric Coquerel a reçu ces documents. Ce qui, quand même, pose un problème majeur. On parle de lettres de plafond qui ont été envoyées au mois d'août par Gabriel Attal à l'époque au ministère et qui, pour que les gens qui nous écoutent le comprennent, en quelque sorte définit auprès des ministères quels sont les grands arbitrages budgétaires. Quelles sont, en gros, les économies qu'ils vont devoir faire ? Puisque ce qu'on a devant nous, c'est un immense budget d'austérité que prépare M. Attal et que prépare dorénavant M. Barnier.

La moindre des choses dans une démocratie, c'est qu'on puisse avoir les informations sur le budget pour pouvoir en débattre à l'Assemblée nationale. On apprend hier que, finalement, M. Barnier ne va pas respecter la règle. Normalement, la règle, c'est qu'on présente le budget avant le 1er octobre et qu'on évoque la date du 9 octobre maintenant.

14:37
Invité

Ça, c'est sûr ? Vous avez des confirmations là-dessus ?

14:39
Manuel Bompard

Non, ce n'est pas sûr, mais j'ai lu, comme vous, les informations dans la presse. Et je vois bien, et je sais qu'on a tendance à prendre les sujets comme ça, les uns après les autres, mais il faudrait quand même que tout le monde se rende compte que dans ce pays, on est en train de franchir une à une toutes les règles d'un fonctionnement démocratique normal. Ça veut dire quoi ?

14:54
Invité

Ça veut dire que là, à la sortie de France Info, vous allez à Matignon pour faire...

14:57
Manuel Bompard

Moi, je ne suis pas président de la Commission des Finances. Et donc, je vais voir ce que le président de la Commission des Finances et le rapporteur général, M. Decourson, puisque je sais qu'ils ont fait ces demandes ensemble, vont décider.

Mais il me semble, en tout cas, qu'à partir du moment où le Premier ministre ne transmet pas les informations nécessaires aux parlementaires pour travailler, c'est l'honneur des responsables, notamment de la Commission des Finances, de faire en sorte que s'ils aillent obtenir ces documents pour que les députés puissent travailler sur le budget, parce que le budget, ça commence maintenant, que ça va avoir des impacts, parce qu'on parle beaucoup de politique politicienne, mais ça va avoir des impacts très concrets dans la vie des gens. On parle de plus d'un milliard d'économies dans le budget de l'éducation nationale. On parle d'économies dans le budget de la santé. Justement,

15:40
Présentateur

il y a entre 25 et 30 milliards d'économies à faire l'année prochaine. Vous, là-dessus, vous êtes sur quelle ligne ? Parce qu'il va falloir les faire, les économistes. Soit c'est des économies, soit c'est plus de prélèvements.

15:52
Manuel Bompard

Mais non, mais justement, il n'y a pas qu'une solution, c'est couper encore plus dans les dépenses publiques, alors que vous savez tous, enfin, je ne sais pas, il suffit d'aller dans un service d'urgence dans notre pays ou de regarder la situation de la rentrée scolaire pour savoir que couper encore dans ces budgets-là alors que nos services publics sont à l'os, franchement, c'est un désastre. Ça va être un désastre majeur. Donc, qu'est-ce que je dis ? Je dis, il y a d'autres solutions et notamment, il y a une solution, c'est effectivement d'augmenter les recettes. Or, depuis qu'Emmanuel Macron est au pouvoir... Donc, augmenter les impôts ?

Non, mais pas forcément les impôts parce que ça, c'est toujours, excusez-moi, mais ce que nous a dit M. Le Maire pendant des années et des années. Quand vous lui dites augmenter les recettes, il vous dit augmenter les impôts comme si, et après, les gens qui nous écoutent pensent que c'est à eux qu'on va prendre de l'argent. Or, nous, ce que nous proposons, c'est de concentrer ces hausses d'impôts sur les plus riches, sur les grandes entreprises qui ont bénéficié de cadeaux fiscaux extraordinaires.

La réforme fiscale, on en a déjà parlé que nous proposons, elle conduit à ce que 93% des Françaises et des Français payent moins ou autant d'impôts qu'aujourd'hui et qu'il y en a seulement 7% qui payent davantage. Mais oui, c'est ça la solution. Parce que sinon, c'est quoi la solution ? C'est dire qu'on va fermer encore plus de services d'urgence l'été, qu'on va faire en sorte encore plus qu'il n'y ait pas d'enseignants dans un certain nombre de classes. C'est ça les questions très concrètes qui vont nous être posées. Donc nous, nous allons nous opposer au budget d'austérité et nous allons proposer d'autres choix budgétaires.

17:08
Présentateur

Alors, Manuel Bonpart, après la démission de Thierry Breton de la Commission européenne hier, c'est Stéphane Séjourné, ministre des missionnaires des affaires étrangères

17:21
Manuel Bompard

de la France parce que manifestement, Mme von der Leyen a révoqué, a licencié comme ça M. Breton et c'est une humiliation pour M. Barnier. Enfin, excusez-moi, M. Barnier est censé être Premier ministre et c'est M.

17:33
Présentateur

Il a validé le choix.

17:34
Manuel Bompard

Non mais d'accord, il a validé le choix mais en 1999, quand il y avait une vraie cohabitation, quand il y avait une vraie cohabitation, le communiqué de nomination du commissaire français, il était signé à la fois par le président de la République et par le Premier ministre. Là, la vérité, c'est que M. Macron a utilisé cette situation pour recaser un de ses amis qui ne pourra plus être au gouvernement. Or, M. Macron doit comprendre quelque chose de simple, il a perdu les élections et donc quand on a perdu les élections, en démocratie, il n'y a pas de droit de veto du président de la République sur le résultat des élections.

Donc quand on a perdu les élections, on tient compte de la démocratie, on tient compte du résultat des yeux. Vous auriez un voye qui, vous,

18:07
Présentateur

à la place de Stéphane Céjourné ?

18:08
Manuel Bompard

Il aurait pu y avoir un débat, une discussion. Nous, on a des gens très bien qui auraient pu être commissaires européens. Je ne vais pas commencer à donner des noms, sinon je vais me faire peut-être des amis ou des ennemis. Mais en tout cas, la moindre des choses, ça aurait été que ce n'était pas une décision, que ça ne soit pas une décision personnelle du président de la République. Et depuis des semaines et des semaines, on assiste comme ça un à un à des dénis de démocratie. Donc je dis aux gens, vous ne pouvez pas laisser faire comme ça sans réagir.

Il y a des manifestations qui vont avoir lieu ce samedi 21 septembre partout en France à l'appel des organisations de jeunesse et des associations. Moi, je vous invite à les rejoindre. C'est une question d'honneur et de dignité.

18:40
Invité

Il n'y aura pas de gouvernement a priori avant dimanche. Le temps de consulter tout le monde pour le Premier ministre Michel Barnier. Les communistes avec Fabien Roussel ont rendez-vous aujourd'hui à Matignon sur invitation de Michel Barnier. Ça vous agace que les communistes, membres du nouveau Front populaire, répondent à cette invitation ? Non mais d'abord,

19:00
Manuel Bompard

avant de réagir à l'invitation des communistes, je veux quand même vous dire que en ce qui nous concerne, nous n'avons même pas été contactés. On ne nous a même pas demandé. Je sais que les socialistes ont dit qu'ils n'iraient pas. Et moi, si vous me posez maintenant la question, je me retrouve davantage dans la prise d'opposition des socialistes qui consiste à dire à partir du moment où on a d'ores et déjà annoncé et je l'assume que nous allons déposer une motion de censure pour renverser M. Barnier, je trouve ça un peu incongru et pas très cohérent d'aller discuter avec lui avant puisque nous voulons le renverser. Donc il fait une erreur en fait, Fabien Roussel ?

Maintenant, dans une coalition comme le nouveau Front populaire, il peut arriver que sur un certain nombre de sujets, on n'est pas tous les mêmes choix. Bon, c'est comme ça. Mais moi, si vous me demandez à mon avis, si j'avais été sollicité,

19:42
Invité

voilà ce que j'aurais répondu. D'un mot à propos de la motion de censure, si le RN dépose une motion de censure, est-ce que vous votez avec eux ?

19:47
Manuel Bompard

Non, mais nous sommes les 193 députés, monsieur. Nous sommes donc la coalition électorale qui dispose du plus grand nombre de députés à l'Assemblée nationale.

19:54
Invité

193, ce qui ne suffit pas à renverser le gouvernement. Oui, mais d'accord,

19:56
Manuel Bompard

mais c'est donc la motion, comme nous sommes les plus nombreux, c'est notre motion qui peut avoir une chance de renverser M. Barnier. Donc la question, elle ne se pose pas dans les termes dans lesquels...

20:04
Invité

Elle se pose dans l'autre sens.

20:05
Manuel Bompard

C'est le RN qui doit décider. Mais j'ai bien compris que le RN a décidé de trahir ses électrices et ses électeurs puisqu'ils ont été élus sur l'idée qu'ils allaient rompre avec la politique d'Emmanuel Macron et en vérité, ils deviennent les roues de secours et les béquilles de la continuité du macronisme. Ça devrait intéresser des électrices et des électeurs du RN. Ce n'est pas forcément

20:26
Présentateur

ce qui va se passer sur le fond, Manuel Bompard, puisque le 31 octobre prochain, une proposition de loi à Rassemblement National sera examinée à l'Assemblée pour abroger la réforme des retraites. Donc on n'est pas dans la continuité d'Emmanuel Macron. Certains à gauche...

20:38
Manuel Bompard

Attendez, attendez.

20:39
Présentateur

Certains à gauche comme les communistes... Je vais répondre à votre question. Laissez-moi finir ma question et après vous pouvez répondre.

20:42
Manuel Bompard

Je sais la question que vous allez me poser.

20:44
Présentateur

Certains à gauche comme les communistes ou quelques socialistes pourraient la voter. Cette proposition de loi qui vise à abroger la réforme des retraites. Et vous ?

20:51
Manuel Bompard

Je vais vous répondre. Mais précisément, précisément, on voit là toute l'hypocrisie du RN. Parce que vous pouvez dire que vous allez déposer ça dans votre niche parlementaire mais à partir du moment où vous laissez M. Barnier en place alors que vous avez la possibilité de le censurer et de le faire tomber alors que M. Barnier s'est déjà prononcé pour la retraite à 65 ans, là on voit toute l'hypocrisie du RN. Vous pouvez me parler de la proposition du RN. Je vous rappelle qu'au mois de juillet avec Mathilde Panot nous avons déposé nous une proposition de loi pour l'abrogation de la réforme des retraites.

Nous n'avons pas attendu de faire un coup politicien pour masquer notre lâcheté Et bien moi je pense qu'il y aura avant le 31 octobre un vote à l'Assemblée nationale sur l'abrogation de la réforme des retraites et je voterai pour. Vous dites je pense. Oui parce qu'il y a des outils pour le faire parce qu'il va y avoir par exemple les discussions dans le projet de loi de finances de la sécurité sociale et qu'elles vont commencer avant le 31 octobre à l'Assemblée nationale. Donc c'est à ce moment-là dans le cadre des discussions sur la sécurité sociale.

Nous nous déposerons un amendement pour abroger la retraite à 64 ans dans les discussions du projet de loi de finances de la sécurité sociale et nous nous demandons à ce que la proposition de loi que nous avons déposée pour abroger la réforme des retraites d'Emmanuel Macron soit inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale avant le 31 octobre. Et nous n'avons pas l'intention de participer à une opération pour essayer de remaquiller le Rassemblement national en opposant à 64 ans. Et donc vous dites au RN

22:08
Invité

voter cet amendement.

22:10
Manuel Bompard

On va voir s'ils sont cohérents à cet instant parce que moi je n'ai pas l'intention si vous voulez de venir remaquiller ou cacher la vérité de ce que fait le Rassemblement national c'est-à-dire qui sert de béquille au macronisme c'est le Rassemblement national qui va permettre aujourd'hui par exemple que le pire budget d'austérité que notre pays n'ait jamais connu puisse voir le jour à l'Assemblée nationale. Et ça c'est la responsabilité du Rassemblement national.

22:30
Invité

Un dernier sujet dans l'actualité ce matin Victor Castanet l'auteur du livre Les Fossoyeurs qui avait révélé le scandale Orpéa publie une nouvelle enquête sur le secteur des crèches privées ça s'appelle Les Ogres ça sort demain révélation sur le financement public des crèches privées selon le livre il y aurait notamment cette scène dans laquelle la ministre démissionnaire de la famille Aurore Berger aurait tout fait pour empêcher la tenue d'une mission parlementaire sur les dysfonctionnements de ces groupes de crèches vous qui êtes parlementaire vous y étiez au courant ?

22:59
Manuel Bompard

C'est un énorme scandale c'est un énorme scandale parce qu'il y a eu une commission d'enquête à l'Assemblée nationale qui a été initiée par mon collègue William Martinet et Mme Berger a juré qu'elle n'avait aucun contact avec le lobby des crèches privées et là on apprend qu'en fait c'est le cas et les macronistes se sont opposés à la mise en place de cette commission d'enquête sur les crèches privées or le système des crèches privées aujourd'hui c'est responsable d'un système de maltraitance institutionnelle de difficulté pour les salariés qui sont dans une situation de souffrance énorme et donc il y a une volonté du pouvoir de protéger le système des crèches privées voilà ce que je dis il faut arrêter avec ce système des crèches privées aujourd'hui il ne faut geler pas de nouvelles places dans le système privé dans le système lucratif des crèches et il faut enfin développer un service public de la petite enfance parce que nos petits il faut qu'ils puissent avoir des places pour pouvoir être recueillis dans des bonnes conditions et pas dans des entreprises dans lesquelles on est soumis à des logiques de rentabilité où on réduit la nourriture où on réduit le personnel parce qu'à la fin on veut engranger un maximum de profits donc ça à mon avis ça doit être une priorité politique et c'est un débat qui ne fait que commencer

24:05
Invité

merci Emmanuel Bompard d'avoir été l'invité de France merci à vous

24:07
Manuel Bompard

ce matin merci à vous

24:08
Locuteur

merci à vous

Motion de destitution d'Emmanuel Macron, démission de Thierry Breton... Le "8h30 franceinfo" de Manuel Bompard — Manuel Bompard · Pourquijevote