L'interview de la ministre de l'Éducation nationale, Anne Genetet, en intégralité
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
On reçoit donc, bonsoir madame, une ministre en sursis ? Une ministre aujourd'hui en exercice, sous la conduite et sous l'autorité du Premier ministre Michel Barnier. Si demain le gouvernement Barnier est censuré, vous ne serez plus ministre à la fin de la semaine ?
J'entends qu'il y a un texte qui sera débattu demain, qui donnera lieu à une réflexion, et j'espère à la responsabilité d'un grand nombre d'acteurs, de députés, puisque demain ce qui se joue c'est aussi la vie à un des Français, c'est ce qu'on va leur proposer. Et franchement aujourd'hui, vous croyez vraiment que les Français ont envie d'aller, vous parliez d'un saut dans l'inconnu, d'aller vers l'inconnu, ils ont surtout envie qu'on leur parle. Ils n'avaient pas forcément envie de ce budget.
Ils nous ont demandé en juillet 2024, il y a quelques mois, l'été dernier, ils nous ont envoyé une assemblée, multiple, diverse, qui nous a demandé, écoutez, débrouillez-vous pour vous parler, mettez-vous d'accord sur le social. Vous n'avez pas parlé avec tout le monde, vous avez parlé entre vous. Ah non, écoutez, je ne suis pas d'accord.
Vous n'avez pas parlé à la gauche, la gauche ne cesse de dire qu'à aucun moment, Michel Barnier s'est tourné vers eux. Trop facile de dire ça quand on sait qu'Olivier Faure, le 5 septembre, n'a même pas répondu à l'appel, à la demande, proposition de rencontre de Michel Barnier. C'est ça la réalité.
Donc aujourd'hui, les Français...
Donc Olivier Faure ment quand il dit qu'il était prêt à discuter avec Michel Barnier. C'est ce qu'il disait ce matin encore sur notre antenne. Michel Barnier a toujours dit, le Premier ministre a toujours dit, que sa porte était ouverte et qu'il discutait et qu'il était prêt au compromis.
Et aujourd'hui, franchement, ce que les Français nous demandent, c'est de répondre à leurs attentes. Ils ont des doutes, ils ont des craintes, ils l'expriment tous. De toute façon, là, maintenant, les dés sont jetés.
Qu'est-ce que vous avez loupé, Madame Genetay ? Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ? Parce que quand on arrive à une situation où il y a une motion de censure demain qui sera adoptée, sauf Mirac, mais enfin, a priori, les Mirac, ça n'existe pas en République, qu'est-ce que vous avez raté, en fait, dans la méthode ?
Je vois surtout que demain, ce qui peut se passer, c'est une alliance de la carpe et du lapin. C'est une alliance dans laquelle on va voir le RN, le Rassemblement National, qui est prêt à donner ses voix à la France insoumise, qui elle-même a déposé il y a quelques jours une proposition de loi qui demande d'abroger le délit d'apologie du terrorisme. Alors, excusez-moi, je ne comprends pas la logique.
Et c'est ça qu'on est en train de dire aux Français. Les Français qui nous ont demandé de nous parler et de nous entendent, on leur répond avec une alliance absurde, L'alliance, cette alliance, elle était aussi absurde, lorsque vous avez fait un front républicain avec les insoumis. Je peux vous renvoyer la balle en disant, Madame Jeunetet, vous étiez avec les insoumis contre le RN en juillet dernier, c'était aussi une alliance improbable.
Mais pour le moment, nous avons un gouvernement qui a été nommé, qui essaye de travailler, qui a fait des propositions, avec des choses qui ont été amendées, ça ne vous aura pas échappé dans les discussions sur le projet de loi de finances. Là, moi, j'étais au Sénat il y a quelques jours, s'agissant de l'école, justement. Il y avait une unanimité, à un moment, sur une partie du budget, pour laquelle, au début, on demandait de supprimer 4 000 postes, unanimité transpartisane, 2 000 postes en moins seulement, et non pas 4 000.
Donc voilà, c'est ça l'unanimité avec les sénateurs socialistes. Donc on voit bien qu'il y a des sujets sur lesquels on peut se retrouver. – Les socialistes n'ont pas voulu discuter avec vous. – Donc on peut se trouver.
Je note qu'en tout cas, la porte a été souvent ouverte, et ils n'ont pas répondu à l'appel. Je trouvais qu'à travers cela, ils ont vraiment manqué de responsabilité aussi. Parce que derrière, concrètement, si je prends l'exemple de mon budget, c'est tout simplement là pour 2025, des enfants qui sont en situation de handicap.
Moi, j'avais prévu d'embaucher 2 000 personnes supplémentaires pour les aider. Mais ils ne les auront pas. C'était au ministère de l'Intérieur, des policiers qu'on devait embaucher, qu'on n'aura pas en plus.
C'était des gendarmeries en plus qui devaient ouvrir. – Ils auront un prochain budget avec la prochaine pseudo-majorité. – Et c'est quoi le prochain budget ?
C'est dans un an ? – Non, il y a encore un délai jusqu'à la fin décembre. – Elle est où la majorité en ce moment ? – Ce sera le budget 2024 qui sera adopté. – Non, mais dans le budget 2024, il n'y a pas 200 gendarmeries en plus.
Il n'y a pas 10 000 policiers en plus. – Vous savez très bien que… – Mais avec quelle majorité ? – Vous n'en avez pas non plus. – Avec quelle majorité ? – Oui, mais ça, on est toujours dans une impasse, c'est sûr. – Donc ceux qui nous prétendent qu'ils vont pouvoir demain avoir de l'argent magique et répondre à tous les problèmes du français, c'est faux.
C'est un mensonge. – Ce que dit Marine Le Pen, c'est que grâce à ça, il n'y aura pas les augmentations d'impôts, de cotisations que vous aviez prévues. Parce que c'était ça aussi le budget barnier.
C'était quand même une dizaine d'impôts et de cotisations supplémentaires. – Oui, mais la réalité, Mme Le Pen l'a oublié, c'est que l'année dernière, notamment dans son programme législatif, c'était 100 milliards d'euros d'impôts supplémentaires. Et là, le fait de ne pas avoir de budget pour 2025, ça veut dire qu'on repart, vous l'avez dit, sur 2024.
Concrètement, c'est quoi ? Ça veut dire qu'il n'y a pas de correctif. – Il n'y a encore une fenêtre de tir pour avoir un budget. – Il n'y a pas de correctif de l'impôt sur le revenu.
On ne peut pas l'ajuster sur l'inflation. Ça veut dire que pour 17 millions de Français, l'impôt sur le revenu va augmenter. Ça veut dire aussi qu'il y avait 400 000 Français qui ne payaient pas d'impôt sur le revenu et qui vont le payer à cause de cette impossibilité. – Pardon, mais ce budget-là, vous l'aviez voté l'année dernière, ça m'amuse parce que ce budget-là, c'était le budget de Mme Borne qui paraît être terrible alors que c'est un budget que vous avez défendu. – Non, non, non, c'est pas ça.
Non, non, l'année dernière, le budget a été adapté à la situation de 2024. Ce que je dis simplement, s'agissant des impôts, s'agissant des impôts, comme il n'y a pas d'ajustement sur l'inflation… – Oui, mais c'était votre budget l'année dernière. – Je ne le conteste pas.
Je vous dis simplement qu'on reprend les règles. – Donc, il n'était pas si direct que ça. – Les règles de 2024 étaient bonnes pour 2024.
Sauf qu'aujourd'hui, il y a une inflation qui n'est pas la même. Et donc, ne pas l'ajuster, c'est des impôts en plus pour les classes moyennes. C'est ça la réalité.
Ce sont des classes moyennes qui vont payer très cher les responsabilités de cette alliance de la carpe et du lapin. – Dans tous les cas, vous allez quitter votre ministère sur un mouvement de grève demain, avec 60%, 65% d'enseignants jeudi. – Alors, effectivement, le droit de grève, encore une fois, qui est protégé par la Constitution, moi, je le respecte.
Je veux dire aussi que dans mon ministère, le dialogue social est très important. Moi, j'ai reçu les syndicats dès mon arrivée. – La preuve, il y a 65% de grévistes.
On n'a pas vu de plus aussi fort depuis deux ans. – J'entends qu'il y a une grève et je le respecte. Mais le dialogue social actuel, encore aujourd'hui, l'ensemble des syndicats du monde enseignant étaient reçus à mon ministère.
Moi, je les ai reçus à plusieurs reprises. Nous ouvrons d'ailleurs, nous avons prévu d'ouvrir des chantiers, notamment sur la revalorisation des milieux de carrière, notamment sur les conditions de travail. Vous savez, nous avons aujourd'hui des enseignants qui enseignent dans des conditions très difficiles, auxquelles j'appelle tout mon soutien en permanence.
Et c'est ça sur quoi je veux travailler, leur permettre de travailler avec beaucoup plus de sérénité. – Si vous avez envie de laisser à votre poste, c'est-à-dire de continuer votre mission, ça fait quelques mois, quelques semaines que vous êtes en poste. – Certes, Michel Barnier va peut-être être remplacé, mais derrière, si c'est un gouvernement constitué de centristes, de macronistes et de PSLR, est-ce que vous avez envie d'en faire partie, de continuer votre mission ? – Depuis 2017, je suis au service des Français.
Je sais grâce à qui je le suis. Je le suis grâce au président Emmanuel Macron. Je le suis aujourd'hui, je suis ministre, notamment grâce à Gabriel Attal, dont j'ai pris la succession indirectement au ministère de l'Éducation nationale, et je m'inscris dans ces pas.
Il y a donc une continuité, notamment pour ce ministère, je pense pour d'autres également, et c'est ça que nous devons apporter aux Français. Je suis là pour servir les Français, je serai toujours là pour servir les Français. – Donc ça veut dire que s'il y a un nouveau gouvernement et qu'on vous demande de rester à votre poste, vous le ferez ? – Ce n'est pas le sujet, le sujet pour le moment… – Ça peut être rapidement le sujet. – Très concrètement, vous savez, il y a du travail tous les jours au ministère, et rien qu'aujourd'hui, j'avais un travail à faire sur notamment la situation de professeurs détachés, qu'on envoie dans des lycées à l'étranger.
Ça, c'est un sujet qui est sur la table aujourd'hui. Il faut continuer à travailler, quelles que soient les circonstances, tant que je suis dans ce ministère, je travaillerai aux missions qui m'ont été confiées par le Premier ministre. – Ce soir, Michel Barnier, prends la parole.
Qu'est-ce qu'il peut dire de plus ? – Je pense que… – Les dés sont jetés. – Le Premier ministre l'a d'ailleurs déjà évoqué tout à l'heure à l'Assemblée nationale aux questions d'actualité.
Il s'agit d'appeler, vous savez, il y a trois mots, je crois, qui doivent nous conduire aujourd'hui, tous collectivement, les 577 députés qui vont participer demain au débat sur les motions de censure. C'est responsabilité, stabilité, sérénité. C'est ça, responsabilité, stabilité, sérénité.
Parce que s'il y a bien une chose dont la France n'a vraiment pas besoin en ce moment, c'est de l'instabilité. – Enfin, c'est le jeu démocratique aussi que l'opposition ne soit pas d'accord avec l'opposition et que le gouvernement fasse tomber le gouvernement. – Mais bien entendu, la Constitution est là pour ça, mais la Constitution est là aussi pour nous protéger.
Et je crois que là aussi, j'ai bien entendu qu'il y avait des députés qui hésitaient et qui avaient envisagé de ne pas voter cette motion de censure. Il y en a, mais je veux aussi faire appel à la responsabilité de ce lendemain. De quoi avez-vous envie ?
Vous avez vraiment envie que demain, on peut ne pas s'être d'accord sur tout, vous avez vraiment envie que demain, la France n'ait pas son budget pour 2025, vous avez vraiment envie que demain, les Français soient encore plus en colère sur des réponses, certes pas forcément parfaites, mais en tout cas, il y avait déjà des réponses. – Est-ce qu'il n'y a pas eu une erreur dès le départ ? Parce que si on reprend les résultats de juillet, certes, il n'y a pas eu de gagnant, mais il y a eu quand même un perdant, c'est le camp macroniste.
Et tout d'un coup, on retrouve un gouvernement avec des personnalités issus de ce camp-là, Antoine Armand, vous-même, c'était peut-être ça l'erreur. C'est-à-dire qu'on ne voit pas de changement. Et finalement, Michel Barnier, pour les Français d'ailleurs, un sondage élable le disait, il ne voit pas de différence entre Michel Barnier et Emmanuel Macron.
Donc c'était voile à l'échec, dans le contexte politique actuel. – Dans le contexte politique, avec une assemblée dans laquelle la majorité… – Et avec des Français aussi. – La majorité que représente cette alliance qui va du bloc central jusqu'à la droite républicaine, c'est la seule majorité relative qui permettait d'avancer.
Et moi, aujourd'hui, ce que je redoute surtout, c'est l'échec de notre pays. C'est l'échec de notre pays. Parce que derrière, c'est encore une fois… – Non, c'est l'échec de Michel Barnier, c'est pas l'échec de Michel Barnier. – C'est l'échec de Michel Barnier. – Non, nous mettons notre pays en difficulté.
Le Premier ministre l'a dit aussi tout à l'heure. – Non, mais là, vous jouez à faire peur. Aujourd'hui, par exemple, la Bourse de Paris a fini en hausse.
On avait prévu une tempête financière, elle n'est pas là, cette tempête financière. – Je suis là pour simplement appeler à la responsabilité, car encore une fois, il y a des choses très concrètes pour les Français. Je vous parlais tout à l'heure, je veux aussi toujours pour vous parler de l'école, c'est simplement, on a 3 000 places d'internats supplémentaires qui sont prévues.
Je ne peux pas les mettre en œuvre. – Vous supprimer 4 000 postes ? – Je viens de vous dire qu'au Sénat, il y a unanimité, non, la crève générale était pour d'autres sujets.
L'unanimité au Sénat, pour réduire à 2 000 postes seulement les suppressions, dans un contexte de baisse démographique, il faut aussi dire la vérité aux Français. Il ne faut pas non plus leur faire croire ce qui se passe. Et aujourd'hui, moi, je veux leur dire, il y a un certain nombre de dispositifs, de mesures, d'outils dont on a besoin.
On peut peut-être aller plus loin, je l'entends, mais déjà, il faut avancer. Car si en tout cas, on bloque tout en essayant de dire pas de budget pour le moment, là, c'est certain, ils auront des impôts en plus, ils auront des aides en moins, ils auront des policiers en moins dans la rue. Ça, c'est une réalité.
Il y en aura encore, je n'ai pas dit qu'il n'y en aurait plus. – Mais pour sortir de la passe. – Non, non, non, non, s'il n'y a pas de budget 2025, je suis désolée, elle va payer très cher.
Il y a 400 000 foyers qui vont rentrer dans l'impôt sur le revenu. – Et oui, parfois, les retraités, par exemple, ils vont pouvoir toucher une pension collée à l'inflation, ce qui n'était pas prévu par votre budget. – Si on parle des plus âgés, c'est 6 500 places d'embauche qui étaient prévues dans les EHPAD. – Oui, oui, le 1er janvier, des retraités vont toucher la retraite qu'ils auraient dû toucher si vous n'aviez pas décidé de changer les règles. – Je l'entends, mais ils vont aussi peut-être rentrer dans l'impôt sur le revenu avec un impôt sur le revenu qui va augmenter.
C'est ça, la réalité. Je crois qu'il faut dire la vérité. Tout ce qui se passe est derrière un pays qui n'avance pas dans des conditions difficiles. – Mais justement, est-ce que pour sortir de cet impasse politique, aujourd'hui, ce n'est pas la démission ou une élection présidentielle anticipée qui se pose et qui pourrait permettre d'avancer à la ministre ? – Je vais être très claire.
Le président de la République a été, ça ne nous a pas échappé, élu en 2017, réélu et très bien réélu en 2022. Alors à quoi bon ? – Après la période de législative ? – Aujourd'hui, il a été réélu, il est élu pour un mandat de 5 ans. – La constitution est très claire.
La constitution est très claire. Il a un mandat de 5 ans. Et à quoi bon derrière ?
Qu'est-ce qu'on y gagnerait ? De l'instabilité encore ? – Non, peut-être.
Peut-être au contraire de la stabilité. – Avec une assemblée qui sera toujours la même ? L'assemblée ne changera pas.
Vous le savez très bien, elle ne peut pas changer. Il faut au moins attendre jusqu'à juillet 2025. Alors à quoi bon ?
Franchement, c'est vraiment ça. Et puis je vais vous dire, je ne suis pas sûre que ceux qui appellent à sa démission en ce moment, je voudrais juste rappeler qu'ils ont perdu 3 fois l'élection présidentielle. Ce n'est pas eux d'affixer le calendrier de la prochaine. – Merci Madame la ministre de l'Éducation nationale, Madame Anne Jonté, qui était l'invité de BFM Story. – Sous-titrage Société Radio-Canada – C'est conditionnel de la prochaine에 Kris Kanada – Je voudrais juste vous dire «
Anne Genetet