Bruno Retailleau : le coup de force - C dans l’air - 12.02.2025
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
B.Retailleau est-il une bulle médiatique ou une vraie percée ?
- 0:45OuverteRéponse directe
Y a-t-il un moment Retailleau dans l’opinion ?
- 1:45FerméeRéponse directe
C’est l’effet place Beauvau ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Ce sont les Français et l’opinion qui ont commencé avant les médias ?
- 4:00OuverteRéponse directe
B.Retailleau se lance dans une course pour prendre la tête de LR. Choix étonnant ?
- 5:30RelanceRéponse directe
Pourtant, tous les 2 avaient fait un deal. Il y a eu un dîner...
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00B.TeinturierChiffre
« Il y a incontestablement un phénomène Retailleau dans l’opinion, notamment dans le bloc central, chez les LR. »
- 6:00C.CornudetFait
« Il a été beaucoup poussé par les autres personnalités de LR, qui se sont dit que c’était une façon de reprendre un peu d’air pour LR, peut-être de se débarrasser de L.Wauquiez. »
- 9:00B.RetailleauFait
« La régularisation, ça n’est pas un droit. »
- 10:30B.RetailleauFait
« Je suis un rural. Je vis avec les saisons qui passent. »
- 12:30B.RetailleauFait
« On a une immigration irrégulière. On a des filières qui deviennent de plus en plus violentes et dangereuses. »
- 18:00B.TeinturierFait
« Sur l’immigration, sur le fond, on cherche des différences entre M.Le Pen et B.Retailleau. On a du mal à les trouver. »
- 19:30B.TeinturierChiffre
« 40 % des Français considèrent qu’il faut continuer, pour une immigration de travail, à faire venir des étrangers, que c’est une chance. »
- 22:30C.CornudetFait
« Il n’était pas pour le mariage pour tous. Sur l’IVG, il est très prudent, mais il ne reviendra jamais en arrière. »
- 27:00N.Saint-CricqFait
« Il y a une fascination qu’il n’y avait pas à la dernière élection de D.Trump. »
- 28:30B.TeinturierFait
« Aux États-Unis, il y a le culte du deal, de la transaction. Ce n’est pas la culture française. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". Il est la personnalité de droite la plus populaire. B.Retailleau s'envole dans les sondages et s'empare de cette dynamique pour partir à la conquête des Républicains.
Dans un courrier adressé aux militants LR, il annonce sa candidature avec l'ambition de "faire pour son parti ce qu'il fait au ministère de l'Intérieur". "L'ordre, l'ordre, l'ordre", comme il l'avait dit à son arrivée place Beauvau. Une martingale qui séduit de plus en plus de Français.
Cette accélération prend de court L.Wauquiez, bien décidé à ne pas lâcher les rênes des Républicains. C'est le 1er acte d'une guerre des droites, avec une liste de prétendants pour la présidentielle qui s'allonge chaque jour un peu plus.
S'agit-il d'une vraie percée de B.Retailleau ou d'une bulle médiatique? Que pèsent vraiment ses idées dans le pays?
Peut-il plier le match à droite? Ce soir, P.Perrineau, politologue et professeur associé au Cevipof est avec nous.
On va parler de votre enquête passionnante. C.Cornudet, vous êtes éditorialiste politique aux "Echos".
N.Saint-Cricq, vous êtes éditorialiste politique à France Télévisions. B.Teinturier, vous êtes directeur général délégué de l'institut de sondage Ipsos.
Vous enseignez à Sciences Po Paris. Je rappelle votre baromètre sur la popularité du gouvernement. On vous a préparé quelques unes de la presse de ces dernières semaines.
C'est un festival pour B.Retailleau! Tous les journaux s'y mettent, avec chacun son appréciation du sujet Retailleau.
Y a-t-il un moment Retailleau dans l'opinion? - B.Teinturier: Il y a incontestablement un phénomène Retailleau dans l'opinion, notamment dans le bloc central, chez les LR.
C'est là où il est le plus fort. C'est aussi un peu le cas au RN. Il coche de très nombreuses cases.
Ce qui explique ce phénomène, c'est une incarnation et, évidemment, la thématique de l'immigration. - C.Roux: On va parler de lui, de son parcours, de son logiciel, de ce qu'il fait au ministère de l'Intérieur.
On a de temps en temps...
On a eu le moment Attal, le moment Darmanin. C'est la même chose? C'est une curiosité autour d'un personnage politique ou c'est plus en adéquation avec le pays? - B.Teinturier: Il y a une découverte.
Ca renvoie à l'idée d'une curiosité, mais il y a une adéquation plus profonde avec une partie du pays. Il est perçu aujourd'hui comme le meilleur ministre du gouvernement. C'est la 1re fois qu'il atteint ce niveau et cette hiérarchie.
Il est juste devant Darmanin. Une fois qu'on a dit ça, en termes d'incarnation, il donne le sentiment d'avoir des convictions, d'être sincère. Je suis bien placé pour voir à quel point les Français font le reproche inverse à l'égard des politiques.
Il a des convictions et quelque chose d'un peu ascétique dans sa manière d'être, de porter son message. C'est apprécié par les Français. Il ne roule pas pour lui-même.
Il ne donne pas ce sentiment. Il porte bien, aussi. Il s'exprime bien.
C'est un homme cultivé. Ca plaît à une partie de la population. Ils n'avaient pas vu ça depuis très longtemps. - C.Roux: Il n'y a peut-être pas encore une adhésion à l'ensemble de ses idées.
On va en parler. Je donne la parole à P.Perrineau sur l'engouement médiatique, qui traduit peut-être...
Il y a une percée dans les sondages. C'est le moment Retailleau ou une curiosité? - P.Perrineau: Ce sont les Français et l'opinion qui ont commencé avant les médias.
Au début, personne, à peu près, ne voit rien venir. Quand on commence à faire les premiers papiers sur le fait qu'il se passe quelque chose, tout le monde nous dit: "Pourquoi vous vous intéressez au cas Retailleau?" Après, il y a une inflexion des courbes.
Quand vous prenez les opinions positives...
Pendant très longtemps, elles étaient entre 5 et 12 %. Tout d'un coup, à partir du moment où il rentre, en septembre, comme ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Barnier, il passe à 15, puis à 19, puis à 30, puis au-dessus. Vous avez une inflexion en 3 mois qui est exceptionnelle. - C.Roux: C'est l'effet place Beauvau? - P.Perrineau: Oui, mais c'est aussi ce que B.Teinturier a avancé tout à l'heure.
Il y a un certain charisme un peu austère, mais au fond...
A l'époque, on considère que beaucoup d'hommes politiques se perdent dans les éléments de langage. Ce charisme austère correspond à ce que les Français attendent. Et puis, il croit à ce qu'il dit, même pour les gens qui ne sont pas d'accord.
Je regardais l'image de Retailleau au sein du centre, de la gauche modérée. Elle n'est pas négligeable. Et ce sont des gens qui ne sont pas forcément d'accord avec un message de droite conservatrice dont B.Retailleau peut être porteur.
Ils ont un certain respect pour l'homme de convictions. Les hommes de convictions ou les femmes de convictions, il n'y en a pas tant que ça, du moins aux yeux des Français, qui sont très sévères. - C.Roux: C'est violent et c'est nouveau.
Ca date de ce matin. B.Retailleau se lance dans une course pour prendre la tête du parti Les Républicains. - C.Cornudet: C'est un choix étonnant.
Ses qualités qu'on mentionne, le côté cohérent, intègre, loyal, ça ne va pas avec les guerres des chefs qu'il y a eues dans le passé. Il peut s'abîmer dans ce moment-là. Il a été beaucoup poussé par les autres personnalités de LR, qui se sont dit que c'était une façon de reprendre un peu d'air pour LR, peut-être de se débarrasser de L.Wauquiez.
Si B.Retailleau perce beaucoup, c'est aussi parce qu'il a des qualités inverses à celles de L.Wauquiez.
Tous ceux qui se pensent présidentiables ont peur que L.Wauquiez verrouille le parti et les empêche de se présenter à la présidentielle. B.Retailleau est réglo. - C.Roux: "Réglo mais pas Bisounours", comme dans votre édito.
Pourquoi? - C.Cornudet: Il a décidé d'y aller, d'accélérer, de prendre L.Wauquiez de vitesse.
Il a appris il y a 2 jours que L.Wauquiez allait se déclarer officiellement candidat ce soir. Demain, il fera un meeting.
Il a décidé la veille au soir, hier soir, de se déclarer candidat, de faire cette lettre aux militants et de la poster dès ce matin. - C.Roux: Pourtant, tous les 2 avaient fait un deal.
Il y a eu un dîner... - N.Saint-Cricq: Il y a eu des tensions et une "paix des braves", officiellement, mais je ne suis pas sûre que ni l'un ni l'autre n'y ait cru.
Les deals passés avec L.Wauquiez ne sont pas forcément tenus. Beaucoup dans son entourage disent qu'il n'est pas devenu fou.
Il ne se voit pas déjà à la présidentielle. Mais il ne voit pas pourquoi il ne prendrait pas cette place. Il considère qu'il a les qualités.
Il a été exaspéré par beaucoup de mouvements de L.Wauquiez, essayant de faire pression pour qu'il ne soit pas dans le gouvernement, faire pression pour l'éliminer, parce qu'il le considère comme un concurrent plus que virtuel. Il ne se venge pas, mais il considère qu'il n'y a pas de raison de faire ça.
La citation qu'utilisait un membre des LR, c'était: "Sa première qualité, c'est qu'il est réglo. Sa limite, c'est qu'il est réglo." Face à L.Wauquiez et un appareil LR...
L.Wauquiez a commencé à utiliser l'appareil avec des vidéos sur...
Lundi, il doit donner son rapport sur la refondation de LR. Il y a un bureau politique demain matin à 8h. L.Wauquiez faisait tout pour mettre les gens devant le fait accompli.
B.Retailleau ne veut pas se faire prendre pour un imbécile. - C.Roux: Il dit ce matin que "voter, ce n'est pas diviser".
En gros: "Allons-y à la loyale et demandons aux sympathisants de trancher." On va évoquer la longue liste de prétendants à droite pour la présidentielle. Avec ce spectre qui inquiète beaucoup à droite: le retour de la guerre des chefs.
Si on parle de B.Retailleau et du fond, il est un adepte du tapis de bombes. Saturer l'espace médiatique, faire le débat, s'emparer de sujets parfois tabous...
Après 4 mois au ministère de l'Intérieur, B.Retailleau se fait une place dans les enquêtes d'opinion. L'ancien lieutenant de P.de Villiers a décidé d'assumer sa part d'ambition. - B.Retailleau, ministre de l'Intérieur, ça fait déjà plus de 4 mois, 2 gouvernements et beaucoup de plateaux de télévision. - Bonjour, B.Retailleau. - Des phrases chocs... - B.Retailleau: La régularisation, ça n'est pas un droit. - Des réponses courtes... - Vous souhaitez un référendum sur l'immigration? - B.Retailleau: Oui. - Et parfois même un moment confession. - B.Retailleau: Je suis un rural.
Je vis avec les saisons qui passent. Aujourd'hui les sondages sont bons. Demain, ils peuvent être moins bons. - Un ministre qui fait parler de lui tout le temps et de ses thèmes favoris, qui vise désormais la présidence de son parti.
En marge d'un déplacement à Strasbourg lundi, B.Retailleau est accueilli et très applaudi par 200 militants et cadres des Républicains. - Tu nous rends fiers et tu n'as pas changé de ligne.
La France a besoin de toi, cher Bruno. - La vedette du jour savoure. - B.Retailleau: Il n'y avait pas beaucoup d'espoir.
On était réputés comme condamnés. Peu en réalité nous donnaient vivants et beaucoup nous donnaient mourants. Quelques mois après, c'est l'inverse.
Vous le constaterez dans les médias: chaque jour, on parle de nous, on fait l'actualité. - Pour ces militants, un nouvel espoir. - Je pense qu'il est sincère.
Il a des convictions et il les défend. - Il a un franc-parler et une façon de dire les choses qui sont plus cash. Il dit les problèmes.
Il dit les solutions. C'est moins policé. - Et la présidentielle, il y pense? - B.Retailleau: J'ai une expression: "colline après colline." Je ne suis pas dans le coup d'après.
Ce virus ne m'a pas encore pris. - Le ministre reste sur le devant de la scène, multipliant les déplacements et les annonces, contre le narcobanditisme... - B.Retailleau: Nos forces de sécurité sont à l'oeuvre et assènent des coups, mais c'est une submersion, un tsunami blanc, notamment en matière de cocaïne. - Ou encore sur l'immigration... - B.Retailleau: On a une immigration irrégulière.
On a des filières qui deviennent de plus en plus violentes et dangereuses. Il faut que cette lutte change de dimension. - Depuis aujourd'hui, le ministre, désormais candidat à la présidence des Républicains, a semble-t-il gagné un nouvel ennemi au sein de sa propre famille?
L.Wauquiez estime que B.Retailleau a rouvert la guerre des chefs. - C.Roux: On se dit qu'il y a peut-être du Sarkozy dans Retailleau.
Question. C'est l'effet Beauvau? - P.Perrineau: Certainement, mais les personnalités sont très éloignées.
Ce sont deux hommes extrêmement différents, même s'ils occupaient la même fonction. B.Retailleau, s'il a en perspective la présidentielle, suit le même cheminement politique que Sarkozy.
Sarkozy a pris l'UMP avant de se présenter à la présidentielle. Il considérait que, particulièrement à droite, si on n'est pas le grand patron de la grande machine qui se mobilisera pour la présidentielle, on commence la course avec un handicap. Certains candidats issus de LR ont découvert cette course avec un handicap.
Là, L.Wauquiez, quand vous regardez les enquêtes d'opinion, il a un encéphalogramme plat. Il est très bas.
C'est un mal-aimé. - C.Roux: C'est injuste? - P.Perrineau: Je ne sais pas, mais c'est vraiment un mal-aimé dans les sondages.
Il ne bouge pas, il ne perce pas. Il serait peut-être bon que la principale formation de la droite classique soit dirigée par un homme qui ait une meilleure image que celle que peut avoir L.Wauquiez. - C.Roux: Il peut cumuler ministre de l'Intérieur et patron du parti? - C.Cornudet: Il va le faire dans un premier temps.
Il verra jusqu'à quand ce sera possible. C'est ministre de l'Intérieur qui lui a donné cette possibilité. Le jour où il en sort...
L.Wauquiez a fait l'erreur de ne pas aller au gouvernement. Tant qu'il pourra, il le fera, mais ça peut se retourner contre lui. - C.Roux: Immigration, narcotrafic, sécurité...
Il est très présent, avec des propositions et des propos très durs sur ces sujets. A partir de quand il sera comptable de ses résultats? - C.Cornudet: Même N.Sarkozy et les précédents ministres de l'Intérieur n'ont jamais eu suffisamment de résultats aux yeux de l'opinion.
Lui, il pense que montrer qu'on est complètement engagés, avoir quelques avancées...
Il sait aussi qu'il ne peut pas faire de grandes lois, car il n'y a pas de majorité. A la fois, il sait qu'il faut des résultats et, à la fois, il est lucide. Il fait ce qu'il peut.
Il fait plein de petites lois avec le Parlement pour faire avancer les choses. Mais si, à l'été, un an après son arrivée, l'immigration et l'insécurité sont au même niveau, ça commencera à être un problème pour lui. Après, il ne peut pas partir parce qu'il n'a pas eu de résultats.
Il faudrait partir sur un différend. - C.Roux: Il dit que sa grande force, c'est d'être libre.
Libre de bousculer certains tabous du débat politique français, notamment du côté des Républicains...
Il dit que l'Etat de droit n'est ni intangible ni sacré. Il va au-delà des lignes classiques de son parti? - C.Cornudet: Oui, et ça fait partie de sa popularité.
L'opinion aime son côté cash, tranché. Le "en même temps" a un peu perdu tout le monde. Aux Etats-Unis, c'est la même chose.
Ce qui porte, c'est les choses un peu définitives, tranchées. Mais ça peut se retourner contre lui. - B.Teinturier: L.Wauquiez a dit des choses similaires. "Le coup d'Etat juridique", c'était L.Wauquiez.
Pourtant, ça ne perce pas dans l'opinion comme avec B.Retailleau. Vous demandez quand les Français vont demander des résultats à B.Retailleau. - C.Roux: C'est la limite? - B.Teinturier: Oui, mais il a un atout que n'ont pas les autres.
Il montre sa détermination. Ca, c'est très bien. Mais il aura du mal à obtenir des résultats tangibles et rapides.
Il pourra aussi dire qu'il est dans une période où il ne peut pas faire les lois qu'il faudrait faire. Il n'y a pas de majorité. Il pourra trouver des raisons de tempérer ce reproche en manque de résultats.
Il pourra dire qu'il faut plus de temps, une équipe plus homogène. Ca peut un peu fonctionner. A propos De L.Wauquiez, il est, dans notre baromètre, la 4e personnalité dont on serait satisfait s'il était président... - C.Roux: B.Retailleau? - B.Teinturier: Oui.
L.Wauquiez est à 12 %. - C.Cornudet: L.Wauquiez apprenant cette entrée dans la compétition de son rival a convoqué en urgence les députés LR.
Il leur a dit: "Je ne vais pas pouvoir être un homme libre." Quand vous êtes dans un gouvernement Bayrou avec E.Lombard qui pactise avec le PS...
Il a vu que c'était son point de faiblesse. - C.Roux: On a beaucoup de questions autour de la différence de fond qu'il y aurait entre B.Retailleau et M.Le Pen.
On a parlé de l'Etat de droit, du droit du sol, sur lequel il veut aller au-delà d'un simple aménagement des règles pour Mayotte. Il cultive une différence avec le RN? - N.Saint-Cricq: A première vue, on peut croire qu'il n'y a pas de différence.
C'est l'évolution sémantique dans les 10 dernières années. Quand O.Faure dit qu'il n'a pas de tabous sur l'identité, on voit bien qu'il y a eu des évolutions.
La différence, c'est qu'il se flatte d'être un bon économiste. Il avait même envisagé Bercy. Je pense qu'il ne pourra pas lancer des choses qui sont aberrantes, peu probables ou peu opérantes dans le domaine économique.
Il est capable de reculer. Il a pu admettre que certaines phrases n'étaient pas forcément quelque chose de bien...
Il est moins anxiogène. Il n'a pas de vociférations en meeting en désignant un certain nombre de gens même si les mots sont durs...
Il y a des différences. Sa théorie, c'est qu'il vaut mieux que ce soit des gens comme lui qui fassent les choses plutôt que des irresponsables. Mais il y a aussi chez lui quelque chose d'un "Petit Chose"de la politique, quelqu'un qui en a eu marre qu'on le prenne pour un "nobody"...
En 2022, il était candidat à la primaire, mais personne ne le connaissait vraiment. Il a bondi en termes de notoriété. Il n'y a pas grand monde qui réussit à sortir du néant. - C.Roux: Cette revanche, c'est un moteur chez lui? - N.Saint-Cricq: Je ne pense pas que ce soit une revanche au sens mesquin du terme, mais...
Il ne sera pas complaisant vis-à-vis de M.Le Pen. Je pense qu'il a ses convictions.
Il sait les choses faisables. Il fait effectivement des coups. Il n'y a pas une journée où il ne se passe pas quelque chose.
Il ira jusqu'au bout. N.Sarkozy lui a dit d'y aller vite. - C.Roux: Il a son soutien? - N.Saint-Cricq: Oui.
La stratégie de Wauquiez, c'est comme celle d'E.Philippe. Tout le monde se demande aujourd'hui si c'est bien d'être à l'extérieur. - C.Roux: Il a l'âme d'un chef?
Il est charismatique? - N.Saint-Cricq: Je n'ai pas l'aptitude à désigner, mais il est étonnant de voir la séduction qu'il exerce.
Il est quand même petit, menu. Dans son entourage, on s'inquiète du fait qu'il ne mange pas. On a peur qu'il ne tienne pas la route.
Il a un côté prêche, quand il parle. Il y a une espèce de douceur. La façon dont il dit des choses dures mais doucement sans être anxiogène...
D'après toutes vos études, les Français sont désespérés, moroses. Pour une fois qu'on leur montre une nouvelle tête qui parle différemment, ça peut marcher. - C.Roux: Surtout sur des sujets... - N.Saint-Cricq: Ils sont en adéquation. - C.Roux: Il considère qu'il a l'opinion de son côté. - B.Teinturier: C'est en partie vrai.
Sur l'immigration, sur le fond, on cherche des différences entre M.Le Pen et B.Retailleau.
On a du mal à les trouver. - N.Saint-Cricq: Dans les autres domaines, il y en a. - B.Teinturier: Il y a une autre différence, qui est une faiblesse pour lui.
Il ne fait pas du tout "peuple". Les électeurs du RN apprécient ce qu'il dit sur l'immigration, mais il reste quelqu'un qui est du système, dans le système. - N.Saint-Cricq: La Vendée blanche... - B.Teinturier: M.Le Pen ou J.Bardella, 87 ou 90 % de satisfaction s'ils se présentent demain, pour les électeurs du RN.
B.Retailleau, ça progresse, mais on est loin derrière. - C.Roux: J'en viens à l'enquête du Cevipof.
Selon un sondage, la plupart des Français voudraient un vrai chef pour remettre de l'ordre. Question. 73 % des Français réclament un vrai chef. - P.Perrineau: En effet.
Quand vous avez une telle crise du politique...
C'est un délitement. Ca fait plus d'une dizaine d'années qu'on pose les mêmes questions. On se dit qu'il y a peut-être une année où ça va se redresser, mais c'est de pire en pire.
On a l'impression de Français qui se retirent de plus en plus du spectacle politique, qu'ils considèrent comme étant détestable, sans aucun intérêt. Quand ils daignent aller sur la scène politique, c'est plutôt pour émettre une protestation. On en est là!
Dans ce contexte, il est inévitable que les Français disent en majorité...
La démocratie ne fonctionne pas bien en France. Nous avons fait la même enquête dans d'autres pays européens. C'est très franco-français.
Les Italiens, les Allemands et les Hollandais ne pensent pas ça. - C.Roux: La crise de confiance avec les politiques, 26 % seulement des Français disent avoir confiance dans les politiques. 47 % en Allemagne et 39 % en Italie.
Il y a une spécificité française sur ce rejet. - P.Perrineau: Quand vous considérez que la démocratie ne fonctionne pas bien, dans la tête de certains, et même de 40 % des gens, l'idée d'un chef autoritaire qui se passerait du Parlement et des élections...
Je ne sais pas si vous voyez! C'est plus que de la démocratie libérale. C'est du Orban extrêmement dur.
Ca fait son chemin. - C.Roux: 51 % des Français considèrent que seul un pouvoir fort peut garantir l'ordre et la sécurité.
C'est raccord avec le positionnement de B.Retailleau. - C.Cornudet: C'est un démocrate.
Il passera par les élections. Il a fait toute sa vie au Parlement. Simplement, il est carré.
Il pense qu'il faut de l'ordre. Il pense que l'opinion le suit là-dessus. Ce ne sera pas le rêve du général qui passe outre les institutions. - B.Teinturier: Je pense que sur ces questions d'autorité, il faut faire attention à la demande des Français.
Ce n'est pas une demande d'un régime liberticide. Ils veulent de l'autorité parce qu'ils estiment que les politiques n'arrivent plus à faire des choses, que ça part dans tous les sens, qu'on est dans l'impuissance. Il incarne une restauration de la puissance politique.
Ca ne veut pas dire qu'ils veulent un régime autoritaire et privatif des libertés. - C.Roux: Sur les sujets qu'il aborde au quotidien place Beauvau...
Est-ce qu'il y a un contre-discours dans le pays face à ce que déploie B.Retailleau? Il n'y a pas de débat sur l'immigration, l'ordre, la sécurité, le narcotrafic? - C.Cornudet: Il y a la gauche.
Ca peut être compliqué pour lui d'être dans un gouvernement qui discute avec la gauche. Sur ces questions régaliennes, il a plutôt carte blanche jusqu'à présent. C'est sur l'économie et le budget que les discussions ont eu lieu sur le PS... - C.Roux: G.Attal avec sa proposition de loi sur la justice des mineurs...
Le gouvernement a fait voter tout un tas de mesures contre les comportements qui pourraient devenir des délits: les incivilités, la mendicité dans les transports, l'état d'ivresse, l'usage d'appareils sonores comme les téléphones...
Il y a un durcissement de la législation, qui est mené par le gouvernement et défendu par des membres du bloc central. Il n'y a qu'une note. - C.Cornudet: G.Darmanin, qui est d'habitude un contrepoids au ministre de l'Intérieur, va cette fois dans la surenchère. - N.Saint-Cricq: Il y a 2 ministres de l'Intérieur.
La gauche l'a compris. Dans les sondages qui ont été faits, y compris chez les sympathisants LFI ou socialistes, la phrase "y a-t-il trop d'étrangers en France?" était aussi en majorité...
Je ne dis pas que la gauche se fiche de ça. La demande d'autorité, l'impression qu'on est un peu dépassés, ça n'est pas rejeté du discours de la gauche. On n'est pas comme dans le temps où quand G.Collomb voulait mettre des caméras de surveillance à Lyon, la gauche hurlait en disant que c'était liberticide.
C'est pris en compte par les communistes, les Ecolos, à des degrés différents. A propos du charisme de B.Retailleau, pour l'instant, on a la répression, la demande d'autorité.
Il est dans l'image de celui qui va nous remettre d'équerre. Il va falloir qu'il y ait du positif. Le charisme est un mélange de dire des choses désagréables, probablement nécessaires, être un peu dur, mais c'est aussi une espèce d'attirance, de séduction.
Là, on a vu la première partie. - C.Roux: On a parlé de ce qu'il fait place Beauvau.
Moins de ce qu'il est dans son parcours personnel. Il se définissait comme un conservateur libéral. Aujourd'hui, il dit qu'il est gaulliste. - N.Saint-Cricq: Ce qui fait hurler certains gaullistes. - C.Roux: Conservateur, ça veut dire quelque chose, notamment sur les valeurs. - P.Perrineau: Bien sûr.
Il rentre en politique à la fin des années 80. Il est dans le mouvement de P.de Villiers.
Il prend peu à peu le large. Il retrouve sa liberté par rapport à ce mouvement. C'était un mouvement très localisé, dans son département, la Vendée.
C'est cette droite qui a l'histoire derrière elle. La droite vendéenne est une droite qui a des racines, des traditions, mais aussi beaucoup de modernité. Quand vous regardez ce département ou la région des Pays de la Loire, ce sont des collectivités territoriales très dynamiques.
La Vendée est un des départements de France où il y a le moins de chômage. Pourtant, c'est l'un des départements les plus ouvriers. Il y a une réussite économique et sociale.
Bien sûr, il n'est pas dans ce domaine. Mais quand il était à la tête de la région des Pays de la Loire, il avait la réputation de savoir décider, d'être très en phase avec le tissu économique. Donc on verra s'il est capable d'ouvrir l'éventail. - C.Roux: Et le mariage pour tous, les valeurs... - B.Teinturier: C'est un conservateur sur le plan des valeurs.
Sur les questions de fin de vie, d'avortement, de mariage pour tous, il est sur des positions extrêmement conservatrices...
Pas en phase de ce qui est perçu comme des progrès... - C.Roux: Et pas en phase avec le pays? - B.Teinturier: Pas en phase avec une bonne partie du pays.
Tout le pays n'est pas conservateur. De même que sur les sujets régaliens...
Bien sûr qu'il y a une demande d'autorité. Elle est aussi très présente à gauche. C'est le cas sur la question de la sécurité et de l'immigration.
Le clivage reste majeur. Il n'y a pas un pays qui serait unanimement derrière l'idée que l'immigration est le problème principal. 65 % des Français disent depuis des années qu'il y a trop d'étrangers en France.
C'est une constante. Entre les sympathisants de gauche et ceux du RN, il y a des écarts de 30 points. C'est un sujet qui fait débat.
Il n'y a pas une société française unanime. - C.Roux: Qui dirait que l'immigration n'est pas une chance...
C'est ce qu'il dit. - B.Teinturier: 40 % des Français considèrent qu'il faut continuer, pour une immigration de travail, à faire venir des étrangers, que c'est une chance.
Cette vision divise beaucoup les Français. - C.Cornudet: Il n'était pas pour le mariage pour tous.
Sur l'IVG, il est très prudent, mais il ne reviendra jamais en arrière. Il est légitimiste. La loi a été votée, il l'appliquera.
Sur le plan économique, il est très libéral. Il trouve que l'Etat est trop gros, qu'il faut donner plus de place à l'entreprise, baisser les impôts...
Il a tout un parcours au Sénat. Il a beaucoup travaillé ses sujets, avant de s'intéresser à la loi immigration l'an dernier, où il a acquis cette compétence. Il était surtout identifié sur les questions économiques.
Si on additionne, c'est l'héritier de F.Fillon. F.Fillon n'a pas perdu de temps.
S'il n'y avait pas eu les affaires, il y avait peut-être une marge. Il va essayer de reconstituer cette droite Fillon dont une partie est partie au RN et une autre chez les macronistes. - C.Roux: Il veut siphonner les voix du RN? - C.Cornudet: C'est toujours le rêve.
Le grand siphonnage qu'avait réussi Sarkozy. - P.Perrineau: Quand Sarkozy siphonne les voix du RN, c'est la fin de J.-M.Le Pen.
Le lepénisme est fatigué. Le lepénisme n'est pas du tout fatigué, mais c'est le lepénisme de la fille. Quand vous regardez cet envol de popularité de B.Retailleau...
Il reprend en main l'électorat LR. Regardez comment, dans les législatives partielles, à Villeneuve-Saint-Georges, il y a des poussées très fortes de LR. Ca veut dire quelque chose.
Il y a peut-être un effet Retailleau indirect sur le bon comportement de candidats LR sur le terrain. LR revient presque au niveau du parti macroniste. - N.Saint-Cricq: Ils ne veulent pas la tête de L.Wauquiez sur les affiches mais ils veulent la sienne. - P.Perrineau: Il a une efficacité pour pénétrer massivement l'électorat macronien.
Il ne faut pas croire qu'il est cantonné dans cette espèce de droite conservatrice. Il parle à toute une partie de l'électorat macronien. Il y a des électeurs de droite à reconquérir. - C.Roux: Il a les bonnes grâces d'E.Macron? - P.Perrineau: Ils s'entendent bien. - N.Saint-Cricq: On a vu de longues conversations à Notre-Dame.
Beaucoup de choses se sont nouées. - C.Cornudet: Tout le monde dit du bien, même les gens de gauche, humainement, de B.Retailleau.
Mine de rien, ça compte. Ca ne se sait pas, l'électeur ne le sait pas, mais pour l'image projetée sur lui, ça compte. - B.Teinturier: Aux 2 bouts de l'omelette, il y a des limites. - C.Roux: On va garder cette phrase! - B.Teinturier: Du côté du RN, il a du mal à percer puissamment.
A gauche, c'est la même chose. Même chez Renaissance et Horizons... - C.Roux: Il n'est pas seul sur la ligne de départ.
C'est à se demander qui n'est pas candidat à droite pour la prochaine présidentielle. La liste s'allonge chaque jour avec le spectre du retour d'un feuilleton qui s'est souvent mal terminé à droite. - Il est le ministre le plus populaire du gouvernement.
Le locataire de Beauvau prend toute la lumière, mais dans le bloc central, hors de question de lui laisser le champ libre. Tous veulent exister et ont déjà un oeil sur 2027. Une union est-elle possible?
C'est le souhait de G.Darmanin, ministre de la Justice, premier à mettre les pieds dans le plat. - G.Darmanin: Il faudra bien un processus de sélection.
Ou alors on sera plusieurs candidats et on ne sera pas au second tour. Les Français nous en voudront énormément. On est dans un même gouvernement, une même famille politique.
On devrait être capables de se demander qui est le meilleur d'entre nous. Si ce n'est pas évident, il faudra peut-être faire une primaire. - Lui n'a pas attendu cette idée pour se réveiller en chef naturel de la droite et du centre.
E.Philippe est le 1er à s'être déclaré candidat pour la présidentielle il y a 5 mois. Il appelle à l'union, sous-entendu "autour de lui". - E.Philippe: Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour tendre la main aux Républicains, à Renaissance, au MoDem, à toutes celles et tous ceux qui ont envie de faire avancer le pays.
C'est ce que je fais. Nous ne gagnerons que si se dessine un rassemblement au sein de l'espace central. - L'appel sera-t-il entendu chez Les Républicains?
L.Wauquiez n'envoie aucun signe au centre et plaide pour une ligne dure. - L.Wauquiez: Le devoir de la droite, c'est de mettre sur la table une nouvelle offre politique radicale.
Toute réforme à la marge ne change pas le pays. On va avoir besoin de cette radicalité sur l'immigration, sur l'insécurité, sur un système social qui a viré à l'assistanat. C'est cette bataille qu'il m'intéresse d'ouvrir.
Cette bataille doit être menée de façon collective...
S'il y a plusieurs candidats, on est morts. - Moins radical chez LR, X.Bertrand a reconnu se préparer à 2027, mais pas question pour lui de participer à une primaire. - X.Bertrand: J'ai déjà donné, je suis vacciné.
Il y a plein de gens qui font un numéro de claquettes. Vous verrez qui en est où à l'automne 2026. - Les sondages comme juges de paix quelques mois avant... - X.Bertrand: Ca donnera une bonne indication. - Quelle plage pour les macronistes?
Sur les nouveaux tracts de Renaissance, le secrétaire général du parti G.Attal se présente comme l'alternative à J.-L.Mélenchon et M.Le Pen.
Un tournant régalien sur des thèmes chers à la droite, assumé par G.Attal. Le député va jusqu'à proposer un texte de loi pour durcir la réponse pénale envers les mineurs délinquants. - G.Attal: Quand vous êtes un jeune de plus de 16 ans en récidive pour des faits particulièrement graves, comme du proxénétisme, des coups et blessures aggravés, oui, je propose une comparution immédiate. - Selon un sondage paru début décembre, E.Philippe obtiendrait 25 % au 1er tour de la présidentielle.
L'ancien Premier ministre est en tête des personnalités du bloc central depuis près d'un an. - C.Roux: Question. - P.Perrineau: Souvent, dans une période récente, la droite a fonctionné de cette manière.
Des affrontements des egos, pas d'instances partisanes ni extra partisanes pour réguler les conflits...
Ca aboutit au désastre. La défaite de Fillon, le score très marginal de V.Pécresse....
Beaucoup d'élus LR n'ont pas envie que ça continue. Beaucoup d'adhérents LR ou ce qu'il en reste n'ont pas envie que ça continue. Mais à écouter les candidats, personne n'est d'accord sur le mode de régulation.
Peut-être que le mode de régulation que propose X.Bertrand...
Regardez les enquêtes à l'automne 2026. Et dire: "Est-ce qu'il y en a un qui se détache de manière claire?" C'était déjà l'idée de C.Pasqua, il y a longtemps, au moment de l'opposition Chirac/Balladur, de confier la sélection à l'instrument du sondage.
Je n'ai pas d'intérêt dans les sondages, mais je crois que ça ne serait pas une mauvaise idée. Les primaires n'ont pas marché à droite, clairement. Le parti n'est pas capable de réguler.
On va voir comment va se passer le conflit Retailleau/Wauquiez en termes d'appareils. Il faudra regarder attentivement, en particulier les mouvements d'adhésion. Est-ce qu'on joue à la loyale ou est-ce qu'on fait adhérer en masse.... - C.Roux: Avant d'évoquer les primaires, la tambouille avant 2027...
Le pays est à droite? On parlait de législatives partielles avec un score pour Les Républicains que l'on croyait cornérisés, effacés par le macronisme et coincés entre E.Macron et le RN... - B.Teinturier: Oui, je pense que le pays est à droite.
Il faut nuancer 2 choses. Quand vous demandez aux Français de se positionner sur une échelle gauche-droite, depuis 10 ou 15 ans, c'est très stable. Il y a une petite évolution au niveau de la droite, mais très ténue.
En revanche, sur la préférence partisane, il y a un phénomène central. D'abord la faiblesse de la gauche et surtout la montée du RN. Ce qui chamboule tout, c'est la puissance du RN.
Si vous considérez que le RN tire vers la droite et l'extrême droite, ce que je considère, aussi au vu de la façon dont ses propres électeurs se situe sur une échelle gauche-droite, évidemment que le pays tire vers la droite. C'est une forme de populisme élargi à droite en y intégrant le RN. Si vous prenez la droite de gouvernement classique, les LR, ça reste très étriqué. - C.Roux: Au même niveau que, peut-être, le PS?
La gauche du gouvernement versus la droite du gouvernement? - B.Teinturier: Les LR ont un niveau assez proche du PS, 10 %. - C.Roux: Quand B.Retailleau parle d'un grand retour de LR, il s'emballe un peu? - B.Teinturier: C'est le grand retour de LR dans les médias.
Chez les électeurs, c'est un peu prématuré. Je reste sur ce que disait P.Perrineau: la force montante puissante, c'est le RN.
Les LR, il n'y a pas une autoroute qui se dégage tout à coup pour eux. C'est plus compliqué. - C.Roux: Sur cette histoire de mode de désignation, ça peut paraître loin, mais B.Retailleau dit qu'il faut aller vite car il peut y avoir des législatives et même une présidentielle anticipées.
Certains la souhaitent et la réclament, notamment du côté de LFI. D.Lisnard propose une primaire à droite avec tous ceux qui veulent participer, même E.Zemmour, même D.de Villepin, potentiel candidat à la présidentielle, M.Barnier...
On en oublie sans doute. F.Bayrou aussi.
C'est un scénario envisageable? - C.Cornudet: Personne n'en veut, à part quelques personnalités.
E.Philippe n'en veut pas. Tous ceux qui sont en tête dans les sondages n'en veulent pas.
Ils considèrent qu'à un moment, les sondages les partageront. Dans ce cas-là, Chirac n'aurait pas pu être candidat en 95. Il va faire face à E.Balladur très tardivement. avec une partie de la droite et de la gauche, ça va favoriser un match Mélenchon-Le Pen. - C.Roux: La percée de B.Retailleau est un problème pour E.Philippe?
C'est un peu le champion de la droite... - C.Cornudet: Ils se sont rencontrés et se parlent.
Chez beaucoup, il y a l'idée que B.Retailleau, comme il n'est pas obsédé par la présidentielle depuis toujours et avec sa percée récente, ça ne va pas durer. Ils n'ont pas tout à fait le même spectre.
E.Philippe, c'est un peu le macronisme élargi, le centre droit élargi à la droite et une partie de la gauche. B.Retailleau, c'est un peu plus à droite, une partie du RN et des macronistes.
Ce n'est pas tout à fait la même chose, mais bien sûr qu'ils vont être en compétition. - N.Saint-Cricq: Cette idée de primaires ouvertes...
Avec le nombre de gens qui sont candidats...
G.Darmanin, E.Philippe, B.Retailleau, L.Wauquiez, G.Attal, E.Borne...
Mais qui vote? C'est quoi, le corps électoral? On vote sur quoi, sur quel programme?
Il y a un océan. Ca n'a aucun sens. Si j'ai devant moi G.Darmanin et...
Entre L.Wauquiez et G.Attal, il y a un océan.
Il n'y aura pas de programme, ou chacun aura le sien et ce sera une présidentielle, la primaire. Le principe de la primaire, c'est de se départager. Ceux qui ne sont pas élus se rangent.
Vous voyez G.Attal ou E.Borne aller faire le meeting de L.Wauquiez dans l'hypothèse où il gagnerait? - B.Teinturier: La bonne nouvelle de la droite, c'est qu'elle a pléthore de candidats.
On ne peut pas dire la même chose de la gauche. - N.Saint-Cricq: C.Delga fait un premier pas...
R.Glucksmann... - C.Roux: B.Cazeneuve... - B.Teinturier: On peut en trouver 6 ou 7.
A droite, on en a une quinzaine. Sur le mode de sélection, les sondages ont un avantage...
C'est l'opinion des Français mesurée par un sondage. Ca a l'avantage de ne pas avoir les effets qui peuvent être délétères d'une primaire et un affrontement. Mais ça a un gros inconvénient.
D'abord, c'est très volatile, ensuite, une primaire se fait avec des débats. Ca me semble essentiel. Dans une primaire, les électeurs votent en ayant été confrontés à des propositions des candidats et à des débats.
Vous ne l'avez pas aussi clairement avec les sondages. - C.Roux: Question.
On revient à l'étude du Cevipof. Le spectacle de tout ça, pendant 2 ans, ça va être long. - P.Perrineau: C'est la perception qu'en ont les Français.
C'est un peu injuste, car il y a tout de même des ministres qui pensent à leur département ministériel et s'efforcent, sous le feu des sunlights avec B.Retailleau, plus discrètement pour d'autres, de gérer leurs ministères avec sérieux. L'image de la classe politique est celle de un groupe qui s'est éloigné des préoccupations.
Sur l'enjeu de l'immigration et de la sécurité, B.Retailleau donne l'impression de s'être rapproché des préoccupations des Français. C'est un élément de sa popularité. - C.Cornudet: Il est aux manettes.
S'il perd de sa capacité opérationnelle... - C.Roux: Qu'est-ce qui est différent, dans ce qu'il dit, de ce que disait son prédécesseur G.Darmanin? - C.Cornudet: C'est une incarnation.
Il vient d'arriver et lance d'autres chantiers. - C.Roux: En tout cas, à la droite de la droite, on veut croire que le retour de D.Trump annonce le temps des victoires.
Si M.Le Pen reste à bonne distance de la méthode du nouveau chef de la Maison-Blanche, ses camarades populistes européens se sentent galvanisés et assument déjà le slogan "Make Europe Great Again". - L'extrême droite européenne réunie à Madrid sur un air de conquête.
Le Pen, Orban, Wilders galvanisés par la victoire de D.Trump, au point de reprendre son slogan. Ces patriotes autoproclamés n'ont plus que les Etats-Unis comme horizon. - M.Le Pen: Nous sommes en face d'un véritable basculement mondial. - G.Wilders: Le président Trump est un frère d'armes. - V.Orban: Le monde a changé en 2 semaines.
Hier, nous étions des hérétiques. Aujourd'hui, nous sommes tendance. - M.Le Pen est convaincue que la vague trumpiste est sur le point de déferler en Europe. - M.Le Pen: L'élection de J.Milei a étonné.
L'élection de monsieur Trump a étonné. Ceux qui s'étonnent devraient se poser la question de savoir pourquoi ils sont étonnés. Peut-être ne feront-ils pas la bonne analyse de ce qui se passe dans le monde. - Une vague populiste incarnée par un visage proche de celui de Trump: E.Musk.
Il prêche la bonne parole nationaliste jusqu'en Europe, comme en Allemagne. Lors d'un congrès de l'AfD, son allusion au passé nazi n'est pas passée inaperçue. - E.Musk: On met trop souvent l'accent sur cette culpabilité du passé.
Nous devons aller au-delà de cela. Les enfants ne devraient pas se sentir coupables des péchés de leurs parents et encore moins de leurs arrière-grands-parents. - Pour mener à bien sa révolution conservatrice, E.Musk s'est arrogé les quasi pleins pouvoirs.
Sa mission: tailler dans le vif. Il était hier dans le bureau Ovale aux côtés de D.Trump avec son fils de 4 ans. -D.Trump: Il s'appelle X.
Un mec génial avec un super QI. - E.Musk: Nous devons nous attaquer au déficit de 2000 milliards de dollars.
Si nous ne faisons rien pour le résorber, le pays fera faillite. - A la tête de son département pour l'efficacité gouvernementale, E.Musk mène une purge contre les institutions.
L'aide au développement, la sécurité intérieure, l'éducation sont amputées de milliards. Les fonctionnaires sont poussés au départ par milliers. L'idéal de l'extrême droite accompli en quelques jours.
Un cauchemar pour la gauche américaine. - B.Sanders: Ce que fait Musk est illégal et anticonstitutionnel.
L'Agence de développement a été créée par le Congrès. Vous voulez vous en débarrasser? Venez plaider votre dossier au Congrès. - La presse américaine alerte aussi sur l'entourage d'E.Musk.
Ces équipes de "Costs Killers" seraient composées de jeunes ingénieurs d'à peine 20 ans, aux profits aussi disruptifs que leur mentor. - Sur les réseaux sociaux, l'un des employés du DOGE a écrit "Je voudrais une immigration basée sur des critères génétiques". - Plusieurs plaintes ont été déposées aux Etats-Unis pour stopper le bulldozer E.Musk.
Les démocrates, affaiblis, semblent impuissants face à la suprématie trumpiste. - C.Roux: Ca inspire les politiques français? - C.Cornudet: Il y a une fascination qu'il n'y avait pas à la dernière élection de D.Trump.
Notamment parce qu'il y a E.Musk. Le duo politique-entreprise, au moment où les politiques sont tellement décriés en France...
Beaucoup de personnalités de droite se disent qu'il faudrait apporter ça dans le pays. La France en est assez loin pour que les politiques s'inspirent de ce qui les arrange sans voir les côtés très brutaux. La mise en ordre de l'Etat, ça parle à certains libéraux français.
Je pense que c'est regardé de très près. - N.Saint-Cricq: Il y a une simplification de la preuve de l'efficacité, avec une absence totale de paravents juridictionnels, intellectuels, philosophiques ou moraux.
On a entendu, et les sondages l'ont mesuré: "Est-ce qu'il n'obtient pas des résultats?" Sur les droits de douane, il redonne un mois de plus...
Mais il y a quand même un vent de "Pourquoi on s'embarrasserait avec les magistrats et les tribunaux, avec la Cour européenne des droits de l'homme"... 48 % des gens considèrent que la démocratie est un frein à l'efficacité.
Des gens veulent s'émanciper de ce genre de choses. Quand ils voient leur influenceur Doualemn sortir de prison en une nuit et qu'ils apprennent qu'il a touché 1200 euros...
C'est normal, c'est pour payer ses frais de justice. La première réaction est de se dire que non seulement ils ne le prennent pas, mais qu'en plus, nos impôts payent...
On se dit qu'il y a forcément une petite tentation de se dire qu'on n'a pas tout essayé. - C.Roux: L'un des éléments qui peut inspirer les politiques français, c'est cette idée d'efficacité?
C'est ce qui est contesté par les Français, sur le fait que la politique ne sert plus à rien et que les politiques servent leurs intérêts. - P.Perrineau: Sur la demande d'autorité, et, il ne faut pas le comprendre comme désir d'autoritarisme, mais d'efficacité.
Dieu sait que Trump a un tempérament autoritaire. Mais là, il s'agit de l'extrême droite européenne. Le groupe des Patriotes avait organisé cette conférence à Madrid et surfe sur ce qui s'est passé aux Etats-Unis.
Des nationalistes ont les yeux tournés et se prétendent fascinés par le modèle américain. Mais ce modèle, avec Musk, est un modèle où il y a le culte du chef d'entreprise, le culte de la tech, une traduction anti-étatique absolument forte, anti-fédéraliste...
M.Le Pen ne se retrouve absolument pas là-dedans. - C.Roux: Elle est à bonne distance, d'ailleurs. - P.Perrineau: Au moment de la présidentielle, elle était d'une discrétion totale sur la victoire de Trump.
Elle laissait monsieur Zemmour et M.Maréchal se réjouir et partir à Washington. D'une manière, c'est de la com, mais les valeurs de ce qui se passe sur le continent américain avec Trump et Musk, et les valeurs de ce nationalisme étroit derrière V.Orban, M.Le Pen, l'AfD, ce sont des valeurs extrêmement différentes. - B.Teinturier: Aux Etats-Unis, il y a le culte du deal, de la transaction.
Ce n'est pas la culture française. Quand on pose une question de popularité ou d'opinion aux Français à l'égard de Trump, ils sont très critiques. Il y a un segment de 25 % des Français qui ont une bonne opinion de D.Trump.
Ca monte un peu plus au RN. On arrive à peu près à un tiers. Il y a une fascination pour la force.
C'est celui dont une partie des Français se disent qu'au moins, il protège les intérêts de son peuple et qu'il est dans la force. La force fascine. On est dans un moment où le droit a tendance à régresser et où la force brutale est perçue comme positive pour obtenir des résultats. - C.Cornudet: L'intéressant, au RN, c'est qu'on voit que J.Bardella n'est pas totalement aligné sur M.Le Pen sur ce sujet.
Il est plus libéral qu'elle. Il est beaucoup dans la liberté d'expression. C'est le grand combat d'E.Musk.
Elle a du mal à se positionner. Elle voit bien qu'elle a des tiraillements internes. - C.Roux: On revient à vos questions.
Question. - P.Perrineau: Tout Est dit.
On est à la racine du succès Retailleau. Il parle cash. Il dit les choses, ce que les Français disent entre eux.
Ca leur fait du bien, parfois, de se dire qu'un responsable dit la même chose qu'eux et s'efforce de traiter le problème. - C.Roux: Question. - B.Teinturier: C'est l'autre France.
Des Français disent: "Il dit ce que nous ressentons." D'autres Français ne ressentent pas cela et ne sont pas d'accord pour poser le problème en ces termes ou considérer que l'Etat de droit est devenu un obstacle. Ce pays est divisé.
Sur un tel sujet, il y a des clivages profonds. - C.Cornudet: Lui-même ne le dit plus.
Il est revenu en arrière, disant qu'il ne parlait pas de l'Etat de droit, mais de l'état du droit. - N.Saint-Cricq: Si une loi fait que monsieur Doualemn ne peut pas bénéficier d'une procédure d'urgence pour être renvoyé en Algérie...
On nous répond qu'il suffit de changer la loi. Quand des lois ou des décrets sont problématiques, on les change. Il a rétropédalé par rapport à l'expression brute, de l'ordre de "on va tout faire sauter et faire ce qu'on veut", mais il reste en phase avec une partie de l'opinion. - C.Roux: Question.
C'est là-dessus qu'il va être attendu. Question. - P.Perrineau: Parce qu'il a une longue carrière politique.
C'est un homme extrêmement cultivé, intelligent, sorti de grandes écoles... - C.Roux: Ce n'est pas pour ça qu'il a des ennemis. - P.Perrineau: Dans la culture égalitariste française, ça vous attire très vite des ennemis.
C'est un homme qui a trahi beaucoup des siens. Il n'y a rien de pire que les hostilités de vos anciens amis. - N.Saint-Cricq: Avec la culture et l'intelligence qui sont les siennes, il est dans un comportement moral très en dessous de ses capacités intellectuelles.
Il y a dans le soutien à Retailleau...
Je parle du parti. Certains considèrent qu'il y a un cordon sanitaire anti-Wauquiez parce qu'il a trahi à tour de bras. Il a terrorisé un certain nombre de personnes en disant qu'ils le paieraient s'ils ne faisaient pas ce qu'il voulait. - C.Roux: Vous pouvez nous envoyer vos questions avec le QR code.
N'hésitez pas à envoyer vos questions vidéo, n'ayez pas peur. Question. - B.Teinturier: La France n'est pas conservatrice sur les sujets sociétaux.
Il y a un progrès des jeunes hommes qui, un peu comme aux Etats-Unis, deviennent de plus en plus conservateurs et virilistes. Sur les droits des femmes, sur...
Ca monte un peu chez nous. Mais une fois qu'on a introduit cette nuance, la majeure partie du pays n'est pas conservatrice en matière de moeurs. - N.Saint-Cricq: Un sondage récent de "Elle" disait que les électrices se positionneraient sur le positionnement des candidats vis-à-vis des droits des femmes. - C.Roux: Question. - P.Perrineau: Les policiers se retrouvent certainement dans le style de leur ministre. - C.Roux: Une bonne question. - C.Cornudet: De plus en plus de mal, parce qu'ils ont de plus en plus peur.
Ils sont essentiellement sur les résultats. "Paroles, mais il ne fait rien." - N.Saint-Cricq: L'idée qu'ont certains derrière, c'est que s'il devient un danger, ils peuvent être tentés de censurer le gouvernement pour continuer à peser. - C.Roux: Il y aurait une accélération du calendrier voulue par le RN pour couper les ailes de B.Retailleau à Beauvau?
En tout cas, c'est un sujet. - C.Cornudet: La première censure de M.Barnier, J.Bardella était contre.
C'est la crainte de B.Retailleau qui l'a fait changer d'avis.
Bruno Retailleau