Syrie : Trump, Macron et May passent à l’attaque #cdanslair 14.04.2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 24 %Attaque 44 %Défensif 31 %
Questions et réponses
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- 6:17OuverteRéponse directe
Pourquoi ce moment ? Pourquoi dans la nuit ? Pourquoi maintenant ?
- 6:44OuverteRéponse directe
Comment se passe la coordination dans les heures qui précèdent ?
- 7:39RelanceRéponse directe
On a attaqué sans l'autorisation de l'ONU. C'est déjà arrivé ?
- 9:37OuverteRéponse directe
Bachar Al-Assad s'attendant à ces frappes, le matériel a dû être évacué. N'est-ce pas un coup pour rien ?
- 18:03OuverteRéponse directe
Comment se sont déroulées ces frappes ? Est-ce qu'elles étaient exclusivement aériennes ?
- 19:17OuverteRéponse directe
Bachar Al-Assad s'attendant à ces frappes, le matériel a dû être évacué. N'est-ce pas un coup pour rien ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:34PrésentateurFait
« Emmanuel Macron revêt son costume de chef de guerre après avoir rappelé que la ligne rouge fixée par la France avait été franchie. »
- 2:35PrésentateurFait
« À partir du moment où deux présidents, le président américain et le président français, avaient évoqué la ligne rouge et qu'il y avait l'ombre portée de la défection de Barack Obama sur sa ligne rouge en 2013, l'issue derrière, sauf à se décrédibiliser pour ces deux présidents, était certaine. »
- 3:24PrésentateurFait
« Il fallait absolument éviter tout risque de débordement. Et pour reprendre la phrase du président français, éviter de rajouter un niveau de guerre dans un pays qui connaît 4, 5 ou 6 niveaux de guerre. »
- 4:07PrésentateurFait
« La ministre Florence Parly a été prudente. Amoindrie, ça veut dire qu'il en reste. »
- 8:04InvitéChiffre
« Il est impossible d'obtenir l'autorisation de l'ONU, à cause, évidemment, du veto russe systématique. Il y a eu six veto russes sur le programme chimique syrien à l'ONU. »
- 10:17PrésentateurFait
« Ces bombardements d'hier sont des bombardements politiques, c'est une punition, et on a fait en sorte que ça ne fasse pas trop de dégâts. »
- 12:11PrésentateurFait
« On a véritablement trois pays qui se mettent ensemble. Et donc, ça fait quand même du poids. »
- 14:29Invité politiqueFait
« Mes chers compatriotes, il y a peu de temps, j'ai ordonné aux forces armées des États-Unis de procéder à des frappes de précision sur des cibles associées aux capacités en armement chimique du dictateur syrien Bachar Al-Assad. »
- 15:17Invité politiqueFait
« Dans le centre de commandement à l'Élysée, le chef de guerre Emmanuel Macron suit l'opération puis s'en explique dans un communiqué. »
- 15:27Invité politiqueFait
« Trois sites sont pris pour cibles, près de Damas et à Homs. »
- 15:35Invité politiqueFait
« Dans le viseur notamment, un centre de recherche du programme chimique clandestin mis en place par le régime de Bachar Al-Assad. »
- 16:16Invité politiqueFait
« Ligne rouge franchie à Douma et image insoutenable que celle de ses enfants, la corne est brûlée ou en détresse respiratoire. »
- 16:31InvitéChiffre
« Dans la ville de Douma, samedi dernier, une attaque avec des armes chimiques a tué 75 personnes, parmi lesquelles des jeunes enfants dans des circonstances absolument terrifiantes. »
- 17:47Invité politiqueFait
« Face aux Occidentaux, le régime de Bachar al-Assad peut compter sur un allié indéfectible, la Russie. »
- 17:58Invité politiqueChiffre
« Moscou a déjà mis douze fois son veto à des résolutions depuis le début de la guerre en 2011. »
- 35:13InvitéFait
« quand il y a eu cette temporisation qui n'y a pas eu ce raid aussitôt dans les 48 heures suivantes qu'il fallait attendre. »
- 35:36InvitéFait
« les français disent en tout cas et d'autres et les américains aussi, des preuves formelles, absolues, indiscutables, etc. »
- 36:58InvitéFait
« il les utilise de deux manières. Il les utilise de manière tactique et stratégique. »
- 37:56InvitéFait
« effectivement des armes chimiques à de nombreuses reprises c'est documenté ça fait absolument pas l'ombre d'un doute en réalité même les russes n'en doutent pas »
- 38:14InvitéChiffre
« ils avaient en 2013 contribué au désarmement de Bachar ils ont dû sans doute enlever 90% de l'arsenal chimique »
- 45:19InvitéFait
« Jean-Yves Le Drian dit ça Florence Parly dit ça oui on a détruit une bonne partie une bonne partie c'est pas tout ça veut dire qu'il reste les armes »
- 45:36InvitéFait
« on a répondu voyez les gars on a fait à peu près le boulot bon maintenant on va essayer de se rabibocher avec tout le monde y compris avec les russes »
- 45:50InvitéFait
« il faut vraiment que le président Macron à Saint-Pétersbourg parler avec Poutine c'est très très important »
- 46:05InvitéFait
« les américains veulent le liquider »
- 47:59PrésentateurFait
« chaque pilote de char qui avance ne serait-ce que d'un mètre change la carte politique du monde »
- 48:38InvitéChiffre
« entre 20 et 25 000 hommes sont actuellement déployés sur l'ensemble du territoire »
- 54:06InvitéFait
« les Etats-Unis la Grande-Bretagne et la France sont les trois puissances impérialistes qui ont semé le chaos dans la région »
- 58:20PrésentateurFait
« on est au contraire dans une approche extrêmement limitée sans troupe au sol one shot a dit le général Matisse »
- 58:39PrésentateurFait
« sur un mensonge d'État et la crédibilité de la France aujourd'hui elle est aussi forte de la crédibilité de Jacques Chirac à l'époque »
- 1:00:34PrésentateurFait
« chaque pilote de char qui avance ne serait-ce que d'un mètre change la carte politique du monde »
- 1:02:36InvitéFait
« sa constitution le lui interdit Parce que l'Allemagne les forces armées allemandes ne peuvent être engagées qu'avec l'accord du Parlement »
- 1:03:31PrésentateurFait
« il soutient très clairement un criminel de guerre »
- 1:04:36PrésentateurFait
« l'équilibre du monde dépende de personnes incontrôlables telles que Trump, Poutine et Bachar Al-Assad »
- 1:05:09PrésentateurFait
« la déstabilisation de Poutine est-elle l'un des objectifs des frappes de la nuit dernière »
- 1:05:12PrésentateurFait
« non parce qu'on en a besoin »
Temps de parole
- Présentateur54 %
- Invité18 %
- Invité 213 %
- ?5 %
- Invité 34 %
- Emmanuel Macron3 %
≈ 34 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonsoir
à tous, bienvenue dans C'est dans l'air, mission accomplie. Voilà comment Donald Trump a commenté cet après-midi les frappes menées la nuit dernière contre la Syrie. Après quelques jours d'hésitation et sans doute aussi de préparation, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont donc choisi de passer à l'attaque. C'est d'ailleurs la première fois qu'Emmanuel Macron revêt son costume de chef de guerre après avoir rappelé que la ligne rouge fixée par la France avait été franchie. Ces bombardements ont visé les infrastructures du programme chimique syrien. On verra dans quelques instants avec nos experts si ces raids ont pu être efficaces.
En tout cas, cette fois, contrairement à 2013, les alliés ont riposté à une attaque chimique menée par l'armée de Bachar al-Assad. Des frappes qualifiées ce matin d'agressions barbares et brutales par Damas. Ça gronde aussi à Moscou où le Kremlin dénonce avec la plus grande fermeté cette offensive américaine, française et britannique. La Russie a demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, réunion qui a démarré à 17h. On en parle ce soir avec nos invités. Pierre Servant, vous êtes expert militaire et spécialiste des questions de défense. Votre prochain livre, 50 nuances de guerre, paraîtra dans quelques jours, le 19 avril, aux éditions Robert Laffont.
Jean-Dominique Merchet,
vous
êtes journaliste à l'Opinion, spécialiste des questions de défense et de diplomatie. Votre dernier livre, Macron, Bonaparte, est publié aux éditions Stock. Je rappelle votre blog, Secret Défense, qui est hébergé sur le site du journal L'Opinion. À la Côte de Manille, vous êtes journaliste franco-syrienne à Libération. Vous signez aujourd'hui un article sur les effets de cette attaque en Syrie avec ce titre « Ils ont frappé une fabrique de liquide vaisselle, réaction de Syriens à cette frappe occidentale
».
Je cite votre dernier ouvrage, « Seul dans Raqqa », aux éditions des Équateurs. Alain Chalvon, vous êtes rédacteur en chef, éditorialiste de Politique étrangère à France Télévisions. Je rappelle que vous avez été chef du bureau de France 2 à Washington, à Pékin, et aussi correspondant à Beyrouth pour France Inter. Bonsoir à tous les quatre. Merci beaucoup de participer à cette émission en direct. Nous attendons vos questions par SMS, et je suis sûr qu'elles seront nombreuses, par SMS et Internet. Ce n'est pas vraiment une surprise, Pierre Servant. On s'attendait depuis quelques jours, depuis le milieu de la semaine, à ces frappes occidentales.
Oui,
effectivement, on l'avait dit ici. À partir du moment où deux présidents, le président américain et le président français, avaient évoqué la ligne rouge et qu'il y avait l'ombre portée de la défection de Barack Obama sur sa ligne rouge en 2013, l'issue derrière, sauf à se décrédibiliser pour ces deux présidents, était certaine. Ce qui a réussi, si je puis dire, c'est le fait d'avoir élargi la palette de ceux qui ont frappé, c'est
-à
-dire d'avoir mis le Royaume-Uni dans la boucle, de façon à avoir 3 sur 5 des membres permanents du Conseil de sécurité, qui était en fait l'alliance de 2013 qui s'était effilochée. Donc ça, c'est un succès. On parlera peut-être de l'aspect militaire, mais comme ces frappes ne sont pas tellement militaires, elles sont un peu militaires, entre guillemets.
Il
y a une centaine de missiles de croisière, c'est pas de grenade. Mais l'objectif était politique. Il fallait absolument éviter tout risque de débordement. Et pour reprendre la phrase du président français, éviter de rajouter un niveau de guerre dans un pays qui connaît 4, 5 ou 6 niveaux de guerre.
Donc
de ce point de vue-là, c'est plutôt maîtrisé. Et ce à quoi nous assistons, vous avez cité les réactions des uns et des autres,
on
est dans une gesticulation très classique, où finalement, même à mon sens, même du côté iranien et russe, on se dit, bon, voilà, on a passé cette phase, ces forces-là ne pouvaient pas faire autrement. Maintenant, regardons ce qui va se passer demain. Et s'il y a quelque chose de positif, c'est certainement une partie de ce qui restait du stock chimique qui est amoindrie. La ministre Florence Parly a été prudente. Amoindrie, ça veut dire qu'il en reste. Mais ce qu'il faut espérer, c'est un rebond de l'élan politique. Sinon, on aura d'autres affaires comme ça.
Et le régime réutilisera du chimique, que ce soit du chlore mélangé avec du sarin, pour essayer à chaque fois de faire des combinaisons qui passent en dessous de la ligne de visibilité. En sachant, et je termine par là, que le prochain objectif du régime de Damas, c'est Idlib, cette province du nord du pays, où se trouvent maintenant concentrés tous les rebelles, de toutes les couleurs, si je puis dire, ceux qui étaient à Alep, ceux qui étaient à la Ghouta, etc., qui ont été sortis après les bombardements et qui se retrouvent là-haut. Et comme le plan de Bachar,
c
'est de récupérer l'entière souveraineté sur l'ensemble du territoire, ce qui se joue aussi avec la partie diplomatique d'un côté, c'est que la guerre continue pendant ce temps-là, y compris la guerre contre Daech, qui n'est pas totalement détruite,
qui
est fortement démantelée, mais vous avez encore des poches de Daech. Donc, on est à nouveau dans cette configuration-là. Encore une fois, cette affaire sera jugée par nous dans quelques mois ou par les historiens, pour savoir si, est-ce que ça a redonné un élan diplomatique en brandissant
le
bâton et en donnant un coup de bâton, ou est-ce qu'on retrouvera ce problème dans six mois ou huit mois ? On va voir, en effet, tout au long de cette émission, les conséquences de ces bombardements. Mais restons quand même sur ce qui s'est passé cette nuit, Jean-Dominique Merchet.
Le
secret a été bien gardé jusqu'au bout, et c'est vraiment au milieu de la nuit
que
l'on a appris que l'opération avait été déclenchée.
Oui,
c'est vrai que si des gens avaient été hier soir autour de la base aérienne de Saint-Digier vers 21h, ils auraient vu sans doute 5 rafales décoller,
avec
la probabilité qu'ils aillent ailleurs que sur un exercice comme il s'en fait, en principe plutôt en semaine, et pas le week-end sur les bases aériennes.
Mais
voilà. Oui, bien sûr, c'est quand même une opération militaire. Ça ne se fait pas... Enfin, en même temps, deux jours avant, le président Trump tweetait en disant « Mes missiles arrivent ». Donc c'était quand même... On savait sans doute qu'il allait se passer quelque chose. Donc le niveau de surprise est quand même assez faible.
Pourquoi ce moment ? Pourquoi dans la nuit ? Pourquoi maintenant ? Tout simplement parce qu'il fallait de
la préparation. Oui, parce que ça faisait déjà
une semaine. Aujourd'hui, là, ça fait une semaine qu'il y
a
eu les frappes chimiques sur la Routa. Donc effectivement, on ne pouvait pas attendre trop longtemps. Tout le monde s'était parlé. On a parlé avec les Russes, vraisemblablement. Et oui, c'était le moment de le faire.
D'un point de vue très technique, comment se passe la coordination dans les heures qui précèdent ? Parce qu'il faut quand même que les trois forces, les trois armées, travaillent
conjointement.
D'abord,
elles se connaissent très bien. Les armées britanniques, américaines et françaises ont l'habitude de travailler ensemble depuis des années. Elles ont les mêmes procédures. Elles parlent la même langue, en réalité. Elles savent se connecter. Et puis, il
y a
des planifications. Les Français ont planifié leurs opérations avec un vrai savoir-faire, qui d'ailleurs est héritier de la dissuasion nucléaire. C'est parce qu'on sait, depuis 50 ans, qu'on s'est préparé à faire des frappes très très loin de notre pays, évidemment, là, sans armes nucléaires, il n
'est
pas besoin de le préciser, mais qu'on sait faire ça. Et puis chacun, et après, il
y a
une coordination qui se fait. Ce sont les AWACS, ces avions radars français, qui ont coordonné l'ensemble, apparemment, du dispositif aérien dans le secteur syrien.
À la Côte-Manie, on a attaqué sans l'autorisation de l'ONU.
C
'est déjà arrivé.
Mais
c'est quand même quelque
chose
qu'il faut noter. Oui, c'est toute la... Je crois que ça a été très calculé. Sans l'autorisation de l'ONU, parce qu'il est impossible d'obtenir l'autorisation de l'ONU. Non seulement il est impossible d'obtenir l'autorisation de l'ONU, à cause, évidemment, du veto russe systématique. Il y a eu six veto russes sur le programme chimique syrien à l'ONU, enfin, sur les actions chimiques en Syrie, y compris, dernièrement, le démantèlement de l'organisme mis en place, justement, ce qu'on appelle le GIM, pour contrôler, continuer de contrôler.
mis
en place par le Conseil de sécurité, sur proposition des Russes. Donc, bon, blocage total à l'ONU. Il était certain qu'il fallait trouver une autre façon d'agir. À chaque fois, encaisser un veto et dire, ah ben, on ne peut rien faire, comme la plupart... Le reste du monde le fait depuis un certain nombre d'années, d'aller au Conseil de sécurité pour la forme et marquer le veto russe pour l'histoire. Bon, il y a un moment, certainement, qu'on ne pouvait pas continuer à attendre ce moment.
–
On avait le sentiment que ça traînait un peu, Alain de Chalvron, bon, c'est aussi... Le temps médiatique n'est pas forcément le temps militaire, le temps diplomatique. – Oui, alors il a fallu d'abord se coordonner avec les alliés, il a fallu ensuite choisir des cibles, ce n
'est
pas si évident que ça. Il a fallu aussi se coordonner avec les russes, parce que naturellement,
on
les a mis au courant.
– Ah, vous
croyez qu
'on
les a mis au courant ? – Je suis persuadé qu
'on
les a mis au courant, d'ailleurs je crois que c'est même officiel,
ce
n
'est
pas un mystère. Alors est-ce qu'ensuite, eux-mêmes, ont prévenu les Syriens ?
C
'est très vraisemblable. Mais pour en revenir à la question fondamentale, finalement, je crois qu'on ne pouvait pas faire autrement que de se lancer dans cette opération à cause de cette ligne rouge. Quand on fait une ligne rouge, on est soi-même prisonnier de cette ligne rouge. –
Alors
c'est très différent de 2013. 2013, il n
'y
avait pas les Russes,
il
n
'y
avait pas Daesh, et l'armée syrienne était en débâcle quasiment sur les trois quarts du territoire. Donc ça aurait pu vraiment changer quelque chose, surtout si c'était accompagné d'une no-fly zone, c'est-à-dire qu'une interdiction pour l'aviation syrienne d'opérer sur le territoire. Aujourd'hui,
l
'armée syrienne a quasiment gagné la guerre. Il y
a
encore cette offensive sur Idlib qui risque d'être assez sérieuse, comme vous le disiez, parce qu'il y
a
beaucoup de combattants là-bas. Mais bon, grosso modo, c'est fini, il n
'y
a plus d'enjeux. Donc ces bombardements d'hier sont des bombardements politiques, c'est une punition, et on a fait en sorte que ça ne fasse pas trop de dégâts, et surtout pas de dégâts collatéraux avec les Russes et les Iraniens. – Oui, vous diriez, comme Pierre Savoie à l'instant, qu
'au
fond, la réunion, par exemple, qui se déroule en ce moment au Conseil de sécurité de l'ONU, c'est de la gesticulation, c'est le terme qu'il a utilisé.
– Et c'est bien le
moins que les Russes peuvent faire, tout de même que de convoquer une réunion du Conseil de sécurité, ils savent très bien qu'il y
aura
un veto américain, français et anglais, et que donc ça ne tira rien, mais enfin, c'est le minimum qu'ils puissent faire.
–
Alors,
on
peut quand même dire que, évidemment, ces frappes qui ont été menées la nuit dernière, n'auront probablement pas d'incidence sur la suite du conflit, mais malgré tout, c'est une étape qui est franchie, qui n'avait pas été franchie jusque-là. – Oui, psychologiquement, c'est quand même quelque chose d'important, et ça envoie des messages dans différentes directions. Ça envoie un message à Vladimir Poutine pour lui dire si vous voulez vraiment avancer dans un processus politique, parce que le Kremlin cherche à sortir de cette affaire par un processus politique.
On ne peut absolument pas nier qu'ils ont essayé différentes formules à partir du moment où Genève, qui était la formule officielle, patinait. Donc ce message est envoyé à Vladimir Poutine, « Tenez votre allié, parce que si cet allié recommence, nous refrapperons. » Donc c'est un message important. C'est un message aussi subliminal pour nos amis et alliés, entre guillemets, turcs,
qui
font la guerre dans le nord du pays aux Kurdes et qui se rapprochent de zones dans lesquelles il y a des soldats américains et sans doute français. Il faut rappeler quand même que la Turquie a laissé publié par la presse turque les emplacements des forces spéciales françaises dans le nord de la Syrie, ce qui est quelque chose de très, très, très dynamical. Et donc là, il y a des messages qui sont envoyés. Et ce qui est important par rapport à il y a un an, puisque il y a un an, le 7 avril, vous n'aviez que les États-Unis, seuls, en solo, Trump, frappant, là, on a véritablement trois pays qui se mettent ensemble. Et donc, ça fait quand même du poids.
Simplement sur le plan militaire, alors il ne faut pas tout juger à ce plan-là, mais en gros, vous avez là 80% de la puissance militaire mondiale entre Américains, Français et Royaume-Uni. Globalement, ça doit faire quelque chose comme ça. Enfin, c'est du très lourd. Donc, ça envoie quand même un message. Mais tout ce qui est dit derrière, aussi bien de la part des Américains, des Français et des Britanniques, c'est amorçons un processus politique. Rentrons dans un processus politique. Parole à la diplomatie. Et encore une fois, les Russes le veulent. Les Iraniens aussi le souhaitent.
Il y a le problème de Bachar et le problème de cet usage de chlore avec du sarin et qui peut se reproduire demain. Donc, il y
a
quand même un avant et un après, même si Alain Chalvron l'a rappelé. Mais malheureusement, on a complètement loupé le rendez-vous de 2013 qui, lui, pour le coup, aurait permis non seulement d'affaiblir le régime de Bachar, mais je l'ai déjà dit sur ce plateau, de détruire une partie d'Al-Qaïda, qui étaient les forces djihadistes concurrentes des autres groupes de rébellion et qui, entre parenthèses, empêchaient les Occidentaux d'armer la rébellion, entre guillemets, dite modérée, parce que vous aviez ces djihadistes qui étaient là. Et là, on aurait pu effectivement changer la donne. Là, on n'est pas du tout... Les choses sont malheureusement pliées sur le plan militaire.
Il faut trouver une solution politique. Pour Donald Trump, la mission est accomplie. Le président américain a jugé que l'opération militaire menée avec la France et la Grande-Bretagne, cette nuit, était une réussite. Depuis l'attaque chimique sur la ville de Douma, attribuée au régime syrien le 7 avril, les alliés avaient juré de faire payer Bachar Al-Assad, malgré les menaces d'escalade proférées par la Russie. Julien Lonnais et Benoît Thébault.
En
plein cœur de la nuit,
le
bruit des explosions
et
la lumière dans le ciel de Syrie
sont
le signe d'une attaque.
Il
est 3 heures du matin à Paris
et
21 heures à Washington
quand
Donald Trump apparaît à la télévision.
Il
vient annoncer le lancement d'une opération conjointe contre le régime de Bachar Al-Assad.
Mes
chers compatriotes,
il
y a peu de temps, j'ai ordonné aux forces armées des États-Unis de procéder à des frappes de précision sur des cibles associées aux capacités en armement chimique
du
dictateur syrien Bachar Al
-Assad.
Cette
opération conjointe avec le contingent militaire français et celui du Royaume-Uni est en cours.
Nous
les remercions
eux
aussi.
Les occidentaux ont mis leur menace à exécution. Des avions de chasse britanniques décollent depuis Chypre
alors
que les frégates françaises s'activent en mer Méditerranée. Les rafales, eux, partent de la base de Saint-Dizier, en Haute-Marne. Dans le centre de commandement à l'Elysée, le chef de guerre Emmanuel Macron suit l'opération puis s'en explique dans un
communiqué. Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et l'emploi d'armes chimiques.
Trois
sites sont pris pour cibles, près de Damas
et
à Homs.
Dans
le viseur notamment,
un
centre de recherche du programme chimique clandestin mis en place par le régime de Bachar Al-Assad.
Cette
action est légitime.
Elle
vise à mettre un terme
à
une atteinte grave au droit.
Elle
est circonscrite à des objectifs précis.
La
destruction des capacités chimiques du régime syrien
afin
de l'empêcher
de
commettre de nouveaux carnages chimiques
et
de poursuivre sa stratégie de terreur à l'encontre de sa population.
Ces
frappes étaient annoncées en représailles à une attaque perpétrée dans la Ghouta orientale, bastion des rebelles syriens. Ligne rouge franchie à Douma et image insoutenable que celle de ses enfants, la corne est brûlée ou en détresse respiratoire.
Dans la ville de Douma, samedi dernier, une attaque avec des armes chimiques a tué 75 personnes, parmi lesquelles des jeunes enfants dans des circonstances absolument terrifiantes. Le fait que cette attaque se soit produite ne devrait surprendre personne.
Cette
nuit,
peu
après les détonations à Damas, la télévision d'Etat syrienne diffuse des images en direct de la capitale et de Homs.
Les
autorités se veulent rassurantes et minimisent l'impact de ces raids.
Il
n'y
a
eu que des dégâts matériels et les traces de roquettes qui ont visé un site militaire près de Homs ont été déviées. Trois civils ont été blessés lors de l'explosion d'une de ces roquettes.
Ce
matin, à Damas, sur la place des Omeyades où le pouvoir célèbre toutes ses victoires, certains tiennent à se faire entendre.
Je suis venue féliciter les forces de
défense aérienne syriennes qui ont réussi à faire tomber vos missiles. Vous et d'autres, et les Etats-Unis, ne pouvez pas nous secouer. Ils ne vont pas secouer le peuple syrien.
Face
aux Occidentaux,
le
régime de Bachar al-Assad peut compter sur un allié indéfectible, la Russie. À son initiative, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit en urgence en ce moment même. La voie diplomatique, alors que Moscou a déjà mis douze fois son veto à des résolutions depuis le début de la
guerre en 2011.
Jean
-Dominique Merchet, comment se sont déroulées ces frappes ? Est-ce qu'elles étaient exclusivement aériennes
? Non,
pas du tout. Il y a eu des frappes à la fois depuis des avions, dont des rafales français, et également des frappes depuis des bateaux, dont une frégate française qui était dans la région et des frégates américaines, des croiseurs américains. En réalité, que ce soit les avions ou les bateaux, ils tirent des missiles, qui sont des missiles de croisière, qui sont des petits engins, qui s'introduisent à longue distance, plusieurs centaines de kilomètres,
assez
discrètement, et qui vont frapper des cibles. Il y
en
a eu une centaine qui ont été tirées.
Les cibles ont été atteintes ?
Selon
les...
Ça, en réalité, la réalité, c'est qu'on ne sait rien. C'est ça. Les russes disent de manière assez amusante, ils disent la DCA syrienne
a
réussi à en abattre plus de la moitié. Évidemment, c'est faux. Mais ce qui est amusant, c'est qu'ils disent la DCA syrienne. À aucun moment, ils disent nous, les russes, avons essayé de les arrêter. Donc ça veut dire que quand même, ils ont laissé passer... En tout cas, c'est le message qu'ils envoient. Ils disent aux Syriens bravo les gars, vous êtes super forts. Et en même temps, nous, finalement, on n'est pas tellement concernés
par ces affaires.
Question SMS. Bachar Al-Assad s'attendant à ces frappes, le matériel a dû être évacué. N'est-ce pas un coup pour rien ?
C'est évident. Il y a eu quand même une semaine entière
pour
mettre à l'abri tout le matériel, les hommes, tout a été déménagé. Et ça, on l'a su dans les 24-48 premières heures après la frappe de Douma, après les menaces de Trump ou des discussions qui montaient. L'effet surprise, c'est là que ça n'a pas joué du tout. C'est vrai que si on voulait viser quelques capacités humaines ou même matérielles, que
ce
soit des avions ou du matériel,
mais
c'est vrai qu'on ne sait pas très bien quelles étaient les cibles, quelles sont été les cibles et quels ont été les dégâts, surtout. Parce que le programme chimique, il n'est pas là, en place, en train d'attendre que les missiles lui tombent dessus.
On dit qu'il
n
'y a pas de victime, ni civile, ni militaire.
Non, il n'y a pas
de victime. Pas de victime. Et puis surtout, les Russes et les Iraniens n'ont pas du tout été affectés par ces frappes. Vous savez, quelque part, honnêtement, je pense que les Russes n'étaient pas si mécontents que ça. Ah bon, allons bon. Non, je veux dire, ne me faites pas dire ce que je n
'ai
pas dit. Ils n'ont pas encouragé les Occidentaux. Mais quand ils ont vu que c'était irréversible,
qu
'on leur a donné toutes les informations sur ce qui allait se passer,
ils
se sont dit, mon Dieu,
il
faut faire avec. Et il faut faire avec ça aussi quelques côtés positifs. Parce que les relations entre Poutine et Assad, ce n'est pas le grand amour. Ce n
'est
pas une idylle. Elles en sont dures. Il n
'y
a qu'à voir la façon dont Poutine traite Assad.
C
'est presque humiliant, parfois. Et Assad accuse le coup. Et Assad n'obéit pas
toujours.
Il faut se rappeler que pour cette affaire d'armes chimiques, en 2013, ce sont les Russes qui ont dit pour sauver la face aux Occidentaux,
on
s'en charge, les armes chimiques syriennes, c'est notre affaire, on va vous en débarrasser. D'ailleurs, on s'en est débarrassé de pas mal, je crois, 1300 tonnes. Mais, malgré tout, les Syriens en ont conservé et les Russes
ne
sont pas très contents de ça, parce que finalement, c'est leur parole qu'on a trompé avec ça. Donc, quelque part, bon, s'ils avaient pu éviter, ils l'auraient fait, mais puisque ça a eu lieu. Pierre Servant. Oui, je vais répondre parce
que
je suis tout à fait d'accord avec Alain. Pas de perte civile et pratiquement pas de perte militaire, notamment à cause des frappes de nuit. Parce qu'évidemment, c'est plus facile de maîtriser la force et de savoir où se trouvent les personnes quand vous frappez de nuit. Je partage tout à fait le point de vue d'Alain. Je pense que déjà, depuis un certain temps, Poutine, et d'ailleurs, dans le livre que vous avez la gentillesse de citer, je montre des exemples très très concrets, est un peu agacé parce qu'il estime qu'il a sauvé la peau du régime. Et c'est vrai qu'en 2015, quand il intervient, le régime est extrêmement vacillant.
Et pour autant, il n'arrive pas à forcer le clan alaouite, c'est pas simplement Bachar el-Assad, c'est le clan alaouite, à rentrer dans un processus dit inclusif, c'est-à-dire le fait de mettre les autres parties prenantes au conflit dans un dialogue politique, et que finalement, là, on a vu que les Occidentaux ont totalement évité les zones où il y avait des batteries russes, que les Russes ne les ont pas utilisées, et que finalement, ils disent aux Syriens, bon, vous avez vu, nous, on n'a rien fait, alors il paraît que vous avez descendu des missiles de croisière, ce qui est certainement discutable, et en revanche, les Syriens savent qu'ils ont reçu certainement 80 ou 90% des missiles de croisière, donc c'est aussi un message pour leur rappeler que sans l'aide russe et la présence russe, ils sont vulnérables, donc c'est là où on est dans un jeu plus subtil, et le point qui va être très important dans les semaines qui viennent, c'est le point de savoir si le voyage du président Macron est maintenu à Moscou au mois de mai, ou pas, et voir comment les processus diplomatiques se mettent en place, et moi, je pense encore une fois qu'il y a des tensions, les Russes ne sont pas sur la même position que les Iraniens, les Iraniens ne sont pas sur la même position que les Russes, et Bachar au milieu est obsédé par une chose, c'est remettre le clan alaouite en posture totalement dominante sur l'ensemble du paysage, d'où encore une fois l'affaire d'Idleib, qui
est
la prochaine étape, et juste pour dire un mot en rebond sur ce que disait Alain de Chalvron qui est très juste, un détail, quand Alep Est a été repris, les Russes ont interdit,
les
Russes ont interdit à Bachar el-Assad d'aller faire un déplacement Alep Est avec flonflon, discours, drapeau, et commémorations, etc. Il lui en dit, non, tu restes chez toi, etc. Donc effectivement, c'est une relation extrêmement ambiguë, il faut jouer avec pour, là, pour le coup, accompagner les Russes, ce qui est assez paradoxal, accompagner les Russes pour essayer de déboucher sur un plan politique. Alain Konmani.
Oui,
moi, je ne partage pas tellement cette conviction que les Russes ont envie de trouver une solution, que les Russes prennent leur distance du régime, que il n
'y a
pas… Enfin, du moins dans les apparences, dans les faits, dans les réalités du terrain, il n'y
a
aucun signe avant-coureur de ça. Il y a un soutien total à chaque étape, soutien total diplomatique, soutien total à l'ONU. « Oui, d'accord, on va voter à cesser le feu sur l'ensemble du territoire, à l'unanimité. »
Là,
les Russes le votent, mais on n'applique absolument pas
rien.
On termine la route, on fait une campagne de bombardement intensive, etc. Personne ne bouge. Les Russes continuent, ils sont complètement maîtres du jeu, ils imposent, et pas du tout en quête de solution. Et on se demande même si, compte tenu de l'implication des Russes sur le terrain dans tous les détails militaires, des opérations, est-ce qu'ils ignoraient complètement l'usage du chimique dans la route 1 ? Ce n'est pas
certain.
Jean-Dominique Merchet
? Oui,
je crois que si on revient à ce qui s'est passé la nuit dernière, il y a vraiment deux dossiers qui sont très très différents. Il y a l'affaire syrienne dont on parle, et puis il y
a
l'affaire des armes chimiques. Ce qui motive les frappes, ce sont uniquement les armes chimiques. C'est le fait que ce n
'est
pas la guerre en Syrie, ce n
'est
pas que Bachar el-Assad bombarde sa population, affame les quartiers, fasse mourir des gens dans les prisons. Ça, ça fait 7 ans que ça dure et ça fait 7 ans qu'on ne fait rien. Mais,
en
revanche, dès qu'il utilise les armes chimiques, parce que ce sont des armes prohibées,
ce
sont des armes interdites par le droit international, qui plus est, ce sont des armes qui nous menacent, nous, parce que si elles se répandent au-delà de la Syrie, partout où on pourra intervenir, nos troupes occidentales ou autres, y compris les russes, pourront être menacées par des armes chimiques. Et donc, il faut bien comprendre, c'est pour ça que le ministre des Affaires étrangères, le Drian, dit, ce que nous visons, c'est uniquement les armes chimiques. Le reste du régime, on ne s'en prend pas à Bachar el-Assad, on ne s
'en
prend pas à son armée, on ne
s'en
prend pas à ses alliés, on ne touche que les armes chimiques. Donc,
il
se trouve qu'elles sont employées en Syrie, mais au fond,
c
'est assez, c'est finalement assez déconnecté de la guerre en Syrie.
Le président Macron, on a vu cette image dans la salle de crise à l'Elysée en pleine nuit. C'est Obama, il
joue Obama le soir de la cape, enfin de... de l
'attaque de Benadette, évidemment. Il y a un côté
mise en scène tout à fait étonnant. C'est lui qui donne, Jean-Dominique Merchel, l'ordre final ? Ah oui, oui, oui. De sous la Vème République, le président de
la
République est le chef des armées. Ce n
'est
pas du tout, du tout une fonction honorifique, c'est le patron. C'est lui qui décide des opérations quasiment en direct. Alors, il y a effectivement une planification, mais effectivement, si au dernier moment, hier soir, à 21h, ou même à 3h du matin, à quelques minutes près, le président Macron avait dit stop, évidemment, à aucun moment, les missiles n'auraient été tirés.
Pierre Savant, on a des détails sur la participation française, la part française à cette opération ? Oui, on annonce donc une centaine, un peu plus d'une centaine de missiles de croisière,
on
va dire ça en façon générique, tirés. Pour mémoire, l'année dernière, les Américains, on avait tiré 57 ou 58, donc là, c'est beaucoup plus. Et la part française, au total, c'est sur une douzaine de missiles tirés à partir de 4 Rafales, 5 Mirage, 2 Hawax français et 3 avions ravitailleurs, puisque c'est un raid aérien pour la partie aérienne de plus de 10 heures, donc c'est vraiment quelque chose de très substantiel. Voilà, donc ça correspond, et les Britanniques ont mis 4 Tornados en l'air, 8 missiles.
Donc vous avez une vingtaine de missiles pour la France et le Royaume-Uni, et vous en avez 80 pour les Américains, ce qui représente le poids des uns et des autres, et ce qui représente aussi ce que les uns et les autres faisaient dans la lutte contre Daesh, quand ils faisaient des frappes aériennes, grosso modo, on retrouve à la louche à peu près les mêmes ratios. Le chef d'état-major des armées a donné une conférence de presse avec la ministre des armées, Florence Parly, il y
a
quelques minutes. Le chef d'état-major dit la France a eu une véritable autonomie de ciblage en Syrie, en coordination avec ses
alliés. Oui, c'est sans doute vrai, parce qu'on dispose de sources de renseignements nationaux, de satellites, de moyens d'observations qui permettent d'avoir notre propre évaluation de la situation sur le terrain, mais évidemment, on se parle beaucoup, beaucoup, beaucoup avec les Américains.
Et
donc, oui, on a une autonomie, mais c'est une autonomie et on coopère. Madame Salbron
?
Oui, on a l'habitude de ça. Moi, je me souviens de cette guerre du Kosovo qui a duré quand même... 6 mois. Oui, enfin, ça a duré très longtemps.
719 jours.
Ça partait du nord de l'Italie et j'avais eu la chance d'être auprès des forces françaises là-bas. Il y avait des raids où il y avait des avions français et d'autres pays de l'OTAN mélangés avec des Américains. Tout ça se faisait complètement d'une façon combinée. Le chef d'État-major précise que les deux sites atteints par les missiles français près de Homs sont des sites de stockage et d'assemblage d'armes chimiques. Et la ministre Florence Parly dit que tous les missiles français ont atteint leur cime. Bon, mais ça, on dira
par le contraire de toute façon. Vous
savez, c'est un vieux classique de toute guerre aérienne. On revendique des tas de choses et après, quand les historiens vont regarder de plus près, ils se rendent compte que les 1000 victoires se transforment en 200. C'est un vieux classique. Donc, on n
'est
pas obligé d'y croire à 100%.
Lors de la première guerre du Golfe, il y
a
des problèmes de vocabulaire. C'est-à-dire, souvent, les militaires de
l
'armée de l'air disaient 100% des cibles ont été traitées. Mais traité, ça ne veut pas dire détruire. Donc, après, il faut rentrer dans le détail de ce qui a été fait. Emmanuel Macron l'avait annoncé dès son arrivée à l'Élysée il y a bientôt un an. Il existe une ligne rouge à ne pas franchir l'utilisation d'armes chimiques dans la guerre civile qui déchire la Syrie. Sous la présidence de François Hollande, la France avait déjà menacé de frapper le régime syrien pour cette même raison. Mais Barack Obama n'avait finalement pas voulu intervenir militairement. C'est l'émergence de Daesh et les attentats perpétrés sur son sol qui ont finalement poussé la France à s'impliquer dans le conflit.
Romain Becker et Arouane Lyon. Parmi les tout premiers responsables politiques à réagir ce matin, Jean-Luc Mélenchon est l'un des plus
remontés contre les frappes menées cette nuit en Syrie. Je juge que c'est une manière irresponsable de se comporter
qui
ne réglera aucun des problèmes auxquels on est confrontés dans cette zone.
Le
président français, c'est d'une manière tout à fait lamentable alignée sur les États-Unis d'Amérique. Je suis très triste et très inquiet
et
je compte sur le sang-froid des Russes pour que les choses en restent là. Même condamnation
de
la part de Marine Le Pen.
Ces
frappes contre la Syrie nous engagent dans une voie aux conséquences imprévisibles et potentiellement dramatiques. La France perd à nouveau une occasion d'apparaître sur la scène internationale comme une puissance indépendante et d'équilibre dans le monde.
A
droite,
toujours
pas de réaction de Laurent Wauquiez. La décision d'Emmanuel Macron de frapper en Syrie a en revanche été saluée par le nouveau patron du PS, Olivier Faure,
par
Manuel Valls
et
par François Hollande. Les frappes qui ont été décidées étaient justifiées
parce
que le régime de Bachar el-Assad avait manqué à toutes ses responsabilités et même à ses devoirs les plus humanitaires
puisqu
'il a utilisé une nouvelle fois l'arme chimique. Donc il fallait qu'il
y
ait une réaction. Moi-même, en 2013, je l'avais demandé
et
j'étais prêt à la mener.
Août
2013, c'est après cette attaque chimique à la Gouta déjà
que
les dirigeants occidentaux, à commencer par François Hollande, se disent prêts à réagir même sans mandat de l'ONU.
Le
bilan est très lourd, entre 600 et 1800 victimes selon les sources,
des
civils en grande majorité.
Le
droit international doit évoluer aussi avec son temps.
Il
ne peut être un prétexte
pour
laisser se
perpétrer des
massacres de masse.
C
'est pourquoi
la
France reconnaît
la
responsabilité de protéger
les
populations civiles.
En
cette fin d'été 2013, une intervention militaire conjointe entre la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni semble imminente jusqu'à une volte-face de Barack Obama.
Je
vais demander l'autorisation des représentants des Américains au Congrès pour un usage de la force. Au cours de ces derniers jours, les membres du Congrès ont cherché à faire entendre leur voix. Je le comprends absolument.
Le
vote du Congrès américain n'aura jamais lieu.
À
la place, Barack Obama s'entend avec Vladimir Poutine pour exiger de Bachar Al-Assad la destruction de ses armes chimiques.
Les
mois qui suivent sont ceux de l'émergence de Daesh en Syrie.
Dès
lors, éliminer l'organisation terroriste devient la priorité de Paris.
Les
avions français qui bombardent de temps Syrie ciblent uniquement des installations de Daesh.
Au
lendemain des attentats du 13 novembre, des raids visent notamment des camps d'entraînement à Raqqa et Dérésor.
Je
l'ai indiqué, cette opération s'est faite en coordination avec les Etats-Unis mais sur des objectifs qui nous étaient propres.
Mai 2017,
deux
semaines après sa prise de fonction, Emmanuel Macron reçoit à Versailles Vladimir Poutine.
S
'il maintient que la priorité française en Syrie reste l'élimination de Daesh, le président
français rappelle la ligne rouge tracée par Paris. J'ai réaffirmer dans le dialogue que nous avons eu avec le président Poutine c'est qu'une ligne rouge très claire existait de notre côté,
l
'utilisation d'armes chimiques par qui que ce soit
et
donc toute utilisation d'armes chimiques
fera
l'objet
de
représailles et d'une réponse immédiate
en
tout cas de la part des français.
Après
les déclarations,
les
actes,
pour
la première fois,
la
France vient de frapper le régime
de
Bachar Al-Assad.
Question
SMS. Pourquoi les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni n'ont pas attendu les résultats des experts qui sont sur place ? Alakon Mani.
C
'est une très bonne question et on croyait en effet quand il y a eu cette temporisation qui n'y a pas eu ce raid aussitôt dans les 48 heures suivantes qu'il fallait attendre. Le côté il faut donner toujours les bonnes raisons, les légitimes, la légalité, etc. L'organisation de l'interdiction des armes chimiques doit en effet commencer son travail demain.
Mais
je crois qu'il y a eu un certain nombre de preuves,
ce
que les français disent en tout cas et d'autres et les américains aussi, des preuves formelles, absolues, indiscutables, etc. qu'ils se considèrent qu'ils se sont contentés. On peut s'en contenter. Est-ce qu'il y a
un
doute sur cette attaque chimique ?
D
'abord si elle a eu lieu
et
qui a pu la perpétrer ? Alain Chalvon. Alors moi je n
'ai
pas beaucoup de doutes mais au Moyen-Orient oui.
J
'ai eu plusieurs personnes à Beyrouth qui m
'ont
dit mais attendons, attention, on n'est pas sûr du tout que ce soit le régime. On pense peut-être aussi que ce sont des rebelles qui l'ont fait pour obtenir une intervention occidentale. Mais vous savez on est habitué aux théories du complot dans cette région du monde et souvent les jeux à cinq bandes se jouent. Moi je pense qu
'il
n
'y a
pas grand doute.
Je
ne pense pas qu'on se soit lancé dans une attaque comme ça sans preuve. Mais enfin ça ne fait pas l'unanimité sur place.
Alors ceux qui ont
un doute justement sur cette situation disent mais quel intérêt pour Bachar Al-Assad alors qu'il a quasiment gagné la guerre de venir mettre des armes chimiques sur cette région. Jean-Dominique Merchet.
Oui.
Alors
c'est intéressant de comprendre quel rôle les armes chimiques jouent dans les forces armées de Bachar Al-Assad. En fait il les utilise de deux manières. Il les utilise de manière tactique et stratégique. Tactiquement
et
on ne sait donc pas à quel niveau les ordres sont donnés de l'emploi. il s'agit de combats urbains et donc il s'agit à un moment quand des forces ne veulent pas se rendre de faire une attaque chimique contre ces forces et effectivement ça évite de rentrer dans les maisons de descendre dans les caves et on tue des gens comme ça. C'est une attaque comme pendant la guerre de 14 on attaquait les tranchées comme ça. Et puis il y a l'utilisation stratégique c'est-à-dire l'utilisation de terreur sur les civils. Et donc ça c'est une utilisation politique c'est de délivrer un message politique en disant si vous ne vous rendez pas on va vous massacrer comme des rats qu'on va empoisonner.
C'est vraiment on est dans il ne
faut
jamais oublier qu'on est le logiciel politique du régime de Bachar el-Assad ce n
'est
pas un logiciel d'une grande démocratie occidentale. C'est une dictature assez féroce enfin même extrêmement féroce et donc voilà donc il utilise effectivement des armes chimiques à de nombreuses reprises c'est documenté ça fait absolument pas l'ombre d'un doute en réalité même les russes n'en doutent pas les russes sont obligés de tenir ce discours d'ailleurs la preuve c'est qu'ils avaient en 2013 contribué au désarmement de Bachar ils ont dû sans doute enlever 90% de l'arsenal chimique enfin on ne
sait
pas exactement mais beaucoup
d
'ailleurs
c
'est toujours c'est une anecdote mais c'est un les israéliens étaient favorables
à
une solution négociée et pas à des frappes parce qu'ils savaient qu'une solution négociée retirerait beaucoup plus d'armes grâce aux russes que des frappes très aléatoires sur leurs résultats donc ils avaient pesé sur l'administration américaine en disant non nous nous préférons la solution des russes Pierre Savant oui
effectivement et il faut bien comprendre que l'armée de Bachar al-Assad elle a fondu elle a été réduite à un squelette et elle n'a tenu jusqu'en 2015 que par les iraniens les milices libanaises afghanes vous avez des azaras chiites afghans qui sont venus combattre auprès des frères alawites des irakiens des iraniens vous avez celui que
j
'appelle le proconsul iranien le général Soleimani qui s'est investi sur ce théâtre vous avez eu des généraux iraniens qui ont été tués donc cette armée était exsangue et lors des reprises de terrain Jean-Démique Merchet a décrit les combats urbains comment ça se passe compte tenu de ce caractère éthique de l'armée syrienne le fait d'utiliser du chimique ça vous donne un avantage tactique immédiat alors le régime n
'a
pas été stupide c'est à dire qu'il a cherché où était la ligne rouge en 2013 il
s
'est aperçu qu'il pouvait la franchir qu'il n
'y avait
pas de problème et puis les américains ont frappé il y a un an et depuis un an ils utilisent essentiellement du chlore sous différentes façons avec des barils c'est pour cela aussi que les services de renseignement n'ont pas beaucoup de doute parce que la seule capacité aérienne dans la région ce n
'est
pas les rebelles les rebelles n'ont ni avion ni hélicoptère donc quand vous avez des hélicoptères qui balancent des barils avec différentes choses dedans mais notamment du chlore avec des explosifs et qui fait que vous avez une pluie d'eau de javel pour utiliser un terme que nous connaissons tous qui tombe sur les populations ça n'a pas le même caractère que le sarin qui est un neurotoxique si vous avez des gouttes de sarin sur vous ça va bloquer toutes vos fonctions vitales ce qui explique la mort létale très rapidement mais rien que le chlore est une arme qui a été utilisée mais des dizaines de fois ces derniers mois par le régime là ce qui semble cet produit c'est que le commandant tactique sur le théâtre alors est
-ce
qu'il a reçu l'ordre de Bachar est-ce qu'il l'a fait lui-même c'est pas certain a fait un mélange sarin chlore et là on a vu le résultat immédiat beaucoup plus violent ce qui fait qu'à ce moment-là il y
a
franchissement de la ligne rouge et il y a action des occidentaux alors que va-t-il se passer maintenant d'abord est-ce que ces frappes vont changer quelque chose dans la suite du conflit à la Côte de Manille est-ce qu'il y
a
un risque d'escalade entre les alliés la Russie on n
'a
pas encore parlé de l'Iran
est
-ce que ça change vraiment fondamentalement quelque chose compte tenu de toutes les précautions prises par les occidentaux avant leurs frappes y compris d'informer les Russes presque de les concerter on vient d'en parler je ne pense pas qu'il y
a
un risque maintenant
pour
l'instant tout le dossier toute la Syrie était aux mains des Russes et des Iraniens les occidentaux sont en train de on signifie que nous sommes là pour faire respecter le droit international pour faire respecter un accord passé pour tous donc quelque part on est là on existe ce qui n'était pas le cas depuis un certain temps hormis dans la guerre contre d'âge comme on vient de voir dans le sujet maintenant
ça
peut très bien être dans la logique de on est là pour simplement rappeler cette histoire d'accord nucléaire on est contre la prolifération pardon de chimique contre la prolifération etc ça peut très bien s'arrêter là dans cette victime ça sera un moment on l'a fait c'est terminé on n'en parle plus le dossier syrien n'est toujours pas le nôtre maintenant si on veut s'il y a la moindre volonté de se dire que quand même bon c'est pas une histoire de Bachar el-Assad c'est pas une histoire de syrien tué par toutes sortes d'armes ce n'est pas ça notre problème mais bon ce problème syrien est en train d'attirer quand même plusieurs autres problèmes pour nous à savoir les réfugiés à savoir le terrorisme à savoir les armes chimiques etc c'est à dire où il y a un moment de prise de conscience que peut-être qu'il faudrait s'attaquer aux racines du mal et régler
le
problème syrien en soi et non pas ses effets on a fait ces dernières années régler les conséquences tenter donc de régler non de s'opposer aux conséquences ou de traiter comme on dirait militairement les conséquences du conflit syrien qui aujourd'hui est revenu
à
son expression de départ c'est à dire la dictature de Bachar al-Assad et une opposition en face qui n'en veut pas
et
qui veut prendre le dessus surtout ses opposants
Alain Chalabron
Oui la prochaine phase dans la guerre c'est vraisemblable il y a quelques poches encore de résistance à droite à gauche et la grosse poche de résistance c'est Idlib Idlib sera une vraie bataille parce qu'effectivement tous les combattants qui ont été évacués par exemple de la Ruta se sont réfugiés dans cette zone dite Libra
la
question maintenant est de savoir si cette semence qui a été envoyée aux Syriens au gouvernement syrien la nuit dernière va suffire pour que les Syriens n'utilisent pas d'armes chimiques dans cette bataille d'Idlib ça c'est encore un mystère je ne sais pas la conclusion qu'ils vont en tirer et la conclusion que les Russes et les Iraniens éventuellement mais surtout les Russes vont en tirer également est-ce que les Russes vont empêcher véritablement les Syriens d'utiliser l'arme chimique sur cette bataille qui promet d'être dure et longue c'est ça l'enjeu en effet à l'instant les Etats-Unis disent qu'ils sont prêts à dégainer à nouveau
en
cas de nouvelle attaque chimique
alors
effectivement si vous voulez c'est un point d'interrogation je ne pourrais pas vous dire s'ils ont retenu la leçon ou pas on verra ça dans les semaines qui viennent très probablement
la formule sont prêts à dégainer une nouvelle fois est quand même assez étonnante parce que
tous
les responsables occidentaux disent on est sûr de ne pas avoir tout détruit mais c'est pas grave Florence Parly le disait tout à l'heure elle disait non tout n'a pas été détruit les américains le disent également donc si on n
'a
pas tout détruit on devrait retourner ce soir
et
on ne le fait pas donc ça veut bien dire qu'on est en partie quand même dans de la gesticulation et de
l
'affichage politique
il n'y aura
pas d'autres frappes
dans les heures qui viennent logiquement une
campagne aérienne ça ne se déroule pas sur une nuit on rappelait le Kosovo tout à l'heure le Kosovo c'est 11 semaines de frappes consécutives 11 semaines de frappes consécutives toutes les nuits tous les jours
bon là
si on voulait en finir avec le programme chimique syrien vraisemblablement puisque nos responsables militaires et politiques nous disent que le travail n
'est
pas fini Jean-Yves Le Drian dit ça Florence Parly dit ça oui on a détruit une bonne partie une bonne partie c'est pas tout ça veut dire qu'il reste les armes et pourtant on arrête cette campagne aujourd'hui donc ça veut bien dire qu'on n
'est
pas dans une logique d'abord militaire mais qu'on est dans une logique de on a répondu voyez les gars on a fait à peu près le boulot bon maintenant on va essayer de se rabibocher avec tout le monde y compris avec les russes parce que dans le même mouvement Jean-Yves Le Drian dit non non il faut vraiment que le président Macron à Saint-Pétersbourg parler avec Poutine c'est très très important et puis
il
y a l'autre enjeu c'est celui de sauver le traité sur le nucléaire iranien
la
France veut le sauver
les
russes veulent le sauver mais les américains veulent le liquider et là le rendez-vous c'est le 12 mai donc on s'en rapproche c'est dans un mois dans un mois on y est et donc là vous comprenez que donc on est dans un moment
où
il y a beaucoup d'affichage et parfois les missiles de croisière servent à faire de l'affichage
malgré les frappes menées cette nuit le conflit syrien semble tourner à l'avantage de Bachar al-Assad grâce à ses deux alliés iraniens et russes le dirigeant syrien redevient maître dans son pays l'enclave rebelle de la Ghouta est officiellement tombée hier aux mains des troupes loyalistes la guerre en Syrie aurait fait en 7 ans 350 000 morts Jérémy Normand avec Lucie Derail
C
'est l'ultime provocation du président syrien Bachar al-Assad
l
'image à peine croyable d'un chef d'état serein sûr de lui qui se rend au travail d'un pas décontracté
une
mise en scène du régime pour afficher sa détermination quelques heures après les frappes occidentales certaines à quelques kilomètres seulement du palais présidentiel depuis un mois Bachar al-Assad multiplie ses apparitions dans une guerre qui il le sait se joue également sur l'image
le
18 mars dernier il se met en scène au volant de sa voiture dans une vidéo diffusée par le régime là
nous allons vers la Ghouta pour voir la situation
voir
les forces armées et les combattants les régions qui ont été libérées
au
milieu d'une ville dévastée par les affrontements Bachar al-Assad s'affiche en vainqueur auprès des combattants loyalistes
à
chaque balle que vous tirez contre un terroriste vous changez l'équilibre chaque pilote de char qui avance ne serait-ce que d'un mètre change la carte politique du monde
un
appel au combat permanent car le régime est en pleine reconquête de son territoire
en
trois ans il a repris le contrôle de plus de la moitié du pays encore divisé entre les kurdes les groupes rebelles et l'organisation état islamique
une
reconquête permise par le soutien des alliés historiques de la Syrie
depuis
le début du conflit l'Iran forme et envoie des milices paramilitaires combattre aux côtés du régime syrien
entre
20 et 25 000 hommes sont actuellement déployés sur l'ensemble du territoire
mais
c'est l'arrivée en 2015 de la Russie qui a fait basculer le conflit
porte
-avions bombardiers et navires de guerre
le
régime de Poutine met tout son arsenal militaire au service de la victoire de Bachar à l'Assad
après plus de deux ans tout le monde constate désormais ses résultats sur le terrain grâce au soutien des forces de l'ère russe et à l'armée arabe syrienne dans sa lutte et sa guerre contre le terrorisme
l
'alliance de Bachar avec la Russie incarnée par un seul visage omniprésent dans les rues de Damas
et
jusque dans les magasins à la gloire du régime
dans
cette guerre Vladimir Poutine sait qu'il joue le retour de son pays sur la scène diplomatique
d
'un point de vue économique sa présence en Syrie lui assure l'accès aux ressources pétrolières
enfin
l'armée russe a installé deux bases militaires sur la côte méditerranéenne
une
implantation hautement stratégique en plein coeur du Proche-Orient grâce à l'armée russe la Syrie est sauvée en tant qu'état beaucoup a été fait pour stabiliser la situation en Syrie j'espère que dans un avenir proche nous mettrons un terme définitif au terrorisme en Syrie
aujourd
'hui plus que jamais la Russie et l'Iran détiennent les clés du destin de Bachar al-Assad
au
lendemain de l'attaque contre le régime le guide suprême iranien lui-même Ali Khamenei a renouvelé son soutien à son allié chiite
l
'attaque menée ce matin contre la Syrie
est
un crime je déclare franchement que le président américain le président français et la première ministre britannique sont des criminels
une
guerre des mots et un soutien à Damas qui semble encore renforcé après l'attaque occidentale
on
va s'arrêter un instant sur cette déclaration ce matin question SMS pourquoi l'Iran qualifie-t-il Trump mais et Macron de criminel quel est le rôle joué par Téhéran dans cette crise à la Côte-Mani
je
crois que c'est évident que l'Iran n'a pas
je
n'ai jamais lésiné dans son soutien absolument total au régime de Bachar al-Assad c'était les premiers à sauver le régime dès 2012 la première révolte c'est un soutien massif en plus ça tombe bien ils sont plutôt fâchés avec les américains et ça ne fonctionne pas très bien donc c'est tout à fait logique qu'ils condamnent une intervention armée occidentale en franco-britannico-américaine c'est complètement logique
Pierre
Servan oui il faut savoir Jean-Denis Mercher a rappelé le dossier nucléaire iranien c'est une des caractéristiques de cette zone vous avez plein de ramifications avec d'autres dossiers qui se mélangent les uns les autres mais qui pèsent ici ou là et sur le nucléaire iranien il y a un clan des durs en Iran Ali Ramenei c'est le vrai chef de l'Iran c'est le chef militaire le président Rouhani que nous voyons souvent qui est un homme modéré n'est pas le commandant en chef des forces militaires Ali Ramenei c'est un personnage important et vous avez un clan des durs en Iran qui font le raisonnement suivant
c
'est excellent que les américains veuillent dénoncer le programme nucléaire car au lieu de l'histoire nous n'en aurons pas la responsabilité ça sera Washington qui sera responsable d'avoir mis en cause cet accord et par ailleurs quand on voit ce qui se passe en Corée du Nord c'est à dire un pays étranglé sur le plan économique et qui est parvenu en l'espace de quelques mois à se doter de vecteurs à faire des essais nucléaires nous pourrons reprendre nous-mêmes le programme nucléaire de façon à être la puissance dominante de la région notamment pour faire face à l'Arabie Saoudite
qui
avec le nouveau prince MBS Mohamed Ben Salman est en train de vouloir retrouver une certaine puissance en alliés en étant alliés des américains qui jouent la carte de Riyad et en se rapprochant aux surprises d'Israël
alors
que l'Arabie Saoudite est un pays anti-sioniste et anti-sémite et depuis quelques mois pour faire front justement à la Perse à la reconstitution de l'arc perse de la Méditerranée à l'Asie centrale vous avez cet élément qui joue donc il y
a
aussi ces éléments stratégiques et donc pour Ali Ramenei le fait de frapper le frère Alaouite alors frère Alaouite ce sont des chiites regardez un peu de travers y compris par les chiites iraniens c'est plutôt considéré comme une secte un peu bizarre puisque les Alaouites chiites intègrent dans leur culte des éléments chrétiens le partage du pain et du vin sans évidemment le sens que les chrétiens y donnent mais ils ont toujours été regardés y compris par leurs frères chiites comme des gens un peu bizarres sauf que dans ce plan cet arc qui part du sud Liban qui passe par la Syrie Alaouite qui se poursuit évidemment en Irak qui va en Iran jusqu'en Asie centrale c'est un dispositif majeur et donc quand on tape sur ce pion majeur Ali Ramenei dit mais ce sont d'horribles
personnages
il faut bien comprendre que dans les opinions publiques du Moyen-Orient les opinions publiques pas les gouvernements
les
Etats-Unis la Grande-Bretagne et la France sont les trois puissances impérialistes qui ont semé le chaos dans la région voilà comment ces trois pays sont perçus depuis longtemps ces gens ont la mémoire longue parce qu'ils l'ont vécu la France et le Royaume-Uni ce sont les deux puissances impérialistes qui au lendemain de la première guerre mondiale au fond brisent l'Empire Ottoman et se partagent les territoires puis les Américains viennent là soutenir depuis toujours les dictatures voilà comment dans les opinions publiques et qui par ailleurs soutiennent Israël donc dans les opinions publiques du Moyen-Orient faire référence à ces trois pays qui effectivement étaient alliés cette nuit pour aller frapper l'Iran ça renvoie à des souvenirs historiques de l'anti-impérialisme aujourd'hui recyclé dans l'islamisme mais ça parle aux gens y compris dans les élites donc effectivement il y a un enjeu dans l'opinion publique même si ce ne sont pas des régimes démocratiques mais néanmoins il faut faire avec et beaucoup de gens au Moyen-Orient quand on parle avec eux pensent ça
je
dirais que la religion n'a probablement pas grand chose à
voir
avec tout ça comme le disait Pierre les alaouites sont chiites comme moi pratiquement
c'est à
dire que en
réalité il y a une vague
filiation avec le chiisme c'est une secte très très bizarre avec des prêtres qui sont détenteurs de la foi mais les gens eux-mêmes ne savent même pas ce qu'est la foi donc c'est pas pour aider des frères chiites que les iraniens sont là c'est une question de pouvoir ils ont maintenant un arc qui va de l'Iran jusqu'au sud-Liban face au monde sunnite qui est dirigé par l'Arabie saoudite et face à Israël
Alakon
Madi
Oui
je voulais revenir sur cet impérialisme c'est vrai que depuis ce matin on parle de l'agression tripartite de l'attaque tripartite qui était le terme employé pour l'attaque de Suez qui allait pas en 1956 France Grande-Bretagne Israël bon ceux-là ce sont des Etats-Unis à la place d'Israël et c'est un discours qui prend énormément parce qu'on l'apprend dans toutes les écoles en Syrie en Egypte ou ailleurs l'agression tripartite de Suez en 1956 ça reste dans les mémoires et donc
c
'est une très bonne façon de jouer sur l'opinion parce qu'il faut dire aussi que c'est une très grande bataille de l'information qui se joue autour et qui continue de se jouer autour de cette opération des armes chimiques on a vu l'histoire du doute les gens qui doutent de la réalité bien sûr de la oui des évidences
évidemment
les médias russes contribuent énormément et ça même en France on est témoins on reçoit tous les jours les trolls par dizaines par centaines sur nos comptes sur les réseaux sociaux cette mise en doute et c'est vrai que dans l'opinion arabe on ne voit que ça on a toujours considéré que les américains c'était les soutiens des israéliens qui ont toujours été agresseurs qu'effectivement c'est eux qui ont conduit la guerre en Irak là le parallèle est fait et
pour
une fois là le fait que la donne ait changé sur le tableau syrien c'est là qu'on est un peu perdu c'est que pour une fois ce sont les russes qui sont entrés pour soutenir la dictature pour être présents pour déployer toute une toute sorte d'armes sur place et ça ça ne joue on n'est pas encore ça fait perdre les repères au Moyen-Orient
Voici
maintenant vos questions SMS et Internet
Vous
évoquiez à l'instant la guerre en Irak Regardez cette première question Le président Macron n'a-t-il pas fait l'erreur que le président Chirac et Dominique de Villepin ont évité avec l'Irak
?
Non Non Justement parce qu'il ne s'agit pas du tout d'une réplique de l'opération de 2003 des américains avec une coalition d'ailleurs assez large à l'époque autour d'eux qui était une opération d'invasion militaire au sol avec une prise de Bagdad et là on n'est pas du tout alors on peut critiquer ou pas mais on n'est pas du tout dans ce cas de figure on est au contraire dans une approche extrêmement limitée sans troupe au sol one shot a dit le général Matisse le ministre de la Défense américain ce qui ne veut pas dire que ce one shot ne se répéterait pas en cas d'utilisation à nouveau du chimique donc vraiment c'est un cas de figure encore une fois qui est totalement décorrélé de l'affaire de 2003 de cette invasion américaine sur un mensonge d'État et la crédibilité de la France aujourd'hui elle est aussi forte de la crédibilité de Jacques Chirac à l'époque qui n'a pas voulu rentrer dans ce jeu-là Quelles preuves avaient Trump, Macron et Theresa May de l'utilisation d'armes chimiques
par
le gouvernement syrien
? Est
-ce qu'ils ont des preuves
? Ils
disent qu'ils en ont mais on ne les connaît pas
Ils ont donné quelques photos
Oui,
quelques
photos mais je pense que les preuves réelles celles qui seront données par les services de renseignement ne seront pas publiées
Sans
l'aval de l'ONU les frappes occidentales de cette nuit sont-elles légales ?
C
'est une vraie question Évidemment les partisans des frappes vont expliquer que oui au nom de la responsabilité de protéger au nom de la violation de résolution précédente En réalité ça pose quand même un vrai problème parce qu'en septembre dernier le président Macron est allé à l'ONU défendre le multilatéralisme c'est-à-dire la gestion en commun des problèmes contre le président Trump On se souvient qu'il a parlé juste après le président Trump qui avait fait l'éloge de l'unilatéralisme c'est-à-dire l'Amérique d'abord et ensuite les autres s'adaptent et
il
lui répond avec un discours extrêmement brillant là effectivement on est dans une action unilatéraliste à trois c'est-à-dire que voilà c
'est
les Américains les Anglais et nous et effectivement les Nations Unies ne sont pas dans cette affaire donc oui c'est la première fois depuis le Kosovo en 1999 donc c'est pas sans poser des problèmes
Quel
est l'intérêt pour Bachar Al-Assad d'utiliser des armes chimiques
? C
'est une arme Jean-Dominique Mercher l'a très bien expliqué tout à l'heure à la fois tactique ça permet vraiment de prendre l'ascendant parce qu'en face vous avez des populations civiles qui n'ont pas les moyens de se protéger et puis stratégique là aussi Jean-Dominique l'a dit c'est-à-dire c'est une arme de terreur donc cette onde de terreur ça fait partie du choc de la guerre celui qui a ça dans les mains ça lui donne un avantage surtout s'il n'a pas assez de soldats pour avancer donc ça lui permet de démultiplier la puissance individuelle d'un nombre de soldats assez réduit dans les combats urbains qui sont toujours assez compliqués
Non
mais très ponctuellement là dans l'attaque de Douma la semaine dernière alors que c'était un groupe rebelle qui refusait de partir de Douma
l
'attaque chimique dans les 24 heures a permis aux gens de ces de capituler Oui ça a marché en
fait ça a très bien marché militairement ça a été efficace
l
'efficacité elle est démontrée
dans les faits ça a marché La question est est-ce que c'est indispensable
pour
lui est-ce qu'il peut s'en passer quitte à avoir une guerre plus longue et plus dure Vous
savez on s'était posé la même question sur l'utilisation des armes nucléaires à Hiroshima et à Nagasaki est-ce qu'il fallait vraiment bombarder Hiroshima et Nagasaki ou continuer la guerre encore pendant 6 mois et faire quelques centaines de millimètres c'est toujours le même problème sauf que ces armes sont interdites par le droit international et que voilà et que soit on passe ça par dessus bord en disant c'est pas grave c'est interdit mais vous le faites le quand même soit on essaie de faire respecter le peu de réglementation internationale qu'on essaie d'amuser
Les
frappes en Syrie sont-elles de nature à inverser le cours de la guerre
?
Aujourd'hui non Non, en 2013 peut-être mais aujourd'hui certainement pas
Vous
êtes tous d'accord ? Oui Malheureusement oui Les Etats-Unis et le Royaume-Uni pourraient-ils subir des représailles sur leur territoire
?
Pierre Servant Non, je ne pense pas Ce qu'on avait évoqué c'est par exemple la possibilité que l'Iran via le Hezbollah s'en prenne à des intérêts français au sein de la finule on a des militaires français des casques bleus au sein de la finule qui sont au sud du Liban c'est possible que vous ayez des attentats ponctuels etc. Mais vraiment monter des opérations lourdes et significatives en France aux Etats-Unis et au Royaume-Uni honnêtement je n'y crois pas Pourquoi l'Allemagne n'a-t-elle pas participé à l'attaque ?
C
'est vrai qu'Angela
Merkel est une actrice
majeure de la
scène internationale Parce
que sa constitution le lui interdit Parce que l'Allemagne les forces armées allemandes ne peuvent être engagées qu'avec l'accord du Parlement mais uniquement dans le cadre d'opérations des Nations Unies de l'OTAN ou de l'Union Européenne Ils ne peuvent pas agir de manière unilatérale comme nous l'avons fait cette nuit Mais l'Allemagne a prouvé
Angela Merkel à apporter son soutien à
l
'opération comme le Canada qui a souvent été à nos côtés
La Turquie La
Turquie aussi
Très
intéressant
Peut
-on durablement résister en restant sur le plan des idées et du dialogue à la véritable guerre que mène la Russie contre les démocraties occidentales ? Je sais que je suis critique sur la politique russe mais Poutine ne mène pas une guerre contre les démocraties C'est vrai qu'il veut affirmer son leadership mais encore une fois on a raison de le contrer quand il va trop loin et là en l'occurrence il soutient très clairement un criminel de guerre
lui
-même je veux dire ses soldats son aviation ne s'embarrasse pas de règles de droits d'engagement de force effectivement on a rappelé lors d'un dernier plateau ce que les soviétiques avaient fait à Grossny pour la prise de Grossny en Tchétchénie c'est les mêmes techniques qu'on retrouve aujourd'hui et très franchement quand on voit aujourd'hui la réunion de l'ONU avec les russes qui protestent en disant mais c'est scandaleux etc.
franchement ils ont des méthodes qui sont vraiment pas recommandables maintenant il faut travailler avec la Russie il faut dialoguer encore une fois c'est l'objectif des mois qui viennent soit on arrive à véritablement avancer sur ce plan là soit je veux dire la guerre de Syrie nous en parlerons encore dans 10 ans
pourrons
-nous éviter une confrontation directe entre forces russes et occidentales on l'a évité
cette nuit vraiment voilà donc ça veut dire que oui on peut l'éviter puisqu'il aurait pu y avoir une confrontation mais elle n
'a
pas eu lieu donc ça veut dire que oui
et
on continuera à l'éviter c'est absolument nécessaire
n
'est-il pas inquiétant que l'équilibre du monde dépende de personnes incontrôlables telles que Trump Poutine et Bachar Al-Assad
ce
n'est pas la première fois
c
'est même un classique de
l'histoire oui
on dirait il y a des époques on avait on avait Staline on avait Hitler on avait des personnalités tout à fait sympathiques comme ça donc effectivement oui oui je
ne suis
pas sûr qu'on puisse dire de Poutine et même d'une certaine manière de Bachar Al-Assad qui sont incontrôlables on sait où ils vont ils savent où ils vont ils sont rationnels eux-mêmes Trump c'est plus délicat la déstabilisation de Poutine est-elle l'un des objectifs des frappes de la nuit dernière
?
non parce qu'on en a besoin il est majeur dans le dossier et d'ailleurs tout a été fait pour que la face comme disent les asiatiques soit préservée dans cette affaire
merci
beaucoup à tous les quatre merci d'avoir participé à cette émission merci aussi à l'équipe qui a préparé ce C'est dans l'air dans un instant Ali Badou pour c'est l'hebdo demain ne manquez pas c'est politique dès 18h30 avec Karim Rissouli qui recevra notamment Rony Broman et puis encore un mot pour vous signaler que j'aurai le plaisir de vous retrouver demain soir sur France 5 à 20h50 pour un nouveau documentaire dans la collection C'était écrit consacré aux dix derniers jours de la campagne présidentielle de Marine Le Pen ce film revient en détail sur sa prestation au débat télévisé de l'entre-le-tour avec de nombreux témoignages inédits c'est donc demain à 20h50 sur France 5 merci très bonne soirée
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Emmanuel Macron