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interviewRadio J — L'interview politique· 8 avril 2024 13 min

Philippe Juvin - Le Barbier du matin du 08/04/24

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Philippe Jeuvin, bonjour. Bonjour. Bienvenue, vous avez traversé la Seine et pas la mer rouge pour venir jusqu'à nous. On est ravis de vous accueillir. Il y avait un pont, ça facilite. Un mot de la situation à Gaza, de Sahel, se retire de Gaza tout en annonçant une offensive prochaine sur Rafa. Benjamin Netanyahou déclare, nous sommes à un pas de la victoire. Quelle est votre vision aujourd'hui de la guerre, de ce qu'il faut faire ? Est-ce qu'un politique français a une vision claire ?

0:30
Philippe Juvin

Il faut rappeler des fondamentaux, c'est qu'Israël a été agressé, qu'Israël se défend, que tout ce qui se passe à Gaza n'aurait pas eu lieu s'il n'y avait pas eu le 7 octobre. Et que si on veut que ça s'arrête à Gaza, et il faut que ça s'arrête à Gaza, parce qu'un enfant qui meurt est un enfant qui meurt, comme disait Barbara. Et les enfants sont les mêmes à Paris et à Göttingen, comme vous le savez. Si on veut que ça s'arrête, il faut libérer les otages. Donc de Gaulle, dans ses mémoires, dit « j'allais vers l'Orient compliqué avec des idées simples ». Les idées simples, c'est simple. C'est qu'Israël a été agressé et qu'il faut libérer les otages.

Quand les otages seront libérés, ça s'arrêtera.

1:05
Présentateur

Un sondage ce week-end a montré que l'opinion française restait solidaire d'Israël et percevait que la responsabilité, en effet, initiale était celle du Hamas. Mais ça se fragilise, les opinions occidentales sont travaillées au corps.

1:16
Philippe Juvin

C'est toute la difficulté des opinions, comme vous le dites. C'est que, regardez, c'est valable sur Tsaal à Gaza, c'est valable en Ukraine. La grande mobilisation qu'il y a eu en faveur du peuple ukrainien en 2022 s'émousse parce que les gens sont fatigués de la guerre. Donc oui, moi, j'espère que l'affaire tragique de Gaza va bientôt se terminer parce que ce soutien peut aussi disparaître par la force de la fatigue.

1:40
Présentateur

Vous êtes le nouveau meneur de la commission d'enquête que les Républicains ont déclenché sur la dette française. On le sait, 3 000 milliards de dettes, on est à 114-115% du PIB, on ne compte même plus. Alors pourquoi faire une commission d'enquête ? On sait bien quelle est la dette.

1:55
Philippe Juvin

D'abord, je ne suis pas le meneur. Le meneur, c'est le meneur d'une bande. Je devrais être le président de la commission d'enquête parlementaire. C'est le poste principal. C'est un poste important, mais ce n'est pas un meneur au sens de la bande. Quelle est l'idée ? Simplement, les Républicains. Les Républicains considèrent que la dette est devenue non seulement insoutenable, mais pose des problèmes de souveraineté. Quand vous avez des dettes, c'est plus vous qui décidez.

Pose des problèmes d'action publique, c'est-à-dire que quand vous êtes obnubilé par la nécessité de payer les intérêts de la dette, vous n'avez plus d'argent pour payer les services publics, pour payer les politiques publiques. Comment on en est arrivé là ? Qu'est-ce qu'ils ont fait de notre État ? Toutes ces questions, on voudrait bien avoir des réponses. Parce que c'est vrai, nous sommes quelques-uns à dénoncer depuis des années, mais jusqu'ici, le gouvernement a nié la gravité des choses. Et brutalement, on a l'impression de se retrouver face aux précipices. Donc comment en sommes-nous arrivés là ? Et quelles sont les conditions ?

C'est la deuxième question qui sera posée à la commission d'enquête. Quelles sont les conséquences, pardon, sur le pouvoir d'achat et les services publics ? Ça n'a pas commencé avec Emmanuel Macron, cette manie de la dette française. Vous avez raison, nous sommes dopés à la dette depuis maintenant une quarantaine d'années. Pas depuis 1974, comme on dit en réalité. Ça, c'est le déficit budgétaire. Oui, c'est le déficit, absolument. En 1981, la dette, je crois que c'est un milliard d'euros. Vous voyez, si on avait un milliard d'euros aujourd'hui de dette, on fait la fête.

3:17
Présentateur

On est à 3 000.

3:18
Philippe Juvin

On est à plus de 3 000. Nous sommes dopés à la dette. Et la dette est devenue un moyen normal, en fait, de boucler les budgets et de financer l'action publique. Quand le président de la République ou le Premier ministre ou un ministre a une idée géniale d'action publique, il dit, ben voilà, on va financer ça. Et il oublie de dire que tout est financé à crédit.

3:38
Présentateur

Mais c'est normal dans un monde où il y a tant de liquidités sur la planète depuis des décennies et où l'argent pendant très longtemps a été si peu cher. On a fait de la dette pas chère, même à taux négatifs pendant certaines années.

3:48
Philippe Juvin

Alors non, ce n'est pas normal quand les taux d'intérêt étaient négatifs. Et ça, ce n'est seulement qu'à la fin des années 2010, c'est-à-dire au moins 2018, 2019, 2020, même pas 2018, je crois, quand les taux étaient négatifs. Là, nous aurions dû en profiter pour nous désendetter. Et nous ne l'avons pas fait. C'est une des questions que nous allons poser, bien entendu, à la commission d'enquête parlementaire. Pourquoi ça n'a pas été fait ? Non, ce n'est pas normal de s'endetter. Et nous sommes le seul pays d'Europe qui continue à augmenter notre dette. Tous les pays d'Europe, tous, vous m'entendez, baissent leur dette. Même la Grèce, même le Portugal, ils arrivent à se désendetter.

Il n'y a qu'un seul pays en Europe qui continue à augmenter sa dette, c'est la France.

4:29
Présentateur

Mais on s'endette parce qu'on nous prête. Les prêteurs mondiaux font confiance à la France. Ils savent que la France, c'est une économie solide et surtout un État qui perçoit les impôts quand il le faut.

4:39
Philippe Juvin

C'est vrai. C'est pour cela qu'on continue à nous prêter. Mais ce n'est pas parce qu'on nous prête qu'on s'endette. On s'endette parce que nous sommes mal gérés. Parce que nous considérons que les efforts ne sont pas nécessaires. Parce que nous croyons que l'argent est magique d'une certaine manière. Et regardez les débats. Il y a toujours des gens très intelligents pour trouver des idées de dépenses nouvelles. Toutes les politiques de chèque sont des politiques qui, en fait, s'assoient sur cette idée que la dette doit être remboursée.

D'ailleurs, il y a des gens qui ont théorisé ces dernières années, y compris dans la majorité, et je ne les citerai pas là parce que justement ça fera l'objet de la commission d'enquête, des gens qui théorisaient l'idée que la dette, finalement, on pourrait peut-être ne pas la rembourser.

5:21
Présentateur

Ça, c'était plutôt l'extrême gauche. C'est Mélenchon qui a dit qu'on ne remboursera pas et on se débarrassera de cette dette.

5:26
Philippe Juvin

L'idée d'une dette éternelle qu'on pourrait faire rouler éternellement, c'est quelque chose qui était porté, je crois, au-delà de l'extrême gauche. Mais encore une fois, je suis très prudent, la commission d'enquête sera là pour établir qui peut-être a trompé les Français en laissant entendre qu'une dette, ça pouvait ne pas se rembourser in fine.

5:42
Présentateur

L'idée de pousser devant nous pendant l'éternité une certaine somme de dettes, l'État n'est pas un ménage, c'est acceptable.

5:48
Philippe Juvin

Le but, ce n'est pas d'avoir zéro euro de dette. Non, bien entendu. Mais dire que l'État n'est pas un ménage, c'est souvent la première étape qui fait qu'on ne se préoccupe pas des choses. Évidemment, l'État n'est pas un ménage. Quand vous vous endettez avec votre banquier, votre banquier va regarder quel âge vous avez. Si vous êtes très, très âgé, il va se dire que vous risquez peut-être de quitter ce monde et de ne pas rembourser. Il ne vous prêtera pas, ce qui n'est pas le cas de l'État. Toutefois, nous devons, toutes les dettes se remboursent. Et ça, c'est quelque chose, c'est un élément de logique qui n'a souvent été nié même par les esprits qui se veulent les plus éclairés.

6:23
Présentateur

Alors, c'est vrai que toutes les dépenses proposées par les politiques sont souvent financées à l'aveugle. Ce sont toutes financées à l'aveugle. Notamment, disent les membres de la majorité, les 125 milliards de dépenses proposées par les LR, par votre parti, lors des dernières discussions budgétaires.

6:36
Philippe Juvin

Lors des dernières discussions budgétaires, les LR ont proposé des économies coupées dans la dépense publique. Et nous avons été renvoyés dans nos buts sur le mode circuler, il n'y a rien à voir. Comment on fait maintenant face à la dette ? On fait plusieurs choses. D'abord, on diminue les dépenses inutiles. Il y a beaucoup de dépenses soit inutiles, soit improductives. Voilà, soit improductives ou soit peu productives. Il faut les diminuer. Et nous avons fait, nous, les LR, des propositions de diminution de ces dépenses qui ont été balayées par le gouvernement. Il faut y revenir. Il y a un deuxième élément pour résoudre la dette, c'est qu'il faut travailler plus.

Le nombre d'heures travaillées en France est inférieur au nombre d'heures travaillées chez nos voisins. On ne travaille pas suffisamment. Déjà, ces deux points sont importants.

7:17
Présentateur

Ça veut dire qu'un vrai programme sérieux venu de la droite en 2027, ça sera de repasser aux 39 heures ?

7:23
Philippe Juvin

Non, ça sera de travailler plus par personne en âge de travailler. Aujourd'hui, en gros, vous avez en France un paquet de gens qui travaillent beaucoup, mais beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et puis, vous avez des gens qui ne travaillent pas du tout. Et donc, ces questions, il faudra les poser. Mais aussi, je le dis, de faire disparaître les dettes inutiles et les millefeuilles administratives, etc. On considère que les complexités administratives en France, l'ensemble de tout ce truc qui fait que la France est un enfer administratif, ça coûterait 100 milliards d'euros d'impôts tous les ans, c'est-à-dire de quoi, justement, apurer la dette. Ça ne s'appelle pas l'austérité, ça ?

Comment peut-on appeler l'austérité un pays qui vit au-dessus de ses moyens ? Non, l'austérité, ce n'est pas ça. L'austérité, ce n'est pas un pays qui a un taux de prélèvement obligatoire immense, un déficit le plus élevé, une dépense publique la plus élevée de l'Union, la dette la troisième plus élevée et qui continue à augmenter. Arrêtons de dire que la France est un pays austère, la France est un pays qui dépense beaucoup, c'est le contraire de l'austérité. Et notre système social sera préservé tout en remboursant notre dette, c'est possible ? Et c'est tout le sujet. Les dépenses sociales, vous savez que la somme des dépenses sociales est supérieure à la somme des dépenses de l'État.

Donc, il est très clair que c'est aussi en matière sociale qu'il faut aller voir. Moi qui suis médecin, je peux vous dire une chose, c'est qu'on dépense beaucoup pour la santé, mais on ne dépense probablement pas au bon endroit. Et la conséquence de ça, il faut que les Français le comprennent, c'est qu'aujourd'hui, il y a des médicaments qui sont disponibles chez nos voisins, qui ne sont pas disponibles chez nous parce que nous sommes devenus pauvres. En fait, la dette, ce n'est pas quelque chose de théorique. La dette, ça fait en sorte que les Français ne bénéficient pas des services publics dont ils pourraient bénéficier.

Je prends un exemple, il y a des cancers aujourd'hui qui sont mieux traités en Allemagne que chez nous parce que les médicaments innovants très chers sont disponibles en Allemagne et ne sont pas disponibles chez nous. Est-ce que les Français le savent ? Mais ça, c'est la conséquence de la dette. La dette n'est pas que théorique, c'est pratique.

9:18
Présentateur

Votre commission d'enquête, le débat sur les finances publiques, ça peut donner une motion de censure et la chute du gouvernement ?

9:22
Philippe Juvin

Alors, ce n'est pas la commission d'enquête qui fera... Non, mais enfin, ça crée une ambiance. Mais ça crée une ambiance, tout simplement parce qu'il faut savoir. Enfin, je veux dire, il n'y a pas d'argent public. Vous savez, l'argent public, c'est l'argent des Français. À partir de là, il est normal que le Parlement, c'est dans la Constitution, contrôle l'action du gouvernement. Ça fait des années qu'on nous dit, dormez bien, soyez tranquilles, le gouvernement veille. Et on s'aperçoit brutalement qu'on n'est plus en mesure de payer nos traites et que notre modèle social est en danger à cause de cette impéritie de ceux qui nous gouvernent. Ensuite, y aura-t-il une motion de censure ?

Écoutez, si le gouvernement continue à nous considérer dans l'opposition, balaye nos propositions, par exemple, les diminutions de dépenses, c'est fondamental. Eh bien, oui, il y aura un moment où on dira, écoutez les amis, vous êtes bien gentils, mais non seulement vous gérez mal, mais en plus, vous n'écoutez pas les propositions qu'on vous fait, donc on vous censure. C'est ça le risque, bien entendu.

10:14
Présentateur

Mercredi, passera en Conseil des ministres la loi sur la fin de vie. Je pense que le rôle de la médecine n'est pas d'abréger la vie, avez-vous déclaré. L'aide active à mourir, ça peut être autre chose, c'est pas abréger la vie, c'est abréger les souffrances.

10:24
Philippe Juvin

Écoutez, moi, je suis médecin et tous les jours, j'aide les gens à mourir. Et pour autant, je ne leur injecte pas un produit qui met fin, qui abrège leur vie, qui les tue. C'est un sujet très complexe, nous avons deux minutes, mais premièrement, un Français sur deux qui a besoin de soins palliatifs en France n'y a pas accès. Un milliard, plus d'un milliard vont être investis. Oui, c'est-à-dire plus 6%. Comment, avec plus 6% du budget, vous doublez l'offre en soins palliatifs ? Moi, je ne sais pas faire. Premier point. Deuxième point, pourquoi on demande l'euthanasie ?

Moi, les demandes d'euthanasie que j'ai eues, c'est des demandes de gens qui souffraient physiquement, mentalement, socialement, parce qu'ils étaient seuls. Moi, j'aurais attendu un grand plan de soins palliatifs, j'aurais attendu un grand plan de prévention du suicide. Là aussi, on voit que la politique du gouvernement est souvent une politique de communication et pas d'actes. Il y a eu, en 2019, un grand plan du gouvernement sur la prévention du suicide. Où en est-on aujourd'hui ? Pour voir un psychiatre, ce sont des semaines et des semaines d'attente. Les Français ne veulent pas qu'on les aide à mourir, ils veulent qu'on les aide à vivre dignement, y compris les derniers instants.

Aujourd'hui, je suis désolé de vous le dire, mais quand vous êtes pauvre, quand vous habitez dans un tout petit appartement les uns sur les autres, quand vous ne pouvez pas vous payer le fauteuil roulant à 25 000 euros ou l'ordinateur qui détecte vos paupières, eh bien oui, la fin de vie peut être difficile. Et donc, moi, ce que je veux, c'est qu'on ait un plan de fraternité. Le plan de fraternité, c'est d'aider les gens dans les derniers instants. Et puis, je ne veux pas que, quand j'entre dans une chambre en blouse blanche, la personne puisse avoir un doute sur la finalité de ma venue. Je suis là pour les soulager et pas pour les tuer.

11:57
Présentateur

Un dernier mot sur un de vos projets, faire entrer Mirabeau au Panthéon. Alors, il a été le premier à y entrer, puis on l'en a expulsé. Il est le premier à en sortir. Et oui, on s'est aperçu qu'il était un agent double du roi. Pourquoi le remettre ?

12:07
Philippe Juvin

Mirabeau, c'est le grand orateur de la Révolution française. Il est honoré à l'Assemblée nationale par un grand bronze qui rappelle cet épisode de juin 89. Nous sommes ici par la volonté du peuple. Nous n'en sortirons que par la force des baïonettes. Le serment du jeu de paume. Exactement. Et c'est lui qui a, par exemple, établi que le tiers-état représentait le peuple. Donc, c'est une grande figure de la Révolution. Et c'est surtout aussi, et là, je fais un parallèle avec aujourd'hui, quelqu'un qui a été radical dans ses demandes, demande de liberté, et qui a pourtant, dans ses paroles, toujours voulu être conciliant et faire en sorte que la France ne soit pas coupée en deux.

Et nous avons aujourd'hui besoin de gens qui sont radicaux dans leurs réformes et conciliants dans leurs paroles, alors que nous avons plutôt des gens qui sont très mous dans leurs actes et pourtant font une communication hyper incisive.

13:01
Présentateur

Malgré l'armoire de fer, Mirabeau, Panthéon, nous verrons si votre vœu est exaucé. Merci. Philippe Juvin, merci infiniment et bonne journée. Merci, messieurs. On retiendra cette phrase de Philippe Juvin. Les Français ne veulent pas qu'on les aide à mourir, ils veulent qu'on les aide à vivre dignement. Et Christophe, vous recevrez Clément Beaune, demain, député de Paris à 7h45 sur Radio-J. À demain. À demain.