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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 12 février 2025 11 min

Trump veut-il écraser l'Europe ? - C dans l’air l’invité - 12.02.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-C'est bien, ça, Charlotte. ... - C.Roux: Bonsoir et bienvenue.

L'Europe est mise sous pression par D.Trump depuis son arrivée au pouvoir. Il a annoncé la mise en place de sanctions et de nouveaux droits de douane.

Comment l'Europe doit-elle réagir? Doit-elle entrer dans un bras de fer avec D.Trump ou jouer le compromis?

On en parle avec B.Haddad. Vous êtes ministre délégué chargé de l'Europe.

Nous allons évoquer le bras de fer avec D.Trump. D'abord, un mot sur ce qu'a dit V.Zelensky à la presse britannique. "Nous échangerons un territoire contre un autre." La Russie dit qu'il n'en est pas question.

Vous y voyez une avancée? - B.Haddad: Depuis le début, les Ukrainiens se disent ouverts à une négociation.

Ils souhaitent faire des compromis. Mais aujourd'hui, qui garde des buts de guerre maximalistes? Qui continue l'escalade sur le terrain avec des missiles et des drones iraniens, des troupes nord-coréennes sur le sol européen?

C'est la Russie, aujourd'hui, qui se ferme à la paix et à la diplomatie. La seule façon d'entraîner cette négociation que la France espère est de renforcer l'aide aux Ukrainiens et de renforcer les Ukrainiens sur le terrain dans le rapport de force. A plus long terme, se poser la question de la dissuasion d'une future agression.

C'est la voix que l'on porte avec le président de la République dans cette situation. - C.Roux: La vérité, c'est qu'on attend que Trump mette fin à la guerre. - B.Haddad: Je ne crois pas à cette auto-flagellation permanente en croyant à notre faiblesse.

Les Européens, depuis 3 ans, sont restés unis et déterminés dans le soutien à l'Ukraine. L'aide militaire, humanitaire et économique de l'Europe est supérieure à l'aide américaine. Les Européens joueront aussi leur rôle à long terme dans la géopolitique.

Nous souhaitons travailler avec les Américains. Ce ne serait dans l'intérêt de personne d'offrir une victoire à V.Poutine.

Le précédent que ça représenterait pour d'autres théâtres sur la scène nationale serait un affaiblissement des Etats-Unis et une menace pour la sécurité de l'Europe. Elle est en jeu. Ceux qui disaient il y a quelques mois qu'il y avait des solutions simples, faciles et rapides à cette guerre en Ukraine...

On voit encore que la Russie poursuit son escalade. - C.Roux: Vous êtes toujours pour que l'Ukraine adhère à l'Otan? - B.Haddad: Cette adhésion est une des possibilités d'offrir des garanties de sécurité à long terme. - C.Roux: Vous êtes favorable? - B.Haddad: C'est la position de la France et de nombreux Européens.

Pour une adhésion à l'Otan, il faut un consensus. C'est une organisation militaire qui fonctionne par consensus. C'est pourquoi le président de la République pose depuis plusieurs mois la question cruciale de ces garanties de sécurité.

Si, demain, la guerre s'arrête, la question de sécurité fondamentale sera: comment dissuader une future agression? Comment offrir à l'Ukraine ces garanties de sécurité dans lesquelles les Européens auront leur rôle à jouer? - C.Roux: Le chef du Pentagone se dit défavorable à cette adhésion de l'Ukraine à l'Otan.

Ca illustre ce dont on va parler ce soir: la question du rapport de l'Europe avec D.Trump. Il a mis ses menaces à exécution.

Il y aura une hausse de 25 % sur l'acier et l'aluminium européen. Quelle doit être la réponse de l'Europe? On tend l'autre joue ou on joue le bras de fer? - B.Haddad: On joue le bras de fer.

Soyons sérieux. Une guerre commerciale, le protectionnisme n'est dans l'intérêt de personne. Pour se faire respecter, il faut défendre nos intérêts de façon unie et déterminée et assurer des rapports de force.

On est déjà passés par là. En 2016, après la première élection de D.Trump, quand on nous a dit que les Européens allaient se diviser, s'affaiblir et se précipiter à Washington en rangs dispersés pour avoir des deals bilatéraux...

Il n'en a rien était. Nous avons montré que nous avions des instruments de rétorsion commerciale. On ne souhaite pas une guerre commerciale, mais nous sommes aussi capables de répondre. - C.Roux: C'est vrai qu'en 2018, l'Europe avait répliqué avec des taxes sur les Harley-Davidson et le maïs du Midwest.

Ca avait marché? On va le refaire? - B.Haddad: Ca avait marché.

Il y avait eu une suspension des tarifs contre l'acier et l'aluminium qui allaient jusqu'au 30 mars. Si on rétablissait les tarifs contre les Européens, il y aura ces contre-mesures qui seront automatiques. Non seulement nous avons les moyens de défendre nos intérêts et d'assumer ce bras de fer, mais l'Europe est sortie de sa naïveté.

Elle a renforcé ses instruments, largement sous l'impulsion de la France du président de la République. Notamment en étendant le champ des secteurs comme les services et le numérique. Un exemple récent, sur les véhicules électriques chinois...

On n'en avait pas été capables sur le photovoltaïque. La Commission européenne a enquêté et démontré que la Chine subventionnait massivement son industrie du véhicule électrique. Nous avons décidé, en Europe, d'imposer des tarifs douaniers à l'industrie des véhicules électriques. - C.Roux: Il y aura donc une réponse de l'Europe unie aux tarifs douaniers imposés par les Etats-Unis? - B.Haddad: Absolument.

La Commission européenne l'a dit de façon claire. - C.Roux: Pareil sur le Groenland?

Qu'est-ce qu'on fait? Il dit qu'il va l'acheter. - B.Haddad: C'est inacceptable de remettre en cause l'intégrité territoriale d'un Etat allié de l'UE.

Le président de la République a reçu le président danois et on est en contact avec nos homologues. La France se tient aux côtés du Danemark. S'il y avait une pression économique et commerciale sur un pays européen, on est capables de le soutenir.

On l'a fait ces dernières années en renforçant nos instruments européens. La Lituanie avait été mise sous pression par la Chine. Nous avons été capables de les soutenir et d'imposer des rapports de force.

L'UE est un marché unique de 450 millions de personnes. Nous sommes capables de défendre collectivement nos intérêts. - C.Roux: Le problème, c'est qu'on a un Trump 2 qui revient aux responsabilités.

Le vice-président américain, lors du Sommet international sur l'IA menace clairement les Européens. - J.D.Vance: Nous invitons vos pays à travailler avec nous et suivre notre modèle.

Cependant, l'administration Trump est troublée par le fait que certains gouvernements étrangers semblent vouloir serrer la vis contre les grandes entreprises technologiques américaines. L'Amérique n'accepte pas et n'acceptera pas cela. C'est une terrible erreur, pas seulement pour les Etats-Unis, mais aussi pour vous. - C.Roux: Le message est clair. "L'Amérique n'acceptera pas les sanctions, y compris sur les grands géants de la tech, à commencer par X." - B.Haddad: Pour investir aux Etats-Unis, il y a des règles à respecter.

Pour investir en Europe, c'est pareil. On s'est dotés, ces dernières années, d'un arsenal législatif, notamment le Digital Services Act, qui exige des plateformes numériques qu'elles modèrent leurs contenus, luttent contre la haine en ligne, la désinformation, et autres. Il y a des enquêtes de la Commission européenne sur X ou sur TikTok.

En Roumanie, l'élection présidentielle a été annulée à cause de l'ingérence de la Russie via TikTok. Il faut respecter nos règles. Je voudrais souligner quelque chose sur ce qui s'est passé ces 2 derniers jours.

Ce sommet de l'IA a été un succès diplomatique majeur pour la France. C'est une avancée fondamentale pour l'Europe. Il y a la régulation, mais si on ne veut pas dépendre des acteurs numériques étrangers, il faut que l'on mette le paquet sur l'innovation et l'investissement. 109 milliards d'euros d'investissement ont été annoncés dans l'IA en France.

L'ouverture de data centers, le renforcement de la formation... 50 milliards d'investissements en plus de la part de la Commission européenne.

Ce n'est pas qu'un enjeu de révolution dans le domaine du transport ou du travail, ou encore de l'éducation. C'est un enjeu de souveraineté nationale, pour réduire nos dépendances. Pour ne pas rater ces rendez-vous, on doit mettre le paquet.

Le monde avance vite. On voit l'irruption de DeepSeek en Chine. Les règles du jeu changent.

Vous avez parlé du Groenland ou des guerres commerciales. Il faut qu'on défendre nos intérêts et qu'on mette le paquet dans les investissements et l'innovation. C'est ce que fait la France.

Elle redonne un optimisme et un esprit de conquête sur la tech à l'Europe. - C.Roux: Je vais vous montrer ces images que tout le monde a vu, dans le bureau Ovale, épicentre du pouvoir américain.

E.Musk arrive avec son fils sur les épaules. La scène est hallucinante.

Vous le prenez au sérieux? - B.Haddad: Bien sûr.

E.Musk ou D.Trump?

Il faut prendre les 2 au sérieux. D.Trump, ne serait-ce parce qu'il représente une tendance à plus long terme aux Etats-Unis.

Le protectionnisme, une forme d'unilatéralisme, le fait de se tourner plutôt vers l'Asie et de tourner le dos à l'Europe...

Il faut être capables de comprendre que les règles du jeu changent, investir dans notre souveraineté, mettre le paquet sur la compétitivité de notre continent... - C.Roux: L'Europe n'est pas un club de Bisounours? - B.Haddad: Le président de la République a dit qu'on était un peu trop herbivores.

Il faut continuer à défendre nos valeurs, la liberté et la démocratie, mais qu'on soit aussi capables d'être compétitifs. - C.Roux: B.Retailleau caracole dans les sondages avec ce qu'il fait au ministère de l'Intérieur...