Caisses de gève : comment tenir contre Macron sur la durée
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Un toujours debout consacré à la deuxième journée d'action contre la réforme des retraites portée par un gouvernement décidé, je cite, à ne plus négocier. Le pouvoir mis en effet sur l'essoufflement financier des grévistes, déjà pris à la gorge par la hausse des prix. Face à leur inflexibilité, la mobilisation se poursuit. Et pour qu'elle se maintienne dans la durée, les grévistes ont besoin d'une caisse de grève. Alors les caisses de grève, je l'ai dit, ce sont les caisses noires du monde du travail. Même si j'ai vu quelques petites réactions, vous pourrez réagir bien évidemment. Alors quel est leur rôle dans le bras de fer qui oppose les grévistes au gouvernement ?
On en discute avec Alma Dufour, députée LFINUPS, Gabriel Rosenman, sociologue et spécialiste des caisses de grève, et Guillaume Quintin, secrétaire national du Parti de Gauche. C'est parti pour l'entretien d'actu. Bonsoir à vous. Bonsoir. Alors on vient de le voir, l'appel des syndicats, une deuxième journée de mobilisation massive a été entendue. La CGT annonce 2,8 millions de manifestants dans toutes les rues de France, même si lui, le ministère de l'Intérieur, annonce plutôt 1,3 million. Mais c'est toujours plus que le 19 janvier dernier. 500 000 manifestants à Paris. À Marseille, les syndicats ont recensé 205 000 manifestants.
Alors bien sûr, la police n'est pas d'accord avec ces chiffres. Alors vous, vous y étiez à Paris. Quelles sont vos impressions ? Peut-être commencer par ma droite.
J'ai l'impression d'énormément de monde et de volonté de préparer la suite. Moi, avant même la manif, j'étais à l'Assemblée générale des cheminots de Saint-Lazare ce matin. Et la discussion principale était quand est-ce qu'on part en grève reconductible ? Parce que je pense que tout le monde a bien conscience que des manifestations aussi grosses soient-elles ne suffiront pas à faire reculer le gouvernement. Elles donnent de l'énergie, elles donnent confiance, elles montrent qu'on est une majorité dans le pays. Mais il faut encore passer à un cran supérieur.
Vous partagez cet avis, Guillaume Quintin ?
Clairement. Moi, je n'étais pas à l'AG des cheminots de Saint-Lazare. Mais je n'ai pas pu y aller ce matin. J'ai mes petites habitudes à l'AG des cheminots de Paris-Est. Où on a quelques bons camarades là-bas. Et j'ai vu Fabien Ville-Dieu en vidéo sur les réseaux sociaux. Il disait, voilà, si on loupe cette séquence-là, c'en est fini. Donc, il va vraiment falloir enquiller fort derrière. Je pense que les gens étaient vraiment déterminés. J'étais au tout début de la manif cet après-midi, à l'avenue des Gobelins. On a vu des gens qu'on ne voyait jamais. Des syndicats qu'on ne voyait même jamais. Ou quasiment jamais. Ou si peu, deux ou trois. Et là, la CFTC a fait une marée bleue.
Ils ont ouvert le cortège. Je n'avais jamais vu ça. Donc, voilà, les gens en veulent. Ils veulent vraiment que ce projet soit enterré. Et je pense que là, maintenant, il faut que ça parte. Il faut que la grève et la grève prennent. Et pour ça, effectivement, les caisses de grève sont un des outils. On va en parler tout à l'heure.
Oui, qui ne sont pas des caisses noires, c'est ça ?
Qui ne sont pas des caisses noires. D'accord, ok.
Alma Dufour aussi, vous êtes plutôt optimiste pour la suite.
Oui, oui, on est optimiste. Moi, j'étais à Rouen ce matin. Donc, je n'étais pas à Paris tout à l'heure. Mais aussi, voilà, dans les villes, un peu partout en France, on a aussi vu le nombre de manifestants augmenter, des profils différents. C'était chouette aussi de voir qu'il y avait des gens qui n'étaient pas en grève et qui nous saluaient depuis le fenêtre et qui tapaient sur des casseroles, etc. On a même vu un camion de pompiers qui avait marqué en grève dessus. Mais je crois qu'ils étaient réquisitionnels. Mais bon, en tout cas, ils travaillaient tout en faisant grève.
Mais voilà, ce qui est sûr, c'est que dans le cortège, beaucoup, beaucoup de monde et beaucoup de gens qui, effectivement, se demandent quelle sera la suite et qui ont besoin peut-être d'une visibilité sur quel secteur on va pouvoir compter dans les prochains jours pour prendre le relais et commencer vraiment à bloquer, entre guillemets, le pays. Et hier, on était, nous, justement, chez Les Cheminots aussi, mais à Sauteville-les-Rouans. C'était un meeting NUPES-Syndicat, ce qui était assez chouette aussi. Et on a commencé à discuter dans le dur avec les raffineurs, avec les salariés des centrales nucléaires aussi de Normandie. Voilà.
Et ils ont effectivement prévu de monter en puissance dans le blocage du pays.
Alors, on va maintenant entrer dans le vif du sujet qui nous rassemble, les caisses de grève et leur rôle dans le bras de fer qui oppose les grévistes au gouvernement. On commence avec une question très basique. C'est quoi, une caisse de grève ? Et je me tourne vers Gabriel Rosenman, sociologue et historien des caisses de grève. Est-ce que vous pouvez nous dire comment elles sont nées et comment elles se sont développées depuis l'origine jusqu'à aujourd'hui avec l'avènement du numérique ?
Alors, ça fait beaucoup d'éléments à rentrer dans une seule question. Alors, ce que c'est d'abord, c'est un dispositif militant qui sert à aider des grévistes et à diminuer le coût financier de la grève. Après, ça peut prendre des formes très différentes. Ça peut être des caisses de syndicats abondées par des cotisations et souvent réservées aux adhérents. Ça peut être des collectes de solidarité pendant une grève où des donateurs veulent faire un geste pour aider les grévistes à tenir. Et donc, ces formes-là, elles ont une évolution assez longue et chaotique dans l'histoire du mouvement ouvrier français en particulier. Ça remonte au moins aux révoltes de Canut à Lyon en 1831.
C'est la première trace de caisses de grève que j'ai trouvée, donc vraiment l'acte de naissance du mouvement ouvrier en France. Et ça revient périodiquement dans des périodes avec des configurations assez différentes en fonction de la structuration du mouvement syndical, du débat aussi entre syndicalisme radical ou plus réformiste. mais ça se retrouve dans à peu près toutes les traditions. Il y a eu le syndicalisme chrétien qui en a fait un projet pendant les années 1920-1930 qui a finalement été mis en place et qui a donné ce qu'on connaît aujourd'hui avec la caisse de grève de la CFDT.
Il y a eu des caisses de grève à la CGT et ensuite une longue période où ça a été plutôt un pari stratégique sur les collectes plus que sur l'accumulation. Mais donc voilà, ça suit des chemins assez tortueux que j'essaie d'étudier dans ma thèse. Mais en tout cas, dans la période actuelle, il s'est passé un truc assez intéressant depuis quelques semaines. C'est que la plupart des expériences de caisses de grève de ces dernières années avaient comme but central d'aider des grévistes à tenir. Et donc c'était exclusivement quasiment des grèves longues. Et là, il y a la mise en place d'un système qui vise pas simplement à tenir mais à étendre la grève.
Par exemple, dans les syndicats de la fonction publique, notamment dans le SNU-IPP ou dans la FSU, il y a eu la mise en place de caisses de grève qui visent à permettre à des personnels précaires qui ne pourraient pas faire grève du tout de s'impliquer sur une ou deux journées ou en tout cas les journées qui arriveront dans le paysage. Et donc ça, ça vise plutôt à permettre d'élargir l'assiette de grévistes plutôt qu'à permettre uniquement à des grévistes qui sont engagés dans des conflits longs à tenir. Et donc les caisses de grève, en fait, c'est ces deux, en ce moment, c'est ces deux rôles-là.
D'accord. Guillaume Quintin, vous avez été l'initiateur d'un grand téléthon des caisses de grève. C'était le 17 février 2020. Un événement capté par le Média et diffusé sur notre chaîne YouTube et vous avez collecté plus de 150 000 euros.
Oui, je n'ai plus le chiffre en tête, ma mémoire est incertaine, 158 000. 158, oui,
presque 160 000 euros.
Dont 66 000 le premier soir pendant l'émission qu'on a faite ici même.
C'est énorme. Est-ce que vous pouvez nous raconter la genèse et le principe même de cette idée ?
La genèse, alors en fait, pendant la précédente bataille des retraites, il se trouve que moi, j'étais au chômage depuis un moment, depuis assez longtemps et que j'avais pas, j'étais assez frustré parce que j'avais vraiment rien à donner aux caisses de grève. Donc c'était pendant la précédente bataille des retraites et c'était rude. J'allais, moi, aux algés de Paris-Est voir les cheminots et puis j'avais rien à donner. Puis comme j'ai souvent des idées à la con, j'ai proposé à plusieurs camarades d'organiser un téléthon de la grève pour collecter de l'argent pour les caisses de grève. Et donc on s'est dit que ce serait pas mal de le faire sur une base unitaire.
Donc on a impliqué à l'époque, je ne veux pas vous dire de bêtises, mais il y avait la France insoumise, il y avait le NPA, il y avait Attaque, il y avait les Amis de la Terre, il y avait tout un arc syndical et partidaire. Et puis j'ai décroché mon téléphone, j'ai appelé Alexis Poulain qui avait lui aussi des contacts dans les milieux de journalistes. Et j'ai dit voilà ce que je veux faire et qu'est-ce que tu en penses ? Il me dit c'est une excellente idée et on a commencé à remuer un petit peu le terrain. Donc on a rameuté une demi-douzaine de médias. Donc le Média, Radio Parleur, Bastamag. Média indépendant. Que des indépendants. Ah oui, moi je voulais des non-alignés en fait.
Et même Sud Radio à l'époque. Donc voilà. Et puis on a fait six plateaux avec des intervenants différents. Là aussi, alors moi j'invite les gens qui nous regardent à aller voir, la vidéo est toujours en ligne. Donc on peut la voir par petite séquence parce que 6h30 d'affilée, c'était très long. Mais on a passé un moment extraordinaire. D'abord on a bien rigolé. Puis il y a aussi eu des plateaux avec des gens, Gabriel je crois que tu étais parmi nous, pour expliquer ce que c'est que la grève, qu'est-ce que c'est que les caisses de grève, à quoi ça sert, etc. Et on a donc récolté 66 000 euros le premier soir et jusqu'à 158 000 puisque la caisse est restée en ligne près de six mois. Voilà.
Une initiative que vous comptez renouveler ?
Alors on y pense fort.
Oui.
On y pense fort. Voilà. Je sais que j'ai déjà eu des sollicitations. On va voir. On va voir. Il faut effectivement que que ce soit justifié. Il faut qu'il y ait des grèves à soutenir. Mais j'espère bien qu'il va y en avoir. Oui. J'espère bien.
Alors Alma Dufour, vous êtes très impliquée dans la gestion de la caisse de grève qui a été mise en place par la France Insoumise afin d'apporter un soutien financier à des salariés en lutte. Alors ce n'est pas commun de voir ce genre d'initiative au sein de partis politiques. Alors qu'est-ce qui vous a poussé à sortir de votre rôle, on va dire strictement politique, pour venir appuyer l'action syndicale ?
Oui. Alors merci de dire que c'est appuyé parce qu'on a pu avoir ces questions. Est-ce que vous essayez de vous substituer ? Pas du tout. D'ailleurs, la plus grosse caisse de grève qui existe aujourd'hui pour faire face à la dure bataille contre la réforme, c'est la caisse d'Infocom CGT, si je ne dis pas de bêtises, ou la salle de la CFDT. Enfin, en termes de montants, on est sur des montants autour de 150 000 euros déjà, je pense. Alors Infocom, Ex-Infocom, Solidaractif Financière, ils ont passé la barre des 200 000 euros récoltés là, sur la séquence en moins de deux semaines. Mais c'est une caisse de grève qui a collecté près de 4 millions d'euros depuis sa création.
Plus de 4 millions depuis sa création. Non, le plus gros paquet, mais tu as le chiffre mieux que moi, mais c'est celui de la CFDT. C'est le nombre de 130 millions d'euros accumulés. Les chiffres... C'est un bon paquet. C'est un énorme paquet. On s'est d'ailleurs
entretenu avec Romain Altman, qui est le secrétaire de la CGT Infocom.
D'accord. Et donc, du coup, voilà. Donc, on n'a pas... Là, pour l'instant, notre caisse de grève, elle est à 30 000 euros et quelques. L'idée, c'était surtout pour nous, d'abord, on l'a commencé pendant la grève des raffineurs. Et puis, pour les grèves qui ont commencé à suivre en cascade sur le pouvoir d'achat et pour soutenir des luttes précises qui visaient à obtenir des augmentations salariales pendant leur NAO, notamment. Et en fait, on est venu s'inscrire en complément de luttes qui n'arrivaient pas à avoir suffisamment de soutien ou dont la caisse de grève était insuffisante.
Et donc, on est venu s'ajouter en essayant avec nous notre base qui est autre que celle des syndicats, avec les gens qui nous suivent sur les réseaux, les adhérents, les militants, etc., à apporter notre pierre à l'édifice tout simplement financier de cette histoire. C'était aussi symbolique de dire que nous, on reversait l'augmentation du point d'indice qui a concerné toute la fonction publique et qui concerne de fait aussi le salaire des députés à la caisse de grève aussi comme une manière de se montrer solidaire.
Et c'était important à la fois à la fois en termes de symboles parce que moi, je suis convaincue que les gens, on le sait, on le voit, il y a une crise démocratique qui est profonde, les gens ont une méfiance quand même sur le politique en général même si dans les classes populaires ils sont quand même plus proches de nous ou du Rassemblement National en fonction des territoires. Chez moi, c'est franchement, voilà, je me suis battue contre le Rassemblement National donc je le vois que les classes populaires sont divisées mais qu'il y en a de toute manière une grande partie qui est aussi très méfiante et distante.
Et donc, on avait besoin de renouer avec le terrain de montrer qu'on n'était pas que là pour dire des belles phrases qu'on a un beau programme que notre programme il faut y croire les gens sont pessimistes par moments ils ont l'impression que ce n'est pas réalisable et donc le fait de se montrer aux côtés des gens de montrer qu'on peut nous-mêmes donner de l'argent etc. et d'être au plus près du terrain c'est aussi une manière de montrer que oui, il y a une sortie aussi par la voie politique et que voilà c'est aussi pour redonner de l'espoir en une partie de la classe politique donc en fait la seule qui est en manif est la seule qui donne concrètement des caisses de grève
c'est-à-dire nous Et vous l'avez rappelé effectivement tous les trois s'il y a une caisse de grève qui soulève énormément d'argent et qui d'ailleurs l'une des plus importantes c'est celle de la CGT Infocom depuis sa création en 2016 elle a collecté plus de 4 millions d'euros on s'est entretenu avec Romain Atman secrétaire général chez Infocom CGT à qui on a demandé le secret de leur succès
Elle tient beaucoup dans le fait qu'on tient beaucoup à ça déjà que notre initiative elle est intersyndicale c'est-à-dire qu'elle est gérée par Infocom CGT et par un autre syndicat de Sud Sud Post 92 que vous avez déjà reçu sur votre plateau récemment d'ailleurs avec Gaël Quirante et ce qui a fait vraiment son intérêt c'est qu'on assure aux donateurs une totale transparence sur d'où viennent les dons où est-ce qu'ils vont et comment ça vient aider les grévistes qui sont dans des conflits durs en l'occurrence là on parle du conflit sur les retraites pour cette année Le bilan il est pour nous extrêmement positif c'est-à-dire que là on a dépassé la semaine dernière la barre symbolique des 4 millions d'euros collectés depuis 2016 donc autant dire que c'est inédit et c'est à la fois incroyable parce que ça marque une certaine solidarité des Français dans les conflits sociaux donc c'est vraiment pour nous génial parce qu'on considère que la question de la solidarité financière elle est déterminante dans notre opposition frontale au gouvernement et ses mauvais projets et ses projets de régression sociale
Est-ce que vous voulez peut-être réagir à ce qui a été dit ?
Je crois que c'est indispensable de faire ces collectes parce que le discours de la Macronie qui consiste à dire que les gens qui font grève c'est parce que c'est des feignants ça n'existe pas en réalité les gens font grève et ils amputent leur salaire c'est-à-dire qu'à la fin du mois les journées de grève elles sont décomptées et donc elles ne sont pas payées alors dans la période que tu rappelais tout à l'heure qui est quand même assez compliquée pour énormément de foyers de ce pays les caisses de grève ça ne vient pas faire le complément total et direct c'est juste un petit complément c'est une petite aide mais c'est indispensable parce que ça donne le moral quand on va remettre un chèque de 5000 euros au centre d'action sociale de la ville de Paris pour soutenir je ne sais plus combien de semaines de grève ils ont fait c'est des gens qui sont payés au SMIC voire moins que le SMIC je veux dire la liesse que ça soulève rien que ça ça réchauffe et ça fait du bien et donc c'est ça qu'il faut qu'on fasse
Gabriel Rosenman
je voulais rebondir
sur deux choses qu'a dit Romain Altman la première je pense que c'est pour ça que l'idée de caisse noire n'est pas la bonne c'est qu'il y a justement contrairement aux caisses patronales et notamment quand j'entends caisse noire je pense au scandale de ce qu'on a appelé la caisse noire de l'UIMM le patronat de la métallurgie qui avait une caisse anti-grève et dont le patron a fait de la prison ferme parce que ça avait été utilisé à des fins de corruption donc pour moi caisse noire ça évoque ça alors que les caisses de grève justement font face à un impératif de transparence très puissant et en fait publient des comptes y compris des caisses locales jusqu'aux caisses nationales comme l'expliquait Romain et donc il n'y a pas grand chose de il n'y a pas de zone d'ombre il y a c'est des caisses tout à fait publiques et transparentes deuxième élément qui est important dans la démarche de cette caisse là anciennement Infocom et maintenant qui s'appelle la caisse de solidarité ils viennent de lancer une nouvelle initiative qui ressemble à quelque chose comme une fédération des caisses de grève avec l'idée que n'importe qui n'importe quel secteur âgé ou syndicat local qui voudrait lancer sa propre caisse de grève puisse profiter de l'expérience accumulée par cette caisse là de ses statuts d'association de son compte sur une plateforme de dons et donc puisse s'adosser administrativement à cette caisse là tout en cumulant sur un même compte sur un même compteur plutôt tout l'argent cumulé par les caisses parce que ça ça donne un rôle politique assez important à la solidarité parce que si les différentes comptabilités de chaque caisse sont complètement dispersées on a du mal à voir ce que représente l'effort de solidarité financière avec les grévistes alors que là cette formule là permettrait de combiner la gestion indépendante de chaque caisse locale et un affichage public commun de l'ensemble de l'argent récolté
alors là on traverse une période qui est quand même assez particulière d'inflation galopante les français sont inquiets préoccupés par la baisse de leur pouvoir d'achat est-ce qu'il n'y a pas un risque que les contributions à ces caisses de grève ne soient pas à la hauteur du bras de fer qui oppose les grévistes au gouvernement Alma Dufour
c'est sûr que c'est un enjeu c'est sûr que c'est un enjeu on n'en parle j'étais sur un plateau de BFM où un éditorialiste a eu la gentillesse d'expliquer que peut-être effectivement l'inflation pouvait aussi jouer sur le taux de gréviste c'est un enjeu énorme sur ma circonscription il y a des gens qui au supermarché nous disent qu'ils vont à la banque alimentaire donc oui là on a un vrai vrai sujet d'inflation qui est colossal et qu'on minimise constamment dans les médias parce qu'on donne un indice qui est de 6% de l'augmentation des prix alors que sur l'alimentaire on est autour de 13% donc pour les ménages pauvres c'est vraiment vraiment dur donc ça ça va être un enjeu ça va être un enjeu mais mais en même temps il faut qu'on arrive à en fait il faut qu'on ait un plan clair aussi je pense que quand les gens auront l'information aussi que tel secteur peut se mettre en grève que tel autre etc et de comment on compte vraiment avoir un impact dans le rapport de force ça donne forcément beaucoup plus envie de faire ce geste qui peut coûter plus cher aujourd'hui qui coûtait il y a 2 ans ou 3 ans même si c'était déjà pas facile pour les ménages les plus pauvres je pense que c'est là où c'est un peu ce qui ressortait de la manifestation de tout à l'heure enfin en tout cas à Rouen c'était de dire voilà on attend maintenant quelle sera la prochaine vraie grève comment ça va s'emboîter sur quel secteur on va pouvoir compter en premier et quels sont leurs besoins et en fait avec cette communication là je pense qu'on peut embarquer énormément de gens et notamment des gens qui ont envie de contribuer mais qui peuvent pas faire grève et déjà pour leur salaire mais aussi pour d'autres raisons c'est que dans les TPE par exemple dans les PME dans des boîtes où il n'y a pas de syndicat dans la restauration moi je discute beaucoup avec des serveurs et serveuses ils vous disent moi je vais pas me mettre en grève je suis avec vous mais en fait je peux pas lâcher mon patron enfin voilà on n'est pas dans ce même rapport avec l'employeur ça peut être beaucoup plus difficile et il y a des gens qui quand même voudront je pense contribuer même un petit peu et si on arrive c'est une histoire de com parce que même si les gens mettent pas des montants des caisses de grève c'est pour ça aussi que je suis venue sur ce plateau c'est pour commencer à vraiment en parler et que beaucoup plus de gens sont au courant peut-être que des petits dons peut-être plus petits mais peut-être qu'on arrivera à récolter quand même ce qu'il nous faut et l'argent et peut-être en leur rappelant
qu'il y a des grandes luttes qui n'auraient pas pu prospérer sans le soutien de ces caisses de grève d'ailleurs quelles sont peut-être ces luttes ces dernières années qui ont pu rencontrer un grand succès grâce à ces caisses de grève peut-être Gabriel
les exemples principaux que je vois dans l'actualité récente c'est depuis plus ou moins depuis 2010 il y a une forme de réinvestissement des caisses de grève il y a eu donc en 2010 la précédente précédente grève sur les retraites il y avait eu énormément de dons qui étaient dirigés vers la raffinerie les raffineries et notamment celles de Grand Puy qui avaient même eu trop de dons par rapport à ce qu'ils avaient besoin pour indemniser les grévistes
ils font quoi cet excédent ? ils l'ont reversé
au secours populaire ou à d'autres raffineries même s'il y avait aussi une forme d'illusion dans cet élan-là c'était l'idée que les raffineries toutes seules pourraient empêcher stopper la réforme du gouvernement et que donc tout ce que les gens avaient à faire c'était de donner de l'argent plutôt que s'impliquer eux-mêmes et je pense que c'est ça aussi toujours le débat que soulèvent les caisses de grève c'est est-ce que ça déclenche une grève par procuration ou pas pas nécessairement mais dans certains cas oui je pense que dans le cas de Grand Puy il y avait eu ça et puis ensuite dans les années qui ont suivi il y a eu quelques expériences locales qui ont remis vraiment la caisse de grève à l'ordre du jour il y a eu notamment les postiers du 92 qui en 2014 et en 2018 ont fait des très longues grèves et sans lesquelles sans caisse de grève c'était juste impossible de tenir 15 mois en grève il y a eu la caisse de l'hôtel Ibis aussi de la CGT des hôtels de prestige et économique et avec la depuis 2016 avec la caisse lancée par Infocom il y a eu un renouveau numérique des caisses de grève fortement appuyé sur les réseaux sociaux et donc il y a permis du coup de mettre en lien des gens qui ne se seraient pas croisés un piquet de grève ou en manifestation et d'élargir le périmètre de la solidarité et donc un dernier élément sur ça les mêmes raisons qui font que d'inflation qui font qu'on peut craindre que les dons soient faibles rendent aussi les caisses de grève plus nécessaires qu'à d'autres périodes parce que les grévistes ont moins de réserve financière et énormément les crédits bien sûr mais plus que les crédits ce qu'on appelle les dépenses pré-contraintes ou pré-engagées les prélèvements automatiques qui font que dès le début du mois l'essentiel d'un budget a déjà disparu avant même qu'on puisse décider comment l'utiliser et les directions d'entreprise jouent là-dessus depuis plusieurs années en faisant par exemple en mettant fin à l'étalement des jours de grève sur plusieurs mois il y a la RATP à la SNCF à la Poste des fiches de paye à zéro euro qui tombent quand on est lancé dans des grèves longues parfois même négatives puisqu'ils continuent à prélever les mutuelles ou des choses comme ça et donc il y a un enjeu important à contrer des tactiques patronales par des tactiques de notre camp social et par la solidarité financière
tu peux peut-être parler de ces tactiques justement Guillaume Quintin comment
les tactiques je ne sais pas je crois qu'effectivement la question de la communication sur les réseaux sociaux c'est primordial et puis je voulais revenir sur une chose que vous disiez tout à l'heure c'est notre camp à nous les gens qui sont à 1200, 1300, 1400, 1500, 1500, 1600 1700, 1800 ils donnent aux caisses de grève d'accord quand Vincent Bolloré donne de l'argent à Arnaud Layardère pour acheter son l'arrière-média c'est pas pour lui faire plaisir c'est pas pour le soutenir d'accord c'est pour lui mettre la tête sous l'eau et lui piquer son business nous les gens les gens donnent les gens donnent même s'ils gagnent peu et cette notion de solidarité elle est elle est réelle elle est véritable et on s'appuie là-dessus et ça fonctionne parce que voilà sur le collecton j'ai pas j'aurais pu ressortir les statistiques pour l'émission je l'ai pas fait mais le plus petit don c'était un euro le plus gros don c'était 1000 euros et la Kyrielle c'était 5 euros 5 euros 2 euros 10 euros enfin voilà mais l'écart-type est énorme mais la moyenne c'était des petits dons et voilà je peux dire on a cette capacité là à donner et alors ce qui est intéressant avec ce que tu disais sur la caisse d'Infocom et la plateforme qu'ils proposent c'est que ça permet aussi de sortir du système entre guillemets commercial des plateformes de collecte qui prennent leur com au passage c'est pas des entreprises philanthropiques donc voilà c'est vraiment très intéressant mais voilà c'est des petits dons et ce sont les petits ruisseaux qui feront les grandes rivières et dans notre camp à nous ça fonctionne et oui tout à fait et c'est pour ça que même si c'est des petits dons en fait c'est la masse qui va être critique et c'est notre capacité justement à aller toucher des cercles qu'on ne touche pas qu'on ne touche pas habituellement je veux dire si les 80% ou 90% des français qui sont contre la réforme des retraites mettent juste un euro dans une caisse de grève où je veux dire là on n'a plus du tout de problème de financement mais c'est une réalité c'est à dire qu'il faut absolument qu'on popularise ça davantage qu'on fasse sortir la caisse de grève de son entre-soi entre guillemets de syndicats politiques je le mets dedans on se met de là-dedans de militants de gauche quelle que soit la gauche et le terme mais en gros il faut absolument que le grand public ait conscience que c'est possible que ça existe et pour ça effectivement je pense qu'une stratégie claire aide aussi en déroulant un plan c'est à dire je sais que c'est difficile pour les syndicats parce que ça se décide pas depuis le haut et c'est la base qui décide par exemple dans telle entreprise si grève ou pas il y aura donc ils peuvent pas annoncer à la place de X raffinerie qu'il va y avoir une grève tel jour ça se fait pas comme ça et c'est tout à fait normal néanmoins c'est sûr qu'on aura besoin de ça mais je rejoins je rejoins ce que tu as dit c'est à dire que effectivement moi je pense qu'on a besoin de secteurs forts aussi pour démarrer et montrer qu'il va se passer des choses mais ce serait illusoire de penser que c'est une grève dans les raffineries une grève à la SNCF suffiront à bloquer par elle-même la réforme puisqu'on sait que les réquisitions sont possibles puisqu'on sait qu'il y a plein de manières de contourner moi je me souviens en 2020 comment le fait que les métros fonctionnaient plus pendant plusieurs semaines ça ne gênait absolument pas le gouvernement en Ile-de-France mais bon c'était le cas et donc du coup c'est vrai que plus ça se diffusera à plein de secteurs plus en fait les français dans leur majorité refusons de coopérer plus on a effectivement de chances de faire vite tomber la réforme
alors il est 20h21 je sais qu'Alma Dufour vous devez partir
on peut
d'accord on peut poursuivre l'échange super alors c'est vrai qu'on se réjouit de l'existence de ces caisses de grève il y a quand même certaines difficultés ou limites qui sont attachées ces caisses de grève je pense notamment à la redistribution est-ce que vous pouvez peut-être nous en parler un peu plus de ces obstacles aussi de peut-être ce qui pourrait dissuader les françaises et les français à verser dans ces caisses de grève
je pense pas que ce soit un obstacle mais les critères de redistribution sont très variables selon les expériences il y a parfois la prise en compte historiquement dans l'histoire du mouvement ouvrier c'était beaucoup le critère enfant ou pas qui dominait et l'idée que pour toucher un bout de la caisse de grève il fallait être allé jusqu'au bout de la grève et donc ça de ces deux points de vue là ça a quand même pas mal évolué puisque ces dernières années les critères principaux ça peut être dans les grèves de l'hôtellerie la prise en compte du temps de travail prévu c'est-à-dire que c'est un secteur où il y a énormément de temps partiel et donc c'était l'idée de tenir compte si les gens étaient à temps partiel ou à temps plein dans d'autres secteurs chez les cheminots de Saint-Lazare en 2016 il y avait eu la prise en compte des couples de cheminots grévistes parce que c'était une entreprise avec beaucoup de couples endogames ou de couples de cheminots dans d'autres secteurs c'est tenir compte de seuils pour participer enfin pour bénéficier de la caisse de grève il faut avoir fait 6 ou 8 ou 15 jours de grève c'était le cas notamment sur la grève des retraites il y a 3 ans donc je ne pense pas que tout ça soit des obstacles par contre ce qui est sûr c'est que les dons sont reversés les critères définis en fonction de l'argent qui est effectivement récolté et donc moins il y a d'argent plus les critères seront difficiles à trouver ou exigeants ou concerneront un nombre de grévistes limités donc si les dons par contre sont afflus en fait ce problème là est un peu résolu de lui-même
et c'est quoi le besoin finalement là pour pouvoir tenir en fait dans la durée dans le cadre de cette mobilisation même si on ne sait pas combien de temps ça va demander aux grévistes de poursuivre la mobilisation mais est-ce que ça se est-ce qu'on a une estimation en euros de bien d'argent
il faudrait non je pense c'est un exercice impossible
en prenant exemple sur d'autres grandes mobilisations qui ont pu avoir lieu grâce au soutien de ces caisses de grève non on n'a pas d'idée
non et je pense pas qu'en fait qu'on puisse même y répondre comme ça c'est-à-dire que autant en termes de stratégie de grève on peut avoir des pistes et du débat sur est-ce que c'est la grève reconductible de certains secteurs la grève générale ou le lobbying dans le cadre de certaines structures il y a un débat contradictoire possible là-dessus moi je connais personne aucune structure qui se permettrait de dire si on récolte tant on a gagné parce qu'en fait le débat ce sera comment les utiliser auprès de qui reverser et donc en fait on en revient à la grève elle-même et pas seulement à son financement
alors dans de nombreuses filières on estime que la solution réside dans une grève qui montre en fait l'emprise du monde ouvrier sur les moyens de production si en plus on a ces caisses de grève qui viennent les soutenir dans cette mobilisation il y a quand même alors là pour le coup je pense peut-être un obstacle la répression policière qui peut se montrer de plus en plus féroce face à cette stratégie-là de répression enfin plutôt jusqu'où peut aller même cette répression-là peut-être Alma Dufour
bah oui oui mais tout à fait d'ailleurs pendant la grève des raffineries c'est ce qui s'est passé là il y a encore il y a à peine 3 mois en fait il y a effectivement eu des policiers qui sont venus chercher les gens chez eux pour les forcer à remettre en marche la machine on sait que dans la santé ça dure depuis pas mal de temps je sais pas si vous saviez par exemple qu'il y a pas très longtemps le CHU de Nantes tout le service des urgences était en grève mais qu'il a su absolument personne puisqu'ils ont été réquisitionnés ils ont été réquisitionnés et donc du coup alors c'est horrible parce que dans la santé on voit que c'est un outil de contrôle d'une crise qui devient vraiment catastrophique et vraiment pénible à voir et c'est par le fait qu'on puisse réquisitionner les travailleurs qu'on en arrive là et qu'on permet au système de perdurer et finalement les gens finissent par partir puisqu'ils n'ont pas pu avoir gain de cause par la grève ils sont dégoûtés de la fonction publique hospitalière ils s'en vont et donc maintenant il n'y a plus assez d'agents et ça c'est un autre souci donc il y a des pistes qui sont réfléchies aussi du côté des arrêts maladie pour les secteurs qui ne peuvent pas effectivement faire de grève vraiment et encore une fois plus je pense et plus ça ira vite c'est toujours c'est facile mais plus ça ira vite et dans plusieurs secteurs en même temps plus ce sera difficile pour le gouvernement de résoudre la situation en ayant une logique de répression et de réquisition c'est ça qu'il faut se dire c'est à dire qu'effectivement si on mise trop sur un seul secteur ou deux et qu'on laisse ça pourrir pendant deux trois semaines mais que c'est pas rejoint par d'autres effectivement ce risque là existe c'est que le gouvernement passe en force avec l'aide des forces de l'ordre par contre si vous avez les raffineries on se souvient d'ailleurs les travailleurs du nucléaire avaient menacé de aussi se mettre dans le mouvement si on continue la répression sur les raffineurs donc il y a cette espèce d'effet de contagion on pourrait imaginer voilà s'il y a une grève des écoles ils vont faire quoi ils vont réquisitionner tous les profs pour faire l'école aux petits enfin il y a plein de choses en fait qui peuvent se passer et plus ça ira vite et plus ça se contamine rapidement plus en fait ils vont paniquer ils vont céder quoi bon ça c'est dans mon monde merveilleux voilà mais en réalité c'est comme ça j'imagine que ça peut que ça peut se passer si ça se passait bien
je crois que c'est pas un monde merveilleux c'est un monde où il suffit de regarder ce qui s'est passé il y a trois ans où en fait la réforme des retraites précédentes n'a pas été appliquée alors certes il y a eu le Covid et etc mais il y a eu la grève dans tous les pays où la grève n'a pas eu lieu les réformes libérales ont continué à s'appliquer et donc là c'est une victoire de la grève et au moins partielle et donc le blocage d'une partie de l'économie des transports des raffineries d'une forte mobilisation dans l'enseignement tout ça ça a presque marché tout seul
la logistique aussi ça pardon j'ai oublié ce dernier secteur c'est un secteur dont on parle peu alors que finalement maintenant qu'on produit de moins en moins de choses en France mais on a quand même toujours beaucoup beaucoup de logistique et d'entrepôt c'est sûr que si la logistique rentre dans le jeu les chauffeurs de poids lourd etc les transporteurs bon ça peut aller aussi très vite les dockers le secteur des transports et l'énergie et voilà deux semaines
deux semaines
deux semaines ces trois là deux semaines
c'est entendu le conseil voilà un appel et avec la création d'un nouveau Téléthon donc des caisses de grève dans ce cas vous êtes obligé là on va parler on va terminer par ça les prochaines échéances pour les syndicats et pour les partis politiques de gauche il y a une grève je crois nouvelle grève qui s'annonce en février les 7 et 11 février
je crois qu'il y a le 7-8 février 48 heures de grève prévue avec les dockers les raffineries les cheminots au moins une partie des syndicats de cheminots et dans l'énergie il était question aussi d'une manifestation un samedi je crois le 11 et donc le débat qui s'ouvre entre maintenant et cette période là c'est quel secteur partent en grève reconductible à quelle période je sais que la CGT cheminot et Sudrail évoquait la mi-février et c'est de ça que ça discutait ce matin à l'âge de Saint-Lazare
et même d'ailleurs aussi quelle est la stratégie donc c'est le samedi 11 février ça se discute encore en ce moment on en parlera demain puisqu'on continuera à parler de la grève demain et bien écoutez je crois que je vous ai pris suffisamment de temps comme ça il est 20h30 merci beaucoup Alma Dufour députée LFI NUPS Gabriel Rosenman sociologue et spécialiste des caisses de grève et Guillaume Quintin secrétaire nationale du Parti de Gauche qui lance très prochainement un nouveau téléthon des caisses de grève le 2 et ça se passera bien évidemment aux médias
Alma Dufour