Mathilde Panot, sa réponse à la déclaration de politique générale de François Bayrou - 14/01/2025
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Monsieur le Premier ministre, vous attendiez désespérément votre heure. Votre heure est venue et vous ne respectez rien. Vous ne respectez rien, ni le résultat des urnes, ni la souveraineté du peuple. Votre gouvernement recycle les artisans du malheur de la France pour jouer dans l'amorosité le réquiem de la Macronie. Nous n'avions jamais vu un gouvernement avec un Premier ministre imposé et deux anciens premiers ministres à ses côtés. L'un est tristement connu pour la déchéance de nationalité, la loi travail et pour avoir déjà trahi le résultat d'un vote. Battu en France, il s'en est allé perdre les élections en Catalogne avant de revenir dans votre gouvernement de défaite et de défait.
L'autre est réputé pour le passage en force de l'indigne réforme des retraites et la répression du plus grand mouvement social depuis mai 68, une réforme menée contre l'Assemblée nationale, contre les syndicats et contre le peuple. A deux, ils ont battu le record de 40 ans d'utilisation du 49-3. Votre ministre de l'Intérieur s'est illustré par ses déclarations racistes en qualifiant une partie de nos concitoyens de Français de papier. Il s'improvise en diplomate avec l'Algérie, mais n'est en finalité qu'un piètre agitateur.
Pour qui se prend Bruno Retailleau à vouloir provoquer une tension insupportable pour des millions de Français qui vivent une relation directe d'affection et de fraternité respectueuse avec le peuple algérien ? Autour de vous figurent les acteurs d'une cinquième république finissante, arc-boutée sur la défense du monarque présidentiel, contre l'expression du suffrage universel et la souveraineté populaire. La leçon de l'été dernier a pourtant le mérite de la clarté. Macron doit partir après la troisième élection perdue depuis 2022. Son fameux projet, comme il l'a hurlé en 2017, est massivement rejeté par les Français.
Démanteler la République sociale, affaiblir les services publics, comprimer davantage les salaires, gouverner par la matraque, ignorer l'urgence écologique, concentrer le pouvoir et les richesses dans une poignée de mains, humilier la France à l'international. Le pays est épuisé de ce président et de sa politique. Vous ne respectez pas le suffrage universel et vous abaissez la France. Lorsque des membres de votre gouvernement, et vous-même, rendez plus ou moins discrètement hommage à Jean-Marie Le Pen, vous vous asseyez sur le sens du scrutin du 7 juillet dernier. Le peuple de France a battu l'extrême droite, car il se rappelle de quelle voie elle est faite.
Nos concitoyens se rappellent que Jean-Marie Le Pen a fondé son parti avec d'anciens Waffen-SS, qu'il a fié à de multiples reprises la Shoah de détails de l'histoire et qu'il a torturé en Algérie. Qu'il est un raciste patenté, un ennemi de la République. La participation de 15 députés du Rassemblement national à deux groupes Facebook ouvertement et profondément racistes nous rappelle qu'ils n'ont pas rompu avec cette origine. Non, monsieur le Premier ministre, Jean-Marie Le Pen n'est pas un combattant dont on peut saluer la disparition comme s'il on perdait un adversaire de jeu.
C'est un adversaire résolu des principes qui fondent la République et notre devise universelle, liberté, égalité, fraternité. Peut-être cette devise ne s'est-elle plus au Président de la République qui, selon le journal Le Monde, considère que le problème des urgences tient au nombre de mamadous qui s'y trouvent ou qui dit au rédacteur en chef de Valeurs Actuelles que le terrain de l'extrême droite est celui qu'il préfère. On comprend mieux pourquoi le Président de la République était déçu des résultats de la dernière élection. Contrairement au pays, c'est l'extrême droite qu'il souhaitait au pouvoir.
Et vous, anciens centristes repentis, derniers déradicalisés de la Macronie, vous voici à animer la dernière ligne de défense d'une politique sans partisans et sans avenir. La fête sera de courte durée. Car le bilan de 7 ans de Macronie est déjà connu. Vous avez ramené la France à l'état d'un pays qui a faim. Une personne sur trois se prive régulièrement de repas pour nourrir ses enfants. Le nombre de personnes ayant besoin d'aller à l'aide alimentaire a triplé en 10 ans. Et collègues, le score but est revenu. Au 21e siècle, cette maladie de la misère et de la malnutrition revient par centaines chez les enfants.
Cette maladie se développe lorsque des enfants n'ont mangé aucun fruit et légumes sur une durée de deux mois. Et vous n'avez jamais dénié bloquer les prix des aliments de première nécessité. Cette maladie est le symbole de votre politique de malheur. Vous incarnez le pays où soigner est devenu presque impossible. Après un siècle de lutte pour établir la solidarité universelle, dans notre pays, on fait mourir sur des brancards et on prive de soins partout. Vous incarnez le pays où l'école ne permet plus à la majorité des enfants d'étudier sans avoir le ventre vide, des murs qui s'effondrent ou tout simplement un enseignant devant eux. Décidément, vous ne respectez rien.
Pas même quand Mayotte connaît la pire catastrophe de son histoire. Votre premier acte, monsieur le Premier ministre, aura été de voler vers Pau alors qu'une réunion d'urgence se tenait pour planifier l'aide à apporter aux Mahorais. Vous avez mis la Nouvelle-Calédonie-Canaki à feu et à sang. Vous avez réprimé de la pire manière les mobilisations populaires contre la vie chère en Martinique. Avez-vous entendu le président de la République s'adresser aux Mahorais, leur dire qu'il serait dix mois une fois plus dans la merde s'il n'était pas en France ? Qui peut accepter que le chef de l'État parle ainsi, qu'il s'en aille une bonne fois pour tous et qu'on ne le revoit plus ?
L'hôpital est en ruine, l'école en lambeaux, Mayotte est à terre. Ce département où la population, composée pour moitié d'enfants, se retrouve à manquer de tout, d'eau, de nourriture, d'électricité, d'un toit sur la tête et vous pensez encore à faire 50 milliards d'économies. Un budget pire que celui de M. Barnier, pire budget, même tarif, la censure. Vous ne respectez rien, au point d'ignorer parfois jusqu'au sens des mots que vous employez. Vous avez été, dites-vous, responsable de la planification. Alors que le XXIe siècle impose ses cyclones et ses déserts, ses sécheresses et ses inondations, où est votre plan ?
La crise écologique est au cœur des bouleversements majeurs qui frappent aujourd'hui. Quand comprendrez-vous que l'humanité avance vers la destruction du seul écosystème compatible avec la vie humaine ? La preuve par Mayotte en France, la preuve par le champ de Jeunesse ailleurs. Cette année 2024 fut la plus chaude et la plus pluvieuse de l'histoire de France. Et pourtant, votre programme reste celui de l'impuissance organisée face à cette tragédie contemporaine. Et pourtant, vos paroles sont autant de renoncements. Le dérèglement climatique est plus que commencé, il est omniprésent.
Ce sont les structures de production et de consommation qu'il faut changer, des investissements d'avenir qu'il faut opérer, tout cela financé par le partage des richesses. Enfin, il nous faut gouverner à partir des besoins sociaux et écologiques. Et tous ceux qui préfèrent protéger les puissances de l'argent plutôt que de préparer la société toute entière à s'en préserver portent une lourde responsabilité. Monsieur le Premier ministre, vous ne respectez pas ce qu'est la France devant l'histoire. Où est la France alors que le génocide à Gaza continue ? Ce n'est pas uniquement la Palestine qui est en cause, mais l'humanité toute entière.
Les principes du droit international que la France se doit, parmi toutes les nations, de défendre, avec le sens de l'histoire et de sa responsabilité morale et politique. Il faut que les génocides cessent. Il faut arrêter les ventes d'armes à Israël, suspendre l'accord d'association avec l'Union européenne, sanctionner Netanyahou et appliquer le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale. Il faut reconnaître tout de suite l'État de Palestine. Vous ne respectez rien, non, ni les élections, ni le peuple, ni la grandeur de la France sur la scène internationale.
Obsédés par votre propre destin, vous ne servez en réalité que le dessin obstiné d'Emmanuel Macron qui s'accroche à un pouvoir que le peuple français lui a pourtant ôté lors des dernières élections. Monsieur le Premier ministre, vous ne vous honorez pas à servir ce projet néfaste. Le plus tôt vous serez parti, le mieux ce sera. Car le plus tôt vous serez parti, le plus tôt le président s'en ira. Et le plus tôt vous serez parti, le plus tôt nous pourrons partager les richesses au service du peuple et de la République sociale. Une fois Emmanuel Macron parti, alors la sixième république sera plus que jamais à l'ordre du jour.
Monsieur le Premier ministre, bien entendu vous ne demandez pas la confiance à l'Assemblée nationale. Vous ne demandez pas la confiance car vous ne l'avez pas. Vous n'avez ni la confiance de l'Assemblée, ni celle du peuple. Nous vous censurerons. Et nous en finirons avec la réforme de la retraite à 64 ans. Nous sommes majoritaires dans le pays et au Parlement. Car une réforme qui frappe dans la chair des millions de gens et qui a été passée en force, ne s'amende pas, ne se suspend pas, ne se gèle pas. Elle s'abroge. Nous ne sommes pas dupes sur le programme qu'il vous reste. Un budget austéritaire, puis une énième loi sur l'immigration.
Gare à celles et ceux qui vous assisteront dans cette tâche en acceptant des miettes. En défenseur déterminé de l'unité du peuple et de l'égalité humaine, nous reprenons les mots du grand Victor Hugo. Au fond des cieux, un point scintille. Regardez, il grandit, il brille. Il approche énorme et vermeille. Ô République universelle, tu n'es encore que l'étincelle. Demain, tu seras le soleil. Je vous remercie.
Mathilde Panot