Aurore Bergé : Les débats dans la nouvelle Assemblée sont "lents et souvent caricaturaux"
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Bonjour Aurore Berger, merci d'être avec nous ce matin, vous êtes députée des Yvelines et présidente du groupe La République En Marche à l'Assemblée Nationale. Les auditeurs de France Inter vous posent leurs questions au 01 45 24 7000 ou via les réseaux sociaux et l'application France Inter. Aurore Berger, l'examen du projet de loi sur le pouvoir d'achat se poursuit à l'Assemblée, les débats sont longs. Trois articles votés seulement en deux jours, il y en a 20, il reste encore un peu moins de 400 amendements à étudier. Est-ce que vous allez devoir revoir le calendrier prévu ?
Alors non, on doit se tenir à ce calendrier parce qu'on est sur deux lois, puisque nous avons deux lois examinées qui sont deux lois d'urgence pour protéger le pouvoir d'achat des Français face au pic de l'inflation. Donc c'est vrai que les débats sont lents, ils sont souvent caricaturaux, à tel point qu'on a aujourd'hui la gauche qui unit à refuser de voter, à voter même contre le triplement du plafond de la prime dite Macron, qui est une prime sans charge ni impôt, de la même manière qui a voté contre la possibilité de faciliter, d'étendre les accords d'intéressement, donc la capacité des salariés encore une fois à gagner plus à la fin du mois et à la fin de l'année.
Donc c'est quand même un positionnement qui est radical, volontairement contre systématiquement, mais qui à la fin ne rapporte rien aux Français sur la protection de leur pouvoir d'achat.
Donc ces articles ont été votés avec les voix des Républicains et du Rassemblement National, c'est ça votre majorité aujourd'hui ?
La majorité, elle est d'abord la majorité présidentielle et les trois groupes de la majorité présidentielle.
Mais elle ne suffit pas ?
Nous, ce qu'on dit, mathématiquement, elle ne suffit pas. On le sait, on est ce qu'on appelle en majorité relative. Ce qu'on dit, c'est que celles et ceux qui votent les dispositions qu'on propose ne sont pas en soutien pour autant de l'action qu'on mène, du gouvernement, ne soutiennent pas notre politique et nous ne sommes pas allés chercher les voix ni de l'extrême gauche ni de l'extrême droite et nous ne ferons jamais cela.
Après, il y a un positionnement qui est finalement assez logique, je pense, individuel de la part des parlementaires, qui est de dire, est-ce que ce qui permet de protéger le pouvoir d'achat, de garantir le pouvoir d'achat, voire de l'améliorer, on vote contre, par principe, parce qu'on s'oppose au président de la République, ou est-ce qu'on vote pour, parce que c'est bien pour les Français ? C'est la seule question à la fin qui est posée, on ne demande pas à chaque article, est-ce que oui ou non vous faites allégeance au président de la République ?
Donc vous saluez la position des députés du Rassemblement National de Marine Le Pen, critique au début, lundi, Marine Le Pen qui dit les mesures sont injustes et inefficaces, mais qui a expliqué dans la foulée qu'elle voterait l'essentiel du texte, vous saluez cette position ?
Je ne salue pas sa position, parce que déjà, je ne dialogue pas, je ne négocie pas avec le Rassemblement National, je les combats politiquement, vous savez que la première proposition de loi que j'ai déposée au nom de mon groupe, c'est la proposition de loi pour rendre constitutionnel l'accès à l'IVG. Donc vous voyez bien que le combat politique face au Rassemblement National, on le mène sur le fond.
Après, si la gauche en vient à refuser des mesures, comme par exemple, comme on en discutera tout à l'heure, revaloriser les retraites des Français, c'est-à-dire 18 millions de Français qui attendent que leur retraite soit revalorisée, il faut plutôt aller interroger la gauche sur pourquoi est-ce qu'elle refuse des avancées qui sont des avancées sociales.
Ce soutien du RN, il vous gêne ou pas ?
Mais encore une fois, ce n'est pas un soutien à la politique qu'on mène, ce n'est pas un soutien au président de la République. Et en général, d'ailleurs, que ce soit...
Il faut être des articles que vous présentez dans le cadre d'un projet de loi, c'est votre politique.
Très bien, mais ça veut dire qu'en fait, si demain LFI vote enfin en faveur du pouvoir d'achat des Français, on dira que Jean-Luc Mélenchon soutient l'action du président de la République. Je ne crois pas qu'on aura cette interprétation. Je crois que c'est très clair sur le fait qu'on a une majorité, trois groupes de la majorité qui sont en soutien de l'action, des valeurs, des combats que nous menons. Et puis après, il y a des députés qui votent individuellement. J'ose espérer que pendant cinq ans, nous n'allons pas avoir une gauche qui va s'opposer systématiquement pour le principe même de vouloir s'opposer, de vouloir faire trébucher.
Parce qu'encore une fois, à la fin, la seule question qui est posée dans ce texte, c'est l'urgence face à l'inflation galopante.
Aurore Berger, vous dites que la gauche s'oppose systématiquement. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, vous renvoie le compliment. Je cite, « Toutes les mains tendues des macronistes sont en direction de la droite. Dans le même temps, il n'y a aucun contact avec les socialistes pour nouer d'éventuels compromis dans le monde. »
Sauf que c'est faux. C'est factuellement faux, puisque dans les discussions et dans les débats parlementaires que nous avons eus, puisque vous savez qu'avant que ça arrive dans l'hémicycle et les débats en commission, il y a des amendements qui sont des amendements socialistes qui ont été adoptés, notamment sur les questions énergétiques. Nous avons aussi un compromis qui me paraît absolument...
Il y a eu beaucoup d'amendements socialistes qui ont été adoptés sur les trois articles d'hier soir.
Alors, pas sur les trois articles, sur d'autres articles qui vont venir en examen.
Mais sur ceux d'hier, il n'y en a pas eu.
Sur ceux d'hier, je vais vous donner des exemples. On parle du triplement du plafond de la prime Macron, que nous propose la gauche, puisqu'en général, ils ont déposé les mêmes amendements. D'exclure de la possibilité d'obtention de cette prime les salariés d'entreprise de plus de 5 000 salariés. C'est-à-dire que ceux-là n'auraient plus le droit, donc demain, les salariés de la SNCF, par exemple, n'auraient pas le droit de pouvoir toucher cette prime-là. D'exclure les entreprises qui détiennent des filiales à l'étranger. Voilà concrètement le type d'amendement qu'on nous a proposé.
Donc, est-ce que vraiment notre objectif par ce texte est de réduire le nombre de Français qui peuvent bénéficier d'un pouvoir d'achat supplémentaire, au contraire, de l'élargir ? Si la gauche avait proposé d'aller encore plus loin, peut-être qu'on aurait pu en discuter. Mais là, ils nous proposaient des reculs, c'est-à-dire moins de pouvoir d'achat, moins de Français qui pouvaient en bénéficier.
D'accord, mais appel au compromis d'un côté, dans la voix d'Elisabeth Borne dans son discours de politique générale, mais de l'autre, pas d'adoption d'amendement venant d'un autre groupe.
Encore une fois, déjà, un, en commission, nous l'avons fait, et nous allons continuer à le faire, sur un sujet qui me paraît absolument essentiel, qui concerne 1,2 million de Français, qui est l'allocation adulte handicapé, qui permet ce qu'on appelle de déconjugaliser. Vous savez qu'on a deux solidarités dans notre pays. Il y a une solidarité nationale, il y a aussi une solidarité familiale. Sauf qu'on considère que l'allocation adulte handicapé, ce n'est pas une aide sociale comme une autre, et que ça justifie qu'encore une fois, si la situation est plus favorable, en faisant en sorte que ce soit découplé, plutôt qu'en étant en solidarité familiale, il faut le faire.
C'est un amendement commun avec qui ? Avec les communistes, avec les écologistes, avec le Parti Socialiste, et avec les Républicains. C'est comme ça que nous avons travaillé, et cet amendement devrait être examiné dès aujourd'hui. Donc ça veut dire potentiellement, peut-être même une unanimité de notre Assemblée sur un sujet, qui, je l'espère, protéger les personnes en situation de handicap, devrait pouvoir nous rassembler.
Une mesure que le précédent gouvernement avait refusé de valider aujourd'hui.
Et ça démontre aussi, justement, qu'il y a des compromis, qu'on évolue, qu'on dialogue, qu'on discute, et qu'on peut, sur ce genre de sujet, rassembler bien au-delà de nous-mêmes.
Aurore Berger, sur cette prime dite Macron, il y a une vraie différence avec la gauche, qui a demandé des hausses de salaire. Vous, vous avez défendu cette prime que peuvent verser les entreprises, désormais jusqu'à 3 000 euros, avant le plafond c'était 1 000 euros, prime défiscalisée, sans cotisation sociale. Les entreprises peuvent le faire, mais rien ne dit qu'elles vont le faire.
Mine de rien, c'est une prime qui a bénéficié à plus de 4 millions de Français l'année dernière. De la même manière, ils se sont battus contre l'intéressement.
4 millions sur 25 millions de salariés, peu plus en France.
Oui, mais ça veut dire que, pour ces 4 millions, ça a peut-être voulu dire quelque chose d'assez significatif de pouvoir avoir bénéficié de cette prime. D'autre part, deux choses sur l'intéressement qui a été un enjeu hier, c'est 21 milliards d'euros qui ont été redistribués aux Français l'année dernière du fait de l'intéressement. Donc ça, c'est un gain net de pouvoir d'achat. Et puis surtout, c'est quand même pas antinomique d'avoir des augmentations de salaire et d'avoir des primes. La prime, elle a en effet un caractère exceptionnel. Elle vient en fonction à la fois du travail des salariés, elle vient en fonction des résultats d'une entreprise.
Il y a des entreprises qui, aujourd'hui, sont dans l'incapacité de vous dire, à 2 ans, à 3 ans, à 4 ans, au regard de la situation qu'on vit, internationale, géopolitique, économique, quel sera leur avenir ? Mais qui savent que tout de suite, elles peuvent donner des primes. Et puis surtout, on a un certain nombre de secteurs qui, du fait du plein emploi, de la possibilité de plein emploi qu'on a dans notre pays, comme ils ont du mal à recruter, qu'est-ce qu'ils font ? Ils augmentent les salaires. Dans l'hôtellerie ou dans la restauration, en moyenne, c'est entre 16 et 18 % d'augmentation des salaires parce qu'on a besoin, justement, d'arriver à recruter.
Et pour recruter, il faut des salaires plus attractifs. Donc les deux peuvent fonctionner ensemble. Et puis enfin, il y a le SMIC, sujet dont on a beaucoup parlé. Au regard des différentes augmentations que le gouvernement aura réalisées cette année, c'est plus 8 % d'augmentation du SMIC dans notre pays, alors que l'inflation est à 5,8 %. Ça veut dire que la France aura plus augmenté le salaire minimum que l'inflation n'aura augmenté. Ça, c'est la réalité du pouvoir d'achat.
8 % d'augmentation du SMIC décidée par le gouvernement ?
Les différentes évolutions qu'on a eues en cours d'année, c'est aujourd'hui déjà 8 % d'augmentation.
Vous mettez la prime d'activité ?
Non, sur l'augmentation réelle du SMIC, c'est plus 8 % de cette année, plus en effet la prime d'activité. On arrive quasiment d'ailleurs aux 1 500 euros.
Juste un dernier mot sur la prime dite Macron, c'était 500 euros en moyenne son montant l'année dernière. Pourquoi avoir augmenté le plafond ? Le plafond était de 1 000 euros, 500 euros de versée en moyenne.
Parce qu'on a des entreprises qui réalisent des résultats extrêmement importants et que ces entreprises doivent redistribuer leurs résultats. Et que redistribuer leurs résultats, ça passe quand c'est possible par des augmentations de salaires. Et notamment, j'évoque un certain nombre de secteurs qui le font parce que c'est le meilleur moyen de pouvoir attirer, de pouvoir conserver des salariés et des talents. Et puis, ça doit pouvoir passer aussi par un soutien exceptionnel, notamment sur une prime émoire. Plus les entreprises redistribueront de la valeur, plus on aura cette culture dans notre pays de redistribution de la valeur, mieux ce sera.
Je ne vois pas l'intérêt de limiter au maximum ou de limiter le nombre de salariés qui pourraient en bénéficier.
Aurore Berger, dans le cadre de ce paquet pouvoir d'achat, il y a deux mesures qui manifestement ne sont pas tranchées. D'abord sur les aides aux automobilistes. Il y a en ce moment une ristourne sur le litre de carburant 18 centimes. Ce qui était prévu dans votre projet, c'est que cette ristourne s'arrête à la fin de l'année, qu'elle soit remplacée par une aide aux gros rouleurs à revenus modestes. Mais les députés des Républicains n'en veulent pas. Eux, ils veulent un litre d'essence qui soit contenu, maintenu à 1,50€ avec une baisse de taxes. Il pourrait y avoir un compromis vers une prolongation de la ristourne et donc pas d'indemnité carburant pour les gros rouleurs.
Où en sont les discussions avec les Républicains sur ce point ?
Le point de départ, c'est quoi ? C'est de dire que nous, dans le débat, parce que c'est des débats budgétaires aussi qu'on a, on veut qu'à la fin, il n'y ait ni impôts, ni dette supplémentaires pour les Français. Aujourd'hui, la ristourne, la baisse de 18 centimes qu'on fait sur l'essence, ça coûte chaque mois, chaque mois, 750 millions d'euros aux Français. Puisque c'est évidemment le budget de l'État qu'ils financent. Donc on voit bien qu'on ne peut pas avoir cette mesure sur un très long terme. Ça n'est pas possible, ça n'est pas soutenable.
Ou alors les Français ne sont pas idiots, ils voient bien qu'à terme, ce sera soit de la dette supplémentaire, soit un impôt différé qu'ils auront à payer. La question, c'est en effet, parce qu'on a encore un prix de l'essence qui est trop important, avec des différences en plus entre les différents territoires, notamment en ruralité, où c'est à plus de 2 euros, 2,10 euros, 2,15 euros, comment on fait pour baisser la facture pour les Français ? Il y a deux options. Il y a une option qui est de dire, on continue la ristourne, mais on diminue progressivement, parce qu'on a un sujet, encore une fois, de financement.
Et ensuite, on vient aider ceux qui en ont le plus besoin, notamment les Français qui travaillent, qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture, où on maintient cette ristourne, mais dans ces cas-là, on n'a pas le deuxième dispositif. C'est cet arbitrage, et ça, c'est le propre du débat parlementaire. Donc ça, c'est la discussion qu'on va avoir, probablement en fin de semaine, jeudi, vendredi, samedi. Et c'est le débat parlementaire qui va déterminer quelle est la bonne mesure qu'on va mettre en place.
Donc vous pourriez lâcher cette aide aux gros rouleurs qui étaient prévues ?
On fera. Ce qui permet d'avoir un compromis, c'est ce sur quoi vous m'interrogez au début, en disant à un moment, est-ce que oui ou non, vous êtes prêts à des compromis ? Les compromis, c'est aussi accepter de faire un pas l'un vers l'autre, c'est aussi accepter parfois de renoncer à certaines choses, de manière à faire en sorte d'avoir des majorités, et donc aussi de correspondre aux choix que les Français ont faits au moment des législatives.
Donc on pourra avoir une ristourne prolongée autour de 30 centimes du litre, par exemple ?
Moi, je ne m'engage pas à un micro ce matin, je m'engage à un débat parlementaire. Et c'est le débat parlementaire qui déterminera quelle est la bonne mesure qui permet de protéger les Français, encore une fois, face à un pic d'inflation, et donc des mesures transitoires aussi qui doivent le permettre.
Mais ce n'est plus une ligne rouge en tout cas ?
La ligne rouge, c'est la contrainte budgétaire. La ligne rouge, c'est qu'on ne peut pas accepter des mesures qui coûteraient 10, 15, 20, 30 milliards supplémentaires sur le budget de l'État, parce qu'encore une fois, les Français comprendraient bien l'impact que ça aurait sur un court et moyen terme.
Donc, prolongation peut-être de cette ristourne, les discussions sont en cours avec LR. Autre point, sur une taxe sur les super profits, défendue par les oppositions, des entreprises qui font des profits en ce moment, compte tenu de l'envolée des prix de l'énergie notamment. Le Rassemblement National et la NUP y sont favorables. Le gouvernement est contre, mais hier, des députés de votre groupe ont déposé un amendement pour instaurer une telle taxe sur les bénéfices des grandes entreprises pétrolières et de transport. Ce serait 15% du résultat imposable des entreprises. Est-ce que vous y êtes favorable ?
La position qui est la nôtre, c'est quoi ? C'est de dire qu'on a en effet des entreprises, et le Président de la République l'a dit, qui vraisemblablement réalisent des profits supplémentaires liés aux effets de la crise. Et c'est ça qui, aujourd'hui, est inacceptable pour les Français. La question, c'est qu'est-ce qu'ils font de ces profits supplémentaires ? Ce qu'on veut, c'est quoi ? C'est un, que les salaires augmentent dans ces entreprises. Deux, que les prix baissent, sans que ce soit au détriment, par exemple, de nos agriculteurs quand il s'agit de la grande distribution. C'est ça qui doit être réalisé.
Une taxe, si c'est une menace, quelque part, c'est de dire à ces entreprises, si vous n'êtes pas en capacité de redistribuer la valeur supplémentaire que vous avez réussi à engranger du fait d'une situation exceptionnelle et du fait de la crise, alors, pourquoi pas ? Mais commencer par mettre la taxe, plutôt que d'avoir d'abord de la redistribution en matière de salaire et de la redistribution sur de la baisse de prix, moi, je pense qu'il vaut mieux tout de suite que ça protège le pouvoir d'achat des Français. Il vaut mieux tout de suite payer son essence moins cher pour partir en vacances avec ses enfants.
Il vaut mieux tout de suite payer moins cher quand on va au supermarché, plutôt que d'espérer le produit d'une taxe dans un an, dans deux ans, dont personne aujourd'hui ne sait...
Il n'est pas favorable à cette mesure et pas favorable à cet amendement déposé par certains députés de votre groupe.
Mais parce que l'objectif, c'est quoi, encore une fois ? C'est la redistribution. C'est ça, notre enjeu. C'est que leurs salariés soient mieux payés. C'est que les Français puissent payer moins cher, qu'il n'y ait pas, encore une fois, d'augmentation de cette inflation. Une taxe, aujourd'hui, personne... Et vous le disiez d'ailleurs dans une chronique ce matin, à cette antenne même, personne ne sait aujourd'hui quel en serait le périmètre, qui pourrait la payer, quel serait le bénéfice qu'en auraient réellement les Français. Les Italiens l'ont fait. Mais par contre, une baisse des prix à la pompe, là, les Français voient tout de suite la différence.
Et c'est un pouvoir d'achat supplémentaire. Et c'est une protection de leur pouvoir d'achat.
D'autres pays l'ont fait en Europe, le Royaume-Uni, les Italiens qui vont en retirer 10 milliards d'euros.
Mais ces pays-là n'ont pas du tout mis en place les protections que nous, nous avons mises en place sur les prix de l'énergie, sur la baisse du prix de l'essence, sur la revalorisation des retraites, sur les minima sociaux, sur l'augmentation du SMIC. Ils n'ont pas du tout le même niveau de protection sociale que le nôtre. Donc je ne suis pas sûre qu'il faille tout comparer. Ou alors, il faut prendre justement l'ensemble.
Au final, Aurore Berger, est-ce que les Français vont s'y retrouver ? L'inflation était à 5,8% fin juin. Il y a eu une augmentation des retraites et des minima sociaux de 4%. Aide au logement, plus 3,5%. Le point d'indice pour les fonctionnaires, 3,5%. Mais ça reste en dessous de l'inflation.
Je vous disais, sur le SMIC, tout au long de l'année, c'est plus 8% versus 5,8% d'inflation. La personne ne nous dit qu'on en fait trop. Donc vous voyez, à un moment, au contraire, on continue à protéger. On l'a fait aussi, en plus, sur les prix de l'énergie, les mesures qu'on a mises en place, sur la protection notamment de la hausse des prix du gaz ou de l'électricité. Ça a permis directement de soutenir le pouvoir d'achat des Français. Si on ne l'avait pas fait, des Français qui auraient été dans l'incapacité, tout simplement, de payer les différentes factures.
On l'a fait tout au long, en vérité, de cette crise, à la fois de la crise sanitaire, de ses conséquences, de la crise énergétique qui découle d'une crise qui est une crise internationale. Donc on va continuer à le faire. Et puis vous savez qu'il y a eu des augmentations successives. Par exemple, sur les retraites, il y avait déjà eu 1,1% d'augmentation des retraites. Donc auquel s'ajoutent 4% supplémentaires, si encore une fois, les députés acceptent de le voter, notamment à gauche.
Des questions des auditeurs de France Inter pour vous, Aurore Berger, au 01-45-24-7000. Nous accueillons Santiago, qui nous appelle du département de Haute-Savoie. Bonjour.
Oui, bonjour.
Nous vous écoutons.
Alors ma question pour vous, Aurore Berger. Vous êtes président du groupe LRM à l'Assemblée. Et en tant que tel, vous et votre gouvernement, vous demandez des compromis avec les autres groupes, puisque vous avez une majorité relative. Donc moi, je suis un petit espagnol, et en Espagne, comme dans tous les autres pays d'Europe, quand il y a ce cas de figure, c'est toujours le gouvernement minoritaire qui va lui-même mettre de l'eau dans son vin, et aller chercher les voix des autres groupes et faire passer ses textes.
Et donc hier, ce que j'ai entendu, c'était Sandra Régol, qui est députée écologiste, qui disait, au vu de la canicule et des incendies, qu'il faudrait conditionner les aides aux entreprises à des objectifs écologiques. Et votre député, Christine Lenabour, LRM, lui a répondu, nous n'avons jamais dit que nous voulions faire des compromis avec vous. Et après, elles sont justifiées en disant, ni l'extrême gauche, ni l'extrême droite. Sauf que l'extrême droite, ça ne vous gênait pas quand il fallait lire deux présidents du ARN avec vos voix, et que maintenant, c'est avec eux que vous passez vos textes. Donc, je veux bien que vous m'expliquiez votre ligne politique au-delà des mots de jouer.
Ah oui, moi, je combats toujours l'extrême droite, parce que tous vos actes, ils laissent penser que vous préférez l'extrême droite à n'importe quelle forme de gauche, même les Verts.
Merci à vous, Santiago, pour cette question. Santiago, qui a attentivement suivi les débats à l'Assemblée nationale. Aurore Berger vous répond.
Oui, bonjour à vous. Déjà, il y a plusieurs choses. Oui, on assume de dire de manière très claire qu'on ne négocie pas, c'est-à-dire qu'on ne va pas aller chercher des accords, on ne va pas aller chercher des compromis, on ne va pas aller chercher des voix, ni de l'extrême gauche, c'est-à-dire de la France insoumise, pour la nommer, ni de l'extrême droite, c'est-à-dire du front, du rassemblement national aujourd'hui. Ça, c'est un point très clair et qui n'est pas négociable. Parce que je ne vais pas négocier d'un côté à l'extrême droite avec ceux qui disent que l'IVG reste un génocide de masse, pour reprendre leur mot.
De la même manière, je ne vais pas négocier à l'extrême gauche au regard encore des déclarations de la présidente du groupe insoumis Mathilde Panot sur la rafle du Veldiv, notamment encore ce week-end. Donc à un moment, il y a des lignes rouges qu'on doit poser en termes de valeur. Ensuite, il y a la manière avec laquelle on doit négocier, vous avez raison, sur les textes. Et négocier, je l'ai dit tout à l'heure, les compromis, ça veut dire qu'on accepte aussi parfois de renoncer à certaines choses pour accepter les propositions des autres. C'est ce qu'on a fait, par exemple, sur l'allocation adulte handicapé. C'est ce qu'on a fait en acceptant d'autres propositions.
Du Parti Socialiste, par exemple, sur ce qu'on fait en matière d'énergie pour limiter dans le temps des dispositifs qu'on met en œuvre parce qu'il faut faire face à un risque de pénurie. Donc, moi, je n'ai aucun problème à accepter des propositions. Par contre, la proposition que vous évoquez, qui était celle des verrières, c'était de dire quoi ? C'était de dire que sur le triplement de la prime dite Macron, du plafond de la prime Macron, il fallait que les salariés qui puissent en bénéficier, leurs entreprises, aient passé un certain nombre d'accords sur les questions écologiques. Mais à la fin, ça pénalise qui ? Ça ne pénalise pas les entreprises. Ça pénalise les salariés.
C'est-à-dire que si là, tout de suite, maintenant, à la fin du mois, ces entreprises n'ont pas mis en place ce type de protocole d'accord, eh bien les salariés, eux, ils n'ont pas le droit de bénéficier d'une prime sans impôts ni charges. Et moi, je ne voulais pas, notre groupe ne voulait pas que ce soit les salariés qui trinquent à la fin, que ce soit les salariés, parce que leur entreprise n'aurait pas été jugée suffisamment bien-disante sur tel ou tel sujet, qui ne puissent pas bénéficier de pouvoir d'achat supplémentaire. Ça ne veut pas dire que sur le moyen long terme, on ne doit pas conditionner les aides aux entreprises, ce qui est différent, à un certain nombre de démarches.
On l'a fait. Sur l'égalité entre les femmes et les hommes, notamment, c'est un des sujets que nous, nous avons porté, fait adopter. C'est une loi aujourd'hui. Moi, je n'ai pas de problème à ce qu'on aille plus loin sur la conditionnalité des aides des entreprises. Et s'il y a des propositions des écologistes sur le sujet, moi, je suis tout à fait ouverte et prête à les regarder. Par contre, je ne veux pas, ici, alors qu'on a un pic d'inflation, que ce soit les Français qui trinquent à la fin du mois.
On a une question de Yannick, toujours sur cette question du climat. Est-ce que vous avez suivi la formation sur le changement climatique proposée par les scientifiques ? C'était au tout début de la session parlementaire, devant l'Assemblée nationale.
Il se trouve que c'était le jour même où moi, j'ai été élue présidente du groupe. Ce qui fait que je n'ai pas eu tout à fait le loisir et le temps de pouvoir y aller. Donc, je les ai rencontrés rapidement. J'ai pris date pour qu'on puisse refaire avec eux une vraie session au moment de la reprise des travaux parlementaires à la rentrée en septembre. Moi, je suis évidemment très ouverte, notamment à ce que la parole scientifique ait beaucoup plus de poids au sein de l'Assemblée nationale.
Parce que quand on regarde le débat qu'on a malheureusement encore eu sur l'état d'urgence sanitaire et sur la question des vaccins, je crois que plus la parole scientifique, qu'elle soit sur les enjeux de santé ou sur les enjeux climatiques, aura sa place à l'Assemblée, mieux ce sera pour les Français.
Donc, il y a un déficit de formation scientifique...
Général des Français. Je pense que dans les débats qu'on a eus, notamment sur la crise sanitaire, et les débats qu'on a sur le dérèglement climatique, vous voyez bien que malheureusement, ce n'est pas toujours la science qui prévaut.
Question de Simon, qui nous appelle d'Evreux. Bonjour Simon.
Bonjour. Allez-y, nous vous écoutons. Bonjour, je suis chef d'entreprise d'une petite entreprise de quatre salariés. Et en entendant les propositions pour le pouvoir d'achat qui est de redistribuer des primes à nos salariés, en sachant que nos marges se réduisent à néant, avec la situation actuelle, je voulais savoir s'il n'y avait pas d'autres mesures possibles, et surtout contraindre peut-être les entreprises les plus grosses à pouvoir redistribuer la valeur, comme vous avez dit, d'avoir une... Ça me fait un peu rire. D'avoir la... En France, d'avoir une... Comment dire ? Une politique de redistribution de la valeur, mais ça ne se fait pas, en fait.
Et on peut prendre le meilleur exemple, vous avez parlé de Total, tout à l'heure, que le PDG Total s'augmente de 52%. Je ne sais plus où le salaire, mais ça doit être quelques millions. Mais il ne redistribue pas forcément cette valeur, ou qu'à lui-même. Mais nous, nous ne pouvons pas.
Vous êtes dans quel secteur d'activité, Simon ?
Moi, je brase de la bière.
Et vous seriez favorable, si je comprends bien, à une taxe sur des grands groupes ?
Nous, en tout cas, on livre toujours notre bière. On paye notre échange plus cher, on ne nous aide pas. Le verre augmente, on ne nous aide pas. Tout augmente, mais il n'y a rien directement pour nous aider à travailler. Alors, je ne fais pas le malheureux, on s'en sort, on travaille beaucoup. Mais quand on voit d'autres personnes qui en profitent plus, c'est compliqué de nous dire qu'on va demander au grand patron, on va demander au patron de redistribuer.
Oran Berger vous répond, Simon. Merci à vous pour votre appel. Merci.
Merci à vous. Et c'est vrai que la situation qu'il décrit, c'est aussi ce qu'on a essayé de dire hier tout au long de la soirée au sein de l'Assemblée nationale. C'est-à-dire qu'encore une fois, toutes les entreprises ne sont pas comparables. Imposer, par exemple, une augmentation des salaires pour toutes les entreprises, c'est ce que vous dit ce chef d'entreprise ce matin. C'est que lui, il aimerait le faire, mais qu'il n'a pas forcément les moyens de le faire. Peut-être qu'il arrivera à verser une prime dans l'année, mais qu'il n'a pas la certitude d'y arriver.
Donc, c'est pour ça qu'on ne peut pas traiter de la même manière toutes les entreprises et avoir ce discours qui est quand même très caricatural et très daté. J'entendais, je cite, sur l'extrême argent pour parler des patrons comme si toutes les entreprises pouvaient s'appréhender de la même manière. Ce qu'on doit faire...
Il a aussi un discours sur les grands groupes. Oui, ce qu'on doit faire,
c'est sur quoi je voulais répondre, c'est l'engagement qu'on a pris pendant la présidentielle qui est de dire qu'on ne peut plus avoir de versement de dividendes dans les grandes entreprises si on n'a pas en même temps un partage de la valeur pour les salariés des entreprises. Et c'est ça qu'on souhaite mettre en place aussi dans la loi. Ici, on est sur une loi qui est une loi d'urgence face au pic de l'inflation mais cette mesure-là, on souhaite la mettre en place pour bien différencier les petites et les très grandes entreprises.
Merci à vous, Aurore Berger, invitée de France Inter ce matin, députée des Yvelines, présidente du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale. Bonne journée.
Aurore Bergé