SMART TECH - Emission du lundi 13 juillet
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Bonjour à tous. La première organisation des professionnels du numérique en France, Numéum, a élu au tout début du mois de juillet, il y a quelques jours, un nouveau président. Alors, il a été d'ailleurs convié au cabinet de la ministre du numérique et de l'intelligence artificielle. Je lui demanderai quels sont ces grands sujets qu'ils ont abordés ensemble, quels sont de manière plus générale les sujets que le syndicat patronal veut mettre sur la table. Et puis, comment se porte cette filière française de la tech, du numérique, comment prépare-t-elle cette rentrée ? Vous l'avez compris, aujourd'hui, c'est la grande interview de ce nouveau président de Numéum que j'ai nommé Mehdi Ouass.
Et puis, on aura évidemment un rendez-vous avec Anne Le Hénanf, que j'ai eu le plaisir de rencontrer au Congrès des villes de France. Elle y est allée pour mobiliser les élus sur l'intelligence artificielle. On va l'écouter. Smartech s'est déplacé au Congrès des villes de France. C'était il y a quelques jours pour aller découvrir ce qu'il se passe du côté des collectivités, des moyennes, des petites villes en matière d'adoption de l'intelligence artificielle. Et figurez-vous qu'évidemment, Anne Le Hénanf a fait le déplacement également et elle est même venue sur notre plateau. Alors, avec moi, Mehdi Ouass est déjà installé pour l'écouter, président nouveau, président de Numéum.
On pourra comme ça commenter ce que nous dit la ministre dans votre grande interview qui sera juste à suivre. Mais on l'écoute d'abord. On a écouté avec une grande attention évidemment votre discours. On a commencé d'ailleurs à le commenter, à le débriefer avec Olivier Gacker. Moi, j'ai noté surtout que vous avez terminé en disant attention, on a besoin que chacun d'entre vous soit mobilisé, chaque élu à sa part. Parce que sinon, on va décrocher. Il y a un risque de décrocher. C'est votre conviction ?
Oui, c'est ma conviction. Mais je ne pense pas que ce soit que la mienne. C'est une réalité. Le monde dans lequel on vit va très vite. Énormément de compétitions commerciales. On est coincés, nous, en Europe, entre deux continents ou deux acteurs qui sont un peu offensifs, qui sont prêts à utiliser le numérique comme une arme politique ou commerciale. Et il faut qu'on se fasse cette place dans ce monde qui va vite, qui est technologique. Et aujourd'hui, comme je dis, le numérique, c'est de la diplomatie aussi. Donc il faut le faire avec nos valeurs, les valeurs européennes. On n'a pas les mêmes valeurs que les Américains ou les Chinois.
Oui, et cette importance de s'emparer du numérique, de travailler sur les services publics. Alors là, vous avez à côté de vous le champion, puisqu'il a eu cinq carreaux bases pour la ville de Béthune comme ville Internet. C'est un bon exemple. Mais vous dites aussi qu'il faut être prudent, il faut travailler sa cybersécurité, il faut travailler la souveraineté, même le prisme de la résilience. Travailler son niveau de dépendance technologique. Et on a les moyens, vous dites, de travailler avec le code des marchés publics là-dessus. Oui. On ne peut pas juste se dire, on ne peut pas privilégier les techs françaises si c'est possible.
Le code des marchés publics interdit d'avoir une préférence géographique, par exemple. Oui. C'est absolument illégal. Mais par contre, dans le code des marchés publics, mais ça demande effectivement d'une relecture, de le regarder finalement d'une autre manière, on a les moyens, on a des articles qui permettent, sans l'écrire directement, grâce à quelque chose, donc des critères légaux, si c'est bien analysé, bien préparé. Et je pense qu'avec mon équipe, on va le faire dans les mois qui m'auraient, c'est de mettre en avant ces articles qui permettent de privilégier une filière technologique, qui est la nôtre, qui est européenne et française.
Donc il faut se réinventer aussi les collectivités. Et je le dis d'autant plus que j'en suis une. Donc je parle de nous, de moi. Je suis une élue locale à Vannes, ville moyenne. Donc en fait, voilà. Mais ça demande, il faut se renouveler, se remettre en cause et puis changer nos pratiques et nos habitudes, parce qu'on est beaucoup dans les habitudes quand même.
Bon, et puis vous avez reparlé du plan OSEIA. Donc c'est un peu votre message ici. C'est allez-y, il faut se lancer. Vous vous dites, on peut gagner du temps, on peut même gagner de l'argent, c'est de l'efficacité.
Oui, oui, oui. On n'a pas le choix non plus de l'IA. Si nous ne prenons pas le virage de l'IA, autre facteur de décrochage. Et puis surtout, ça veut dire que des acteurs en dehors de notre territoire européen vont prendre le marché de l'IA. L'IA, on ne peut pas l'arrêter. J'entendais un élu tout à l'heure dire, oh là là, il faut freiner, il ne faut pas continuer à développer l'IA comme on le fait de manière... Mais en fait, on n'a pas ces moyens-là de les ralentir, les acteurs de l'IA. Et moi, je préfère qu'on s'engage totalement dans l'IA, en étant clair sur ce qu'on veut, sur ce qu'on ne veut pas. Parce que si nous ne le faisons pas en européen, d'autres le feront chez nous.
Et dans 40 ans, on dira la même chose que pour la suite, enfin, ou le Microsoft, la suite Microsoft. On va dire, oh mon Dieu, on a laissé faire pendant 40 ans notre dépendance technologique, je ne le veux pas pour l'IA. Donc maîtrisons notre IA, imposons-la d'une manière, je dirais, concertée dans les structures, qu'elles soient publiques ou privées. Donc c'est un travail collaboratif. C'est à piloter au plus haut niveau de la gouvernance d'une structure. Donc c'est pour le maire, son DGS. Voilà, c'est vraiment... Il faut avoir un pilotage. Il faut le mener comme un projet. Oui, un sujet, vous dites, de gouvernance très stratégique. Essentiel. Et il faut qu'il soit safe.
Pas d'IA sans qu'il soit sécurisé, évidemment. C'est la condition de la confiance des citoyens vis-à-vis de ce qu'on fait au niveau technologique.
Voilà, c'était donc la ministre du Numérique et de l'Intelligence Articielle qui s'est arrêtée sur le plateau de Smartech avec parole d'élus. Un plateau que nous avons eu en commun sur le Congrès des villes de France. On va commenter notamment ce que nous dit la ministre avec Mehdi Ouas, président de Numéum. Je dis notamment parce que dans votre grande interview, Mehdi, on va parler plus largement de votre stratégie. Puisque vous arrivez à la présidence de ce grand syndicat patronal qui représente la filière des professionnels du numérique. Donc on a plein de sujets à aborder. C'est tout de suite après.
Le syndicat patronal Numéum, première organisation des professionnels du numérique en France, a élu un nouveau président début juillet 2026. Bonjour Mehdi Ouas.
Bonjour.
Merci beaucoup d'être avec nous.
Merci pour votre invitation.
Vous n'êtes pas un petit nouveau chez Numéum. Vous étiez administrateur de l'organisation depuis 9 ans. Votre nomination au conseil d'administration, enfin par le conseil d'administration, est-ce que c'est le signe qu'on reste finalement dans une continuité de la stratégie de Numéum ? Ou alors vous arrivez avec de nouvelles ambitions, de nouvelles propositions ?
Les deux. Une nouvelle ambition mais dans la continuité. C'est-à-dire que le travail qui a été fait par Véronique Turner, la présidente sortante, ces trois dernières années, est un formidable travail qui a consisté à réellement ancrer trois piliers sur lesquels on va et je vais essayer de m'appuyer. Le premier de ces piliers, c'est ce qu'elle appelait Rayonnet. Numéum, notre syndicat, n'était pas connu, on n'était pas reconnu dans l'écosystème. Et aujourd'hui, on est connu, on est visible, on est reconnu, on est invité à toutes les manifestations qui parlent du numérique et de la tech et pas uniquement en spectateur, en acteur.
C'est-à-dire qu'on nous demande notre avis, on nous demande notre vision et ça c'est remarquable. Donc, premier pilier. Le deuxième pilier, c'est celui de fédérer. C'est-à-dire que le numérique, certes, n'a pas de frontières. Le numérique ne peut pas se faire uniquement en France et le numérique doit embrasser tous les acteurs qui touchent à ce secteur d'activité-là. Et ça a donné lieu à la création de l'équipe de France du numérique, dont on porte le badge l'année dernière, qui réunit 70 organisations en France.
Et l'idée aussi, c'est de s'appuyer sur ce pilier pour, pourquoi pas, créer l'équipe d'Europe du numérique, parce que la France, toute seule, va avoir du mal à imposer une troisième voie.
Il y a d'autres associations, vous savez, qui travaillent ça au niveau européen, effectivement.
Et donc, toutes les fédérer pour avoir une voie qui porte et qui soit plus forte.
Je laisse terminer rapidement ce troisième pilier, mais on va détailler des choses plus précisément après.
D'accord. Le troisième pilier, c'est qu'on a une filière qui est verticale et qu'il va falloir qu'on horizontalise, c'est-à-dire qu'elle doit assumer la responsabilité d'accélérer la transformation de tous les secteurs d'activité par cette technologie transformante.
Alors, donc, vous avez dit que, désormais, vous étiez une organisation reconnue, invitée, et donc, pas plus tard que mercredi dernier, vous étiez invitée par Anne Le Hénanf à venir dans son cabinet. De quoi avez-vous discuté avec la ministre ?
Alors, ça fait une année qu'on travaille avec la ministre, depuis qu'elle a pris ses fonctions. Donc, on s'est inscrit dans la continuité, je lui ai expliqué les bases à partir desquelles j'allais décliner mon plan sur les trois prochaines années, que nous étions un syndicat, donc il fallait qu'on défende aussi notre profession et nos adhérents, mais que ce syndicat-là devait avoir un dialogue le plus fluide et le plus transparent avec son ministère de tutelle, et c'est ça qu'on est en train d'essayer de construire ensemble.
Et, alors, elle est venue, enfin, elle vous a plutôt invité pour vous écouter, ou elle est venue, elle aussi, avec des messages à faire passer ?
Je pense qu'il y a les deux. Je pense qu'il faut qu'on instaure un dialogue, et j'ai passé mes messages, elle m'a passé les siens, et d'ailleurs, quand j'entends l'interview, son interview, on est assez accordé.
Alors, son interview, juste pour remettre le contexte pour ceux qui ne regardent que cette séquence où on est ensemble, donc l'interview qu'on a réalisée avec Anne Le Hénanf à l'occasion de son déplacement au Congrès des villes de France, où elle appelle l'ensemble des Français, et même les élus, et même les petites villes et les moyennes, à se mobiliser sur l'intelligence artificielle, principalement. Ce n'est pas le seul sujet abordé, mais c'est là-dessus que vous vouliez rebondir ?
Oui, et on a une vision et une ambition communes, celle de ne pas être obligé d'adopter une des voies américaine ou chinoise, américaine qui repose sur la loi du plus fort, chinoise qui repose sur le côté liberticide et intrusif. On a envie de construire une troisième voie, et cette troisième voie, elle s'appuie sur les valeurs qui sont les nôtres, les valeurs universelles, les valeurs de respect, les valeurs d'inclusion, les valeurs d'ouverture, respect aussi de l'environnement et de la planète, et à ce niveau-là, on doit revoir la chaîne de valeur de nos interdépendances, de nos dépendances, pour reconstruire une souveraineté et maîtriser nos interdépendances. On ne peut pas...
Ça, c'est ce que vous portez, vous, comme conviction ?
C'est ce qu'on porte ensemble.
C'est ce que vous portez ensemble. Est-ce qu'elle est venue, elle aussi, vous demander des choses, ou vous interroger sur des points spécifiques ?
Elle a besoin de notre industrie pour pouvoir construire une alternative au modèle américain, au modèle chinois. Et donc, notre industrie a besoin des pouvoirs publics et a besoin d'elle pour pouvoir faire en sorte que cette industrie puisse éclore. Donc, on a besoin l'un de l'autre.
Ça veut dire qu'aujourd'hui, cette industrie n'est pas suffisamment puissante, cette industrie française du numérique ?
Oui, oui, il faut faire le bon constat. Il faut faire le bon constat. On a des pépites, mais nous avons pris du retard, nous avons perdu un certain nombre de batailles, mais nous n'avons pas encore perdu la guerre. On peut récupérer notre retard, on peut accélérer, mais aussi en changeant de paradigme, en changeant aussi de braquet et de levier. Quand les Américains investissent par centaines et que les Chinois investissent par dizaines, on ne peut plus, pour rester dans le game, pour rester dans le jeu, investir à l'unité. Donc, il faut que nous aussi, on multiplie nos investissements.
Et ces investissements, si on veut les multiplier, il faut agrandir notre territoire, de la France passée à l'Europe. Et moi, ma vision, c'est de me dire de l'Europe aussi à arrimer l'Afrique. Parce que si l'Europe a 500 millions d'habitants, 500 millions de consommateurs, 500 millions d'utilisateurs, l'Afrique peut en emmener un milliard et demi.
Et à nous deux, nous pouvons avoir un terrain de jeu qui va permettre aux technologies que nous développons réellement de mettre en avant des services à valeur ajoutée qui auront eu des terrains de jeu complexes et donc qui pourront être beaucoup plus musclés, beaucoup plus fortes que celles que nous opposent aujourd'hui les Américains ou les Chinois.
Parce que vous le connaissez bien, ce continent africain, pour avoir été ministre du commerce et du tourisme en 2011, je crois, en Tunisie ?
Absolument, après la Révolution. Il faut toujours préciser que c'est après la Révolution.
Après la Révolution, après le printemps arabe, tout à fait.
Moi, j'ai l'avantage d'être français, d'être tunisien, d'être européen, d'être africain et donc de pouvoir être ce trait d'union entre ces deux continents qui ont une histoire qui aujourd'hui...
Sur la tech et le numérique, il n'y a pas d'histoire commune aujourd'hui ?
Pas encore, pas encore, mais il y a tout à écrire. Donc ça veut dire qu'on n'a pas forcément de problème à régler et que tout est devant nous et que l'avenir peut être heureux si on le décide.
Mais comment vous l'imaginez ? Parce qu'on est effectivement pris en étau comme ça entre les États-Unis et la Chine. Alors, certains parlent d'une autre voie qui serait avec la Corée du Sud, avec le Japon, vous nous dites avec l'Afrique. OK, mais comment est-ce qu'on crée vraiment ce lien entre des continents ?
Il y a énormément de pays avec lesquels nous pouvons créer des relations fortes. Vous parliez de la Corée du Sud, on peut parler aussi du Canada. Mais il y a un continent avec lequel on a déjà une histoire, avec lequel on partage une culture, on partage des langues aussi communes. Le continent africain parle le français, parle l'anglais, parle le portugais, parle naturellement l'arabe. Et ces langues-là sont des langues que l'on maîtrise. Ça sera beaucoup plus facile de créer des relations rapides avec ce continent que de créer des relations avec des pays qui sont déjà avancés.
Mais ce serait pour des développements, on va dire, à l'international, pour le business ? Pas forcément pour des développements à la business.
Vous savez, il n'y a aucun champion américain ou chinois qui n'a réussi à devenir un champion sans l'aide de la commande publique. Et la commande publique, ce n'est pas de l'argent. Les Américains, les grandes latex américaines ne vont pas chercher de l'argent quand il s'agit de chercher.
Vous voulez dire que ce n'est pas de l'argent, ce n'est pas du financement ?
Non, le financement, ils l'ont par les fonds. C'est la capacité de pouvoir résoudre un problème complexe. Et c'est la commande publique qui donne cette capacité-là. Et cette capacité-là, elle vous permet de descendre votre courbe d'expérience beaucoup plus rapidement, de vous muscler et de rendre, entre guillemets, fade tous les problèmes que vous aurez à résoudre pour les entreprises. Ça veut dire qu'il faut avoir un terrain de jeu complexe. Le terrain de jeu européen est certes compliqué, mais pas complexe. Le terrain de jeu africain est très complexe.
Si on mixe la technologie européenne avec le terrain de jeu africain, on a la capacité à rattraper le retard que l'on a pris par rapport aux Chinois ou par rapport aux Américains. C'est ça le New Deal qu'il faut qu'on arrive à construire entre les deux continents.
Vous l'avez dit, c'est déjà complexe au niveau européen.
C'est compliqué, j'ai dit. Donc il y a compliqué et complexe. Le compliqué est plus facile à résoudre que le complexe. Le complexe nécessite un petit peu plus de travail, mais le complexe, si vous y arrivez, vous muscle et vous permet d'être…
Et ça passe par des décisions politiques, ça ?
Obligatoirement. Obligatoirement. Il faut que le politique et le privé, il faut que le public et le privé travaillent main dans la main. Mais pour travailler main dans la main, il faut qu'on ait une vision commune. Vous savez, sur les derniers modèles entraînés, OpenAI et Anthropik ont utilisé 15 fois plus de puissance que Mistral. Il n'y a pas de mystère. Si vous avez la puissance, vous avez la capacité naturellement à pouvoir avoir des modèles qui vont beaucoup plus vite. Alors il y a la puissance de calcul qui est une chose, et puis il y a les données et les terrains de jeu. L'Afrique ne va pas porter de puissance de calcul, quoique on a aussi un problème d'énergie.
L'IA, c'est les algorithmes, la puissance de calcul, les datas, mais c'est aussi l'énergie. C'est très énergivore. Et en Afrique, vous savez qu'il y a 70% de notre soleil qui est là-bas. Donc on peut très bien identifier des petits data centers, par exemple, qui seraient interconnectés et qui seraient alimentés par l'énergie solaire.
Et de l'autre côté, parce qu'il faut aussi que l'Afrique trouve son compte dans cette alliance. Là, je vous entends beaucoup parler de comment la tech européenne pourrait se développer sur ce continent. Et inversement, ça fonctionnerait ?
C'est plus qu'inversement. Qu'est-ce que c'est que cette tech ? C'est un accélérateur de transformation. L'Afrique a besoin d'accélérer sa transformation. Donc si on met notre technologie à disposition de l'Afrique et qu'on l'utilise pour accélérer sa transformation, l'Afrique va y gagner l'accélération de sa transformation. Et nous, on va y gagner le fait d'avoir des services à valeur ajustée qui sont éprouvés.
On ne doit pas être les salles à draguer certains pays africains.
Pour le moment, ceux qui draguent les pays africains sont intéressés par les ressources minières, par les terres rares. Donc on a la chance de pouvoir venir construire un dialogue qui soit différent et qui soit win-win en disant, voilà, on vous respecte, on respecte vos compétences. Et puis n'oubliez pas, l'Afrique a un milliard et demi d'habitants. Dans 30 ans, il en aura un milliard de plus. Ça veut dire qu'il y a un enjeu colossal, sociétal, important, des défis à relever. Et je pense que si aujourd'hui on dit que l'Afrique a besoin de l'Europe, l'Europe a besoin aussi de l'Afrique.
À partir du moment où on se met dans une logique de cercle vertueux, d'égal à égal, en respect, où on s'entraide.
Et ça, ce discours à NLNF où le gouvernement y est déjà sensible ?
Je le lui ai dit, elle y est sensible. Je l'ai dit à pas mal de personnalités politiques. Aujourd'hui, on a aussi une responsabilité, c'est d'éclairer tous les candidats à l'élection présidentielle. On est dans une année phare. La technologie peut être...
Là, votre arrivée à la présidence, ça se situe vraiment à un moment clé, parce que vous allez vivre la campagne présidentielle 2027. Et là, c'est le moment de jouer de toute son influence.
Absolument, c'est une responsabilité que j'ai acceptée d'assumer. Et donc, il va falloir qu'on assume, il va falloir qu'on explique, qu'on éclaire.
J'ai envie de dire, vos thèmes de campagne, Mehdi. Donc, ce sera l'Afrique, quoi d'autre ?
Non, c'est d'abord la France, c'est l'Europe et c'est l'Afrique. C'est dans cet ordre-là, c'est-à-dire que mon prisme, c'est la France. Nous sommes le syndicat patronal français. Et donc, ma responsabilité, c'est de faire en sorte que l'économie du numérique soit prospère. Pour être prospère, il faut qu'on améliore notre compétitivité. La compétitivité vient de la productivité. La productivité peut s'améliorer grâce à l'utilisation des technologies. Productivité, compétitivité entraînera la croissance. On reviendra dans le jeu, on pourra avoir de nouveaux marchés et la croissance générera de l'emploi.
Donc ça, c'est une chaîne qu'il va falloir que l'on fortifie et que l'on démontre vis-à-vis de tous les acteurs politiques qui ambitionnent de devenir président de la France, que la technologie va pouvoir aider. Il faut qu'on retrouve une compétitivité parce qu'on est dans un monde où la compétition est forte et où on a pris du retard par rapport à nos deux grands challengers que sont les Américains et les Européens.
Il vous semble qu'aujourd'hui, on n'a pas adressé le sujet de manière correcte. Parce que quand on écoute justement Anne Luenor dire, nous, on a déjà apporté nos soutiens, on apporte encore notre soutien à la tech française, notamment à travers les programmes France 2030, à travers la mission French Tech. Elle parle aussi évidemment de la commande publique où elle reconnaît qu'il y a un problème aujourd'hui de commande publique et que même la direction du numérique de l'État doit revoir son cap et changer ses réflexes. Mais ces sujets sont adressés aujourd'hui. On a l'impression qu'il y a une prise de conscience politique.
Est-ce que vous attendez des actes un peu différents de ce que vous avez vu ?
Je vais le dire de manière différente. Ces sujets sont identifiés. Est-ce qu'ils sont adressés de manière correcte ? La réponse est non. Et ils doivent être adressés dans la continuité avec un plan long terme. Le plan long terme.
30-30 par exemple, c'est un plan long terme.
Est-ce que 4 ans, c'est long terme pour vous ? Est-ce qu'on n'a pas besoin d'avoir une vision un petit peu plus longue ? Avec naturellement des étapes, avec des milestones, mais une vision beaucoup plus longue. Donc, est-ce qu'ils sont identifiés, la réponse est les oui ? Est-ce qu'ils sont adressés ? On va voir si réellement, on a pris la mesure des enjeux auxquels on doit faire face. Première chose, c'est éclairer. La deuxième chose, c'est prévenir des risques. C'est-à-dire, quels risques on a à ne pas faire ? Oui. Et donc, il va falloir que le candidat l'assume s'il ne le fait pas. Et qu'est-ce qu'on peut gagner à faire ?
Et si on doit gagner à faire, quels sont les investissements que l'on doit mettre en place pour pouvoir y arriver ? Parce qu'on n'est pas dans une technologie d'amélioration continue, on est dans une technologie de rupture. Ça veut dire que c'est une technologie qui ne va pas vous permettre de mieux faire ce que vous faisiez hier. Elle va vous permettre de faire différent. Et donc, il faut que chacun accepte de sortir...
Vous parlez de l'IA, là ?
Je parle en l'occurrence de l'IA. Et l'IA n'est que la partie visible de l'iceberg. Les infrastructures qui conditionnent notre souveraineté sont la partie cachée et sont la partie sur laquelle il faut aussi avoir une stratégie. Donc, la compétitivité, le premier axe. La résilience. Résilience, c'est autonomie, c'est maîtriser ses interdépendances. On ne pourra pas être indépendant. Ça n'existe plus.
Par contre, dans la chaîne de valeur des interdépendances, il faut qu'on maîtrise les maillons les plus faibles et qu'on ait la capacité de ne pas être à la merci d'un président américain lunatique qui, à un moment donné, est capable d'appuyer sur le bouton on-off sans nous demander l'autorisation. La technologie est présente dans notre vie au quotidien. Elle va l'être de plus en plus. Ça n'est pas un mal. C'est vraiment un bien parce qu'elle va inclure, elle va permettre de faire des choses qu'on ne savait pas faire. Mais ça veut dire qu'on doit maîtriser le bouton marche-arrêt.
Vous avez déjà des choses très concrètes à amener comme ça aux futurs candidats à l'élection présidentielle en leur disant ça, vous dites oui, vous dites non. Voilà l'impact, le risque si vous dites non. Est-ce que vous avez des propositions très concrètes ?
On est en train d'y travailler et on s'est engagé à proposer 4-5 grands axes, pas plus, à mi-octobre. Et pour le moment on est en train d'auditionner tous les candidats qui se sont déclarés à la présidence de la République.
Vous pensez, comme la ministre Le Ménonf le disait dans l'interview qu'on a écouté juste avant ensemble sur notre plateau, qu'il y a un risque de décrochage de la France ?
Bien sûr, bien sûr. Le risque il existe. Après, est-ce qu'on va décrocher ? Je pense qu'aujourd'hui il y a une prise de conscience qui est générale. Donc on a compris qu'il ne fallait pas qu'on décroche. Est-ce qu'on mesure réellement les efforts qu'il va falloir faire pour ne pas décrocher ? Et puis aussi pour retrouver notre place de leader ? Ça c'est notre responsabilité d'éclairer, de dire super, vous avez fait le bon constat, maintenant si vous voulez rattraper le terrain, ce n'est pas par unité, par milliards d'euros, c'est plutôt par centaines de milliards d'euros qu'il va falloir investir. Alors on nous dit il n'y a plus d'argent, il n'y a plus d'argent, il n'y a plus d'argent.
Il n'y en a plus, il n'y en a. Il n'y en a plus dans le public, mais il y en a énormément dans le privé. On n'a jamais eu autant d'épargne en France. Par contre cette épargne, on a du mal à l'actionner parce qu'on n'a pas encore retrouvé la confiance à donner à ceux qui ont épargné pour qu'ils investissent dans notre économie. Et ça c'est quelque chose qu'il faut qu'on fasse, c'est-à-dire qu'il faut qu'on leur explique que cette technologie va nous permettre de récupérer notre retard, va nous permettre de redevenir compétitifs, va nous permettre de générer de la croissance et donc que leur investissement, eh bien il va être bon.
Vous avez aussi présidé l'association Talent du Numérique. Ce sujet de l'éducation au numérique, vous avez l'impression qu'on le prend par le bon bout en France ? Non. Parce qu'on est en plein dans ces débats sur les jeunes face aux écrans, l'accès aux réseaux sociaux. On travaille beaucoup sur la question des risques.
Oui, et pas les opportunités, pas de ce qu'il y a à faire. Moi je suis triste de constater chaque année que l'on recule dans le classement mondial de l'éducation. On était un phare, on avait les meilleures écoles, on avait les meilleures formations, les mathématiques tentent à disparaître et le sujet ne démarre ni au collège ni au lycée, il démarre à l'école primaire et il démarre réellement à partir du CP ou du CE1. Et il va falloir réellement là aussi qu'on fasse une rupture et qu'on change la façon dont on éduque nos enfants. La mixité aussi est un sujet. On est en train de réinventer un monde. Est-ce qu'il est raisonnable de réinventer un monde avec un genre dominant ?
Non, fatalement ça va créer des biais. Or aujourd'hui dans la tech, on a 80% d'hommes et 20% de femmes.
C'est pas purement français ça.
C'est un problème de riche. Quand on est dans les pays en voie de développement, on s'aperçoit que c'est équilibré. En Tunisie par exemple, on a 52% de femmes qui sortent diplômées des écoles d'ingénieurs. Pourquoi ? Parce qu'elles considèrent que c'est une voie d'émancipation. C'est la voie qui leur permet d'être valorisées non pas par leur être ou leur paraître, mais par leur savoir. Dans les pays évolués, les femmes sont conditionnées pour aller vers des sciences molles. Et c'est dommage. C'est dommage et ça il faut le rectifier pour que l'on puisse avoir un équilibre et avoir des systèmes et des technologies qui sont conçues sans biais.
Et cette majorité numérique, vous en pensez quoi ? Cette majorité numérique à 15 ans ?
Après, il y a des sujets qui sont politiques, il y a des sujets qui sont populistes. Je veux dire, nous, notre profession, elle n'est pas de prendre parti ou de se positionner sur un sujet de ce type.
Ce n'est pas un sujet sur lequel...
Ce n'est pas un sujet sur lequel on a forcément une légitimité pour prendre une position. Notre légitimité, elle est d'expliquer en quoi cette technologie est puissante, en quoi cette technologie peut accélérer les transformations et en quoi on peut rattraper le retard que l'on a pris en faisant des investissements intelligents et en se groupant.
Et vous entendez aussi les voix qui disent, oh là, mais on y va peut-être un petit peu trop vite justement avec l'intelligence artificielle. On n'écoute pas assez la société civile qui a peur, qui s'inquiète, qui se demande si ça vaut le coup, qui parle effectivement de l'impact environnemental.
Alors, on est dans une course mondiale. Ça veut dire que si on ralentit et que nos compétiteurs ne ralentissent pas, on va encore perdre un petit peu plus de terrain. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas répondre aux préoccupations de nos concitoyens qui ont raison de s'inquiéter, qui ont raison d'avoir peur. Et une des façons de les rassurer, c'est de leur expliquer. Et c'est pour ça qu'il y a 18 mois, on avait fait un tour de France de l'IA où on avait visité une trentaine de villes en France pour acculturer la population à ce que l'intelligence artificielle peut apporter, pour aussi leur montrer les dangers de cette intelligence artificielle.
On ne se voile pas la face et on essaie d'être transparent, sincère, sans mentir. Cette année, nous allons entamer le tour de France de la résilience pour expliquer aussi qu'est-ce que la résilience, qu'est-ce que l'autonomie, qu'est-ce que l'interdépendance, qu'est-ce que la cybersécurité, en quoi c'est important de s'y investir et quels sont les dangers à ne pas faire. Donc oui, ça va vite, mais est-ce qu'on peut ralentir pendant que nos compétiteurs accélèrent ? Je ne pense pas.
Merci beaucoup Mehdi Ouas d'avoir été notre invité dans la grande interview de Smartech. Je rappelle que vous êtes le nouveau président de Numé. Merci à tous de nous avoir suivis. C'était Smartech, votre rendez-vous sur l'innovation et ces débats qui traversent le numérique. On se retrouve très vite sur la chaîne Bsmart, notamment jeudi prochain. On sera en direct à 10h45.
Anne Le Hénanff