Vers une économie d’austérité ? - Aurélie Trouvé est l’invitée des 4 vérités de ce samedi 12 octobre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour Aurélie Trouvé. En effet, vous êtes la nouvelle présidente de la Commission des affaires économiques à l'Assemblée nationale. Et cette élection, vous la devez à la défection de certains députés LR qui n'ont pas voulu voter pour le candidat du camp macroniste. En fait, c'est des règlements de compte entre les pendants de la majorité gouvernementale, majorité si on peut dire, dont vous êtes bénéficiaire. Est-ce que ça ne nuit pas un peu à votre légitimité ?
Alors d'abord, cette élection, je la dois à toutes les voix du Nouveau Front Populaire et au-delà des voix d'Oliott, des voix du Modem, des voix des Républicains. Ce qui montre d'ailleurs ce que nous disons...
Il y a les Républicains qui ont voté pour vous, avouez que c'est quand même pas...
Eh bien écoutez, ça prouve que même en gardant notre programme, parce que j'ai toujours soutenu le programme de la France Télévisions et du Nouveau Front Populaire, même en étant fidèle à ce programme, nous pouvons trouver des majorités au sein de l'Assemblée nationale et mon élection en est la preuve. Et c'est d'ailleurs cette méthode-là que nous proposons quand Lucie Casté gouvernera pour le Nouveau Front Populaire.
D'accord. Ce n'est pas un accident, encore une fois, de règlement de compte entre la coalition gouvernementale ?
Eh bien je vous dis, je le prends plutôt au contraire comme la conclusion, comme le résultat de cette capacité à l'obtenir des majorités.
Le président de la commission des finances, Éric Coquerel, appartient comme vous à la France Insoumise. Est-ce que vous allez créer une sorte de bloc d'opposition au sein des instances de l'Assemblée avec vos deux présidences ?
Alors bloc d'opposition, mais surtout un bloc pour faire vivre la démocratie parlementaire. Ça fait 7 ans que le président Macron, pour moi, étouffe la démocratie parlementaire, enlève également du débat à l'Assemblée nationale. Enfin, nous allons le restaurer dans la commission des finances et aujourd'hui dans la commission des affaires économiques. C'est d'ailleurs aussi pour ça que j'ai eu sans doute des voix bien au-delà du Nouveau Front Populaire, aussi parce que le Nouveau Front Populaire est la première force issue de l'élection législative. Et comment ? Eh bien d'abord en demandant des comptes, notamment aux grands patrons et aux multinationales.
Vous allez recevoir des patrons d'entreprise. Vous avez déjà une liste.
Exactement. Par exemple, les patrons de Lactalis, qui est cette grande multinationale française de transformation laitière, qui vient d'annoncer qu'elle allait arrêter de collecter 300 éleveurs et qui fait pression sur les prix des éleveurs à la baisse. Et vous savez à quel point le monde agricole est en crise. Et je souhaite que l'on s'adresse à cette crise et l'on apporte des réponses au sein de l'Assemblée nationale.
Vous allez auditionner le patron de Lactalis. Est-ce que vous comptez entendre aussi les dirigeants de Sanofi qui, on le sait, s'apprêtent à vendre un fonds américain, leur filiale qui fabrique le Doliprane ? C'est une affaire dont on a beaucoup parlé hier. Quel peut être votre rôle à la place que vous occupez désormais ?
Eh bien là aussi, audition des patrons de Sanofi, mais aussi du ministre de l'Économie, parce que l'État a donné son feu vert hier au fait de vendre la production de Doliprane, qui appartenait à Sanofi, à un fonds d'investissement américain. C'est très grave en matière de souveraineté. Vous savez que déjà, on avait du mal à trouver parfois du Doliprane et du paracétamol. Donc il faut absolument aujourd'hui, et nous le demandons d'ailleurs, nous l'avons dit hier la France insoumise, Il faut aujourd'hui, eh bien, un État beaucoup plus puissant qui dise non. Et on peut empêcher, par exemple, une cession ?
On peut empêcher Sanofi, concrètement, de réaliser cette opération que l'entreprise a prévue ?
Le gouvernement aurait pu l'empêcher, et je rappelle aussi que Sanofi a touché plus d'un milliard d'euros d'aides publiques pendant dix ans. Il est temps que toutes ces aides aux entreprises, il y en a pour 200 milliards d'euros par an, que toutes ces aides aux entreprises soient conditionnées fortement sur le plan social et écologique, mais aussi, par exemple, au fait de ne pas délocaliser des actifs stratégiques qui remettent en cause la santé des Français.
Vous entendrez donc, vous souhaitez entendre le patron de Sanofi. Le projet de loi de finances qui a été présenté cette semaine avant-hier était défendu à votre place, ici même, par Antoine Armand, le ministre de l'Économie. Hier, lui, ne veut pas parler d'austérité, comme vous, il dit, c'est un budget de redressement. Pourquoi vous continuez à parler d'austérité ? Le ministre nous expliquait que l'austérité, par exemple, c'est baisser les salaires des fonctionnaires. Ce n'est pas le cas dans ce budget.
Eh bien, tout simplement parce que la très grande majorité des économies budgétaires que veut faire le gouvernement, eh bien, ça va peser sur ceux qui ont déjà du mal à boucler leur fin de mois. Trois exemples. La baisse des pensions de retraite. Il faut savoir qu'en moyenne, quelqu'un qui...
Le décalage, soyons précis, le décalage du 1er janvier au 1er juillet pour l'alignement sur l'inflation des pensions de retraite.
Donc, ça veut dire une baisse. Ça veut dire une baisse, très concrètement, sur 6 mois pour quelqu'un qui gagne 1 500 euros de retraite, une baisse de 90 euros de retraite. Tout dépend de la retraite, mais en effet, il y a un décalage. À partir du 1er janvier. Deuxièmement, la hausse forte des taxes sur l'électricité qui va se répercuter sur les prix de l'électricité, sur les gens qui ont déjà du mal à se chauffer l'hiver. Il y en a 12 millions. 12 millions de personnes en France qui ont du mal à se chauffer. Ça sera encore pire. Mais aussi les actes...
On rappelle que l'électricité va baisser, mais elle baissera moins du fait de cette taxe qui va augmenter.
En fait, si vous voulez, on est depuis 3 ans dans une anormalité des prix de l'électricité qui sont beaucoup trop hauts, ce qui font que les Français ont du mal. Eh bien, on va rester dans cette anormalité. Mais surtout, ce sont les artisans. Par exemple, les artisans boulangers qui vont voir tout de suite leur facture d'électricité augmenter. Vous voyez ? Et puis, troisième exemple, la sécurité sociale. Vous savez qu'elle va moins rembourser, par exemple, les consultations. Ça va se répercuter... C'est la discussion budgétaire, effectivement. Voilà. Et ça va se répercuter sur les prix du mutuel. Et il y a déjà 2 millions de Français qui n'ont pas les moyens d'avoir une mutuelle.
C'est terrible, ce qui va se passer.
Mais sur les nouvelles recettes, Aurélie Trouvé, qu'est-ce qui vous dérange, par exemple, dans le fait de taxer les 65 000 foyers les plus riches ? Puisque c'est une des mesures proposées par ce budget. C'est une mesure que vous auriez pu proposer. C'est une mesure, entre guillemets, de gauche ou sociale. Taxer les plus grosses entreprises également, Madame Trouvé.
Alors, en fait, c'est très insuffisant.
Mais ça va quand même dans le bon sens.
C'est très insuffisant et transitoire. Parce que, en grosso modo, le gouvernement Barnier-Macron, puisque c'est en fait, vous savez, pour poursuivre la politique du président Macron que Michel Barnier a été nommé. Ce gouvernement Macron-Barnier va faire peser seulement 10 milliards sur les 60 milliards d'économies attendues, seulement 10 milliards sur les plus riches et les multinationales. Nous, au Nouveau Front Populaire, nous proposons d'aller chercher 50 milliards d'euros dans les poches, quelque part, de ceux qui ont concentré le plus l'argent ces sept dernières années, les ultra-riches.
Et vous savez ce qu'on vous répond, cela casserait la croissance, cela empêcherait les entreprises d'embaucher. Vous savez, en tout cas, que c'est ce que vous répondent beaucoup d'économistes.
Oui, bien sûr. Alors, moi qui suis économiste de métier, je peux vous dire à mon écle que la plupart des économistes, qu'est-ce qu'ils disent ? Ils disent qu'au contraire, ce qui est prévu par le gouvernement, c'est à la fois brutal pour les gens, mais ça va être aussi irresponsable, inefficace, parce que ça va plomber la croissance. D'ailleurs, c'est le Haut Conseil pour les Finances Publiques qui l'a dit hier, ça va plomber la croissance, parce que c'est trop brutal, ça va diminuer la demande, et donc ça va diminuer la demande envers les entreprises, donc l'emploi, donc l'activité économique, ça va être récessif et plomber en retour les finances publiques. Donc c'est n'importe quoi.
On comprend donc que si un article 49.3, et c'est très probable, pour faire adopter ce budget, vous déposerez une motion de censure. Bien sûr. Est-ce que vous êtes prêts à faire tomber ce gouvernement, en vous associant par exemple avec les voix du Rassemblement National, sur ce budget ?
Ce que je note surtout, c'est que nous avons déposé une motion de censure, vous le savez, il y a quelques jours.
Et là, on parle de celle du budget.
Oui, oui, mais je vous le dis, le Rassemblement National n'a pas souhaité voter cette motion de censure. C'est une grande hypocrisie. Il se présente comme une opposition à ce gouvernement.
Vous êtes prêts à associer vos voix avec ce parti pour faire tomber le gouvernement sur le budget ?
Justement, chacun des députés sera mis face à ses responsabilités. Ce que je vois, c'est que là, ils ont épargné le gouvernement. Et c'est une grande hypocrisie. En réalité, ils ne sont pas à l'opposition à ce gouvernement, alors qu'ils l'avaient promis. Nous, nous sommes aujourd'hui la seule et réelle opposition à ce gouvernement. Macron, Barnier, et nous déposerons à nouveau une motion de censure. Et chaque député, il y aura une question qui lui sera posée. Oui ou non, êtes-vous d'accord avec ce gouvernement qui impose une austérité drastique aux Français ?
On vous a entendu. Merci beaucoup, Aurélie Trouvé. Donc, nouvelle présidente de la Commission des Affaires économiques, députée La France Insoumise, c'est la suite de Télémata.
Merci à vous. A tous les deux. Merci, Frédéric Chauvalier, qui a fait cette interview en langue des signes. Voilà pour la politique.
C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Aurélie Trouvé