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interviewLe Média — Podcasts· 12 mai 2026 18 min

Édouard Philippe : le nouveau Macron ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour et bienvenue dans le récap, nous sommes le lundi 11 mai et vous pouvez souffler. Ah bah si je vous jure, on est sauvé, le messie de 2027 est redescendu sur terre. Où il a trouvé du réseau ? Je sais pas trop. En tout cas, il s'est adressé à nous autres du petit peuple, pour pas dire grand chose de nouveau. Mais ça suffit, il a déjà convaincu tous les médias mainstream. Grâce à Édouard Philippe, le RN ne passera pas. En tout cas, c'est ce qu'on nous répète sur tous les tons. Quoi ? Quoi ? Tu me suis fait avoir ? On nous rejouerait 2017 et 2022 ? Oh non, je vous crois pas, c'est pas possible. Bah oui, Édouard Philippe, c'est le nouveau candidat providentiel de 2027.

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Locuteur non identifié

Est-ce que les enquêtes d'intention de vote montrent qu'il est capable de battre le RN dans une hypothèse de qualification au premier tour ? Oui, absolument, c'est peut-être même l'un des rares qui est en mesure de battre pour l'instant. Dans les sondages. Dans les sondages d'intention de vote de second tour, il faut prendre avec évidemment beaucoup de précaution, quasiment un an du scrutin et sans qu'on connaisse évidemment les résultats du premier tour. Mais effectivement, il serait le seul à battre le candidat ou la candidate du Rassemblement national. D'ailleurs, avec des scores qui ne sont pas ceux des élections présidentielles précédentes.

Je crois qu'on est plutôt dans des scores assez classiques, 52-48, donc finalement un score assez serré. Mais avec un socle très très bas pour se qualifier. Il est quoi ? Il est entre 22-25% ? Ah non, je dirais même qu'il est plutôt entre 17-19, parfois 20%. Ça dépend des hypothèses aussi et de l'offre électorale qui est testée. Mais c'est très très bas.

1:54
Présentateur

Alors si on peut reconnaître une chose à Édouard Philippe, c'est quand même de maîtriser les horloges. Parce qu'il a été un des premiers à se déclarer candidat. C'était en septembre 2024, soit quand même deux ans et demi avant l'échéance. En dégainant, aussitôt, il s'assure quand même de laisser sa trace dans l'esprit des électeurs. D'ailleurs, il a plutôt bien fait. Parce que vu la cacophonie des déclarations de candidature en ce moment, je défie quiconque de s'y retrouver. Même moi qui suis ça comme le lait sur le feu, je suis perdue. Donc c'est pour dire. D'ailleurs, tiens, ce week-end, il y a Florian Philippot qui s'est déclaré. Voilà.

Vous pouvez déjà oublier cette information parce que ça va vous polluer l'esprit et ça sert à rien. Alors, depuis sa déclaration de candidature, Édouard Philippe y va piano piano, comme on dit. Un an et demi plus tard, donc, toujours pas l'ombre d'un programme solide à se mettre sous la dent. À la place, il y a eu quelques petites phrases comme ça, distillées au compte-gouttes. Juste assez pour rappeler qu'il est encore dans la course quand même, mais pas davantage. Entre temps, évidemment, quand même, il y a eu les municipales. Édouard Philippe y est allé tranquillement, retourné bétonner son fièvre du Havre, où il a d'ailleurs été confortablement réélu.

Alors, les Havrés ne sont quand même pas du genre rancuniers, on peut leur accorder ça, parce que leur maire, il traîne quand même quelques casseroles judiciaires. Fin septembre 2023, une ancienne haute fonctionnaire de la communauté urbaine du Havre l'accuse d'avoir pris quelques libertés, avec les règles des marchés publics, notamment autour de la cité numérique. Alors, cette dame, elle porte plainte pour favoritisme, détournement de fonds, prise illégale d'intérêt et harcèlement moral. La liste est quand même longue et pas franchement flatteuse pour l'ancien Premier ministre.

Depuis, l'affaire a changé de dimension, puisqu'en 2024, le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire et a missionné l'office anticorruption ainsi que la PJ de Rouen, au point que des perquisitions sont menées à la mairie du Havre et au siège de la communauté urbaine. Et en 2025, nouvelle couche, l'ancienne responsable saisit directement cette fois les juges d'instruction parisiens avec une nouvelle plainte à laquelle s'ajoute désormais une accusation de violation du secret médical. Alors, pendant ce temps-là, Edouard Philippe, il continue de tout nier en bloc, comme d'habitude, et assure qu'aucune irrégularité n'a été commise.

Le problème avec les casseroles, c'est quand même qu'à un moment, ça finit toujours par faire du bruit.

4:27
Locuteur non identifié

Je pense qu'on ne peut pas diriger la France si on n'est pas irréprochable. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de le dire, ça avait créé quelques émois parmi certains dans la classe politique. C'est pourtant une évidence, c'est une évidence. Ça veut dire que les ministres, le président de la République a fortiori, ne doivent pas être mis en examen, doivent avoir une attitude exemplaire.

4:53
Édouard Philippe

C'est la jurisprudence baladure, si un ministre est mis en examen, il doit démissionner.

4:56
Locuteur non identifié

Je sais que ce n'est pas juste. Je sais qu'il y aura toujours des gens pour m'expliquer qu'il y a la présomption d'innocence. Mais l'expérience qui a été la mienne, dans plusieurs gouvernements et dans celui que j'ai dirigé, me montre qu'on ne peut pas sereinement diriger un ministère quand on a sur le dos, au fond, une suspicion qui a entraîné une instruction judiciaire.

5:19
Présentateur

Et parfois, ça déjoue même les plus grands destins, mais ça, on le verra plus tard. Alors, toujours est-il qu'Ezor Philippe est dans une position plutôt confortable, comme on l'a dit, déjà désigné comme le cordon sanitaire officiel de 2027, face au raz-de-marée annoncé du RN. Lui, il n'a plus qu'à surfer la vague. Pendant 11 mois, ça en serait tamé et puis le jeu sera bouclé. Voilà, c'est tout ce même bien. Au moins, il ne prend pas de risques. C'est mou, c'est chiant, il n'y a pas de programme ni de rebondissement, ça c'est un fait. Mais en fait, c'est fait exprès. Ben oui, comme ça, on ne froisse personne. Prenez sa petite causerie du week-end.

Eh ben, ça a duré une heure, là, à Reims, face au cadre de son parti. Et tout ce qu'on en retient, c'est qu'il a désigné le RN comme l'adversaire, super original. Puis le reste, c'était beaucoup de blabla et peu de concret, si ce n'est qu'il a annoncé un premier meeting de campagne en juillet. Peut-être qu'on aura enfin un programme. Mais enfin, quand même, il a clarifié un point.

6:18
Édouard Philippe

Moi, mes amis, je sais assez bien d'où je viens. Je viens de la droite.

6:22
Présentateur

Bon, ben dans les faits, ce n'est pas la première fois qu'il dit qu'il est de droite. Mais comme on continue à entretenir l'idée qu'Horizon, c'est le bloc central, notamment dans les médias, je me dis que ça ne fait pas de mal de le matraquer un peu. Prenez note, chers camarades journalistes. Bon, à la fois, il ne fallait quand même pas être grand clair pour le savoir.

6:39
Locuteur non identifié

La colonisation est-elle un crime ? Dans notre histoire, la colonisation est-elle... On est français, on a une histoire, comment ? Non, voilà, très bien.

6:45
Présentateur

Ce week-end, à Reims, Édouard Philippe est aussi revenu sur le passé et notamment sur ses années à Matignon, aux côtés d'Emmanuel Macron, l'inénarrable. Fallait oser.

6:57
Édouard Philippe

Je sais d'où je viens. Et je ne vais pas m'en excuser. De la même façon que je ne vais pas m'excuser d'avoir été le premier premier ministre d'Emmanuel Macron. Et je suis assez fier d'avoir été le premier premier ministre d'Emmanuel Macron.

7:10
Présentateur

Et c'est là que tu fais fausse route, Édouard. Fallait s'excuser, justement, et pas être fier. Laisse-moi te rafraîchir les idées. À peine arrivé à Matignon, tu t'attaques aux libertés en voulant inscrire l'état d'urgence dans le droit commun. Dans le même temps, t'as aussi dézingué les acquis des travailleurs, tout en faisant des cadeaux aux riches et aux patrons. La suppression de l'ISF, c'était toi. Le durcissement de l'accès au chômage aussi. Le démantèlement du statut de cheminot, entre autres les débuts de la réforme des retraites, les ordonnances travail. Tout ça, c'est ton œuvre. Il n'y a pas vraiment de quoi être fier.

Quand éclate la révolte des gilets jaunes en réaction à la hausse du prix du carburant, ta seule réponse est répressive. T'envoient les flics casser des corps pour mater la rébellion. Des centaines de Français en gardent encore les stigmates dans leur chair. Sous Macron, ce sera marche ou crève. Et c'est toi qui as soufflé la méthode. Et puisque t'as participé à tout ça, t'assumeras aussi les 3 000 milliards de dettes, le modèle social en décomposition, les services publics qui suffoquent, la précarité qui a explosé. Les seuls qui sont fiers de toi, Édouard. C'est les 53 milliardaires français qui ont vu doubler leur fortune depuis 2017.

Les autres, ils n'ont plus que leurs yeux pour pleurer. Mais Édouard Philippe, lui, il est satisfait. Ben voilà, on est content. Et pire que ça, il veut y retourner. Et encore avec plus de pouvoir, cette fois. A l'Elysée, directement. En reprenant la bonne vieille recette de celui qui l'a fait exister. S'ériger en rempart républicain face à l'extrême droite qui menace. L'éternel recommencement. Et entre-temps, le prétendu barrage, on le sait maintenant, se transforme toujours en un gigantesque marche-pied aux idées puantes du RN. Il s'agirait de ne pas se refaire avoir encore une fois.

Enfin, heureusement quand même que cette histoire d'Édouard Philippe, encore dont Sanitaire a annoncé, celle qui plaît tant aux sondeurs et aux médias, elle a un petit hic quand même. Ben oui, elle fonctionne que s'il est au second tour, en face à face avec le RN. Ça suppose quand même de passer le premier déjà. Et ça, c'est pas gagné. Parce que dans les projections, même les plus favorables des instituts de sondage, encore eux, dont on connaît les biais et les marges d'incertitude, surtout quand on est encore si loin de l'échéance, bien entendu. Édouard Philippe, il tourne autour des 20 %, moyenne haute. Un niveau très dépendant, d'ailleurs, de l'hypothèse retenue sur les adversaires.

Or, à ce stade, je mets quiconque au défi de nous donner le casting final de la liste de départ. Déjà qu'on peine à suivre la liste des candidats déclarés sans parler de ceux qui entretiennent le doute depuis des mois en embuscade, là. Bref, on nous vend déjà le scénario écrit d'avance avec le duel final, le rempart pays républicain, tout ça, la vague à contenir et tout le storytelling qui va avec. Sauf qu'entre les projections, les hypothèses de sondage et les candidats fantômes qui se retireront finalement, bon, on est encore loin du film terminé. Et si vous voulez mon avis, fort heureusement ! Et on fait une petite pause avant de continuer avec le reste de l'actualité.

Si vous aimez le récap et que vous avez envie qu'on discute ensemble, de connaître les coulisses de l'émission ou même de choisir et de proposer des sujets, je vous attends sur le canal de discussion Instagram. Le lien pour le rejoindre est dans la barre d'infos. Et vous le savez, sans vous, pas de récap, pas de média non plus. Depuis plus d'huit ans, notre chaîne télé tient bon, en Inde, dans un paysage audiovisuel toujours plus concentré et réactionnaire. Chaque jour, nos plus de 25 travailleurs et travailleuses mènent courageusement la bataille de l'info. Mais pour continuer, nous avons besoin de vous. Notre antenne, notre histoire, c'est vous qui la faites vivre.

Nous sommes en pleine campagne de dons. Alors abonnez-vous aux médias ou faites un don, justement, sur notre site internet, vous aurez toutes les infos. Et on poursuit ce récap avec un petit point d'étape sur le PS. Et le week-end a été mouvementé. Boris Vallaud, le président de groupe socialiste à l'Assemblée nationale, a annoncé quitter la direction du Parti socialiste, suivi par 24 autres membres du parti, dont 21 secrétaires nationaux. Ces derniers reprochent à Olivier Faure de décider seul et de refuser dialogue et recherche de compromis, notamment sur la stratégie en vue de la présidentielle de 2027.

Invité ce matin sur France Inter, l'ancien patron des députés socialistes a demandé la convocation rapide de rencontres pour construire une nouvelle gauche plurielle autour d'un programme commun. En réponse à cette vague de départ et aux propos de Boris Vallaud, le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, a exhorté les socialistes à avancer d'un même pas pour bâtir une offre commune en vue de la présidentielle 2027. Bon, en résumé, Vallaud et Faure appellent tous les deux à l'union de la gauche, mais ils sont en désaccord sur les méthodes à utiliser et surtout sur le programme. Ce lundi marque le premier jour des réquisitions dans l'affaire du financement libyen de la campagne de 2007.

Dix prévenus comparaissent dans ce dossier parmi lesquels l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, accusé d'avoir noué un pacte de corruption avec le régime de Muammar Kadhashi pour financer sa campagne présidentielle. À l'issue de cette première journée de réquisition, le ministère public a demandé que Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et Brice Hortefeux soient reconnus coupables d'associations de malfaiteurs. Cette association de malfaiteurs se place dans les plus hauts niveaux de gravité que la République ait pu connaître, conclut un des avocats généraux. Les réquisitions devaient durer deux jours et demi et devraient donc se terminer ce mercredi.

Pour rappel, l'ancien président de la République a été condamné à cinq ans de prison ferme en première instance. Il avait été reconnu coupable de corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs. Vendredi dernier, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, place du Panthéon à Paris, pour participer à un village antifasciste. Mon collègue Cédric Canton s'est rendu sur place. Je vous laisse avec un extrait de son reportage.

13:27
Locuteur non identifié

On est face à une bataille culturelle qu'on doit mener. Il faut être présent partout avec des associations, toute la société civile, avec des syndicats, des partis politiques pour être unis face à l'extrême droite qui aujourd'hui est extrêmement puissante puisqu'elle dispose de pouvoirs importants, de relais importants dans les médias. Et donc, aujourd'hui, on voit, malheureusement, on n'a pas le choix. Il faut qu'on se regroupe pour lutter contre cette diffusion de discours de l'homme.

Toutes les organisations qui partagent ce même objectif d'avoir un discours d'égalité des droits pour toutes et tous peuvent être présents dans ce village et partagent le même objectif de lutter contre un discours, des discours d'exclusion et de discriminations qui sont portés essentiellement par l'extrême droite mais pas seulement. Malheureusement, par également un certain nombre d'organisations qui sont contaminées par l'idée d'extrême droite.

14:28
Présentateur

Son reportage est évidemment à retrouver en entier sur la chaîne YouTube du Média. Et ce rassemblement intervenait à la veille d'un week-end marqué par le défilé du comité du 9 mai. Un hommage organisé chaque année par des mouvances néo-fascistes. La marche avait été interdite par la préfecture de police tout comme plusieurs contre-rassemblements antifascistes. Sur X, le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a salué l'action du préfet de police et des forces de l'ordre en affirmant que l'ordre et la tranquillité publique avaient été maintenus à tel point que plusieurs journalistes qui couvraient les mobilisations ont été verbalisés.

Deux de nos collaborateurs réguliers en faisaient même partie. Cédric Canton dont on vient de voir le reportage pour le Média et également Gaspard Glantz. Ils ont été nassés, empêchés de filmer, menacés puis verbalisés malgré leurs ordres de mission. Je vous invite également à retrouver sur notre chaîne YouTube l'interview de Cédric et de l'avocat Alexis Baudelin qui reviennent sur ce sujet dans notre émission Toujours Debout. On termine ce récap avec l'actualité internationale. C'est 11 et 12 mai se tient au Kenya le sommet Africa Forward entre la France et une trentaine de représentants de pays africains.

Sur le papier, ce forum vise à renforcer les partenariats économiques entre le continent et l'Hexagone. Une sorte de Paris gagnant-gagnant comme on dit. Mais derrière ces éléments de langage évidemment, on retrouve surtout la continuité d'un système de domination. En 2022, les entreprises françaises ont réalisé un chiffre d'affaires de près de 41 milliards d'euros sur le continent africain avec plus de 2400 filiales implantées dans de nombreux pays. Leur poids dans l'économie de ces nombreux pays est exorbitant, rappellent nos confrères de l'Humanité.

Selon un rapport de l'association Survie, ces firmes représentent 15,5% du PIB du Sénégal, 11,6% du PIB de la Côte d'Ivoire et 16,3% de celui du Gabon. En marge de ce rendez-vous, le parti communiste marxiste du Kenya, plusieurs organisations africaines et du Sud global ont organisé un sommet panafricain contre l'impérialisme. Leur objectif était notamment de dénoncer le colonialisme vert et l'expansion de la présence militaire française et occidentale sur le continent. Merci d'avoir regardé cette nouvelle édition du Récap. N'hésitez pas à nous laisser vos impressions en commentaire si vous nous regardez sur YouTube ou via email si vous nous regardez à la télé.

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