Canicule, protection des salariés, présidentielle... Le "8h30 franceinfo" de Sophie Binet
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Bonjour Sophie Binet. Bonjour. La France saura à peine d'un épisode historique de canicule et une nouvelle vague de chaleur est annoncée dès ce week-end. Elle n'épargne pas les salariés les plus exposés. Vous avez des propositions pour les protéger, on va en parler. Mais d'abord, les chiffres de la surmortalité de cette canicule au mois de juin. Ils viennent d'être annoncés. 2025 décès supplémentaires la semaine du 22 au 28 juin. C'est ce qu'annonce la ministre de la Santé, Stéphanie Riste, ce matin. Des chiffres provisoires. La faute à qui ? La faute au gouvernement ?
La faute au gouvernement et au patronat. Il n'y a eu aucune anticipation de cette canicule alors que ça fait des dizaines d'années qu'on sait que le climat se réchauffe, qu'il faut non seulement lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi s'adapter. La loi n'a pas du tout été appliquée. Elle prévoit pourtant que toutes les entreprises doivent mettre en place des plans de prévention, des plans de canicule. Même dans les hôpitaux, il n'y avait pas de plans de canicule. Je suis allée dans un hôpital la semaine dernière dans le Val d'Oise. Il faisait 36 degrés dans le service de gériatrie. Comment peut-on prendre en charge des personnes vulnérables dans ces conditions ?
Et figurez-vous que pendant les 15 jours de canicule, les patients ont eu des repas chauds. Donc ça veut dire qu'ils n'ont rien mangé et en plus qu'on a augmenté la chaleur pour les cuisiniers, pour celles et ceux qui faisaient le service. Ça démontre à quel point rien n'a été adapté, rien n'a été anticipé jusque dans les hôpitaux.
On est quand même loin pour le moment des 10 000 morts annoncées par les écologistes.
On ne va pas faire un concours dans le décompte macabre. Je trouve que déjà 2 000 morts, c'est colossal et c'est une catastrophe. Nous demandons d'ailleurs à avoir le chiffre de la surmortalité au travail. Nous avons déjà recensé qu'il y avait au moins eu 3 morts la semaine dernière à cause de la canicule. Donc comme nous le martelons depuis des années, la chaleur tue et ce n'est pas possible de faire comme si de rien n'était et de demander aux travailleurs et aux travailleuses de travailler comme si de rien n'était.
Alors là, faut à qui ? Parce que c'est d'abord les entreprises qui sont responsables de leurs salariés, de leurs travailleurs. Est-ce que vous diriez à la CGT qu'il y a des employeurs pouss au cri, véritablement ?
Il y a des employeurs qui ne prennent pas leurs responsabilités, oui, et le gouvernement qui leur laisse la bride sur le coup. La semaine dernière, il y avait 72 départements en vigilance rouge. Pour autant, nous avons recensé seulement 7 départements dans lesquels les préfets ont interdit le travail en extérieur l'après-midi. Ça veut dire que par des températures de 45 degrés à l'ombre, donc plus de 50 degrés au soleil, on a fait travailler des ouvriers dans le bâtiment, dans l'agriculture, des livreurs à vélo, etc.
Alors justement, le gouvernement lui dit, on a pris un décret, on l'a pris depuis longtemps, 2025, qui oblige les entreprises à aménager les horaires, à imposer des pauses régulières, à faire en sorte que les salariés soient hydratés. Il n'est pas respecté ce décret ?
Non, il n'est pas du tout respecté. Ça fait 15 jours que le gouvernement, le ministre, nous serine les mêmes éléments de langage, à savoir tout va bien, on a fait tout comme il faut. Ce qu'on constate sur le terrain, c'est que ce n'est pas du tout le cas. Donc moi, j'invite le ministre du Travail à venir dans une usine, dans un chantier, dans un hôpital, pour constater quelle est la situation aujourd'hui sur le terrain. Lui dit qu'il y a des inspections qui ont été menées, 2600 contrôles. Bien sûr, il y a des inspections. Mais le problème, c'est quoi ? C'est qu'il y a seulement 1800 inspecteurs et inspectrices du travail pour plus de 20 millions de salariés en France.
Que par ailleurs, ces inspections ne peuvent pas déboucher sur des sanctions, parce qu'il n'y a pas de pouvoir de sanction lié à la canicule. Donc aujourd'hui, non seulement la loi n'est pas adaptée, mais elle n'est pas suffisante. Il faut la renforcer d'urgence. Ce n'est pas possible d'attendre l'automne pour faire ça.
Et on fait quoi pour les entreprises qui ne respectent pas ?
Il faut les sanctionner, tout simplement. Et donc, c'est la première proposition que nous faisons. Que toutes les entreprises qui n'ont pas de plan de prévention de canicule puissent être automatiquement sanctionnées. La deuxième, c'est que les inspecteurs et inspectrices du travail, quand elles se rendent sur un lieu de travail manifestement trop chaud, où c'est dangereux de travailler, puissent interrompre automatiquement le travail. Aujourd'hui, ils et elles n'ont pas cette prérogative. Troisième proposition, nous demandons à ce qu'il y ait des températures maximums dans le Code du travail pour servir de point de repère. Parce qu'aujourd'hui, il n'y a rien comme point de repère objectif.
Et qu'à partir de ces températures maximums, l'employeur soit obligé soit d'interrompre le travail, soit de l'adapter.
Alors justement, Sophie Binet, les seuils de température que vous réclamez dans la loi, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, n'y est pas favorable. On va l'écouter. Il était à votre place lundi dernier sur France Info.
C'est compliqué d'avoir un niveau de température. Certaines personnes disent 30 degrés. 30 degrés, la France connaît ça tous les étés. Donc, si on arrête la France à 30 degrés, je ne vois pas comment on fait. Les sociétés savantes n'arrivent pas à se mettre d'accord sur une température. Et c'est pour ça qu'il faut aller, comme les Espagnols, pour justement suspendre le travail dans le dur, dans les conventions collectives.
Qu'est-ce que vous lui répondez ? Il y a plein de contre-vérités. D'abord, les Espagnols, il y a des températures maximums dans le Code du travail espagnol qui sont à 25 degrés dans un bureau, 27 degrés en extérieur. Donc, on voit qu'en plus, c'est des températures assez faibles.
Mais ce sont des seuils maximales au-delà desquels on ne doit pas travailler du tout ou on est obligé, pour les entreprises, d'adapter les horaires. Ce n'est pas la même chose. Exactement.
Tout à fait. Et c'est la proposition de la CGT. C'est qu'au-delà de ces seuils, on soit obligé soit d'adapter les conditions de travail, soit d'interrompre le travail quand c'est possible.
Je vous réponds qu'il y a ce décret qui oblige déjà les entreprises à adapter le temps de travail.
D'abord, ce décret n'est pas appliqué parce qu'il n'y a pas de sanctions. Donc, il faudrait peut-être que le gouvernement se pose des questions. Et ensuite, dans ce décret, il n'y a pas de température objective, de mesure objective. On a besoin de ça. Ça existe en Espagne. C'est ce qu'il faut mettre en place en France. 30 degrés ? 35 ? Par exemple, non. Alors, certainement pas 35. Pourquoi ? Nous, ce que nous proposons déjà dans un premier... C'est très élevé. 35 degrés, vous vous rendez compte ? Oui, bien sûr. C'est travailler déjà dans un bureau à 35 degrés, c'est mission impossible.
Mais quand on fait un travail physique, la semaine dernière, il y a eu des dizaines et des dizaines de malaises sur les lieux de travail. Je suis allée la semaine dernière dans une crèche. Les auxiliaires de puériculture m'ont dit qu'elles avaient eu une collègue qui avait fait un malaise. Ça s'appelle un accident de travail.
Mais comment on choisit cette température ? Parce qu'il y a débat autour de cela, justement. Comment on la fixe, cette température ?
Qui la fixe ? On peut tout simplement demander aux scientifiques leur avis. L'INRS, d'abord, dit qu'au-delà de 28 degrés, c'est dangereux de faire des travaux physiques et au-delà de 30 degrés du travail sédentaire. Et puis, il y a des mesures complémentaires qui prennent en compte, par exemple, l'humidité, les écarts climatiques, etc., avec des indicateurs qui existent. Tout ça, ça existe. Il faut l'utiliser et l'appliquer. Et puis, la dernière chose, c'est que le travail par forte chaleur, en France, on connaît aussi. Il ne faut pas oublier qu'il y a des dizaines de milliers d'ouvriers, par exemple, qui travaillent par forte chaleur. Parce que, par exemple, c'est des verriers.
Donc, ils travaillent avec des fours. Des chaudronniers, aussi. Des chaudronniers, des fondeurs. Qu'est-ce qu'on fait dans ces usines ? On adapte le travail. Il y a une obligation de négocier avec les syndicats. Et nous mettons en place des mesures d'adaptation qui sont simples. C'est allègement de la charge de travail, des pauses plus importantes. Faire en sorte qu'il n'y ait pas de durée maximum d'exposition trop élevée. Un suivi médical renforcé. Voilà ce qu'il faut mettre en place.
Avec ces seuils, est-ce que vous êtes favorable à un congé climatique ? La CGT met en avant l'extension du chômage partiel intempéries. Oui. Comment ça marche ?
En fait, c'est une mesure qu'on a gagnée l'année dernière dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Qui permet, quand il y a des intempéries, que les entreprises et les salariés puissent basculer en chômage partiel. Donc arrêter l'activité tout en étant indemnisées. Le problème de cette mesure... Combien de jours ? Je crois que ce n'est pas limité. Ça dépend justement de la durée des intempéries. Et c'est ça qu'il faut. Parce que si la tempête dure 15 jours, il faut pouvoir s'arrêter 15 jours. Le problème de cette disposition, à ce stade, c'est qu'il y a une forte perte de salaire pour les salariés concernés. On est à seulement autour de 60% du salaire.
Donc ce que nous, nous voulons, c'est que ça soit renforcé pour ne pas qu'il y ait de perte de salaire. Parce que ce n'est pas de leur faute s'il y a des intempéries. Et que ça puisse être utilisé dans tous les secteurs.
Mais vous savez ce que dit le MEDEF. Le chômage partiel, c'est 100% payé par l'employeur. Il n'est pas du tout d'accord avec ça.
Oui, non mais le MEDEF n'est d'accord avec rien. En fait, pour le MEDEF, nos vies doivent être sacrifiées sur l'autel de leurs profits. Donc moi, je trouve d'ailleurs totalement indécent les déclarations du MEDEF. Visiblement, on ne vit déjà plus sur la même planète. Ils passent de voitures climatisées en bureaux climatisés, en jets climatisés. Et donc, ils n'ont pas conscience, visiblement, de ce que c'est que de travailler par 40 degrés à l'ombre.
On va parler justement des propositions du MEDEF en matière budgétaire. Que propose la CGT pour trouver de l'argent et réduire les déficits ? Mais plus globalement, en fait, est-ce qu'on va vers la fin complète de la journée 9h-18h ? Est-ce qu'il va falloir rentrer dans un nouveau monde avec des horaires d'été ? Commencer beaucoup plus tôt, quelle que soit l'activité ?
C'est des mesures qu'il faut envisager, évidemment, mais en les négociant collectivement. Et surtout, ce qu'il faut toujours avoir en tête, c'est que des changements d'horaire, c'est un changement d'organisation collective de la société. Si on demande aux travailleurs et aux travailleuses de travailler plus tôt, qui va garder les enfants plus tôt ? Alors que, par exemple, les écoles à Paris ouvrent à 8h30. Ça veut dire plus de transport tôt le matin. Donc tout ça, ça s'organise collectivement. Et aujourd'hui, ce que nous constatons, c'est qu'il n'y a aucune planification, aucune stratégie face à forte chaleur.
Le ministre vous invite en Espagne pour aller voir le modèle espagnol. Vous avez reçu l'invitation ?
Alors déjà, pas encore, mais moi, je vais y aller en Espagne dès lundi, en fait. Je n'ai pas attendu l'invitation du ministre du Travail pour y aller. Je vais voir les organisations syndicales espagnoles lundi. Et nous allons notamment travailler sur cette question-là. Et effectivement, je pense qu'en Espagne, il y a des choses intéressantes à regarder, notamment cette question des fortes chaleurs et des températures maximum qui existent en Espagne.
On voulait aussi vous montrer des images, Sophie Binet. On va entendre le son à la radio. Ces images, elles ont été tournées hier dans des magasins Lidl. Lidl qui proposait finalement des promos sur des climatiseurs, 200 000 climatiseurs. Ça a tourné au chaos dans certains magasins. On va entendre ces affrontements qu'il y a eu, ces bagarres, parce que finalement, ça a été le cas avec la police qui est intervenue. Qu'est-ce qu'elles disent, selon vous, ces scènes de violence du monde dans lequel nous entrons ?
Elles disent la souffrance qu'ont eue des millions de travailleurs et de travailleuses pendant les dernières semaines de canicule. Elles disent à quel point ça a été une épreuve collective. On a vécu, il y a 20 ans, l'horreur d'une France à 30 degrés. On a découvert, la semaine dernière, l'enfer d'une France à 40 degrés. Maintenant, l'enjeu, c'est de prendre des mesures vigoureuses de lutte contre le réchauffement climatique pour éviter que dans 10 ou 20 ans, on vive une France à 50 degrés. Elle est là, la question. La clim, ça s'appelle une mesure d'adaptation et ça doit être limité dans les endroits où on en a besoin parce que sinon, le remède va être pire que le mal.
On sait que la clim, ça augmente fortement la chaleur autour. Donc, le problème, en fait, pourquoi est-ce qu'il y a des émeutes dans les magasins pour les climatisaires ? Parce qu'il n'y a aucune solution collective qui est mise en place. Donc, chacune et chacun, on en est contraint à se débrouiller comme ça. Par exemple, dans l'hôpital que j'ai visité la semaine dernière, c'est les soignantes et les soignants qui s'étaient payés leur ventilateur, qui avaient été obligés de s'acheter leur ventilateur. C'est les patients qui doivent aller s'acheter leur ventilateur. On en est là aujourd'hui.
Sébastien Lecornu a promis des climatiseurs dans les hôpitaux, les commandes ont été passées, ils sont en train d'arriver.
Il serait temps. 2003, c'était il y a 23 ans. On a l'impression qu'aucune leçon n'a été tirée qu'à l'incurie.
Sophie Binet, vous restez avec nous. Dans quelques instants, on va parler du budget qui se prépare, des propositions des uns et des autres candidats à la présidentielle et du MEDEF également pour faire des économies. Ce sera juste après le rappel de l'info à 8h46 avec Diane Ferschit. Il y a eu 2025 décès supplémentaires liés à la canicule, annonce de la ministre de la Santé ce matin pour la semaine du 22 juin. Il y a une augmentation nette chez les plus de 45 ans, précise Stéphanie Riste. Le ministre du Travail lui affirme que plus de 3600 contrôles ont été menés en un mois pour s'assurer que les entreprises respectent leurs obligations lors des périodes de très grosse chaleur.
À Canet-en-Roussillon, le feu est ce matin fixé. 3000 personnes, principalement des campeurs, ont dû être évacuées. 281 bungalows détruits. Les flammes ont parcouru 30 hectares. Le sud de la France en proie aux incendies. Les pompiers sont 2000 au total sur une trentaine de foyers. Le plus gros incendie qui sévit actuellement est dans l'eau des Léraux. 900 hectares ravagés par le feu. Il est estimé à 14 milliards d'euros. Le déficit de la Sécurité sociale, l'assurance maladie présente ses pistes pour le réduire avec un accent mis sur la prévention, notamment en rendant obligatoire le Nutri-Score ou en interdisant la vente de cigarettes aux personnes nées après 2009.
Et c'est le dernier jour d'école avant les vacances d'été. Bisons futées, voies rouges dans le sens des départs en Ile-de-France et dans le nord-est du pays. C'est orange partout ailleurs. France Info
Le 8.30 France Info Myriam Ancawa Benjamin Fontaine
Toujours avec Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT. Le Premier ministre sonne l'alerte sur le budget 2027 aux parlementaires. Il vaut mieux un budget de compromis et des candidats à la présidentielle qui vous diront « Votez pour moi, on vous le corrigera en mai » que d'aller à la faute en allant mettre le pays complètement dans le ravin, affirme Sébastien Lecornu. Est-ce qu'il a raison ? Est-ce qu'il vaut mieux éviter une nouvelle crise politique et renvoyer la question budgétaire à la présidentielle ?
Mais ce qu'il faut, c'est un bon budget qui réponde aux besoins de nos services publics. Moi, je sonne l'alerte avec gravité. Nos services publics sont à l'os. Les agents publics n'en peuvent plus. Depuis 20 ans, les salaires des fonctionnaires ont baissé de 25%. Ce sont les mêmes qui se démènent pendant toutes les crises pour que le pays tienne. Qui a permis que nos hôpitaux soient ouverts pendant cet épisode de canicule la semaine dernière et encore cette semaine ? Ce sont des fonctionnaires dans les hôpitaux.
Mais est-ce que la CGT, vous souhaitez qu'ils passent ce budget ? Ce dont vous parlez, services publics ont besoin d'argent, ils sont en crise. Mais est-ce que ce n'est pas un débat présidentiel qui doit régler cette question ?
S'il faut attendre un débat présidentiel pour donner de l'argent pour nos services publics, mais on court à la catastrophe. On voit à quel point notre pays a besoin de ces services publics. On était bien contents la semaine dernière quand même d'avoir des agents publics qui fassent tourner les hôpitaux, fassent tourner les crèches, fassent tourner les écoles, qui réparent les lignes haute tension, etc. Et bien aujourd'hui, ce que nous disons, ce que nous voyons, c'est qu'à chaque fois c'est plus difficile, à chaque fois c'est plus compliqué. Pourquoi ? Parce qu'en temps normal déjà, nos services publics sont déjà dans le rouge.
Donc quand on bascule en crise, là c'est l'alerte absolue. Comment vous réagissez aux propositions du MEDEF ? 44 milliards d'euros principalement sur les fonctionnaires d'économie, gel du point d'indice, baisse des effectifs, retour de la retraite à 65 ans, j'imagine que ça vous heurte. Mais où la CGT propose des économies ?
Écoutez, moi j'attendais peut-être un peu plus d'originalité de la part du MEDEF. Le disque est rayé. Quelle que soit la situation en France, de toutes les manières, ils font les mêmes propositions, à savoir de nouveaux cadeaux pour les entreprises, baisser les impôts pour les plus riches et faire payer les travailleurs et les travailleuses et les fonctionnaires. Moi je trouve ça totalement indécent. Les patrons sont quand même bien contents d'avoir des services publics qui tournent pour faire tourner le pays dans toutes les crises, canicules, tempêtes, Covid, etc.
3 500 milliards de dettes, la CGT propose quoi ?
La CGT propose tout simplement d'aller prendre l'argent là où il est. Il n'y a jamais eu autant de millionnaires en France. 35 000 de plus cette année quand même. Et dans le même temps, il n'y a jamais eu autant de pauvres en France. Je sonne l'alerte parce que cette année encore, et encore plus que les années précédentes, il y a au moins 40% des Françaises et des Français, 40% des travailleurs et des travailleuses qui ne pourront pas partir en vacances. Des millions de travailleurs, des millions d'enfants vont rester tout l'été dans des villes surchauffées et ne partiront pas en vacances parce qu'ils n'en ont pas les moyens.
C'est ça aujourd'hui la situation de la sixième puissance mondiale.
Vous avez chiffré, il faudrait trouver 70 milliards selon le rapport de Jean-Pierre Zanniféri, l'économiste, par an pour financer les investissements pour le climat, sans compter la dette et les déficits. Où est-ce que vous mettez les priorités en termes de réduction de dépenses ? Il y en a à la CGT ?
Les réductions de dépenses, il y en a une très importante, c'est aujourd'hui, nous dépensons chaque année 211 milliards d'aides sans condition ni contrepartie pour les entreprises. Elles nous coûtent un pognon de dingue. Ces aides, elles sont distribuées sans discrimination. Par exemple, ST Microelectronics, une grande entreprise qui fabrique des puces, a eu 2 milliards d'aides alors qu'ils sont en train de faire des plans de licenciement. Je pense que cet argent pourrait être peut-être mieux utilisé en le mettant sur nos services publics ou sur les petites entreprises, celles qui sont exposées à la concurrence, qui en ont vraiment besoin et qui font une transition climatique.
Il faut arrêter de jeter l'argent par les fenêtres. Et puis ensuite, la situation, elle démontre qu'il y a besoin d'un grand plan de justice sociale et de justice fiscale. Il n'y a jamais eu autant de riches dans le pays, donc il faut prendre l'argent là où il est.
Vous pensez vraiment qu'on aura un budget à la fin de l'année, Sophie Binet ? Qui va se mouiller à droite, à gauche, à quelques mois de la présidentielle pour voter un budget ?
Mais il faut que chacune et chacun prenne ses responsabilités pour répondre à la situation du pays. On ne peut pas être amnésique, vivre des canicules catastrophiques comme on l'a vécu la semaine dernière, et le lendemain se réveiller en coupant les budgets dans les hôpitaux. Il faut que les députés soient cohérents. La première priorité de ce budget, je le dis, c'est de renforcer le financement des hôpitaux et d'enfin augmenter le salaire des fonctionnaires.
Donc quand on entend des pistes sur la réforme du modèle social français qui coûterait trop cher, les retraites notamment, ou les médicaments pour certaines personnes aisées, vous dites à la CGT qu'on n'y touche pas du tout, y compris pour les retraités aisés, pourquoi pas désindexer leur pension de l'inflation ?
Mais d'abord, les retraités aisés, ce qui est toujours intéressant, c'est de dire à partir de quand on est aisés. Parce que pour le patronat, quand il s'agit de faire les poches des autres, on est aisés très tôt. Les retraités aisés, c'est à partir de 2000 euros. Donc moi, ce que j'ai envie de dire au patronat, c'est que nous, ce que nous demandons, c'est que les plus aisés, c'est-à-dire les millionnaires, les milliardaires, payent enfin. C'est quand même un scandale qu'en France, les milliardaires payent moins d'impôts que les travailleurs et les travailleuses. Voilà ce qu'il faut aller regarder.
Et puis, ce fameux modèle social français, mais c'est grâce à lui qu'on tient face à toutes les crises. On était bien contents pendant le Covid d'avoir notre système de protection sociale, par exemple. Donc arrêtons d'être amnésiques et de s'attaquer à ce qui fait nos atouts et notre force, à savoir notre modèle de protection sociale et nos services publics que tout le monde nous envie. Il y a la moitié des gens dans le monde qui envient notre système de santé. Tous les Américains, par exemple, ceux qui sont binationaux, ils sont bien contents de venir se faire soigner en France.
Donc pas touche aux fonctionnaires non plus à la CGT, pas un seul fonctionnaire. Gabriel Attal, lui aussi, a fait ses propositions pendant le Parisien ce matin, 100 000 fonctionnaires de moins.
Oui, c'est le concours l'épine. Moi, ce que je demande à Gabriel Attal, c'est qu'il les prend où, les fonctionnaires ? Il veut supprimer des policiers ? Il veut supprimer des enseignants et des enseignants ? Il ne touche pas à ça. Il veut supprimer des soignants et des soignantes ? Donc il les prend où, ces 100 000 postes ? Il veut supprimer des agents des impôts qui, justement, organisent la justice fiscale ? Les fonctionnaires, ils ne se roulent pas les pouces. Il faut arrêter ce fonctionnaire bashing qui est honteux. C'est grâce à elles et grâce à eux que le pays tourne. Et moi, je suis scandalisée par la façon dont ils sont traités en permanence.
Pour la première fois en disant, Sophie Binet, les allocations chômage n'ont pas été revalorisées mercredi au 1er juillet. Pour les patrons, la France n'en a pas les moyens financiers, tout simplement. Alors, visiblement, vous ne faites pas le même constat puisque vous souhaitez, vous, une augmentation à plus de 2%. Est-ce que ça veut dire que vous n'êtes pas raisonnable, si on en croit le MEDEF ?
Moi, encore une fois, ce que j'ai envie de dire aux patrons, c'est que dans ce cas-là, ce qu'ils appliquent aux chômeurs, qu'ils commencent par se l'appliquer à eux, il est où le gel des dividendes ? Il est où le gel des salaires des patrons ? Chaque année, les dividendes et les salaires des patrons augmentent largement plus que l'inflation et chaque année, on bat des nouveaux records. Les chômeurs et les chômeuses sont parmi les plus précaires du pays avec des niveaux d'indemnité qui sont bien loin du SMIC.
Mais pourquoi vous ne faites pas la même lecture que les patrons sur ces allocations chômage ?
Eh bien, parce que tout simplement, nous pensons qu'il faut aller chercher l'argent là où il est et que c'est totalement injuste qu'alors qu'il y a une inflation inédite dans le pays, les chômeurs et les chômeuses perdent en pouvoir d'achat. Et là, je ne parle même pas, on ne parle pas d'extra, en fait. On parle de gens qui ont à peine de quoi boucler leur fin de mois, de gens qui vont devoir, à la fin du mois, choisir entre remplir leur frigo et faire le plein d'essence.
Mais on sait aussi que les cotisations rentrent moins, que le chômage augmente, donc on est dans un cercle vicieux, avec un blocage.
Oui, mais justement, en fait, le principe de notre système d'allocation chômage, c'est dans les périodes de crise, dans les périodes où le chômage repart, justement de pouvoir assurer la protection du pays. Si on coupe dans l'assurance chômage au moment où on en a le plus besoin, ça ne fait qu'augmenter la crise. C'est un principe économique basique. D'ailleurs, le patronat le sait. Et la dernière chose que j'ai envie de dire au patronat, c'est que ces mesures d'austérité sur les privés d'emploi et sur les salariés, la conséquence, c'est quoi ? C'est que la consommation s'effondre. Et ça, ça met en difficulté des dizaines de milliers d'entreprises.
Les restaurateurs, les fleuristes, etc., etc. Ils le voient, les gens n'ont plus assez d'argent pour sortir.
D'un mot, la conférence Travail-emploi-retraite s'achève demain, je crois. Elle va déboucher sur un échec. On remet là encore ce grand sujet des retraites à 2027.
Écoutez, on attend de voir. Moi, ce que je veux dire de façon très solennelle, c'est que cette conférence emploi-retraite, si elle est là, c'est parce que des millions de travailleurs et de travailleuses se sont mobilisés pour dire non à la retraite à 64 ans. Et donc, la conférence emploi-retraite, elle doit répondre à ça. Elle doit répondre à cette exigence d'abrogation de la réforme des retraites, à cette exigence d'amélioration des conditions de travail, à cette exigence d'égalité salariale entre femmes et hommes.
Si la conférence emploi-retraite, elle est instrumentalisée pour installer l'idée de nouvelle régression pour les travailleurs et les travailleuses, alors là, je le dis, pour la CGT, ça sera non. Et ils nous feront tout pour nous opposer à ces conclusions scandaleuses et qui, d'ailleurs, ne reflèteraient pas les discussions qu'il y a eues depuis ce mois. Y compris à appeler à manifester ?
Bien sûr ! Sophie Binet, il nous reste une minute. On connaît depuis cette semaine les dates de la prochaine présidentielle. 18 avril pour le premier tour, 2 mai pour le second tour. Au lendemain, donc, des défilés du 1er mai, pendant lesquels les responsables politiques ne pourront pas s'exprimer dans les médias. Ça ne convient ni à la droite ni à la gauche. Est-ce que vous estimez, vous, qu'on vous vole votre 1er mai, en quelque sorte ?
Moi, je veux dire juste une chose très simple. Si Emmanuel Macron imagine museler le mouvement social en mettant le deuxième tour au lendemain du 1er mai, il se met le doigt dans l'œil jusqu'au coude.
Vous pensez que c'est volontaire ?
Mais je ne sais pas. Et donc, moi, ce que je dis juste, c'est que personne n'imagine s'attaquer aux libertés syndicales au prétexte du second tour. Le 1er mai, c'est notre journée. Que je sache, le président de la République n'a pas encore le pouvoir de supprimer des jours du calendrier. Et donc, le 1er mai, nous serons dans la rue, comme tous les premiers mois, et j'espère très nombreux et nombreuses.
Ça vous gêne à la CGT que le lendemain soit le second tour de l'élection présidentielle ?
On ne nous a pas demandé notre avis. Ce n'est pas à nous de décider du calendrier électoral. Et donc, moi, la seule chose que je dis, c'est que le 1er mai, il y aura des défilés syndicaux. Nous appellerons les travailleurs et les travailleuses à être très nombreux et nombreuses pour faire entendre leurs revendications. Et vous ferez connaître votre choix, le candidat, à ce moment-là, ou d'ici là ? Je ne sais pas quelle sera la situation. Et en tout cas, ce qui est sûr, c'est que nous sommes là pour défendre les revendications des travailleurs et des travailleuses, pas autre chose.
Merci Sophie Binet, merci Myriam. Très bonne journée, interview à retrouver en vidéo, en intégralité sur la page YouTube de France Info. Dans quelques instants, les informés arrivent sur France Info.