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interviewBFMTV· 24 juillet 2025 26 min

Mortiers d'artifice, narcotrafic, propos polémiques...: la prise de parole de Bruno Retailleau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Bruno Retailleau

Je suis venu accompagner du préfet de police et ses principaux collaborateurs dans ce commissariat du 20e arrondissement pour présenter notre plan de lutte contre les mortiers d'artifice. Je le disais il y a quelques instants, ce sont des armes par destination, des armes de prédilection pour, comme j'ai l'habitude de les appeler, ces barbares qui, encore récemment, à Béziers, à Limoges, à Charleville-Mézières, ont déclenché de véritables guérillas urbaines. Et ces guérillas urbaines, j'y reviendrai à la fin de mon propos pour vous indiquer la vision que j'ai sur ces désordres, parce que c'est important.

Et ces armes ne sont pas seulement là pour semer le désordre, mais elles visent vraiment les forces de l'ordre. On l'a vu il y a quelques instants, puisque je viens de remettre la médaille à ce policier pour un acte de courage et de dévouement. Il a été touché par un tir de mortier lors de la finale de la Ligue des champions. Et un autre, par exemple, a été blessé à la jambe le week-end dernier dans un guet-apens contre les forces de l'ordre à Béziers, par un tir de mortier. Vous vous souvenez qu'à Béziers, un tir de mortier a failli enflammer l'appartement d'une vieille dame avec tout ce que cela aurait pu causer en termes de dégâts et d'atteintes, d'ailleurs, à la vie humaine.

Je rappelle aussi qu'un policier était entre la vie et la mort pendant de longues semaines. C'était dans la Manche. La même date, exactement, il avait été touché au visage et à un oeil par un tir de mortier d'artifice. Donc on a d'un côté la France qui s'engage autour de moi et on a de l'autre côté la France qui s'en sauvage. D'un côté, la France des héros et je vais vous le dire de façon brute, de l'autre côté, la France des salauds qui tirent sur nos policiers, sur nos gendarmes et sur nos sapeurs-pompiers qui organisent de véritables guet-apens pour les attirer dans des souricières où ils pourraient les blesser grièvement et même avec ce genre d'armes, évidemment, les tuer.

C'est donc bien souvent non seulement la haine anti-flics qui anime ceux qui retournent ces armes contre nos policiers, mais c'est aussi une haine contre l'État. L'État, évidemment, face à ces armes, doit répliquer. Il faut réarmer, durcir notre législation, mais aussi notre action. C'est le sens de son plan. C'est un plan qui s'appuie sur un triptyque. D'abord, plus de contrôle. Ensuite, des sanctions plus lourdes. Et enfin, de la coopération au niveau européen parce que ces armes-là ne tombent pas du ciel, mais elles viennent souvent de Chine et pénètrent dans des pays européens. Je pense à la Pologne, mais aussi à d'autres pays.

Je m'en suis entretenu il y a quelques jours avec les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne. D'abord, je disais plus de contrôle. C'est ce qui a été le cas il y a quelques jours au mois de juillet. Entre 2022 et 2024, ça, c'est le constat, l'usage des mortiers contre les forces de l'ordre a bondi de 150%. Ça signifie qu'un nombre important de mortiers passe entre les mailles de nos filets. Et ces mailles, nous devons absolument les resserrer. C'est ce que j'ai demandé au préfet. C'est ce que le préfet de police a fait sur Paris du 7 au 13 juillet, précisément pour prévenir les soirées du 13 et du 14 juillet.

Et des opérations de contrôle multiples ont été menées, non seulement ici à Paris, sur la plaque parisienne, mais partout en France, dans la profondeur de nos territoires. Elles ont permis la saisie, tenez-vous bien, de plus de 11 000, 11 068 exactement, engin pyrotechnique et l'interpellation de 170 personnes, de 170 personnes. Ces opérations, nous devons les inscrire dans la durée, les étendre à tous les points d'entrée et de stockage, évidemment, de ces mortiers. Et je souhaite que nos forces de sécurité intérieure travaillent main dans la main avec les douanes.

Nous en parlions il y a quelques instants pour réaliser ensemble, c'est déjà ce que nous faisons, mais il faut amplifier ce mouvement, des opérations de contrôle sur les axes routiers, dans les entrepôts de fret et postaux, et encore dans les circuits de distribution, notamment parce que ces engins viennent aussi par les circuits de distribution via Internet. Ensuite, il faut renforcer les sanctions. La loi déjà punie de 6 mois d'emprisonnement, les commerçants qui vendraient des mortiers d'artifice à des non-professionnels, à partir d'un certain nombre de catégories. Il y a 4 catégories en fonction de la dangerosité. Et vu le phénomène, les peines ne sont pas assez dissuasives.

Quand on se compare à un certain nombre de pays européens, les peines en France, les sanctions, ne sont pas suffisamment lourdes, ne sont pas suffisamment dissuasives. Et donc il va falloir les durcir. À la rentrée, nous présenterons un texte de loi, un PJL, pour que la vente d'engins pyrotechniques à des non-professionnels soient punis d'un an d'emprisonnement, voire 3 ans si le produit a été vendu à un mineur ou au moyen d'un service de communication électronique.

Et pour que l'achat, la détention, l'utilisation de ces armes, de ces engins soient punis de 3 ans d'emprisonnement, voire 5 ans, si l'objectif, ce sera l'enquête évidemment qui devra le dire, si l'objectif est de détruire ou de détériorer le bien d'autrui, et à plus forte raison. Mais ça, ça dépasse ce cadre-là. On a déjà un certain nombre de moyens, d'instruments dans le Code pénal, si on vise, là encore, des vies humaines. Ce texte devra aussi permettre aux préfets de fermer des commerces qui ne respectent pas les règles. Voilà, de les fermer plus rapidement, plus facilement, sans aucune hésitation, dès lors qu'il y a un certain nombre de preuves.

Bien souvent, là encore, la police administrative est plus rapide et permet de sanctionner beaucoup plus vite et de façon immédiate, donc, ceux qui contreviennent à nos règles. Il faudra aussi, je crois profondément, permettre à Pharos, à la plateforme, de bloquer les sites de vente illégale de mortiers d'artifices, puisque de plus en plus, ces outils sont commandés, sont achetés via Internet. Il faut en tirer, donc, les conséquences. Et sans attendre le vote de cette loi, j'ai d'orger déjà signé un arrêté qui précise la liste des engins pyrotechniques soumis à un enregistrement et dont les préfets pourront temporairement interdire la vente, mais aussi, évidemment, la détention.

Enfin, la coopération européenne. C'est important, puisqu'il faut savoir que ces mortiers, ces artifices, sont bien souvent importés de Chine et on sait qu'il y a des pays qui sont importateurs, importateurs de Chine et ensuite exportateurs, notamment en France et notamment soit vis-à-vis d'un certain nombre de distributeurs, soit vis-à-vis directement par Internet. Je pense à la Pologne, je pense aussi à la République tchèque.

Lors du dernier conseil, avant-dernier conseil justice, affaires intérieures, qui réunit, vous le savez, l'ensemble des ministres de l'Intérieur, j'ai mis sur la table cette idée d'harmoniser la catégorisation des engins pyrotechniques pour améliorer la traçabilité et pour renforcer les contrôles que l'on peut faire, y compris d'ailleurs l'indérdiction à la vente des engins les plus dangereux que nous envisageons, mais il faut l'envisager partout en Europe pour pouvoir être beaucoup plus ferme et pour pouvoir être beaucoup plus efficace. Cette proposition a retenu, je crois, l'attention de beaucoup de mes collègues.

La prochaine étape, ce sera d'aller vers une révision parce qu'il y a une directive européenne qui s'occupe et qui encadre le commerce de ces armes par destination. Mais ça, là encore, je le proposerai prochainement au ministre de l'Intérieur en Europe d'orienter la révision de cette directive dans un sens beaucoup plus ferme d'un contrôle renforcé de la vente, de la circulation des mortiers d'artifice. Voilà donc en deux mots pour le plan. Je voudrais vraiment remercier les efforts du préfet de police, de tous ses collaborateurs, des policiers qui sont sur place parce qu'à Paris comme ailleurs, partout en France, il y a eu des saisies qui sont absolument exceptionnelles.

Et c'est encore une fois autant d'engins qu'on soustrait à la circulation et que les forces de sécurité intérieure ne se prendront pas dans le visage lorsqu'il y a des violences urbaines. Mais ce que je voudrais dire, c'est que les mortiers sont une conséquence, pas une cause. Et quand on est homme ou femme politique, il faut non seulement traiter les conséquences, mais aller directement aux causes, les symptômes du mal qui est en train de se répandre, comme ces guérillas urbaines qui se multiplient et qu'il faut soigner à la racine.

Et pour terminer cette conférence de presse, après vous avoir présenté le plan qui vise justement à mieux réguler, être plus ferme avec la circulation, la détention et l'utilisation de ces engins, je voudrais dire un mot pour terminer sur ces violences urbaines qui, notamment sur des villes moyennes, je pense à Charleville-Mézières, à Limoges, je pense aussi à Béziers, en France, se sont révélés il y a quelques jours. On voit que le principal véhicule d'ailleurs, et le point commun à ces phénomènes d'ensauvagement, bien souvent c'est le fléau du narcotrophique.

Et il a trouvé malheureusement, pas seulement dans les grandes villes, mais dans les villes de province, et y compris en milieu rural, qui était des zones et des régions plutôt tranquilles, un nouveau marché, un nouveau marché pour écouler son poison, pour se faire toujours plus d'argent sur la santé de nos jeunes et de nos moins jeunes. Et c'est aussi un nouveau champ de bataille pour la guerre de ces territoires. C'est donc un fléau qu'il faut combattre à la racine pour traiter les causes, et pas seulement, comme je vous l'indiquais il y a quelques instants, rester aux conséquences.

Derrière les mortiers, il y a une jeunesse qui est totalement désinhibée, qui est totalement décivilisée par la violence des réseaux du crime organisés, qui tiennent des quartiers entiers, qui imposent leur loi, pas la loi de la République, au point parfois de lui contester à l'État, à la République, sur ces territoires cartélisés, sa souveraineté. De ce point de vue, les tirs de mortier sont aussi des signes d'appropriation territoriale pour ces barbares, puisqu'il s'agit de montrer que les forces de l'or ne sont pas sur ces territoires chez elles, mais que eux, ces délinquants, sont bien chez eux. Il est hors de question de céder à ce type de pression.

Ce combat contre ce fléau, nous l'avons déjà engagé, et c'est le second phénomène qui permet de recruter, de percuter le premier, c'est la mobilisation inédite de l'État contre le crime organisé. C'est parce que, dans toutes les villes que je vous ai citées il y a quelques jours, nous avions organisé un certain nombre, précisément, de coups de force contre le narcotrafic, que nous avons eu des répliques, nous avons eu une sorte de riposte. Je vous rappelle que, par exemple, à Charleville-Mézières, le maire avait fait mûrer un bâtiment d'un local qui était un local sans doute de distribution de drogue.

Et c'est à la suite de ces actions, pareil pour Béziers, pour Limoges, qu'il y ait une réplique de ces jeunes, de ces individus qui sont engagés dans ces réseaux de narcotrafiquants. Je veux vous rappeler que l'État est en train de se réarmer. Nous avons voté une loi qui va changer beaucoup de choses, la loi narcotrafique, et qui va permettre de donner à l'État de nouvelles armes, aux préfets de nouvelles armes. Je n'y reviens pas, mais cette loi, nous commençons à l'appliquer d'ores et déjà avec un parquet national dédié qui va prendre place dans quelques semaines.

Et déjà, il y a un État-major qui rassemble à Nanterre le lieu du siège de la Direction nationale de la police judiciaire, l'ensemble des services de renseignement de l'État, 4 ministères sont concernés, l'ensemble des services d'enquête pour qu'on ait un décloisonnement et qu'on échange les informations, les renseignements. C'est quelque chose qui est fondamental. J'ai demandé et j'ai fait une circulaire aux préfets pour expliciter les nouveaux pouvoirs que cette loi nouvelle leur permettait d'adopter, pour par exemple se substituer aux bailleurs sociaux pour évacuer, pour expulser des individus qui occupent des logements sociaux, eux et leurs familles.

Les préfets désormais peuvent se substituer aux bailleurs pour pouvoir hâter et faire en sorte qu'on obtienne l'évacuation de ces locaux, fermer des commerces bien sûr ou interdire encore de paraître. C'est le préfet qui en a la possibilité, le pouvoir des narcotrafiquants, des points justement de deal. Et on a déployé un certain nombre de stratégies et ça fonctionne. Et ça fonctionne. Notamment une stratégie sur les villes de sécurité renforcées, qui sont les principales villes où le trafic s'est enquisté. Et on a désormais une action à 360 degrés qui articule des actions judiciaires parce que pour démanteler un point de deal, il faut une action judiciaire. Il faut d'abord du renseignement.

Il faut aussi un travail avec les officiers de police judiciaire sous l'autorité de la justice. Mais c'est comme ça qu'on parvient à démanteler. Il faut aussi un travail sécuritaire. Le coup de pied dans la fourmilière est toujours le bienvenu, mais il ne peut pas être isolé. Et il faut là encore une articulation avec une réponse aussi administrative à 360 degrés pour ébranler les écosystèmes de la drogue en mobilisant toutes les administrations de l'État et notamment le fisc, traque fin, etc. pour fermer des commerces qui blanchissent l'argent sale. C'est non pas une seule réponse, une seule recette, mais en avançant de façon globale qu'on peut avoir un certain nombre de résultats.

On a des résultats depuis le début d'année. Je voudrais vous dire qu'on a fait plus de 20 000 interpellations, plus de 20 000 interpellations liées notamment à ces trafiquants. Nous avons là encore déféré à la justice 3 500 personnes. On a saisi plus de 3 millions d'euros en espèces, 3 millions d'euros en espèces et 600 véhicules. On a fermé, vous voyez, 200 commerces. Ce que je veux dire de façon très directe, très franche, et vous connaissez la marque de fabrique qui est la mienne, c'est d'avoir un langage de vérité. Cette guérilla urbaine, c'est pas seulement une guerre de territoire. C'est pas seulement une guerre entre réseaux, entre quartiers. C'est une guerre contre l'État.

C'est une guerre contre la République. Et puisque je parlais de franchise, je ne veux pas mentir aux Françaises et aux Français qui m'écoutent à travers vos micros, à travers vos caméras. Et je veux vous dire que cette guerre, nous l'avons commencée, mais qu'on ne la gagnera pas précisément en claquant des doigts. Ce combat, il va être long. Ils peuvent compter sur le courage de nos policiers, de nos gendarmes, de tous celles et ceux qui concourent à faire en sorte au quotidien que le bouclier de l'État soit puissant. Mais il va falloir tenir dans la durée. Parce qu'on voit bien, quand on leur porte des coups, ils essaient en retour de nous porter des coups.

Et au fur et à mesure qu'on va leur porter des coups, vous verrez que cette violence-là, malgré tout, ils le rend contre la République et contre les forces de l'ordre. Il va falloir donc tenir dans la durée. Il va falloir, là encore, pour mener cette guerre, continuer de muscler nos textes, nos actions. Et il faudra durcir notre législation. C'est ce que nous avons fait, comme je vous l'indiquais, avec le texte sur la criminalité organisée. C'est ce que nous faisons avec les différentes stratégies que nous déployons, qui sont nouvelles, pour nous adapter à cette violence qui est une hyper-violence, là encore. Mais la logique, c'est toujours la même.

Non pas faire des coups, isoler, mais travailler dans la durée. Travailler dans la durée pour qu'on puisse, au bout du compte, gagner non seulement des batailles, mais gagner cette guerre-là. Poser un nouveau cadre d'action, encore une fois, ça n'est pas une seule recette, une seule action qui va être déterminante, mais c'est une affaire de volonté. Une affaire de volonté qui concerne l'État, qui nous concerne bien sûr, qui concerne les forces de l'ordre, mais qui concerne aussi les Français. C'est la raison pour laquelle je veux m'adresser à eux, pour dire que cette résilience, l'idée de tenir dans la distance, elle sera très importante, en faisant confiance à nos forces de l'ordre.

Il y a des forces politiques, malheureusement, aujourd'hui, qui tentent quotidiennement de délégitimer l'action des policiers, l'action des gendarmes, l'action de l'État. Et il faut que la démocratie tienne pour qu'on puisse faire reculer cette ultra-violence. Voilà ce que je voulais vous dire. Je veux dire encore une fois qu'on a déjà des résultats.

Je le disais notamment en matière de narcotrafic, mais on voit bien que depuis les six premiers mois de l'année, je veux dire qu'on compte 5 000 cambriolages en moins par rapport à la même période de l'an passé, mais également une augmentation des interpellations de près de 25% pour le port et la détention illégale d'armes blanches, 10% de plus pour les armes à feu. Donc vous voyez, Paris ne s'est pas fait en un jour. Évidemment, le chemin est rude, il est long, mais je pense que nous devons tenir. L'État tiendra et je peux vous assurer que les forces de l'ordre seront au rendez-vous de cette fermeté, de cette résilience.

C'est important si on veut rétablir l'ordre public partout en France, pas seulement dans les grandes agglomérations, mais aussi dans nos villes moyennes, mais encore dans nos campagnes. Merci de votre attention.

18:36
Présentateur

La situation vis-à-vis de l'Algérie. Deuxième question, est-ce que vous êtes convoqué à Matignon ce soir ?

18:51
Bruno Retailleau

Alors, il m'arrive chaque semaine, j'ai des réunions où je peux avoir des rencontres qui sont annulées. Et donc cette rencontre sera sans doute remise parce qu'on a, avec le président de la République, un certain nombre de sujets dont on doit parler, et donc je serai amené à le rencontrer, peu importe la date ou l'heure à laquelle je le rencontrerai. J'ai été invité par le Premier ministre que j'ai quitté il y a quelques instants pour une autre réunion à avoir un certain nombre de discussions aussi ce soir. Et bien entendu, moi, je suis toujours prêt à discuter. Toujours prêt à discuter. Je l'ai dit encore une fois hier, nous nous sommes engagés au gouvernement, il y a plusieurs mois.

C'était pour éviter à la France le pire. Parce qu'après la dissolution, il ne vous a pas échappé que la situation politique était inextricable. Pas de majorité à l'Assemblée nationale. Alors qu'est-ce qu'on fait ? Si la droite française, dans des conditions compliquées, n'avait pas eu ce courage de dire au président de la République « Ok, on veut bien. On veut bien participer à un gouvernement, même si on sait qu'on n'aura pas toute la liberté nécessaire. » Mais on va y aller tout simplement pour éviter à la France le chaos. On va y aller pour éviter le pire. Et le pire, je l'ai déjà dit hier, le pire pour moi, c'est la gauche mélenchonisée.

Si le président de la République avait vu la droite dire non, il aurait dû se tourner vers cette gauche mélenchonisée. Il n'en était absolument pas question. Il y a un gouvernement qui est un gouvernement avec des sensibilités différentes depuis le départ. C'est un gouvernement fait d'hommes et de femmes de bonne volonté qui ont des parcours différents, parfois des convictions différentes. Mais qui veulent travailler pour le bien commun en France, ça n'efface pas, encore une fois, nos différences. Et depuis le départ, j'ai indiqué que moi, j'ai des convictions et que pour rien au monde, je les abdiquerai. Pour rien au monde.

En revanche, la première de ces convictions, c'est le service de l'État et le service de la France qui est ma patrie et que j'aime. Et tant que je peux la servir, tant que je peux faire mon devoir, je le ferai à fond, avec mes convictions.

20:54
Présentateur

C'est une situation de la dernière minute qui illustre quelques tensions entre vous et le président de la République.

21:01
Bruno Retailleau

Écoutez, je l'ai souvent dit, moi, je respecte profondément à la fois la personne et la fonction du président de la République. Je suis gaulliste. Et je suis profondément attaché à la fonction présidentielle. Mais ce n'est pas parce que je suis gaulliste que je suis macroniste. Et chacun le sait. J'ai pu le dire dans bien des occasions. Simplement, on peut, encore une fois, gouverner la France pour essayer d'atteindre le bien commun, l'intérêt général. Et il peut y avoir des moments de tension parce qu'on n'a pas un accord, on n'a pas des accords sur tout.

21:35
Locuteur

Mais c'est quand, en ce moment, il y a une consoeur ?

21:36
Bruno Retailleau

Écoutez, on a eu un conseil des ministres. Les médias en ont fait beaucoup, beaucoup. Il s'est duré absolument normalement. Donc, il ne faut pas grossir les choses. Simplement, il faut acter cette réalité qui est en même temps une vérité qu'autour de la table, depuis le mois de septembre, d'abord avec Michel Barnier et ensuite avec François Béroud, on a des hommes et des femmes qui ont des parcours, des sensibilités politiques différentes mais qui aiment la France et qui veulent contribuer justement à stabiliser, à apporter un peu de stabilité à la France. Est-ce que ça veut dire pour autant qu'il faut qu'on oublie, qu'on abdique nos convictions ?

Ben, comptez pas sur moi pour abdiquer mes convictions. Je peux vous le dire. Pardon.

22:18
Présentateur

François Béroud dit que la liberté de parole nécessite respect et mesure pour pouvoir vivre ensemble. Est-ce que dans l'interview que vous avez donnée à votre compréhension il y a quelques jours, vous avez manqué de respect et de mesure ?

22:29
Bruno Retailleau

Mais loin de moi, d'ailleurs, ce qui m'étonne, au-delà de la mise en page, qui n'est pas de mon fait, c'est que ce que j'ai pu dire, je le dis depuis des mois. Je l'ai toujours dit. Encore une fois, il n'y a aucun changement de pied de ma part. Et je respecte les uns et les autres. Je respecte les uns et les autres. J'entends aussi qu'on me respecte. Il y a des ministres qui m'ont critiqué sur telle ou telle mesure depuis des mois. M'avez-vous entendu leur faire le moindre reproche ? M'avez-vous déjà entendu rebondir sur telle ou telle polémique ? J'accepte qu'on puisse me critiquer et j'essaie d'être respectueux des uns et des autres.

23:03
Présentateur

Jusqu'à ce que ça fasse épreuve, pour autant, jusqu'à quand vous comptez rester au gouvernement ?

23:16
Bruno Retailleau

C'est exceptionnel, cette question, parce que cette question, je l'ai eue depuis le premier jour. Vous, la presse et les journalistes, dès que je suis rentré au gouvernement, le premier réflexe était de me demander quand est-ce que je partirais. C'est vrai qu'il y a des gens qui voudraient que je parte. Il y a M. Téboune, il adorerait. Il y a le Rassemblement national, il y en a d'autres aussi. Mais cette décision, elle m'appartient à moi. Et encore une fois, la démarche que j'ai faite, que nous avons faite collectivement, avec les six autres ministres et l'air d'entrée au gouvernement, qui a été encore une fois une décision non pas individuelle, ça n'a pas été du débauchage, pas du tout.

C'était collégial, collectif et réfléchi. Eh bien, cette décision, tant que cette mission que nous nous sommes donnée de stabilisation, de décisions qui sont conformes à l'intérêt national, conformes à des convictions, eh bien, tant que ces décisions iront dans ce sens-là, il n'y a pas de raison que je quitte le gouvernement. Si un jour, il y avait un obstacle pour une raison ou pour une autre, j'en tirerais, bien entendu, les conséquences. Moi, vous voyez, je ne suis pas attaché à un poste à ou à une place. Je suis attaché à une mission. Et cette mission, elle est difficile.

Ministre de l'Intérieur aujourd'hui, ministre de l'Intérieur, alors qu'on a depuis des décennies, par laxisme, parfois par lâcheté, abandonner la rue à des délinquants et à des barbares, c'est difficile. Et ce que je veux dire aux Français, c'est que, dans les conditions politiques actuelles, sans majorité à l'Assemblée nationale, je n'ai pas les mains libres. Évidemment que j'ai des contraintes. Mais j'essaie d'aller au bout de ce que je peux faire pour améliorer la situation. C'est mon état d'esprit. Merci de votre attention. Est-ce que vous avez décidé

24:59
Présentateur

de reconnaître les nouveaux passeports algériens ? Est-ce que vous envisagez, est-ce que le ministre de l'Intérieur, est-ce que c'est quelque chose qui est sur la table, généraliser ce qui a été fait à Toulouse ?

25:08
Bruno Retailleau

Non, soyons précis. L'information que j'ai eue pour le consulat de Toulouse, c'était que ce consulat, distribuait généreusement à près de 1 000 individus qui n'avaient pas de papier algérien, des passeports. Il se trouve que, notamment avec les accords de 68, quand vous avez des papiers légaux, vous pouvez très facilement, par exemple, en quelques clics, vous vous déclarez comme micro-entrepreneur et vous pouvez avoir un certificat de résidence algérien. Donc, vous voyez bien que ce sont des chevaux de Troie. Eh bien, j'ai considéré que ce qu'avait fait le consulat algérien de Toulouse n'était pas conforme, notamment, à nos lois.

Et j'ai demandé au préfet, dans toutes les préfectures, de ne pas attribuer de papier, etc., pour la délivrance, notamment, des titres de séjour, de tenir compte de ce fait-là. Je vous remercie.