Budget, narcotrafic, chef d'état major des armées... L'interview intégrale de Manuel Bompard
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Il est 8h29 sur RMC et BFM TV. Bonjour Manuel Bompard. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le coordinateur de la France Insoumise, vous êtes vous-même député LFI des Bouches-du-Rhône. Le budget qui repart à zéro quasiment et puis qui de toute façon a très peu de chances d'être adopté. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Je vous pose la question dans un instant, mais je voudrais d'abord vous interroger. Il est 8h29 au moment où on se parle, vraisemblablement, se trouve dans la nature l'un des détenus considérés comme les plus dangereux de France. Ils sont 100 à avoir été placés dans la prison de haute sécurité de Vendin-le-Viel.
Le chef d'établissement avait dit non pour cette autorisation de sortir. Le parquet avait dit non. Et pourtant, le juge d'application des peines a accordé cette permission de sortir. Il va traverser la France sans escorte, avec un dispositif finalement décidé, semble-t-il, un peu à la dernière minute et en totale liberté. Est-ce que vous estimez que c'est normal ?
Écoutez, je comprends qu'on puisse se poser la question, évidemment, puisqu'on a dit que c'est l'un des détenus les plus dangereux de France. Après, vous l'avez dit vous-même, il n'y a pas seulement un juge, d'ailleurs, il y a deux juges qui ont considéré qu'on devait travailler les conditions de sa réinsertion, puisque sa peine, elle va expirer un jour, il n'est pas condamné à vie. Et que je pense que c'est légitime de se poser la question, de savoir comment on travaille pour que la réinsertion, elle se fasse dans les meilleures conditions.
Et je crois que je comprends que les gens puissent se poser des questions, mais je pense qu'ils peuvent comprendre qu'on a plutôt intérêt que quand un détenu est libéré, on fasse en sorte qu'il ne soit pas tout seul dans la nature, précisément, et qu'on ait créé les conditions pour qu'il puisse y avoir un retour dans la société,
qu'il soit un retour dans les meilleures conditions. Est-ce qu'on n'aurait pas pu imaginer les choses différemment ? Est-ce que cette décision est encore en adéquation, un, avec la création de cette prison de haute sécurité ? C'est-à-dire que le contraste va être assez saisissant. Dans la prison, il est sous haute surveillance, 24h sur 24, il n'a pas le droit à un téléphone portable. Et là, toute la journée, il peut utiliser le téléphone de sa femme, passer tous les coups de fil qu'il veut, se promener dans le TGV et être au milieu des gens.
Écoutez, après, franchement, je pense qu'il ne faut pas non plus faire croire que parce que cette personne, aujourd'hui, va pouvoir faire, si j'ai bien compris, un entretien d'embauche, qu'il va pouvoir faire ce qu'il veut et qu'il va y avoir personne qui le surveille, etc. Ça, c'est pas vrai.
Il n'aura pas d'escorte, à proprement, à l'extérieur, à personne autour de lui, officiellement.
D'accord, mais vous savez, y compris dans des prisons qui ne sont pas dites prison haute sécurité, par exemple, les conversations téléphoniques, elles sont surveillées. Donc, ne faisons pas croire aux gens qu'il va pouvoir passer des consignes, je ne sais quoi. Vous espérez qu'il est quand même surveillé ? Mais évidemment, je le souhaite. Et je crois que, sincèrement, c'est le cas. Maintenant, il y a une procédure judiciaire. Elle a été respectée à la lettre. Et encore une fois, je sais que l'idée qu'on veut faire paraître, c'est que, finalement, il faudrait que les gens soient en prison tout le temps. Ben non, mais les gens, ils ont une peine avec une durée, j'entends, dans le débat public.
Et le principe de la prison, c'est quand même de travailler les conditions d'une réinsertion. De faire en sorte que les gens, quand ils sortent, ils ne recommencent pas. Et pour qu'ils ne recommencent pas, il faut travailler pour que cette réinsertion permette, par exemple, aux gens d'avoir un emploi.
Mais la question de la cohérence, c'est-à-dire que, par exemple... Mais ça, c'est à M. Darmanin qui a posé la question pas à moi. Par exemple, je ne sais pas vous, mais la plupart des entretiens d'embauche, maintenant, peuvent aussi se faire en vision.
C'est vrai, on aurait peut-être pu imaginer un processus de cette nature. Je ne sais pas pourquoi il n'a pas été imaginé comme tel. Maintenant, la question de la cohérence, pardon. Mais ce n'est pas à moi qu'il faut poser cette question. Parce que, depuis le début, la force politique que je représente, on a dit que cette idée que ces prisons haute sécurité seraient la solution, y compris au problème de la criminalité organisée. C'est une idée qu'on a battue en brèche. D'abord parce que, dans les prisons actuelles, même quand elles ne sont pas haute sécurité, les gens ne font pas ce qu'ils veulent.
Deuxièmement, parce que ces prisons de haute sécurité, ça a existé en France jusqu'aux années 80. Et dans les années 80, on a précisément considéré que ce n'était pas efficace parce que ça ne se traduisait pas par un effet positif sur la question de la récidive et de la réitération des faits. Donc là, il y a effectivement une absence de cohérence. Mais ça, c'est à M. Darmanin qu'il faut poser la question.
Il dit d'ailleurs lui-même, il reconnaît qu'il y a un trou dans la raquette et qu'il faudra peut-être faire évoluer la loi sur cette partie-là.
Oui, mais M. Darmanin, chez lui, la démagogie n'a pas de limite. C'est-à-dire que dès qu'il y a un sujet, il nous explique que la solution, c'est une proposition de loi. Moi, je pense qu'il devrait faire un peu moins de grandes phrases, de grandes paroles et un peu plus d'actes concrets, y compris dans la lutte contre la criminalité organisée, vu les drames qu'on a encore vus ces derniers jours.
Vous étiez d'ailleurs un samedi à la marche blanche, à la mémoire du frère Damien Kessassi. Vous êtes réjoui du fait qu'il y ait beaucoup de monde. Vous estimez que les gens étaient au rendez-vous, que la France est au rendez-vous ?
J'estime qu'il y avait la population marseillaise qui a été très émue, et à juste titre, et je partage cette émotion. Et je trouve que c'était important que tout le monde soit là. Maintenant, moi, je veux dire que vous savez, en tant que député de Marseille, malheureusement, des marches après des drames liés à la criminalité organisée, j'en ai fait depuis deux ans, trois ans, sans doute une dizaine. Et donc, j'espère que ça ne sera pas juste un moment médiatique, avec tout le monde qui se déplace.
Mais d'ailleurs, vous dites tout le monde, tout le monde qui se déplace. Alors oui, il y avait beaucoup de politiques, mais moi, je reste assez surprise. Il était où, Djoul, par exemple ? Il était où, Soprano ? Ils étaient où ?
Je ne sais pas où ils étaient. Peut-être qu'ils étaient là. Qu'est-ce que vous en savez ?
Vous pensez qu'il ne l'aurait pas dit ? Vous les avez vus, vous ?
Je n'en sais rien, mais moi, je vais vous dire, j'étais là. Et j'ai considéré, d'ailleurs, que la présence, elle ne nécessitait pas forcément d'en faire des tonnes sur les réseaux sociaux, parce qu'il me semble que c'était d'abord un moment dommage.
Il y a eu une forme de récupération, d'après vous ?
Franchement, je pense qu'il y a quelques règles à fixer dans le débat politique. La première, c'est qu'on évite de faire des polémiques sur des drames. Donc, ce n'est pas moi qui vais en faire. Mais moi, j'ai considéré, par exemple, et j'étais avec mon collègue Sébastien Deloguc, notre présence, elle était au milieu des Marseillaises et des Marseillais. Et ce que je vous disais tout à l'heure, c'est qu'on en a fait beaucoup des marches aussi dramatiques. Et bien souvent, les ministres viennent, ils font des annonces. Et puis, quand ils rentrent à Paris, les annonces, elles partent avec eux.
Donc moi, j'espère que ça ne va pas juste être un moment et que dans dix jours, en quelque sorte, la vie va reprendre son cours avec les mêmes drames qui vont se poursuivre.
Mais je vous pose quand même la question. Joule, Redouane Bourguin-Abbin, Soprano, des grandes personnalités très écoutées à Marseille. Moi, je ne les ai pas vues.
Je ne crois pas que vous les ayez vues non plus. Je leur poserai évidemment la question.
Mais vous ne trouvez pas que ça aurait été leur rôle d'être là ?
Je vous ai dit, moi, je n'ai pas envie de faire des polémiques avec qui que ce soit. Et je pense que certains ont réagi. Certains, par ailleurs, ont pu prendre la parole et ne pas forcément être présents à cette marche. Mais on a besoin, là où je vous rejoins peut-être dans votre question, on a besoin d'une mobilisation de la société dans toutes ses composantes qu'ont ce drame de la criminalité organisée. On a besoin aussi d'un changement de doctrine politique. Parce que ça fait depuis des mois et des mois qu'on dit qu'on va faire des choses et qu'on ne les fait pas.
Donc où sont les effectifs supplémentaires dans la police judiciaire quand vous savez aujourd'hui que vous avez des départements dans lesquels chaque enquêteur de la police judiciaire a 200 à 300 dossiers sur son bureau ? Où sont les greffiers ? Où sont les éducateurs spécialisés dans nos quartiers populaires ? Où sont les effectifs pour la protection de la jeunesse ? Où sont les moyens mis dans la prévention pour faire en sorte que les gens ne tombent pas dans les trafics de droits ?
On est bien d'accord que votre candidat à Grenoble a dit ce week-end qu'il n'était pas là pour traquer les dealers, qu'il ne voulait pas traquer les dealers et qu'il ne voulait pas armer la police.
Mais ce n'est pas le rôle de la police municipale, madame, de traquer les dealers. C'est le rôle de la police nationale. Ce n'est pas le rôle de la police municipale de remonter les réseaux de la criminalité organisée. C'est le rôle de la police judiciaire qui a été très largement démantelée ces dernières années par la réforme de la police judiciaire. Vous savez, les compétences de la police municipale, c'est faire de la tranquillité publique. Sauf si vous êtes en train de m'expliquer que c'est la police municipale qui va chasser les réseaux de la criminalité organisée.
Pour vous, il n'est pas souhaitable que la police municipale de Grenoble soit armée ?
Mais après, on parlera de la question de l'armement si vous voulez. Mais là, on parlait des réseaux de la criminalité organisée. Ce sont des réseaux qui sont des réseaux nationaux, voire internationaux. Vous n'allez pas me faire croire, madame de Malherbe, que c'est la police municipale de Grenoble qui va lutter contre les réseaux de la criminalité organisée. Non. Ça, c'est la première chose que je veux dire. Non, ça, on est bien d'accord.
Mais en revanche, le maire a le pouvoir de décider que sa police municipale est armée ou non.
Vous avez raison. Et moi, je défends avec la France insoumise l'idée que les armes doivent être réservées à la police nationale et que la police municipale doit être redéployée sous forme de police de proximité. Elle doit avoir un travail de tranquillité publique, un travail de médiation. Et je ne le fais pas, contrairement à ce que j'entends dans le débat public, par laxisme. Je le fais par efficacité. Par efficacité. Il faut que ce rôle-là de lutter contre les réseaux de la criminalité organisée, il soit fait avec des effectifs dont le travail est de remonter des réseaux. Et c'est là où je vous parle d'un changement de doctrine nécessaire.
Arrêtons de faire croire qu'on va attaquer ces réseaux-là en chassant le bas du spectre. Il faut attaquer le haut du panier. Et pour attaquer le haut du panier, il faut mettre les moyens dans les effectifs qui attaquent le haut du panier.
Vous avez vu sûrement cette vidéo qui tourne sur les réseaux. J'imagine qu'elle a dû être tournée au printemps. On voit Rima Hassan et Sébastien Delogu qui répondent à un passant à Marseille qui fait un selfie avec eux et qui leur dit « Il est à qui ce pays ? Il est à qui Marseille ? On représente qui ? » Et Sébastien Delogu qui répond en riant à la DZ.
Mais franchement, vous savez ce que ça voulait dire ? La DZ dans cette expression, ça n'a rien à voir avec la DZ mafia. Franchement, faites attention s'il vous plaît à ne pas faire des... Non, parce qu'à chaque fois, on nous dit que c'est de l'humour.
Moi, je veux bien. C'est que c'est... Ça n'a rien à voir.
La DZ, ça veut dire autre chose. Enfin, on ne va pas rentrer dans le détail. Allez-y, allez-y. La DZ, ça veut dire l'Algérie. Non, attendez. Oui, mais donc, ça n'a rien à voir avec la DZ mafia et ça n'a rien à voir avec les réseaux de la criminalité organisée. Donc, s'il vous plaît... Non, non, mais c'est une autre question d'ailleurs. C'est une autre question. Bah oui, mais vous me la posez en même temps. Donc, je me permets de vous dire... Ah non, ce n'est pas une autre question que les municipales. Soyons un petit peu vigilants, si vous voulez bien. Non, non, non. Ce n'est pas une autre question de la municipale.
Maintenant, moi, je veux bien recevoir des leçons sur la lutte contre la criminalité organisée. Mais pour l'instant, ceux qui sont au pouvoir depuis des années et des années sont aussi comptables de la situation actuelle. Donc, pardonnez-moi... Mais que ce soit la DZ mafia ou la DZ tout court, ça vous paraît normal quand on demande à quelqu'un... ...qui se circulent sur les réseaux sociaux et qui sont des vidéos privées ou personnelles. Franchement, ce n'est pas comme ça que je fais de la politique. Moi, je fais de la politique avec des propositions politiques. Et on est face à un fléau qui est celui de la criminalité organisée. Oui, mais ça me frappe quand même, Manuel Bonpark.
Et il faut y répondre par des propositions politiques.
J'ai vu qu'il y a deux jours... Excusez-moi, j'ai une autre vision de la politique. Il y a deux jours, Éric Coquerel était interrogé sur les remarques homophobes de Sofia Chikirou sur les tafioles de merde. Et il a répondu que c'était de l'humour. Vous avez beaucoup d'humour.
Non, mais ce n'est pas de l'humour et ce n'est pas drôle. Mais en l'occurrence, c'était un message privé. Si j'ai bien compris, je ne sais même pas si... Donc, on a le droit de penser ça à titre privé,
mais par contre, on ne doit pas le dire en public.
Non, je pense qu'elle ne pense pas à titre privé. Mais franchement, Apolline de Mala, vous pouvez me faire la série, si vous voulez, des messages volés, des messages privés, si c'est votre manière de faire de la politique. Mais pardon, moi, je considère que notre pays, aujourd'hui, il est confronté à des difficultés majeures et je me permets d'imaginer une vision de la politique dans laquelle on peut essayer d'y apporter des réponses. On n'est pas tous d'accord. J'adorerais. J'adorerais. C'est ce que je fais. C'est ce que j'essaye de faire. On va y passer au budget, mais j'en profite. J'en profite. Je préférerais poser cette question
directement à Sophia Chikirou. Mais il se trouve que vous aurez peut-être remarqué qu'elle n'a répondu à aucune interview en direct depuis des années.
C'est clair que si votre volonté, c'est de l'inviter pour lui poser des questions sur des messages privés qui datent d'il y a 10 ans,
je pense que tous mes confrères aussi,
elle n'a répondu à aucune question en direct. Aucune interview en direct. Mais avant d'être candidate
au municipal, c'était pareil. Aucune interview. Elle fait ce qu'elle veut, non ? C'est ça votre vision de la démocratie et de l'échange. Je suis en face de vous, Apolline de Malherbe. Oui, mais Sophia Chikirou, elle est quand même candidate pour la mairie de Paris.
J'ai l'impression que vous êtes déçus que ce soit moi et pas Sophia Chikirou. Je suis ravie de vous recevoir, Manuel Bompard. Qu'est-ce que vous voulez ?
Mais n'hésitez pas à le lui dire. En tout cas, je trouverais normal, effectivement, qu'il y ait des échanges démocratiques.
Mais c'est ce qu'elle veut, Madame Apolline de Malherbe. Les échanges démocratiques, ils se font à travers des élections, ils se font à travers des campagnes, ils se font à travers des contacts avec les citoyennes et les citoyens. Et ensuite, certains répondent à des interviews, d'autres préfèrent avoir une autre forme de débat avec directement les citoyennes et les citoyens. Ne vous inquiétez pas, Sophia Chikirou, elle aura des réunions publiques, elle aura des meetings, elle fait des conférences de presse, elle en a d'ailleurs fait une pour présenter sa campagne. Et vos journalistes de BFM y étaient et ont pu lui poser toutes les questions qu'ils voulaient lui poser.
Mais qu'elle n'hésite pas en tout cas des questions en direct sur des plateaux télévisions. Vous avez très envie de la recevoir
et je lui passerai donc le message que vous avez très envie de la recevoir. N'hésitez pas. Maintenant, je pense que si vous la recevez, j'espère que vous la recevrez pour parler plutôt de son programme plutôt que des polémiques qui sont quand même assez ridicules. Je pense qu'elle ne me demandera pas
la liste des questions avant.
Mais est-ce que moi, je vous demande la liste des questions avant ? Non.
Et si vous l'aviez fait, vous savez bien que j'aurais jamais accepté.
Je réponds à vos questions, mais j'ai le droit de considérer que quand vous invitez un responsable politique ou un parlementaire, c'est plutôt pour discuter avec lui des propositions qu'il a à faire pour le pays que des polémiques que je trouve assez ridicules.
Le budget, personne n'en veut.
Ça, c'est clair.
Il a été rejeté à la quasi-unanimité. Il y a un député qui a voté pour le volet recette. Maintenant, on fait quoi ?
On base budget définitivement. 404 voix contre le budget, une voix pour. C'est la preuve que personne ne veut effectivement de ce budget. Et pour cause, c'est un budget qui a un budget de maltraitance sociale absolue. Ce sera un désastre économique. Ça va plonger le pays dans une récession économique dont il aura beaucoup de mal à se remettre. C'est un budget d'irresponsabilité écologique. Aujourd'hui, malheureusement, la COP a donné des résultats désastreux. Mais tout le monde sait que le grand défi du siècle, c'est la transition écologique. Et on ne fait rien sur ce sujet. Ce sujet n'existe même pas.
Est-ce qu'il vaut mieux pas de budget ? Est-ce qu'il vaut mieux pas de budget ?
Qu'un mauvais budget, oui. Qu'un mauvais budget ? Il n'y aura pas de budget. Puisque si à la fin, on bat ce budget, il y aura un minimum à ce qu'on appelle une loi spéciale. Et cette loi spéciale, elle permettra pour l'année prochaine d'avoir les mêmes lignes budgétaires pour qu'on puisse discuter d'un nouveau budget.
Sébastien Lecornu avait promis de ne pas utiliser le 49-3. Est-ce qu'il faut qu'il en reste là ? Certains disent, oui, mais au moins, ça permettrait qu'il y ait un budget. Non, pas question.
Vous redoutez ça ?
Vous vous demandez si ça revient ?
Je sens bien, je vois bien la petite musique revenir de ceux qui, y compris, j'ai vu des députés socialistes, qui après avoir considéré que c'était une grande victoire d'avoir obtenu le renoncement au 49-3, maintenant demandent à ce que le 49-3 revienne. J'ai dit un petit peu de cohérence politique. Mais attendez, moi, je n'esquive pas la question. Mon objectif, c'est de battre le budget. Mon objectif, c'est de renverser le gouvernement parce qu'il n'y aura pas d'avenir différent pour notre pays avec la Macronie au pouvoir. Et d'ailleurs, ce qu'on observe avec ce résultat du vote sur le budget, c'est que la Macronie est incapable aujourd'hui d'avoir un budget qui a une cohérence politique.
On a besoin d'avoir un budget
Vous allez donc déposer à nouveau une motion de censure ?
Je pense qu'il y aura une motion de censure, oui. Mais après, je ne sais pas encore quels sont les outils que va utiliser le gouvernement. Mais en tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que si le gouvernement essaye de passer en force son budget, que ce soit par 49-3, que ce soit par ordonnance, alors évidemment, nous déposerons une motion de censure puisque c'est le seul outil dont on disposera alors pour empêcher ce budget de voir le jour. Et c'est pour protéger les gens parce que dans ce budget, c'est un effort qui repose essentiellement d'ailleurs sur les catégories les plus pauvres.
Quand vous voyez que dans ce budget, on en a déjà parlé, il y a la division par deux de la prime de Noël pour les allocataires du RSA, des gens qui vivent sous le seuil de pauvreté et à qui on va dire c'est à vous de faire des efforts mais que dans le même temps, on refuse une taxe Zuckman pour que les plus riches payent 2% d'impôts. Ce n'est pas 40% d'impôts.
Tout ça est retombé aux oubliettes
puisque ça n'a pas été voté. C'est justement le problème parce que si vous ne mettez pas davantage à contribution les plus riches, les multinationales, les grandes entreprises, à la fin, si vous voulez équilibrer votre budget, vous faites payer les gens et moi je ne suis pas d'accord pour ne pas se payer les gens.
Est-ce que vous préféreriez qu'Emmanuel Macron se résolve à dissoudre ?
Moi, ce que je préférais, c'est qu'Emmanuel Macron se résolve à partir parce que je pense que c'est lui qui est responsable de cette situation et que évidemment, tout le monde l'a vu, la dissolution, on l'a déjà expérimenté l'année dernière, elle n'a pas produit une situation qui permet au pays de choisir clairement le cap qu'il a envie de prendre et donc je pense que pour ça, on a besoin du départ du président de la République et d'une élection présidentielle anticipée.
On gagnerait du temps parce que sinon, ce qui va se passer, vous le savez comme moi, c'est que pendant 16 mois jusqu'à la prochaine élection présidentielle, en fait, on ne va rien faire et on va perdre du temps et on va perdre du temps alors qu'on n'a pas de temps à perdre parce que quand vous regardez l'évolution du monde depuis qu'Emmanuel Macron est au pouvoir en 2017, on a déjà perdu beaucoup de temps.
J'allais y venir à l'évolution du monde. François Hollande parle d'un danger majeur, d'un risque de guerre. Le chef d'état-major des armées a dit qu'il fallait qu'en France, on aille vers l'idée d'accepter de perdre ses enfants et Emmanuel Macron s'apprête à annoncer le retour d'un service militaire volontaire mais le plus large possible. Comment vous réagissez à tout ça ?
D'abord, les propos du chef d'état-major des armées, je pense qu'ils sont très malvenus. Ce n'est pas à lui de faire des déclarations et en plus, ces déclarations sont très maladroites. Moi, pardon, mais je considère que notre objectif aujourd'hui, ce n'est pas de se préparer à perdre nos enfants. Je pense que notre objectif, ça doit être plutôt d'œuvrer et de créer des conditions de la paix et d'une paix qui soit durable. Et je ne crois pas et je n'ai jamais cru à l'adage que pour préparer la paix, il fallait préparer la guerre. Pour préparer la paix, il faut préparer la paix.
Ce qu'il dit, évidemment, c'est que si nos adversaires sentent que nous ne sommes pas prêts à avoir cette grandeur d'âme, comme il dit, alors ils pourraient être tentés en effet de nous envahir.
Et vous avez l'impression que les propos du chef d'état-major des armées aident dans le pays à une prise de conscience, à un sérieux. Moi, j'ai l'impression plutôt que ça a contribué à semer une forme de panique. Pour vous, c'est l'inverse. Donc oui, je pense que c'est tout à fait contre-productif les propos qu'il a tenus. Moi, je souhaiterais plutôt que la France soit à l'avant-garde. Ce qu'elle n'est pas, malheureusement, des négociations de paix qui s'ouvrent entre l'Ukraine et la Russie ou qui mettent du temps à s'ouvrir, soyons réalistes.
Vous les trouvez satisfaisantes en ce moment ?
Non, tout le monde voit bien que c'est des négociations qui se préparent pour l'instant entre Vladimir Poutine et Donald Trump sans les Ukrainiens autour de la table des négociations et dans lequel la France, l'Union européenne, qui a des intérêts à défendre dans cette histoire. Je veux dire, la question de sa propre sécurité, ce sont des intérêts qu'on a à défendre dans cette histoire. On n'est même pas à la table des négociations pour pouvoir les faire valoir. Ces garanties de sécurité, elles nous impliquent, elles nous concernent. Le fait que les Ukrainiens soient à la table des négociations, ça nous concerne, ça nous intéresse.
Et c'est à cela qu'on devrait mobiliser notre énergie. Une dernière question, Manuel Bompard, vous l'avez vu, l'Université Lyon 2, un professeur d'histoire qui a dressé une liste, une liste, je cite, de génocidaires à boycotter quoi qu'il arrive. La direction de l'établissement s'est dit consternée, condamne les propos de l'enseignant. Est-ce que vous les condamnez également ?
Mais ce n'est pas des propos, c'est, si j'ai bien compris, une publication sur les réseaux sociaux dans laquelle il a indiqué une série de personnes dont il considère que les positions sont des positions de soutien au gouvernement. Et alors, on n'a pas le droit de dire qu'il y a des gens dont on considère que les positions qu'ils défendent dans les médias, on n'a pas envie de les entendre ou pas envie de les écouter. Moi, je n'aurais pas fait de liste, personnellement, mais je suis quand même un peu stupéfait. On a quand même le droit de dire que quand des gens défendent un gouvernement qui est le gouvernement de M.
Netanyahou qui est accusé, je veux le dire quand même, de génocide, après avoir dit pendant des mois et des mois...
Non, il n'est pas accusé de génocide. Enfin bon, on ne va pas rouvrir encore. Il est accusé par certains de génocide, mais il n'y a pas une unanimité à considérer que c'est génocide. Mais on peut rouvrir cette question. En tout cas, quand on est professeur d'histoire, aujourd'hui, pour vous, on peut faire cette liste.
Mais madame,
il n'y a pas de problème.
Vous pouvez nuancer les choses si vous voulez, mais il y a bien un arrêté de la Cour internationale de justice qui date d'il y a un an et demi qui parle d'un risque de génocide. Voilà, c'est bien ce que je disais. Et il y a bien des mandats... Madame, il y a bien des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale qui ont été... Non mais attendez, vous pouvez balayer ça d'un revers de la main si vous voulez. Vous savez ce que c'est, des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre ou crimes contre l'humanité ?
Parfaitement, parfaitement. Je dis juste qu'il n'est pas
contre risque de génocide
de ne pas dire qu'on est accusé...
Depuis des mois et des mois sur tous les médias en France, excusez-moi de vous le dire quand même. Est-ce que ça veut dire que ces gens-là sont des génocidaires pour vous ? Attendez, attendez, il n'a pas...
Est-ce que ça veut dire que pour vous, par exemple, l'animateur Arthur est un génocidaire ?
Non, je ne dirais pas ça, mais je dirais par contre qu'ils ont pris des positions politiques de soutien à un gouvernement qui est un gouvernement qui commet un génocide. Donc je ne suis pas d'accord avec le fait que ces gens-là... Il constitue une liste de génocidaires ? Je ne suis pas d'accord avec ça. Je ne suis pas d'accord avec ça puisque moi, je ne considère pas que les gens qui soutiennent un gouvernement qui commet des crimes contre l'humanité sont eux-mêmes responsables de ces crimes-là. Mais par contre, je pense qu'on a le droit de considérer que leurs positions sont des positions qui sont des positions extrêmement problématiques.
D'ailleurs, je vais vous faire remarquer que pendant des mois et des mois, on nous a dit qu'à partir du moment où il y aura la libération des otages, la guerre s'arrêtera. Et ce que j'observe, c'est que malheureusement, trop tardivement, il y a eu la libération des otages et qu'on a encore des Palestiniens innocents qui meurent aujourd'hui. Et je trouve qu'on devrait davantage parler de ça plutôt que des tweets des uns et des autres
sur les réseaux sociaux. Et vous l'avez dit ce matin. En tout cas, merci. Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise. Il est 8h48 sur RMC BFM TV.
Manuel Bompard