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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 5 novembre 2020 24 min

Élection américaine, isolement des malades du Covid-19, colère d'Olivier Véran, fermeture des frontières... Le "8h30 franceinfo" de Bruno Retailleau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Bruno Rotaillot. Bonjour Marc Povell. Aux Etats-Unis, c'est donc le démocrate Joe Biden qui semble le plus proche de la Maison-Blanche. Si vous étiez américain, vous auriez voté pour qui ?

0:13
Bruno Retailleau

Ni l'un ni l'autre parce que je ne suis pas américain. Je me refuse à ce choix. Je suis français. Je ne vais pas chercher mes modèles aux Etats-Unis. On a en tout cas l'exemple d'une démocratie profondément divisée. Et je pense que fondamentalement pour la France, l'un ou l'autre, ça ne changera pas grand chose. Sans doute qu'avec Biden, la forme sera un peu plus civilisée, disons.

0:35
Présentateur

Ça ne changera pas grand chose si l'Amérique choisit Joe Biden plutôt que Donald Trump d'un point de vue français. Vous ne pensez pas que les relations vont peut-être se réchauffer un tout petit peu ?

0:41
Bruno Retailleau

Je ne le crois pas. Je ne le crois pas parce que je pense que depuis déjà Barack Obama, il y a un pivot stratégique qui tourne le regard et l'attention des Etats-Unis plutôt vers le Pacifique. Et donc nous devrons, nous, les Européens par exemple, apprendre à mieux nous défendre contre M. par exemple Erdogan. Nous devrons être exigeants pour notre souveraineté par exemple avec les lois extraterritoriales. Vous savez que les Etats-Unis démantèlent nos entreprises lorsqu'elles sont concurrentes par des lois qui sont des lois votées chez eux mais qui veulent appliquer chez nous. Ce n'est pas possible. On a aussi la souveraineté numérique. On a aussi la question de la défense.

Avec la question de l'OTAN, il est devenu à mon avis impossible de garder la Turquie dans l'OTAN. Seuls les Américains avec quelques autres le souhaitent pour le moment mais ça n'est pas les intérêts européens ni français.

1:29
Locuteur 2

Bruno Rotaillot, malgré une gestion calamiteuse de l'épidémie de Covid, malgré les outrances auxquelles on a assisté pendant 4 ans, une procédure d'impeachment aussi, Donald Trump reste dans la course. Quelle leçon vous tirez de ce qui se passe outre-Atlantique ?

1:42
Bruno Retailleau

Quelle leçon ? On a jugé et d'ailleurs les sondeurs se sont plantés comme souvent d'ailleurs pour les présidentielles et parfois même aussi chez nous en France. Moi je pense que Donald Trump avec vraiment ses outrances qui peuvent nous nous choquer, c'est d'abord le révélateur d'une crise démocratique profonde. Il n'a pas fait que tweeter du reste. Il n'a pas fait que tweeter. Il a tenu des engagements. C'est comme on dit là-bas un doueur, un faiseur. C'est-à-dire que par exemple, j'entendais ce matin sur une antenne un ouvrier qui lui rendait hommage parce que pour l'acier par exemple, il a imposé sur l'acier chinois des taxes.

Donc il a par exemple révélé le péril chinois, ce que désormais la Commission européenne appelle le rival systémique.

2:24
Locuteur 2

Donc il a fait beaucoup de choses bien en fait, Donald Trump, c'est ce que vous dites ?

2:27
Bruno Retailleau

Non, je n'ai pas dit qu'il avait... Vous vous posez la question ? Tout bien, simplement, je m'oppose à cette caricature qu'on tente ici en France notamment et à Paris de faire de M. Trump. En revanche, en revanche, en revanche, la crise démocratique doit nous interroger. Parce que cette fracture américaine qu'on constate et au débit de M. Trump, ça a été l'histérisation de la politique. Ça a été cette espèce de polarisation à l'extrême qui est en train de cliver, de fracturer cette grande démocratie. Mais notre démocratie, notre pays, la France, est fracturée. On a parlé des démocraties libérales, on a parlé de la grande fatigue démocratique en Occident.

C'est pareil, regardez, le premier parti chez nous, c'est l'abstention. Et un jour, cette colère qui pour l'instant s'exprime dans la résignation pourrait aussi s'exprimer dans les urnes.

3:15
Présentateur

Vous nous dites qu'il y a parfois du bon, parfois, du bon chez Donald Trump dans sa façon de tenir certaines de ses promesses ou de faire les choses qu'il avait promis de faire quand il était candidat. Est-ce que la droite française, est-ce que vous, sur d'autres points, vous pensez qu'il faut s'inspirer de Donald Trump ? Quel que soit le résultat qui va arriver dans les heures qui viennent ?

3:32
Bruno Retailleau

Non, en tout cas, si il y a quelque chose...

3:34
Présentateur

Dans sa façon de parler directement, de contourner les médias, dans sa façon d'être direct, dans sa façon...

3:39
Bruno Retailleau

Être direct, oui. Tenir ses engagements, oui. Oui. Ça, je pense que... Voilà. Il y a un autre point qui est important, c'est comment reparler aux classes populaires ? Parce que lui a parlé aux classes populaires. Et ce sont les classes populaires qui le soutiennent, y compris, d'ailleurs, des minorités.

3:55
Présentateur

Alors, ça dépend de ce qu'on appelle les classes populaires, parce que dans les... Les ouvriers. Je parle, par exemple... Assez clairement, dans le résultat du vote hier aux Etats-Unis, sur le Rotaio, les plus faibles des revenus américains ont voté majoritairement, enfin, en tout cas, plus fortement pour Joe Biden que pour lui, et les plus riches des Américains ont voté davantage Trump.

4:11
Bruno Retailleau

Classe moyenne, est-ce qu'on appelle, chez nous, plutôt la classe moyenne. Regardez, quand même, avec les scores qu'il fait, malgré tout, on lui avait promis un 8 points d'écart entre Biden et Trump, et on n'en est pas là. Il a 3 millions de voix de retard. À 3 ou 4, donc à moitié moins. Donc, moi, je pense qu'on doit pouvoir s'inspirer sur le fait que, quand on brigue les suffrages des électeurs, un, on tient ses engagements, on les tient, et deux, on essaie d'aller au peuple.

Et je pense que, demain, une des clés, peut-être, de l'élection présidentielle française, ça sera la capacité d'articuler la question sociale, parce qu'on va bien voir qu'avec la crise sanitaire, la crise économique, on a cette question sociale, mais aussi les questions identitaires. Et je pense que ceux qui perdent de plus de leur patrimoine, par exemple, immatériel, identitaire, ce sont des classes moyennes, des classes populaires, qui, elles, n'ont pas l'argent pour avoir des stratégies, par exemple, résidentielles, habitées dans de beaux quartiers, qui n'ont pas l'argent pour placer leurs enfants dans des bonnes écoles, souvent privées.

Donc, voilà, ces deux questions, cette question sociale, cette question identitaire, elles sont fondamentalement liées, et on doit pouvoir, nous, les recombiner, nous, la droite, sans rien, si j'ose dire, céder d'un certain nombre de convictions. Salia Braclia.

5:26
Locuteur 2

Bruno Rotaillot, plusieurs médecins alertent sur la situation de l'hôpital face à cette deuxième vague de l'épidémie de Covid. Est-ce qu'il faut durcir le confinement ?

5:34
Bruno Retailleau

Je pense que le gouvernement est allé d'échec en échec, depuis le premier confinement, le déconfinement, puis le reconfinement. Il avait été prévenu dès le mois de juillet par le professeur Delfraissy, le président du conseil scientifique, que je n'ai pas choisi, que M. Macron a choisi. Dès la fin juillet, le conseil scientifique nous dit qu'il va y avoir une deuxième vague. Dès le 9 septembre, le même professeur Delfraissy dit, attention, dans les prochains jours, le gouvernement devra prononcer des décisions difficiles. Qu'est-ce qu'on a ? Quelques jours après, le premier ministre qui vient nous annoncer que la quatorzaine passait à une septaine, à une petite semaine.

Donc, c'est à n'y rien comprendre. On n'a jamais dans cette crise anticipée. Moi, je pense qu'aujourd'hui, il faut avoir, parce qu'on sait que le virus sera là, au moins jusqu'au vaccin. Personne ne peut dire aujourd'hui...

6:19
Locuteur 2

Alors, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut durcir le confinement tout de suite ?

6:21
Bruno Retailleau

Non, je pense que ce qu'il faut faire, c'est une double stratégie. Augmenter les lits de réanimation, parce que c'est ce qui cap aujourd'hui notre politique, notamment sanitaire.

6:30
Présentateur

Quand on arrive en réanimation, c'est déjà un échec. Vous avez vu les derniers chiffres, sans doute de l'échec. Enquête qui a été menée, une personne sur quatre qui rentre aujourd'hui en réanimation en France n'en ressort pas vivante. Deux fois moins, attention. Un peu moins, comme à ce dernier, mais un sur quatre.

6:45
Bruno Retailleau

Nos médecins ont beaucoup appris, et le taux de succès, ou plutôt la létalité, est moins de ce point de vue-là, grâce à l'hydrogène, au corticoïde, etc. Peu importe. Ce que je veux dire, la double stratégie qu'on doit avoir, c'est une stratégie sanitaire. C'est-à-dire augmenter le nombre de lits de réanimation, former très vite du personnel. Très bien. Mais il faut aussi avoir une autre stratégie, qui est la seule capable de casser les reins de l'épidémie, c'est-à-dire dépister largement. On va avoir l'occasion de le faire avec les tests antigéniques, partout.

7:12
Locuteur 2

Qui sont déjà arrivés dans les pharmacies.

7:14
Bruno Retailleau

Dépister avec les médecines du travail. Est-ce que vous vous rendez compte qu'au moment du déconfinement, on a interdit aux entreprises, à la médecine du travail, de dépister en entreprise, alors qu'on sait que c'est là...

7:23
Locuteur 2

Est-ce qu'on confine de manière plus resserrée ?

7:25
Bruno Retailleau

Non, moi je pense qu'il n'y a pas besoin de confinement encore plus serré. Je pense qu'il y a besoin d'une stratégie que nous n'avons jamais eue. La stratégie qui consiste à dépister massivement, en utilisant toutes nos ressources, y compris la médecine du travail, les nouveaux tests antigéniques, de tracer, enfin, on trace plus, en juillet, pour un cas positif, on tracait cinq cas contacts, désormais, pour un cas positif, on n'en trace que deux. C'est l'échec. Et enfin, on isole. Réquisitionnons des hôtels pour isoler les malades. Je dirais qu'il vaut mieux isoler les malades qu'isoler les bien portants.

7:58
Présentateur

Le chef de file des sénateurs, les Républicains, Bruno Rotaillot, est l'invité de France Info ce matin. Il est 8h41, Mélanie Delonnet, pour le Fil Info.

8:05
Locuteur 1

Les Etats-Unis dans l'attente d'un dénouement et Joe Biden qui affiche sa confiance. Nous croyons que quand le dépouillement sera terminé, nous serons les vainqueurs, lance le candidat démocrate à l'élection présidentielle. Fort de deux succès, cette nuit dans le Michigan et le Wisconsin. Donald Trump continue de dénoncer des irrégularités. Il demande la suspension du dépouillement dans plusieurs Etats ou le recontage des bulletins de vote. Le président sortant compte 214 grands électeurs, Joe Biden 264, selon notre décompte basé sur la société de presse qui inclut l'Arizona. La France se bat contre le séparatisme islamiste, jamais contre l'islam.

Les mots d'Emmanuel Macron dans les colonnes d'une Financial Times, une tribune en réponse à un article du journal britannique dans lequel il se dit accusé de stigmatiser les musulmans à des fins électorales. 2 200 000 tests PCR réalisés la semaine dernière en France, rien qu'hier 40 000 cas positifs. Il y a désormais plus de 4000 malades du Covid. En réanimation, le ministre de la Santé, Olivier Véran, fait un nouveau point sur l'épidémie ce soir. Pour freiner les contaminations, l'Angleterre se reconfine à partir d'aujourd'hui et pour un mois. Commerce non essentiel fermé, mais écoles ouvertes comme en France.

9:23
Présentateur

Bruno Retailleau, avant hier soir, le ministre de la Santé, Olivier Véran, est sorti de ses gonds devant les députés à l'Assemblée Nationale. Il a raconté notamment la visite qu'il venait d'effectuer dans un hôpital.

9:42
Locuteur 10

Dans la première chambre, il y avait un jeune homme de 28 ans, de 28 ans, en coma, intubé, ventilé, avec pas loin de 10 pouces seringues pour pouvoir à la fois l'alimenter et lui fournir les médicaments essentiels pour le maintenir en vie. Dans la deuxième chambre, il y avait un homme en surpoids âgé de 35 ans. C'est ça la réalité, mesdames et messieurs les députés. Si vous ne voulez pas l'entendre, sortez d'ici. Elle est là, la réalité de nos hôpitaux. Elle est là, la réalité de nos hôpitaux.

10:08
Présentateur

Ce coup de sang d'Olivier Véran, il intervient alors que l'Assemblée Nationale venait, avec les voix de la droite, de refuser de prolonger l'état d'urgence sanitaire jusqu'au mois de février. Vous l'entendez, la colère d'Olivier Véran, ou pas ?

10:19
Bruno Retailleau

Non. Un ministre dire aux députés, sortez, c'est incroyable. C'est la négation du Parlement. Peut-être que ça voulait bien l'excuser. Je ne vais pas me faire de bon paroles. Peut-être que ça voulait bien l'excuser. Je veux bien l'excuser au titre de la fatigue. Ça peut tout sous-arriver. Voilà. Donc je ne veux pas non plus le condamner. Simplement ce que je veux dire, parce que j'observe le gouvernement, je pense que le gouvernement est fragilisé. Fragilisé par la gestion chaotique de cette crise. Et un gouvernement fragilisé est toujours un gouvernement qui se rédit. Et on a là cette illustration.

Mais au-delà, la signification de cette injonction donnée aux parlementaires, c'est que je vois bien qu'on a un gouvernement qui a les pleins pouvoirs, comme aucun autre ne les a jamais eus en temps de paix. Vous ne tenez plus le Sénat ? La droite ne tient plus le Sénat ? Et bien sûr qu'on tient le Sénat. Ce que je veux dire, c'est que ces pleins pouvoirs qu'on donne avec l'état d'urgence, on a beaucoup de mal à dire au gouvernement qu'il faut, en contrepartie, accepter un contrôle. Nous, ils ont refusé, dans le texte qui était discuté au moment où M.

Véran a perdu ses nerfs, dans ce texte-là, nous avions demandé, nous, un encadrement pour les ordonnances, un encadrement pour revenir aussi devant le Parlement. C'est normal que, quand on donne beaucoup, beaucoup de pouvoir, qu'il y ait du contrôle. Et je pense qu'ils ont tort de considérer que la démocratie est un obstacle à la gestion de la crise sanitaire. La démocratie est une ressource. C'est une ressource. Vous savez, j'aime l'histoire, j'aime l'histoire, et j'ai regardé, puisqu'on parle de guerre, on parle d'union sacrée, j'ai regardé ce qui s'était passé entre 14-18, où alors là, on avait une vraie guerre. Jamais on a eu des commissions, jamais on a eu un Parlement aussi actif.

Des ministres qui n'arrivaient pas à expliquer leur politique étaient débarqués le lendemain. L'état-major qui ne voulait pas que les parlementaires aillent sur le front, eh bien, il les avait sur le dos. Mais c'est ça la démocratie. Et je voudrais que le gouvernement comprenne qu'on a besoin d'une démocratie, alors même qu'ils ont les pleins pouvoirs.

12:17
Locuteur 2

En cette période de crise, est-ce qu'il n'y a pas un manque d'efficacité ? Parce que justement, vous faites obstruction au gouvernement. Et donc, le message d'Olivier Véran, c'était, est-ce que la droite, quelque part, ne fait pas un peu de petite politique ?

12:27
Bruno Retailleau

La politique politicienne ? Écoutez, le message d'Olivier Véran, c'était une forme d'abolition de la démocratie parlementaire. Et ce que je veux simplement dire, c'est que certes, en Europe, tous les pays sont confrontés au même virus, à la même pandémie, mais on n'a pas tous les mêmes résultats. En termes de mortalité, nous sommes au cinquième rang, alors que nous sommes au premier rang pour les dépenses de santé. Alors que, par rapport à bien d'autres pays européens, notre population est plus jeune et moins diabétique. Donc, on doit s'interroger. Et l'opposition est là pour relayer les interrogations des Français.

Est-ce que les Français, vraiment, considèrent que le gouvernement gère bien cette crise ? Non. Eh bien, nous, nous sommes les relais. Et prenez garde, parce que, à vouloir, par exemple, en invoquant l'unité nationale, à vouloir faire le silence dans les rangs, y compris de museler l'opposition, prenons garde à ce que, un jour, la colère ne soit pas relayée dans la rue.

13:18
Présentateur

Un mot, vous dites, Bruno Retailleau, rien n'a marché. C'est l'expression que vous avez utilisée tout à l'heure dans la gestion de la crise, du confinement, du déconfinement et du reconfinement. Rien n'a marché. Mais est-ce que la droite, est-ce que votre camp n'a pas ajouté un peu à la confusion des Français ? Je pense à un point précis, c'est celui de l'hydroxychloroquine. Une partie de votre camp, vous-même, d'ailleurs, vous avez dit qu'il fallait l'utiliser contre l'avis des plus hautes instances médicales, contre l'avis même de l'OMS.

13:43
Bruno Retailleau

Écoutez, moi, je pense qu'en tout cas, lorsque je l'ai dit, c'était en mars, quand vous l'avez défendu. Et pour moi, je considérais qu'on était dans une situation de guerre, que l'hydroxychloroquine avait fait la preuve, elle avait été, dans le monde, utilisée par des centaines de millions de personnes. On connaissait...

13:58
Présentateur

Elle est déjà utilisée depuis des décennies. Exactement. On connaissait les contraindications. Et pour d'autres choses que le Covid.

14:01
Bruno Retailleau

Et je pense que quand on est dans une crise, qu'on n'a pas de vaccin, qu'on n'a pas de traitement... On tente pas n'importe quoi. On tente... Mais c'était pas n'importe quoi. Et d'ailleurs, d'ailleurs, il faudra faire le point, sur des grands échantillons, Marc Fauvel, il faudra faire le point en termes de mortalité à Marseille et dans le monde. Donc, je pense que le débat scientifique, je croisais Philippe de Doustoblazy il y a quelques jours dans les couloirs du Sénat, est loin d'être clos. Loin d'être clos. Donc là, vous dites pas que c'était une erreur d'avoir produit l'hydroxychloroquine ? Je veux dire qu'on ne va pas avoir le vaccin avant six mois.

Et vous voyez bien qu'on ne peut pas aller dans cette politique de stop and go. C'est-à-dire confinement, déconfinement, reconfinement. Donc, ce que j'ai essayé d'indiquer, c'est qu'on doit avoir une double stratégie. Une stratégie qui permette aux Français de travailler. Parce que sinon, on va effondrer l'économie. Et on aura aussi des problèmes sanitaires en effondrant l'économie. Et il faut casser les reins de l'épidémie. On ne l'a jamais fait. On a voulu faire du nombre sur le dépistage. Et on a désisté pour rien du tout. On a sans doute dépensé peut-être 2 milliards. 2 milliards, vous rendez compte, d'euros. Pour rien. On n'a pas tracé. Et on n'a pas isolé.

Dans mon département, il y a eu trois isolements. Il y a eu un SDF et deux travailleurs étrangers. C'est satisfaisant ça ? Non, ça ne l'est pas.

15:11
Locuteur 2

Bruno Retailleau, plusieurs maires ont émis des arrêtés dès le week-end dernier pour permettre l'ouverture des petits commerces, des commerces non essentiels. Écoutez la réaction d'un de vos anciens collègues des Républicains. Jean-Pierre Raffarin était à votre place il y a deux jours.

15:25
Locuteur 3

Bien sûr que je défends les petits commerces. Bien sûr que je considère qu'il y a les petits commerces qui, aujourd'hui, respectent complètement les règles. Mais nous sommes dans une phase de grande mobilisation. Et ce qu'il nous faut, c'est quand même de la discipline. A force de ne plus respecter les règles, on ne fait plus nation. Quand vous savez que votre arrêté va être cassé, quand vous êtes dans une situation où vous savez que vous avez l'inefficacité au bout de votre décision, vous faites du symbole, vous faites de la politique.

15:49
Locuteur 2

Vous, vous avez lancé une pétition pour la réouverture des petits commerces.

15:52
Locuteur 3

Absolument, jeudi dernier.

15:54
Locuteur 2

Vous faites de la petite politique là encore ?

15:56
Bruno Retailleau

Non, écoutez, franchement. C'est ce que dit Jean-Pierre Raffarin. Jean-Pierre Raffarin parle de discipline. Je pense que, justement, le consentement du peuple français, il est indexé sur deux choses. Sur la confiance. Cette confiance, elle a été brisée parce que les Français ont bien vu qu'on leur avait menti, par exemple, sur l'affaire des masques. Mais la confiance et la discipline, elle est mieux appliquée quand les choses sont comprises. Comment voulez-vous comprendre qu'on accepte qu'on s'entasse dans le métro, qu'on s'entasse dans des grandes surfaces, etc., etc., et qu'on ferme des petits commerces, notamment dans nos villages, dans nos villes ?

Ce que, moi, j'ai voulu faire, parce qu'on a voté au Sénat, à la quasi-unanimité, un amendement qui donnait au gouvernement, au préfet, le soin de décider territorialement les commerces de proximité qui pouvaient ouvrir parce que les conditions de sécurité sanitaire étaient respectées et ceux qui ne pouvaient pas ouvrir.

16:41
Présentateur

Donc, dans chaque département, on déciderait si un floriste peut être ouvert, si il y a un manucure.

16:46
Bruno Retailleau

C'est la territorialisation, c'est exactement le principe, souvenez-vous. Le grand principe, quand M. Castex est arrivé, quand il a été désigné pour le déconfinement, il a dit un grand principe.

16:56
Présentateur

Il y aurait 100 règles différentes en France.

16:59
Bruno Retailleau

Bien sûr, bien, mais parce que, Marc Fauvel, parce qu'à Paris, quand vous avez une rue très commerçante, il faut sans doute fermer les commerces. Mais à l'intérieur d'une même ville, vous savez qu'il y a des endroits où on s'entasse et d'autres on a de la place. Quand vous avez votre librairie, quand vous avez votre librairie au coin de la rue, qui voit 15 personnes, qui a du gel, etc.

17:14
Locuteur 2

Ça ne va pas créer de l'inégalité ? Mais pas du tout, mais c'est ce qu'on a déjà fait.

17:17
Bruno Retailleau

Mais vous êtes des observateurs, vous auriez dû observer. Qu'est-ce qu'on a fait il y a quelques mois avec les marchés ouverts ? C'est ça qu'on a fait. On a fermé certains, on a ouvert certains. Et c'est les préfets qui avaient la main. Moi, je veux, non pas le centralisme, le bureaucratisme parisien, je veux qu'on puisse territorialiser les choses et que les choses seront d'autant mieux comprises qu'elles seront consenties ensuite. Et que la discipline, dont parlait Jean-Pierre Raffarin, sera appliquée. C'est ce que j'essaie. Regardez, essentiel, non essentiel. Moi, un livre, c'est essentiel. Il n'y a pas que le matérialiste. Un fleuriste, c'est essentiel ou pas ?

Bien sûr, si le fleuriste... Moi, j'ai aidé mon président, j'ai un président de fédération de fleuristes qui est tout près de chez moi, à Saint-Laurent-sur-Sèvres. Je l'ai aidé. Mais pourquoi ne les autorisons pas, comme les marchés ouverts, à avoir des étals devant leurs magasins pour rester en plein air, pour avoir un certain nombre de conditions ? Je vous dis que le virus, tant qu'on n'a pas... Parce que c'est des commerçants en plus. Le vaccin, il sera peut-être dans un an. Il sera peut-être dans six mois, dans un an. On va vitrifier la France pendant six mois ? Non, la bonne stratégie. Faisons comme les pays asiatiques ou d'autres pays ont fait.

Ils n'ont pas eu besoin d'un confinement dur. Ils ont simplement, avec des moyens, par exemple fermeture des frontières, mais ce que j'indiquais tout à l'heure, de dépistage, de traçage et d'isolement, ils ont réussi à casser les chaînes de contamination.

18:34
Présentateur

8h51, le fil info. Et on poursuit avec vous, Bruno Retailleau, dans un instant. Mélanie Delaunay.

18:38
Locuteur 1

Donald Trump multiplie les recours. Il demande de recompter les bulletins de vote ou d'arrêter le dépouillement, comme en Pennsylvanie ou en Géorgie, où les résultats de la présidentielle américaine n'ont pas encore été annoncés. C'est le cas aussi dans le Michigan et le Wisconsin. Deux États qui avaient voté Trump il y a quatre ans. Ils ont été remportés cette nuit par Joe Biden. Le candidat démocrate se rapproche des 270 grands électeurs nécessaires pour devenir le 46e président des États-Unis, même si rien n'est encore joué ce matin. Manifestation dans plusieurs villes américaines pour ou contre la poursuite du dépouillement.

Un adolescent de 17 ans placé en garde à vue dans l'enquête sur l'attentat de Nice. Une semaine après l'attaque, cinq personnes en tout sont en garde à vue. Depuis le confinement, le harcèlement scolaire s'est accentué sur les réseaux sociaux. Les appels pour cyberharcèlement ont augmenté d'un quart en septembre par rapport à l'année dernière. Sur la plateforme NetEcoute. Ça s'est joué sur des détails. Pour l'entraîneur du Paris Saint-Germain, les footballeurs parisiens s'inclinent 2-1 à Leipzig pour la troisième journée de la Ligue des Champions. Rennes battue 3-0 à Chelsea. France Info.

19:51
Locuteur 9

Le 8.30 France Info. Salia Braquia, Marc Fauvel.

19:55
Locuteur 2

Toujours avec Bruno Rotaillot, le président du groupe Les Républicains au Sénat. Christian Estrosi propose, dans une interview à Nice Matin, à paraître jeudi, de suspendre pour un certain temps les accords de Schengen. C'est une bonne idée ? Vous êtes d'accord avec ça ?

20:10
Bruno Retailleau

Oui, c'est une bonne idée. Il a raison. La ville de Nice a été durement frappée à plusieurs reprises. Et je pense que nous ne parviendrons pas à lutter contre le totalitarisme islamiste à droit constant. Je pense qu'il y a la dimension européenne, bien sûr. Moi, je souhaiterais par exemple qu'il y ait l'opération Sophia, dont personne n'a jamais parlé d'ailleurs, qui était une opération de blocus midiétéranéens pour intercepter les bateaux, mais aussi pour chasser, si j'ose dire, les passeurs, ceux qui sont des vrais criminels et qui sont, si j'ose dire, les esclavagistes des temps modernes. Elle a dû être interrompue.

En tout cas, il y a des dimensions internationales, européennes, et il y a des dimensions nationales. Comment voulez-vous faire croire aux Français qu'on mette des frontières devant chez eux, devant leur domicile, et qu'on serait pas capable de surveiller avec des patrouilles nos propres frontières ? Eh bien, je pense qu'il faut reprendre possession de nos frontières. Donc, comme Marine Le Pen,

21:05
Locuteur 2

vous faites le lien entre terrorisme et immigration.

21:08
Bruno Retailleau

Mais moi, je m'en fiche de Marine Le Pen. Je fais le lien, et le lien que je fais, il découle de ce constat. Il est le même. Le tueur de ville urbaine, c'était un afghan. L'homme au hachoir devant les anciens locaux, Charlie Hebdo, c'était un faux mineur pakistanais. Celui qui a décapité M. Salpati, c'était un Tchétchène. Et là, on avait un Tunisien. Donc, ceux qui pensent qu'on ne peut pas établir de lien entre cette insécurité, entre le terrorisme islamiste et un désordre migratoire massif en France, se trompent. Et on souligne quand même

21:41
Locuteur 2

que tous les...

21:42
Bruno Retailleau

Et il faut l'affirmer. Et je l'affirme... Tous les étrangers

21:44
Locuteur 2

ne sont pas des terroristes.

21:45
Bruno Retailleau

Mais bien sûr que non. C'est comme si je... Bien sûr que non. Tous les musulmans ne sont pas des islamistes. Et des terroristes... Ce n'est pas ce que je vous dis. Simplement, ce que je veux vous dire en ajoutant un élément à ce que je n'ai pas encore dit, c'est qu'aujourd'hui, nous vivons une crise de l'assimilation. On n'assimule plus nos valeurs parce qu'on a une immigration massive qui ne le veut pas. Voilà. Et donc, il faut arrêter le flux, le tarir et relancer la machine à assimiler et offrir à des jeunes qui sont sur le chemin de la cessation quelque chose... D'abord, la France a aimé.

Arrêter de désigner la France comme une éternelle coupable et puis veiller à ce qu'on puisse leur mettre mieux encore le pied à l'étrier. Je pense que cette machine intégrée à assimiler... Je parle d'assimilation parce que les valeurs de la République, la laïcité, la liberté, l'égalité, ça s'assimile, ça ne s'intègre pas. On l'assimile ou on ne l'assimile pas. Et ça, c'est important. Mais ça passe par le fait d'être fier de nous-mêmes. J'ai aimé d'ailleurs le début de ce qu'a dit Jean Castex sur TF1 dimanche. Il a commencé... Je sais que ça a beaucoup surpris. Sur la colonisation. Arrêtons. Arrêtons de nous flageller. Exactement. Arrêtons.

Oui, parce que je veux dire, si vous présentez la France comme éternellement coupable, comment vous voulez la faire aimer à toutes ces jeunes générations ? Vous ne pouvez pas. Si vous la présentez comme un anti-modèle, il ne s'agit pas de dire que notre propre histoire comporte des moments sombres, mais on a des moments de gloire. La colonisation en était un. Mais la colonisation, il n'y a pas eu que des moments sombres dans la colonisation. Vous le savez très bien. Il faut l'affirmer. Et la colonisation ne constitue pas un crime contre l'humanité comme l'a dit Emmanuel Macron.

Et vous savez, Hugo Bicheron, qui est un jeune chercheur, a bien dit d'ailleurs lorsqu'il a étudié notamment les doctrinaires islamistes qu'ils veulent, par M. Haït Yahya par exemple, veut recoder la guerre d'Algérie comme une guerre d'un djihad libérateur. Et il surfe cette guerre mémorielle, entretient, donne du kérosène finalement à l'idéologie islamiste. Parce que ça permet de faire grandir une haine. Je pense que cette idée d'une fierté française, cette idée aussi d'une exigence, exigence vis-à-vis d'eux, mais pour nous aussi, il y a une exigence. de l'assimilation, ça veut dire tendre la main. L'assimilation, ça veut dire, écoutez, certes, il y a des contraintes.

La France, c'est la citoyenneté, c'est la laïcité, c'est des contraintes. On vous demande d'aborder peut-être parfois des pans de votre culture. Mais en contrepartie, la promesse, c'est d'être totalement français.

24:12
Présentateur

Merci. Totalement. Merci à vous, Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains, au Sénat. Merci infiniment d'avoir été avec nous ce matin sur France Info dans un peu plus de 5 minutes, presque 10 minutes maintenant. les informer Renaud Delis et ses débatteurs.

Élection américaine, isolement des malades du Covid-19, colère d'Olivier Véran, fermeture des frontières... Le "8h30 franceinfo" de Bruno Retailleau — Bruno Retailleau · Pourquijevote