Colère agricole : «Cette vaccination est un chemin d'espoir pour empêcher l'abattage des troupeaux» souligne la ministre de l'agriculture, Annie Genevard
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Un matin week-end, 6h-9h, Alexis Delafléchère. 8h10 sur Europe 1, Alexis Delafléchère, vous recevez Annie Gennevard, ministre de l'Agriculture, de l'Agro-Alimentaire et de la Souveraineté Alimentaire.
Bonjour Annie Gennevard. Bonjour. Merci Madame la Ministre d'être avec nous en direct ce matin dans Europe 1 Matin Week-end. La colère des agriculteurs ne faiblit pas, il y a encore des blocages en cours dans le pays, en cause notamment la stratégie sanitaire du gouvernement face à l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse qui touche les bovins. Un seul cas détecté et c'est tout le troupeau qui doit être euthanasié. N'y avait-il pas Annie Gennevard un autre chemin possible, moins radical, isoler par exemple l'animal contaminé plutôt que d'abattre systématiquement un troupeau entier et ajuster peut-être aussi au niveau de la vaccination ?
Bien, tout d'abord cette colère elle est l'expression d'une angoisse. Les éleveurs sont des gens qui ont avec leur cheptel un lien très particulier, je les connais bien. Je viens d'une région d'élevage et ce que je veux dire c'est que je comprends cette angoisse et je veux leur exprimer ma solidarité, ma compassion parce que la perspective de perdre ses bêtes c'est un arrachement, c'est une douleur pour l'éleveur et aussi pour sa famille, pour la communauté villageoise. Donc cette colère je la vois s'exprimer, elle est vraiment la traduction d'une grande angoisse. Alors nous sommes à un moment qui est très important, c'est celui où nous allons déclencher la vaccination en Occitanie.
Nous avons donc autour des cas foyers déterminé des zones réglementées. Nous avons décidé de faire une deuxième barrière sanitaire, un cordon sanitaire à la fois pour protéger le reste des élevages sur le territoire national et puis à l'intérieur de cette zone réglementée et vaccinale, on va généraliser la vaccination. C'est un défi que nous allons relever avec les éleveurs, pour vacciner dans les temps les plus rapides possibles un million de bêtes parce que c'est le chemin pour lutter contre la maladie. Et c'est très important cette vaccination.
Je vais demain, comme je l'ai fait d'ailleurs en Savoie, en Haute-Savoie, dans le Jura, je vais assister au début de la vaccination sur ce territoire, je vais m'y rendre parce que c'est un chemin d'espoir pour empêcher l'abattage des troupeaux. Eh bien, il faut éviter l'infection et pour éviter l'infection, eh bien, il faut vacciner sur le territoire où le virus circule. Et sur la vaccination ? Cette maladie redoutable.
Et sur la vaccination, Madame la Ministre, certains disent qu'ils réclamaient le vaccin depuis déjà cet été, depuis juin. Vous ont-ils vraiment alerté ? Et si oui, pourquoi alors rien n'a été fait à ce moment-là ?
Alors, depuis le mois de juin, la maladie est apparue, nous ne la connaissions pas, elle est apparue le 29 juin, en Savoie et en Haute-Savoie. Et tout notre effort s'est concentré sur la lutte contre le virus, parce que l'ennemi, c'est le virus, il ne faut pas l'oublier. On a 125 000 éleveurs en France, on a 16 millions de bovins. Donc, ce qui est apparu dans les Alpes a nécessité une mobilisation sans précédent, et on l'a vaincue, la maladie. On l'a vaincue dans les 76 foyers où elle est apparue. Nous l'avons vaincue et aujourd'hui, la vie a repris son cours normal dans ses élevages. Donc, le principe de la vaccination, c'est d'aller là en priorité où le virus sévit.
Et c'est ce que nous avons fait dans les Savoies, dans le Rhône, dans le Jura, et ça marche. Donc, la question que vous me posez, c'est la vaccination préventive. Cette question, elle est légitime.
C'est ce qu'ils disent, les agriculteurs. Ils disent, on a prévenu, on a prévenu.
Mais on a prévenu, oui. On a prévenu qu'on craignait la maladie. Mais la question que vous posez et que posent les éleveurs, c'est pourquoi n'a-t-on pas généralisé la vaccination préventive ? Donc, ce sujet, d'abord, 16 millions de bovins, vous voyez que ce n'est pas une petite affaire. On va déjà vacciner un million de bêtes en Occitanie et dans la barrière, dans le cordon sanitaire. C'est un défi énorme. Mais généraliser la vaccination, c'est une question qui est posée à l'ensemble de la profession et des scientifiques et des vétérinaires.
Avant de répondre à cette question, il faut en envisager toutes les conséquences, les conséquences sanitaires, les conséquences de faisabilité, les conséquences économiques. En responsabilité, il ne faut pas, dans cette affaire, prendre les mauvaises décisions. Donc, il faut avoir du sang-froid. On a un protocole qui a très bien fonctionné. Ça marche. Et je veux rassurer les éleveurs qui nous écoutent et rassurer la population. Non, le virus n'est pas aux portes de chaque élevage. Les choses sont et resteront sous contrôle si les choses sont bien faites.
Mais nous avons assez de vaccins. Pardon ? Nous avons assez de vaccins à l'heure actuelle pour vacciner le million de bovins dont vous nous parlez.
Oui, oui, nous aurons assez de vaccins. Nous avons toujours un stock d'avance. J'en ai recommandé immédiatement dès que la maladie est apparue dans un élevage d'Occitanie. Et nous aurons de quoi vacciner le million de bovins. Et je pense que c'est un chemin d'espoir pour les éleveurs parce que les colères qui s'expriment, d'abord, elles s'expriment dans ce contexte si particulier de l'émergence de cette maladie redoutable, redoutablement contagieuse. Mais elles traduient aussi un mal-être plus profond dont je suis bien consciente parce que, vous savez, je suis sur le terrain aux côtés des agriculteurs chaque semaine depuis que je suis à la tête de ce ministère.
Chaque semaine, je suis sur le terrain et je vois bien que c'est difficile pour eux.
Surtout d'ailleurs, Madame la Ministre, je voulais vous faire réagir justement sur ce point puisque hier, Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro, nous indiquait qu'en France, un suicide d'agriculteurs a lieu tous les deux jours. Un paysan a sept fois plus de risque de se suicider que n'importe quel autre Français. C'est vrai qu'il y a une détresse très importante chez nos paysans.
Ça, c'est un drame absolu et il doit interroger la société tout entière. Ce que je ne supporte pas, c'est que l'on mette en cause les agriculteurs dans leur pratique professionnelle. Aucune profession n'est aussi sous surveillance que celle-ci. Chaque citoyen a son mot à dire sur la façon de faire. Et le discrédit qui est jeté sur le monde agricole par certains est criminel parce qu'il faut respecter. Ce sont des gens qui travaillent beaucoup, qui souvent gagnent peu et qui remplissent pourtant une fonction essentielle qui est celle de nous nourrir. Ils méritent notre respect.
Et justement, Madame la Ministre, le gouvernement n'y est-il pas allé un peu fort avec les forces de l'ordre ? N'ont-elles pas eu des consignes trop dures envers ces personnes qui sont en train de perdre leur bête et qui vivent justement une épidémie épouvantable et leur envoyer des cartes de CRS comme s'ils étaient de vulgaires casseurs ? Est-ce que ce n'était pas un peu trop ?
Moi, j'ai souffert de voir ces images. J'ai souffert de voir ces images de forces de sécurité obligées d'intervenir parce que ce qu'il faut que vos auditeurs comprennent bien, c'est qu'il y a eu un rassemblement pacifique de gens qui voulaient témoigner leur solidarité à l'égard de cet éleveur dont le cheptel était touché par la maladie. Et l'expression de cette solidarité, elle est respectable. Seulement, dans l'après-midi, ce sont les casseurs. C'est l'ultra-gauche qui est arrivé. Ils sont arrivés avec des armes de guerre. Et ils ne voulaient qu'une chose, c'était l'affrontement avec les policiers et les gendarmes. Et ce sont ces images que l'on a vues,
que l'on voit toujours. C'est comme ça que vous expliquez ce renforcement, ce renfort majeur des forces de l'ordre face à cet extra-midi.
Mais bien sûr, ils sont arrivés en masse avec l'objectif d'affronter et d'avoir ces images qui ont ensuite tourné en boucle. Mais les gendarmes ne sont pas contre les agriculteurs, contre les paysans. Mais la situation a dégénéré en raison de ces casseurs, de ceux qui profitent du malheur.
Vous avez pu les repérer, les interpeller ? Ces personnes d'extrême-gauche en question qui voulaient en découvrir ?
Il y en a eu une interpellation, mais vous connaissez la façon dont ils procèdent. On les voit partout. On les a vus à Notre-Dame-des-Landes. On les a vus sur ce qu'on a appelé à Sainte-Solines. Ils veulent profiter d'une situation de détresse pour imposer le chaos. Voilà. Donc moi, j'ai déploré ces images. Et j'ai déploré cette situation qui a été vécue très douloureusement, non seulement par les agriculteurs, mais aussi par la population. Et je voudrais dire que maintenant, il faut revenir à la raison et au calme et envisager le seul objectif qui vaille aujourd'hui, c'est de lutter contre la propagation de cette maladie. On sait faire, on peut le faire.
Il faut simplement que, collectivement, on mobilise nos forces pour éviter qu'il y ait des situations douloureuses que les agriculteurs ont affrontées et affronteront avec le courage qu'on leur connaît.
Et les agriculteurs, Madame la Ministre, ils veulent rester aussi sur le terrain. Ils veulent occuper certaines routes, certains ronds-points parce qu'il y a aussi cette semaine, il faut le dire, l'accord potentiel du Mercosur entre l'Union Européenne et le Mercosur. Ils n'en veulent pas nos agriculteurs de cet accord. Qu'est-ce que vous pouvez les rassurer ce matin sur Europe 1 à quelques jours d'un vote probable ? Ce sera entre mercredi et vendredi cette semaine.
Écoutez, je ne sais pas si le vote aura véritablement lieu cette semaine. J'espère que non parce que les exigences que pose la France sont loin d'être acceptées. Un accord qui expose nos agriculteurs n'est pas possible. Et nous l'avons dit, le Premier ministre l'a dit, le Président de la République l'a dit à Toulouse il y a moins d'un mois, le projet d'accord avec les pays du Mercosur tel qu'il a été signé il y a un an, c'est non. Parce que, et je vous rejoins, c'est la semaine difficile sur le plan international. On a beaucoup de sujets aujourd'hui, l'actualité agricole elle est aussi nationale.
Mais mon enjeu là, aujourd'hui, c'est de lancer dès demain en Occitanie où je me rendrai, de lancer la vaccination parce que ce temps de lancement de la vaccination, ça doit être le signal d'un espoir qui peut revenir.
Donc vous allez aller sur le terrain d'un mot Madame la Ministre et on doit conclure. Est-ce qu'il y aura des bovins au Salon de l'Agriculture en février à Paris avec cette vaccination massive dont vous nous parlez ? D'un mot.
Je l'espère de tout cœur parce que les Français aiment voir au Salon de l'Agriculture les bêtes magnifiques que les éleveurs ont préparées pour ce grand moment de célébration de l'Agriculture et je le souhaite de tout cœur et c'est possible si nous arrivons collectivement à éradiquer la maladie comme nous l'avons fait sur le reste du territoire national. Vous savez, c'est possible, c'est possible et c'est ce chemin-là qu'il nous faut ensemble emprunter.
Merci beaucoup Annie Gennevard d'avoir été avec nous en direct ce matin dans Europe 1 matin week-end. Votre parole était attendue, elle compte. Je rappelle donc que vous êtes la ministre de l'Agriculture.
Annie Genevard