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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 29 septembre 2025 23 min

Éric Coquerel : « Pour le bien du pays, il faut remettre en question le mandat présidentiel »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Éric Coquerel, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Députée de la France Insoumise de la Seine-Saint-Denis, vous présidez la commission des finances de l'Assemblée nationale. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane Vernet de Ouest-France. Bonjour Stéphane.

0:26
Invité

Bonjour Ariane, Éric Coquerel, bonjour.

0:29
Présentateur

Hors de question de préparer un budget d'austérité et de régression sociale, c'est ce que dit ce week-end dans le journal Le Parisien Sébastien Lecornu. Est-ce que du coup, vous attendez de voir le contenu du budget avant de déposer une motion de censure ?

0:39
Éric Coquerel

J'ai lu sur un interview dans Le Parisien, il y a les mots et puis il y a les faits. Bon, et les faits, c'est un budget qui manifestement va s'inscrire dans les traces de celui de M. Béroud et de ses prédécesseurs.

0:50
Présentateur

Donc vous ne le croyez pas quand il dit qu'il repart d'une feuille blanche ?

0:52
Éric Coquerel

Non, non, je n'y crois pas. Je ne crois pas parce que sinon je ne vois pas très bien comment il peut… A priori, les informations qu'on a, c'est un budget qui serait transmis à l'Assemblée le 13 octobre, d'accord ? En jouant au maximum sur la durée des 70 jours possibles pour discuter d'un budget. Voilà, il n'y aurait plus de marge, aucun délai en fait. Non, il n'y a plus de délai. Donc je ne pense pas qu'il va repartir à une feuille blanche. Mais de toute façon, je lis l'interview du Parisien. L'interview du Parisien, qu'est-ce qu'il dit ? Il dit qu'il prévoit une cible qui est 4,7% de déficit, soit 0,1% de plus.

Pour les gens qui nous entendent, 0,1%, c'est 3 milliards de plus que celui de M. Béroud.

1:29
Présentateur

C'est le prix de la suppression de la suppression des jours ferrés.

1:31
Éric Coquerel

Voilà, c'est ça. C'est exactement ça. Donc ça veut dire, il dit qu'il va surtout s'affecter aux dépenses publiques. Il explique qu'il ne compte pas mettre en place une taxe significative sur les hauts revenus ou les hauts patrimoines ou les multinationales. Il explique qu'en gros, alors il ne parle pas d'année blanche, mais enfin on sent bien que ça, ça ne va pas être en mesure. Donc c'est le même budget. Ça va être globalement le budget. En tout cas, c'est le même principe. Ce principe, c'est lequel ? C'est celui qui sévit depuis 2017, depuis que M.

Macron a été élu, qui consiste à dire, on fait des cadeaux fiscaux ou des aides aux entreprises sans conditions qui vont favoriser le capital, en espérant que ça crée de l'emploi, de l'investissement. Ça n'a pas créé ni investissement des emplois. Les chiffres sont, de ce point de vue-là, assez terribles d'un point de vue économique. Et par contre, comme il faut réduire les déficits, on baisse les dépenses publiques, on s'attaque aux prestations sociales, etc. C'est la même politique qui va mettre en place. Il n'y a que les naïfs ou ceux qui veulent être naïfs qui peuvent penser qu'il va changer de politique.

2:30
Invité

– Alors manifestement, il n'a aucune intention de revenir sur la réforme borne des retraites de 2023 non plus. – Évident. – Il ne cède rien, il ne concède rien à la gauche. Ça veut dire que la motion de censure que vous déposerez dès la reprise des travaux parlementaires sera votée par l'ensemble de la gauche, Parti Socialiste compris ?

2:48
Éric Coquerel

– Écoutez, on leur propose même de la signer avec nous, donc on va voir. Nous, ce qu'on propose, pour être clair, c'est ce qu'on a toujours dit, c'est que si le gouvernement n'engage pas la confiance, qui théoriquement est le cas dans toutes les démocraties du monde, auxquelles M. Bérou a renoué… – Il a fait beaucoup de retard quand même. – Oui, peut-être, mais pour moi il l'a fait. – La dernière fois, ce n'était pas clair. – Parce que là, ça faisait plusieurs premiers ministres qui ne l'avaient pas fait. – Et ce n'est pas obligatoire de fait. – Non, ce n'est peut-être pas obligatoire, mais c'est normal quand vous voulez gouverner de vérifier si vous avez une majorité.

Le problème qu'on a actuellement, c'est qu'il n'y a pas de majorité, que M. Macron impose des gouvernements minoritaires et une politique minoritaire. Donc, s'il n'engage pas le vote de confiance, à ce moment-là, il y aura la motion de censure qui sera déposée, soumise au vote, et j'espère effectivement que toute la gauche le signera, toute la gauche le votera, et que toutes les oppositions le voteront, parce qu'il faut revenir au plus vite aux urnes dans ce pays.

3:38
Invité

– Alors, on va parler du cas du Rassemblement national après, mais juste une précision. Ça veut dire que vous êtes encore en pourparlers avec le Parti socialiste autour de cette motion de censure, puisque vous leur proposez de la signer. Est-ce que vous dialoguez avec eux ? Est-ce qu'ils vous répondent ?

3:48
Éric Coquerel

– On dialogue avec eux, notamment, on en reparlera après, je le sais, mais pour les questions de bureaux de l'Assemblée et autres. À l'Assemblée, on discute. Ce n'est pas les mêmes dialogues qu'ont du NFP, je ne vais pas vous le cacher, il n'y a pas de réunion d'intergroupe chaque semaine. Mais on leur a en tout cas proposé, comme aux écologistes, comme aux communistes, de signer cette motion de censure, on va bien voir ce qu'ils font. J'ai cru comprendre qu'ils veulent continuer à peut-être laisser penser qu'il y a des marges de négociation, et ça reflète sûrement des problématiques internes au Parti socialiste.

4:21
Présentateur

– Donc c'est eux les naïfs dont vous parliez tout à l'heure ?

4:23
Éric Coquerel

– Naïfs, oui, ils veulent jouer aux naïfs. – Oui, parce qu'ils ont permis aux macronistes de poursuivre sa route en ne censurant pas M. Bérou en février dernier, pour des clopinettes. C'est évident que le conclave n'allait pas entraîner ni suspension, ni abrogation de la réforme des retraites, et pour quelques milliers de postes d'enseignement où il était promis qu'il n'allait pas être supprimé, je rappelle que depuis, il y a eu 15 milliards de gels ou d'annulations de crédits, en plus de ceux qui avaient été votés par M. Bérou. Donc à mon avis, tout ça était vraiment une façon de ne surtout pas le censurer. Bon, il y a eu cette leçon, j'espère qu'ils vont maintenant comprendre.

Il faut bien comprendre une chose. Si M. Macron n'a pas appelé la gauche à gouverner, n'a pas appelé le nouveau front populaire à gouverner en juillet dernier, moi je ne crois pas que ce soit un problème d'égo, je ne sais quoi, d'un président de la République qui n'accepterait pas d'être battu. C'est pour continuer à poser sa politique économique d'offre, de compétitivité, qui fait mal à la France. Et moi, à mon sens, si M. Lecornu est nommé, c'est pour essayer de passer cette même politique en évitant la censure. C'est son rôle.

5:38
Invité

– Il a dit à plusieurs reprises qu'il était loyal au président de la République, mais que ça lui permettait d'être libre, peut-être plus libre, qu'il y ait dans d'autres configurations. En fait, dans l'évolution des choses, aujourd'hui, pour vous, c'est un habillage, donc ça veut dire qu'il n'est pas libre. Tout est à la main de l'Élysée du président de la République, notamment sur les questions de l'Élysée. – Ah oui, je pense.

5:57
Présentateur

– Alors, vous vous dites que ce sera le budget Bayrou, mais hier, Sébastien Lecornu, il parle d'une hausse de 6 milliards des moyens consacrés aux retraites, de 5 milliards des moyens consacrés à la santé. Ça ne vous satisfait pas, ça ?

6:07
Éric Coquerel

– Non, les 5 milliards, si vous regardez bien, en réalité, c'est exactement les 7 milliards d'économies annoncées par M. Bayrou sur la santé, parce que M. Bayrou avait prévu de ne pas augmenter les budgets de santé à la hauteur des hausses tendancielles nécessaires par rapport à l'augmentation de la population. Et donc, ça faisait une baisse pareille, que c'était 7 milliards d'économies de M. Bayrou, ça revenait, puisque théoriquement, il faudrait l'augmenter de 4% pour correspondre aux besoins, ça ferait 12 milliards. Donc, 12 milliards moins 6, ça fait 6 milliards. On est à peu près sur les mêmes économies que M. Bayrou dit autrement.

Alors, vous avez raison de pointer cette question, parce que j'ai cru comprendre que M. Lecornu va utiliser une autre méthode de calcul et de présentation de son budget que M. Bayrou. Et les détails sont importants. C'est-à-dire que M. Bayrou, après M. Barnier, avait innové quelque part, et avait, un peu pour gonfler les baisses de dépenses publiques, je pense notamment vis-à-vis de Bruxelles, avait fait ça par rapport à ce qu'on appelle le tendanciel. Moi, je pense que c'est juste.

C'est-à-dire que vous dites, voilà, on a un budget qui est voté à telle année, un an après, voilà le budget qui serait nécessaire pour répondre aux mêmes besoins, pour ne pas, et en tant qu'entre de l'inflation, c'est ce qu'on appelle le tendanciel. C'était nouveau parce que précédemment, on comparait juste le budget d'une année N-1 au budget voté, et on disait, voilà, il y a plus ou moins de budget en compte de l'inflation. Apparemment, M. Lecornu va revenir à ça. S'il revient à ça, vous allez voir qu'il va pouvoir annoncer un budget où il y aura peut-être une dizaine de milliards d'euros qui apparaîtraient en moins que M. de Bayrou, mais ça sera exactement la même chose.

C'est-à-dire que c'est juste la méthode de calcul qui change, donc l'austérité sera la même. Voilà, ça me permet de pointer cette petite attention sur ce que j'ai cru lire de ce que veut faire M. Lecornu.

7:55
Présentateur

Mais du point de vue économique, est-ce qu'il ne vaut mieux pas un budget imparfait que pas de budget du tout à la fin décembre ?

8:01
Éric Coquerel

Non, non, non. Non, parce qu'y compris, le budget qui nous est proposé va être pire que la loi spéciale. Celle est la loi spéciale, alors, c'est vous remettez le budget de l'année précédente. Alors, vous avez différentes manières de le faire. Il y a celle qui a été faite l'an dernier, que j'ai contestée, c'est-à-dire une manière de chantage, de pression, de dire on va remettre vraiment que ce qui est nécessaire, donc pas d'argent pour les associations, pas d'argent pour les emplois aidés, pas d'argent pour les agriculteurs, et c'est la faute de l'opposition si ces gens-là n'ont pas d'argent. Mais ça, c'est une façon de voir. Ils pouvaient très bien remettre tout le budget.

Et s'ils remettent tout le budget, figurez-vous, il n'y aura pas une très grosse différence, sauf pour la défense, j'en conviens, il n'y aura pas une très grosse différence avec le budget qu'on nous propose. Donc moi, je le dis, parce que c'est une des questions qu'on nous pose, je pense qu'il faut un retour au peuple. Vous le savez, nous, on souhaite une élection présidentielle parce que le problème part de l'Élysée, et dans la Ve République, on cite tout procède de là. Mais je pense que ce retour au peuple est nécessaire parce qu'on ne peut pas continuer un an de plus à avoir des gouvernements minoritaires qui essayent d'imposer une politique minoritaire qui est en plus mauvaise.

Alors on nous dit, oui, mais dans ce cas, il n'y aura pas de budget. Eh bien, il y aura un budget spécial à la fin de l'année qui remettra en route le budget de l'année précédente, et puis au bout de quelques mois, on discutera budget à l'Assemblée. Voilà. Je dis ça pour assurer les Français sur cette situation.

9:18
Présentateur

– Qu'est-ce qui vous garantit qu'une dissolution emboutira sur un gouvernement majoritaire ?

9:22
Éric Coquerel

– Qu'est-ce qui me… excusez-moi ?

9:23
Présentateur

– Qu'est-ce qui vous garantit que s'il y a dissolution, il y aura une majorité absolue à l'Assemblée nationale ?

9:27
Éric Coquerel

– On verra, mais enfin, en tout cas, c'est bien pour ça que je préfère une élection présidentielle. – Une démission plutôt qu'une démission. – Parce que je préfère une élection présidentielle, pas seulement parce que je ne sais pas s'il y aurait une majorité, mais surtout parce que M. Macron, la dernière fois, le fait qu'il y ait une coalition qui a gagné, c'est-à-dire le NFP, manifestement, c'est quelque chose qui lui a échappé. Donc, il a redonné le pouvoir aux mêmes qui, aujourd'hui, nous disent « Ah ben oui, la seule politique possible, c'est la nôtre, celle qui a été battue par les Français ». Ça, dans n'importe quelle démocratie, ça n'existe pas. Ça existe dans la cinquième république.

9:54
Présentateur

– En disant que la coalition majoritaire à l'Assemblée, c'était celle LR plus le socle commun, c'est pour ça qu'elle est bonne privée, présidente.

10:01
Éric Coquerel

– La preuve que non. – C'était ça à l'époque. – La preuve que non, parce que tous les textes passent par 49-3. S'ils étaient majoritaires, ils feraient un vote de confiance. Ils ne font pas de vote de confiance, c'est qu'ils n'ont pas la majorité. Donc, même avec LR ajouté au socle macroniste, ça ne fait pas le compte. Donc, ils sont minoritaires. Je pense donc, du coup, que la seule façon, parce que moi, je pense que dans la démocratie, la seule façon de sortir de manière pacifique d'un problème de ce type, c'est les urnes. Je n'en connais pas d'autres. Et je pense que le président de la République serait bien inspiré de remettre en question son mandat.

10:33
Invité

– Ça veut dire que pour vous, il n'y a aucune chance que le budget de l'année puisse être adopté sans passer par un 49-3 ? – Un 49-3, c'est sûr. – C'est sûr qu'il y aura un 49-3. Parce que le Premier ministre dit, changement de méthode, on va laisser le débat parlementaire aller, etc. – Oui, il a dit qu'il n'esprit pas. – Et que donc, le Parlement pourrait transformer, amender…

10:50
Présentateur

– Oui, mais il dit quand même qu'il est sous la tutelle du Parlement. Est-ce que vous êtes censé faire ça ?

10:54
Invité

– Oui, bien sûr.

10:54
Éric Coquerel

– Donc ça, c'est pareil, c'est de l'habillage ? – Oui, ils nous ont fait tous le même coup. – Excusez-moi, mais je commence à avoir l'habitude. On nous fait tous le même coup. On nous annonce des taxes sur quand même les ultra-riches. À l'arrivée, il n'y a quasiment rien, enfin en tout cas rien, qui équivaut aux 60 milliards qui ont été perdus par l'État depuis 2017. C'est 3% de PIB. Au mieux, on nous propose 0,1, 0,2% de PIB en allant taxer de manière homéopathique les ultra-riches et qui expliquent les déficits et qui expliquent surtout pourquoi on n'a pas d'argent, par exemple, pour investir sur la bifurcation écologique. Donc moi, je n'y crois pas.

Je pense que leur objectif, il faut bien comprendre, c'est que Emmanuel Macron, s'il passe ce budget, il est tranquille jusqu'en 2027. C'est le dernier blocage politique qu'il a passé.

11:39
Invité

– Mais à vous entendre, il ne le passera pas.

11:41
Éric Coquerel

S'il y a 49-3, il y aura motion de censure. – Donc il va tenter le 49-3, je suis à peu près persuadé. Et à partir de là, il va espérer qu'un groupe d'opposition ne vote pas la censure. – Bon, là, vous pensez au Rassemblement National, c'est ça ? – Je pense qu'on va se dire les choses. – Ça peut être le Parti Socialiste, il y a des discussions. Personnellement, alors là, si le Parti Socialiste, une deuxième fois, sauvait le macronisme, ça serait, à mon avis, je pense qu'il en aurait les conséquences dans les urnes quelques mois après.

12:08
Présentateur

– Ça veut dire quoi, juste les conséquences ? C'est rupture totale avec la France en Sud ?

12:11
Éric Coquerel

– Oui, bien sûr. Il y a déjà une rupture parce qu'ils n'ont pas voté la censure. Alors là, si le Parti Socialiste, une deuxième fois, sauvait le macronisme, faisait le malheur du pays, inutile de vous dire que c'est des choses dont nous tirions définitivement les conséquences.

12:23
Présentateur

– Donc là, il n'y a plus de NFP du tout.

12:24
Éric Coquerel

– On a dit qu'on était pour une offre fédérative, à la fois pour ceux qui étaient fidèles au programme et ceux qui censuraient. Si le Parti Socialiste, une deuxième fois, permettait à M. Macron de poursuivre sa route jusqu'en 2027, vous voyez bien le problème. – Mais par contre, vous avez un doute sur le Rassemblement National ? – Oui, j'ai un doute parce que j'ai toujours pensé que M. Lecornu avait été nommé pour essayer d'éviter la censure, surtout en comptant sur le Rassemblement National, avec deux axes. Le premier, c'est qu'en jouant un peu sur la dramatisation du contexte extérieur, de la Russie, de la menace russe, etc.

Et vous savez qu'il était ministre de la Défense et au nom peut-être d'un projet de loi de finances pour la Défense, il peut peut-être jouer en disant, bon, vous voyez bien qu'il y a une responsabilité nationale, je pense que ce discours, on ne l'a pas encore beaucoup entendu, mais à mon avis, on va l'entendre. Et puis deuxième chose, j'ai entendu que pour le Rassemblement National, le problème numéro un est l'immigration. Alors en termes de budget, ça va être complètement faux, mais bon, c'est leur manière de ne pas remettre en question, notamment la question des inégalités en ce pays.

Donc on tape sur l'immigration au lieu de taper sur les ultra-riches, c'est leur choix, ça a toujours été à ça que sert l'extrême droite. Et de ce point de vue-là, j'ai entendu que dans l'interview du Parisien, M. Lecornu envisage de réformer la ME, par exemple. Donc je pense qu'il va mettre la pression de ce côté-là pour essayer d'éviter la censure. Ça sera la responsabilité du Rassemblement National de savoir si lui ou non, lui aussi, veut permettre aux macronistes de se perpétuer. Je ne sais pas si c'est les électeurs à pression.

13:55
Présentateur

– Un dernier mot là-dessus, est-ce qu'en tant que président de la Commission des Finances, vous avez un rendez-vous prévu avec Sébastien Lecornu sur le budget ?

14:00
Éric Coquerel

Non, non, par contre, s'il m'invite ou si Bercy m'invite en tant que président de la Commission des Finances, j'irai parce qu'il y a ce que je dis en tant que député et puis il y a mon rôle en tant que président de la Commission des Finances qui est d'organiser le débat, la discussion, etc. Et bien évidemment, j'irai.

14:13
Présentateur

– On parle de la mobilisation de judicieux.

14:15
Invité

– Il y a aussi l'intersyndicale qui poursuit son action. Elle a donc la mobilisation du 2 octobre. Qu'est-ce qu'elle peut changer, cette mobilisation ? Alors à quelles conditions les choses peuvent changer grâce à la mobilisation du 2 octobre ?

14:25
Éric Coquerel

– Ah non, à mon avis, elle ne peut rien changer sur le budget, je n'y crois pas. D'ailleurs, manifestement, les syndicats ont trouvé une porte tout aussi close que l'interview du Parisien vis-à-vis… – C'est pour ça qu'ils appellent à continuer ? – Voilà, non, ça peut changer parce que ça peut faire pression pour que ça aille vers la censure, ça c'est clair. C'est-à-dire que ça peut faire pression pour que, notamment les oppositions, assument leurs responsabilités. Et j'espère même, parce qu'encore une fois, je pense que c'est ça qui devrait être mis en jeu, ça peut faire pression aussi sur Emmanuel Macron.

À un moment donné, si Emmanuel Macron se révèle être ce qu'il est dans les faits, c'est-à-dire l'homme du chaos, l'homme du blocage, l'homme, je veux dire, de l'instabilité, qui sont les vraies raisons, par exemple, pour lesquelles, à un moment donné, on a la note de la France qui est dégradée, peut-être qu'un peu de toute part, on pense, on estimera qu'il est nécessaire qu'il démissionne. Mais vous savez que nous, on va tenter aussi une motion de destitution, ça peut aussi participer, j'allais dire, à ce climat et à cette… – Vous participez, mais là, vous êtes plus dans le symbolique, ça a très très peu de choses à aboutir.

– D'accord, mais si la motion de destitution arrive jusqu'à l'Assemblée comme on le souhaite, vous voyez bien qu'il va y avoir un cran de… – Ce n'était pas le cas la dernière fois. – Ce n'était pas le cas la dernière fois, notamment parce que le Rassemblement National, en conférence des présidents, n'a pas voté ce passage à l'Assemblée. Mais si c'est le cas, vous voyez bien que ça va créer une atmosphère, ça va créer une pression, et je crois que pour le bien du pays, moi, j'en appelle à lui, je veux dire, pour le bien du pays, je pense qu'il serait bien qu'il remette en question le mandat présidentiel, parce que ça serait une manière de repartir sur des bases au moins démocratiques.

Les Français feront leur choix, nous, c'est ce que nous demandons.

15:58
Présentateur

– Un mot sur Nicolas Sarkozy.

15:59
Invité

– Peut-être juste, dans l'atmosphère, il y a aussi la manifestation, la grande mobilisation des patrons, le 13 octobre, est-ce que ça, ça participe d'une ambiance générale, d'une pression générale ?

16:10
Éric Coquerel

– La grande mobilisation des patrons, on va voir qu'ils se déplacent, parce que le MEDEF ne représente pas tous les patrons, je rappelle, dans notre société, il y a plein d'artisans et autres qui sont représentés par d'autres organisations qui n'appellent pas. Moi, je l'ai dit l'autre fois, s'ils se déplacent tous ceux qui seraient, par exemple, concernés par la taxe du Kman, ça va faire quelques centaines de personnes, parce qu'en réalité, la plupart des patrons de ce pays ne sont pas concernés par les taxes sur les ultra-riches.

Donc, je les appelle, ces patrons-là, de PME, TPE, à bien réfléchir, ils ne sont peut-être pas du côté de l'Amarcad où ils imaginent, ils ne sont peut-être pas du côté du capitalisme financiarisé, parce que très souvent, ils en sont aussi les victimes.

16:47
Invité

Mais on verra bien ce que fait le MEDEF, c'est son droit, en tout cas. – Sur un autre sujet, sur la condamnation de Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison ferme, avec exécution provisoire, comment est-ce que vous lisez cette décision qui a fait beaucoup, beaucoup réagir ?

17:01
Éric Coquerel

– Sur le jugement lui-même, je n'ai pas très envie de le commenter, parce qu'après, on voit bien que si on le commande d'une manière ou d'une autre, notamment pour M. Sarkozy, ça permet de dire, vous voyez, c'était mes adversaires politiques qui souhaitaient ça. – Ce qui est beaucoup commenté, c'est l'exécution provisoire. – Oui, alors, j'observe quand même qu'il y a un dossier sérieux, que les faits sont d'une extrême gravité, et que c'est… Moi, je trouve que les accusations sur les juges, sur la justice, là, en l'espèce, vu la gravité du dossier, sont déplacées.

Après, sur l'exécution provisoire, j'allais dire que tous ceux qui ont voté des aggravations de peine, des aggravations où on emprisonne pour un oui, pour un non, le fait que, par exemple, on passe désormais de deux à un an le fait d'avoir droit à des peines de substitution, tous ces camps-là, qui sont souvent dans le camp de M. Sarkozy, eh bien, se regardent dans la glace, parce que, quelque part, c'est l'arroseur arrosé. Voilà. Personne, par contre, ne réagit quand un manifestant sans preuve prend quatre mois fermes avec, lui, mandat de dépôt immédiat après le 18 septembre. Là, je n'ai pas entendu les mêmes médias dire que c'est une justice expéditive. Ça, ça ne leur pose pas de problème.

Donc, on ne peut pas avoir deux points, deux mesures.

18:12
Présentateur

Le nom de Jean-Luc Mélenchon a été sifflé ce week-end à Bram, dans l'Aude, où était réunie une partie de la gauche autour de Carole Delgar. Raphaël Luxemann y avait également l'effort. La rupture est actée ?

18:21
Éric Coquerel

Avec Mme Delgar, oui. Alors là, c'est un bon exemple. Mais qui reflète les discussions internes au PS. Enfin, Mme Delgar, c'est quelqu'un qui s'est exprimé pour l'interdiction des manifestations en faveur des droits des Palestiniens. C'est quelqu'un qui était contre la censure. C'était quelqu'un qui était contre le NFP, c'est-à-dire l'idée que la gauche s'unit sur un programme de rupture. Donc, voilà, l'effi pour elle est un adversaire. On est presque un adversaire plus important que le Rassembleau national, à certains moments, dans ce qu'elle exprime.

Elle fait une réunion, et à cette réunion où le scénario est couru, le public, tout concourt à en faire, j'allais dire, une tribune en faveur de M. Glucksmann, c'est-à-dire d'une gauche d'accommodement.

19:06
Présentateur

– En fait, Glucksmann, c'est la gauche d'accommodement ?

19:07
Éric Coquerel

– Oui, bien sûr, c'est la gauche d'accommodement. C'est dans le droit fil de ce qu'on a vécu pendant des années, qui nous a donné ensuite M. Macron, sur à peu près tous les sujets. Eh bien, et donc, qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, voilà, c'est normal, le public étant ce qu'il était, Jean-Luc Mélenchon se fait siffler. Moi, ce qui m'étonne, c'est qu'est-ce que faisaient des gens qui appellent par ailleurs à l'unité, y compris avec nous, qui se disent fidèles au programme du NFP, comme Marine Tondelier, dans cette salle ? Que fait le Parti communiste social ? Je ne comprends pas.

Eux censurent, eux, a priori, sont quand même fidèles au programme du NFP, et ils viennent dans une salle qui est une salle anti-Mélenchon. Tout ça me laisse un peu dubitatif.

Moi, ce que je regarde, par contre, puisqu'on parle de rapports de force, et que là, on a l'impression isolé, c'est qu'il y a eu une élection hier, je donne juste le résultat, je n'appelle pas pour le deuxième tour, assurez-vous, mais il y a eu une élection partielle hier, dans la cinquième circonscription des Français de l'étranger, où le Parti socialiste et Place publique avaient organisé une division, alors que c'était une circonscription, où si on respectait les accords de 2024, comme nous, on le fait partout, y compris quand ça ne nous plaît pas à Paris, quand il y a une candidate qui tape sur les films, enfin, on respecte, on ne présente personne d'autre que la candidate qui avait été choisie, ou s'accorde à leur politique en 2024.

Notre candidate s'est présentée, soutenue par Europe Écologie, soutenue par Génération, et elle est au deuxième tour, elle est devant le PS, Place publique. La seule chose, c'est que le RN la talonne, alors qu'avant, c'était à plusieurs milliers de voix, mais ça, c'est grâce aux candidatures de division. Donc voilà, la réalité des urnes n'est pas ce qu'en disent les médias aujourd'hui, et je ne crois pas que nous ne soyons isolés.

20:42
Présentateur

Cette semaine seront remis en jeu les postes à l'Assemblée, le bureau, les présidents de commissions. Il y a un débat sur le fait de savoir si le RN doit être au bureau ou pas. Est-ce que ce n'est pas démocratique que le premier groupe en nombre de députés à l'Assemblée nationale soit représenté au bureau ?

20:56
Éric Coquerel

Non, ce n'est pas obligatoire. Ce qui est démocratique, c'est que tous les députés du RN aient le droit d'exercer leur mandat de manière absolue. Et moi, j'y veille à ma commission des finances, c'est-à-dire droit d'amendement, droit d'expression, enfin, ils prennent toute leur place. Ça, c'est démocratique. Mais le bureau, c'est un peu l'exécutif de l'Assemblée. Or, je rappelle qu'il y a un an, même si maintenant, ça paraît loin, mais y compris du côté du camp macroniste, on a choisi. On n'était pas sur le nini. On était sur un front républicain vis-à-vis du RN.

Ce qui dit « front républicain vis-à-vis du RN » fait que vous cherchez à faire en sorte qu'ils aient le moins de députés possible. Et dans ce cas-là, je trouve que la traduction… La traduction, c'est le fait que l'exécutif de l'Assemblée, qui est un peu le gouvernement de l'Assemblée, puisse se faire sur le RN. Ce n'est pas scandaleux en soi. C'est un choix politique. Même s'ils n'ont plus de 120 députés. Ce n'est pas qu'on s'entende. Ce n'est pas la conférence des présidents. Parce que les gens ne vont pas nous comprendre. La conférence des présidents, où moi, j'assise chaque semaine, le RN est là, tous les groupes sont là. Il y a des votes, il y a des décisions qui sont prises.

Là, c'est normal qu'ils soient là. Le bureau, c'est autre chose. De toute façon, j'ai cru comprendre que le socle humain avait fait le choix de les faire entrer. De toute façon, ça va être le cas.

22:13
Présentateur

Est-ce que vous, vous serez encore président de la Commission des finances jeudi soir ?

22:16
Éric Coquerel

Si cette fois, les usages sont respectés, oui.

22:22
Présentateur

Vous avez un doute ?

22:24
Éric Coquerel

La dernière fois, ça ne s'est pas passé comme ça. Pour bien comprendre, obligatoirement, je suis membre de l'opposition. Ça, c'est constitutionnel. Il y avait un usage depuis la création de cette procédure par Nicolas Sarkozy. Il avait fait au moins une chose bien. Qui était de faire en sorte que les membres de la majorité ne votent pas. Ils ne choisissent pas leur opposition. Voilà. La dernière, ils l'ont fait pour essayer de faire passer une députée des Républicains qui, deux semaines après, est devenu membre du gouvernement. Ce qui montre bien le problème. Bon.

Si cette fois-ci, ils reviennent à des usages normaux, c'est-à-dire qu'ils ne prennent pas part au vote, je ne vois pas comment je ne serais pas élu président de la Commission. Vous n'avez aucun doute sur le PS ? Donc, c'est à ça que j'appelle.

23:02
Présentateur

Là, vous n'avez aucun doute sur le PS ?

23:03
Éric Coquerel

Non, a priori, on est tous d'accord à gauche pour qu'on respecte les postes qui étaient les nôtres.

23:10
Présentateur

Et vous appelez le socle commun de ne pas voter ?

23:12
Éric Coquerel

Oui, bien sûr. Moi, j'appelle à ce que les usages soient respectés. Et ça commence par le fait de ne pas voter. Merci, voilà.

23:19
Présentateur

Merci, Éric Coquerel. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.

Éric Coquerel : « Pour le bien du pays, il faut remettre en question le mandat présidentiel » — Éric Coquerel · Pourquijevote