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interviewRadio J — L'interview politique· 29 novembre 2023 13 min

Aurélien Pradié - Le Barbier du matin du 29/11/23

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Bonjour et bienvenue député de l'ère du Lot mais aussi auteur de Tenir bon chez Bouquin qui raconte à la fois votre vie, votre engagement politique et puis les traces, les pistes que vous ouvrez pour la droite. Justement, page 99 dans ce livre, vous racontez votre voyage à Buchenwald et vous racontez comment dans le train vous lisez un livre où il y a des portraits que vous croyez être des portraits de jeunes victimes et vous vous rendez compte que c'est les portraits de jeunes bourreaux.

0:32
Aurélien Pradié

La frontière est mince. Oui, la frontière est extrêmement mince. J'ai écrit ce livre bien avant ce que nous vivons aujourd'hui dans le monde. L'horreur est ordinaire et c'est bien de s'en souvenir. C'est bien de se rappeler que souvent les pires bourreaux ne sont pas ceux que l'on imagine et que peut-être au fond de chacun d'entre nous, ce que je vais dire est affreusement banal, peut se réveiller aussi l'horreur. Les événements que nous connaissons le démontrent. Cette résurgence de l'antisémitisme actuel, quand on revient de Buchenwald, ça prend un sens terrifiant quand même. Oui, ça le prend aujourd'hui. Moi, j'étais très marqué par ce voyage à Buchenwald où je suis allé seul.

Je tenais à y aller. J'ai été frappé de voir à la fois à quel point tout ça me paraissait fragile. L'horreur me paraissait fragile. Le retour aussi. Tout ça a été il y a quelques années. Évidemment, ça me paraissait très éloigné de ce que nous connaissons aujourd'hui. L'antisémitisme, les boucheries humaines auxquelles nous assistons aujourd'hui. Et les derniers événements nous rappaissent là. L'horreur est ordinaire, je le répète. Et il faut que chacun nous l'ayons toujours à l'esprit.

1:33
Présentateur

L'horreur et la violence au quotidien. Page 261, vous dites. La violence se banalise, elle se généralise. Souvent, la foule et l'effet de meute embarquent des individus. Est-ce que c'est ce qu'on a vu à Crépole, cet effet de meute ? Et puis, avec l'ultra-droite qui manifeste un roman quelques jours plus tard.

1:48
Aurélien Pradié

On le voit partout. Je pense que la guerre de civilisation dont nous sommes si nombreux à parler n'est pas tant une guerre de religion, une guerre de culture, qu'une guerre entre ceux qui considèrent la vie humaine et ceux qui ne la considèrent pas. Et l'ultra-violence est une manière de ne plus considérer la vie humaine. Regardez aujourd'hui tous les segments de violence de notre pays. J'ai beaucoup travaillé sur les violences conjugales pendant des années. Il n'y a quasiment plus un féminicide aujourd'hui qui ne soit pas précédé d'actes de torture. Alors, vous me direz, le résultat elle-même, c'est la mort. Mais avant cela, il y a désormais la torture.

Même dans les règlements de compte, il y a des tortures.

2:19
Présentateur

C'est quoi ? C'est un effondrement moral de la conscience humaine ?

2:21
Aurélien Pradié

C'est beaucoup plus que ça. C'est le fait que nos grandes démocraties, aujourd'hui, ne sont plus en mesure de porter un récit. Et le seul récit qui est en train de s'installer dans tous les recoins de nos civilisations, c'est celui de l'ultra-violence. Le véritable drame de tout cela, c'est que pour certains, la vie humaine ne vaut plus rien. Pour celui qui va tuer un gamin, comme ça a été le cas il y a quelques jours, la vie humaine ne vaut plus rien. Pour des terroristes, la vie humaine ne vaut plus rien. Bref, nous sommes en train, dangereusement, de nous habituer à cette ambiance d'ultra-violence.

Et je crains que la vraie guerre de civilisation, elle soit entre ceux qui respectent la vie humaine et ceux qui ne la respectent pas.

2:58
Présentateur

Qu'est-ce qu'il manque ? Une justice plus sévère ? Une école plus efficace ?

3:02
Aurélien Pradié

Il manque une justice plus sévère. Il manque, aujourd'hui, une volonté politique très claire de taper là où ça doit être fait. Je pèse mes mots en le disant aussi fermement. Mais il manque autre chose. Il manque un réarmement moral de nos démocraties. Je vais être très dur dans ce que je vais dire. Mais qu'est-ce que nos démocraties ont encore à raconter ? Quel est le récit d'une démocratie ? Moi, je vois bien quel est le récit des terroristes. C'est un récit épouvantable. Je le comprends, je le mesure, en tout cas, je le perçois. Je vois bien ce qu'ils disent et à quel point ils sont capables d'embarquer les âmes. Qu'est-ce que nos démocraties ont à raconter au monde ?

C'est ça le réarmement. Mais nous avons un défi, Christophe Marbier. C'est que dans notre propre pays, il y a des agents de promotion de cette haine-là, de cette ultra-violence. Jean-Luc Mélenchon en fait partie. Désormais, ce sont même dans les acteurs politiques que l'on trouve les promoteurs de ceux qui ne respectent plus et dénigrent la vie humaine.

3:56
Présentateur

Parce qu'ils veulent une révolution, parce qu'ils veulent un renversement de nos démocraties. Quelque part, leur projet est clair aussi.

4:01
Aurélien Pradié

Oui, leur projet politique est clair. Et après tout, on pourrait le respecter. Mais on ne peut pas accepter que des acteurs politiques soient des promoteurs de ce dénigrement de la vie humaine. Il y a des limites qu'on ne peut pas laisser passer. Et ce relativisme ambiant dans lequel nous sommes installés, il est absolument mortel. Tout ne se vaut pas. Et lorsque Jean-Luc Mélenchon et d'autres ne sont pas capables de dénoncer le terrorisme comme du terrorisme, ils deviennent des complices de ceux qui veulent faire basculer notre société dans le mépris le plus primaire de la vie humaine.

4:34
Présentateur

Pour beaucoup, la solution, c'est la droite dure, voire l'extrême droite, parce que là aussi, il y a un récit clair. C'est l'ordre et la dureté. On le voit en Hongrie, on le voit peut-être demain aux Pays-Bas, on peut le voir en France.

4:44
Aurélien Pradié

Et je comprends qu'y compris certains de nos auditeurs perçoivent aujourd'hui le Rassemblement National comme la seule possibilité de les protéger. Oui, je le comprends. Et si moi-même, j'étais peut-être un Français de confession juive, j'aurais cette réaction. Mais je veux le dire à votre micro avec beaucoup de force. Que chacun soit bien lucide. Le Rassemblement National n'a aucune considération particulière pour la communauté juive. C'est sûrement la haine indifférenciée des autres qui les pousse aujourd'hui à se faire les défenseurs ou les combattants de l'antisémitisme. Mais il faut que chacun soit lucide. Et c'est à la droite républicaine de reprendre ce chemin.

La gauche ne peut pas le faire, elle s'est aujourd'hui totalement corrompue moralement et politiquement avec Jean-Luc Mélenchon. La droite républicaine est la seule qui de même peut protéger tous nos concitoyens. Nos concitoyens de confession juive, comme tous ceux qui croient en d'autres dieux, mais qui aiment la République et qui respectent la vie humaine.

5:41
Présentateur

Vous dénoncez dans votre livre le recours au dolorisme, c'est-à-dire qu'il faut faire souffrir les Français pour réformer le pays. Est-ce que vous l'appliquez aussi à cette cause-là ? C'est-à-dire pour protéger la communauté juive, pour restaurer un peu d'ordre et de sécurité ? Il faut peut-être dire aux Français, vous aurez moins de liberté, on va vous faire souffrir un peu.

5:57
Aurélien Pradié

Oui, c'est d'ailleurs tout le danger, c'est que nous sommes installés dans cette idée selon laquelle il faudrait sacrifier l'essentiel pour être parfois même en sécurité. Mais tout ça, ça nous pousse à sacrifier la démocratie, ça nous pousse à sacrifier la République. Si demain vous enlevez à notre République, à notre démocratie, des pans entiers, y compris d'expression de nos libertés, alors il ne restera plus rien de tout cela et nous aurons ouvert la porte à d'autres régimes, les régimes autocratiques. C'est peut-être pour ça d'ailleurs qu'il y a cette espèce de fascination que je vois, y compris dans notre propre pays, pour les régimes autocratiques.

Une espèce de fascination pour Poutine et pour d'autres, un peu moins maintenant, mais enfin, on l'a eu pendant des années. Parce qu'il y avait cette forme d'autorité qui nous rassurait. C'est carré. Oui, c'est carré. C'est carré peut-être, mais ce n'est pas la démocratie. Et ce n'est pas ce qui a fait notre puissance et notre force. Ce qui a fait notamment que dans notre pays en France, la communauté juive, celles et ceux de nos concitoyens qui étaient de confession juive, ont toujours apporté culturellement, immensément à notre nation.

6:54
Présentateur

Vous le dites dans le livre plusieurs fois, cet attachement à la République. Est-ce qu'hier, vous êtes du côté d'Éric Dupond-Moretti quand il dit que le RN veut dresser une France blanche catholique contre la France des Mouloudes et des Rachides ?

7:07
Aurélien Pradié

Éric Dupond-Moretti est devenu l'idiot utile de Marine Le Pen. Un gamin a été poignardé dans des conditions épouvantables. Vous pensez vraiment que le seul spectacle qu'on doit donner à l'Assemblée nationale, c'est celui d'Éric Dupond-Moretti qui fait le pitre pour servir la soupe à Marine Le Pen, qui est ravi de trouver un prétexte pour faire un événement politique ? Enfin, qu'est-ce que c'est que cette vie politique ? Il y a un événement dramatique. Est-ce qu'on en a tiré des conclusions ? Non, toujours pas. Et alors, on va aller de péripétie en péripétie politicienne ? On va aller d'événement de clash en clash en oubliant l'essentiel ?

Que faisons-nous aujourd'hui pour que nos gamins ne soient pas assassinés dans notre pays ? C'est ça le vrai sujet. Et j'en veux, de ce point de vue, autant à Éric Dupond-Moretti de servir la soupe à Marine Le Pen comme il le fait, qu'à Marine Le Pen de se précipiter dans le moindre petit événement pour essayer de gagner quelques centimètres.

7:51
Présentateur

Mais quand le gouvernement dissout, par exemple, les mouvements d'ultra-droite qui veulent faire justice pour Thomas eux-mêmes, là vous approuvez ?

7:57
Aurélien Pradié

Oui, moi je n'ai pas à choisir mon camp. Enfin, mon seul camp, c'est la République. Et on ne me fera jamais arbitrer entre l'assassinat d'un gamin épouvantable et des milices qui, aujourd'hui, en viendraient à faire la loi dans notre pays. Éric Ciutti a hésité à les condamner. Moi, je n'hésite pas une seule seconde. Sans cela, je perds mes repères républicains. Moi, ce que je veux, c'est qu'il n'y ait ni milices dans notre pays et que pour qu'il n'y ait pas de milices, il y ait la justice partout et que nos enfants soient protégés.

8:22
Présentateur

Cette France de Thomas, c'est celle du Sud-Est, mais c'est la vôtre, le terroir, le rugby qu'on retrouve. Est-ce que vous vous dites qu'il y a une cassure maintenant entre la France de la ruralité, telle que vous la défendez, et puis la France des villes et des quartiers ?

8:32
Aurélien Pradié

Elle existe depuis bien longtemps déjà. Et les fractures sont nombreuses en réalité. C'est celle de sûrement la ruralité et les quartiers, comme vous le dites, mais c'est aussi la ruralité et les beaux quartiers. Vous savez, on a eu des événements, y compris de Mention l'Ordre il y a quelques mois, pas si anciens, où beaucoup de Black Blocs venaient des beaux quartiers parisiens aussi. Moi, je n'ai pas oublié tout cela. Et donc, non, la chose n'est pas si simple. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que notre pays n'a jamais été autant fracturé.

Et que c'est sûrement d'ailleurs ce que et les autocraties du monde, et les mouvements terroristes, et l'islamisme veut aujourd'hui, c'est fracturer nos démocraties pour mieux les atteindre.

9:08
Présentateur

Votre France, elle a un avenir, cette ruralité. Est-ce qu'on n'est pas dans la nostalgie ? Quand on vous suit dans ce livre, avec des feux de cheminée, où vous parlez politique, avec les marchés, où vous rencontrez les gens, c'est le passé ?

9:18
Aurélien Pradié

Non, je ne crois pas que ce soit le passé. Je pense qu'Emmanuel Macron aura été une parenthèse politique. Chacun la jugera, positive ou négative, ou inutile. Mais il a été une parenthèse politique. Cette parenthèse, c'est celle de la relativité. C'est celle où les politiques n'ont plus rien à raconter, où ils n'ont pas vraiment de parcours, où ils sont tous à peu près semblables. En même temps, c'est un nini, vous le dites. Là, en même temps, c'est quelque chose de rassurant. Au fond, on n'a pas besoin de se poser de questions. Il n'y a ni droite ni gauche. Mais quand il n'y a ni droite ni gauche, il y a extrême droite et extrême gauche.

Et quand il n'y a plus de tempérament politique, alors il réémerge brutalement. C'est ce qui se passe avec Mélenchon et avec Le Pen. Dans ce livre, j'essaie de plaider pour le retour du tempérament politique. Je parle de mes faiblesses, de mes forces, d'un parcours qui n'est pas exemplaire, qui est un parcours atypique dans la vie politique. Parce que je pense qu'on ne peut pas apprécier et respecter les politiques si on ne comprend pas d'où ils viennent.

10:04
Présentateur

Vous le dites, page 162, vous assumez votre dureté contre les transfuges de la Macronie, ceux qui ont quitté LR en 2017. Ils ne l'ont pas fait que pour des postes, quand même, d'Armanin, Philippe, Le Maire et les autres. Ils veulent bouger le pays. Est-ce que vous leur reconnaissez cela ?

10:18
Aurélien Pradié

Je ne sais pas. Je le dis comme je le pense. Oui, j'ai un doute. Et à la limite, peu importe. En revanche, ce que je juge, ce sont les conséquences. Il faut mesurer à quel point aujourd'hui, en même temps, a échoué gravement puisqu'il a ouvert la porte à deux autres radicalités qui sont celles de Mélenchon et de Le Pen. C'est ça que je tape durement et que je reproche durement à Emmanuel Macron. C'est d'avoir, en effaçant les clivages, fait réémerger deux autres clivages plus durs. Et puis moi, je crois aux valeurs en politique. Je pense que la fidélité n'est pas une idée ringarde.

Et que quand on est engagé dans une famille politique, si on veut être respecté des Français, il faut lui rester fidèle.

10:53
Présentateur

Comme vous avez refusé de passer dans la majorité de gauche au Conseil Général, vous étiez le seul Conseil Général de droite dans le lot. Un mot sur la loi immigration. Est-ce que vous serez aussi dur que lors de votre combat contre la réforme des retraites ? Et si oui, pourquoi ?

11:07
Aurélien Pradié

Je le serai. Je serai intransigeant. D'abord, je pense que l'intransigeant, c'est devenu une vertu politique. Et puis, mesurons bien les défis auxquels nous sommes confrontés. Si demain, nous ne reprenons pas totalement la main sur la question migratoire, alors notre pays ne sera plus en sécurité, comme c'est le cas aujourd'hui. Est-ce que nous pouvons reprendre la main avec des petits bricolages et des petits ajustements législatifs ? La réponse est non.

11:27
Présentateur

Même en attendant 2027 et un grand chantier présidentiel ?

11:30
Aurélien Pradié

Mais ça suffit. On a assez attendu. Et si nous sommes ceux qui disons qu'il faut encore attendre, alors on ouvrira un boulevard à Le Pen ou à Mélenchon dans son registre. Je ne crois pas que le rôle des Républicains, ce soit d'être des petits négociateurs. Tout le monde sait que si on ne change pas la Constitution, ce sera un coup d'épée dans l'eau. Eh bien moi, je ne mentirai pas aux Français. Et je dirai clairement que sur ce sujet, c'est tout ou rien. Parce que si nous n'obtenons pas tout, alors la déception sera immense et mortelle.

11:58
Présentateur

Mais pour obtenir tout plus vite que 2027, parce qu'on n'a peut-être pas le temps d'attendre, est-ce que vous êtes partisan d'une dissolution ? Que ça clarifie les choses ?

12:04
Aurélien Pradié

J'accepte tous les risques politiques et démocratiques. Avant la dissolution, il y a la mention de censure. Je l'ai déjà voté une fois. Quand on est dans des accords, on accepte d'aller jusqu'au bout. Enfin, ça suffit, ces espèces de petites prudences politiques, de petits calculs où chacun essaie de voir s'il ne va pas pouvoir passer entre les gouttes. La politique, on accepte d'aller sous les averses. Si on a peur de se mouiller, on ne s'engage pas en politique. J'ai déjà voté une motion de censure lors des retraites parce que j'étais en désaccord. Je le referai sur l'immigration s'il y a un passage en force de ce gouvernement.

Et si la conséquence doit être une dissolution, une démocratie qui a peur du peuple est une démocratie qui meurt. Je n'ai pas peur du peuple.

12:39
Présentateur

Et vous le montrez dans ce livre, que vous n'avez pas peur du peuple. Tenir bon, c'est votre parcours. C'est aussi peut-être l'esquisse d'un programme politique. C'est la collection bouquin. Aurélien Pradié, merci, bonne journée. Merci à vous.

12:49
Aurélien Pradié

Merci beaucoup Christophe Barbier. On vous retrouve bien sûr comme chaque matin à 7h45. Et donc demain, jeudi 30 novembre, à la même heure. A demain.