Michael Weber : "Le plan Hulot est un ramassis de mesures qui existaient déjà"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:24OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'il y a d'abord une mesure plus significative que les autres à vos yeux, Michael Weber ?
- 0:58OuverteRéponse directe
On parle du glyphosate, il est quand même interdit, le plan interdit à terme les pesticides tueurs d'abeilles, par exemple.
- 1:52RelanceRéponse partielle
Et toutes ces aides promises à l'agriculture bio, par exemple, 50 millions d'euros, des mesures prises aussi pour créer des aires protégées, des réserves naturelles, tout ça, ça ne compte pas ?
- 3:08OuverteRéponse directe
Dans ce plan biodiversité, Nicolas Hulot a déclaré la guerre aussi à la bétonisation, l'artificialisation des terres, comme on dit, la préservation des terres agricoles. Vous n'y croyez pas alors ?
- 4:36OuverteRéponse directe
Pour vous, pour l'instant, Nicolas Hulot perd son duel face au ministre de l'Agriculture Stéphane Travers. Il continue d'avaler les couleuvres ?
- 5:24RelanceRéponse directe
Le président de WWF, Pascal Canfin, disait quand même hier que c'est un plan inédit par son ampleur. Vous n'êtes pas d'accord, Michael Weber ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:28Invité politiqueFait
« c'est en fait un ramassis de mesures qui existaient déjà. »
- 0:34Invité politiqueChiffre
« on a à peu près une tiers de mesures qui ont été recyclées, d'autres mesures qui ont été proposées. »
- 1:38Invité politiqueChiffre
« Moins 30% d'abeilles par an, alors qu'elles sont nécessaires pour 80% des espèces végétales. »
- 2:33Invité politiqueChiffre
« 600 millions d'euros sur une cause aussi importante pour les trois prochaines années, c'est véritablement pas suffisant. »
- 6:56Invité politiqueChiffre
« depuis 2015, une baisse de 50% des oiseaux, dans les milieux agricoles en particulier. »
- 7:08Invité politiqueChiffre
« Moins 76% des insectes, un tiers des espèces sont en danger. »
- 7:16Invité politiqueChiffre
« une augmentation de 18% des pesticides sur la période de 2013-2015. »
- 7:21Invité politiqueChiffre
« moins 30% des abeilles, alors qu'elles sont nécessaires pour 80% des espèces végétales. »
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France Inter, Hélène Roussel, le 5-7. Il est 6h21, notre invité est maire de Völflin, les Sarguemines, depuis 23 ans, président des Parcs Naturels Régionaux de France, président du Parc Naturels des Vosges du Nord. Bonjour Michael Weber.
Bonjour.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Nicolas Hulot a présenté hier son plan de sauvetage pour la biodiversité, une centaine de mesures. Est-ce qu'il y a d'abord une mesure plus significative que les autres à vos yeux, Michael Weber ?
Non, je crois qu'on l'a constaté, c'est en fait un ramassis de mesures qui existaient déjà. Enfin, on a à peu près une tiers de mesures qui ont été recyclées, d'autres mesures qui ont été proposées. Mais je crois que ce qui manque véritablement, c'est justement ça, c'est qu'il n'y a pas de véritable récit. On aurait pu en décider que ce soit une vraie cause nationale, que vraiment, on ait une mesure phare. Je crois qu'il y a beaucoup de sujets sur le glyphosate qu'on a évoqué les dernières semaines. Et malheureusement, aujourd'hui, on ne trouve pas cette mesure phare qui, à mon sens, peut générer une vraie adhésion à la population, mais aussi des acteurs locaux.
Alors, on parle du glyphosate, il est quand même interdit, le plan interdit à terme les pesticides tueurs d'abeilles, par exemple. Donc, il y a des choses comme ça.
Oui, mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi est-ce qu'on attend et pourquoi est-ce qu'on repousse systématiquement ? Pourquoi on remet ce sujet sur la table ? Si véritablement, c'est en raison des lobbies qui mettent la pression sur l'utilisation du glyphosate, je pense qu'on peut mettre la population de notre côté, parce que nos concitoyens ont bien conscience que le glyphosate pose problème. On fait bien des référendums pour plein d'autres sujets qui, à mon avis, sont moins importants que celui-ci. Pourquoi est-ce qu'on ne le ferait pas là ?
En réalité, on a l'impression que cette utilisation du glyphosate qui n'a pas été utilisée pendant des décennies, tout d'un coup, est devenue une priorité et qu'on ne peut rien faire sans ce produit. Or, on sait que l'impact est considérable. Je prends juste la population des abeilles que vous avez évoquée. Moins 30% d'abeilles par an, alors qu'elles sont nécessaires pour 80% des espèces végétales. Donc, on a véritablement un risque. Et à force de repousser des décisions importantes à prendre, je pense qu'on prend un risque supplémentaire pour la planète.
Et alors, toutes ces aides promises à l'agriculture bio, par exemple, 50 millions d'euros, des mesures prises aussi pour créer des aires protégées, des réserves naturelles, tout ça, ça ne compte pas ?
Vous savez, nous, on a un réseau de 53 parcs naturels régionaux, on fait 20% du territoire français. On intervient sur ces mesures. Je pense qu'on freine, effectivement, la dégradation de la biodiversité, mais on n'arrive pas à inverser la tendance. Donc, ce qui veut dire qu'il y a les mesures financières, mais elles doivent être incitatives pour tout le monde et pas sectorisées simplement, parce que sinon, on n'a pas de cohérence écologique ou environnementale sur l'ensemble du territoire français.
Je pense qu'il faudrait reprendre tout ce sujet de la fiscalité, des incitations financières, pour que ceux qui s'engagent véritablement dans des dispositifs vertueux soient accompagnés, et pas simplement du saupoudrage. 600 millions d'euros sur une cause aussi importante pour les trois prochaines années, c'est véritablement pas suffisant. Je pense qu'il faut vraiment qu'on inverse l'approche financière, l'approche fiscale, et que quelque part, même pour les acteurs locaux, le véritable problème, c'est qu'il y a évidemment les agriculteurs avec lesquels on doit travailler, mais regardons ce que l'on fait avec les régions qui sont chefs de file aujourd'hui sur l'environnement.
Est-ce qu'on a travaillé avec les présidents des régions en France ? Est-ce qu'on travaille avec les 36 000 maires qui eux-mêmes sont intéressés à ce sujet-là ? Aujourd'hui, un maire qui s'engage dans la démarche, qui fait une zone nature à 2000, on le punit parce que quelque part, il n'est pas compensé en termes fiscales. Donc, tout ça pose véritablement problème.
Dans ce plan biodiversité, Nicolas Hulot a déclaré la guerre aussi à la bétonisation, l'artificialisation des terres, comme on dit, la préservation des terres agricoles. Vous n'y croyez pas alors ? Avec une compensation, mais effectivement, ça veut dire qu'on n'aurait plus de construction de centres commerciaux comme ça, XXL, démesurés sur des terres agricoles.
Si vous voulez, ce en quoi je crois, c'est à la bonne volonté de Nicolas Hulot. Personne ne peut lui reprocher cela, et ça, je lui en sais gré. Ce en quoi je ne crois pas, c'est à la volonté des autres ministres du gouvernement. Même si ça a été hier une réunion interministérielle, est-ce que Stéphane Travers va effectivement enfin s'engager sur les questions agricoles ? Est-ce que Jacques Méza va avoir conscience, alors que la loi Elan est en discussion aujourd'hui, et que justement, elle vise à faciliter l'artificialisation des sols ? Il faut le dire. Est-ce que véritablement, il va changer le prisme et inverser la tendance ?
Alors que l'on sait que pour répondre aux besoins de logement aujourd'hui, ce n'est pas l'artificialisation ou l'extension urbaine qui est nécessaire, c'est la rénovation du bâti qui est existant, c'est les nombreux logements qui sont vacants, qui ont besoin d'être redynamisés, qui ont besoin d'être rénovés. Et vous savez, si simplement on mettait les moyens conséquents que l'on met aujourd'hui sur l'extension urbaine, sur l'artificialisation, dans la rénovation du bâti, et bien croyez-moi, on répondrait aux mêmes exigences et aux mêmes objectifs que l'on essaie de s'astreindre aujourd'hui. Donc véritablement, c'est ça le sujet.
C'est est-ce qu'au-delà du plan qui est aujourd'hui annoncé, qui va dans le bon sens, il faut le dire, on l'attend depuis longtemps, mais même s'il n'est pas suffisant, est-ce qu'on est certain que l'ensemble des ministres du gouvernement s'engageront eux aussi avec la même volonté dans ce plan ?
Pour vous, pour l'instant, Nicolas Hulot perd son duel face au ministre de l'Agriculture Stéphane Travers. Il continue d'avaler les couleuvres ?
Je crois, je crois. Et moi, je lui apporte en tout cas le soutien de notre réseau, parce qu'on a vraiment conscience qu'il faut changer les pratiques. Je crois qu'aussi, on a montré en matière d'agriculture qu'aujourd'hui, d'autres pratiques sont vertueuses, qu'elles apportent plus de valeur ajoutée aux agriculteurs et à leurs produits. Je pense que Nicolas Hulot peut s'appuyer sur ces réseaux qui sont avec lui pour effectivement gagner ce bras de fer. Mais encore une fois, qui est positif. Regardons tous ces agriculteurs qui eux-mêmes se sont engagés dans l'agroécologie, qui veulent véritablement changer les pratiques.
Je pense que c'est par le modèle de ces réussites que l'on arrivera à changer fondamentalement les pratiques agricoles dans ce pays.
Alors, à vous écouter, ce sont de grandes ambitions, finalement, sans moyens. Il ne fallait rien faire. Le président de WWF, Pascal Canfin, disait quand même hier que c'est un plan inédit par son ampleur. Vous n'êtes pas d'accord, Michael Weber ?
Il est inédit dans l'annonce, ça c'est vrai. Il est inédit dans le nombre de mesures qui sont proposées. Je pense que pour ce qui est des moyens qui sont mis en œuvre, ce n'est pas la bonne méthode. Sincèrement, ce n'est pas la bonne méthode, parce que ce n'est pas en mettant des moyens supplémentaires. Moi, je pense qu'il faut redéfinir les moyens qui sont existants. Pourquoi je dis ça ? Parce qu'on sait tous que les moyens supplémentaires, aujourd'hui, il n'y en a pas sur ce territoire. On est tous dans une difficulté budgétaire qui est considérable.
Et la politique environnementale depuis 20 ans, elle a été une succession de mesures qui ont été engagées les unes sur les autres et qui ne donnent pas de sens à cette politique environnementale. Et je pense qu'aujourd'hui, il faut exactement l'inverse, c'est-à-dire simplifier pour qu'elle soit compréhensible par chacun, les citoyens, mais aussi les acteurs économiques, agricoles et locaux, les élus locaux. Donc, simplifier la politique environnementale et surtout, que l'on soit incitatif en termes de fiscalité, qu'encore une fois, avec les gens qui sont vertueux, on puisse les accompagner au lieu d'être punitifs.
On vous entend l'impression d'un effet d'annonce plus qu'autre chose. Quelle est exactement la situation de la France, l'état des lieux aujourd'hui en termes de biodiversité ? Est-ce que c'est pire qu'ailleurs en France, Michael Weber, vous qui êtes président des parcs naturels régionaux de France ?
Alors, si l'on prend en compte le fait que la France, c'est un grand pays, y compris de par ces océans et ces mers, on peut constater qu'effectivement, la situation est pire qu'ailleurs. Si je prends juste quelques exemples qui nous concernent tous et que vous avez tous constaté, tous ceux qui prennent la voiture tous les jours s'aperçoivent qu'il y a beaucoup moins d'insectes sur les pare-brises. Tous ceux qui sont dans nos campagnes se rendent compte que les oiseaux chantent de moins en moins. On a quand même eu, depuis 2015, une baisse de 50% des oiseaux, dans les milieux agricoles en particulier. Et ça continue à s'accentuer. Moins 76% des insectes, un tiers des espèces sont en danger.
Alors qu'on s'était engagé à une utilisation de moins 50% des pesticides. Aujourd'hui, c'est une augmentation de 18% des pesticides sur la période de 2013-2015. Je l'ai dit tout à l'heure, moins 30% des abeilles, alors qu'elles sont nécessaires pour 80% des espèces végétales. Donc vous voyez, on va, à mon avis, on va dans le mur, on le sait, les acteurs l'ont dit, Jacques Chirac le disait déjà en 100 ans, la maison brûle et l'on regarde et systématiquement on annonce peut-être des plans. C'est vrai que la question de la biodiversité, elle a pris le dessus, mais aujourd'hui, il faut aller véritablement dans des actes concrets et que tout le monde s'engage avec solidarité dans ce sens.
Et que ça aille plus loin, si on vous entend bien. Michael Weber, président des Parcs Naturels Régionaux de France. Merci d'être passé par le studio du 5-7 de France Inter ce matin. Merci, au revoir, bonne journée.
Michaël Weber