Ségolène Royal : « Si j’étais aux responsabilités, il n’y aurait pas de mouvement social »
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Questions et réponses
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- 0:44OuverteRéponse partielle
Comment vous la calmez cette colère lycéenne ?
- 1:57RelanceRéponse partielle
Qu'est-ce que vous auriez pris comme mesure concrète ?
- 2:34RelanceRéponse partielle
Le budget de l'éducation nationale a augmenté ces dernières années. Qu'est-ce que vous auriez pris comme mesure concrète ?
- 3:35OuverteRéponse directe
Le gouvernement s'était engagé. Est-ce qu'il y a un professeur devant chaque classe ?
- 4:27OuverteRéponse directe
Est-ce que vous augmentez les professeurs ?
- 5:55OuverteRéponse partielle
Sébastien Lecornu propose de banaliser la fin de la semaine pour permettre des temps d'échange avec les élèves. Est-ce que ça va dans le bon sens ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:42Invité politiqueChiffre
« À l'issue du Covid, un jeune sur dix a pensé faire une tentative de suicide. »
- 2:04Invité politiquePromesse
« Si j'étais présidente, je ferais un pacte générationnel. »
- 4:55Invité politiqueFait
« Le ministre Blanquer a supprimé les mathématiques. »
- 5:29Invité politiqueFait
« Il y a eu un effondrement aussi des entrées d'élèves dans les grandes écoles et dans les classes préparatoires, et notamment chez les filles. »
- 8:46Invité politiqueFait
« On n'a pas le droit de transmettre une dette générationnelle. »
- 10:14Invité politiquePromesse
« Je pense qu'il doit démissionner ce ministre. »
- 12:25Invité politiquePromesse
« Si j'étais aux responsabilités, il n'y aurait pas de mouvement social. »
- 13:31Invité politiqueFait
« Les gilets jaunes, il n'y aurait pas eu les gilets jaunes avec moi. »
- 19:27Invité politiqueFait
« Le seul objectif affiché politique, c'est de faire barrage à LFI. »
- 19:44Invité politiqueFait
« La victoire de Raphaël Luxman est la disparition du PS. »
- 21:27Invité politiqueChiffre
« Ils ne comprennent pas pourquoi ils entendent qu'il y a 60 milliards distribués aux actionnaires. »
Temps de parole
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- Présentateur12 %
- ?8 %
- Invité8 %
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Vous
écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Les
électeurs de la gauche sociale démocrate qui sont appelés à choisir leur candidat à la présidentielle. Et nous recevons l'une des cinq candidats. Bonjour Ségolène Royal.
Merci
beaucoup d'être avec nous ce matin. On va parler de votre programme, de ce que vous ferez si vous arrivez à l'Élysée pour répondre notamment à cette colère sociale qui s'exprime dans la rue, mais aussi aux difficultés budgétaires que connaît le pays. Interview en partenariat avec la presse régionale, représentée ce matin par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche. Bonjour Christelle. Bonjour Auriane, bonjour Ségolène Royal. Ségolène Royal, on commence par cette mobilisation lycéenne. Vous avez vu ces centaines de milliers de jeunes hier dans la rue. Vous, présidente, comment vous la calmez cette colère lycéenne
? D
'abord, je l'aurais anticipée déjà.
C
'est-à-dire que les lycéens et les jeunes se manifestent depuis longtemps, expriment depuis longtemps leur anxiété dès la fin du Covid.
Parce
que jamais une génération n'a été comme ça au bord d'un tel basculement.
C
'est quelque chose de plus profond que l'état physique des lycées, vous voyez.
C
'est une angoisse sur le futur.
Et
moi, c'est ce que j'appelle la dette générationnelle. Donc, on n'a pas le droit de laisser une dette générationnelle. Et comment on
répond à
ça
? Comment
on répond à
ça ? D'abord, il
fallait anticiper.
Mais de quelle manière
? Parce qu'il y a eu aussi beaucoup de protestations contre les systèmes de parcours sup. Donc, il y a une invisibilisation de l'avenir des jeunes aujourd'hui. Ils sont sortis anxieux du Covid. Ils n'ont pas été soignés
après
Covid, malgré les promesses. Vous savez, à l'issue du Covid, un jeune sur dix a pensé faire une tentative de suicide. C'est considérable. Plus ce qui se passe sur les réseaux sociaux, plus l'angoisse sur le futur, plus la crise du pouvoir d'achat que vivent leurs parents. Ça se répercute aussi sur les jeunes.
Mais qu'est-ce que vous auriez pris comme... La
crise climatique. Vous voyez, on leur laisse une crise. Et c'est ce que j'appelle, moi, le pacte générationnel. Et si j'étais présidente, je ferais un pacte générationnel. C'est-à
-dire
que je mettrais en mouvement l'ensemble des secteurs de la société pour dire. Mais finalement, qu'est-ce que c'est que les fondamentaux de la politique
?
C'est de se demander, pour chaque décision, est-ce que c'est bon ou pas pour les nouvelles générations ? Mais notre objectif, c'est les nouvelles générations. Je parle un peu comme une mère de famille. Mais je pense qu'il faut remettre dans la politique, parce qu
'il
n'y
en
a jamais vraiment eu. Vous voyez, il faut les aimer,
les jeunes. Mais comme mesure, concrètement. Il faut les aimer. Parce que, par exemple... Parce que, par exemple... Je suis allée à la sortie
d'un lycée. Ils sont formidables, les jeunes d'aujourd'hui.
Le budget de l'éducation
nationale a augmenté ces dernières années. Qu'est-ce que vous auriez pris comme mesure concrète ? On entend bien la question du pacte générationnel d'aimer les jeunes. Mais comment vous auriez répondu concrètement ?
C
'est quoi ? C'est plus de professeurs
? C'est abrogé
par
coursu ? Regardez,
en dix ans, il y a eu huit ministres de l'éducation. Ce n
'est
pas scandaleux, ça ? Avec chaque ministre, avec ses marottes, ses obsessions. Un qui supprime les maths, un autre qui supprime les filières au bac. Et donc, le corps enseignant aussi a été profondément secoué, déstabilisé, au lieu de consacrer l'essentiel de son temps aux jeunes. Vous savez, j'étais ministre à l'éducation nationale. J'étais ensuite présidente de région, donc chargée du matériel des travaux des lycées. Donc, j'ai vu l'intelligence des jeunes. Dans ma région, j'avais fait, par exemple, le budget participatif. Ça pourrait être fait dans tous les lycées.
C
'est-à-dire, 10% des investissements étaient débattus dans les lycées pour savoir ce
qui était
important pour eux, par exemple. Ça, c'est du respect.
Eux prend du doigt, par exemple, un problème essentiel, qui est le manque de professeurs devant les élèves. Bien
sûr.
Le gouvernement s'était engagé. Est
-ce
qu'il y
a
un professeur devant chaque classe ? Ça n'est pas le cas. Comment on fait pour résoudre ce problème très concret ? Est-ce qu'il faut augmenter les professeurs ? Mais on a un budget très contraint. On va le voir dans les semaines qui arrivent. Comment on fait pour résoudre ce problème d'effectifs
? D
'abord,
il
y
a
une dégradation de la position sociale des enseignants dans la société. Parce qu'effectivement, les salaires n'ont pas suivi. Parce que l'éducation est en grande mutation.
Et
parce que les jeunes et les enseignants se rendent compte que la transmission des savoirs, maintenant, est concurrencée par les réseaux sociaux, bientôt par l'intelligence artificielle. Et ce gouvernement ne réfléchit à rien.
L
'intelligence artificielle arrive. Donc, qu'est-ce qu'on en prend comme le meilleur dans le cadre de l'éducation nationale ? Et qu'est-ce qu'on évite comme étant le pire ? Je vous pose une question très concrète, vous, présidente. Est-ce que vous augmentez les professeurs
?
Bien sûr, j'augmente les professeurs. Mais surtout, je leur donne aussi des opportunités de formation professionnelle pour aborder les nouveaux temps qui viennent. Ça, c'est très important. Et j'arrête de secouer l'éducation nationale. Quant à un ministre de
l'éducation… Donc, ça veut dire que vous engagez à avoir un seul
ministre de l'éducation sur le quinquennat ?
Oui, il faut en prendre un bon, le stabiliser, et surtout ne pas détruire les bonnes choses qui ont été faites ou inventer des choses nouvelles. Vous savez, quand le ministre Blanquer a supprimé les mathématiques, c'est comme une absurdité. Le monde entier a gardé ça, alors que dans tous les pays, on renforce au contraire les enseignements scientifiques. Il a supprimé les mathématiques et les sciences de la vie et de la Terre. Au moment où il y
a
la question de la crise climatique et de l'avenir de la planète, c'est aberrant. Du jour au lendemain, les professeurs de mathématiques, ils se sont sentis complètement déconsidérés, et ils sont allés ailleurs, ils sont sortis de l'éducation nationale, et maintenant, on a un manque criant de professeurs de mathématiques et de scientifiques. Donc,
la suppression des filières, ça a été l'irard ? Il y a
eu un effondrement aussi des entrées d'élèves dans les grandes écoles et dans les classes préparatoires, et notamment chez les filles.
Il
y
a
eu un effondrement des filles s'engageant dans les filières scientifiques, alors que les chefs d'entreprise ont tiré la sonnette d'alarme, et ont dit qu'on a besoin de scientifiques et d'ingénieurs dans nos entreprises. Donc, vous voyez l'aberration
de
ce qui a été fait sur l
'éducation nationale
pendant 10
ans. –
Sébastien Lecornu propose de banaliser la fin de la semaine pour permettre des temps d'échange avec les élèves. Est-ce que, de votre point de vue, ça va dans le bon sens ? – Mais ce n
'est
pas suffisant.
La
crise est très, très profonde, et elle couvait depuis 3 à 4 ans. Donc là, il fallait faire des états
généraux. – Il faut quoi, par exemple ? – Il
faut faire des états généraux des lycées. Il faut faire des cahiers de doléances. Il faut voir où sont les angoisses par rapport au futur. Quelles sont les bonnes conditions de travail ? Vous savez, une jeunesse qui se mobilise pour demander de bonnes conditions de travail, mais c'est positif,
au
lieu de leur envoyer des policiers
armés comme s'il y avait une guerre. – Mais avec quels moyens ? – C'est insupportable. – Juste,
de combien vous
augmentez le salaire
des
professeurs ? Vous
avez dit,
moi, j'augmente le salaire
des professeurs. – Moi, je ne règle pas les sujets comme ça, en claquant des doigts, en disant, je vais les augmenter
de temps. – Mais ce n'est pas
en claquant, par exemple, Édouard Philippe et Gabriel Attal donnent
des chiffres.
–
Eh
bien, ce n
'est
pas comme ça qu
'on
gère un pays. Ce n
'est
pas en annonçant comme ça.
– Ce n'est pas un
programme précis ?
– Non, ce
n
'est pas comme ça qu'on annonce un pays. On annonce un objectif politique. Ensuite, on travaille avec les personnes intéressées, on fait de l'intelligence collective et on regarde ce que l'on fait. Je ne crois à aucune des promesses qui sont faites en termes de chiffres absolus, comme ça, on va augmenter, si on va augmenter ça. D'abord, la France,
c
'est au bord du gouffre financier. Donc, toutes les promesses financières de dépenses supplémentaires, il faut les financer. Alors, les candidats
qui annoncent des dépenses supplémentaires, sans dire comment ils les financent… – C'est
une dépense, comment vous la financez ? Vous, vous promettez d'augmenter…
– Oui, mais c'est pour ça que je vous dis… – C'est
pour ça que je vous dis qu'il y
a
un objectif politique qui est de revaloriser le rôle des enseignants, la formation des enseignants, mais ce n
'est
pas suffisant. Ce que veut la jeunesse aussi, c'est une visibilité sur son avenir. Vous voyez, paradoxalement, quand un gouvernement tape sur les retraités, ça impacte les jeunes, parce qu'ils se disent « Mais nous, on n'aura plus de services publics ». Donc, ça les déstabilise. Donc, il faut aussi sécuriser la jeunesse sur le maintien du modèle français de la sécurité sociale. Car pour aborder les transitions qui viennent, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle, il faut sécuriser
tout
le monde, il faut sécuriser les jeunes, il faut leur dire « Vous avez quand même un avenir » et voilà dans quelle perspective. –
Edouard Schiffré, pardon, l'actual ministre de l'Éducation dit « Le problème démographique, la baisse de la démographie va naturellement régler le problème de l'éducation nationale ». Vous partagez ce point de vue
? –
Mais c'est très faible de dire ça.
Vous
voyez, c'est vraiment très très faible. C'est pas comprendre que derrière la révolte des lycéens, je le répète, il y
a
une angoisse sur leur futur. Quels seront leurs métiers ? Quelles seront leurs formations ? Quelle sera leur place dans la société ? Comment est-ce qu'on leur transmet un monde en paix ? Comment est-ce qu'on répond à leur angoisse climatique ? Comment est-ce qu'on va répondre à la crise financière ? C'est la globalité du monde qu'on va leur laisser. Là, on leur laisse un monde de chaos, un monde de dette, un monde de déstructuration. On n'a pas le droit de transmettre une dette générationnelle.
– Un mot, puisque vous nous avez parlé de Parcoursup, vous le réformez, vous l'abrogez ?
– Je
pense qu'il faut l'abroger et le remettre à plat. –
Et revenir à l
'ancien système ?
–
Il y a une angoisse, pardon ? – Revenir à l'ancien système ?
–
Non, il ne
faut
jamais revenir aux anciens systèmes. Vous savez, le monde évolue, donc il faut bien sûr remettre à plat Parcoursup. C'est vécu comme une grande injustice, comme quelque chose qui n'est pas transparent, qui n
'est
pas clair. Les inégalités se creusent, manifestement. Il y a aussi ce sentiment-là, chez les jeunes, du creusement insupportable des injustices et des inégalités.
–
Interrogation
aussi,
et on l'a vu notamment hier aux questions d'actualité à l'Assemblée, sur la doctrine du maintien de l'ordre, sur la manière dont ont été gérées ces mobilisations. Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Comment vous les qualifiez ? Est-ce que vous comprenez les consignes de Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur ? – C'est insupportable ce qui s'est passé.
Quand vous
regardez la presse internationale, vous savez,
ils
se demandent qu'est-ce qui se passe.
Vous
croyez que les jeunes vont revendiquer de bonnes conditions pour travailler.
On
leur envoie une police armée comme s'il y avait une guerre.
Et
il y en a qui sont mutilés.
–
Il
y a aussi des blessés dans le corps enseignant, il y a aussi des blessés dans les forces de l'ordre. – Ça ne
se voit dans aucun autre pays européen. C
'est
insupportable, c'est une provocation.
Le
ministre répond que les lycéens étaient très violents et qu
'il
n'y avait pas d'autre choix que d'envoyer la police.
– Je pense qu'il doit
démissionner ce ministre. –
Il doit démissionner
? – Ça a été demandé à l'Assemblée nationale. – Mais vous,
vous
le demandez ? – C'est insupportable ce qui se passe.
C
'est gravissime, d'autant plus que, vous savez, le chaos social aggrave la crise financière. Quand les créanciers de la France voient non seulement la crise financière,
c
'est
-à-dire
la mauvaise gestion financière, mais en plus qu
'il
n'y a même pas de stabilité politique et qu'il
y
a le chaos dans les rues, ça fait monter les taux d'intérêt auxquels la France emprunte pour couvrir sa dette. Donc, c'est irresponsable de la part d'un gouvernement de laisser cela et surtout de faire des provocations.
– Donald Trump, le président américain, s'est exprimé hier, vous l'avez entendu, sur les mobilisations. Je vais lire ce qu'il a écrit. « Ce qui se passe en France n'est rien de moins qu'une immigration de masse incontrôlée. Il ne s'agit pas d'école, il s'agit de l'islam qui veut s'emparer d'un pays autrefois grand. »
Pas
de réaction pour le moment d'Emmanuel Macron. Est-ce que vous, présidente, vous lui aurez répondu ?
– C
'est toujours difficile parce que si vous répondez à des propos absurdes, vous les valorisez.
Vous
les faites reprendre. Donc, je pense que ce qu'il faut, c'est répondre à la crise sociale. –
Mais qu'est-ce que vous pensez ? –
Ce que ça veut dire, c'est que, comme je le disais à l'instant, n'oublions jamais que la France est regardée dans le monde entier. Il y a eu d'autres réactions. Il y
a
même l'Iran qui nous a donné des leçons de démocratie, vous vous rendez compte ? Donc, les gens sont effarés de ce qui se passe en France. Et donc, il
y a
une irresponsabilité dans ces provocations.
– Mais est-ce que pour vous, là, il est en train de s'ingérer dans la
présidentielle française, Donald Trump ?
–
Pardon ? – Il est en train de s'ingérer dans la présidentielle française
avec ce genre de déclaration ? – Sans doute. De toute façon, il s'ingère partout. Donc, j'imagine qu'il cherche aussi à influencer, effectivement…
– Au profit de qui ? – Mais il l'a déjà dit, d'ailleurs. – La campagne, au
profit de qui ?
–
Il l'a dit, au profit de l'extrême droite. Donc, le mieux, c'est de ne pas relayer ce qu'il dit, parce que,
comme
je le disais à l'instant, ça donne un écho. Ce qu'il faut, c'est régler correctement les choses. Et comme je l'ai dit souvent, si j'étais aux responsabilités, il n'y aurait pas de mouvement social. – Mais est-ce que vous diriez…
– Regardez ce mouvement, vous
retirez la taxe carbone. Comment se fait-il qu'au bout de dix ans, Emmanuel Macron soit aussi aveugle sur l'écoute apportée au
peuple français ? – Est-ce que vous diriez aujourd
'hui que ce mouvement et la réponse qui lui est donnée nourrit le vote d'extrême droite ?
– Le
chaos nourrit toujours le vote d'extrême droite. Parce que dans le simplisme des interprétations, il y a toujours l'idée, on va aller vers l'ordre. Non, ce qui est important, c'est ce que j'appelle l'ordre juste.
Et
c'est ça aussi que demandent les jeunes, c'est de l'ordre juste.
– Mais pardon, Ségolène Royal, vous le dites, vous nous l'avez répété. Vous l'avez dit d'ailleurs, dans tous les débats, moi, si j'étais à l'Élysée, il n
'y
aurait pas de mouvement social.
– Oui,
il n'y
aurait
pas de mouvement social. – Tous les présidents, pardon, ont connu des mouvements sociaux. Vous pouvez assurer que vous, durant tout un quinquennat, vous ne connaîtrez jamais un mouvement social
? – Oui,
je le pense. Pourquoi ? Parce que j'ai une autre conception de la politique. J'ai toujours défendu la démocratie participative. J'ai toujours pensé que lorsque les gens expriment un malaise, un mal-être, une difficulté, il faut regarder cette difficulté et la traiter avec efficacité et avec rapidité. C'est ce que j'appelle la morale de l'action. Je vais vous donner un exemple. Les gilets jaunes, il n'y aurait pas eu les gilets jaunes avec moi. Il n
'y
aurait pas eu de taxe carbone. Ou si elle avait été faite par un des ministres irresponsables, en 48 heures, j'aurais dit, vous retirez ça, ça suffit.
– Mais est-ce que être présidente, c'est renoncer à mettre
en place des réformes qui fassent
?
– Pas du tout. Pas du tout. –
C
'est
reculer devant la moindre contestation ?
– Pas du tout. Vous savez, c'est dur les contestations. On croit que c'est facile que ça fait comme ça. Mais non, il faut descendre dans la rue,
il
faut poser des congés, il faut se déplacer, il faut prendre des risques maintenant avec les agressions de certains policiers. C'est très difficile le mouvement social. Donc le mépris pour le mouvement social, c'est le mépris d'un pouvoir faible qui ne comprend pas le peuple et qui pense qu'il a raison tout seul. Et l'un des enjeux de la prochaine élection présidentielle, c'est de changer en profondeur le mode d'exercice du pouvoir. arrêter avec le pouvoir solitaire, arrêter avec un président de la République qui pense qu'il a raison à lui tout seul, alors qu'il était minoritaire. Je le rappelle dans le vote du second quinquennat.
Et donc par rapport à ça, c'est de faire confiance au territoire d'abord. Vous savez, même la question des lycées, vous ne la gérez pas de la même façon dans un milieu urbain, dans un milieu rural. Donc il faut aussi être attentif à l'intelligence des territoires et répondre aux problèmes avant. Et quand vous prenez
tous
les mouvements sociaux, mais ils étaient tous, si le pouvoir avait été attentif, on pouvait tous les résoudre avant que ça n'explose. Et pourquoi c'est important ? C'est parce que la paix sociale, c'est aussi un élément d'efficacité économique. Il
y a déjà
tellement
de
problèmes. Entre la guerre à nos frontières, entre la guerre climatique, la seule guerre légitime, c'est la guerre contre le réchauffement climatique. Il y a déjà, entre la mutation, l'arrivée de l'intelligence artificielle, il y a déjà tellement de défis à relever que la moindre des choses pour un pays, c'est de régler et d'entendre les attentes sociales avant qu'elles n'explosent. –
Ségolène Royal, on apprend que Sébastien Lecornu Premier ministre va s'exprimer ce soir sur la colère lycéenne, sur les carburants, sur la dette, sur la crise agricole. Qu'est-ce que vous attendez de son intervention ?
–
D'abord qu'il prenne conscience de la gravité de la situation, d'une part. Ensuite qu'il respecte les générations des jeunes lycéens
qui
ont des choses à dire, qui sont notre avenir. La jeunesse n'a pas toujours raison, mais ceux qui la frappent ou qui la méconnaissent ont toujours tort. C
'est une
grande phrase de François Mitterrand. Vous voyez que je reprends à mon compte. Et par conséquent, et qu'il applique la doctrine républicaine du maintien de l'ordre,
qu
'il envoie des policiers qui ne sont pas armés comme ils sont, et qu'ils arrêtent la provocation. Parce que vous savez, les jeunes, il
faut
les connaître, ils sont très solidaires les uns des autres. Donc aux premières images d'un gamin de 14 ans menotté dans le dos d'une fille attrapée par le cou, d'abord les contacts physiques.
Je
suis désolée, mais les contacts physiques avec les femmes, normalement ce sont des policières femmes. De quel droit est-ce que des hommes touchent les femmes avec des mains baladeuses parfois ? C'est insupportable, c'est intolérable, c'est insupportable. Donc moi j'exige que ce ne soit que des policières femmes qui éventuellement puissent aller au contact des femmes. Et puis arrêter de menotter les gens, ou les mettre en garde à vue. Alors cette police-là, ce ministre de l'Intérieur, ce ministre de la Justice, ils sont plus sévères avec les enfants des lycées qu'avec les pédocriminels.
Vous avez vu un pédocriminel avec les menottes dans le dos quand des parents viennent au commissariat de police pour dire que leur enfant était victime d'un pédocriminel ? Vous avez vu la police aller chez le pédocriminel et lui mettre les menottes dans le dos ? On aimerait bien voir ça aussi. Donc qu'est-ce que c'est que ce ministère de l'Intérieur ? – Juste
dernier mot,
parce qu'après il faut qu'on parle de la primaire, mais comment on gère les casseurs ? – C'est le pédocriminel, vous savez très bien, il n'y a pas que des
lycéens dans ces mobilisations, il y a des casseurs qui viennent se mêler aux
lycéens. – C'est pour ça qu'il ne faut
pas laisser les mouvements sociaux dégénérer, ni laisser les provocations policières. Parce que quand on voit des provocations de certains policiers, il faut des sanctions extrêmement rapides. Et on se dit, alors ceux qui sont filmés, heureusement, ça protège les jeunes,
mais
tout ce qui s'est passé et qui n'a pas été filmé, alors que sont devenus les jeunes
? Vous
vous rendez compte des centaines de jeunes mis en garde à vue ? – C
'est
insupportable.
– On
termine en parlant de la
primaire.
–
On va
parler de la primaire de la gauche, à laquelle vous êtes candidate. Le vote aura lieu vendredi et samedi. Si, à l'issue du second tour, vous êtes élue, désignée candidate du Parti Socialiste et de place publique, vous allez devoir organiser une forme de rassemblement en vue du premier tour de l'élection présidentielle. Comment vous vous y prenez ? En 2022, vous étiez aux Amphi, donc les universités d'été de LFI, et vous disiez, vous appeliez une dynamique d'union pour les européennes. Est-ce qu'il faut une dynamique d'union pour le premier tour avec la France insoumise notamment ?
– Alors c'est l'éternelle question qui revient.
–
Elle est essentielle. – Mais
les
choses sont très très simples. Les choses sont très très simples. On ne se met pas derrière la France insoumise, qui d'ailleurs ne le demande pas. Donc on fait l'alliance déjà avec ses partenaires. Le PC, il est vert dans un premier temps. D'abord on réunit le PS, on fait l'alliance, et ensuite on fait campagne.
On
fait la campagne électorale ensuite, et on réattire vers soi les électeurs. – Donc vous n'essayez pas
de réunir autour d'un seul et même candidat la gauche avant le premier tour ? –
Non,
mais non, ce n
'est
pas possible.
–
Et vous espérez être au premier, enfin pouvoir accéder au second tour sans réunir comme ça autour de vous ? –
Ségolène Royal, est-ce que le PS a encore un avenir pour vous
? –
Bien sûr, c'est pour ça qu'il faut que ce soit une socialiste qui sorte des primaires.
– Vous avez accusé… – Si Raphaël Luxman n
'a pas d'avenir le Parti Socialiste. Si Raphaël Luxman gagne, le Parti Socialiste n
'a pas d'avenir ? – Ah ben il
disparaît, ça a été dit, puisqu'il y a eu une refondation, puisqu'il n
'y a
pas d'accord avec la gauche, donc il voudra bien faire des accords avec les macronistes, etc. Puisque le seul objectif affiché politique, c'est de faire barrage à LFI,
c
'est-à-dire diaboliser LFI pour ensuite justifier un accord avec les macronistes, c'est ça, ils ne
s
'en cachent
pas d'ailleurs. – Donc la victoire de
Raphaël Luxman serait la disparition du PS
? –
Absolument, la victoire de Raphaël Luxman est la disparition du
PS. – Ça veut dire que si c'est lui… – Il va donner un autre
nom, il va… – Si
c'est lui qui est désigné
par
les électeurs à l'issue du second tour, ça veut dire que vous ne le soutiendriez pas ?
–
On a essayé une charte
de soutien, sauf si ça dérive vers des… La charte, elle prévoit l'union à gauche, elle ne prévoit pas l'union avec les macronistes. –
Donc
s
'ils
s'alliaient avec certains macronistes, vous ne soutiendriez pas
?
–
Ah ben c'est compliqué quand même, je pense que
les Français ne veulent plus les macronistes, donc ça c'est compliqué à ce moment-là, ce n
'est
pas possible d'être au second
tour. – Mais dans ces cas-là,
qu'est-ce
qui
se passe ? – Parce qu'il y en a un
qui
se prépare, qui a des locaux de campagne, qui
fait un tour de France, il
s'appelle François
Hollande, est-ce que vous pourriez le soutenir ?
– Attendez,
on
respecte la primaire dans un premier temps,
et
je dis que si ce n
'est
pas un socialiste, ou une socialiste qui sort de la primaire, l'EPS disparaît. Et moi, donc l'EPS et l'appareil du PS, les gens ne sont pas attachés à l'appareil du PS, mais l'appareil du PS, il est au service d'une grande histoire,
et
cette grande histoire, elle n'est pas à vendre, elle ne nous appartient pas,
elle
remonte au 19ème et début du 20ème siècle, quand les hommes et les femmes ont risqué leur vie, et ont parfois donné leur vie dans les luttes sociales, pour plus de justice sociale, pour l'émancipation, pour l'école. – Donc voter pour
un candidat socialiste, et sauver le parti
socialiste. – Et par conséquent, juste un mot, c'est qu'avec le renforcement de la puissance de la bulle financière, de l'économie financière, jamais
la
lutte pour plus de justice n'a été aussi forte qu'aujourd'hui, et c'est ça que les jeunes ont compris aussi. Ils ne comprennent pas pourquoi ils entendent qu'il y a 60 milliards distribués aux actionnaires, et que d'un autre côté, ils n'ont pas de professeurs en phase 2 dans les classes. Ils ne comprennent pas. Donc ce combat-là, pour une justice, une transparence de la répartition des gains et des richesses, elle n
'a
jamais autant été d'actualité que depuis le début du siècle.
– Et
c'est ça qu'il faut continuer.
–
Merci Ségolène Royal.
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Ségolène Royal