Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 14 novembre 2025 26 min

Raphaël Daubet : « Les départements ruraux subissent directement la désertification médicale »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Allez, on revient sur toutes ces actualités avec vous, Raphaël Daubé. Bonjour, je le rappelle, vous êtes donc sénateur RDSE du Lot. RDSE, c'est ce groupe centriste du Sénat composé à majorité de radicaux. Nous avons sélectionné trois titres de presse régionale que nous allons regarder ensemble. Tout d'abord, il y a Ouest France, un hommage poignant. La cérémonie d'hier était vibrante et spectaculaire, écrit le titre ce matin, avec par exemple le chanteur de Eagles of Death Metal, le groupe qui se produisait au Bataclan, qui chantait hier avec un chœur composé de rescapés et de victimes.

À la lune de la Provence, il y a ce titre abattu en plein jour. Le journal qui revient sur la mort du frère Damien Kizassi, je l'évoquais dans le journal, ce militant écologiste, et donc son frère qui a été tué par balle hier en plein jour. Et enfin, beaucoup plus léger dans cette actualité très lourde ce matin, je vous le concède, c'est la Charente Libre qui revient sur le festival de la BD d'Angoulême. Il faut sauver le festival de la BD, l'avenir de ce festival qui est en suspens à deux mois de son ouverture. Parmi ces trois, une laquelle choisissez-vous, Raphaël Daubé ?

1:19
Raphaël Daubet

Je pense que... D'abord, bonjour, merci de votre accueil. Je pense que si je fais preuve de sérieux et de gravité, évidemment, je choisirais l'hommage poignant qu'il y a eu hier, qui est à mon avis le grand moment de l'actualité de ces derniers jours. D'accord. Mais bon, les autres unes sont intéressantes aussi. J'ai un festival de BD, vous savez, à Martel, chez moi, dans ma petite commune.

1:40
Présentateur

Et vous êtes auteur aussi par ailleurs. Mais bon, revenons sur ces cérémonies, qu'est-ce que vous en retenez ? On voyait dans le reportage de Fabien Recker l'émotion qui était très forte hier à Paris. Qu'est-ce que vous avez ressenti, vous, personnellement ?

1:52
Raphaël Daubet

Moi, je me rappelle comme si c'était hier de ce jour-là, j'étais en campagne électorale pour les régionales, les élections régionales. Et nous avions tenu une réunion publique ce jour-là dans un restaurant d'une petite ville. Et à l'issue, nous étions à table, heureux et joyeux après cette réunion publique s'était bien passée. Et je me rappelle de cette annonce qui est tombée sur nos téléphones portables. J'étais à côté de Martin Malville, ancien président de la région, ancien ministre. Et je me souviens de la sidération qui a été la nôtre, l'effroi. On a compris tout de suite, évidemment, que la campagne électorale était terminée, qu'elle ne serait plus la même.

Et surtout, on a ressenti un sentiment de vulnérabilité très profond. On s'est sentis vulnérables, on s'est sentis touchés en plein cœur de ce que nous sommes. Et je dois dire que ce sentiment ne m'a jamais vraiment lâché par la suite. J'ai souvent repensé à ces attentats. À chaque fois que j'étais dans une foule, à chaque fois que j'étais dans une manifestation, j'étais poursuivi encore, hanté par ce souvenir.

2:58
Présentateur

Dix ans après ces attentats, qu'est-ce que vous diriez qui a changé en France et chez nous ?

3:03
Raphaël Daubet

Je crois qu'on a, évidemment, découvert, je le disais, la liberté qui était la nôtre. Cette liberté et cette insouciance, à partir de 2015, s'est vraiment transformée en un sentiment de vulnérabilité. Et donc…

3:21
Présentateur

Dix ans après, c'est toujours, vous diriez, on ne s'est pas remis de cette fragilité.

3:25
Raphaël Daubet

Non, on a toujours ce sentiment que la sécurité, la sécurité publique, l'ordre public doit être préservée en permanence. On a une inquiétude vis-à-vis de ça. Or, je pense que, justement, liberté et sécurité doivent s'enraciner dans la République. Et on doit pouvoir renouer avec une forme d'insouciance qu'on avait avant, qu'on a un peu perdue.

3:47
Présentateur

Alors, à propos de ce que nous disent les victimes de leur difficile reconstruction, je propose d'écouter Arthur Desnouveaux, rescapé du Bataclan, et le président de l'association Life for Paris. On écoute un extrait de son discours hier.

3:59
Invité

J'aurais aimé vous dire que l'espérance nous avait portés, mais c'est faux. Elle ne trace aucun chemin. Les Grecs nous l'avaient d'ailleurs bien dit. Elle faisait partie des mots de la boîte de Pandore. Au fond, nous, victimes, nous n'avons rien d'autre à vous proposer qu'une exigence. Celle de vivre, en société, selon les valeurs et les lois qui ont fait de la France et de sa démocratie un modèle. Nous n'avons pas de remède contre la claustrophobie de ce présent que le passé n'éclaire plus et dont le futur semble insaisissable. Mais nous avons appris une chose. On ne défend bien que ce qu'on aime. Défendre la vie dans ce qu'elle a de plus beau, c'est refuser de céder à la peur.

4:46
Présentateur

En matière de valeurs, ce que nous dit Arthur, c'est très important aussi. Une fois que cette boîte de Pandore de l'horreur a été ouverte, il faut maintenant vivre avec ce malheur ?

5:00
Raphaël Daubet

Il faut vivre avec ce malheur, mais tout à fait. Je pense qu'il faut en effet continuer à défendre ce qu'est notre modèle démocratique, ce que sont nos valeurs humanistes. et il ne faut pas céder justement à la peur, à l'envie d'une forme de repli, de repli sur soi ou d'excès de zèle sécuritaire qui nous conduirait en fait à perdre en qualité de vie.

5:26
Présentateur

Est-ce que vous diriez, vous êtes inquiet du niveau de la menace terroriste, le ministre de l'Intérieur cette semaine au Sénat, qui parlait aux séances de questions d'actualité au gouvernement, d'une menace endogène des personnes radicalisées de plus en plus jeunes. Donc endogènes, c'est-à-dire qui viennent, qui ont grandi en France. On n'a pas encore vaincu ce terrorisme islamiste. Vous le dites, on est d'accord là-dessus ?

5:47
Raphaël Daubet

Bien sûr. Et on n'est pas près de le vaincre, à mon avis, ça va durer encore longtemps. Il faut que ce terrorisme fasse l'objet d'une vigilance particulière. Mais je crois que le ministre de l'Intérieur s'est justement exprimé sur le sujet cette semaine. Et l'importance de la coopération internationale. Je veux le redire parce que le ministre de l'Intérieur l'a dit aussi dans l'hémicycle. Mercredi, au moment des QAG, question du gouvernement, la coopération avec des pays comme l'Algérie, par exemple, qui reprend, c'est aussi une manière de lutter contre le risque terroriste.

6:19
Présentateur

Allez, on en vient à un deuxième grand thème dans cette émission. Nous allons évoquer l'état d'esprit des maires en France à quelques jours de l'ouverture de leur congrès, qui se tient à Paris la semaine prochaine. On va en parler avec Muriel Fabre, elle est secrétaire générale de l'AMF, l'Association des maires de France. Elle est également maire de l'Upper Time dans le Bas-Rhin. Bonjour à vous, Madame Fabre. Le CIVIPOF, le centre de recherche de Sciences Po Paris, qui publie ce matin une nouvelle enquête commandée par l'Association des maires de France et intitulée « Malgré un goût d'inachevé, les maires repartent au combat ».

Dans l'étude, on apprend que 6 maires sur 10 envisagent de se représenter. C'est plus qu'en 2019, à la même période avant les élections municipales. Comment est-ce que vous analysez ces chiffres et le moral des maires qui donc, a priori, repartent à la hausse cette année ?

7:08
Invité

En fait, c'est vrai qu'on a été agréablement surpris de voir que nombre de maires souhaitent se renouveler, mais c'est toujours à la hauteur des chiffres et d'une analyse un petit peu plus précise parce qu'on sait qu'un point important, notamment sur le fait de se renouveler ou en tout cas de poursuivre ces mandats, c'est l'âge. Et il est vrai qu'en fonction effectivement du taux de nos « retraités » ayant atteint 65 ans et plus, il peut aussi avoir cet effet « de renouvellement supérieur » pour ce mandat 2026. Donc, il faut vraiment qu'on soit dans la précision dans ce cadre-là.

Mais c'est vrai que ça dénote aussi cet esprit, d'ailleurs qui est noté en termes introductifs de cette enquête, très combattif en fait des maires de manière générale. Alors, on ne fait pas fi des difficultés, on sait très bien quels seront les enjeux à partir de 2026 et que l'on vit déjà actuellement, mais c'est vrai qu'il y a toujours cette volonté de faire, d'agir au quotidien et je trouve que ça dénote vraiment en fait l'esprit d'abnégation qu'ont toujours nos collègues maires au quotidien.

8:13
Présentateur

Voilà, et au moment où vous vous exprimez, on voit effectivement ces chiffres très différents en fonction de l'âge effectivement des maires sur l'idée ou pas de repartir. Évoquons un instant les maires qui décident bien de se représenter. Les deux premières raisons invoquées dans l'étude, c'est la logique de projet, c'est-à-dire de mener à bien un projet ou lancer un projet pour la commune. Et l'autre, c'est la logique de l'intérêt général. On se dit deux bonnes raisons en fait de repartir.

8:37
Invité

Effectivement, je pense que ça montre toute la passion finalement qu'ont les maires au quotidien pour œuvrer pour leurs concitoyens. Ils œuvrent au quotidien pour le quotidien d'ailleurs. Et faire aujourd'hui un projet, mettre en place en fait des politiques publiques qui répondent de manière très précise, de manière très pertinente sur leurs communes et sur leurs territoires, c'est vraiment ce qui nous rassemble de manière générale. Et c'est tout à notre honneur et c'est tout à l'honneur des élus locaux qui ont fait preuve finalement tout au long de cette mandature de gestion efficace malgré en fait la succession de crises.

Ils ont toujours été là en première ligne à vouloir faire, à vouloir agir, à pouvoir répondre même d'ailleurs en l'absence de réponse de l'État. Et on a vraiment démontré que les communes étaient un pôle de stabilité. Et c'est cela que démontre aussi finalement cette enquête que les maires sont vraiment là pour l'intérêt général, pour servir tout simplement.

9:37
Présentateur

Et alors Muriel Fabre, du côté des maires qui ne veulent pas repartir, les raisons invoquées c'est l'idée de reprendre la main sur leur vie personnelle et familiale. L'autre raison c'est d'avoir accompli leur mission.

9:51
Invité

Je pense qu'il ne faut pas faire fi non plus des difficultés qui sont celles de la conciliation de la vie familiale ou de la vie professionnelle avec une vie d'engagement de maire. On le sait en général, ce n'est pas du temps de partiel, c'est du 24 heures sur 24. Ça prend énormément de temps et parfois au détriment où on sacrifie une autre partie de sa vie. Donc c'est vrai que ça fait partie des propositions du travail qu'avait fait d'ailleurs l'Association des maires de France pour améliorer les conditions d'exercice du mandat. C'est aussi ce qu'on attend dans le cadre de la PPL actuellement en cours de lecture.

Et aujourd'hui, il y a besoin aussi de comprendre que c'est un sacerdoce, qu'on le fait évidemment avec envie et avec pugnacité, mais qu'il y a encore des freins. Par contre, le sentiment d'avoir fait son devoir, je pense que ça, c'est extrêmement important. Ça démontre ce qu'on en a dit tout à l'heure, c'est qu'effectivement les élus sont là pour faire, pour agir et pas pour servir leur intérêt personnel. Ce que l'on peut parfois avoir comme regard sur le politique, mais que l'on n'a pas évidemment sur le maire qui reste l'élu de confiance.

11:01
Présentateur

Effectivement, la proposition de loi sur le statut de l'élu qui continue son parcours parlementaire ces jours-ci. Quid de la question des violences ? Selon le rapport, depuis 2020, les violences symboliques, numériques et physiques, je cite, se sont d'abord envolées, puis légèrement stabilisées. Mais les chiffres restent effrayants. On est d'accord ? Est-ce que vous pouvez les détailler, les commenter pour nous s'il vous plaît ?

11:22
Invité

Je pense qu'effectivement, dès l'origine, dès 2020, l'Association des maires de France avait mesuré en fait cette montée des violences qui, heureusement, s'est stabilisée, mais qui reste inacceptable et inconcevable. Alors il y a évidemment les violences physiques, c'est celles, je dirais, dont on parle le plus.

Mais aujourd'hui, cette montée des incivilités, c'est-à-dire tout ce que l'on peut avoir par rapport à la diffamation, ce que l'on peut aussi avoir sur les réseaux sociaux, parce que c'est vrai qu'on s'est beaucoup armés d'éléments de communication, mais force est de constater que ces réseaux sociaux sont aussi source de tensions où, finalement, on a une mystérisation des propos, où l'on se sent parfois libre de dire tout sur tout et de manière très désagréable, voire très injurieuse.

Et aujourd'hui, on voit effectivement que la majorité des maires, finalement, ou en tout cas des élus locaux, a eu, à un moment donné, en fait, une situation de violence essentiellement verbale et qu'il nous appartient aujourd'hui de dénoncer. Mais il y a aussi cette difficulté aujourd'hui, parce que nous sommes l'élu de confiance, parce que nous sommes aussi en proximité. Nous sommes, finalement, la représentation globale de l'autorité, qu'elle soit locale, mais qu'elle soit aussi nationale.

Et on sent aussi que les tensions, parfois, qui sont liées, en fait, à des difficultés de débat au niveau national, à des incompréhensions de politiques publiques menées d'un point de vue national, se répercutent aussi sur le sentiment que l'on peut avoir de cette représentation, cette représentativité, entre guillemets. Donc, je pense qu'il faut à la fois dénoncer systématiquement, en fait, tous ces actes de violence. Il y a vraiment eu un travail de fond là-dessus. Armer aussi, pardonnez-moi l'expression, mais armer aussi nos élus dans ce cadre-là. Et c'est tout le travail que l'on fait avec les formations, notamment avec le GIGN et le RAID.

Et surtout, analyser de manière plus profonde les causes pour pouvoir y répondre de manière très claire et très précise.

13:25
Présentateur

Merci, Muriel Fabre. Restez avec nous un instant, s'il vous plaît. Raphaël Dobé, qu'est-ce que vous voulez dire aujourd'hui à ces représentants des maires à l'AMF, à la veille de l'ouverture de leur congrès ? Quelles sont les remontées de terrain que vous avez dans le lot, vous, sur l'état d'esprit ?

13:39
Raphaël Daubet

C'est à peu près les mêmes. Moi, je voulais remercier d'abord nos représentants de l'AMF. Ils sont très présents et ils défendent bien les maires et cette fonction d'élu qui est si magnifique. Moi, les remontées de terrain… D'abord, je suis heureux de voir que l'engagement local a toujours cette vigueur et c'est très profond parce que vous savez, j'ai été maire pendant des années. Je sais ce que c'est, c'est passionnant d'être maire. C'est très difficile, c'est vrai. C'est un engagement total, mais en même temps, c'est passionnant. Et donc, je ne suis pas très surpris et je le ressens aussi dans mon département. Après, il faut être attentif quand même aux maires.

Et je le dis parce qu'ils sont sortis tout de même essorés de ce mandat qui a été complexe entre la crise sanitaire et le reste. Ils ont le sentiment… – C'est du pouvoir d'achat aussi. – Oui, le pouvoir d'achat. Et ils ont le sentiment à la fois de ne pas avoir eu… C'est ça qu'on entend par sentiment d'inachevé, je crois. Le sentiment de ne pas avoir eu tout à fait les moyens financiers et humains dont ils auraient eu besoin pour mener à bien leur action publique.

14:34
Présentateur

– Et les projets qu'ils avaient pour les communes.

14:36
Raphaël Daubet

– C'est ça, c'est ça, les projets, c'est de l'action publique. Et en même temps, attention, on leur met sur les épaules beaucoup de responsabilités. Ils sont un peu les derniers pieds de la République. Chacun s'accorde à dire que finalement, le maire bénéficie d'une forme de légitimité et de crédibilité dans la société que les autres élus ont perdu, y compris les parlementaires dont je suis. Il faut faire attention à eux parce que c'est vrai et ils sont un point de repère pour nos concitoyens, mais ils doivent être aussi protégés. Et je pense que l'instabilité politique ne les rassure pas. Et je les sens inquiets aussi.

15:13
Présentateur

– Et vous regrettez que le texte sur le statut de l'élu prenne autant de temps à voir le jour ? On est sur une proposition de loi, donc c'est deux lectures par chambre, ça aurait pu aller beaucoup plus avec un projet de loi. Et là, on voit que même à l'Assemblée nationale, il faut encore attendre pour voir l'examen.

15:25
Raphaël Daubet

– Oui, mais les procédures démocratiques et législatives sont toujours très longues, c'est vrai, trop longues. C'est un texte, il faut le dire aussi quand même, qui ne va pas révolutionner le statut des maires. Et la difficulté dont on parlait tout à l'heure, la conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle.

15:40
Présentateur

– Justement, oui, il y a des mesures dans ce texte.

15:42
Raphaël Daubet

– Oui, il y a quelques mesures, mais néanmoins, ça restera un sujet, et la vie d'élu, ça restera un sujet.

15:48
Présentateur

– Muriel Fabre, juste un dernier mot avant de vous quitter. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur le congrès des maires qui se tient la semaine prochaine ? Quelle va être la tonalité ? Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?

15:57
Invité

– Je pense que l'objectif déjà du congrès des maires, c'est d'être évidemment là pour rappeler et alerter sur tout ce qui aujourd'hui trouble notre efficacité au quotidien. Donc nous, ce qu'on souhaite d'abord et avant tout, c'est retrouver notre capacité d'agir. Et c'est vrai, ça a été dit, face à cette recentralisation financière, on souhaite retrouver du souffle et une autonomie dans ce cadre-là. Mais on souhaite aussi que cette bureaucratie excessive, qui nous étouffe au quotidien, soit enfin conclue par des actes de simplification. Et ce que l'on souhaite, tout simplement, en fait, c'est un peu plus de liberté. Et c'est ce que l'on va démontrer tout au long de ce congrès.

16:39
Présentateur

– Merci Muriel Fabre d'avoir été en notre compagnie ce matin et donc Public Sénat qui bouleverse son antenne à partir de lundi pour suivre le congrès des maires de France. Des émissions spéciales seront à vivre toute la semaine sur l'antenne de Public Sénat. Merci à vous. Raphaël Daubé, on en vient à votre proposition de loi adoptée la semaine dernière. Vous avez présenté un texte qui crée une nouvelle profession médicale assistant de santé buccodentaire. L'idée, c'est de libérer du temps médical aux chirurgiens dentistes. Quel était le constat de départ ? C'est-à-dire qu'il y a de graves problèmes d'accès à un dentiste dans de nombreux départements en France.

17:14
Raphaël Daubet

– Oui, en fait, c'est difficile d'obtenir un rendez-vous. Et les délais explosent. Nos concitoyens ont beaucoup de mal à obtenir un rendez-vous, même pour un simple contrôle ou un simple détartrage. Et donc, il s'agissait de libérer du temps médical pour les chirurgiens dentistes, c'est-à-dire leur permettre de se consacrer à des tâches un peu techniques, un peu difficiles et permettre que d'autres professionnels de santé qui seront ses assistants en santé buccodentaire puissent les aider dans une forme de délégation de tâches.

17:40
Présentateur

– Qu'est-ce que votre proposition de loi crée véritablement ? On le dit, un nouveau métier, mais pourquoi est-ce qu'il fallait passer par une proposition de loi ? Pourquoi il fallait passer par un texte de loi ?

17:49
Raphaël Daubet

– En fait, cette proposition de loi, vous savez, elle n'invente pas grand-chose. Ça existe déjà, c'est un métier qui existe déjà sous une forme un peu différente à l'étranger. Au Canada, en Belgique, en Allemagne, qu'on appelle des hygiénistes dentaires. C'est légèrement différent, mais cette proposition de loi, elle était attendue par la profession depuis des années. Et puis, elle avait fait l'objet, dans la loi Riste, déjà d'une première volonté politique, mais qui n'avait pas pu aboutir.

18:17
Présentateur

– Une loi de 2023 ?

18:18
Raphaël Daubet

– Exactement, en 2023.

18:19
Présentateur

– Et qui n'avait pas pu se transformer en texte…

18:20
Raphaël Daubet

– Non, pour des raisons juridiques et techniques dans lesquelles je ne vais pas rentrer, mais donc, il fallait réécrire une loi et donc créer, en effet, cette nouvelle profession qui exercera sous le contrôle, sous la responsabilité d'un chirurgien dentiste, mais qui pourra aussi aller en dehors du cabinet, faire des actions de prévention dans les EHPAD, dans les maisons de retraite ou dans les écoles.

18:39
Présentateur

– Justement, écoutons la ministre à ce sujet, parce que le gouvernement a dit soutenir la proposition de loi la semaine dernière en séance. Écoutez donc Charlotte Parmentier-Lecoq qui représentait le gouvernement en séance jeudi dernier.

18:49
Invité

– Vous l'aurez compris, le gouvernement soutient très fortement les dispositions que vous proposez dans cette proposition de loi. En effet, elle répond à un double enjeu fondamental. Le premier enjeu est celui de l'équité territoriale. Le second enjeu, c'est celui de l'accès à la prévention. Nous savons que la prévention buccodentaire est à la fois moins coûteuse, moins invasive et plus efficace à long terme que la prise en charge de pathologies installées.

19:21
Présentateur

– Voilà, on est au cœur du sujet, la question de la prévention qui est très importante. Il faut aussi passer par là pour prendre ce tournant radical vers la prévention en matière de santé.

19:32
Raphaël Daubet

– Oui, c'est un des grands combats que nous avons à mener. C'est ce virage préventif qu'on doit faire prendre à notre modèle social. Pas facile et en matière dentaire, buccodentaire, il y a évidemment quelque chose à faire parce qu'on sait que la prévention empêche, si vous voulez, la perte des dents, des maladies, des gencives, qu'on appelle des parodontites. Et donc, il y a un vrai sujet. – Oui, je suis cher aux dentistes de profession, donc je connais un peu le sujet, mais il y a une vraie utilité à la prévention et ça coûtera beaucoup moins cher. Donc, c'est aussi ça, cette ambition qui est portée par ce texte.

20:04
Présentateur

– Et j'en reviens au début de cette interview, on disait qu'il y a vraiment un sujet très important avec la question de la santé buccodentaire parce que c'est un révélateur des fractures sociales et territoriales aussi dans notre pays. et donc, vous qui avez été dentiste de profession, vous les avez vues concrètement, ces fractures sur le terrain ?

20:21
Raphaël Daubet

– Oui, bien sûr, j'ai vu ces fractures. Moi, j'ai été dans un département qui n'est pas un désert médical, mais qui, comme beaucoup de départements ruraux, éloignés des grandes villes, subit un phénomène d'érosion de ces effectifs, forme de désertification médicale, on peut le dire. Et donc, oui, j'ai vu des salles d'attente pleines à craquer, j'ai vu des rendez-vous qu'on ne peut pas honorer parce que le téléphone sonne en permanence. Donc, je sais la difficulté pour les professionnels d'assumer cela et pour nos concitoyens, surtout, d'obtenir un rendez-vous. – Et puis, quand on a un problème…

– Pardon, mais je ne suis pas sûr que cette proposition de loi soit une baguette magique qui va résoudre définitivement le problème en France, mais en tout cas, elle est certainement un élément facilitateur qui viendra solutionner une partie du problème.

21:06
Présentateur

– Et quand nos concitoyens ont des problèmes avec ces problèmes de santé, des dents, de la bouche, vous le dites aussi, c'est ensuite toute une vie et qui est bouleversée pour ces Français. Vous avez tenu un plaidoyer comme ça, même un plaidoyer pour le sourire en séance, on vous a entendu.

21:21
Raphaël Daubet

– Oui, merci, oui. J'ai essayé d'expliquer l'importance de la bouche et l'importance du sourire. Et en effet, je le rappelle, il y a des enjeux physiologiques que tout le monde connaît, et l'état de santé de la bouche reflète toujours l'état de santé général, et donc c'est très important. Mais il y a aussi des effets psychologiques et des effets sociologiques. Et en effet, il y a une forme de sociologie du sourire. Le sourire est un instrument dans la vie quotidienne, dans la vie de tous les jours. Et il faut permettre que chacun puisse en arborer un dont il soit fier.

21:49
Présentateur

– Oui, et un dernier mot sur la proposition de loi. Une proposition de loi, c'est un processus très long. Il y a deux lectures par chambre. Quand est-ce qu'on peut voir la mesure être très concrète pour les Français ? Ce nouveau métier apparaître dans notre quotidien ?

22:02
Raphaël Daubet

– Alors, pour le coup, là, ça sera un peu moins long que d'habitude puisque le gouvernement a engagé, vous le savez, une procédure accélérée. Donc il n'y aura qu'une lecture par chambre. Et c'est ça, en fait, le soutien que le gouvernement apporte à ce texte. Il est très précieux. Il va permettre de raccourcir les délais de la procédure. – Super. – Donc j'espère que d'ici quelques mois, le texte sera passé à l'Assemblée nationale.

22:20
Présentateur

– Et ce métier, du coup, dans nos quotidiens, pour accélérer, pour faire des rendez-vous chez le dentiste. – Exactement. – Allez, on en vient à l'actualité dans nos régions grâce à nos partenaires de la presse quotidienne régionale. Direction Limoges, pour retrouver Olivier Chaperon, rédacteur en chef du Populaire du Centre. Bonjour à vous, Olivier. On va parler avec vous du mois sans tabac et d'un message à destination des plus jeunes.

22:46
Invité

– Absolument. Parce qu'aujourd'hui, on constate que 100 millions de personnes vapotent dans le monde, dont 15 millions d'adolescents. Alors c'est énorme, ça fait 15%, le calcul est vite fait. Et pour comprendre un peu le mécanisme, on a interrogé les auteurs d'une BD, Guillaume Coudray, qui est journaliste d'investigation par ailleurs, et Émilie Lambrey, qui est illustratrice. Alors, ce n'est pas vraiment une surprise, on connaît les pouvoirs de l'industrie du tabac, qui est extrêmement active en matière de lobbying auprès des institutions. Elle l'est pas moins en matière de marketing. Et à travers cette BD, on découvre un peu tous les rouages de l'empire des manières du tabac.

Et les spécialistes parlent eux-mêmes d'une conspiration de la part des industriels du tabac. Alors, il y a deux héros dans cette BD qui vont mener une enquête pour essayer de comprendre quels sont les arcanes de l'industrie. L'idée, en fait, c'est de faire comprendre que les jeunes sont délibérément ciblés par ces industries afin de maintenir les profits des entreprises en question. Et plus on avance dans le récit de cette BD, plus on constate que la vape et le tabac sont alliés plus que même liés.

Les industriels ont acheté les droits, les brevets, fabriquent eux-mêmes les produits qui sont liés à la vape et en même temps fabriquent aussi des systèmes médicaux au travers notamment des inhalateurs qui permettent de soigner les malades. Alors, une fois qu'on a compris tout ça, l'idée de la BD, c'est pas d'être radiatrice, loin s'en faut, bien au contraire, mais de faire comprendre aux jeunes les dangers de la coutumance puisque il faut savoir notamment qu'un fumeur fait huit tentatives avant de parvenir à arrêter de fumer. Donc, il y a un véritable enjeu de prévention en la matière.

24:28
Présentateur

Alors Olivier, vous avez une question spécialement pour notre sénateur ce matin.

24:32
Invité

Absolument. Alors, on sait que la production de tabac est en déclin. Le lot a été une zone particulièrement importante de production. Il y a encore une dizaine d'années, on comptait 135 producteurs. Aujourd'hui, ils sont moins de 25 d'après les chiffres. Comment on accompagne aussi ce tournant pour les producteurs qui faisaient une partie de leur chiffre d'affaires avec la production de tabac ? Alors, un tabac de qualité, mais qui va tendre à disparaître a priori. Une réponse rapide, s'il vous plaît.

24:59
Raphaël Daubet

Écoutez, ça fait partie de l'érosion du monde agricole qu'on observe, il y a de moins en moins d'exploitants. C'est vrai que moi, quand j'ai participé à la récolte des feuilles de tabac quand j'étais étudiant, je faisais des jobs étudiants l'été. Donc, je connais bien le sujet, mais en effet, les agriculteurs se sont tournés dans le lot vers d'autres cultures, vers d'autres productions, et notamment la noix, le noyer, qui devient évidemment la production dans la vallée de la Dordogne la plus importante.

25:27
Présentateur

Eh bien, merci. Merci, Olivier. Je montre ce matin la une du populaire du centre. On voit votre journal, la vape, piège à tabac pour les jeunes. Merci, Olivier, d'avoir été en notre compagnie ce matin. Et merci aussi à vous, Raphaël Daubé, d'avoir été dans cette émission, votre première télévision. Voilà, on se reviendra. Merci beaucoup. Merci à vous.