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interviewAvec Édouard (Horizons)· 18 mai 2025 60 min

Discours d'Édouard Philippe au Congrès Horizons de Marseille - 17 mai 2025

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Édouard Philippe

le général de Gaulle disait qu'il était le seul Français plus connu que lui. Marseille, Marseille, incarnation France qui est ouverte sur le monde, rebelle depuis longtemps, toujours méfiante des sentiments que lui porte le pouvoir central et à qui on doit pourtant notre hymne national. Marseille, la ville de Raymond de Tillon, résistante communiste, déportée, députée, et la ville de l'amiral Muselier, premier officier général à rejoindre la France libre et à qui l'on doit, entre autres, entre beaucoup d'autres, la croix de Lorraine, la libération de Saint-Pierre-et-Miquelon et un petit-fils cher Renaud que je suis très heureux de retrouver ici.

Je les cite tous les deux, la communiste et l'amiral, parce que je n'oublie pas que le général de Gaulle, lorsque le combat pour la France s'est engagé, a appelé tous les Français qui le souhaitaient à le rejoindre et à se battre. Et quand la résistance s'est étoffée, quand la France libre s'est organisée, il n'a jamais fait le tri entre la droite et la gauche. Il n'a jamais fait le tri dans ceux qui le rejoignaient entre ceux qui, avant, venaient de la droite ou ceux qui venaient de la gauche. Il n'était pas communiste, le général, non. On le comprend d'ailleurs, enfin moi je le comprends. Et nous savons combien les communistes l'ont combattu, y compris violemment.

Mais le général savait que lorsque le danger est existentiel, il faut parfois s'entendre avec ses adversaires pour pouvoir combattre et vaincre un ennemi commun. Et je n'oublie pas que c'est à Marseille, en novembre 1961, qu'il a déclaré par une formule qu'il avait d'ailleurs utilisée deux ans avant mais dans un autre contexte et en la modifiant un tout petit peu. Non, parce que moi aussi je sais faire des citations. Je ne sais pas d'ailleurs d'où vient cette légende selon laquelle on ferait des citations chez Horizons. Ce n'est pas vrai. Mais je voudrais quand même vous faire une citation.

C'est celle du général qui dit donc, en novembre 1961, qu'il n'y a qu'une seule querelle qui vaille, c'est la querelle de la France. Et c'est ce qu'il dit en novembre 1961 à Marseille. Marseille, ville rebelle, ville frondeuse, mais ville dont nous ne voulons pas qu'elle devienne insoumise. Marseille, Marseille, ville que j'aime, parce que c'est la ville natale de ma mère, parce que le maire du Havre sait que Marseille est le premier port français, par l'ancienneté, 2600 ans, à jamais le premier si j'ose dire.

Vous savez qu'au Havre, le club de foot, qui est le premier club créé en France, et qui lui aussi a jamais le premier, si vous voyez ce que je veux dire, c'est vrai que son palmarès n'égale pas celui de l'OM, c'est vrai que l'OM l'a corrigé la semaine dernière, je vous remercie. Mais enfin, l'OM est désormais en Ligue des champions, et je lui souhaite pour la saison prochaine, tous les succès. La concurrence entre, la concurrence, l'émulation on va dire, entre Marseille et le Havre n'est pas qu'une affaire de foot, c'est évidemment une concurrence et une émulation entre les deux principales villes portuaires de France. Et il se trouve que j'aime bien la concurrence. Elle est saine.

La concurrence ne nous fait pas peur. Elle est une excellente chose parce qu'elle vous oblige à être meilleur, parce qu'elle vous oblige à être plus concentré, plus attentif, plus imaginatif, peut-être plus disponible encore. La semaine dernière, comme le disait très justement Martine, j'ai passé deux jours ici à Marseille pour réfléchir avec les autorités portuaires locales aux enjeux du développement portuaire ici, pour mieux comprendre les projets dans l'interface entre la ville et le port. Et je peux vous dire, et je le dis, cher Renaud, président de la région, que les projets de développement, qu'ils soient portuaires ou industriels, à Marseille sont impressionnants.

Et que cette qualité, cette ambition et l'intensité de ces projets vont conduire le maire du Havre à être encore plus déterminé, à rester le premier port du commerce extérieur français. J'aime Marseille, mes amis, comme un homme du Nord aime la Méditerranée, en étant fasciné par les Marseillais, par leur colère, par leur pudeur, par leur fierté, par leur solidarité face à l'adversité, par leur capacité à se diviser sur à peu près tout, mais à se rassembler lorsque le moment est important, sur leur façon, en somme, d'être magnifiquement et, je dirais, presque exagérément français.

Je ne crois pas, mesdames et messieurs, ou plus exactement, je pense que si Edmond Ronstant n'était pas né à Marseille, Cyrano de Bergerac n'aurait pas le même panache. J'aime Marseille, j'aime Marseille, comme j'aime la France, mais comme disait le même Cyrano, comme il le disait à propos de son épée, il faut la remuer car elle s'engourdit, ce que c'est de la laisser inoccupée. Eh bien, mes amis, je crois que notre France, elle aussi, elle s'engourdit. À force de reculer, à force de se dérober, à force de s'oublier, à force de s'apitoyer au lieu de se battre pour affronter les vrais problèmes, elle s'abandonne.

Et si nous sommes tous ici rassemblés à Marseille, c'est au fond parce que nous voulons retrouver le fil de l'épée, celui de notre histoire française. Dans l'éternel ressac de la puissance et de l'impuissance, la France d'aujourd'hui a reflué un peu trop loin du côté de l'impuissance. Peu de villes incarnent autant que Marseille la puissance et l'ouverture de notre pays sur la Méditerranée et donc sur le monde. Mais peu de villes incarnent autant que Marseille l'abîme qui peut séparer en France la réalité et la manière dont certains la représentent.

J'aime Marseille, mais je refuse de fermer les yeux sur la violence qui gangrène certains quartiers, comme elle gangrène d'ailleurs une partie de la France. Je refuse de fermer les yeux sur l'appauvrissement qui creuse des poches de détresse et parfois de séparatisme à Marseille et ailleurs en France. J'ai bien vu la formidable rénovation de la Belle de Mai ou d'Euro-Méditerranée, mais je sais qu'en dépit de ces rénovations et de ces projets, le troisième arrondissement de Marseille reste le plus pauvre de France métropolitaine. Et voyez-vous, je n'ai jamais cru que la misère était moins pénible au soleil. Jamais. Je refuse... Je refuse de fermer les yeux sur l'essor du communautarisme.

Oui, Marseille a toujours été une ville d'immigration, une ville de diversité, une ville de mélange et de communauté. Mais elle ne peut pas et elle ne doit pas être une ville de communautarisme. L'immigration, ça n'est pas le communautarisme. L'immigration, mes amis, l'immigration, c'est le petit Albert Cohen qui débarque à Marseille en 1900, fuyant les pogroms de son île grecque. Il a cinq ans quand il arrive à Marseille et il découvre que la France, ça n'est pas parfait. Il découvre que la société française est traversée par un antisémitisme profond, celui de l'affaire Dreyfus. Mais il découvre aussi qu'il y a l'école. Et à l'école, il devient français.

Et sur les bancs du lycée Thiers, il rencontre Marcel Pagnol et ils deviennent tous deux amis, frères, frères dans la langue française, frères dans la méritocratie républicaine. L'immigration, c'est le jeune Missak Manouchian qui débarque à Marseille en 1924 avec beaucoup d'autres rescapés du génocide arménien et qui donnera sa vie pour libérer la France en 1944 parce qu'elle était devenue son pays de référence. L'immigration, mes amis, ce sont des milliers et des milliers de gens qui sont devenus français, aussi français que moi, en donnant d'eux-mêmes, en donnant de leur travail, en donnant de leurs efforts, de leur amitié à la France et aux Français. Ça n'est pas le communautarisme.

Et pourtant, et pourtant, aujourd'hui, la France a un problème avec le communautarisme. La France a un problème avec ceux qui viennent ici et ne respectent pas la loi. La France a un problème avec ceux qui, pour revendiquer leur attachement à une communauté, se délient de leur attachement à la nation. La France a un problème avec le communautarisme et ce que je veux, c'est que demain, ce soit le communautarisme qui est un problème avec la France. Parce que la France n'acceptera jamais d'être réduite à une addition de communautés. Parce que la France n'a pas pour projet de cantonner chacun à une communauté et de le regarder en tant qu'il est membre de cette communauté.

La France ne connaît qu'une communauté, la communauté nationale. La France et la République veulent que chaque individu s'épanouisse, libre, égal endroit à tous les autres. La République, elle ne trie pas entre ses enfants selon leur couleur de peau, selon le lieu de leur naissance, selon le lieu de naissance de leurs parents, selon la langue que parlaient leurs parents ou selon la langue qu'ils continuent parfois à parler. La République ne doit trier qu'en fonction du mérite et de la loi. D'un côté, ceux qui la respectent et de l'autre, ceux qui ne la respectent pas. À Lille, je suis là, je ne vais pas partir.

À Lille, la ville natale du Général, j'avais parlé d'une cause majeure de l'affaiblissement de la France, l'impuissance publique, en nous invitant à réfléchir à la façon dont nous pouvions restaurer l'efficacité de l'État et la légitimité de ses gouvernants. Aujourd'hui, à Marseille, je voudrais vous parler d'un autre sentiment qui abîme notre démocratie, qui corrode notre contrat social et qui nourrit le populisme comme aucun autre. Je veux vous parler de l'acide le plus puissant pour dissoudre la nation, du moteur le plus efficace pour monter les Français les uns contre les autres et contre leurs institutions et donc d'un des dangers les plus menaçants qui nous guettent.

Dans cette ville où Edmond Dantès a été condamné alors qu'il était innocent, je veux vous parler d'injustice. De l'injustice vécue par celui qui travaille dur pour gagner le SMIC et qui ne comprend pas pourquoi son voisin, sans réellement travailler, gagne à peu près autant que lui. De l'injustice vécue par celle qui travaille dur et qui voit parfois son patron gagner cent fois plus qu'elle. Comment prétendre, comme nous le faisons souvent, que le travail est une valeur lorsque les rémunérations paraissent totalement déconnectées de la réalité ou de l'utilité du travail ?

Comment accepter l'injustice crasse qui s'abat sur l'élève, qui a bien travaillé à l'école, qui veut aspirer à des études d'enseignement supérieure, qui choisit sa formation, qui obtient sa formation, mais qui doit renoncer à cette formation parce qu'il ne peut pas trouver un logement trop cher dans la ville où il a poursuivi et où il souhaiterait poursuivre ses études ? Comment, mes amis, ne pas être effrayés par l'injustice que ressentent des milliers d'étudiants et leurs parents, à qui on a fait miroiter une place dans l'ascenseur social au prix d'études supérieures dans des formations qui ne débouchent sur rien ?

Et l'injustice explosive que ressentent tous ceux qui ne trouvent pas de stage et qui ne sont pas rappelés quand ils ont envoyé leur CV parce qu'ils ont un nom ou un prénom qui ne sonne pas français ? Les discriminations que subissent nos concitoyens, je vous le dis, sont une insulte à notre République, sont une injustice criante, sont une salissure inacceptable. Comment, et comment, comment ne pas devenir fou devant l'injustice vécue par cet homme de 95 ans qui doit payer la facture de 17 000 euros laissée par les squatteurs de son logement ? Comment est-ce possible ?

Comment ne pas partager la colère que ressentent les habitants de tant de quartiers quand ils voient qu'un dealer peut être condamné une fois, deux fois, dix fois pour des petits délits qui leur pourrissent la vie sans jamais mettre un pied en prison ? Ces injustices et bien d'autres encore, nous les expérimentons souvent. Elles ont de quoi nous rendre malades. Elles alimentent la rancœur, la colère, l'extrémisme, de droite ou de gauche. Rien ne sera fait de grand et de sérieux dans notre pays si nous ne remettons pas la justice au cœur de notre action. Et la justice, quand on y réfléchit bien, c'est à la fois une valeur et une institution.

Et le moins qu'on puisse dire, c'est que l'institution va mal. Pour remettre de la justice dans ce pays, il faut donc d'abord et avant tout transformer l'institution judiciaire. Parce que la justice, c'est la première politique régalienne de l'État. J'ai même tendance à penser qu'elle est la première fonction de l'État. Sans une justice efficace, pas d'ordre, pas de confiance, pas de lien social. Or, notre justice va mal. Je le dis calmement, parce que ceux qui me connaissent savent que je suis plutôt un homme de colère froide que d'explosion brutale. Mais notre justice ne sait plus, n'a plus les moyens de juger vite. Parfois, on se demande même si elle sait encore juger bien.

En tout cas, elle ne sait plus être comprise. Elle ne sait plus faire face à la violence de notre société. Car là encore, il faut avoir les yeux pour le voir et les mots pour le dire, notre pays est devenu violent. L'un des plus violents d'Europe. Chaque jour, nous déplorons en moyenne trois meurtres ou assassinats, 600 cambriolages, plus de 23 vols avec armes, plus de 700 vols dans les véhicules et plus d'un millier d'escroqueries. Entre 2016 et 2024, le nombre de victimes d'homicides a augmenté de 20%. Nous détenons en France le record de l'Union européenne pour le nombre d'homicides par an, trois fois plus que l'Italie.

L'Italie, vous savez, dont on se plaisait à penser pendant longtemps en France qu'elle était un pays ultra-violent, que c'était le pays de la mafia. Ce qui était vrai trois fois plus aujourd'hui d'homicides en France qu'en Italie. Alors, on ne peut pas, face à cette violence, parler de sentiments d'insécurité. L'insécurité, ce n'est pas un sentiment, c'est une réalité quotidienne, parfois asphyxiante. Pas partout, évidemment. Les Marseillais savent que les violences se concentrent souvent dans certains quartiers autour du trafic de drogue, mais ils savent aussi que ces violences peuvent à tout moment exploser n'importe où.

La vérité, comme vous l'avez dit justement, c'est que le narcotrafic est devenu une menace pour l'État et pour la société. Sur toute l'Europe, et en France tout autant qu'ailleurs, une vague de produits stupéfiants se déverse en empruntant les chemins de la mondialisation. Ici, à Marseille, chez moi, au Havre, nous voyons ce qu'entraîne le narcotrafic. les masses considérables d'argent sale, les menaces, les violences, la corruption, la ruine de vies individuelles, la corrosion du tissu social.

Alexandre Vincendez, le maire de Rieux-la-Pape, me disait combien, dans les événements qui ont malheureusement agité sa commune, on voyait la trace des luttes de pouvoir pour récupérer le point de deal et donc la place du narcotrafic. Alors évidemment, l'État ne reste pas inactif. inactif, la justice ne reste pas inactif face à cela. Des moyens sont déployés dans les ports, dans les aéroports, une nouvelle organisation judiciaire va être mise en oeuvre avec la création de ce qu'il est convenu d'appeler le parquet national spécialisé dans la lutte contre les trafics. Et je veux dire combien je salue ces initiatives prises par les ministres Retailleau et Darmanin en la matière.

Je veux dire combien, surtout, je salue le combat, car c'est un combat, le combat courageux des policiers, des gendarmes, des douaniers et de tous ceux qui n'acceptent pas cette gangrène. Mais l'issue de ce combat est incertaine. Et comment imaginer remporter la victoire avec les instruments qui sont les nôtres aujourd'hui ? Je vois de plus en plus en matière de violence poindre et se répondre une forme de renoncement, de lâcheté intellectuelle, de désinvolture coupable consistant à considérer que la société est plus violente. Et voilà. Qu'on ne pourrait rien y faire. Que ce serait l'époque qui voudrait ça.

Eh bien, je le dis et nous le savons tous ici et il faut le dire et le redire, ça n'est pas acceptable et nous ne devons pas l'accepter. Nous ne devons pas accepter l'idée qu'il serait normal que près de 80% des commerçants déclarent avoir subi un vol à l'étalage l'année dernière. 80% des commerçants déclarent avoir subi un vol à l'étalage l'année dernière. Nous ne pouvons pas accepter que ces vols restent, pour l'immense majorité d'entre eux, totalement impunis.

Nous ne devons pas accepter que des gamins tabassent des pères de famille pour une cigarette ou pour un mauvais regard, que des individus forcent des barrages au péril de celles et ceux qui servent l'État, que des vieillards ou des enfants soient attaqués à raison de leur religion, que des enfants soient victimes de balles perdues, que n'importe qui d'ailleurs soit victime de balles perdues, que des drames épouvantables nous endeuillent collectivement à Crépole, à Paris, à Châteauroux ou à la Grande Combe. Quand les Français et les Françaises voient cela, ils se disent que notre société subit une forme d'ensauvagement et ils ont malheureusement raison.

Oui, les détenteurs de l'autorité sont devenus des cibles privilégiées et récurrentes d'attaques qui les visent parce qu'ils sont des symboles de notre République. C'est le cas des professeurs, c'est le cas des élus, c'est le cas des forces de sécurité. Songez, mesdames et messieurs, qu'il y a quelques semaines, nos prisons ont été attaquées de façon coordonnée deux soirs de suite pour affaiblir l'autorité de l'État, pour affaiblir la force de la justice. Les agents pénitentiaires qui y travaillent sont la cible de menaces et d'agressions qui visent à quoi ?

À instiller un climat de terreur en les intimidant et en dissuadant toutes celles et ceux qui voudraient se tourner vers les métiers de la sécurité. C'est ce combat que nous sommes en train de mener, c'est ce combat que nous devons mener. Et ce n'est pas un petit combat, car quand il n'y aura plus assez de gens pour le livrer, il sera perdu. Il sera perdu. Oui, nous devons dire et reconnaître que la petite et la moyenne délinquance explose et qu'elles sont de plus en plus causées par les plus jeunes, voire par des très jeunes délinquants. En 2024, les mineurs de 13 à 17 ans étaient responsables de 35% des vols violents sans armes. Entre 13 et 17 ans, 35% des vols violents sans armes.

Disons-le parce que les Français enragent qu'on se refuse à nommer les choses. Une partie de la violence qui s'exprime dans notre société est liée à l'immigration. Je me contente sur ce sujet de faire état de fait. En 2023, près de 17% des condamnations pour des délits ou pour des crimes concernaient des étrangers. Ils représentent environ 8% de la population française. En 2023, 52% des mises en cause partout en France pour vols ou violences dans les transports en commun étaient étrangers. Un étranger, lorsqu'il est accueilli en France, doit, et ça me paraît la moindre des choses, être irréprisant. Irréprochable avec les Françaises et les Français, irréprochable envers la France.

Sinon, il doit être reconduit dans son pays et je ne vois pas au nom de quoi il pourrait en aller autrement. Et il ne me viendrait pas à l'idée d'imaginer un droit plus sévère pour les étrangers parce qu'ils sont étrangers. Mais je ne vois pas en vertu de quoi des étrangers qui sont accueillis par la France auraient un droit à rester sur notre territoire dès lors qu'ils ont fait l'objet d'une condamnation pour des délits ou pour des crimes. Il fut un temps, il fut un temps, il y a un petit peu plus de 20 ans, où la double peine fut supprimée. C'était une erreur.

Je vous le dis comme je le pense, aucun étranger n'a un droit au séjour sur le territoire national dès lors qu'il a commis un crime ou un délit et ça me paraît relever du bon sens. Et face à cette montée de la violence, quelles que soient ses causes, la justice n'est pas, je crois, à la hauteur. Elle est à la fois lente et bien souvent perçue comme hypocrite. Quand je dis lente, je devrais dire interminable de lenteur. Depuis quelques jours, vous l'avez sans doute remarqué, on juge les auteurs du cambriolage de la star américaine Kim Kardashian. Le monde entier en a parlé. Si vous l'avez raté, je ne sais pas comment vous avez fait.

Dans cette affaire, les suspects ont été arrêtés quatre mois après les faits. Quatre mois. En vérité, la police a très bien fait son travail. Arrêter des suspects d'un cambriolage quatre mois après les faits, c'est assez admirable. Le procès, lui, intervient huit ans après les faits. L'un des accusés est mort. L'autre a un bon début d'Alzheimer. Non, mais attendez. On peut en rire. Et d'ailleurs, je le dis de façon relativement légère, mais on devrait en pleurer. Il n'y a aucune raison, aucune raison intellectuelle pour imaginer qu'un procès pénal, alors que les suspects ont été arrêtés rapidement après les faits, mette autant de temps à être jugé.

Et nous, nous couvrons, je vais vous le dire, de ridicule aux yeux du monde, en acceptant des délais aussi longs. En matière criminelle, le délai moyen entre l'infraction et le jugement, c'est 35 mois. C'est presque trois ans. Et si vous allez en appel, vous rajoutez au moins 18 mois supplémentaires. Et c'est un délai moyen, sans doute un tout petit peu en dessous pour certains, certainement beaucoup plus pour beaucoup d'autres. Ces délais sont totalement déraisonnables.

Pour des milliers et des milliers de Français, ce sont des drames humains, ce sont des tragédies qui se perpétuent à bas bruit, ce sont des deuils ou des réparations qui ne se font pas, ce sont des vies qui ne se guérissent pas. Et j'insiste là-dessus. Celui qui est le plus susceptible de subir cette lenteur, c'est la victime. C'est toujours la victime. Et quand la justice ne fonctionne pas, c'est toujours au détriment de la victime. Alors, mesdames et messieurs, ce constat, ce constat qui est vrai en matière pénale, ne l'est pas qu'en matière pénale. en matière civile, c'est tout aussi vrai. Le civil, c'est tout ce qui touche au quotidien de la vie privée ou professionnelle des Français.

Alors, on en parle souvent peu parce que souvent, quand les responsables politiques parlent de la justice, ils parlent du pénal, ils parlent du crime, ils parlent de la sécurité. Mais la justice civile, celle qui tranche les contentieux entre voisins, les contentieux liés à la famille, celle qui permet aux héritages de se faire lorsqu'ils sont contestés, celle qui intervient dans le domaine commercial, entre commerçants, entre entrepreneurs. Toute cette justice voit ces délais de jugement s'accroître à un point tel que beaucoup de nos concitoyens finissent par croire que de toute façon, ils n'auront plus jamais véritablement accès à la justice.

Et je voudrais là aussi, très sans pathos excessif, bien signifier ce que ça veut dire parce que vous le voyez très bien mais qu'il faut l'avoir en tête, ce qui se passe lorsque des relations entre voisins s'enveniment, ce qui se passe lorsque les tensions familiales s'enveniment parce qu'une décision n'est pas rendue. On ne crée pas simplement de l'injustice, on crée du désordre et on crée des situations exactement comme dans une situation de santé quand on ne la règle pas tout de suite elle s'aggrave des situations qui finissent toujours par mal finir. On livre nos concitoyens à l'injustice.

Notre justice, mesdames et messieurs, elle est lente, elle est lente parce qu'elle se perd dans la masse et dans le détail. Je ne crois pas que ce soit complètement la faute des juges français. Je pense que le législateur français et le législateur européen, mesdames et messieurs, lesquels, tous les deux, sont de plus en plus bavards, lesquels, tous les deux, créent chaque année des nouvelles règles, des nouvelles normes, des nouvelles infractions, des nouvelles possibilités de saisir le juge pour faire valoir de nouveaux droits, nous rendent la vie en vérité beaucoup plus compliquée.

Ce n'est pas forcément la faute de tous les juges, mais c'est probablement la faute des Cours suprêmes européennes qui créent le droit au lieu d'appliquer les textes avec des normes qui se multiplient et qui se chevauchent. C'est la faute d'une procédure qui est devenue folle en matière administrative, en matière civile ou en matière pénale. Mais je voudrais insister sur un point pour que ce soit clair. Je vois déjà ceux qui, ayant écouté ce discours, ou pire, ne l'ayant pas écouté, vont expliquer que je critique la justice parce que je ne l'aimerais pas, parce que je serais animé d'une méfiance innée ou acquise à l'égard des juges.

Et il faut reconnaître qu'entre les politiques et les magistrats, les relations sont toujours un tout petit peu empreintes d'une certaine forme de paranoïa. Mais je veux dire que dans mon cas, il n'en est rien. J'ai commencé ma vie professionnelle en étant membre du Conseil d'État. J'ai été avocat. J'ai aimé contribuer au fonctionnement de notre État de droit. Je sais combien les juges sont un des piliers de notre État de droit. J'ai toujours estimé qu'il fallait les respecter et les défendre à ce titre. Nous sommes, mes amis, à Marseille, la ville du juge Michel, assassinée lâchement parce qu'il était juge et qu'il servait la France.

Et quand la justice se tient aux côtés des Français, les Français sont unis, solidaires, dignes et ils ne se replient pas dans des solutions de facilité et de haine. Nous l'avons vu lors des attentats qui ont déchiré et meurtri le pays à plusieurs reprises. Il n'y a pas eu de réaction de vendettas. Il n'y a pas eu... Il y a eu une aspiration profonde des Français à la justice. Et lorsque les juges ont poursuivi, condamné et réparé ce qui pouvait l'être, lorsqu'ils ont été à la hauteur des attentes du peuple, les Français leur ont été incroyablement reconnaissants. Regardez ce qui s'est passé lors du procès des violeurs de Mme Pellicot. Affaire abominable. Indicible.

Indicible, mais pourtant qui a fait l'objet d'un procès dont tout le monde, tous ceux qui y ont assisté, tous ceux qui l'ont suivi, reconnaissent qu'il a été fait avec une humanité, une clarté, un souci de comprendre, de dire, d'exposer, je dirais, pour permettre, peut-être, je dis peut-être, parce que je n'imagine pas comment, pour permettre, peut-être, de pouvoir continuer à vivre dignement et en conservant une certaine foi dans l'humanité et dans les institutions. Je fais partie de ceux qui disent et qui pensent qu'il faut défendre les juges, ou plus exactement ne pas les critiquer, ne pas les attaquer quand c'est la loi qui est en cause. Encore un point.

Au début des années 2000, des magistrats ont condamné le président d'un grand parti politique que j'ai eu l'honneur de servir à une peine d'inéligibilité. Il aurait aimé se présenter aux élections présidentielles de 2007. Il n'en a pas été capable. J'ai trouvé la loi dure. J'ai trouvé le jugement sévère. Mais c'était la loi. Et je n'ai pas critiqué le jugement. Lorsqu'il y a quelques mois, un tribunal a condamné mon ami Hubert Falco, à qui j'adresse un message d'amitié qui partira de Marseille, longera la côte et ira jusqu'à Toulon. Lorsqu'un tribunal a condamné mon ami Hubert Falco à une peine d'inéligibilité assortie, cette fois d'une exécution provisoire, j'ai trouvé la loi dure.

Je ne l'avais d'ailleurs pas votée en 2016. J'ai trouvé le jugement incroyablement sévère. J'ai trouvé que d'émettre de ses fonctions en quelques minutes un maire exceptionnel qui a merveilleusement transformé Toulon, qui avait été élu et réélu par le peuple sans qu'il puisse faire appel que c'était d'une très grande sévérité. Mais c'était la loi. Et je n'ai pas critiqué le jugement. Il ne m'a pas échappé que récemment, une députée, par ailleurs présidente de la partie politique, avait fait l'objet d'une condamnation en première instance pour des faits graves. une peine d'inéligibilité a été prononcée, assortie une fois encore d'une mesure d'exécution provisoire.

Eh bien, il ne m'a pas échappé non plus que ceux-là même qui n'avaient pas de mots assez durs contre Alain Juppé et Hubert Falco ont subitement trouvé que l'inéligibilité était trop sévère. Ils voulaient pour les autres une inéligibilité à vie et maintenant ils disent que l'inéligibilité est une peine politique. Comme disait Cyrano, comme disait Cyrano, voilà ce qui s'appelle un sentiment soudain. La loi est la loi et si elle est mal faite, il faut la changer mais pas critiquer les juges lorsqu'ils l'appliquent. Et ce n'est pas tout. Ce n'est pas tout car notre justice, en plus d'être lente, est devenue presque hypocrite.

Comme nous n'arrivons pas à construire suffisamment de places de prison parce que c'est redoutablement difficile de construire des places de prison et comme nous savons qu'être détenus dans des conditions indignes alimente la récidive, les juges prononcent des peines toujours plus sévères mais de moins en moins exécutées. Le résultat, c'est un grand mensonge collectif comme nous aimons nous les raconter en France. Près de 40% des condamnés fermes ne vont jamais en prison et le taux de récidive des criminels augmente continuement depuis 20 ans. La France, qui est une des criminalités records en Europe, présente un taux d'incarcération inférieur à la moyenne européenne.

Nous sommes devenus, mesdames et messieurs, le pays de la sanction incertaine et de la peine virtuelle, donc de l'impunité. On dira que c'est une question de moyens, ça n'est pas faux. Les moyens de la justice demeurent insuffisants par rapport à la moyenne européenne et ça fait longtemps que ça dure. Mais c'est de moins en moins vrai. Nous avons commencé en 2017 avec la ministre de l'époque, Nicole Belloubet, le redressement de la justice avec plus de 4000 emplois créés entre 2018 et 2020 et une hausse budgétaire de 4% par an. Tous les successeurs à Matignon et tous les successeurs place Vendôme ont poursuivi cette hausse et ils l'ont même amplifiée et ils ont eu mille fois raison.

Bien sûr, il faut mettre des moyens. Bien sûr, il faut construire des places de prison adaptées aux différents profils de détenus pour lutter contre la surpopulation carcérale. Bien sûr, il faut continuer à recruter des magistrats, des agents pour les greffes, des personnels pénitentiaires.

Et il faut continuer à les recruter, il faut bien les gérer parce qu'on en a recruté beaucoup mais je peux vous dire et je suis sûr qu'il y a beaucoup de maires qui pourraient vous dire la même chose qu'alors même qu'on a créé des postes, on est très souvent à se retrouver dans des situations où l'effectif théorique affiché du nombre de magistrats dans une juridiction ne correspond pas à l'effectif réel avec en général un effectif réel assez largement inférieur à l'effectif théorique.

Il faut que nous modernisons et c'est urgent les systèmes d'information des tribunaux et toute la gestion des juridictions qui est souvent, pardonnez-moi l'expression, bricolée par des chefs de juridiction qui devraient avoir autre chose à faire. Il y a cette question des moyens mais les moyens ne suffiront pas. On doit repenser notre institution judiciaire de fond en compte. Si nous voulons restaurer l'efficacité et la crédibilité de la justice pénale, il faut que la justice, pardon, il faut que la sanction redevienne certaine, lisible et rapide. Si je devais le dire simplement, je dirais qu'en France nous avons eu tendance à condamner trop tard et trop longtemps.

Trop tard parce que pour cause de minorité ou de surpopulation carcérale, nous essayons d'épargner la prison aux primo condamnés et même parfois aux récidivistes pour des infractions qui ne paraissent pas trop graves. Et trop longtemps parce qu'évidemment, quand la totalité de leur oeuvre finit par être reconnue, les condamnés prennent des peines qui sont évidemment longues. Je crois que nous devons faire exactement l'inverse. Exactement l'inverse. Condamnés tôt et à des peines courtes. Les juges ont évidemment raison de penser que l'enfermement dans des conditions indignes et pour des durées trop longues favorise la récidive.

Mais ils ont tort d'oublier que la première infraction mérite une sanction exemplaire et que la prison garde un effet dissuasif certain. Ce que je dis là n'est pas l'expression d'un délire répressif. Ce n'est pas mon genre. Ce sont des solutions qui existent et qui sont mises en oeuvre dans un certain nombre de pays d'Europe qui obtiennent en matière pénale de bons résultats. Je pense que nous devrions donc nous en inspirer et mettre en oeuvre une stratégie d'enfermement immédiat des délinquants y compris pour des peines très brèves dès la première infraction dans des établissements pour courte peine.

Courte peine pour les petites infractions mais aussi peine planchée pour les infractions les plus graves. Je sais que les magistrats n'en raffolent pas et qu'ils considèrent ces peines planchées c'est-à-dire ces peines en deçà duquel on ne peut pas aller lorsqu'on est condamné pour tel type d'infraction je sais que les magistrats considèrent que c'est une atteinte à leur indépendance. Mais je crois qu'il est indispensable que la peine soit connue que la peine soit certaine pas seulement pour dissuaser le délinquant mais pour qu'il soit clair auprès des victimes et auprès de la société dans son ensemble que la peine prononcée sera au minimum celle exigée. par la loi.

Notre groupe Horizon à l'Assemblée nationale cher Laurent cher Paul a déposé plusieurs textes s'inspirant de ces principes. Celui sur les courtes peines a été adopté celui sur les peines planchées ne l'a pas été. Mais permettez-moi de vous dire que nous ne dévierons pas et je veux remercier ici très chaleureusement Loïc Kervrand et Naïma Moutchou qui se sont engagés avec beaucoup de cran beaucoup d'intelligence sur des sujets qui sont des sujets complexes et délicats.

Pour lutter contre le sentiment d'impunité il nous faut également garantir que ce qu'un juge a décidé ne sera pas défait par un autre juge qui diminuerait la peine en raison de considération qui n'ont rien à voir avec le jugement mais bien plus avec l'administration de la justice. Il existe en France quelque chose qui s'appelle le juge d'application des peines. C'est une exception française et je ne suis pas sûr qu'elle ait toujours une raison d'être. S'il est un principe qui garantit le fonctionnement sain de la justice c'est que la peine prononcée soit celle qui est effectivement exécutée.

Il faut en tout cas que ce soit le même juge ou l'administration pénitentiaire qui se prononce sur la réduction de peine en regardant si le condamné a payé sa victime s'il s'est amendé en prison s'il est prêt à se réinsérer en respectant les victimes et en respectant la loi. Les juges, mesdames et messieurs, sont attachés à leur indépendance ils ont bien raison. Cette indépendance est une condition du bon fonctionnement de l'institution judiciaire. Elle doit être défendue comme doit être défendu l'état de droit. Un mot peut-être sur un sujet qui peut paraître technique et qui l'est un peu il faut bien reconnaître mais qui est important. Les magistrats du parquet.

Bien sûr les magistrats du parquet doivent être indépendants. Ils doivent être protégés de toute pression lorsqu'ils prennent des mesures privatives de liberté, lorsqu'ils proposent une transaction ou quand le gouvernement peut, mais c'est assez exceptionnel, se trouver dans une situation de conflit d'intérêts. Mais je crois très sincèrement que le parquet n'a pas à être indépendant quand il requiert au nom de la société. Si le gouvernement veut mettre le paquet sur la répression du narcotrafic, sur les violences faites aux femmes, sur les incivilités, il faut dire et redire qu'il est légitime à le faire.

Donc je le dis haut et fort, je ne serai pas celui qui coupe le lien entre le parquet et le gouvernement. Le parquet doit être le bras armé du gouvernement quand il s'agit d'appliquer une politique pénale car cette politique pénale, c'est bien le gouvernement qui en est responsable devant le Parlement et à la fin devant les Français. Je suis dans le même ordre d'idées, frappé par la méconnaissance et même peut-être par la défiance qu'expriment certains magistrats envers tout ce qui est étranger au monde judiciaire, le monde économique, le monde politique et même le monde administratif de l'État qui ne serait pas la justice.

Il existe, vous le savez, bien des pays, c'est même une assez large majorité, où il n'est possible de devenir magistrat qu'après avoir exercé pendant un temps le métier d'avocat ou de juriste. Et il ne me semble pas que la justice y soit moins bien rendue qu'en France. Nous devons donc poser la question de la formation et de la sélection des magistrats. L'essentiel des magistrats français est issu de l'École nationale de la magistrature. Est-ce qu'elle fonctionne bien ?

Bien, je veux dire, bien, pas seulement comme une école qui forme à la technique du droit, mais comme une école qui ouvre le futur magistrat à la réalité de l'action publique, à la connaissance de la société dans son ensemble, à la nécessité du discernement, aux impératifs d'impartialité qui sont au moins aussi importants que les revendications d'indépendance. Et j'insiste sur l'impartialité. Est-ce qu'il est normal, mesdames et messieurs, que le syndicat de la magistrature se positionne aussi clairement dans un camp politique ?

L'indépendance de la justice, ça n'est pas un privilège, ça n'est pas un droit qui permettrait aux magistrats d'imposer une vision de la société ou des convictions qui n'ont pas interféré dans le fonctionnement de l'institution. L'indépendance de la justice, c'est un devoir, c'est une discipline. Au moins autant que défendre leur indépendance, qui est une question statutaire, les magistrats doivent s'astreindre à l'impartialité, qui est une question de caractère qui me paraît presque encore plus importante.

Et je le dis parce que dès lors que les justiciables, dès lors que nous tous Français, nous regardons la justice comme étant susceptibles d'être teintés d'un biais de partialité, d'un biais politique, alors nous cessons immédiatement de la respecter et de lui faire confiance. Et c'est tout l'édifice de la justice qui se trouve fragilisé et qui peut s'écrouler. Et quand je vous disais au début de ce propos qu'il n'y avait rien de plus dangereux pour la démocratie et pour la cohésion de la société, je le pensais. Et c'est aussi à ça que je pensais.

Enfin, si nous voulons recréer sa confiance, cette justice plus rapide et plus ferme doit être organisée à proximité des citoyens dès la première instance. Ce qui veut dire qu'on doit repenser toute la chaîne pénale en amont et en aval. Et très souvent, je rencontre des gens qui pensent, qui disent que la garantie de la bonne justice, c'est la capacité pour chacun de faire appel puis le cas échéant d'aller en cassation. Au fond, c'est l'idée que si on est mal jugé en première instance, il y aura quand même l'appel. Et si on est mal jugé en appel, il y aura encore la cassation. Et que trois niveaux, c'est une vraie garantie de bonne justice.

Je vais vous dire, mesdames et messieurs, je n'en crois rien. Cette justice-là, celle de la première instance, puis de l'appel, puis le cas échéant de la cassation, c'est bien souvent la justice des gens les plus riches et les plus patients. C'est-à-dire la justice de ceux qui peuvent utiliser tous les instruments et supporter toutes les charges des très longues procédures. Pour moi, la bonne justice, la plus démocratique, c'est celle de la première instance qui doit se donner les moyens d'être collégial, d'être rapide et d'être compréhensible. Dans le même esprit, je crois qu'on gagnerait, aux civils comme aux pénales, à recréer les juges de paix qui ont été supprimés en 1959.

Et pour aller plus loin et dans le sens de ce qu'évoquait Christian tout à l'heure, les élus ne sont pas les mieux placés pour trancher les conflits entre particuliers, même si souvent, ils s'instituent médiateurs. Mais je pense qu'il serait utile qu'on donne aux maires, qui sont déjà des officiers de police judiciaire parfois, des moyens accrus, y compris le droit de prononcer des amendes et de proposer les peines de réparation pour lutter dans leur ville contre les infractions du quotidien qui pourrissent la vie de leurs administrés. On a commencé à créer cette possibilité.

Mais je pense qu'il faut aller bien plus loin et que faire confiance aux élus pour être localement, rapidement, efficacement et clairement ceux qui garantissent le respect de la norme et le respect de la loi a beaucoup de vertus. Si l'on veut traiter rapidement et efficacement chaque infraction en restaurant une autorité de proximité, il n'y a pas d'autre solution. remettre des juges sur le terrain, donner aux maires plus de pouvoir de sanction, y compris en matière pénale. Vous le voyez, mes amis, la transformation que j'aimerais mettre en œuvre et j'ai le sentiment d'être allé déjà un peu dans la technique mais croyez-moi, lorsqu'il faudra présenter le programme, j'irai encore plus loin.

Cette transformation sera massive. Réforme de la procédure pénale pour la simplifier, réforme du recrutement et de la formation des juges, renforcement de leurs responsabilités, réforme de l'organisation territoriale de la justice en recréant des juges de proximité, réforme de la justice civile, utilisation de l'intelligence artificielle, des possibilités de comparer 30% des procédures, par exemple. L'objectif est clair. Raccourcir massivement les délais en première instance puisque c'est la difficulté d'obtenir une réponse rapide et solide qui décourage le plus les victimes et qui met le plus en colère nos concitoyens.

Je le disais tout à l'heure, la justice c'est une institution, c'est aussi une valeur. Mais on ne peut pas réduire le débat sur la justice à une discussion technique. Elle doit l'être, il est préférable d'être précis. Mais derrière les critiques de la justice, c'est parfois l'idée même de l'état de droit qui est attaqué. L'état de droit, c'est cette idée simple, magnifique, et pourtant assez récente, qui veut que l'état soit soumis aux droits, que l'état soit tenu de respecter la hiérarchie des normes, que l'état soit un instrument non pas au service de la volonté du plus fort, mais des citoyens qui définissent librement les règles que chacun doit respecter.

Cet état de droit doit être préservé. Et quoi qu'en disent ceux qui en font le bouc émissaire commode de leur propre impuissance, l'état de droit, c'est encore l'état, ça n'est pas l'état mou, ça n'est pas l'état complexé. Lorsqu'on est républicain, au sens le plus noble du terme, pas au sens partisan, on défend l'état de droit et on combat ceux qui veulent s'asseoir dessus et ils sont nombreux. Et croyez-moi, croyez-moi, les Français ne sont pas dupes de ceux qui font du trumpisme aux petits pieds en rêvant de ressusciter le bagne du comte de Montecristo à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Les Français, ils veulent du sérieux, ils veulent des actes, ils ne veulent pas du n'importe quoi populiste qui commence en farce et qui se termine souvent en tragédie. Alors soyons sérieux, refondons la justice, remettons de la justice dans ce pays, vraiment, partout, pour tous. Ils seront très nombreux en 2027, ceux qui vous promettront de la justice sociale, de la justice fiscale, ce qui en France, quand on parle de justice fiscale, signifie souvent raser gratis avec l'argent des Français.

toutes ces politiques, toutes les politiques, tous les responsables politiques qui ont ce mot de justice sociale à la bouche au moment des élections, alors que 30 ans après, la fracture sociale n'a jamais été aussi béante. Au nom de la justice sociale, nous avons eu plus de fonctionnaires, plus d'impôts, plus de dépenses et plus de dettes. Au nom de la justice sociale, nous avons eu parfois le clientélisme et le communautarisme que Marseille et d'autres villes connaissent trop bien. en quoi dépenser des milliards pour des emplois aidés a-t-il contribué à la justice sociale ?

En quoi subventionner à coups de milliards l'achat d'électricité ou de jeux vidéo à améliorer en quoi que ce soit la justice sociale dans ce pays ? Mes chers amis, je ne crois pas que la justice sociale s'achète. Les Français en ont assez que la justice sociale ce soit finalement toujours la justice pour les autres. La justice sociale, ça n'est pas tout recevoir sans jamais rien donner, ça n'est pas réclamer toujours plus de droits en oubliant nos devoirs, ça n'est pas ruiner l'État ni abîmer la planète pour que nos enfants payent la facture plus tard. Et le général de Gaulle a eu des mots que je trouve savoureux.

La justice sociale, disait-il, se fonde sur l'espoir, sur l'exaltation d'un pays, non sur les pantoufles. N'attendons pas que la justice tombe du ciel. La justice, ça n'est ni un acquis ni un droit. La justice, c'est un combat, c'est un effort perpétuellement recommencé. Si la France veut compter demain, si nous voulons construire cette société juste, alors oublions les pantoufles et reconstruisons notre modèle social entièrement, vraiment. parce que notre modèle social d'aujourd'hui, il est percuté de façon fatale,

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Locuteur

terminale,

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Édouard Philippe

par une crise démographique profonde, avec le vieillissement d'un côté et la dénatalité de l'autre. La conséquence de cette transformation démographique, de cette double évolution démographique, de ce drame démographique, c'est que notre bon vieux modèle social s'est devenu une machine à produire de l'injustice entre les générations et au détriment des plus jeunes. Nous ne rassemblerons pas, entendez-moi bien, nous ne rassemblerons pas les Français en dressant une génération contre une autre. Accuser les retraités ou vilipender la jeunesse n'a aucun sens. Mais tout de même, la situation de notre jeunesse devrait tous ensemble nous indigner.

Il n'est pas juste que les jeunes de ce pays soient condamnés à rembourser une dette qui paye les retraites de leurs parents et de leurs grands-parents, le confort actuel, le confort d'ailleurs limité, de leurs parents et de leurs grands-parents. Il n'est pas juste qu'il leur soit presque impossible de se loger à proximité de leur travail. Il n'est pas juste d'accepter qu'à moins d'hériter tôt ce qui arrive de moins en moins fréquemment, une grande partie des jeunes ne puissent pas devenir propriétaires de son logement après même une vie de travail.

Il n'est pas juste que les jeunes hésitent à faire un premier enfant ou un deuxième ou un troisième parce qu'ils n'ont plus assez confiance en l'avenir, pas les moyens de changer de logement, pas les moyens de changer de voiture, qu'ils voient que le travail qu'ils font et qu'ils font durement ne leur permettra pas de faire face à ces échéances, qu'ils n'aient pas assez confiance dans leur avenir et dans l'avenir de la France. Et moi, franchement, franchement, je comprends le sentiment d'injustice des actifs qui ont aujourd'hui entre 20 et 45 ans.

Je comprends leur sentiment d'injustice quand ils constatent qu'ils ne vivront pas aussi bien que leurs parents et qu'il n'est pas certain qu'ils vivront mieux plus tard, surtout quand la planète se transforme à vitesse grand V, surtout quand les menaces s'accumulent. Voilà pourquoi, mesdames et messieurs, voilà au moins pourquoi nous devons refonder ce modèle social. Et c'est une tâche gigantesque qui nous attend, nous le savons tous. Refonder notre modèle social pour qu'ils protègent les plus fragiles en améliorant la vie des travailleurs. Je vais le dire autrement. Les Français aspirent à gagner plus. Et pour cela, il va falloir travailler plus.

Vous voyez, je le dis, dans l'ordre différent. Mais c'est toujours la même idée. Elle est belle, cette promesse de Nicolas Sarkozy. Et travailler plus, travailler plus, ça veut dire travailler plus nombreux, ça veut dire travailler plus longtemps, et ça veut aussi dire travailler mieux. Et on ne parle pas assez du travailler mieux. Moi, voyez-vous, je n'ai jamais considéré que le travail était une valeur. D'ailleurs, je ne vois pas très bien de quelle valeur on pourrait parler. Mais je sais que le travail peut avoir un sens. Et que quand le travail a un sens, ça peut être une grande source d'épanouissement. Apprendre. Transmettre un savoir-faire. Exceller. Participer à un effort collectif.

Gagner sa vie pour en faire quelque chose. Tout cela, ça peut avoir du sens. Et nous vivons dans une société qui en manque cruellement. Cette ambition de justice retrouvée et de contrat social restauré conditionne notre refondation collective. Pour que chaque Français trouve sa juste place dans un projet national. Pour que chaque Français sache qu'il compte et qu'il a un rôle actif à jouer afin de construire la France de demain. Alors j'entends ceux qui se demandent si le programme que je formulerai en avril à partir d'avril 2026 sera un vrai programme de droite ou s'il sera assez populaire.

J'en entends d'autres qui ont la nostalgie d'un en même temps un peu idéalisé se demandant s'il ferait écho à ce qui a existé. J'entends parler de tickets écrits d'avance de sondages dont je sais ce qu'ils valent de combinaisons savantes imaginées par des commentateurs qui oublient tous qu'on ne gagne jamais une élection présidentielle sur des calculs politiciens mais toujours sur un élan sur un projet sur une vision pour le pays. Eh bien je vais vous dire tout ça me laisse assez indifférent. Je ne serai pas le prisonnier du jeu des partis ni du jeu des étiquettes ni du jeu des postures. Nous sommes tous qui nous sommes. Je suis qui je suis. Étudiant, j'ai admiré Michel Rocard.

Adulte, j'ai contribué à la création du parti d'Alain Juppé qui rassemblait la droite et le centre et qui apportait Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et j'en suis fier. J'ai servi le président de la République à un moment où réformer la France n'était pas un vain mot et j'en suis fier. J'ai créé mon parti Horizon avec vous attaché à l'ordre, à la liberté, au travail, à la justice et j'en suis fier. J'ai servi l'État. Je suis maire d'une grande et d'une belle ville de France et je suis le président d'un parti politique qui veut prendre le pouvoir par les urnes.

Je veux être mes amis président de la République pour restaurer la puissance de l'État, pour remettre de la justice dans notre société, pour rendre notre pays plus fort et plus prospère et pour redonner à l'ensemble de nos concitoyens le goût de la liberté. Est-ce que c'est assez droite ? Est-ce que c'est assez populaire ? Mais moi, je ne suis pas là pour défendre la pureté de la droite française. Je suis là pour défendre la France. Je suis là pour défendre les Françaises. et les Français. A tous ceux qui se demandent si nous sommes assez de droite, assez populaires, assez en même temps, je retourne la question.

Êtes-vous prêt à travailler avec nous pour construire un grand projet d'ordre dans la rue, dans les comptes, de justice par le travail et le mérite, de prospérité par l'innovation et la jeunesse, de citoyenneté exigeante et de puissance nationale ? Êtes-vous prêt à mettre vos idées et vos valeurs au service d'une nouvelle ambition française ? Êtes-vous prêt à construire avec nous la grande force politique, le bloc républicain et démocrate, comme je l'ai appelé à Bordeaux, qui respectera les identités de chacun, mais qui sera capable de travailler et de se rassembler sur l'essentiel ? Êtes-vous prêt à travailler avec nous pour préparer les municipales ?

Pour qu'unis, nous puissions gagner dans les villes à conquérir, plutôt que de perdre des unis dans les villes dont les maires sont pourtant proches de nous ? Et pourquoi pas commencer ici à Marseille, chère Martine ? Et à Arles, chère Patrick ? Et à Nice, mon cher Christian, pour que perdure le formidable travail que tu as engagé et qui impressionne, c'est vrai, tous ceux qui connaissent, tous ceux qui découvrent, tous ceux qui aiment Nice. On peut le faire aussi à Angers, un béchu. Et à Besoules. Et ailleurs. Même au Havre. Je vous parlais du général de Gaulle qui avait dit à Marseille en 1961 que la seule querelle qui vaille était celle de la France.

La question ne sera donc jamais de savoir si nous ne sommes pas assez à droite ou trop à droite, trop de gauche ou pas assez au centre, si nous pensons le dépassement ou l'identité, la structuration binaire ou la tripartition de la vie politique française. La seule question, c'est celle de la France. Pour préparer ce discours, j'ai fait ce que je fais souvent quand je prépare un discours, j'ai relu des discours. J'ai relu les discours du général de Gaulle à Marseille. J'en ai cité un ou deux. J'ai relu les discours de Gambetta, ancien, mais magnifique orateur. et j'ai relu les discours de Malraux.

Et il se trouve qu'en avril 1948, le général a organisé ici, à Marseille, je sais que les Marseillais le savent, ils ne l'ont pas oublié, il a organisé ici, à Marseille, le premier congrès de son parti, le rassemblement, le RPF. Malraux était avec lui. Et le discours qu'avait prononcé Malraux est un discours qui au fond dit tout de ce que nous ressentons confusément aujourd'hui et tout de ce pour quoi nous nous battons. Malraux, avec son timbre de voix inimitable, invitait tous ceux qui l'écoutaient à devenir une forme de nouvelle chevalerie. Il disait « On nous a parlé souvent de quelque chose qui s'appelait la chevalerie.

Ce ne sont pas des casques, ce ne sont pas des cuirasses, c'est l'ensemble des hommes qui savent ce qu'ils veulent et qui sacrifient leur vie à leur volonté. » Et il a ajouté, mesdames et messieurs, « Un immense honneur vous est fait. Ce grand corps de la France qui tâtonne dans l'ombre et que regarde tâtonner le monde si souvent fasciné par lui, il vous est donné de le relever de vos mains, périssable. Et nous n'avons pas, en face de l'absurdité de tel combat, aujourd'hui ou demain, à nous décourager ni à nous plaindre.

Nous avons à dire « Si une génération parmi d'autres, si une génération de volontaires a reçu l'honneur de reprendre entre ses mains la France, qu'elles ne disent pas hélas, qu'elles disent merci. » À nous, mes amis, de faire ce qu'il faut pour qu'un jour nous puissions dire merci. Et je dis à travers vous si nombreux, à tous ceux qui ne sont pas là et que vous irez voir dans vos villes, dans vos villages, partout en France, au cours de la campagne qui s'ouvrira bientôt, rejoignez-nous et reprenons la France entre nos mains. Je compte sur vous et vous pouvez compter sur moi. Vive Marseille, vive la République et vive la France. Sous-titrage Société Radio-Canada