Philippe Brun - L'interview politique du 02/06/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Philippe Brun, vous êtes député PS de l'heure depuis 2022, on a beaucoup de questions sur la présidentielle qui est déjà dans tous les esprits, sur la gauche mais d'abord un mot sur les débordements qui ont suivi la très belle victoire, le doublé du PSG en Ligue des Champions samedi, 890 interpellations et une situation d'ordre public ou plutôt de désordre public qui fait polémique, qu'est-ce que vous en pensez ?
Une forme d'interrogation parce qu'on se demande bien d'où viennent ces casseurs, dans le même temps on voit qu'en province comme on disait chez moi par exemple, y compris dans les cités, ça a été extrêmement calme et que le nihilisme dont on nous parle sur les plateaux de télévision, on ne le voit qu'à Paris finalement.
Il y a quand même eu pas mal de débordements dans quelques villes de province, notamment Toulouse.
Et on se demande qui a intérêt, qui entraîne ces casseurs, qui les envoie et je crois que tout cela, la justice permettra d'éclairer cette affaire.
Alors, on retourne à 2027 puisque c'est dans moins d'un an, il y a quelques jours Raphaël Glucksmann a fait un pas de plus vers une candidature, c'est un bon candidat Raphaël Glucksmann, est-ce qu'il pourrait être le candidat du Parti Socialiste ?
Moi je n'ai pas choisi mon candidat pour 2027 donc je ne ferai pas d'annonce fracassante ce matin sur Radio-J, en tout cas il faut qu'il se prépare comme d'autres, je crois que nous avons besoin aujourd'hui que dans cet espace qui va, comme le veut l'expression de Glucksmann à Ruffin, on ait des candidats qui se préparent. On doit avoir un candidat qui soit à gauche, qui incarne l'internative au macronisme durant les dernières années, le peuple s'est appauvri, plus 25% du prix alimentaire, plus 60% du prix du logement, plus 40% du prix de l'énergie, il faut un grand changement.
Il faut en même temps qu'il soit crédible, qu'il soit capable de battre Marine Le Pen ou Jordan Bardella au deuxième tour, c'est dans cet espace-là que se trouve la solution, est-ce que c'est Raphaël Glucksmann, est-ce que c'est Bernard Cazeneuve, est-ce que c'est François Hollande, est-ce que c'est Olivier Faure, est-ce que c'est Boris Vallaud, est-ce que c'est Marine Thondelier, enfin bien Roussel, nous le saurons dans les prochaines semaines.
Pour l'instant, Raphaël Glucksmann, c'est celui qui, dans l'espace social-démocrate, est le mieux classé. Dans un sondage Edoxa il y a quelques jours, il se classait quatrième avec 11% des intentions de vote, derrière Jordan Bardella à 32%, Edouard Philippe 17% et Mélenchon, Jean-Luc, 16%. Mélenchon toujours en tête à gauche, ça vous inquiète ?
Je pense qu'aucun sondage n'a de valeur au moment où nous parlons. Il y a d'un côté un candidat Jean-Luc Mélenchon identifié par les Français, avec une très belle machine à son service, la France Insoumise, construite il y a maintenant une vingtaine d'années, et puis en face, effectivement, une gauche plurielle qui essaie de se reconstruire, qui n'a pas de candidat, qui n'a pas encore de programme, et je suis convaincu que le jour où nous aurons notre candidat, nous serons nettement devant.
Alors, Jean-Luc Mélenchon, qui vient d'officialiser sa quatrième candidature, il avait atteint, je le rappelle, 19,6% à la présidentielle de 2017, 22% en 2022, mais beaucoup considèrent qu'il a fait de tels scores, c'est aussi parce que les candidats socialistes avec qui il était concurrent, Benoît Hamon en 2017, Anne Hidalgo en 2022, se sont complètement crachés avec respectivement 6 et 1,6% des suffrages. Est-ce que Mélenchon se nourrit de la faiblesse des socialistes ?
Bien sûr, le parti socialiste français est le parti social-démocrate le plus faible d'Europe. Nous gouvernons en Espagne, avec succès d'ailleurs, la croissance est à 3% déficité, et lui, il est bien inférieur au déficit que nous avons en France. Nous gouvernons au Royaume-Uni, où c'est plus difficile, mais enfin, où il y a eu de beaux progrès, notamment sur le plan économique. Nous avons gouverné en Allemagne, il y a très peu de temps, il vient d'avoir une alternance, et on voit bien qu'en France, là où pourtant le parti socialiste Congrès des Globes 1900 est né, eh bien, on est en difficulté.
C'est évidemment la suite du quinquennat de François Hollande qui a été difficile pour nous, et puis une reconstruction qui a été, bien sûr, trop lente. C'est François Hollande le responsable, selon vous, et son quinquennat ? En tout cas, il y a eu un effondrement du parti socialiste. D'un côté, l'effrondeur, de l'autre côté, l'inflexibilité de Manuel Valls et de François Hollande, et tout ça a amené à la situation où on est aujourd'hui. Maintenant, de l'eau a coulé sous les ponts, on a fait de bons résultats aux municipales quand même, il y a 800 villes socialistes, 7 villes insoumises seulement, j'aimerais bien le rappeler.
Et puis, un beau score aux européennes, maintenant, il faut qu'on ait un candidat qui rassemble la gauche. Et il n'y aura pas de gauche au pouvoir en France s'il n'y a pas un parti socialiste fort. Un parti socialiste faible, c'est une gauche durablement faible.
Vous citiez les municipales avec cette ville gagnée par LFI. Il y a quand même eu des accords entre le PS et LFI, alors que Olivier Faure avait, à plusieurs reprises, semblé prendre ses distances. On a l'impression qu'à chaque fois, c'est le même film qui passe, comme dirait Francis Cabrel. À chaque fois qu'il y a une élection, le PS rechute et repart faire un deal électoral avec LFI. Pourquoi ?
Oui, j'ai écrit une tribune au lendemain des municipales dans Libération qui disait que le problème de la gauche n'est pas LFI, c'est le PS. C'est-à-dire que c'est parce que le PS est aussi faible qu'il en est réduit localement, un peu en sous-main, à faire ces alliances qui sont un peu contraires à son discours national. Donc aujourd'hui, ce qu'il faut, c'est reconstruire un PS fort, qui a des idées, qui a un projet fort. Pourquoi la gauche, aujourd'hui, elle est limitée à 30% des voix ? L'extrême-gauche a toujours été à 10% en France. La guillée, plusieurs choses, c'est 10%, mais la chance, ça fait 10%, 12%. Lionel Jospin pourrait t'en témoigner de son vivant.
Et donc, pour que nous puissions être forts, il faut que le PS soit fort. Le PS n'est pas assez fort aujourd'hui. Il ne faut pas qu'on soit à 14, il faut qu'on soit à 20. Et là, la gauche peut l'emporter quand le PS est à 20, pas quand il est à 14. Donc, il faut parler à beaucoup de gens, parler aux ouvriers et aux employés. C'est ma ligne, la ligne populaire que j'ai fait dans le Parti Socialiste, pour qu'on retrouve les ouvriers et les employés.
Il faut aussi parler à un tas de gens modérés, qui ne sont pas idéologisés, mais qui ont envie que leurs feuilles de paix soient un peu meilleures, qui ont envie de défendre le service public, qui ont envie de défendre la santé, les besoins du quotidien. C'est tout ce travail-là qu'il faut qu'on arrive à faire. Et on a encore du temps, David Ravaud-Allone. C'est vrai que tout le monde toujours est dans l'élection présidentielle, mais c'est dans un an. Et donc, je crois que d'ici la fin de l'année, on aura ce candidat, on aura ce programme enthousiasmant et on aura, je l'espère, la victoire au bout.
Alors, vous avez cité quand même les nombreux candidats dans l'espace socialiste, mais aussi écologistes, communistes. Comment il faut faire cette désignation ? Est-ce qu'il faut organiser des primaires, même si cette solution est moins à la mode qu'il y a quelques années ? Ou alors que c'est les sondages qui doivent faire l'élection ou désigner les candidats ?
Il faut d'abord un programme commun, ce qu'on n'en a pas aujourd'hui, avec les écologistes. Par exemple, je suis contre la sortie du nucléaire. Il faut quand même qu'on en discute avec les communistes pour avoir une candidature commune et des candidats communs et législatifs. Et une fois qu'on a ça, après, il faut voir comment on désigne. Est-ce que c'est sur les sondages ? Est-ce que c'est une primaire ? Moi, je ne suis pas contre la primaire par définition. S'il y a un programme commun, d'abord. S'il y a des candidatures communes, d'abord aux élections législatives. Alors, on peut faire une primaire. Mais c'est la condition.
Une primaire sans programme commun, ce sera ce qu'on a vu avec Benoît Hamon. Les autres ne le soutiennent pas, finalement. Ils vont soutenir un autre candidat à l'élection présidentielle. Donc, si on veut que ça fonctionne bien, il faut que chacun soit engagé par un programme commun avant.
Alors, vous le disiez, on est très loin de la présidentielle. Mais on a quand même pas mal de candidats dans tous les camps, même si ce n'est pas encore le cas à gauche. Même si ça reste à éclaircir à gauche. On sait qu'à un an de l'élection, les favoris sont rarement élus. Je peux citer Baladur en 1995, Jospin en 2002, Dominique Strauss-Kahn en 2012, Alain Juppé en 2017, ça fait beaucoup. Mais Jordan Bardella, depuis plusieurs semaines, ou Marine Le Pen, ce selon, est régulièrement donné en tête, très en tête, très au-delà des 30%. Ça, avec une avance considérable sur ses poursuivants. Qu'est-ce que ça vous inspire, cette avance ?
Ça dit quand même quelque chose, même s'il faut le prendre avec des pincettes, ce n'est qu'un sondage.
Je trouve que le Ration National est la mauvaise arbre de la politique, pousse sur les terrains que nous laissons en jachère. Le système politique est tellement fragmenté aujourd'hui qu'il n'y a pas d'offre crédible. Mais ce que je vois aussi, c'est que le FN systématiquement baisse dans les sondages, dans les intentions de vote, au moment où l'élection arrive. Il y a eu des très beaux sondages, Marine Le Pen aussi, 2022 avant, et puis progressivement, elle est arrivée à son niveau normal. La présidence est une sélection où il y a 80% de participation, et où il y a un vrai débat qui s'engage.
Ce débat n'a pas commencé, mais il est vrai que le RN est très très fort dans le pays, et prospère sur le terreau de nos renoncements. À nous maintenant de relever ce défi.
Je rappelle qu'on attend le 7 juillet la décision de la Cour d'appel dans l'affaire des assistants parlementaires, qui invalidera ou non Marine Le Pen dans la course à la présidentielle. Est-ce que les magistrats pourraient prendre une décision politique en se disant qu'on ne peut pas écarter une candidate, une des favorites du jeu démocratique, ou est-ce qu'au contraire, d'après vous, ils vont se limiter à juger les faits selon le droit, comme c'est le travail des magistrats ?
De toute façon, que ce soit elle ou Jean-Dame Bardella, les intentions de vote sont les mêmes. Donc l'interprétation politique de cette affaire est un peu ridicule. Vous ne privez pas, alors, à ce moment-là, d'un candidat à la présidentielle en conteneur Marine Le Pen. J'ai un autre candidat qui était prêt à être Premier ministre, paraît-il, et qui, en plus, a les mêmes intentions de vote, voire même un peu supérieure, d'ailleurs, dans le cas de second tour face à Édouard Philippe. Donc, dans ces conditions, les juges diront le droit. Enfin, je crois que les preuves sont assez accablantes.
C'est qui le meilleur candidat pour l'ERN et le plus dangereux pour les autres partis, et donc pour la gauche, selon vous ? C'est Le Pen ou c'est Bardella ?
Je ne pense pas qu'il y ait de meilleurs ou de mauvais candidats. Il y en a une qui a une expérience, je connais bien la France, un qui est plus jeune, plus vert, plus médiatique. Les deux n'ont aucune compétence pour diriger le pays. Marine Le Pen l'a montré à deux reprises, deux fois le débat face à Emmanuel Macron qu'elle a perdu, et qu'elle a perdu de manière assez lourde. Jean-Anne Bardella, nous l'avons aussi vu dans d'autres débats, le début du commencement de l'expérience, de la compétence pour présider au destin de l'État.
Sur les conséquences du conflit au Moyen-Orient, les prix à la pompe restent hauts. Bientôt, hausse des coûts de production, de transport, et donc conséquences en chaîne, inflation, baisse du pouvoir d'achat. Quelles conséquences, selon vous, dans l'opinion, est-ce que vous craignez une grogne sociale ? Et puis, on sait que ça va arriver au moment où, précisément, la campagne présidentielle va démarrer. Qu'est-ce que ça peut avoir comme conséquence ?
Moi, j'ai eu une circonscription où le trajet domicile-travail moyen, c'est 50 kilomètres. Moi, j'ai eu une circonscription qui ne peut pas vivre avec une essence à plus de 2 euros le litre. C'est impossible. Et les mesures qui ont été annoncées par le gouvernement ne fonctionnent pas. On récompte que depuis le 28 février, on a cette explosion du prix du gazo à le plus 40%. Et la réponse du gouvernement, c'est un guichet qui vient seulement d'ouvrir. On est aujourd'hui au mois de juin et qui propose de rembourser avec un délai qui est énorme, qui est la trésorerie, pour attendre trois mois plus tard un remboursement en ayant gardé les tickets d'essence. Personne.
Donc, il faut aujourd'hui des mesures plus fortes. J'ai été missionné par la commission des finances. Ma mission commence aujourd'hui pour trouver une solution à la crise du carburant, notamment fiscale. Moi, je regarde ce qu'ont fait les Espagnols. Les Espagnols ont baissé les impôts sur le carburant. La conséquence est directe. En Espagne, le gazoil, il est à 1,60€ le litre.
Pour l'instant, le gouvernement se refuse absolument à une mesure de ce type.
Oui, le gouvernement fait du budget sur le dos des Français. Il n'a pas trouvé le moyen de résoudre l'équation militaire dans laquelle il est. Très forte baisse d'impôts depuis 2017, 60 milliards d'euros par an. Très forte augmentation de la dépense. Beaucoup de politiques publiques ont été créées par Emmanuel Macron. Et impossibilité de les financer. Et là, il y a cette manne formidable, exceptionnelle, fantastique, qui est celle de l'essence. L'augmentation de 40% du prix de l'essence, l'augmentation de 40% du produit, notamment de la TVA, qui est proportionnelle au prix. Ça veut dire 2 milliards, 2,5 milliards de plus dans les caisses de l'État. Et l'État ne veut pas s'en passer.
Selon vous, le gouvernement qui a proposé un plan il y a une quinzaine de jours, notamment en privilégiant les aides ciblées sur certaines professions, sur les gros rouleurs, c'est insuffisant ?
Bien sûr, mais personne ne peut y recourir. Moi, j'ai fait le bilan ce week-end, j'ai fait 14 événements dans ma circonscription, je parlais avec les gens. Absolument personne n'était allé sur le guichet, parce que personne n'était éligible. Il faut être à la fois très très pauvre et gros rouleur. Mais est-ce que quand vous gagnez 1 600 euros par mois, vous n'êtes pas éligible aux aides ? Est-ce que vous êtes riche quand vous êtes ouvrier intérimaire à 1 600 euros par mois, que vous faites 60 kilomètres pour aller à l'usine le matin ? Je ne crois pas que vous êtes riche, je crois que vous avez le droit à une aide. Je crois même qu'on devrait baisser les taxes sur le carburant.
Dans ce contexte, comment va se passer le débat sur le prochain projet de loi de finances à la rentrée ? Le dernier avait déjà été compliqué, c'est un euphémisme. Là, ça va être mission impossible, non ? À quelques mois du premier tour de la présidentielle.
Écoutez, en tout cas, on va essayer de discuter. Comme l'an dernier, l'année d'avant encore, je serai le négociateur avec Estelle Mercier pour le Parti Socialiste. Il y a plusieurs solutions possibles. Soit nous trouvons un accord et donc on fait comme les deux dernières années. Soit nous constatons effectivement qu'il y a de très grands choix à faire qui doivent être envoyés à l'élection présidentielle. Moi, je pense qu'on peut vivre sous loi spéciale. Vous savez, c'est en conduction du budget de la dernière. Pendant six mois, il faut qu'on modifie quelques articles de loi pour que ce soit possible. Mais c'est finalement la chose la plus saine à faire.
En Espagne encore, pardon de parler beaucoup de l'Espagne. Ça fait trois ans qu'ils n'ont pas de budget et qu'ils reconduisent le budget de l'année d'avant. Ça n'a pas de conséquences économiques négatives. C'est peut-être ça qu'il faut qu'on fasse.
Pour conclure, beaucoup disent que pour la première fois en France, l'élection va se jouer sur les questions internationales, diplomatiques, militaires. Vous êtes d'accord ?
Oui, elle va se jouer aussi sur le pouvoir d'achat. Je rappelle que le bilan de 10 ans de macronisme, c'est plus 40% des prix de l'énergie, plus 60% des prix du logement, plus 25% des prises alimentaires. Les salaires n'ont pas suivi. Les Français vont avoir une vraie demande sur le pouvoir d'achat. On a dit que le pouvoir d'achat sera aussi le grand thème de la présentielle de 2027.
Merci, Philippe Brun, d'avoir répondu aux questions de Radio-G. Très bonne journée. Merci à vous. Merci beaucoup, David. Votre invité demain sera Bruno Fuchs, député modem du Haut-Rhin, président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée. Je le confirme.
Philippe Brun