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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 2 avril 2024 23 min

Humanitaires morts à Gaza, soutien à l'Ukraine, réforme de l'assurance chômage... Le "8h30 franceinfo" de Yaël Braun-Pivet

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Invité

Bonjour, Yael Broun-Pivet. Bonjour. Sept humanitaires qui livraient de la nourriture aux Palestiniens ont été tués par une frappe israélienne à Gaza, parmi eux des étrangers d'origine britannique, américaine, australienne et polonaise. Quelle est votre réaction ?

0:18
Yaël Braun-Pivet

C'est un nouveau drame qui se produit. Des gens qui sont là pour aider de façon désintéressée ont perdu la vie. Donc il faut s'associer évidemment à la douleur de leur famille. Il faut absolument que la résolution qui vient d'être votée aux Nations Unies soit appliquée. Un cessez-le-feu ? La résolution prévoit trois choses. Un cessez-le-feu, un accès à l'aide humanitaire et la libération de l'ensemble des otages. Je pense que ces trois points sont évidemment partagés par tout le monde puisqu'elle a été enfin votée. Il était temps qu'une résolution passe et rassemble l'ensemble de la communauté internationale. Il faut maintenant qu'elle s'applique au plus vite.

0:59
Invité

Si on ajoute les infos qui sont tombées ces dernières 24 heures, il y a donc ces humanitaires qui ont été tués. Une frappe israélienne aussi sur une annexe de l'ambassade d'Iran à Damas a fait 11 morts. Et enfin l'annonce par Benyamin Netanyahou de l'interdiction de la chaîne arabe Al Jazeera en Israël car jugé terroriste. Clairement, est-ce qu'Israël va trop loin ?

1:19
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, la situation est catastrophique. On le voit bien. On a Israël qui a subi la pire attaque terroriste de son histoire. En même temps, il y a une riposte sur Gaza qui fait les dégâts que l'on voit tous et que l'on déplore tous. Donc il faut maintenant qu'on arrive à trouver une solution pour sortir de ce conflit. Et donc application des résolutions de l'ONU et puis organisation ensuite de discussions pour parvenir à une paix durable, sécurité, deux états. Enfin tout le monde connaît tous les paramètres à discuter et tous les paramètres de la solution. Il faut maintenant que la pression maximale soit faite sur toutes les parties pour parvenir à cette solution.

Et à nouveau, application de cette résolution de l'ONU, cessez le feu, aide humanitaire, libération de l'ensemble des otages.

2:15
Invité

Les mots ont leur importance. Yael Brunpivet, vous parlez de situation catastrophique. Il y a quelques minutes sur France Info, l'un des vice-présidents de Médecins du Monde disait que cette affaire, cette nuit, témoignait de l'intention génocidaire de la part d'Israël. Est-ce que vous reprenez ces mots ?

2:31
Yaël Braun-Pivet

Évidemment non. Je pense qu'il faut faire très attention aux mots qu'on utilise. Un génocide, c'est une volonté délibérée d'anéantir un peuple en fonction de son identité, en fonction de son ethnie, etc. Et c'est une qualification qui est extrêmement grave, qui ne me semble pas être opportune à la situation qui se passe au Proche-sur-Réan.

2:57
Invité

Vous dites ce matin qu'il faut à tout prix mettre en œuvre la résolution de l'ONU qui exige donc un cessez-le-feu. Ce n'est pas la volonté de Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien. Est-ce qu'il faut passer aux sanctions ?

3:09
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, je vous ai dit quelle était la position qui était la mienne et je m'en arrêterai là.

3:16
Invité

Pas de sanctions de la part de la France si Israël ne respecte pas la résolution ?

3:21
Yaël Braun-Pivet

Pour moi, le temps n'est pas venu des sanctions. Le temps est venu de faire le maximum d'efforts, de poursuivre le dialogue. C'est ce qui se passe, c'est ce que fait le Premier ministre, c'est ce que fait le Président de la République, le ministre des Affaires étrangères. Il faut faire le maximum d'efforts. Je verrai dans quelques jours mon homologue, Amir Oana, le Président de la CNESET. Il faut que nous ayons des efforts qui soient convergents pour parvenir à l'application de cette résolution.

3:48
Invité

Yael Brunpivet, le député de la France Insoumise, Émeric Caron, compile depuis plusieurs semaines des images de la guerre à Gaza. Ces conséquences, il souhaite les montrer à ses collègues députés volontaires lors d'une diffusion dans l'enceinte du Palais Bourbon. Est-ce qu'il va pouvoir organiser cette projection ?

4:05
Yaël Braun-Pivet

Vous savez, les députés à l'Assemblée nationale sont libres d'exercer leur mandat comme ils le souhaitent. C'est donc qu'ils sont parfaitement libres d'organiser les projections qu'ils souhaitent à l'Assemblée. Je n'ai pas été à ce jour saisie d'une demande de la sorte. Mais pour moi, il n'y a pas de refus a priori, ni par rapport au sujet qui est porté, ni par rapport à l'auteur d'une éventuelle demande. Les seules restrictions que je peux apporter concernent ce qui peut toucher à la sécurité du Palais Bourbon, à l'ordre public. J'en suis responsable.

C'est ce qui m'avait conduit, lorsque l'on avait diffusé le documentaire sur Gaza, à refuser l'entrée à l'Assemblée nationale de personnes qui étaient fichées comme étant des personnes appartenant à des organisations terroristes. Mais là, ça arrête mon pouvoir.

4:52
Invité

Et là, ce sont des images que vous souhaiteriez voir ?

4:54
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, moi, je ne participe pas en général à ce genre de projections. Je n'avais pas vu non plus les images qui avaient été projetées sur le crime du Hamas, lorsque elle avait été à l'Assemblée nationale.

5:07
Invité

Yael Brunpivier et Emre Caron disent qu'il faut aussi voir, je cite, les atrocités commises par l'armée israélienne. Vous, vous avez beaucoup été critiqué il y a quelques mois, après avoir effectué votre déplacement en Israël, pendant lequel vous aviez affirmé un droit inconditionnel à se défendre.

5:23
Yaël Braun-Pivet

Vous revenez sur vos mots aujourd'hui, vous le regrettez ? Non, mais je ne reviens pas sur mes mots. Les mots inconditionnels, je les ai déjà expliqués à de multiples reprises. Si vous voulez, je peux le refaire aujourd'hui sur votre plateau. Mais je pense que mes propos étaient très clairs et mes intentions également.

5:40
Invité

Yael Brunpivier, vous revenez d'un voyage à Kiev avec une délégation de députés. Vous vous êtes exprimé devant la représentation nationale ukrainienne. Et face à elle, vous avez dit, je cite, rien n'est a priori exclu de ce qui pourrait s'avérer nécessaire pour soutenir l'Ukraine. Ça veut dire quoi ?

5:56
Yaël Braun-Pivet

Déjà, il était très important et il est important de soutenir l'Ukraine dans la durée. C'était le sens de mon déplacement. J'ai été à Kiev et vous l'avez rappelé, j'ai pu m'exprimer devant la RADA, donc devant la représentation nationale ukrainienne. Je me suis également entretenue avec les membres de l'opposition parce que c'est important lorsque l'on représente l'Assemblée nationale et le peuple de pouvoir avoir cette vision élargie des différentes forces politiques. Je me suis également rendue à Odessa, qui est une ville qui est martyr. La ville portuaire.

Et il était très important pour nous, avec ma délégation, d'être au plus près de ce qui se passe parce qu'on a tendance à oublier que là-bas, la guerre fait rage.

6:37
Invité

Qu'est-ce que vous avez appris ? Qu'est-ce que vous avez entendu que vous ne saviez pas ?

6:41
Yaël Braun-Pivet

Déjà, j'ai ressenti des choses. Vous savez, il y a des dossiers, il y a des chiffres, c'est très froid. Et puis, lorsque vous êtes sur place, que vous avez des alertes aériennes, qu'on vous place immédiatement dans des abris, qu'on vous réveille au milieu de la nuit pour vous placer dans un abri...

7:00
Invité

Vous, ça ne vous est pas arrivé pendant votre déplacement ? Si, ça m'est arrivé.

7:02
Yaël Braun-Pivet

C'est pour ça que je vous le dis, ça m'est arrivé. À Kiev, nous avons été réveillés trois fois pendant la nuit, dont une où on nous a demandé de descendre dans l'abri. Et à Odessa, nous avons passé notre temps à jouer au chat et à la souris entre les alertes et les abris. Et justement, j'ai fait un briefing avec le vice-amiral de la marine ukrainienne dans l'abri de la marine ukrainienne. J'ai fait une conférence de presse dans un abri avec mon homologue Roselane Stéphane Chouk. Donc, nous avons vécu en direct ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine, c'est-à-dire des missiles qui arrivent quotidiennement, des attaques de drones, des populations qui sont traumatisées.

J'ai visité l'école française à Kiev, où les abris ont été aménagés en salle de classe. Imaginez-vous des enfants qui font l'école aujourd'hui à Kiev dans des abris.

7:56
Présentateur

Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Saliha Brachia.

8:01
Invité

Toujours avec la présidente de l'Assemblée nationale, Yael Broun-Pivé, vous nous racontiez juste avant le fil info, votre déplacement à Kiev, à Odessa, sous la menace des bombardements. Face à la représentation nationale ukrainienne, vous avez déclaré rien n'est a priori exclu de ce qui pourrait s'avérer nécessaire pour soutenir l'Ukraine. Ça voulait dire quoi ?

8:20
Yaël Braun-Pivet

Ça signifie que l'Ukraine a besoin de notre soutien, du soutien français, du soutien européen, du soutien des Américains, du soutien du monde, dans la durée. On ne peut pas laisser Vladimir Poutine gagner. On ne peut pas les laisser continuer à commettre ces crimes de guerre. Il y a des déportations d'enfants. Il y a eu des viols collectifs. Il y a des massacres de population. Cela met en danger non seulement la sécurité de l'Europe, ça met en danger la sécurité du monde, la stabilité internationale. Et nous ne pouvons pas laisser faire. Et donc effectivement, il faut que les efforts aux côtés de l'Ukraine se poursuivent.

J'ai lu avec plaisir que le ministre des Armées comptait envoyer à nouveau beaucoup de chars, notamment pour permettre à l'Ukraine de défendre sa ligne de front qui fait près de 1000 kilomètres. Mais il faut effectivement que les coalitions, artilleries, munitions, que nous puissions continuer à leur produire des défenses, notamment anti-aériennes. Je vous parlais des missiles et des drones qui arrivent quotidiennement sur tout le territoire ukrainien. Ils ont besoin de se défendre. Et nous avons besoin d'être à leur côté.

9:34
Invité

Quand on vous pose la question, quand on n'entend rien n'est à exclure, on pense troupe au sol.

9:37
Yaël Braun-Pivet

Mais aujourd'hui, il est évident qu'il n'y a pas besoin et qu'il ne faut pas envoyer trop au sol aujourd'hui. Mais ce que l'on dit, c'est que rien ne doit être exclu. A priori, parce qu'on ne sait pas du tout comment le conflit va évoluer. Il y a des territoires. Nous, ce qu'on nous dit, c'est que les territoires proches de l'Ukraine sont parfois survolés brièvement par des drones, par des missiles. On parle de la Pologne, on parle de la Moldavie, etc. Moi, je ne sais pas ce que demain va faire Poutine dans sa folie meurtrière et agressive vis-à-vis de l'Ukraine. Il ne faut pas être naïf vis-à-vis de ce qui se passe aujourd'hui. Et donc, il faut être prêt à tout.

Et c'est le sens, je crois, de la position française. Moi, ce que je peux vous dire, c'est que j'en ai profité pour avoir des entretiens avec mes homologues aussi polonais et moldaves. Je peux vous dire que la position de la France est saluée parce qu'ils voient ce qui se passe et ils ont besoin d'un soutien très ferme. Et c'est aujourd'hui le cas de la France et des Européens. Et c'est ce dont l'Ukraine a besoin aujourd'hui.

10:51
Invité

Yael Brunpivet, il faut qu'on parle des impôts. Il faut d'abord qu'on parle du budget. Parce que ce budget 2024, adopté par l'Assemblée à la fin de l'automne, il était bâti sur une hypothèse de croissance d'1,4%. Moins de deux mois après, cette prévision a été abaissée à 0,9%. Est-ce que la loi de finances présentée aux députés par Bercy était sincère ? Je vous pose la question parce que la droite dit que le gouvernement a menti.

11:12
Yaël Braun-Pivet

Alors oui, les prévisions de croissance, effectivement, étaient un tout petit peu dans les prévisions supérieures à ce que nous avons eues. Le ministre des Finances s'en est expliqué. Dans l'hémicycle et devant la Commission des Finances, lors d'une audition qui a été très importante. Donc moi, je n'ai pas de doute sur la sincérité du budget. Maintenant, nous devons faire face à une situation qui est extrêmement complexe avec cette dégradation de nos comptes. Et donc, il nous faut réagir.

11:41
Invité

Il y a 10 milliards de dépenses qui ont été coupées sans que les députés aient leur mot à dire comme présidente de l'Assemblée nationale. Est-ce que vous trouvez ça normal ?

11:49
Yaël Braun-Pivet

Alors oui, parce que c'est la stricte application de la loi. Et moi, en tant que présidente de l'Assemblée nationale, c'est à ça que je m'attache. Le respect de nos institutions, le respect du cadre légal, il l'est aujourd'hui. Il est évident que si la réduction de dépenses devait maintenant être plus importante, il faudrait évidemment qu'il y ait un texte de loi qui nous soit présenté. Je rajoute quand même que les deux ministres, le ministre des Finances et le ministre des Comptes publics, ont été devant la Commission des Finances pour répondre des choix qu'ils faisaient lorsqu'ils présentent cette situation d'économie de 10 milliards, ce qui est fondamental.

Donc, il y a quand même eu un passage et des explications qui ont eu lieu. Et c'est bien normal. Mais pas de vote des députés. Et c'est bien normal devant l'Assemblée nationale.

12:33
Invité

Jérôme a fait référence aux économies du moins décidées par le gouvernement. Mais il y a aussi la question des recettes. Gabriel Attal et Bruno Le Maire refusent d'augmenter les impôts. Vous vous dites au contraire « N'écartons pas cette option par principe ». Pour parler clairement, ça veut dire que vous êtes pour augmenter les impôts ?

12:50
Yaël Braun-Pivet

Je ne suis pas pour augmenter les impôts d'une façon générale. Et il n'est pas question d'augmenter les impôts des Français, l'impôt sur le revenu ou la TVA, qui est un impôt indirect, qui touche les Français de façon indiscriminée. Mais en revanche, moi, je ne souhaite pas qu'on élimine la piste de l'augmentation des recettes. A priori, je pense que tout se regarde. Et ce, d'autant plus que si nous devons fournir un effort, et si nous demandons à nos compatriotes de fournir un effort, compte tenu de la situation financière de notre pays, cet effort, il doit être partagé par tous. Il doit être équitablement réparti.

C'est une question de justice sociale, c'est une question d'équité, c'est une question d'acceptabilité. Et puis, il faut que l'effort soit produit par chacun. Tout le monde le comprend. Et donc, il faut regarder la question des recettes.

13:44
Invité

Mais alors, clairement, vous parlez de qui ? Vous visez qui quand vous parlez de doses d'impôts ? Est-ce qu'on parle, par exemple, des entreprises du CAC 40, qui ont engrangé 146 milliards de bénéfices nets en 2023, 97 milliards de dividendes ? Ce sont ces entreprises-là que vous avez dans le viseur ?

13:58
Yaël Braun-Pivet

Moi, je n'ai personne dans le viseur particulier. Ce qui m'importe, c'est cette équité dont je ne vous faisais pas. Et donc, effectivement, à mon sens, il faut faire quelque chose d'exceptionnel, pas quelque chose de durable. Donc, une taxe exceptionnelle. Et puis, une taxe exceptionnelle. Et regardez si c'est la flat tax qu'on augmente provisoirement. Est-ce que c'est la taxation des super profits ? Est-ce que c'est la taxation des super dividendes ? Est-ce qu'on regarde ce que l'on peut faire sur les fameux rachats d'actions dont vous venez de parler ? Mais en tout cas, moi, je pense que ça se regarde, ça s'examine, ça se débat.

Et ça se débat entre nous, avec l'Assemblée nationale, avec la représentation nationale, parce que je pense que c'est important et qu'il s'agit à nouveau d'une question de justice et d'équité. Et moi, je veux bien faire tous les efforts du monde. Mais il faut que ces efforts soient partagés.

14:55
Invité

Oui, mais alors justement, parler aux auditeurs, aux téléspectateurs qui nous regardent, vous le dites clairement, il faut taxer davantage les plus riches de notre pays. Mais non, dit comme ça, ça ne va pas.

15:05
Yaël Braun-Pivet

Non, parce que dit comme ça, on pourrait penser que je souhaite qu'on augmente l'impôt sur le revenu. Ce n'est pas ce que je viens de vous dire. Bien au contraire. Donc, ce n'est pas ça mon propos. C'est soit l'immobilier, soit les dividendes. Mon propos, c'est quelque chose d'exceptionnel sur les entreprises qui peuvent faire le plus de profits ou les actionnaires qui touchent des dividendes exceptionnels. Vous en avez rappelé le montant. Et ça se regarde.

15:31
Invité

D'un mot, Yael Brunpivet, vous parlez de justice sociale. Vous êtes à l'aise avec l'idée de modifier les règles de l'assurance chômage, baisser la durée d'indemnisation ou durcir les conditions d'accès au chômage pour faire des économies ?

15:45
Yaël Braun-Pivet

À nouveau, si l'effort n'est pas partagé, je ne suis pas à l'aise parce qu'on ne peut pas demander aux personnes qui sont sans activité en recherche d'emploi d'avoir leur durée d'indemnisation réduite si de l'autre côté, on n'a pas cette justice qui fait qu'on ne regarde pas la taxation de ceux qui ont le plus bénéficié d'une situation particulière.

16:08
Invité

Les deux, pour vous, sont corrélés ? On ne peut pas toucher à l'assurance chômage si on taxe pas davantage ?

16:13
Yaël Braun-Pivet

C'est le sens de ce que je dis quand je dis que l'effort doit être partagé par tous. Maintenant, sur l'assurance chômage, en tant que tel, nous l'avons réformé en 2019, nous l'avons réformé en 2022 et en 2023, nous avons déjà réduit la durée d'indemnisation. Il me semble qu'il n'est pas forcément de bonne méthode de réformer aussi rapidement à nouveau un point majeur sans qu'on n'ait pu regarder ni les effets produits par la précédente réforme ni qu'on ne l'ait pu l'évaluer. Vous en avez parlé avec le Premier ministre

16:46
Invité

qui a fait un 20h sur TF1 la semaine dernière pour annoncer une réforme.

16:50
Yaël Braun-Pivet

Mais je comprends qu'il annonce une réforme et qu'il veuille regarder tous les paramètres et c'est ce qu'il a annoncé, sa religion n'est pas faite en la matière.

16:59
Invité

Il a clairement dit qu'il y aurait une réforme cet automne. À vous d'entendre, vous dites que ce n'est pas le moment de faire une réforme.

17:04
Yaël Braun-Pivet

En tout cas, sur la durée, nous venons déjà de le réformer il y a peu de temps. Donc, c'est un décret de l'ancien ministre du Travail qui a d'ores et déjà abaissé la durée d'indemnisation de 24 mois à 18 mois. Donc, je pense qu'il ne faut pas toucher des paramètres aussi importants, aussi rapidement sans avoir évalué la réforme précédente. On ne touche pas attention à la stabilité de notre législation et de nos règles. Je pense que c'est important. Après, moi, j'ai regardé un petit peu les taux de chômage. Lorsque l'on regarde sur le territoire national, effectivement, la situation est meilleure. Mais ça varie du simple au double.

Vous avez des départements qui sont à quasi 5% de taux de chômage. Vous avez des départements qui sont encore à plus de 10%. Donc, il faut faire attention aussi parce que les situations ne sont pas égales sur le territoire. Donc, il faut continuer à travailler sur la formation professionnelle, continuer à travailler sur la réindustrialisation de nos territoires, sur la reprise économique, sur tout ce qui est autour, le logement, la mobilité, etc. Vous voyez, travailler sur le chômage, c'est beaucoup plus global que simplement se dire qu'en réduisant la durée d'indemnisation, on va remettre les gens sur le marché de l'emploi.

Je pense que la situation est malheureusement beaucoup plus complexe que ça. On a bien entendu votre opposition.

18:24
Locuteur

Voilà.

18:24
Présentateur

Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Saliad Rapia.

18:28
Invité

Et Yael Bronkivet, la présidente de l'Assemblée nationale. Vos collègues du Sénat ont rejeté l'accord de libre-échange avec le Canada. Il n'y aura pas de vote dans l'immédiat à l'Assemblée, en tout cas pas avant les européennes. C'est ce que souhaite le gouvernement. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?

18:41
Yaël Braun-Pivet

Oui, on voit que le débat a un peu dérivé sur le sujet. Et donc, je pense qu'il est temps de reposer les choses, de mieux objectiver ce qu'il y a dans cet accord, les bénéfices et les inconvénients de l'accord pour que les parlementaires dans leur ensemble aient des éléments qui leur permettent de s'exprimer en toute objectivité. Donc, je pense que ça vaut le coup de mettre un petit peu de pause là-dessus et d'objectiver les choses. Et je note qu'il y a notamment une mission qui va être lancée réunissant des parlementaires à la demande du gouvernement pour justement regarder cela de plus près, travailler sur les questions des clauses miroirs, etc.

Donc, je pense qu'il y a beaucoup de fantasmes autour de ce type d'accords. On les met souvent tous dans le même sac, il ne faut pas. Cet accord-là, moi, me semble bon.

19:31
Invité

C'est un accord avec un pays allié. C'est pas bizarre ce qui se passe quand on sait que cet accord, ce traité, est en application depuis 7 ans maintenant, appliqué provisoirement, alors que l'Assemblée nationale n'a pas eu son mot à dire. Et là, il y a la possibilité de le faire

19:49
Yaël Braun-Pivet

et on dit non, on repousse. Non, mais la plupart des clauses de l'accord sont des clauses qui concernent des compétences exclusivement de l'Union européenne. Donc, en fait, s'il n'y avait pas quelques clauses qui devaient être ratifiées par les parlements, l'accord, de toute façon, s'appliquerait parce que l'accord a été voté par le Parlement européen. Donc, maintenant, je pense que les débats ont lieu dans tous les États nationaux. C'est le cas chez nous. On a vu la façon dont s'est déroulé le débat. J'observe quand même, et c'est intéressant, que lorsque le texte a été voté au Parlement européen, la plupart des députés européens LR ont voté pour l'accord.

Ah, donc là, pour lui, il y a de la manœuvre politicienne. C'est pour ça qu'il faut réussir à apaiser les choses, à objectiver les choses. Moi, je ne veux pas que, sur des accords de cette importance qui profitent aujourd'hui à notre agriculture, à notre industrie, on l'instrumentalise à un moment où on a une campagne européenne qui fait que les sujets du commerce international sont sur la table. Il ne faut pas confondre CETA et Mercosur. Il ne faut pas confondre tous les sujets. Donc, c'est la raison pour laquelle, moi, je pense qu'il est bien de faire une pause, d'objectiver les choses et de continuer à travailler.

21:01
Invité

Mais quand même, vous êtes présidente de l'Assemblée, il n'y a pas un problème démocratique derrière tout ça. Votre tête de liste aux européennes, Valérie Ayet, a expliqué ici même, sur ce plateau, que même en cas de refus des deux assemblées, du Sénat et de l'Assemblée nationale, le CETA pourrait s'appliquer. Ça, c'est l'application de la loi.

21:17
Yaël Braun-Pivet

C'est l'application de la loi. À nouveau, je vous indique que la plupart des clauses qui concernent le commerce entre l'Europe et le Canada sont de compétences communautaires. On ne sont pas de compétences nationales. On est sur d'autres clauses. Donc, vous acceptez de ne pas pouvoir dire votre mot ? Mais j'accepte. C'est la règle. Maintenant, ce que je dis, c'est que le Parlement, évidemment, va se prononcer. Mais on est dans une procédure et dans un moment d'intensité telle qu'il vaut mieux objectiver les choses. Moi, je préfère que les députés votent sur quelque chose qui soit clair et qui soit précis plutôt qu'ils instrumentalisent leur vote à d'autres fins.

Je pense que ça, c'est dangereux pour notre démocratie.

21:57
Invité

Yael Brandpivet, demain, il va se passer quelque chose à l'Assemblée nationale. Gabriel Attal inaugure une nouvelle formule. Ce n'est pas toujours quelque chose, mais là, en l'occurrence, Gabriel Attal va inaugurer une nouvelle formule de questions au gouvernement. Questions qui lui seront adressées. Il sera seul face aux députés pendant trois quarts d'heure. Vous n'avez pas peur que ça vire à la politique spectacle ?

22:15
Yaël Braun-Pivet

C'est une proposition que j'avais faite lorsque j'ai décidé de réformer les questions au gouvernement. J'avais proposé plusieurs formats, dont celui-là, que le Premier ministre a accepté. Moi, je pense qu'il faut revitaliser cet exercice démocratique majeur que sont les questions au gouvernement où le Parlement interroge le gouvernement, les ministres. Je rappelle que le gouvernement est responsable devant le Parlement.

22:39
Invité

Ce n'est pas un meeting, ce qu'on va voir demain.

22:40
Yaël Braun-Pivet

Ce n'est pas un meeting. C'est justement un moment important, démocratique, de responsabilité. Après, il faut voir ce que les parlementaires et le Premier ministre en feront. Moi, je ne souhaite pas, évidemment, que ce soit un meeting, mais ce n'est pas l'objectif et je ne pense pas que ce soit l'intention du Premier ministre. Après, il s'agit vraiment d'une expérimentation. Moi, je suis partisane de cela. Testons des choses, évaluons-les et regardons après, collectivement, avec l'ensemble des groupes politiques, si cela apporte quelque chose à notre démocratie ou pas. Donc, nous verrons bien.

Mais en tout cas, moi, je suis très enthousiaste à l'idée de tester ce nouveau format des questions au gouvernement.

23:19
Invité

Merci, Yael Brown-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale. Vous étiez l'invité du 830 France Info.

Humanitaires morts à Gaza, soutien à l'Ukraine, réforme de l'assurance chômage... Le "8h30 franceinfo" de Yaël Braun-Pivet — Yaël Braun-Pivet · Pourquijevote