Les 4 Vérités - Amélie de Montchalin
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
– Bonjour, Amélie de Montchalin, merci d'être avec nous ce matin. On l'entendait dans le journal, le G7 débute aujourd'hui au Canada sur fond de guerre commerciale. Est-ce que vous attendez un front uni des pays européens face aux États-Unis de Donald Trump ? – Je l'attends et je l'espère, c'est-à-dire que si l'Europe n'est pas la première brique du multilatéralisme dont nous avons besoin dans notre monde pour gérer les conflits, les dissensions, les différences de vues, alors l'Europe n'est pas ce qu'elle est dans sa mission fondamentale.
Donc évidemment, le président Macron se réunit avec les quatre Européens avant de rentrer au G7. – Mais en la circonstance, il n'y a pas d'État d'âme à faire cause commune avec le nouveau Premier ministre italien qui est la tête d'une coalition avec l'extrême droite, avec la Grande-Bretagne post-Brexit, tous ensemble. – Aujourd'hui, tous ces pays sont très clairs.
La position des Américains et du président Trump sur notamment la guerre commerciale qui s'ouvre n'est pas la nôtre. L'Europe croit au commerce, elle croit au commerce responsable, elle croit à la réciprocité et donc bien entendu, nous faisons cause commune. – Alors néanmoins, cause commune peut-être, mais il y a aussi des dissensions à l'intérieur de la famille européenne.
Angela Merkel, la chancelière allemande qui est déjà en campagne pour les élections européennes, elle dit, et je sais que vous n'êtes pas d'accord, qu'il faut un budget européen avant même les prochaines élections européennes. Il faut un budget pour la période 2021-2027 pour ne pas en faire un enjeu partisan, dit-elle. – Pour que nos téléspectateurs comprennent bien, moi je crois à la démocratie dans une chose très simple.
Des élections pour mai 2019, ça se prépare avec un projet qu'il faut ensuite réunir des électeurs, une majorité, et ensuite il faut voter pour être appliqué. Ce que nous dit Angela Merkel aujourd'hui, c'est, la Commission européenne a fait une proposition de budget, dépêchons-nous pour le ficeler, le verrouiller, comme ça quand les Européens voteront, eh bien tout sera déjà prêt. Moi je pense que c'est la meilleure chose pour faire gagner les populistes.
Soit on dit aux Européens, voilà, qu'est-ce que vous voulez que l'Europe fasse ? Qu'est-ce qu'elle doit faire demain ? Quels moyens elle doit se donner pour la sécurité, pour l'immigration, pour la culture, pour l'éducation, pour les transports ?
Bref, ce qui fait l'Europe au quotidien. On ne peut pas verrouiller les choses avant l'élection. À quoi ça sert d'avoir un programme ?
À quoi ça sert d'être la tête de liste si tout déjà se passe ? C'est comme si nous en France, on avait voté, je ne sais pas, François Hollande et ses amis en 2014, le budget qui s'appliquerait après l'élection d'Emmanuel Macron. Moi je m'occupe du budget en France, je peux vous dire que c'est parce qu'on a été souverains qu'il y a eu une élection qu'on peut appliquer les choses.
Vous avez justement écrit une tribune il y a quelques jours en disant, je cite le titre de votre tribune, parlons enfin concret, et vous dites, on ne peut plus se contenter pour promouvoir l'Europe de dire l'Europe c'est la paix, ce sont des symboles. Mais aujourd'hui, est-ce que c'est ça qui explique l'euroscepticisme, voire l'europhobie qui monte dans beaucoup de pays ? Les populistes disent deux choses.
Ils disent, regardez, tous ces discours sonnent creux, puisque regardez comment on n'est pas d'accord, comment finalement il y a des distinctions entre nous. Et puis ils disent aussi, l'Europe c'est une espèce de dictature technocratique puisque tout se passe sans que vous choisissiez. Moi je pense qu'il est essentiel aujourd'hui.
Et est-ce que c'est vrai ? C'est pour ça qu'il faut absolument que ce budget pour 2021-2027, on le vote formellement après les élections. Que si la majorité dit, par exemple, on a une priorité, par exemple, on veut vraiment mettre beaucoup plus de moyens sur Erasmus, les apprentis, la formation professionnelle, il faut qu'on puisse le faire après les élections.
Sinon à quoi ça sert d'avoir des élections ? C'est pour ça qu'il y a une distension très forte. Angela Merkel dit, verrouillons les choses, comme ça les élections, même si elles font gagner les populistes, n'auront pas d'impact.
Moi je dis, c'est la meilleure chose à faire, de la suivre. Vous vous le dites, Emmanuel Macron le dit aussi ? Bien sûr qu'il le dit dans des cercles qui sont les siens.
Moi je le dis en tant qu'aussier responsable du budget en France. Je peux vous dire que nous ne pouvons pas transformer un pays si nous n'avons pas un mandat démocratique. La même chose s'applique en Europe.
Tout autre sujet, est-il normal que pendant la campagne présidentielle, on l'a appris hier, Emmanuel Macron ait bénéficié de prix d'amis pour louer des salles à des conditions plus avantageuses que ses concurrents ? Je ne sais pas si prix d'amis est le bon terme, c'est la commission des comptes de campagne qui a validé les comptes, peut réouvrir des choses si elle le souhaite. Des prix inférieurs à ceux proposés aux autres candidats, alors si vous préférez.
Moi je ne connais pas la nature, je pense qu'il y a une chronique politique et une espèce d'un seul coup, là on fait beaucoup de mousse sur quelque chose. Je crois aux institutions. Il y a une commission des comptes de campagne, c'est à elle de statuer, elle peut rouvrir un dossier si elle le jette juste nécessaire, et entre temps, gardons-nous, en tout cas pour moi, de faire des commentaires sur quelque chose dont je ne connais pas les détails, et dont la légalité jusqu'à maintenant n'a pas posé problème.
Mais ça ne jette pas une lumière différente quand même sur la façon dont Emmanuel Macron a mené campagne, avec peut-être des moyens, et finalement… Des moyens, je peux vous dire, moi j'ai mené ma campagne législative, avec des moyens extrêmement réduits, avec des choses très simples. Pas le président. Et beaucoup, beaucoup de bénévoles, puisque nous étions, je vous le rappelle, une campagne qui n'a bénéficié d'aucun argent public, contrairement à tous les partis installés qui ont des subventions, etc. – Les députés, en particulier ceux de La République en marche, sont-ils épuisés au bord du burn-out, comme le dit François de Rugy, le président de l'Assemblée nationale ? – Le sujet, ce n'est pas la fatigue, le sujet, c'est comment on examine les textes.
Ce qui est extrêmement fatigant… – Ce n'est pas un sujet, la fatigue. – C'est que vous siégez la nuit, le week-end, etc., et vous savez qu'en fait vous êtes là, pas parce que les débats sont intéressants, mais parce que vous répétez à l'infini des choses.
Moi, sur le budget, je peux vous dire qu'il y a des thèmes, on en a parlé cinq fois. Cinq fois entre la commission, l'hémicycle, deuxième lecture, commission, l'hémicycle, lecture définitive. Ça, ça montre qu'il faut absolument réformer la procédure, qu'on soit un parlement efficace, rationnel.
L'autre chose aussi qui est fatigante… – Un parlement, chambre d'enregistrement, disent les détracteurs de ceux qui veulent réformer les institutions… – Toutes les démocraties… – Et supprimer, par exemple, enfin, réformer le droit aux amendements. – Non, toutes les démocraties autour de nous ont des systèmes qui sont très démocratiques, mais où vous ne répétez pas les débats deux fois, trois fois, quatre fois. – Il faut aller plus vite. – Donc il faut aller plus vite.
Il faut aussi avoir plus de données, plus d'expertise, qu'on soit beaucoup plus informé, qu'on ne soit pas obligé de courir en permanence pour avoir d'expertise qui ne soit ni celle des lobbies, ni celle de l'exécutif, qu'on puisse avoir un vrai regard indépendant. Et ça, ça demande des moyens, d'où la réforme. – Mais la réforme, elle va conduire néanmoins, déjà à baisser le nombre de parlementaires, à baisser la possibilité de recourir aux amendements.
Vous trouvez que c'est un bon signe de démocratie ? – Moi, ce que je pense que ce n'est pas une question de nombre. Quand on est député, notre rôle, c'est de faire des majorités.
L'illusion du député tout seul, parce qu'il va présenter un bel amendement, on va réformer la France, c'est une illusion. Nous ne sommes puissants que si nous formons des blocs. – Pourquoi un député seul ne peut pas avoir son propre libre-arbitre et proposer des amendements ? – Bien sûr qu'il peut proposer des amendements, mais son métier, ce qu'on doit faire au quotidien, c'est créer des majorités.
Un amendement, il est voté que s'il a une majorité. Donc le but, c'est d'avoir vraiment, et je pense que vous y viendrez peut-être dans vos questions, un collectif. C'est tout notre sujet aujourd'hui, c'est comment on crée du collectif, comment on crée des blocs.
L'exécutif, vous savez, c'est un bloc. Les lobbies, c'est aussi des gros blocs. Si nous, on est tout seul, on est extrêmement fragile, on est extrêmement faible. – Je précise que vous êtes ce qu'on appelle une whip, en bon anglais, cela veut dire fouet, mais dans le langage parlementaire, plus pacifiquement, cela veut dire celle qui doit instiller une cohérence, une cohésion au groupe.
Est-ce qu'il y en a particulièrement besoin aujourd'hui ? Parce qu'on voit effectivement des députés de La République En Marche qui ont envie d'exister après un an de mandat, et n'est-ce pas normal ? Vous parlez du collectif. – Je pense que l'existence personnelle, de se dire, voilà, j'ai un amendement, je vais y aller tout seul, c'est une illusion, parce que tout seul dans l'hémicycle, vous n'êtes rien, vous êtes quelqu'un si vous avez des gens qui vous soutiennent, si vous faites la majorité, si vous arrivez à imposer votre vue, et vous n'imposez pas votre vue tout seul face au lobby, face à l'exécutif, vous l'imposez parce que vous êtes un groupe, parce que vous pesez.
Et ça, c'est extrêmement important, parce que, vous savez, la belle écharpe tricolore, le fait de pouvoir poser des questions, c'est un peu le théâtre. Ce qui compte, c'est le travail de fond, c'est comment vous arrivez pour un projet à réunir… Il ne faut pas qu'il y ait une tête qui dépasse, c'est une autre façon de lire ce que vous venez de dire. Ce qui est sûr, c'est qu'en interne, moi, mon rôle à la Commission des finances, c'est qu'on a beaucoup de débats entre nous, on cherche le point d'équilibre, et je peux vous dire qu'une fois qu'on est sur le point d'équilibre, on est extrêmement fort, parce qu'on est tous réunis.
Dernière question, vous parliez vous-même des lobbies, il y a une émotion qui ne retombe pas après le vote sur la loi sur l'alimentation, outre l'affaire du glyphosate qui reste autorisée. Pourquoi ne s'est-il pas trouvé une majorité à l'Assemblée nationale pour permettre les vidéos dans les abattoirs, pour interdire le broyage des poussins, la castration à vif des porcelets ? Vous savez que ce sont des sujets qui créent beaucoup d'émotion dans l'opinion publique.
Alors, il y a des choses qui ont été ouvertes par cette loi, il y a de l'expérimentation. Mais sur ces points précis, Madame de Manchala. Moi, j'étais dans l'hémicycle cet après-midi-là.
Il faut aussi entendre la transition nécessaire. On ne peut pas faire les lois contre les gens qui doivent les appliquer. Moi, je suis convaincue, la loi, c'est l'opportunité de faire différemment et vous devez accompagner le mouvement.
On ne peut pas décider de la fin du broyage des poussins, par exemple. Les filières travaillent, c'est un sujet qui est compliqué. Aujourd'hui, en conscience, nous avons considéré que ce n'était pas notre rôle aujourd'hui d'imposer quelque chose à ceux dont c'est le métier de le faire.
Il y a beaucoup, beaucoup de plans de filières. On peut parler des poules pondeuses, sur lesquelles la filière s'engage. Il y a des choses qui sont extrêmement importantes.
Là, j'en reviens à notre méthode. C'est l'évaluation. C'est-à-dire de dire, voilà, on pose des chances dans la loi, vous nous dites que vous allez changer vos pratiques, on évalue et on verra s'il y a besoin d'une loi après.
Eh bien, on a entendu vos arguments. Merci beaucoup, Emeline Monchalin. Laurent, c'est à vous.
Très bonne journée. Merci. Très belle journée à tous les deux.
Sous-titrage Société Radio-Canada
Amélie de Montchalin