Transition écologique : "On réalise brutalement que c’est pour aujourd’hui", selon l’économiste Jean Pisani-Ferry
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Quel bilan tirez-vous de cette COP 27 ?
- 1:08RelanceRéponse directe
Pourquoi n'a-t-on pas avancé à cette COP ?
- 1:34OuverteRéponse directe
C'est encore utile, ces grands messes sur l'environnement international ?
- 2:19OuverteRéponse directe
Quels sont les impacts économiques de la transition écologique ?
- 3:41OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'on fait concrètement pour tenir les objectifs ?
- 4:25OuverteRéponse directe
Il faut investir plus ? Changer nos habitudes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:47InvitéFait
« il n'y a rien effectivement de neuf sur les ambitions. »
- 0:59InvitéFait
« Il y a un accord de principe. C'est tout. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'argent en face. »
- 2:32InvitéFait
« que cette transition va occasionner un changement profond de modèle de développement et induire des chocs négatifs sur la croissance, l'emploi et les inégalités. »
- 3:55InvitéChiffre
« le commissaire européen à Charmenscherk a annoncé que pour 2030, ce n'était pas moins 55, comme on l'avait dit, c'était moins 57. »
- 4:08InvitéChiffre
« Pour cent par rapport aux émissions de 1990. »
- 5:31PrésentateurChiffre
« Vous l'estimez à 70 milliards d'euros supplémentaires par an. D'ici 2030, ça fait 2,5 points de PIB. »
- 6:43InvitéFait
« On réalise brutalement que c'est pour aujourd'hui. »
Temps de parole
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France Info. Bonsoir à tous. La COP 27 s'est refermée hier. Charmelscher en Égypte. 10 jours de discussion au sommet. Alors un accord sur l'aide aux pays pauvres, mais un échec total et écuisant par contre concernant les nouvelles ambitions pour la baisse des gaz à effet de serre. Bonsoir Jean Pisani-Ferry. Bonsoir. Vous êtes économiste, professeur à Sciences Po et missionné par la première ministre Elisabeth Borne pour évaluer les impacts économiques de la transition écologique. Alors on va y revenir en détail, mais auparavant, quel bilan tirez-vous de cette COP 27 ?
Un peu le même, un peu le même. Hélas, il n'y a rien effectivement de neuf sur les ambitions. Sur ce qu'on appelle les pertes et dommages, c'est-à-dire les réparations en fait pour les pays les plus atteints, les plus vulnérables. Les pays pauvres, mais surtout les pays pauvres, mais les pays qui sont très menacés. Il y a un accord de principe. C'est tout. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'argent en face. Il y a un accord de principe pour créer un fonds.
Donc il va falloir aller encore plus loin. Mais pourquoi n'a-t-on pas avancé à cette COP ? On a l'impression que par rapport aux conférences précédentes, où il y avait, bon, quelques décisions concrètes, même si elles ne sont pas immédiatement suivies des faits, là on a vraiment l'impression d'un échec total cette fois-ci.
Il y a deux choses. D'abord, une COP tous les ans, c'est peut-être un peu ambitieux de vouloir progresser tous les ans. Donc il y a eu des progrès à Glasgow. Il y a eu évidemment l'accord de Paris. Glasgow, c'était Paris plus 5.
C'est encore utile, ces grands messes sur l'environnement international ?
Oui, c'est utile. Alors il s'est passé à Schermannscher qu'il y a eu, semble-t-il, un certain nombre d'accords bilatéraux. Mais il n'y a pas eu, effectivement, de renforcement des ambitions. Et il faut rappeler que ces accords, il y a l'écart entre les ambitions affichées, les politiques annoncées, les objectifs annoncés, et les politiques en place, est énorme. Il est double. Il y a l'écart entre l'ambition en termes de température, les ambitions en termes d'émissions, et les politiques en place.
Et il faut du temps pour mettre tout ça en place, effectivement.
Il faut du temps, mais il faut aussi des efforts, parce que ça montre que ces politiques
ne sont pas crédibles. Justement, on en vient à notre sujet, Jean Pisani-Ferry, je le disais, vous avez été missionné par la Première Ministre pour évaluer les impacts économiques de la transition écologique, et vous venez de publier, avec Salma Mafouz, qui est inspectrice des finances, une note très fournie dans laquelle vous dites, je vous cite, que cette transition va occasionner un changement profond de modèle de développement et induire des chocs négatifs sur la croissance, l'emploi et les inégalités. Ce n'est pas très encourageant, tout ça ?
Ce n'est pas très encourageant, mais c'est réaliste. On parle là de l'horizon des dix prochaines années. À un horizon plus lointain, on a de bonnes raisons d'être optimiste sur la faisabilité de la neutralité climatique. Mais qu'est-ce qui coince aujourd'hui ? Ce qui coince aujourd'hui, c'est simple, c'est qu'on accélère, et accélérer, ça veut dire qu'il y a énormément d'équipements qui vont devoir être mis au rebut de manière prématurée. Ça va occasionner des pertes en capital, ça va occasionner des pertes en matière de propriété intellectuelle, ça va occasionner des pertes de compétences. Tout ça va se...
Des pertes d'emploi aussi, on peut le dire.
Des pertes d'emploi, oui, mais en même temps, il y a des besoins qui se créent. Mais entre les deux, il y a des problèmes de formation, il y a des problèmes de localisation, il y a tout ce qui est, en fait, le passage accéléré d'un type d'économie à un autre, ça occasionne nécessairement des pertes du côté de ce qu'on appelle l'offre, c'est-à-dire la capacité de production.
Alors, qu'est-ce qu'on fait concrètement pour tenir les objectifs ? Est-ce que d'abord, c'est encore possible ? Et si oui, quel est votre plan d'action ? Je crois que vous avez vraiment trois idées très précises.
Alors, d'abord, le commissaire européen à Charmenscherk a annoncé que pour 2030, ce n'était pas moins 55, comme on l'avait dit, c'était moins 57. Donc, ça veut dire qu'il y a une accélération, effectivement, sur les émissions.
Moins 57, c'est-à-dire ?
Pour cent par rapport aux émissions de 1990. Donc, ça veut dire qu'en Europe, il y a une accélération, encore plus rapide que ce qu'on pensait. Donc, il y a des choses qui se font, effectivement. Donc, effectivement, c'est la possibilité et l'action est là.
Alors, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut investir plus ? Il faut changer nos habitudes ? Il faut être encore plus somme, je dirais ? Il faut changer de technologie ?
Il faut faire un peu tout ça, c'est-à-dire qu'il y a investir plus parce que de se passer des combustibles fossiles, c'est très souvent, en fait, augmenter l'intensité en capital. C'est remplacer, en fait, des combustibles fossiles par du capital. Donc, c'est typiquement ce qu'on fait lorsqu'on implante des énergies renouvelables, lorsqu'on implante du nucléaire, lorsqu'on change sa voiture, sa chaudière, etc. Donc, il y a plus d'intensité en capital. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est effectivement de pousser la recherche. Et ça, pousser la recherche, d'une certaine manière, c'est un peu la même chose.
On va détourner de la recherche qui allait traditionnellement de l'efficacité générale, de l'économie de travail vers l'économie de fossiles. Et ça, l'expérience montre qu'on peut le faire dans des proportions considérables.
Alors, le troisième point, c'est la sobriété. Et tout ça va coûter de l'argent quand même. Alors, vous l'estimez à 70 milliards d'euros supplémentaires par an. D'ici 2030, ça fait 2,5 points de PIB. Où est-ce qu'on va chercher cet argent ? 70 milliards minimum Pour être honnête,
ce n'est pas nous qui disons ça. On a recensé, en fait, les travaux qui existent. C'est par rapport à une situation dans laquelle on n'aurait rien fait. Donc, ce n'est pas tout à fait ça par rapport à aujourd'hui. Par rapport à aujourd'hui, c'est moins. Mais il va falloir que tout le monde s'y mette. Public comme privé ? Public et privé, bien sûr. C'est-à-dire, il y aura une partie ménage, il y aura une partie entreprise, il y aura une partie administration publique. Et ce qui est compliqué, c'est de trouver le bon dosage entre les trois. Parce qu'évidemment, quand on dit aux ménages « il faut changer votre chaudière », il y a des ménages qui ne peuvent pas, simplement.
Donc, il va falloir les aider. Quand on leur dit « il faut changer votre voiture », il y a des ménages qui ne peuvent pas. Ou des artisans qui ne peuvent pas. Il y a des entreprises qui ne peuvent pas. Donc, il va falloir
que la puissance publique intervienne. On a un peu l'impression quand même d'avoir le nez sur le guidon à quelques encablures des échéances. Est-ce qu'on n'a pas manqué de réflexion en amont ? Est-ce que les politiques, est-ce que les administratifs n'ont pas tardé à anticiper tout cela, finalement ?
On croyait que c'était pour l'avenir lointain. C'est-à-dire, ce n'est pas vrai que les gens ne s'en préoccupaient pas, mais ils pensaient que c'était pour après-demain. En fait, c'est pour aujourd'hui. Et ce qui se passe là, en ce moment, c'est qu'on réalise brutalement que c'est pour aujourd'hui. Et c'est ça. Oui, alors, on a manqué d'anticipation. Tout le monde, d'une certaine manière. Mais c'est la preuve qu'il s'est passé quelque chose avec l'accord de Paris. Ça bouge maintenant. Ça bouge vite. Et donc, la contrepartie, c'est qu'effectivement, c'est plus coûteur qu'il faut rattraper le temps perdu.
Merci beaucoup, Jean Pizani-Ferry, je rappelle donc économiste et professeur à Sciences Po, invité de l'économie sur France Info ce soir.