Laure Miller, députée Ensemble pour la République, juge que les politiques sont "plus intéressés par le buzz que par le fond"
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Elle s'appelle Laure Miller, elle est députée EPR, c'est-à-dire macroniste de la Marne. Et il y a quelques jours, lors des questions au gouvernement, à l'Assemblée, en plein débat sur les violences faites aux enfants après le drame vécu par Liana, Laure Miller a surpris tout le monde en sortant de son texte pour dire ça.
J'ai honte de l'image qu'on donne. Hier, il y a des hommes, des femmes, beaucoup de femmes, qui se sont déplacées probablement pour la première fois de leur vie devant un palais de justice pour nous demander d'agir en responsabilité et de protéger nos enfants. Et depuis 15 heures, on se renvoie la balle comme des gamins dans une cour d'école. On cherche des responsabilités individuelles.
Et en fait, j'imaginais, mais avec beaucoup de naïveté sans doute, qu'on allait être constructifs enfin, parce que je crois que c'est ce que les gens attendent de nous sur un sujet comme celui-ci, qu'on se tienne la main, qu'on se tende la main, qu'on se mette tous autour d'une table pour travailler pour nos enfants. Ce n'est pas un sujet politicien, c'est un sujet d'ampleur, de grande ampleur. Et voilà, j'imaginais qu'on allait avoir ça. Et en fait, j'ai honte et je voudrais m'excuser parce qu'on a donné une image mais déplorable.
Il n'y a déjà plus beaucoup de Français qui croient encore en la politique, mais je crois que ce qu'on est en train de donner encore à voir comme image de la politique, c'est vraiment un désastre, un désastre. Donc je suis désolée. Et si être députée en mai 2026, c'est ça, eh bien je ne suis pas, je ne me sens pas députée, je me sens citoyenne et je suis vraiment déçue.
Bonjour et bienvenue en direct sur RTL, Laure Miller. Bonjour. J'ai envie de vous inviter ce matin parce que je me suis dit, tiens, elle dit tout haut ce que beaucoup de Français reprochent à tort ou à raison aux politiques de tous bords. Pourquoi ce coup de gueule ? Qu'est-ce qui a provoqué ce coup de sang chez vous ?
Je pense que c'était un peu un ras-le-bol généralisé. Ce n'était pas du tout prévu. Mais au fur et à mesure de cette heure et demie de questions au gouvernement qu'on a tous les mardis, je voyais un décalage, comme je le vois depuis que je suis élue députée depuis 2023, un décalage énorme entre les attentes, ce qu'on avait entendu le lundi, la veille, lors des manifestations, et la réponse politique qui était dans cet hémicycle depuis une heure et demie et qui était, à mon sens, complètement décalée, puisqu'en fait, on avait l'impression d'être dans un vase clos de gens qui se parlent à eux-mêmes.
Un vase clos ? Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui fait que... Vous le dites, ça fait trois ans que vous êtes élue députée. Qu'est-ce qui fait que vous êtes tous déconnectés à un moment, ou presque tous déconnectés ? Comment vous l'expliquez ?
Alors déjà, je pense qu'on ne l'est pas tous. Il y a plein de députés comme moi, qu'on ne connaît pas, qui travaillent, qui sont sérieux, de tous bords politiques. Mais voilà, comme ils travaillent, on ne les entend pas forcément. Mais je pense qu'il ne faut pas généraliser. En revanche, ceux qu'on entend le plus, je ne sais pas si c'est une déconnexion, mais j'ai l'impression que c'est aussi dû à l'immédiateté de l'information. On parle à nos réseaux sociaux. Enfin, en tout cas, les politiques qui sont vraiment très visibles parlent à leurs réseaux sociaux. Sans doute trop.
Je pense que c'est une vraie dégradation aussi du débat public qui est sous nos yeux et qui doit nous interroger parce que ça dégrade aussi la démocratie, je pense, à terme, et même à court terme. On voit bien qu'on est plus intéressé par la petite phrase, par la radicalité de notre propos, par le clash, par le buzz, que par des réponses de fond, un dialogue et un débat qui soit constructif et qui soit vraiment sur le fond des choses. Ça prend trop de temps et donc ça n'intéresse pas forcément les politiques.
Il y a une phrase qui est peut-être la plus inquiétante de tout ce que vous avez dit. Si être député en 2026, c'est ça, eh bien je ne me sens pas député, je me sens citoyenne et je me sens déçu. Ça veut dire quoi ? Qu'ils ont déjà usé votre énergie ? Qu'ils vous ont dégoûté ? Que ce fonctionnement de la politique vous a écœuré déjà ?
En partie. Alors moi, je trouve quand même des points de satisfaction, entre guillemets, la satisfaction politique n'est pas forcément évidente, mais des points de satisfaction parce qu'avec l'aide de beaucoup de députés, encore une fois, de tous bords politiques, j'ai déjà réussi depuis trois ans, et notamment cette année, à faire voter deux propositions de loi. Donc les choses sont possibles quand on est sur des sujets qui concernent tout le monde, notamment l'enfance. Les deux propositions de loi que j'ai fait voter, c'était sur l'enfance. Donc c'est possible, je ne suis pas dégoûtée, mais oui, on est nombreux et il y a beaucoup de députés qui sont venus me voir après cet échange.
Vous avez reçu beaucoup de messages ? Oui, alors des Français, j'en ai reçu énormément. J'ai été un peu bouleversée d'ailleurs par la force des messages que j'ai reçus. C'était même presque un peu trop pour mes épaules parce qu'il y a beaucoup à faire dans le monde politique, mais surtout de collègues députés qui me disaient « Oui, moi j'en ai ras-le-bol de prendre et de devoir assumer et d'avoir un procès sans cesse en insincérité, alors qu'en fait c'est une poignée de députés qui ont cette image-là et qui renvoient cette image. »
Pendant que vous avez parlé à l'Assemblée l'autre jour, on voyait Sébastien Lecornu qui vous fixait du regard. Est-ce que lui vous envoyait un message au Premier ministre ou pas derrière ?
Non, mais j'ai eu des messages de son équipe. Donc, me disons que voilà, j'avais dit en effet ce que beaucoup de Français sans doute pensaient.
Sur le fond, dans votre coup de gueule, vous avez déploré qu'on cherche des responsabilités individuelles après la série de dysfonctionnements qui ont conduit à la mort de Liana. Mais est-ce que ce n'est pas exactement ce qu'a fait le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, en pointant d'abord les magistrats et ensuite les gendarmes chercher des responsabilités individuelles ?
Je pense qu'il y a deux niveaux de réponse sur cette affaire. C'est-à-dire, je pense que c'est nécessaire de regarder en effet ce qui a dysfonctionné dans cette horrible affaire qui nous a tous traumatisés. Et en effet, il y a sans doute des responsabilités, un loupé qui est nécessaire de pointer du doigt. Mais il y a un deuxième niveau et ça aussi, et c'est ça qui a manqué je pense la semaine dernière, un deuxième niveau de réponse qui est comment on change de façon structurelle les choses dans notre pays pour ne pas que ça se reproduise.
Il y a évidemment la question des moyens, mais moi ce qui m'a manqué et ce qui a manqué à beaucoup de monde je pense dans ce débat qu'on a eu la semaine dernière, c'est la question de la prévention, on parle beaucoup de l'ordonnance de protection immédiate, on n'en a pas du tout parlé, on parle du juge unique, le garde des Sceaux avait émis cette idée parce que plusieurs députés appelaient à cette idée.
Vous écoutez vite le petit cycle de la politique et les petites phrases.
Mais oui, on n'a pas du tout parlé, moi je pense que les gens attendaient de nous qu'on rentre dans le débat de fond, qu'on se mette à débattre, à regarder ce qu'il était possible de faire à court terme, à moyen terme, d'avoir une vraie ambition sur le sujet de la protection de l'enfance.
Il y a eu de nombreux appels à la démission du garde des Sceaux et quand on regarde son parcours, on constate qu'il est ministre de la Justice depuis un an et demi. Avant ça, il a été ministre de l'Intérieur pendant 4 ans. Bilan, 70 000 plaintes concernant des enfants victimes qui dorment à examiner en urgence avant la mi-juillet. C'est difficile de ne pas dire qu'il a une responsabilité, non ? Les gens qui vous écoutent se disent, mais quand même, c'est quoi la responsabilité en politique ?
Alors, on a tous des responsabilités à des niveaux différents. Comme député, je peux aussi échouer dans certaines de mes missions. Donc, les ministres aussi, mais il a été très clair, Gérald Darmanin, il a dit, s'il faut que je m'en aille, aucun sujet. Mais ça ne changera rien à l'affaire. Et je pense que la question de la justice dans notre pays, c'est un sujet qu'on n'a pas traité depuis 40 ans. Alors, il y a eu une augmentation du budget ces dernières années.
C'est quand même compliqué de dire que c'est un sujet qu'on n'a pas traité depuis 40 ans. C'est vrai. Regardez le niveau du budget.
Alors, le budget, c'est difficile à entendre aujourd'hui parce qu'on est dans une situation de crise sur cette affaire. Mais le budget a augmenté. Alors, sans doute pas assez. Et c'est toujours très facile de critiquer lorsqu'on est observateur. Moi, je ne crois pas avoir été élu pour commenter la vie politique, mais pour proposer et pour ensuite agir.
Je ne sais pas si vous avez entendu, Laure Miller, dans le journal de 7h30, le témoignage de la patronne du syndicat de la magistrature qui nous disait que Gérald Darmanin, quand il est ministre de l'Intérieur, aurait volontairement tenu confidentiel un rapport de juin 2023 qui parlait justement du stock de procédures non traitées. Rapport qui révélait, et je lis le communiqué, que près de la moitié des procédures en cours, particulièrement des agressions et des viols, étaient laissées à l'abandon pendant des années, alors même que les personnes mises en cause étaient identifiées, voire localisées. Qu'est-ce que vous vous dites quand vous entendez ça ?
Alors, moi déjà, je... Pardon, je vais peut-être vous choquer, mais le syndicat de la magistrature, ils font de la politique. Donc, en effet...
Vous aussi avec cette réponse ?
Ben non, c'est vrai. Le syndicat de la magistrature, moi j'ai un vrai sujet là-dessus, ils prennent des positions politiques, et je ne crois pas que ce soit leur place. Alors, sur le rapport, je ne sais pas s'il a été tenu secret volontairement. Ça, je n'ai pas les informations.
S'il a été caché, c'est grave ou pas ?
Ben, il faut qu'on puisse juger avec tous les éléments. Donc, oui, on doit pouvoir avoir affaire à tous les rapports qui sont élaborés et qui nous permettent de mieux appréhender, mieux comprendre ce qui se passe dans notre pays. Oui, évidemment.
Sur le fond, Laure Miller, est-ce que vous dites qu'il faut légiférer et vite après le drame de Liana ? Ou est-ce que vous dites, au contraire, arrêtons avec cette espèce d'hamster dans la roue qui fait des lois, des lois, des lois qui finalement ne sont pas appliquées ?
Oui, ben moi, c'est ce que j'observe, mais je ne suis pas la seule. C'est qu'on a l'impression que dès qu'il y a une crise, il faut que le politique se jette un peu comme sur un os, donc sur un objet politique, pour dire voilà, ça y est, on a la réponse immédiate.
Moi, au contraire, je pense que personne ne nous reprocherait d'attendre, non pas d'attendre, mais de travailler sereinement peut-être le temps de l'été, puisque le Parlement ne siège pas le temps de l'été, de regrouper toutes les bonnes âmes et toutes les bonnes volontés de notre pays, les associations, les politiques qui ont déjà émis des propositions de loi, des rapports, et de pouvoir avoir deux mois pour se dire, voilà, quelle pourrait être une espèce de grande ambition d'État, comme a pu le faire l'Espagne il y a maintenant de nombreuses années, et de présenter aux Français ce qu'on peut faire au mois de septembre, avec des choses qui relèvent de la loi, et d'autres qui ne relèvent pas de la loi.
On parlait déjà au moment du Grenelle sur les violences faites aux femmes, on se demandait, est-ce qu'il ne faut pas faire un parquet comme en Espagne ? C'était Marlène Schiappa qui portait tout ça à l'époque. Au final, rien.
Et c'est pour ça, là, je pense qu'on est au pied du mur, et que rien ne nous empêche de faire ça. Et c'est un sujet, honnêtement, qu'on peut résoudre avec les forces politiques, et l'état des forces politiques, qui est celui qu'on connaît dans notre pays, on peut le faire.
Avant de passer à un autre sujet sur les réseaux sociaux que vous souhaitez interdire aux mineurs, quelques mots quand même sur la polémique du matin. Éric Ciotti et Philippe Tabarro, donc le maire de Nice et le ministre des Transports. Il y en a un qui dit, il m'a traité de Nabot, il veut envoyer des géorgiens pour m'éliminer. Je vois votre tête, là.
Oui, c'est désespérant. Encore une fois, c'est ce que je vous disais. On a l'impression que les politiques se parlent à eux-mêmes, polémiques sur eux-mêmes, et ne se rendent pas compte, je trouve, de l'état du pays, de l'état des Français, qui ne regardent même plus la politique. Moi, c'est ce que je vois.
Est-ce que c'est acceptable qu'un ministre de votre majorité puisse dire à un maire d'une grande ville, en gros, je vais t'éliminer ?
Je ne sais pas s'il l'a dit, mais à la rigueur, je vais... Pardon, mais ça ne m'intéresse pas. Je pense que ce n'est pas le... Il y a sa place au gouvernement ? Je pense que c'est vraiment l'écume de la politique telle qu'on la déteste aujourd'hui, donc au moins, ça ne m'intéresse pas.
Bon, sur le fond, pour finir, quand est-ce que les réseaux sociaux seront donc interdits aux mineurs de moins de 15 ans en France ?
On attend le retour de la Commission européenne, parce qu'on doit notifier une loi lorsqu'il s'agit du numérique à la Commission européenne, qui va nous faire un retour dans les deux semaines maximum qui viennent, et ensuite, il faudra qu'on puisse réunir sénateurs et députés en commission expéritaire.
On les met d'accord ?
Donc, normalement, si tout se passe bien et si on est tous de bonne volonté et honnêtes sur le sujet, il faut qu'on puisse légiférer avant le 20 juillet pour pouvoir appliquer la rentrée.
Et dans ces cas-là, il faudra envoyer ses papiers, c'est la fin de l'anonymat sur les réseaux sociaux pour s'inscrire ?
Non, il faudra avoir une vérification d'âge qui est une vérification d'âge qui repose sur des critères émis par la Commission européenne, donc robustes, qui sont protecteurs des données, de nos données et de notre vie privée. Donc, tout est bien sécurisé et tout est bien paramétré. Simplement, ça nous permettra de protéger les plus jeunes d'entre nous.
Merci beaucoup d'être venu sur RTL ce matin, Laure Miller. Merci de votre franchise.
Laure Miller