Pourquoi David Lisnard reste-t-il peu connu ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:43Fait
« Je veux être président de la République, je pars de zéro, je suis maire. »
- 2:11Fait
« Certains n'ont pas intérêt à cette primaire, et peut-être que certains, M. Lisnard, se disent, regardez David Lisnard, disent-ils, c'est ce que vous allez me dire si vous l'entendez également. »
- 5:03Fait
« Les sondages, tant qu'on n'est pas encore dans la dramatique présidentielle, on est en train d'y rentrer, ils montrent, vous savez, c'est la persistance cosmique, ça montre la persistance des étoiles mortes, on voit une lumière qui a disparu. »
- 5:44Fait
« Moi ce que je propose c'est une compétition. Parce que se rassembler pour faire quoi ? Pour continuer la bouillie qui nous a amené dans le mur depuis des années ? »
- 7:05Fait
« Ce que je veux dire, c'est qu'il y a une division des voix à droite, au centre. Il faut arriver à rassembler les voix, non pas par des arrangements notables, des conclaves, ou demander aux gens comme moi qui viennent du terrain, « Allez les gars, en responsabilité, soyez raisonnables, c'est un peu réservé à nous à la caste. » »
Temps de parole
- ?100 %
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Un maire qui veut devenir président. Des interviews qui circulent. Des soutiens qui assurent que, cette fois, quelque chose est en train de se passer. Et toujours cette question : pourquoi David Lisnard ne perce-t-il pas davantage ? En préparant cette vidéo, on aurait pu vous servir une explication toute faite : un homme de terrain, des idées, et personne pour l'écouter. Sauf que les derniers jours compliquent sérieusement cette histoire. Lisnard est invité. Il est commenté. Et certains indicateurs progressent. Alors, qu'est-ce qui manque encore ? Pour le comprendre, il faut regarder ce qui se passe entre une bonne interview… et un bulletin dans l'urne. Dans cet entretien, Lisnard laisse lui-même apparaître le vertige de sa candidature. Il y a un côté narcissique et dingue.
Je veux être président de la République, je pars de zéro, je suis maire.
Evidemment, on se regarde et on se dit mais qu'est-ce que je fous là ? Qui suis-je pour parler aux autres ? Ce doute-là est intéressant. Parce qu'il contraste avec l'assurance du candidat en débat. Mais sa formule sur le fait de partir de zéro mérite, elle aussi, d'être regardée de près. Il est maire de Cannes et président de l'Association des maires de France. Ce sont des responsabilités, des contacts, une expérience. Il ne débarque donc pas en politique avec une affiche et trois amis. En revanche, être identifié par des élus et devenir familier pour des millions de Français, ce sont deux défis différents. L'AMF représente d'ailleurs des sensibilités politiques diverses : ses adhérents ne constituent pas une équipe de campagne à sa
disposition. Voilà le premier décalage : il possède déjà une place dans les institutions. Il cherche encore sa place dans l'imaginaire présidentiel. Le 8 septembre, sur BFMTV, cette difficulté lui est opposée très directement. La journaliste évoque le regard de ceux qui continuent à le réduire à son statut de maire. Écoutons aussi sa réponse. Mais disons les choses. Certains n'ont pas intérêt à cette primaire, et peut-être que certains, M. Lisnard, se disent, regardez David Lisnard, disent-ils, c'est ce que vous allez me dire si vous l'entendez également. Il peut être bon, il peut mettre parfois de bonnes idées sur la table, mais au final, sa notoriété n'est que celle du maire de Cannes, il n'est pas vraiment des nôtres, vous l'entendez ou pas, celle-ci ? Il n'est pas du Serail.
Mais j'en suis très heureux et très fier, c'est pour ça que j'y vais, c'est parce que j'ai compris en présidant les maires de France, en allant dans les ministères, j'ai vu des gens intelligents souvent, qui aiment le pays, c'est même pas le sujet, mais qui sont totalement conformistes, dont la seule obsession, c'est la séquence de com' de la journée. Il retourne le problème. Ce qui pourrait passer pour un manque de poids devient, dans son récit, une preuve d'indépendance. Politiquement, c'est habile. Mais cela lui impose une double démonstration : faire comprendre qu'il peut changer les habitudes du pouvoir, tout en rassurant sur sa capacité à l'exercer. Les électeurs peuvent vouloir du changement sans être prêts à confier le pays au premier visage
nouveau qu'ils apprécient. C'est l'une des hypothèses qui aide à comprendre sa difficulté ; aucun sondage ne permet, à lui seul, d'en mesurer la part exacte. Depuis quelques jours, une autre bataille se joue : celle de la visibilité en ligne. Le 7 octobre, Le Parisien décrit une communauté très active autour de Lisnard. Le 10, le journal revient sur l'intérêt qu'il suscite à droite, tout en rappelant la fragilité du phénomène. Il y a donc un mouvement qui mérite d'être examiné. Le réduire à du vent serait aussi paresseux que d'y voir déjà une marche vers l'Élysée. Prenons une situation très simple. Vous regardez une interview. Vous la trouvez bonne. Vous en partagez un passage. Cela dit quelque chose de votre
intérêt à ce moment-là. Cela ne dit pas encore ce que vous ferez face à une liste de candidats. Et si votre entourage partage les mêmes vidéos, vous pouvez avoir l'impression que le pays entier vient de découvrir la même personne. Un fil d'actualité n'est pas un échantillon de la France. Cela ne rend pas l'enthousiasme faux. Cela empêche simplement de le compter comme des voix. Les chiffres récents permettent justement de séparer ces étapes. Dans le baromètre Ipsos bva publié le 10 octobre, seize pour cent des Français interrogés se déclarent satisfaits à l'idée d'une élection de Lisnard à la présidence. C'est quatre points de plus qu'en septembre. Le signal mérite l'attention. Mais la question ne porte pas sur un
vote. Elle mesure la réaction à une éventuelle élection. Dans la même enquête, quarante-cinq pour cent seraient mécontents. On ne peut donc transformer ces seize pour cent en score présidentiel, ni le reste en personnes qui ne le connaissent pas. Pour les intentions de vote, autre question, autre enquête : Cluster17, dans son étude publiée le 24 septembre, le situe à cinq pour cent dans un scénario précis, sans Éric Zemmour, avec notamment Édouard Philippe, Bruno Retailleau et François Hollande. Ce résultat comporte une incertitude et dépend de cette liste de candidats. Il ne constitue ni un plafond, ni une promesse pour deux mille vingt-sept. Ce qu'on voit, c'est donc un candidat capable de susciter davantage d'intérêt, mais qui doit encore convertir cet intérêt en préférence face à
d'autres. Lui conteste justement l'idée que les rapports de force actuels décideraient déjà de la suite. Et pourtant, ceux qui les proposent sont très hauts dans les sondages. Ils ne sont pas très hauts, d'abord, ce n'est pas vrai. Les sondages, tant qu'on n'est pas encore dans la dramatique présidentielle, on est en train d'y rentrer, ils montrent, vous savez, c'est la persistance cosmique, ça montre la persistance des étoiles mortes, on voit une lumière qui a disparu. Et vive la compétition, vive la démocratie. La réponse est combative. Et une élection n'est effectivement pas jouée des mois à l'avance. Mais refuser de considérer un sondage comme un verdict ne dispense pas d'expliquer comment on va élargir son soutien. C'est ici que la bataille devient
plus concrète. Au début de cette même émission, Lisnard doit réagir à une intervention d'Édouard Philippe. Un autre candidat expose sa méthode de rassemblement. Lisnard veut une compétition. Moi ce que je propose c'est une compétition. Parce que se rassembler pour faire quoi ? Pour continuer la bouillie qui nous a amené dans le mur depuis des années ? Alors depuis des mois j'alerte sur la dispersion qui peut faire perdre. Donc c'est bien, Edouard Philippe s'en rend compte aujourd'hui, comme prévu j'allais dire. Il y a une évidence qu'il n'y a pas un candidat qui peut l'emporter aujourd 'hui. Mais la méthode proposée c'est tout ce que je ne supporte plus. C'est-à-dire une sorte d'arrangement entre notables, bien sûr pour se
rallier au panache de celui qui est le favori éphémère des sondages. Derrière ce désaccord, il y a deux questions très différentes. Qui présente le meilleur projet ? Et qui semble le mieux placé pour gagner ? Pour un outsider, laisser la seconde effacer la première est un piège. Des électeurs peuvent apprécier ses arguments, puis choisir quelqu'un d'autre parce qu'ils le jugent plus capable de passer au second tour. Nous ne savons pas combien d'électeurs de Lisnard raisonnent ainsi. Mais on comprend pourquoi il réclame une épreuve où il pourrait affronter ses concurrents avant la présidentielle. Sur Europe 1 et CNews, le 3 septembre, il s'en prend précisément à la manière dont on demanderait aux candidats comme lui de s'effacer.
Ce que je veux dire, c'est qu'il y a une division des voix à droite, au centre. Il faut arriver à rassembler les voix, non pas par des arrangements notables, des conclaves, ou demander aux gens comme moi qui viennent du terrain, « Allez les gars, en responsabilité, soyez raisonnables, c'est un peu réservé à nous à la caste. » On peut faire aussi le tirage au sort des chapeaux à plumes. On peut aussi dire que c'est le classement de l'ENA qui dira qui est candidat. Moi, je n'ai pas fait l'ENA, alors je n'y vais pas. Tout ça, c'est fini. La primaire, dans cette lecture, lui servirait à obtenir une comparaison directe. Elle pourrait créer des débats, une actualité, une occasion de convaincre des personnes qui ne le suivraient jamais spontanément. Elle pourrait aussi le faire
perdre. C'est le risque d'une compétition réelle. Son insistance a donc une logique stratégique, au-delà du seul discours sur la démocratie. Il reste pourtant une difficulté qu'aucun changement de règle ne résout automatiquement : donner une raison de le choisir, lui. Dans l'entretien du Figaro publié le 9 octobre, Lisnard dessine lui-même la place qu'il veut occuper, entre plusieurs offres qu'il rejette. Moi, je pense que ma singularité, et pardonnez-moi de revenir à ma démarche présidentielle, une de mes singularités dans la démarche présidentielle, d'abord, ce n 'est pas la singularité, c'est que je suis la seule alternative au macronisme, au RN et à la gauche et LFI, de toute façon, c'est celle-là qui l'emportera.
Donc, j'ai dit, si vous ne voulez plus de ceux qui nous dirigent et que vous ne voulez pas voter RN et que vous ne voulez pas voter pour les néofascistes d'extrême-gauche ou pour la gauche qui nous plombent depuis des années, ben, venez vers moi. Cette place, il peut la revendiquer. Pour la conquérir, il faut que des électeurs la reconnaissent et s'y retrouvent. Quelqu'un qui découvre Lisnard aujourd'hui doit pouvoir répondre à une question beaucoup plus simple qu'un programme complet : qu'est-ce que cet homme changerait dans ma vie, et pourquoi lui faire confiance pour le faire ? Un entrepreneur n'attend pas forcément la même réponse qu'une infirmière, un parent ou un retraité. Tous peuvent être lassés d'une administration
qui fonctionne mal. Cela ne signifie pas qu'ils accepteront les mêmes réformes. C'est là que sa visibilité nouvelle peut devenir une chance, mais aussi une épreuve. Plus il sera regardé, plus ses propositions seront discutées, comparées, contestées. Les bonnes interviews ouvrent cette discussion ; elles ne la terminent pas. Alors, pourquoi David Lisnard reste-t-il relativement peu connu ? Les éléments réunis montrent surtout la difficulté de passer d'une reconnaissance d'élu local et d'un public mobilisé à une place nationale durable. Ils ne permettent pas de désigner une cause unique, ni de chiffrer ce qui relèverait des médias, de son organisation ou de ses choix. Et l'actualité d'octobre oblige déjà
à faire évoluer la question. Il commence à attirer davantage l'attention. Ce qu'il doit désormais démontrer, c'est que cette attention peut dépasser ceux qui l'apprécient déjà. Pour mesurer la suite, regardons des enquêtes comparables, des soutiens qui s'élargissent et sa capacité à convaincre quand il est confronté aux autres. Car le moment décisif pour Lisnard pourrait être celui où l'on cessera de demander qui il est… pour commencer à débattre sérieusement de ce qu'il ferait. Et vous, si vous l'avez découvert récemment, quel passage vous a donné envie d'en savoir plus ? Ou, au contraire, vous a laissé sceptique ?
David Lisnard