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InterviewGaspard G· 31 août 2026 45 minComplaisantPortrait personnelTravail & emploiÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsEurope & international

François Ruffin face à ses dossiers

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pouvez vous présenter au-delà de vos fonctions ?

  • 6:00OuverteRéponse directe

    Comment naît cette conscience de classe que vous avez développée ?

  • 9:00OuverteRéponse directe

    Comment deux pommes sur le même pommier peuvent tomber aussi loin ?

  • 12:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi monter un journal plutôt que de rejoindre une structure militante ?

  • 15:00OuverteRéponse directe

    En 2014, vous critiquez la gauche socialiste. Pourquoi ?

  • 18:00OuverteRéponse directe

    Comment lutter contre la mondialisation triomphante ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:00François RuffinFait
    « À 10 ans, quand j'entre à la Providence, c'est bizarre mais déjà je me revendique communiste. »
  • 15:00François RuffinFait
    « François Hollande dit à l'époque "Perdre les ouvriers, c'est pas grave." Et pour moi, perdre les ouvriers, c'est très grave. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

J'ai rencontré François Ruffin et j'ai voulu me plonger avec lui dans ses dossiers pour mieux comprendre son parcours et la construction de sa pensée politique. Depuis plusieurs années, je fais des portraits sur YouTube et à l'approche de la présidentielle, j'ai décidé de recevoir les figures qui pourraient faire l'élection. François Hollande dit à l'époque perdre les ouvriers, c'est pas grave et pour moi perdre les ouvriers, c'est très grave.

À 50 ans, François Ruffin est député de la Somme et un challenger à gauche pour la présidentielle de 2027. Moi je devais devenir le Hanouna de gauche. Qu'est-ce que je vais faire pour avoir le droit à la parole ?

Je vais passer par la politique. D'abord [musique] journaliste engagé, il réalise en 2016 le documentaire Merci patron pour lequel il obtient un César et quelques mois plus tard, il est élu député. Longtemps proche de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise, François Ruffin s'en éloigne puis acte la rupture lors des législatives de 2024.

Dans la majorité du pays, cette gauche-là fait plus peur que le Rassemblement national. Je veux pas la nouvelle France contre la vieille France. Je veux la France.

Je veux la France en entier et non pas une France fracturée. Alors, quelle est son histoire et quel est son ADN ? Voici les dossiers de François Ruffin. [musique] Bonjour François Ruffin.

Bonjour. C'est inquiétant ça, une grosse boîte comme ça avec Ça va bien se passer. Je suis allé chercher quelques archives, des trucs que j'espère vous avez pas vu depuis un moment.

Hop. François Ruffin, on va remonter ensemble dans des archives qui ont marqué votre parcours politique. Mais d'abord, est-ce que vous pouvez vous présenter au-delà de vos fonctions ?

Alors, François Ruffin député de la première circonscription de la Somme où j'ai grandi, je suis pas né parce que je suis né à Calais mais c'est à Amiens qu'en 1999, j'ai fondé le journal Fakir et ce qui est non pas le point d'origine parce que j'avais déjà des des convictions, j'étais déjà habité par des choses auparavant mais qui est ma ma première manifestation publique. Et depuis ce temps-là, bah j'ai fait de la radio là-bas si j'y suis pendant des années sur France Inter, je fais la presse écrite avec Le Monde diplomatique, j'ai publié trop de livres, j'ai fait du cinéma Merci patron enfin voilà et donc un verbe qui me tient à cœur, c'est exprimer exprimer ça veut dire pousser dehors. J'ai toujours dit que je voulais mettre de l'art de la politique et de la politique dans mon art quoi.

François Ruffin, je vous propose qu'on commence par remonter vos origines à cette région où vous avez grandi dont vous nous avez parlé à laquelle vous êtes très attaché. Nous allons lui dire que les ouvriers présents exigent 600 francs et 100 % des heures de grève payées. Nous venons d'apprendre à l'instant que la direction générale a accepté la prime de 600 francs pour tous.

À partir des années 70, la Picardie [musique] est frappée par la crise comme toutes les régions industrielles françaises. C'est le début de ce qu'on appelle la désindustrialisation. D'abord parce que l'automatisation des usines fait chuter le besoin de main-d'œuvre et puis parce que la mondialisation permet aux entreprises de délocaliser vers des pays où la production coûte moins cher. [musique] Et c'est comme ça qu'en 30 ans, la France perd 2 millions d'emplois industriels.

Un poste d'ouvrier sur trois disparaît malgré les grèves et les revendications. Résultat, [musique] des usines à l'abandon, de la pauvreté et du chômage de masse pour les travailleurs dont la reconversion est compliquée. [acclamation] Cette petite victoire est de courte durée pour les ouvriers de l'usine textile Saint Frères puisqu'elle ferme 3 ans après.

La manif qu'on vient de voir, elle se passe l'année de votre naissance, on est en 1975. Vous vous grandissez à 30 km de cette usine. Est-ce que déjà à l'époque vous avez une conscience de ?

Euh je n'ai pas eu la chance d'avoir des parents communistes euh ni socialistes ni rien du tout d'ailleurs. Ils votaient quoi vos ? Euh tout est tout euh père sans sans plutôt centre gauche et ma mère euh plutôt dans l'autre sens mais euh ceci dit passer par ma mère, il y a eu quelque chose qui est de l'ordre d'un humanisme chrétien.

Vos parents ils faisaient ? Mon père était cadre chez Bonduelle et mon ma mère ne travaillait pas. Comment on naît cette éveil politique, cette conscience de classe que vous avez développé avec le ?

À 10 ans, quand j'entre à la Providence, c'est bizarre mais déjà je me revendique communiste. Vous savez ce que c'est à 10 ans être ? Euh j'ai la perception de ce que c'est des humiliations, j'ai un grand sens de l'injustice.

Je sais qu'à 10 ans à la fois euh pour des raisons de d'histoire familiale et pour des raisons euh aussi de lecture, je suis déjà habité par une idée euh de d'un sens de l'égalité euh d'un d'un d'une soif d'idéal qui me dépasse euh bizarrement et ce qui a ce qui va me poser des problèmes euh parce que dans le lycée du privé dans lequel je me trouve, disons que ce n'est pas la sensibilité dominante. C'est un lycée de petite bourgeoisie de province. Oui euh de bourgeoisie de province, ouais.

Hmm. Dans le couloir de la Providence, il y a aussi un élève dans la classe de votre sœur qui s'appelle Emmanuel Macron, sa prof c'est Brigitte Trogneux, même lycée, même quartier, même époque. Lui il va devenir banquier d'affaires, vous allez devenir journaliste, documentariste en lutte.

Comment est-ce que deux pommes qui sont sur le même pommier peuvent tomber aussi loin de ? Je euh je Je sais que je grandis à part euh je suis plouc, je suis péquenaud euh voilà euh y compris dans mes habits euh je suis différent et à la et je ne renonce pas à ma différence. Euh j'en fais une fierté quelque part dans un quelque chose qui est de l'ordre d'un retournement du stigmate euh contre ou à à l'endroit de mes camarades.

Mais j'aimerais comprendre du coup parce que comment se fait-il votre père est cadre chez ? Il y a une dissonance économique entre vous et vos camarades de ? Je suis beaucoup plus rural même si mon père gagne davantage d'argent mais il y a une forme d'éthos, une manière d'être euh à la fois dans les gestes, dans les loisirs, euh dans les habits, dans le rapport à l'argent euh qui est pas celui de de ceux qui en ont eu pendant plusieurs générations et je ne jette la la pierre à personne.

Alors, je vous propose qu'on avance un peu dans le temps. On est désormais en 2000, vous avez 25 ans et vous venez de commencer des études de journalisme et en parallèle, vous distribuez un journal à Amiens que vous avez fondé. Excusez-moi, je ne distribue pas, je vends.

Je peux vous dire que ça fait une grande différence parce que quand vous distribuez des papiers, ça va. Quand vous devez arracher 2 francs, 5 francs, 10 francs à l'époque, c'est beaucoup plus compliqué. Vous vendez à la criée Fakir et Fakir, c'est ça.

Ils sont jeunes. Ils sont impertinents. Leurs articles virulents tranchent dans une presse régionale qu'ils jugent fade.

Il y avait déjà un petit sens de la mise en scène. François, le rédacteur en chef offre une solide garantie quant au sérieux de son investigation. Il est en formation dans une école de journalisme.

L'actualité, ça m'intéresse pas. Moi, ce qui m'intéresse, c'est pas l'actualité, c'est ? C'est le bruit des vagues en surface, c'est rien du [musique] tout.

Tandis que ce qui m'intéresse, c'est les mouvements des plaques tectoniques en dessous. Donc, c'est ce qu'on voit pas, ce que ce qui ne fait pas événement, ce qui ne fait pas l'actualité dans les médias. Ce gamin de 25 ans qui lance Fakir, il a quoi en ?

Ce qui m'intéresse le plus, c'est pas ce qui fait sensation, ce qui est sur à la une de l'actualité, mais c'est ce qui fait le paysage de nos existences. Et à l'époque, je mène des enquêtes sociales sur ce qu'on voit pas ailleurs, sur les les boîtes d'intérim, sur l'hôpital psychiatrique, sur la construction de logements sociaux. En fait, je veux changer le monde et je me dis que pour changer le monde, il faut changer notre regard sur le monde et avec deux combats au départ, deux combats qui font que je lance Fakir.

Le premier, c'est ça va vous paraître bizarre, mais c'est sur les les poules en cage. D'accord. Les poules en batterie.

Je considère que c'est absolument inhumain le traitement qui qu'on leur fait subir pas seulement au moment de leur mort, mais durant toute leur existence. Puis, le deuxième, il est évident, c'est la question industrielle, c'est la question des délocalisations et c'est le fait que des gens qui se lèvent tôt le matin, voire en pleine nuit, pour aller bosser, qui font ça depuis des années, qui sont engagés dans leur métier, voient leur vie brisée du jour au lendemain par des choix qui sont faits de très loin par des multinationales américaines, françaises, japonaises, mais qui ruinent des milliers d'existences dans mon coin. Pourquoi est-ce que vous montez un journal plutôt que d'intégrer une structure militante ou de vous lancer en ?

D'abord, je pense que je suis plus un révolté qu'un révolutionnaire à l'époque, c'est-à-dire que j'ai j'ai une révolte qui est de quelque chose d'individuel et en même temps, j'ai rencontré avec le journalisme quelque chose qui à la fois m'a sorti d'une forme de dépression. J'ai fait, je pense, une dépression moi pendant des années et des années et je m'en suis sorti par les gens. La rencontre avec les gens.

Et aussi, je sens à quel point ça m'a fécondé, ça fécondé mon écriture, le fait d'avoir du discours direct, d'avoir des récits de vie, des des personnes qui témoignent, qui acceptent de se livrer, enfin d'avoir ce partage et donc mon apprentissage de la politique et de l'action collective passe par ce biais-là. On va passer à une autre archive. On avance bien dans le temps pour arriver à 2014. vite chez vous, hein.

Oui, ça ça va vite. [rires] Vous avez 38 ans à ce moment-là. Le socialiste François Hollande est président de la République et son Premier ministre, Manuel Valls, s'exprime face au MEDEF, la principale organisation patronale française, et voilà ce qu'il dit.

Il est d'usage d'opposer la gauche et le monde de l'entreprise. C'est un vieux refrain. Alors, je le dis nouvelle fois, cessons d'opposer État et entreprise, d'opposer chefs d'entreprise et salariés, organisations patronales et syndicats.

Bon, clairement, on voit un Premier ministre socialiste draguer les patrons et leur dire que la gauche et l'entreprise le patronat c'est compatible, c'est toujours une vision de gauche qui défend la Manuel Valls. En tout cas dire que c'est dans une certaine tradition de la gauche mais dans les années à partir d'entre 83 et 86, c'est déjà un virage libéral réaliste qui est pris à l'époque par Laurent Fabius et d'autres. Après moi quand on me dit entreprise, ça veut rien dire pour moi.

Parce que dans l'entreprise, c'est comme patron, c'est comme poisson, il y a les petits, il y a les gros, il y a les requins, il y a les sardines. Et donc en fait, est-ce que il s'agit de se solidariser avec les plus grandes entreprises, avec le CAC 40, avec les multinationales ou est-ce qu'il s'agit de se solidariser avec les PME, avec les ? Il y a les donneurs d'ordre et il y a les sous-traitants.

Et ce sont deux univers différents. Il y en a qui sont attachés à leur territoire, pour qui un salarié et ben c'est un visage, c'est un prénom, c'est et puis si jamais il le licencie, ben c'est une culpabilité qui peut être ressentie pendant la nuit et de l'autre côté, il y a des firmes pour qui les salariés ce sont des lignes dans des tableaux Excel et on peut en supprimer par paquet de 100 et ça fait pas mal au cœur. Vous ?

Donc je je ne mets pas le monde de l'entreprise de manière générale. En revanche, la politique qui va être menée par le gouvernement socialiste de Manuel Valls et par les 5 années Hollande, j'en suis un un opposant, je peux dire dès le premier moment. C'est un choix conscient de se détourner de du vote populaire, du vote ?

François Hollande dit à l'époque "Perdre les ouvriers, c'est pas grave." Et pour moi, perdre les ouvriers, c'est très grave. C'est très grave sur le plan électoral, mais c'est très grave aussi sur le plan moral.

Alors c'est l'archive que vous avez mis au début. Mais l'histoire de la gauche, c'est quand même une histoire qui est liée au mouvement ouvrier. Et donc c'est perdre son âme.

Là, ce que pointe François Ruffin, c'est une rupture historique entre la gauche socialiste et le monde ouvrier, alors que leur histoire est liée depuis le Front populaire en 1936. En fait, si on regarde de plus près, en 1981, près de trois ouvriers sur quatre [musique] votent pour le socialiste François Mitterrand au second tour de la présidentielle. Il devient alors le premier président de gauche de la 5e République, porté par un immense espoir populaire. [musique] Mais dès 1983, son gouvernement prend ce qu'on appelle le tournant de la rigueur.

En gros, c'est un plan d'austérité [musique] qui contraint à freiner les dépenses publiques à fond pendant que le reste du monde devient de plus en plus libéral. De plus en plus d'ouvriers [musique] ont le sentiment d'avoir été abandonnés par les socialistes et la tendance est durable. En 2007, seul un ouvrier sur deux vote [musique] socialiste au second tour.

En parallèle, depuis les années 90, le Front National devient même le premier [musique] parti politique chez les ouvriers qui votent. Alors, en 2011, Terra Nova, un groupe de réflexion proche du [musique] Parti Socialiste, propose une nouvelle stratégie pour la présidentielle à : cibler en priorité un électorat plus jeune, diplômé [musique] et urbain. Et c'est ça la ligne que François Ruffin, comme d'autres à gauche, reproche à François Hollande d'avoir adopté.

François Hollande qui aurait bien confié en 2012 à la journaliste Cécile Amar que perdre les ouvriers, c'est pas grave. Il est évident que la déception qui est produite pendant ces années-là va être un carburant pour le vote d'extrême droite. Mais elle avait déjà été auparavant.

Après, la question de fond qu'il faut poser, c'est quand est-ce que les Français ont voté pour l'élargissement de l'Europe aux pays de ? Jamais. Quand est-ce que les Français ont voté pour l'entrée de la Chine dans l'Organisation Mondiale du ?

Jamais. Quand est-ce que les Français ont voté là dernièrement sur un traité de libre-échange avec l'Inde, 1,3 5 milliards ? Jamais. [musique] Et au fond, la seule fois où la question a été posée aux Français, c'est le 29 mai 2005, on leur a demandé s'ils étaient d'accord avec la concurrence libre et non faussée, s'ils étaient d'accord avec la libre circulation des capitaux et des marchandises.

À 55 % ils ont répondu non et ça a été 80 % chez les ouvriers. Donc, le vote était très clair. Et cet épisode de 2005 auquel fait référence François Ruffin, c'est une trahison démocratique pour beaucoup.

Pour la faire simple, un projet de Constitution européenne est proposé pour augmenter l'intégration des États membres avec l'Union européenne et surtout pour y inscrire en noir sur blanc les grands principes du libéralisme, la libre concurrence, la limitation du rôle [musique] de l'État et la liberté totale de circulation des capitaux. Alors un référendum est organisé et les Français [musique] se prononcent en majorité contre. Sauf qu'en 2008, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy [musique] notamment, le Parlement vote en faveur d'un autre texte, le traité de Lisbonne, qui reprend en gros l'essentiel du contenu de la Constitution européenne rejetée par référendum.

Donc les élus du peuple votent en faveur d'un projet qui avait pourtant été rejeté par la population 3 ans plus tôt. Un épisode qui abîme sévèrement la confiance des Français envers la classe politique. Mais le problème c'est que depuis ce temps-là, ça fait maintenant plus de 20 ans, on a des dirigeants qui font comme si c'était oui et qui du coup s'éloignent tous les jours un peu plus du désir profond des gens.

Et dans cette tension-là, un gouffre se creuse. Un gouffre se creuse entre là où vont les dirigeants et là où veulent aller les gens. Et c'est évidemment dans ce gouffre-là que s'est installé le Rassemblement national.

Et c'est la question clé parce que la question des la politique commerciale, ce n'est pas une question annexe. Elle détermine la politique écologique qu'on peut avoir. Elle détermine la politique sociale qu'on peut avoir.

Elle détermine la politique économique qu'on peut avoir. À peu près tout est déterminé par le choix d'ouvrir grand les vannes ou de les fermer davantage. suis pas partisan de l'autarcie, mais je suis un partisan depuis des années et des années maintenant de régulation.

Le libre-échange réclame de la régulation, de la régulation des capitaux et des marchandises. Et donc demain vous êtes à l'Élysée, qu'est-ce que vous faites par rapport à tout ? Vous remettez en cause tous les traités de ?

Alors vous savez quand on a on a fait sortir le dentifrice du tube, c'est quand même beaucoup plus difficile de le remettre à l'intérieur. Alors comment vous faites rentrer une partie du ? Jean-Pierre Chevènement disait à propos de l'Europe "J'étais pas pour monter dans l'avion et maintenant je suis pas pour sauter sans parachute." C'est pour ça que je vous vous pas j'ai jamais dit Frexit, euh ne dis pas euh que ça va être simple.

Je dis que ça doit être un lieu de combat. Donc ça veut dire que normalement, à tous les moments, moi je dis plus aucun traité de libre-échange ne sera signé. Voilà.

Je combattrai à chaque instant, à Bruxelles, à Berlin et en cherchant des alliés dans l'Union Européenne, euh pour refuser cette orientation-là et évidemment être dans une orientation où on vient rétablir des protections, des taxes aux frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation. Ce combat, il faut en mesurer la difficulté parce que les règles de nos échanges commerciaux avec les pays étrangers ne se décident pas à Paris, [musique] c'est une compétence européenne depuis 1957. C'est un peu technique, mais vous allez voir, c'est facile à comprendre.

Comme le dit François Ruffin, il faudrait des alliés. Pour [musique] bloquer un nouveau traité, il faut au moins quatre pays pesant ensemble plus d'un tiers de la population européenne. Et concernant les taxes aux frontières et les quotas d'importation, aucun pays ne fixe les [musique] siens.

Les droits de douane se décident à l'échelle de l'Union Européenne. Et pour les changer, il faudrait 15 États sur 27 [musique] pesant 65 % de la population ou réécrire les traités à l'unanimité. [musique] Bref, c'est pas une mince affaire, sans parler de la difficulté de relocaliser quand les machines, les fournisseurs et les savoir-faire ont disparu avec les délocalisations.

Je passe à un nouveau dossier. On est en 2016, vous avez 40 ans et vous réalisez Merci Patron, c'est un documentaire dans lequel vous suivez un couple d'ouvriers du Nord, les Klur, licenciés après la décision du géant du luxe français LVMH de délocaliser des activités euh en Pologne. Ils vivent avec 400 euros par mois, ils risquent de perdre leur maison.

Et vous, François Ruffin, vous vous faites passer pour leur fils et vous prenez contact avec le groupe LVMH en vous adressant directement à son fondateur, le milliardaire Bernard Arnault, et au nom de leur fils, vous menacez d'écrire à des personnalités politiques, à la presse pour faire du bruit. Et là, il se passe un truc de dingue. Un homme de main est envoyé euh en quelque sorte pour acheter leur silence et c'est filmé en caméra cachée.

Surtout, surtout, on n'en parle à personne. Non non non non non non donc je vais vous faire signer un papier où vous dites que vous en parlez à personne. Si vous avez tenté ça c'est bien parce que vous savez que quelqu'un n'aime pas qu'on attaque son image.

Quand on est dans le les défilés, les machins, les trucs comme ça, c'est l'image. Chaplet est une balle. Et il y en avait une qui aurait très bien pu faire mouche.

Fakir. Est-ce que Fakir ils auraient pris votre ? Peut-être.

C'est si vous faites plus peur dans les dates c'est Fakir. On envoie à Milan, on envoie à Rome, on envoie tout ça, on envoie au monde, on envoie à France 2. C'est tout ça c'est un petit truc.

Mais regardez, c'est les minorités agissantes qui font tout. On a quand même presque du mal à croire que il parle de vous en ne vous remettant pas. Elle elle est dingue cette séquence.

Et puis en plus donc c'est un un ancien commissaire divisionnaire des renseignements généraux qui est l'homme de main à la fois de Bernard Arnault et de Bernard Squarcini qui s'exprime quand même comme du Michel Audiard. Enfin moi je trouve que c'est un personnage de film. Il me fait mon film, il me fait mes dialogues, je dis je je j'aime beaucoup.

Voilà, je peux pas m'empêcher d'avoir une grande sympathie pour lui et il me donne une leçon de marxisme. Il me dit bah voilà, qu'est-ce que vous ? ?

Mais les autres vous avez pas ? Ce qui pour moi je suis à côté de lui, je suis à à 50 cm de lui et il fait l'éloge de mon journal qui est quand même microscopique comparé aux gros médias et il me dit voilà, ce sont les minorités agissantes qui font tout. Voilà, c'est une leçon politique.

En même temps, je corrige ta phrase. Je crois pas que ce sont les minorités agissantes qui font tout. Je crois que les minorités agissantes peuvent beaucoup à condition de trouver le chemin des gens, des masses, du peuple et que en gros c'est comme une locomotive mais si la locomotive elle part devant mais qu'elle cherche pas à raccrocher des wagons derrière, je crois qu'elle perd.

Mais en revanche en effet, il faut des minorités agissantes qui tirent et qui tirent devant. Lénine disait un pas en avant mais pas deux. Dans la lignée de ce film, il y a un mouvement, un élan populaire qui qui émerge.

Deux mois plus tard, place de la République à Paris, à l'issue d'une réunion publique que vous organisez, Nuit debout, un mouvement citoyen, prend rapidement de l'ampleur. Il y a des milliers de gens qui contestent les institutions politiques, le système économique, qui se retrouvent chaque soir sur des places publiques pour réinventer la politique ensemble, sans chef, sans parti. Et vous vous devenez une sorte de de de tête d'affiche de ça, mais derrière ça ça se traduit pas en en prise de pouvoir politique concrète. ?

À l'époque, quand ça se fait place de la République, je dis bah c'est très bien que ça se fasse ici, mais je veux aussi que ça se fasse à Flixecourt. Donc dans la ville que vous avez Mais non, non, là, je veux dire il faut regarder la réalité sociologique de de Nuit debout. C'est un mouvement de centre-ville et de de diplômés du supérieur, on va dire, et qui a va avoir tendance à débattre beaucoup sur la société, mais peut-être pas pas trop sur les conditions matérielles d'existence.

Bon, c'est-à-dire Mais qu'a permis Nuit ? Qu'est-ce qui sort de ? Nuit debout, c'est le marqueur de des diplômés du supérieur qui décrochent du du bloc central, que ça soit enfin voilà.

Ensuite, on va avoir le mouvement des gilets jaunes, là c'est la France périphérique qui décroche. On a les crises dans les des banlieues, bah c'est les quartiers qui décrochent. Et en fait, il faut regarder ça comme étant un symptôme du décrochage de la politique, disons, qui où il y avait une une alternance sans les alternatives entre l'UMP et le Parti socialiste.

Donc ça va être Pour moi, c'est plus un marqueur d'un temps de décrochage que ça ne débouche sur un bouleversement euh Ils sont partis où après ces déçus du ? Bah je pense qu'ils sont allés quand même ceux-là, ils sont allés sur un vote plus à gauche, sur le vote France insoumise en 2017 et sans doute encore aujourd'hui. Avec ce film Merci patron, vous gagnez un César, mais en face il y a ce groupe LVMH, géant mondial du luxe, qui déploie une machine de contre vous.

J'ai lu que vous aviez été surveillé en permanence pendant 3 ans. Comment est-ce que vous vivez cet ? Est-ce qu'on peut parler ?

Si on peut en parler et ça sans difficulté. Oui, pendant 3 ans je l'ai découvert à posteriori hein par une brève parue dans la presse que à la fois moi à titre personnel, alors j'en avais déjà des indices puisque quand je rentrais chez moi, j'avais des appels qui me disaient "Alors, ça ? Vous avez bien joué aux ?" parce que j'avais été jouer à la pétanque dans le parc en face de chez moi.

Donc c'était une manière de m'impressionner. Hein et et là on apprend que les poubelles de Fakir ont été fouillées, qu'il y avait des tops [musique] qui se trouvaient à l'intérieur. Il y a quelque chose là-dedans qui est d'un aspect comique.

Vous avez eu peur quand ? Jamais. Je dis non, j'ai j'ai pas eu peur.

D'abord je l'ai appris à posteriori. Et puis ensuite Enfin il y a quand même quelqu'un qui vous téléphone pour vous dire que vous êtes allés faire de la pétanque Ouais mais ça fait ça me fait pas peur. Voilà, j'ai pas eu peur donc à ce moment-là.

J'ai pas eu peur et je dirais LVMH avait un problème avec moi, c'est qu'ils ils pouvaient pas faire pression sur les annonceurs. C'est quand même leur technique hein, c'est le premier annonceur publicitaire du pays. Donc dire voilà, on va vous priver de budget publicitaire, normalement c'est leur manière de faire de la rétention sur la presse.

J'avais pas d'hiérarchie donc normalement on fait pression sur les chefs qui font redescendre l'ordre. J'avais pas de de de casserole je dirais personnelle. Là, François Ruffin fait notamment référence à ce qui est arrivé au journal Libération en 2012 quand LVMH, propriété de Bernard Arnault, retire ses publicités après une une visant le milliardaire.

Et donc contre Fakir, le géant du luxe sort l'artillerie lourde et dépense 2 millions d'euros pour infiltrer ce petit journal engagé d'Amiens et suivre son rédacteur en chef. Pour ça, LVMH fait appel à Bernard Squarcini, dit le Squale, l'ancien patron du renseignement intérieur qui, selon le tribunal, réactive illégalement les réseaux de son ancienne vie. Je m'occupe de l'affaire sur le côté ordre public, donc j'ai saisi l'ancien ministre des services et puis surtout la préfecture de police et la direction de la sécurité publique.

Et c'est là que l'espionnage privé prend une dimension d'affaire d'État. [musique] En 2019, Mediapart révèle l'opération. Quelques années plus tard, Squale est signé et condamné, notamment pour ses faits, à 2 ans de prison ferme sous bracelet électronique.

Il a depuis fait appel. LVMH, de son côté, verse 10 millions d'euros d'amende pour éviter un procès et Bernard Arnault n'est entendu que comme témoin. Il assure n'avoir été au courant de rien.

Je venais ici avec une question "Est-ce que la justice de Squale était à la botte et pour pas ?" Moi, ma réponse avait été oui. Alors justement, Bernard Arnault, il est milliardaire, son groupe est dynamique dans le monde entier, il incarne cette mondialisation triomphante, celle qui optimise, celle qui délocalise, celle qui automatise parce que c'est plus assez compétitif de maintenir ses activités en France.

Comment est-ce qu'on fait pour lutter contre cette ? Comment est-ce qu'on garde un terreau industriel ? Il y a quatre mesures à prendre.

La première chose qui est c'est qu'il faut se bagarrer pour des protections commerciales. Si jamais on met pas en place des taxes aux frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation ou a minima le Buy French Act, acheter français, on s'en sortira pas. Là, vous voyez, je reviens du du salon de la défense Eurosatory.

Pourquoi on a maintenu une industrie de défense dans notre ? Parce que il y a eu la protection du capital des entreprises, on ne les a pas laissé partir aux Américains, aux Allemands. Voilà.

Deuxièmement, il y a eu de la commande publique française, l'armée a décidé d'acheter français, ce qui a permis de sauver une industrie de défense. Voilà ce qui n'a pas été fait dans plein d'autres secteurs. Donc il y a il y a ça à faire.

Après, j'ai plein d'autres idées. Faut mobiliser le capital national, il y a 2000 milliards d'assurance vie dans notre pays et il y en a que 3 à 4 % qui vont vers les PME. On Ça va bien davantage vers le Nasdaq et le Dow Jones.

Donc évidemment, l'épargne française, elle doit aider à financer l'industrie française. Et donc il faut retrouver des instruments, des protections, mobiliser le le capital national. Il faut une volonté politique pour réguler ça.

Et c'est vrai qu'il y a un paradoxe. Les Français sont parmi les meilleurs épargnants d'Europe avec en moyenne [musique] 18 % de leurs revenus mis de côté. Au total, leur patrimoine financier atteint 6600 milliards d'euros, c'est plus de deux fois le PIB français.

Sauf que cette montagne d'argent épargnée est en fait assez peu investie dans les entreprises. Moins de 20 % de cette épargne finance vraiment des actions d'entreprises et parmi elles, une partie sont étrangères. Le constat est documenté à l'échelle européenne, environ 300 milliards d'euros d'épargne privée partent chaque année financer des sociétés aux États-Unis.

Une réalité aussi qualifiée d'aberration par Emmanuel Macron. Je vous propose François Ruffin qu'on passe à une autre archive. On est désormais en 2017, vous êtes élu député à 41 ans.

Vous sautez officiellement le pas de la politique et deux ans plus tard, une question divise la gauche française, celle de l'islamophobie. Vous signez une tribune contre l'islamophobie mais quelques jours plus tard sur France Inter, vous dites ça. François Ruffin, une dernière question, vous allez manifester le le 10 novembre prochain contre l'islamophobie parce que vous avez signé la tribune contre l'islamophobie.

Moi j'étais euh à Bruxelles en train de manger des frites et des gaufres avec mes enfants. Donc c'est pas mon truc. Maintenant je vais vous dire ma Attendez, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que vous l'avez dimanche. J'irai pas dimanche, je joue au foot. Donc voilà, vous savez, je fais pas de média le dimanche non plus parce que je joue au foot.

En revanche, je vais vous dire ma conviction profonde là-dessus. Vous regrettez d'avoir signé cette ? Non, je vais vous dire ma ma conviction profonde sur le fond.

Je ne veux pas de religion. À ce moment-là, vous êtes député, vous comprenez que votre match de foot plus important que la marche contre l'islamophobie, ça passe pas. Oui, très bien.

Je comprends ma très grande maladresse en la matière, d'autant que à l'époque on il y a une une mosquée qui vient de de subir des tirs de balles dans dans Donc euh euh que le ministre de l'Intérieur euh n'a pas fait de déclaration, ne s'est pas rendu sur place. Donc ça veut dire que quand euh il s'agit de musulmans qui sont visés, et bien il y a pas de réaction euh des autorités. Alors pour bien comprendre ce que dit François Ruffin, il faut revenir au contexte très tendu de l'automne 2019.

Début octobre, un élu Rassemblement National exige qu'une mère accompagnatrice retire son voile devant son fils. Deux semaines plus tard, le Sénat vote en première lecture l'interdiction des signes religieux pour les parents en sortie scolaire. Et ce vote tombe au lendemain d'une attaque contre la mosquée de Bayonne, un homme qui disait vouloir venger l'incendie de Notre-Dame, blesse grièvement deux musulmans.

Et ici, euh je vais devoir nuancer ce que dit François Ruffin, les autorités ont réagi. Le président de la République et le ministre de l'Intérieur expriment leur soutien à la communauté musulmane et le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur se rend bien sur place. Dans la foulée de l'attaque, plus de 50 personnalités à gauche, dont Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin ou Yannick Jadot, appellent dans le journal Libération à marcher contre l'islamophobie.

Mais l'appel divise ses propres signataires. En effet, le collectif contre l'islamophobie en France pointé du doigt pour sa proximité avec l'islam politique participe à l'organisation de cette marche. C'est à ce moment-là que François Ruffin précise qu'il n'en approuve pas chaque mot [musique] et qu'il n'ira pas marcher car de toute façon, il a foot.

Cette marche contre l'islamophobie ravive donc une vieille fracture à gauche entre lutte contre les discriminations et défense de la laïcité et François Ruffin se retrouve précisément sur cette ligne de crête. À refaire, vous vous iriez, vous annuleriez ce match de foot pour aller à la ? à refaire, je m'expliquerai autrement que par euh le l'existence d'un d'un match de foot.

Maintenant, euh je je suis euh euh un partisan de la laïcité. ? De la laïcité pleine pleine et entière, de la loi de 1905, toute la loi de 1905, rien que la loi de 1905.

Et donc, j'ai des difficultés toujours quand euh il y a de la religion qui entre dans l'espace public. Mais parce que au fond c'est un peu ça quand on sort de de la lutte des classes, on vous sent mal à l'aise quand il s'agit de parler de minorité, d'antiracisme, de discrimination. Ça ça vous intéresse ?

Non non pas du tout. Je pense que euh vous savez par exemple quand je défends les femmes de ménage de l'Assemblée nationale ou quand je défends les auxiliaires de vie sociale, j'ai une très grande conscience de qui je viens défendre. Quand je on pose en priorité notre cahier de campagne le statut des travailleuses de ciel, je sais que euh il n'y a pas là qu'une question sociale.

C'est c'est pas seulement du populaire qu'on vient défendre. C'est aussi des femmes, donc c'est un genre, c'est un c'est un combat de genre et ce métier serait pas aussi méprisé si c'était pas des femmes qui étaient concernées et ce sont pour beaucoup, en tout cas dans les métropoles, des femmes d'origine étrangère. Et donc je sais euh sans prononcer le mot intersectionnalité et sans être un partisan de du vocabulaire universitaire, mais je sais que quand je pose ça comme priorité pour le pays, c'est à la fois un combat social, un combat de genre et un combat euh antiraciste.

Pourtant il y a quelques semaines encore, on parlait de cette BD que vous sortiez euh Picardie Splendor où vous vous mettez en scène en député reporter et une planche en particulier a suscité un malaise, celle où euh on vous voit voler au secours d'une femme noire menacée d'une amende dans le train et il y a plusieurs cas comme ça qui sont repris et sur internet on parle de de paternalisme, de racisme intériorisé. Vous vous comprenez ce ? Euh il y a il y a une case euh dont je veux dire avec clarté que si c'était possible euh de la changer, je la change tout de suite puisque on me voit bombant le torse euh face à un homme qui est lui abattu Mais vous validez quand même cette case.

Donc vous regardez ça et ça vous choque ? Si euh honnêtement quand je vois la case, j'ai un mouvement de de mais en disant "Mais mais c'est pas moi." et euh en même temps en disant "Bon enfin c'est la liberté d'expression du dessinateur et j'interviens pas euh sans doute comme je le devrais, je mesure pas la force euh que va être la force de l'image euh sur sur cette case en particulier.

Plus récemment, François Ruffin en avril 2026, vous dites sur France 2 que vous êtes hostile à l'immigration du travail. ? Alors, d'abord moi dire que je suis favorable à ce que toutes les personnes qui sont sur le territoire français qui travaillent soient régularisées, qu'elles puissent travailler en étant protégées par le code du travail, que voilà, c'est pour moi il doit y avoir un service d'accueil, un service d'intégration dans notre pays qui commence par l'apprentissage de la langue, qui va par des droits à la formation, des droits au travail, des droits au logement, des droits évidemment à l'école pour les enfants.

En revanche, euh euh quand je vois le plan sorti par le MEDEF qui dit voilà, compte tenu de la crise démographique, il faut faire venir 5,4 millions de salariés étrangers et que ça soit ciblé pour répondre aux besoins du marché, je m'oppose au plan euh posé par le MEDEF parce que je veux pas d'une immigration qui soit une immigration utilitariste. Et je dis moi que nous devons maintenir le cap d'une immigration humaniste. C'est-à-dire non pas aller chercher s'il répond aux besoins de notre marché du travail avec des compétences qu'on irait grapiller ailleurs, mais que la France demeure une terre de refuge pour des gens qui souffrent pour des raisons politiques, pour des raisons d'orientation sexuelle, pour des raisons de genre dans leur pays parce que aussi ils veulent avoir une vie affective comme il faut et donc ils veulent rejoindre leur famille qui est déjà ici.

Et en fait, il y a un conflit entre deux formes d'immigration. Il y a l'immigration utilitariste réclamée par le MEDEF et il y a le le maintien d'un cap d'une immigration humaniste. François Ruffin, j'ai une dernière cassette.

On est le 4 juillet 2024, vous avez désormais 48 ans. Après la dissolution de l'Assemblée nationale voulue par Emmanuel Macron, toute la gauche se rassemble sous une même bannière, le NFP, le nouveau Front populaire avec des candidatures et un programme commun pour empêcher entre autres la victoire du Rassemblement national. Alors vous vous faites campagne pour être élu lors de ces législatives et dans l'entre-deux-tours alors que la dynamique est un peu compliquée, vous dites ça.

On a vécu trois semaines dures parce qu'on a un boulet. Vous l'avez entendu quoi, c'est Mélenchon Mélenchon Mélenchon Mélenchon comme obstacle au vote. Dans des terres comme ici, dans des dans des terres populaires de province, ça bloque quoi.

Vous qui êtes si proche de Jean-Luc Mélenchon, je crois qu'il vous a même adoubé en quelque sorte un jour en disant "François est prêt." Il avait jamais fait ça pour qui que ce soit d'autre. Qu'est-ce qui s'est ?

Il se passe un désaccord profond et de fond et dans la durée. Après les élections d'avant de 2022, je vois dans mon coin le Rassemblement national dans Picardie passer de zéro député à huit [musique] et tout le Nord-Pas-de-Calais être gangrené. Et dès le lendemain, nous sommes en réunion de députés avec Jean-Luc qui dit "De toute façon, les terres qui ont élu un député Rassemblement national ce sont des des territoires qui n'ont jamais accepté ni la démocratie ni la République." Il dit ça de d'endroits comme le mien, comme le Midi rouge, comme la Lorraine, comme le Médoc, comme le Pas-de-Calais qui ont pendant un siècle y compris quand ça allait mal pour la gauche, élu des députés communistes et socialistes.

Et il essentialise ça comme si c'était fichu, comme si c'était foutu, comme si il fallait abandonner en disant même "Bon, de toute façon, il a fallu une génération pour dénazifier l'Allemagne." Je dis pas que ça sera pareil mais bon. Donc c'est accepter [musique] que le combat contre le Rassemblement national dans des territoires comme le mien est perdu.

Ce qui prolongera en conseillant à des militants en disant "Voilà, mobilisez-vous avec la jeunesse et les quartiers populaires. Le reste, ça sert à rien, c'est perdre son temps, laissez tomber. En fait, ces législatives de 2024, elles marquent vraiment le divorce entre François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon.

Au soir du 1er tour, le Rassemblement National arrive en tête dans le pays et François Ruffin est devancé par la candidate RN dans sa circonscription. Pour lui, Jean-Luc Mélenchon fait office de repoussoir pour une partie des électeurs de gauche. François Ruffin prend ses distances avec La France Insoumise depuis quelque temps déjà, mais entre le 1er et le 2nd tour, il s'en sépare clairement.

Il va même jusqu'à l'écrire sur son tract. Finalement, il est réélu député de justesse face à la candidate RN. Du côté de La France Insoumise, les réactions ne se font pas attendre, à commencer par son leader, Jean-Luc Mélenchon.

Il y a une règle de météo politique, Gilles Boulot. Quand le vent souffle fort, il emporte aussi les girouettes. Mais sur le fond, qu'est-ce qui différencie votre programme de celui de L'Avenir en ?

Bah, il y a il y a il y a un En fait, c'est pas le programme, c'est qu'est-ce qu'on pose en centralité dans le programme. Mais je considère que notre colonne vertébrale, elle doit être la question économique et sociale. Bah, qui est très présente pour le coup dans le programme Insoumis.

Bah, écoutez, euh lors du dernier discours de Jean-Luc Mélenchon, il y a pas une seule seule fois le mot salaire. Ça n'est plus choisi comme étant l'orientation, euh la colonne vertébrale centrale du programme Insoumis depuis 2022. Quelle est leur leur colonne vertébrale ? ils ont ils ils ont choisi d'autres orientations que celle-là.

Et en tout cas, ça n'est pas la la transformation économique et sociale qui est placée au cœur de leur projet politique. Ce que vous dites entre les lignes, c'est ? C'est que le le cœur du programme Insoumis aujourd'hui s'adresse plutôt autour de ce cet élément, La Nouvelle France, qui est portée par Jean-Luc Mélenchon et pas assez sur les questions ouvrières, des populations blanches, euh des bourgs de de province. parce que vous savez, quand on demande aux gens en quartier prioritaire ou en quartier prioritaire, quelles sont leurs préoccupations, quelles sont leurs priorités, les cinq premières sont les mêmes.

C'est le pouvoir d'achat, euh la santé, l'éducation, le logement et c'est seulement sur la 6e, d'un côté c'est l'insécurité euh et de l'autre côté c'est la police que divergent euh les questions. Je veux pas la nouvelle France contre la vieille France. Je veux la France.

Je veux la France en entier et non pas une France fracturée. À écouter François Ruffin, Jean-Luc Mélenchon aurait choisi une partie seulement des classes populaires, les jeunes des quartiers souvent issus de l'immigration, en laissant de côté les classes populaires des petites villes et des territoires ruraux. Et derrière ce désaccord idéologique, il y a ce concept de nouvelle France très chère à Jean-Luc Mélenchon et qu'il développe depuis des années.

Je sais quelles sont les populations qui sont là dans ces quartiers. Et bien moi je veux les nommer. Ceux que vous voyez là, c'est la nouvelle France.

Pour la France insoumise, parler de nouvelle France, c'est reconnaître que les classes populaires ont changé de visage et remettre au centre ceux qui subissent précarité, discrimination et violences policières. Et le problème est là justement pour les détracteurs [musique] de cette expression. Selon eux, plutôt que de rassembler, cette formule en fait divise les classes populaires selon leur origine.

C'est comme ça [musique] que François Ruffin finira par avancer sa propre formule. À nous de réunir la France des bourgs et la France des tours. À nous de parler à la France toute entière.

Mais est-ce que avec la montée du RN, un monde de toujours plus libéral, la gauche a le luxe de se euh fracturer sur ces ? D'abord, mon adversaire principal s'appelle Jordan Bardella de Monaco. Il y a pas de doute là-dessus. ?

De Monaco, vous avez rajouté le Et ben oui, et ben oui, maintenant il a gagné sa particule. Donc voilà euh quel est euh mon adversaire et mon adversaire central. En en 2022, dans le Nouvel Obs, vous vous définissez comme social et démocrate.

Alors si on vous rapproche pas de Jean-Luc Mélenchon, est-ce qu'on pourrait vous rapprocher d'un Raphaël Glucksmann qui lui se dit ? On n'est pas très loin sur le sur la sémantique. dit, y compris dans le papier à l'Obs, je dis le problème des sociaux-démocrates, c'est que ça fait 40 ans qu'ils sont plus ni sociaux ni démocrates.

Euh quand on est social, on fait pas la loi travail. Quand on est démocrate, on fait pas comme si ça avait été oui au traité constitutionnel européen en 2005. Qu'est-ce qui vous sépare idéologiquement le ?

Plein de choses. Je euh le le quand il dit euh l'Europe n'est pas le problème, c'est la solution, bah euh excusez-moi, mais l'Europe fait partie quand même du problème. Quand elle décide d'aller signer un traité euh avec l'Inde, euh je le redis, 1,5 milliards d'habitants, qu'on demande rien au peuple de ce qu'ils en pensent, je quand même ça fait partie du problème.

C'est pas une raison pour en sortir. Mais dire que euh l'Europe est la solution, ça me paraît un peu euh voilà, il y a quand même un gros souci euh euh notamment de démocratie à ce à ce niveau-là. Euh est-ce que vous vous dites pas que vous étiez plus utiles à Fakir et avec vos documentaires dans le fond qu'en ?

Alors, je vais vous répondre autrement. Euh pourquoi je suis rentré en ? Parce que les portes des médias m'étaient fermées.

Je fais Merci patron avec deux rouleaux de scotch et trois bouts de ficelle. On va dire ce mec-là, il avait euh trois francs six sous et il a fait des centaines de milliers d'entrées au cinéma, ça a rapporté des millions d'euros. Je pense que je suis un champion de la rentabilité.

Mais est-ce que tu crois qu'il y a un média qui m'a ? Est-ce que tu crois qu'il y a une ? Vous avez gagné un César, vous avez été institutionnalisé. non non, je te je demande pour Je suis journaliste.

Euh est-ce que euh il y a j'ai eu une proposition d'une radio, d'une ? Mon [musique] Un de mes modèles est Michael Moore aux États-Unis. Il fait Roger et moi, il rencontre un grand succès.

Euh derrière, il y a HBO qui lui propose de faire TV Nation, qui lui donne euh la possibilité de s'adresser à un large public en ayant son émission. ? Moi, je devais devenir le Hanouna de gauche.

Est-ce que j'ai eu une proposition de ? Non. J'ai eu 17 éditeurs qui m'ont appelé pour me proposer de faire des livres.

C'est sympa, mais pour accéder au grand public, c'est pas terrible. Qu'est-ce que je me ? Bon bah, puisque dans mon métier, le terrain des médias, il m'est fermé, bah qu'est-ce que je vais ?

Euh pour avoir le droit à la parole publique, je vais en passer par la politique, je vais en passer par une élection, qui fait que tu m'invites aujourd'hui. Mais ça crée un cadre. Regardez, vous mettez un costume, alors que vous étiez habitué des maillots de foot et de la polaire.

Là, Là auriez une parole peut-être encore plus libre si vous étiez pas dans le cas d'une candidature à la présidentielle ? Possible. Possible mais d'autres temps viendront.

Et ça et ça vous oblige à prendre position sur des sujets qui sont peut-être pas forcément les vôtres par ailleurs. Sans doute mais sans doute mais d'autres d'autres temps viendront ? Mais en tout cas je le dis je je j'exprime avec clarté pourquoi je me je suis entré en politique pour avoir une parole publique.

Je veux avoir une parole publique. Je veux être engagé dans mon temps pour en changer l'orientation. Il y a je veux dire ce dont on a pas parlé pourtant on est en train de suer sur ton plateau.

C'est pas seulement euh à cause des lumières, c'est parce que dehors il fait 35 degrés. On en peut plus. C'est la canicule.

Donc le réchauffement climatique il est là. Euh qu'est-ce qui fait que on va décider dans ce pays d'avoir des grands projets pour affronter ça hein une une je dis une économie de guerre climatique qui fait que on investit là-dedans. Bon ben si je veux euh je euh peser sur le débat public, ça passe par la politique.

Ça passe une par une parole dans l'espace public. Si on prend ces trois images François Ruffin, le jeune rédacteur en chef de Fakir, l'agitateur de Merci Patron et le candidat à la présidentielle, sur quoi vous avez le plus évolué ? Je je pense qu'il y a pas tellement d'évolution euh enfin en tout cas S'il faut citer quelques adjectifs qui constituent votre ADN politique, c'est ?

Euh démocrate. Euh je pense que je suis profondément démocrate. À un moment même le l'adjectif populiste ne me réputait euh ne me rebutait pas.

La définition de populiste dans le dictionnaire c'est courant littéraire s'appliquant à décrire avec réalisme la vie des gens du peuple. Euh donc ça c'est une fierté normalement pour un journaliste de décrire avec réalisme la vie des gens du peuple. Je dis travailliste aussi.

Le la la conception que le travail est au cœur de la société. J'ajoute travailliste climatique parce que pour relever ce défi là c'est beaucoup de travail. Vous avez passé votre vie à dénoncer les institutions de l'extérieur.

Aujourd'hui vous voulez accéder à l'Élysée. Euh est-ce que le François Ruffin de 20 ans qui lance Fakir il voterait pour le candidat à la présidentielle aujourd'hui qu'on voit euh social-démocrate [musique] mais en costume. Oui, mon ADN, il a pas changé.

Les Les modes d'expression euh de ça a changé. Enfin, je veux dire je je prends l'élection de 2022 et le fait qu'il y a un groupe Rassemblement national euh qui parvient euh à se constituer avec 70 députés comme plus qu'une alerte parce que euh lors du deuxième tour dans ma circonscription, mais je vois à quel point ce que j'incarne fait que des gens ordinaires euh du centre-gauche ce jour-là vont pas voter parce qu'ils me mettent en équivalence entre l'extrême droite et euh ce que je suis ? de la FI.

D'abord, c'est euh ma et la responsabilité d'Emmanuel Macron qui met lui-même en équivalent [musique] extrême extrême droite gauche et extrême droite qui pose euh euh ça. Je vois la le piège de la diabolisation qui nous est tendu [musique] et je je préviens mes camarades. Je leur dis attention, d'autant plus qu'en face, ils sont en train de se mettre à porter la cravate, ils sont en train d'incarner le respect, le bon sens, euh la décence et que euh nous si on continue, on va être effrayant, on va être des épouvantails pour le pays.

Auparavant, on était 17 députés euh pour s'imposer sur la scène dans l'hémicycle, [musique] et ben, il faut oui, faire du bruit, euh jouer des coudes, être là. Là, on devient le plus grand groupe euh de gauche. Donc, on a une surface qui est suffisante pour que euh on substitue au bruit et à la fureur la force tranquille et qu'on devienne euh qu'on on acquiert une hégémonie à gauche pour ensuite avoir une une hégémonie dans le pays et aller jouer le grand match face au Rassemblement national et pas euh être un épouvantail qui fait que les gens ont peur de nous et euh finalement, on se retrouve dans un moment où euh dans la majorité du pays euh euh cette gauche-là fait plus peur que le Rassemblement national.

Donc, je euh je je j'ai changé de style, oui, j'en ai changé en conscience. Merci François Ruffin. Merci à vous.

Et voilà, c'était le 3e épisode des dossiers, ma série d'entretiens politiques [musique] avec TF1 Info. J'espère que ça vous a plu. D'ailleurs, n'hésitez pas à me dire en commentaire quelle personnalité vous verriez dans ce format.

Surtout, n'oubliez pas de vous abonner à ma chaîne YouTube, ça permet de soutenir mon travail et celui de mon équipe. Au passage, cet épisode est [musique] aussi disponible sur TF1 Plus, sur Netflix et sur toutes les plateformes de podcast. [musique] Oui, je pense que j'avais ma place sur une radio publique ou sur une radio privée pour avoir un show quotidien ou hebdomadaire.

Vous l'auriez ? Ben bien sûr, sans hésiter, avec plaisir. Le Ruffin Show.

Oui, ben oui, mais je le dis, le Hanouna de gauche. Euh, voilà, et j'avais été formé à ça, je Mais il est pas trop tard, hein. On verra la suite, hein.

Mais Donc c'est un appel qui est lancé, puisqu'il y a TF1 qui est partenaire, là. [rires]