Manuel Bompard dénonce la "stratégie mortifère" du Parti socialiste qui refuse les alliances avec LFI
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Et voici donc un grand entretien spécial consacré au résultat du premier tour des municipales. Dans un instant, on va recevoir le député Rassemblement National de la Somme, Jean-Philippe Tanguy, puis le politologue Brice Tinturier pour tirer toutes les leçons de ce scrutin. Mais d'abord avec nous, dans ce studio, ce matin, le coordinateur de la France Insoumise. Bonjour Manuel Bompard. Bonjour, bonjour. Merci d'être au micro d'Inter. Chers auditeurs, rappelez-nous, posez-nous toutes vos questions, évidemment, au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Manuel Bompard, d'abord une question d'ordre général.
La France Insoumise, on l'a dit depuis ce matin, depuis hier soir, même réalise une percée dans un certain nombre de grandes villes. Paris, Toulouse, Lille, Limoges, une élection dès le premier tour à Saint-Denis contre un maire sortant socialiste. Est-ce que c'est un résultat au-delà de vos espérances ?
C'est une percée qui est une percée, évidemment, spectaculaire. La France Insoumise a fêté, il y a quelques semaines, ses 10 ans. C'est un jeune mouvement politique. C'était la deuxième élection municipale dans laquelle la France Insoumise était engagée. Et si on prend, par exemple, les listes qui avaient l'étiquette de la France Insoumise, nous avons multiplié par 11 notre score par rapport à l'élection municipale de 2020. Donc oui, c'est une percée spectaculaire. Et moi, je veux évidemment saluer l'ensemble et remercier l'ensemble des électrices et des électeurs qui se sont portés sur nos listes et qui, je pense, ont fait un choix qui a aujourd'hui une répercussion nationale.
Qu'est-ce que vous dites du décalage entre cette campagne à laquelle on m'a assisté, ces polémiques suscitées par Jean-Luc Mélenchon, ces excuses pour les noms mal prononcés de Raphaël Glucksmann en meeting l'affaire de Lyon et ce résultat dans les urnes, est-ce que vous dites finalement le bruit, la fureur, ça marche ?
Non, je crois que c'est un décalage qui peut-être vous apparaît à vous parce que c'est vrai que dans un certain nombre de médias et de la part d'un certain nombre d'instituts de sondage, les résultats que nous avons réalisés hier soir peuvent apparaître surprenants. Mais en l'occurrence, je pense que tout le monde devrait s'interroger sur le fait que ces polémiques absolument grotesques contre la France Insoumise ne correspondent évidemment pas à ce que pensent les électrices et les électeurs dans ce pays.
C'est-à-dire que là, en l'espèce, Jean-Luc Mélenchon lui-même en est allé jusqu'à s'excuser.
C'est vrai qu'il y a des galesques de parler de ça pendant dix jours alors qu'il s'est excusé d'avoir écorché un nom dans un meeting.
Il faut qu'on parle de ce qui va se passer dans ce second tour, Manuel Bompard. Vous en avez appelé vous-même hier à la constitution d'un front, c'est votre expression d'un front antifasciste. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu'est ce front antifasciste et à partir de quel moment vous considérez qu'un candidat, si je vous suis, est fasciste et qu'il doit donc justifier qu'un front s'érige contre lui ?
D'abord, évidemment, ça concerne l'ensemble des villes où il y a un risque de victoire de l'extrême droite ou d'une droite qui de plus en plus se radicalise et se rapproche des idées du Rassemblement National. Par exemple, je vais prendre un exemple, quand vous entendez la candidate Mme Vassal qui était la candidate du parti de M. Retailleau reprendre à son compte le slogan qui a été le slogan de la collaboration, si ça ne vous paraît pas une dérive de plus en plus inquiétante de la droite française, sincèrement, c'est qu'on ne doit pas voir la réalité de la même manière.
Non mais c'est vrai que ce qui interpelle, c'est que quand on entend par exemple Sophia Chikirou, votre candidate à Paris, elle aussi utiliser cette expression de front antifasciste, quoi, Rachida Dati, elle est fasciste ?
Non mais il y a au second tour de l'élection municipale à Paris, il y a une candidate de l'extrême droite qui est qualifiée.
Oui, qui fait un peu plus de 10% et qui n'est pas exactement en situation de gagner.
Donc vous jouez sur les mots si vous voulez, mais nous nous appelons partout, je vais vous expliquer, ça sera très simple, partout où la droite et l'extrême droite menacent de gagner, nous appelons à la constitution d'un rassemblement, d'une fusion entre les différentes listes pour battre la droite et l'extrême droite. Comme d'ailleurs, c'est la tradition à gauche depuis la nuit des temps. Les listes se rassemblent pour empêcher la droite ou l'extrême droite de l'emporter. Donc c'est la proposition que nous avons mise sur la table.
Et j'entendais tout à l'heure François Hollande, mais attendez, ça veut dire que François Hollande est devenu tellement irresponsable que le fait que la ville de Limoges soit dirigée demain par la droite ou par la gauche, ça lui est indifférent.
Peut-être pour certains de nos éditeurs qui n'étaient pas là à 7h50, je rappelle ce qu'a dit François Hollande, il dit pas d'alliance, et concernant les villes comme Toulouse ou Limoges où la France Insoumise arrive devant le Parti Socialiste, il a dit soit vous vous maintenez, soit retrait, mais pas d'alliance, pas de fusion.
Bah oui, mais donc le risque, s'il se maintient et même s'il se retire, c'est à la fin de ne pas avoir la mobilisation de l'ensemble des électrices et des électeurs des différentes listes de gauche au premier tour sur la liste arrivée en tête au second tour. Et donc c'est le risque de voir ces villes soit rester à droite, c'est le cas de Limoges ou de Toulouse. Donc c'est une position qui est une position d'une irresponsabilité absolue. Et moi je veux dire que c'est la démonstration, la preuve, qu'on ne peut pas faire confiance aujourd'hui à François Hollande et ses amis pour faire progresser la gauche dans ce pays.
Mais au-delà du mot d'ordre national, est-ce que les discussions, elles ont commencé, est-ce qu'elles ont lieu au niveau local ?
Oui, elles ont lieu. Cette nuit, il y a eu un certain nombre de discussions qui ont débuté. Ce n'est pas à moi ensuite d'annoncer si elles ont été conclues ou pas, mais je sais qu'elles sont en cours de discussion. C'est-à-dire que par exemple à Toulouse et à Limoges, il y a eu des discussions dans la nuit pour proposer ce rassemblement et la fusion de la liste, par exemple à Toulouse, de François Picmal, de la France Insoumise qui est arrivée en tête, et de François Bréhension du Parti Socialiste, et à Limoges. Donc ces discussions-là sont en cours et j'espère qu'elles aboutiront sur un rassemblement parce que c'est la seule condition, la seule solution pour permettre de gagner ces villes.
Et gagner une ville comme Toulouse ou gagner comme une ville de Limoges à gauche,
je crois que personne ne peut y être indifférent. Donc Manuel Bompard, tout ce qui s'est passé pendant cette campagne de premier tour, la prise de position d'Olivier Faure en bureau national qui dit pas d'alliance nationale, les propos, moi j'ai en mémoire ce que disait M. Briançon, candidat socialiste à Toulouse, qui exigeait pour une éventuelle fusion que François Picmal se désolidarise des propos qui avaient été tenus par Jean-Luc Mélenchon, tout ça s'est oublié, passé par perdre des profits.
C'est à eux qu'il faudra poser la question. Nous, pendant toute cette campagne, on a mené des campagnes, on a dit nos désaccords, y compris parfois programmatiques avec les autres listes de gauche, mais nous on ne s'est jamais livré à l'insulte, à la calomnie, à la diffamation contre d'autres listes de gauche. Et donc je dois dire que cette stratégie qui a été la stratégie, y compris du bureau national du Parti Socialiste, est une stratégie absolument mortifère. Parce qu'elle risque de voir et de conduire à ce que des dizaines et des centaines de villes basculent à la droite et à l'extrême droite. Donc ça, ça doit s'arrêter, il faut arrêter ça.
Et au contraire, moi je ne vais pas utiliser mon temps de parole aujourd'hui, comme l'a fait François Hollande, pour handicaper les listes de gauche qualifiées au second tour de l'élection municipale. Donc moi j'appelle les électrices et les électeurs à se mobiliser massivement au deuxième tour dimanche prochain, à Limoges, à Toulouse, à Lille, à Roubaix, partout, pour faire en sorte qu'on confirme la percée spectaculaire qu'on a rencontrée au premier tour de cette élection municipale.
On va prendre un cas concret qui vous concerne directement, c'est Marseille, dont vous êtes le député. On a à Marseille le maire sortant Benoît Payan et le candidat du Rassemblement National, Franck Elisio, qui sont en tête au coude à coude. Loin devant Sébastien Delogu, qui est votre candidat en quatrième position, il a recueilli un peu moins de 12% des voix. Benoît Payan dit qu'il n'y aura pas de tambouille, donc pas d'alliance ou de fusion des listes. Est-ce que votre candidat, M. Delogu, va se retirer pour éviter que la deuxième ville de France passe au RN ?
Non, mais justement, pour éviter que la deuxième ville de France passe au RN, il ne faut pas le retrait unilatéral d'une liste de gauche, il faut organiser le rassemblement. Pourquoi ? Parce que sinon, les électrices et les électeurs qui se sont portés sur la liste, par exemple là, en l'occurrence, de Sébastien Delogu au premier tour, s'ils ne sont pas représentés sur la liste au second tour... Ils n'iront pas ? Eh bien, peut-être pas tous. Et donc, c'est prendre le risque que l'extrême droite l'emporte. Et ce serait évidemment une position absolument irresponsable.
Donc moi, j'invite sur ce sujet Benoît Payan à revenir à la raison et j'invite les Marseillaises et les Marseillais, je sais qu'ils ont prévu de le faire dans la journée, à se mobiliser pour demander le rassemblement des deux listes à gauche. C'est ça qui permet de garantir la défaite du Rassemblement national.
Sauf que là encore, pour de nouveau citer François Hollande, puisque vous l'avez fait au début de cet entretien, est-ce qu'il n'y a pas un paradoxe à dire qu'on veut un front antifasciste dans tout un tas de villes ? Là, vous avez un maire sortant qui dit « Il n'y aura pas, je ne veux pas de faire de tambouille, je ne veux pas faire d'alliance ». Ça veut dire très concrètement, si Sébastien Delogu ce matin, il y a un vrai risque que le RNG... Est-ce que dans ce cas-là, il n'y a pas un principe de responsabilité à dire « On se désiste ».
Benjamin Duhamel, d'abord, faire un rassemblement entre des listes à gauche, depuis quand c'est faire de la tambouille ? Ce n'est pas faire de la tambouille. On prend l'expression de Benoît Payan. J'entendais Benoît Payan, précisément, hier soir à la télé, dire « Il faut que... » J'appelle les Marseillaises et les Marseillais à se rassembler pour battre l'extrême droite. Il faut qu'il commence lui. Et pour commencer lui, c'est à faire l'acte de rassemblement que lui peut faire. Et cet acte de rassemblement, c'est de permettre le rassemblement de ces deux listes. Donc vous excluez tout à fait que Sébastien Delogu, d'ici demain à 18h, se retire ou se désiste ?
Moi, je fais le maximum pour que, d'ici demain à 18h, il y ait à Marseille une seule liste de gauche pour battre l'extrême droite. C'est une question de responsabilité. Et ceux qui prendraient cette décision absolument irresponsable de prendre le risque de la division au second tour porteraient sur leurs épaules une très très lourde responsabilité. Moi, je ne m'y résigne pas. Donc on va faire le maximum pour obtenir ce rassemblement parce que c'est la condition, vous m'interrogez sur la cohérence de notre combat antifasciste.
La condition pour battre l'extrême droite à Marseille, c'est que l'ensemble des électrices et des électeurs qui se sont portés sur des listes de gauche au premier tour se portent sur la liste de rassemblement au second tour. Et pour ça, il faut que l'ensemble des forces politiques y soient représentées.
Alors, à Paris, votre candidate, Sofia Chikirou, est arrivée en troisième position. Elle dit qu'elle attend l'appel d'Emmanuel Grégoire, que sinon elle se maintiendra. Sofia Chikirou qui affirmait en décembre qu'il ne faut pas qu'un socialiste soit maire de Paris.
Bah oui, elle a été candidate. Elle a changé d'avis, donc. Mais madame, quand vous êtes candidate à une élection municipale, j'imagine que c'est parce que vous avez l'intention de l'emporter. Alors, Emmanuel Bonpart, ce n'était pas ça, sa phrase.
Sa phrase était de spécifiquement dire que dans cette campagne,
il fallait faire en sorte que ce ne soit pas un socialiste. Non, ça c'est votre interprétation de sa phrase, mais ce n'est pas sa phrase. Et maintenant, si vous êtes surpris du fait que quelqu'un qui candidate à une élection, candidate pour l'emporter, bah pardon, mais moi, quand je candidate à une élection, quand mes amis candidatent à des élections, c'est pour l'emporter. Madame, soyons cohérents. Donc, Sofia Chikirou, elle a dit quelque chose de très simple. Elle a dit, j'attends l'appel d'Emmanuel Grégoire, et sinon, ce soir, je déposerai ma liste. Et je comprends tout à fait qu'elle fasse ça, puisque les électrices et les électeurs...
Enfin, je trouve quand même assez extraordinaire dans cette discussion que vous semblez oublier que si nos listes dans ces villes, Marseille, Paris, font plus de 10%, c'est parce qu'il y a des dizaines de milliers d'électrices et d'électeurs qui ont décidé de porter leur suffrage sur nos listes. Et vous trouvez anecdotique le fait de dire qu'ils puissent être représentés au Conseil municipal demain. Mais ces personnes-là, elles ont le droit d'être représentées au Conseil municipal demain. Donc, Sofia Chikirou, si M. Grégoire refuse même d'envisager toute discussion avec elle, évidemment qu'elle déposera sa liste ce soir pour être présente au second tour de l'élection municipale.
Eh bien, on vous a bien compris. Merci, Manuel Gompard, d'avoir été avec nous ce matin au micro d'Inter.
Manuel Bompard