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interviewFrance Culture — Sens politique· 21 décembre 2024 43 min

Boris Vallaud (PS) : "Je suis pour la VIe République"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:09
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Sens Politique, l'émission qui prend le temps de connaître un invité pour décrypter avec lui son parcours, son engagement et sa personnalité au rythme de l'actualité. Notre invité aurait pu être député sous la Troisième République. Il en a le style, les cheveux longs et la barbe, le costume ajusté, les mouvements de bras dans l'hémicycle et le travail minutieux du parlementaire. L'ancrage local aussi, revendiqué comme tel dans les Landes, entre Dax et R-sur-Adour, à l'est de Mont-de-Marsan, où il passe ses vacances enfant et où il s'astreint à retourner chaque semaine pour y tenir sa permanence.

184 communes réunies dans une circonscription, celle historique d'Henri et Manuelli. En 2017, il lui succède et sauve le siège socialiste face au Rademarais en marche. Réélu en 2022 et 2024, il devient alors président du groupe socialiste à l'Assemblée, à un moment clé. Sorti de l'ENA en 2004, promo Cédar Sangor, celle d'Emmanuel Macron, dont il prend la place dix ans plus tard comme secrétaire général adjoint de l'Elysée. Il assiste, médusé, à la fin du quinquennat Hollande. Il pense que dans la période que nous vivons, tout est brouillard, les idées, les valeurs, les convictions et les repères.

Il aime Pablo Neruda et Michel Butor et pense, grâce à ses lectures, que la politique, c'est un voyage en train. Bonjour Boris Vallaud.

1:31
Boris Vallaud

Bonjour.

1:31
Présentateur

Merci d'avoir accepté notre invitation et merci à vous de nous écouter. Comme chaque samedi, nous sommes ensemble jusqu'à 13h30. Vous venez de sortir ce livre en permanence, « Ces vies que je fais mienne » chez Odile Jacob au mois de septembre, plus exactement, Boris Vallaud. Et vous êtes très honnête dans ce livre. Dès la première page, vous dites « J'aime et je déteste la politique dans une parfaite égalité de sentiments ». Que pouvez-vous nous dire de plus sur cette ambivalence ?

2:01
Boris Vallaud

Effectivement, j'ai cette honnêteté-là et j'ai le sentiment d'avoir le même rapport que beaucoup de Français à la politique. Elle me fascine pour ce qu'elle peut changer la vie, si je reprends le slogan de François Mitterrand. Et elle me dégoûte dans ce qu'elle peut donner à voir de pire d'elle-même. C'est-à-dire de la politique politicienne, des petites combinaisons, des petites médiocrités, des grandes lâchetés parfois. Et celle-là, elle ne m'intéresse pas. Et en fait, ce livre, il a été pour moi nécessaire comme la recherche d'une forme de réconciliation et de me donner, à un moment où je doutais, des raisons de continuer à faire de la politique. Vous doutiez ?

Oui, je dois vous dire qu'en 2022, je me suis posé la question de savoir si je me représentais ou pas. Je me suis dit, cette vie politique où en effet tout est brouillard, où la trahison est devenue une forme de vertu, où la fidélité à ses valeurs n'a pas de valeur, où nous venions de faire, pour ce qui est de la candidate socialiste, 1,7% à la présidentielle, où je n'ai pas passé un week-end en famille, où la vie politique grignote toutes vos autres vies, je me suis dit, est-ce que je continue ? Et puis, j'ai continué parce que je me suis posé la question de savoir pour qui je le faisais et pourquoi je le faisais.

3:20
Présentateur

Et dans ce livre, vous dressez les portraits de plusieurs habitants de votre circonscription qui viennent vous voir et vous dites que ça ressemble un petit peu, on dirait que ça ressemble un petit peu à un cabinet de psy, vous vous employez l'expression confessionnelle.

3:34
Boris Vallaud

C'est-à-dire qu'en fait, oui, c'est un journal de bord, c'est une galerie de portraits d'hommes et de femmes que j'ai reçues dans ma permanence, c'est des vies à la fois singulières, c'est la leur, souvent des vies difficiles à affronter avec beaucoup de courage, et puis c'est des vies universelles, parce que si je les ai choisis, c'est que je les ai vues, plus souvent qu'à leur tour, revenir à l'identique, taper à ma porte, me dire leurs difficultés, me demander conseils, me demander secours, me demander si j'avais bien compris ce que les Françaises et les Français vivaient.

Et je tiens à ce livre par tous ces personnages, tous ces visages, tous ces sons, que je convoque de temps en temps, quand je suis dans l'hémicycle, un peu à bovariser parfois.

4:18
Présentateur

Vous disiez tout à l'heure que vous aviez failli arrêter la politique en 2022. Est-ce qu'aujourd'hui, vu la situation où vous prenez, vous le Parti Socialiste, vous, président de groupe, un rôle de premier plan dans toutes ces tractations, ces négociations, est-ce que vous vous dites j'ai bien fait, ou au contraire, est-ce que vous vous dites, comme vous l'écrivez dans ce livre, l'écart est bien grand entre ce que j'entends dans la permanence des Landes et ce que j'entends à Paris ?

4:38
Boris Vallaud

J'en ressens une nécessité impérieuse, je sens l'urgence de l'époque, je sens ce pays que j'aime sur un fil. C'est-à-dire qu'on est face à cette espèce de paradoxe, de moment paradoxal, où je vois à la fois un pays rongé par le sentiment d'injustice, inquiet de l'avenir, qui se cherche des raisons de vivre ensemble, où chacun paraît défendre sa colère. Et en même temps, je l'ai rencontré, j'ai rencontré des centaines, des milliers de gens. J'ai pour l'essentiel, essentiellement rencontré des gens généreux d'eux-mêmes, disponibles pour la fraternité, disponibles pour les coups, disponibles pour la réconciliation. J'ai rencontré plus souvent des machines à coudre qu'à des machines à découdre.

Et ça, ça me porte à l'optimisme et ça me porte à une forme d'exigence politique, pour moi-même et puis pour la famille politique à laquelle j'appartiens.

5:25
Présentateur

Vous parlez d'une sorte de dédoublement dans ce livre, qui vous ferait changer de peau au fur et à mesure de vos aller-retours entre les Landes et la capitale. Vous appelez ça le paradoxe du député ?

5:34
Boris Vallaud

Oui. Alors je reprends le paradoxe du comédien, où au fond je me pose la question, est-ce qu'il faut être un citoyen détaché des contingences, détaché de la réalité brute des vies, qui recherche l'intérêt général jusqu'à l'abstraction, ou au contraire, est-ce que je dois me plonger totalement dans la vie de ces femmes et de ces hommes que je représente, même si je mesure bien la distance de ma vie, souvent à la leur, pour mieux la comprendre et être le plus juste interprète ? Je trouve ce point de réconciliation dans le train, en effet, entre Paris, les Ors du Palais Bourbon, et ma circonscription des Landes, la glaise de la Chalos. Et la ville de Dax.

Et qui n'est pas dans ma circonscription, mais qui est bien dans les Landes.

6:19
Présentateur

C'est là que vous vous arrêtez, non ?

6:20
Boris Vallaud

C'est là où il y a la gare, en effet. La question c'est si ça doit advenir. C'est quoi le jour d'après ? Eh bien moi je vais vous dire une chose, de façon assez claire, et c'est une proposition que je formule. Le pouvoir n'est pas à l'Elysée. Le pouvoir n'est pas à Matignon. Quand nous avons rencontré le président...

6:41
Locuteur non identifié

Le pouvoir est difficilement un parlement.

6:44
Boris Vallaud

Il n'est qu'au Parlement. Il y a plein de pouvoir. Je proposerai à tous les présidents de groupes du Sénat, de l'Assemblée nationale, de l'arc républicain, qui ont participé à ce Front républicain, ou même ceux qui n'y étaient pas tout à fait au rendez-vous comme les républicains.

6:56
Locuteur non identifié

C'est-à-dire à tout le monde sauf le RN ?

6:57
Boris Vallaud

Oui, absolument. De poser la question des conditions d'une non-censure. Vous savez, reprendre le fil de ce que nous avions à gauche, avec les groupes du nouveau Front populaire, et avec les groupes du Sénat, commencer de faire à la mi-août. Écrire en disant nous sommes prêts à des compromis texte par texte. Nous sommes prêts à discuter des priorités de politique budgétaire.

7:19
Présentateur

C'est votre voix, Boris Vallaud, qu'on entend sur France Inter. Vous formulez pour la première fois cette idée de non-censure restée depuis dans le débat. C'était le 25 novembre 2024. Depuis Michel Barnier est tombé, François Bayrou a été nommé. Quelle était l'idée ? Devenir constructif et se démarquer de la France insoumise ?

7:37
Boris Vallaud

Non, vous avez eu en introduction cette comparaison entre moi et peut-être un homme politique de la Troisième République. Au fond, il y a dans ce que j'exprime, peut-être est-ce une naïveté, mais l'espérance que nous devenions des parlementaires adultes. Que nous soyons capables de faire quelque chose de ce parlementarisme de fait issu des urnes, qui n'a donné de majorité absolue à personne.

la recherche d'une nouvelle méthode, celle sans doute du compromis, qui est bien différente de la compromission, parce que je sais bien qu'on ne peut pas s'entendre sur tout, et qu'il y a des désaccords qui sont irrémédiables, et qui sont deux visions de la société, qui se font face et qui s'affronteront dans les urnes. Mais je voulais, après cette motion de censure qui se donnait déjà à voir, imaginer un après. Et j'espérais un Premier ministre de gauche ouvert au compromis, et qu'il soit capable de s'opposer à la question de savoir comment on est utile aux Françaises et aux Français, tout de suite, et je l'espère encore.

8:34
Présentateur

Mais pour être utile, Boris Vallaud, pourquoi ne pas répondre à la main tendue par François Bayrou, qui vous demande de venir dans son gouvernement ? Vous avez tout de suite dit, chaque socialiste qui serait tenté d'une aventure avec François Bayrou au gouvernement serait exclu. Est-ce que ce n'est pas la simple définition du sectarisme ?

8:51
Boris Vallaud

Non, pas du tout. Je crois que c'est l'exigence de clarté et de responsabilité. Les Français n'ont pas voté pour une coalition. Il faut respecter le vote des Françaises et des Français. Il y a eu deux tours dans cette élection. Il y a eu un premier tour qui, de fait, a mis en tête le nouveau Front populaire. Et il faut être fidèle à ces électeurs de premier tour, continuer de se battre pour les idées, pour les propositions que nous avons formulées devant eux. C'est important d'être fidèle à cela. Et puis, il faut être aussi fidèle à ces électeurs de second tour qui ont fait Front républicain, c'est-à-dire qui ont refusé de donner les clés du pouvoir à l'extrême droite.

Et cette fidélité, elle nous oblige à défendre nos idées, mais à chercher les majorités autour de celles-là, dans un hémicycle qui est composite. Et la seule loyauté à laquelle on était tenus, pour une majorité absolue d'entre nous dans l'hémicycle, la seule loyauté, la seule fidélité, le seul engagement, c'était ne rien céder à l'extrême droite.

9:46
Présentateur

Mais c'est une rhétorique, pardonnez-moi, Boris Vallaud, très partisane. Est-ce que les Françaises et les Français que vous rencontrez dans votre permanence, qui vous écoutent aujourd'hui, comprennent que vous puissiez demander ces accords de non-censure, etc., sans aller défendre leur vie, justement, au gouvernement ? Et j'ai beaucoup de questions sur le sujet. Une question de Françoise, par exemple, sur Instagram. Seriez-vous prêts à travailler avec François Bayrou ? Une question d'Esteban. Je vais vous répondre. Pourquoi refuser tout poste au gouvernement ?

10:12
Boris Vallaud

Je vais vous répondre, et c'est une question que, légitimement, on peut se poser. J'ai d'ailleurs entendu ce même débat au moment où certains se réjouissaient qu'Olivier Dussopt, qui venait de l'aile gauche du Parti Socialiste, rejoigne Emmanuel Macron. Au moment où d'autres se rassuraient qu'Elisabeth Borne, venant de la gauche, occupe les fonctions de Premier ministre. Ils ont fait la réforme de l'assurance chômage. Ils ont fait la réforme des retraites. Ils ont fait la loi immigration.

Je me crois plus utile à la défense des intérêts des Français dans cette clarté-là, dans la recherche de majorité, texte par texte, à l'Assemblée nationale, que dans quelque chose qui paraîtrait être de la tambouille et qui donnerait le sentiment que je me bats d'abord pour avoir un poste avant de me battre pour les intérêts de celles et ceux que je représente.

10:56
Présentateur

Alors, pour bien comprendre, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que vous attendez précisément de François Bayrou ? Puisque lui ne vous a pas répondu cette semaine à l'Assemblée quand vous lui avez posé la question sur son cap. Est-ce que vous attendez de lui qu'il ne fasse pas de 49.3 ? Qu'il suspende la réforme des retraites ? Qu'il n'y ait pas de nouvelle loi immigration ?

11:13
Boris Vallaud

D'autres choses pour qu'on comprenne bien votre position ? Prenons chacun des sujets. Quand on dit pas de 49.3, pas de motion de censure, c'est l'espérance de maturité que j'évoquais tout à l'heure. Un Parlement de plein exercice. Je crois, en effet, qu'il faut prendre au mot l'idée que le pouvoir est désormais à l'Assemblée nationale et que la brutalité démocratique du 49.3 qui a trouvé, j'allais dire, son acmé au moment de la réforme des retraites ne doit pas être une méthode de gouvernement. Est-ce qu'on y arrivera ? Évidemment, j'en formule l'hypothèse et l'espoir. Vous évoquez la question de la réforme des retraites. Oui, nous continuons de poursuivre le but de son abrogation.

Et il y a peut-être, dans ce chemin qui se réglera probablement définitivement en 2027, la demande qu'il y ait une suspension de la mesure d'âge. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit de réparer à la fois une brutalité sociale et une brutalité démocratique. Vous pouvez tourner les choses dans tous les sens. Cette mesure, elle frappe d'abord les carrières longues, les carrières pénibles, les carrières hachées. Et je vais vous dire, beaucoup de femmes qui ont eu des métiers difficiles et des carrières hachées qu'elles ont souvent commencé tôt. Il y a besoin de réparer cette injustice sociale parce qu'il y a d'autres moyens de financer le déficit du régime des retraites.

Et puis, par ailleurs, il y a besoin de réparation démocratique. Il y a dans la psyché des Françaises et des Français l'idée qu'on a été gouverné de la pire des manières à ce moment-là. On a eu un président de la République indifférent à des manifestations millionnaires qui disaient l'opposition des Français à cette réforme. L'indifférence du président de la République au front uni des organisations syndicales. Et l'indifférence du président de la République à l'absence de majorité à l'Assemblée nationale ou plutôt d'une majorité qui était contre ce texte. Et donc, il y a besoin, dans ce moment de réconciliation, dans ce moment de grandeur démocratique, d'essayer de réparer cela.

13:05
Présentateur

Le problème, Boris Vallaud, c'est que quand vous arrivez en tête le 8 juillet 2024 au second tour des élections législatives, enfin le 7 juillet, le lendemain, Olivier Faure, le 8 juillet, chez nos compréhens de France Info, déclare à propos de la réforme des retraites ce qui s'est fait par 49.3 peut se défaire par 49.3. Alors, on se demande si la position du Parti Socialiste est dans l'opposition contre le 49.3 et dans la majorité pour le 49.3.

13:28
Boris Vallaud

Non, honnêtement, j'ai plus les circonstances dans lesquelles Olivier Faure dit cela. Moi, vous voyez, je ne veux pas aller au-delà de ce que je viens de dire et d'expliciter et d'expliquer. Voilà, moi, le président de la République aurait dû nommer un premier ministre de gauche après Michel Barnier, ouvert au compromis, cherchant des majorités texte par texte, comme nous en avions fait la proposition dès au lendemain de l'élection législative.

Aujourd'hui, il a pris le risque en nommant l'un de ses proches, l'un de ses premiers soutiens et peut-être de ses derniers soutiens, il prend le risque d'approfondir la crise politique et institutionnelle dans laquelle il nous a plongés avec la dissolution. Une dissolution dont personne n'a compris le sens et surtout dont personne ne voit quelle clarification elle aura apporté. Tout est entre ses mains.

La difficulté, c'est qu'au moment où nous nous parlons, ni dans la première rencontre que nous avons eue avec lui, ni dans les réponses qu'il a faites à l'Assemblée nationale, aux députés qu'il interrogeait, et je lui ai posé une question, il n'a donné la moindre méthode, la moindre piste, le moindre calendrier. A quoi est-il prêt à consentir ? Pour l'instant, nous nous sommes heurtés au mur de la défense acharnée du bilan, tout bilan, rien que le bilan d'Emmanuel Macron. Un bilan sanctionné par les urnes. Et notre seul maître, c'est le suffrage universel.

14:41
Présentateur

C'est ce qu'il vous a dit quand vous vous êtes rendu il y a maintenant dix jours, ce fameux mardi à l'Élysée avec les autres groupes hors RN et LFI. Comment ça s'est passé, cette réunion à l'Élysée ? Et est-ce que, d'ailleurs, selon vous, elle devait avoir lieu à l'Élysée ?

14:55
Boris Vallaud

Alors, il y a l'Élysée, où il n'y avait pas Michel Barnier, et François Bayrou, et il y a François Bayrou qui nous a reçus. Moi, je voudrais juste parler de François Bayrou. Il nous a reçus, en effet, il y a quelques jours. Je veux dire qu'il ne nous a pas dit grand-chose. Je n'étais pas tout à fait convaincu qu'il occupait, au moment où il nous parlait, déjà sa fonction. Je n'ai pas eu plus ce sentiment quand il s'est rendu au conseil municipal de Pau, quand il a pensé que l'urgence était à la réforme du non-cumul des mandats, alors que se déroulait à Mayotte le drame que l'on sait. Il n'a pas non plus répondu aux questions des parlementaires mardi dernier à l'Assemblée.

Donc maintenant, moi, je sonne l'alarme, une forme de rappel à l'ordre républicain. En responsabilité, il faut que dans les semaines qui viennent, on ait un bon budget, un budget juste pour la France et que nous ayons des avancées concrètes pour la vie des Françaises et des Français.

15:50
Présentateur

Une question de Marie sur Instagram toujours. Que pensez-vous de la problématique des deux gauches irréconciliables ?

15:56
Boris Vallaud

Moi, je n'y crois pas, même si je suis témoin de beaucoup d'hommes et de femmes qui, parfois, ont été des compagnons de route avant que je naisse, c'est un peu exagéré, mais de longue date et qui, en effet, eux, sont irréconciliables. Ensuite, la gauche et les socialistes, je prends évidemment ma part, ont besoin de travailler, de clarifier, de dire ce qu'ils pensent d'un certain nombre de sujets dont ils ne pensent pas forcément grand-chose depuis longtemps ou qu'ils n'ont pas réactualisé. Et ça, ça doit se faire en étant indifférent au candidaton. Vous savez, souvent, on se dit mais qu'est-ce que vont en penser nos collègues de telle ou telle sensibilité politique ?

Qu'est-ce qu'on en pense, nous, comme socialistes ? Voilà un bel exercice à accomplir.

16:33
Présentateur

S'il y a une nouvelle dissolution cet été, souhaitez-vous, Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l'Assemblée, qu'il y ait une seule candidature de gauche par circonscription ?

16:41
Boris Vallaud

Écoutez, moi, je m'épargne les spéculations et la politique fiction. J'en sais rien. Je ne sais pas de quoi la fin de la semaine est faite. Ma question, c'est est-ce que le nouveau Front populaire est terminé ? Mais je ne crois pas que certains s'en soient éloignés et se soient isolés dans cette coalition. J'en fais le constat. Moi, je ne veux rien déclarer d'irrémédiable dans une situation aussi grave que celle-là où nous sommes menacés par une extrême droite qui, quand elle a le pouvoir, ne le lâche plus et organise de façon méthodique des régressions pour les droits des femmes, pour les libertés fondamentales, pour les droits sociaux.

17:16
Présentateur

Justement, vous en parlez de l'extrême droite qui a énormément progressé dans votre circonscription, notamment en 2024. Et vous écrivez au tout début de votre livre en permanence, « Ces vies que je fais mienne » chez Odile Jacob, « La victoire du nouveau Front populaire est une victoire en trompe-l'œil ». Et ce score du RN, il vous glace. Vous l'écrivez tel quel. « Je me suis simplement demandé meurtri et le cœur lourd d'un sentiment de culpabilité qui ne me quitte pas depuis. Avons-nous fait suffisamment ? »

17:43
Boris Vallaud

Oui, alors j'ai écrit cette introduction, ou j'ai actualisé cette introduction après les élections législatives. Ce livre, je l'avais écrit et achevé bien avant. Mais au soir de l'élection, je ne me suis réjoui de rien. Je me suis, en effet, une fois qu'on a réglé un peu la blessure narcissique de l'élection, même si j'étais réélu, on se pose la question pourquoi en sommes-nous là ? Est-ce que j'ai fait assez ? Est-ce que j'ai fait assez pour comprendre, pour accompagner ces vies, pour trouver des solutions ? Et je crois que quand on est un responsable politique, on aurait tort de penser qu'on fait assez. Je crois qu'il faut avoir en permanence un doute sur ces certitudes.

18:22
Présentateur

Certains vous accusent de faire ce revirement, la non-censure, les discussions, la distance avec Mélenchon, parce que vous n'êtes pas prêt pour une élection présidentielle quand Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, eux, pressent le président de démissionner. Que répondez-vous ?

18:36
Boris Vallaud

Je réponds que si nous devions avoir une élection dans 35 jours, si il devait y avoir la démission du président de la République, nous aurions la même assemblée. Que je ne suis pas certain qu'il n'y ait pas de façon durable une tripartition de la vie politique. c'est-à-dire au fond la nécessité de l'apprentissage d'une nouvelle culture politique. Et je fais le constat un peu accablé, mais au fond assez réaliste, que nous sommes des parlementaires sans culture parlementariste. J'entends beaucoup, et j'en suis, revendiquer un régime parlementaire, revendiquer une 6ème République. Je dis, elle est là. Elle est là. Soyons sixiémistes dès à présent.

19:08
Présentateur

Elle est là, mais le 49.3 à la motion de censure, j'imagine que dans la 6ème République que vous appeliez de vos voeux dans le programme du nouveau populaire, ils n'y seront plus.

19:15
Boris Vallaud

Vous savez, il y a, y compris dans des régimes parlementaires, des mécanismes de parlementarisme rationalisés. Vous savez qu'en Allemagne, il y a ce qu'on appelle la motion de censure constructive. Il faut être capable de proposer une alternative en termes de coalition dès lors qu'on entend renverser le gouvernement. Dernière question sur ce sujet. Boris Vallaud, vous êtes pour vous

19:30
Présentateur

la 6ème République ?

19:32
Boris Vallaud

Oui. J'ai la faiblesse de penser qu'on rend mieux compte de la diversité de la société, qu'on résout mieux ces contradictions intrinsèques à 577 à l'Assemblée nationale que tout seul à l'Elysée.

19:44
Présentateur

Et on fait quoi un référendum,

19:45
Boris Vallaud

mais une constituante ? Non, mais les parlementaires peuvent y travailler. Il peut y avoir un débat qui s'organise dans le pays. La question, c'est quel est le meilleur modèle politique, le meilleur modèle institutionnel pour servir l'intérêt général.

20:02
Invité

Voilà. France Culture. Sens politique. Astrid De Vilaine. Nous avons fait embouteiller 1000 bouteilles, c'est ça ? Combien ? 1000 bouteilles. Voilà. C'est made in Côte-Chalonaise. Je vais lui envoyer une bonne bouteille de la cuvée du redressement au Président. Je vais apporter une bouteille à tous les membres du gouvernement. Ça s'appelle la cuvée du redressement.

20:23
Présentateur

Vous avez reconnu cette voix, Boris Vallaud ?

20:26
Boris Vallaud

Bien sûr.

20:28
Présentateur

Arnaud Montebourg, ministre de l'économie et du redressement productif pour quelques heures encore le 24 août 2014 lors de la fête de la Rose à Frangy-en-Bresse en Saône-et-Loire. C'était sous le quinquennat de François Hollande. Vous avez été, vous, son directeur de cabinet.

20:41
Boris Vallaud

J'étais son directeur de cabinet à Bercy. À ce moment-là précis. Vous êtes sur place ? Non, je ne suis pas sur place pour rien vous cacher. Je suis à un mariage et je suis ça par dépêche AFP interposé. et je me dis mais j'aurais dû être avec lui. Vous l'en auriez empêché, vous pensez ? Je ne sais pas. Il y avait un désaccord de ligne qui était évidemment manifeste. Quand je considère tous les talents qu'il y avait dans ce gouvernement et la façon dont tout ça se termine, je me disais que ce n'était pas obligé que ça se termine aussi mal. J'ai des regrets. J'ai de la reconnaissance envers Arnaud Montebourg. Vous savez, moi, j'étais auprès de lui en Saône-et-Loire dont il était le président.

Président du conseil départemental. J'ai beaucoup appris. Je lui conserve une amitié et une affection intactes. Il a choisi d'autres chemins d'engagement et moi, j'ai suivi le mien.

21:34
Présentateur

Ce moment 2014 marque une forme de rupture dans le quinquennat Hollande. Il y a un remaniement. Les frondeurs donc Montebourg, Hamon et Philippetti sont remplacés. Et vous, Boris Vallaud, vous remplacez Emmanuel Macron à l'Élysée comme secrétaire général. On a pu vous reprocher à ce moment-là de passer des frondeurs à la Hollande sans grande conviction.

21:53
Boris Vallaud

Non, ce n'est pas ça. Je venais avec ce que j'étais, avec mes convictions, avec ma culture politique. Dans le huis clos du bureau de François Hollande, je lui ai dit que je venais seulement si j'avais la liberté de lui dire exactement ce que je pensais dans le huis clos de son bureau et qu'ensuite, je ne confondais pas ceux qui étaient les responsables politiques et ceux qui étaient ses collaborateurs et les fonctionnaires que par ailleurs j'étais. Puisqu'on est presque dans un moment de confidence, avant d'accepter, j'avais un avis qui m'importait par-dessus tout, c'était celui d'Arnaud Montebourg.

22:29
Présentateur

Et qu'est-ce qu'il vous a dit ?

22:30
Boris Vallaud

Non, ça, ça reste entre lui et moi.

22:32
Présentateur

Vous y a autorisé en un sens ?

22:34
Boris Vallaud

Il m'y a encouragé nous donnant rendez-vous quelques années plus tard.

22:39
Présentateur

Je le disais en introduction, c'est compliqué pour vous cette fin de quinquennat. Il paraît que vous avez même dit à François Hollande quand il n'a pas pu se représenter, vous ne nous avez pas aidé à vous aider.

22:53
Boris Vallaud

Je ne sais pas comment vous le savez, mais oui, c'est dans Paris Match. Ah bon, d'accord. Oui, je lui ai dit ça. Après, vous savez, on ne peut pas vivre de regrets, surtout dans les circonstances que nous traversons aujourd'hui. Le sentiment de responsabilité, la nécessité de socialistes unis au travail, qui se retroussent les manches et qui ne baissent pas les bras, me paraît essentiel. Voilà. Et je crois qu'on est dans un moment où on a besoin au fond de réenchanter la politique, de lui redonner ce qui lui manque de vérité, de sincérité dans son rapport au réel. Vous savez, ce livre, en fait, il essaye de répondre à une question.

Beaucoup de nos concitoyens se posent la question de savoir ce que leurs représentants connaissent de leur vie. On dit que nous sommes toutes et tous à cinq ou six poignets de main du président de la République. Mais la question que tout le monde se pose, c'est à combien de poignets de main le président de la République, et chacune et chacun d'entre nous, députés, sommes de nos concitoyens. Est-ce qu'on les connaît ? Et moi, j'essaie de réduire le nombre de ces mains à une, la mienne, et celle de ceux qui viennent dans ma permanence. C'est ce moment-là qu'il faut qu'on arrive à retrouver.

23:57
Présentateur

Alors vous êtes peut-être le fils spirituel d'Arnaud Montebourg, mais surtout celui d'Henri Emmanueli. Vous lui avez succédé dans l'élan en 2017, après une primaire que vous remportez. Et vous êtes élu, je le disais en introduction, en 2017, député pour la première fois des Landes. Et lui disparaît au mois de mars, quelques mois en fait, avant que vous preniez son... Oui, oui, oui. Il n'a pas vu votre victoire.

24:20
Boris Vallaud

Non, et je dois dire que j'étais plusieurs points derrière mon adversaire au premier tour des élections. De la République en marche. De la République en marche. Et quand je me rends à mon siège de campagne, où je sais que les militants m'attendent, je dois vous dire que je suis pétrifié. Je pense que je vais perdre. Je ne suis pas certain de remonter la pente, même si les militants, les landais, ont été parfaitement mobilisés. Et je pense à Henri Emmanueli. Je pense à tout ce qu'il a fait dans ce département. à tout ce qu'on lui doit au socialisme départemental qui a été le sien. Et puis, il y a ce soulagement, il y a cette fierté. Je pense à lui, je pense à lui souvent.

En fait, on se le dit souvent dans les landains parce qu'on reste très fidèles à Henri Emmanueli, à son héritage, à son exigence, à son intransigeance parfois, à la clarté de ses valeurs et de la ligne qu'il trace. Quand j'arrive, je me dis les traces de mon prédécesseur sont derrière moi. Et en fait, tous les jours, je m'aperçois qu'elles sont devant. C'est très confortant. Qu'avez-vous appris de lui ? Le courage, le courage politique, la ténacité, la constance dans les valeurs, l'attachement à sa famille politique, à l'unité de son parti. C'est un homme qui s'est mis au service de ses administrés.

Ce département des Landes, c'est la gratuité du transport scolaire parce que les difficultés ne commencent pas au pied de l'école mais au pied du car qui vous y accompagne. C'est une grande bataille politique de l'eau contre les fermiers pour que la guêpe j'y cesse et que les prix baissent. C'est l'absence des pas d'abus lucratifs dans le département parce que la vieillesse n'est pas une marchandise. C'est vraiment le service de l'autre.

26:09
Présentateur

Alors je le disais vous remplacez Emmanuel Macron comme secrétaire général adjoint à l'Elysée et lui remplace Arnaud Montebourg en arrivant à Bercy c'est un regret d'ailleurs que François Hollande exprime souvent. Vous, vous étiez son camarade de promo à l'ENA. Comment était-il à cette époque ?

26:25
Boris Vallaud

Il était sympathique. Oui, on avait des relations de bonne camaraderie. Voilà. Je ne sais pas quoi en dire de plus. Il était déjà précédé d'une aura considérable. Moi j'avais dit à l'une de vos collègues il était Ricard nous on était plus encore Ricard.

26:47
Présentateur

Mais est-ce que vous le voyez venir vous cette ascension fulgurante ? Vous la percevez quand François Hollande ne semble pas la voir ?

26:57
Boris Vallaud

Alors non François Hollande avait parlé d'une trahison méthodique à son endroit de la part d'Emmanuel Macron. Je dois dire que moi je l'ai vu très tôt. Je l'ai vu quand il était déjà secrétaire général adjoint de l'Elysée dans le sentiment qu'il donnait de travailler au moins autant pour lui que pour le président de la République dont il était le collaborateur. Et puis une fois qu'il a été à Bercy il était manifeste qu'il travaillait pour lui. Et oui sans doute que François Hollande n'a pas voulu le voir ou l'a vu tardivement. Mais j'ai été assez tôt sans naïveté. Est-ce que c'est

27:33
Présentateur

pour cette raison que vous n'avez pas voulu le rejoindre ou est-ce que c'est en raison de sa ligne politique ?

27:40
Boris Vallaud

Quand il est devenu ministre il m'a posé la question de savoir si je voulais demeurer directeur de cabinet. Je lui ai dit je crois que nous aurons de grands désaccords. Et non la ligne politique n'était pas douteuse pour moi. Mais je ne pensais pas sincèrement je ne pensais pas qu'on en serait là aujourd'hui. Vous dites dans ce livre

28:01
Présentateur

l'art de communiquer ou de persuader est devenu un exercice difficile sinon impossible. A quand datteriez-vous Boris Vallaud ce moment de rupture ? Avez-vous vu cette bascule dans une France où l'on n'arriverait plus à communiquer ou à persuader ?

28:14
Boris Vallaud

J'ai vu l'envahissement des réseaux sociaux des chaînes d'info continue tordre le temps l'accélérer probablement tordre aussi la réalité la vérité donner un ordre des priorités qui n'étaient pas forcément ceux des françaises et des français et ça je l'ai vu j'allais dire avec la brutalité qui l'accompagne au mi-temps du quinquennat de François Hollande.

Je l'ai d'abord senti et vécu par personne interposée mon épouse vous étiez à l'époque ministre et j'en ai vu toute la violence et je crois que depuis lors les choses ne se sont pas améliorées bien au contraire et c'est pour ça qu'écrire un livre a un côté un peu anachronique là aussi parfois je me pose la question de savoir si de ce point de vue-là je suis totalement contemporain de mon époque.

29:21
Présentateur

Récemment votre permanence puisqu'on en parle c'est le titre de votre livre Boris Vallot a été muré et bâché par les agriculteurs très en colère qui vous ont écrit par exemple par ambition tu tues nos exploitations tu es aussi bancal que ce mur c'est France Bleu Gascogne qui rapporte ça à cause de la censure ils auraient aimé que le budget soit adopté vous ne sentez pas un décalage à ce moment-là entre votre action à Paris et votre action dans les landes ?

29:45
Boris Vallaud

Non, je comprends la réaction des agriculteurs je sais la dureté de leur vie moi depuis que je suis élu je suis à leur côté je suis très régulièrement dans les exploitations il y a cette solidarité des élus landais au moment de la grippe aviaire au moment des calamités agricoles au moment du gel ou de la grêle on est à leur côté on est dans le combat contre le Mercosur et là je dois les voir bientôt et on s'est parlé régulièrement au téléphone avant même je savais que c'était leurs intentions mais je leur ai dit je ne suis pas seulement le député des agriculteurs je suis aussi celui des aides-soignants des infirmières il manque 3 milliards à l'hôpital je suis aussi celui des résidents des EHPAD et tous sont en déficit en France je suis celui des enseignants des communes rurales qui se battent pour que leur classe ne ferme pas je suis aussi député de la nation celui des Outre-mer de Mayotte aujourd'hui dans la difficulté et dans le budget que nous avons censuré il y avait la réduction de plusieurs centaines de millions d'euros pour les Outre-mer et notamment pour ce qui concerne ce qui concerne Mayotte et s'agissant des agriculteurs nous avons demandé et nous demanderons encore au Premier ministre que dès les premiers jours du mois de janvier une loi portant diverses mesures économiques, sociales puisse être prise pour que sans attendre un nouveau budget ce qui concerne les agriculteurs notamment mais aussi la réindexation du barème de l'impôt sur le revenu un certain nombre de crédits d'impôt puisse être voté très vite c'est une urgence je la comprends je la partage et je ne leur ferai pas défaut donc vous ne censurerez pas François Bayrou avant le vote

31:25
Présentateur

d'un budget pour 2025

31:26
Boris Vallaud

là je vous parle je vous parle d'une loi qui est une loi d'une nature particulière ad hoc pour aller vite il y a des c'est dégagé quand même quelques consensus dans le débat entre l'Assemblée nationale et le Sénat et bien mettons le vite en chantier mais pas dans un budget plus vite qu'un budget parce que l'urgence est là avec toutes ces mesures on peut faire une loi pour oui oui bien sûr c'est la proposition d'ailleurs conjointe du rapporteur général du budget et du président de la commission des finances Charles de Courson et Éric Coquerel absolument

31:56
Invité

Sens politique l'archive de l'invité

32:00
Locuteur non identifié

militant veut dire soldat les qualités du militant sont les qualités du soldat Léo Lagrange lorsque les jours tragiques sont venus a mis au service de son pays les mêmes qualités de vaillance d'ardeur d'enthousiasme le même esprit de sacrifice et je puis bien dire le même héroïsme aujourd'hui vous voyez devant le corps de Léo Lagrange au milieu des siens au milieu de ses camarades je crois que le pays tout entier aujourd'hui comprend la perte qu'il a faite et il comprend aussi pourquoi nous éprouvions tous pour Léo Lagrange ses sentiments mêlés à la fois de tendresse et de fierté

33:03
Présentateur

la voix de Léon Blum qui rend hommage à Léo Lagrange sous secrétaire d'état des sports et des loisirs du front populaire ici en 1947 sur la radio diffusion française il vous émeut cet extrait Boris Vallot

33:15
Boris Vallaud

moi je trouve ça effectivement émouvant je dois vous dire j'en ai des frissons totalement grotesques mais c'est pourtant ce que je ressens d'abord la voix du grand Léon Blum évoquant la mémoire de Léo Lagrange Léo Lagrange qui s'était engagé volontaire en 18 alors qu'il était mineur avec l'autorisation de son père qui est réengagé au moment de la seconde guerre mondiale qui est tué et qui est l'un des visages les plus ardents les plus héroïques du front populaire il est ministre des sports enfin sous secrétaire d'état au sport et aux loisirs

33:56
Présentateur

sous secrétaire d'état parce qu'aujourd'hui c'est une critique mais à l'époque du front populaire c'était un poste tout à fait honorable

34:01
Boris Vallaud

oui et puis surtout quelle grande oeuvre c'est penser en même temps le temps libéré et le temps de travail c'est la semaine de 40 heures c'est les congés payés c'est lui qui invente on a appelé ça je crois le billet Léo Lagrange qui est une réduction de 40% des billets de train pour ceux qui vont en vacances c'est les auberges de jeunesse c'est toute une politique culturelle une politique de soutien aux infrastructures sportives et il fait passer ce qui était des loisirs bourgeois en pratique de masse c'est l'exercice de la liberté individuelle d'une vie qui n'est pas totalement mangée par le travail qui était dur pénible et aliénant et dans cette formule ça rejoint que je crois d'ailleurs Léon Blum quand il compare le militant et le soldat il le dit je crois à propos de Marc Zormois auquel a été rendu hommage quelques jours plus tôt Marc Zormois qui avait été ministre de l'intérieur du front populaire après le suicide de Roger Saint-Langro qui était assassiné par la milice et ça me remet en mémoire une phrase qui était d'Henri Emmanuel qui disait des militants n'attendent pas des états d'âme mais des états de service ça rejoint un petit peu cela et j'aime peut-être pour m'en inquiéter cette période de notre histoire à la fois la dureté du jugement qu'on porte sur la gauche au pouvoir ce que l'on dit de Léon Blum ce que l'on écrit de Léon Blum les critiques violentes dont il est l'objet dans l'exercice du pouvoir alors qu'il a accompli la grande oeuvre sociale et politique que l'on sait était intéressante c'est un moment aussi quelques années après de grandes bascules d'effondrement militaire mais d'effondrement politique moral la lecture à la fois du journal de Blum des carnets de captivité de Daladier de secret solitude de Jean Zet lui aussi assassiné par la milice et je crois que d'ailleurs Léo Lagrange a dû être son sous-secrétaire d'état à un moment donné dans le front populaire tout ça moi me paraît être une alarme me paraît être une alarme et l'histoire ne resserre pas les plats mais il n'est pas inutile de la connaître son histoire

36:19
Présentateur

et justement dans ce contexte-là Boris Ballot trouvez-vous que la formule trouver cet été du nouveau front populaire était la bonne quand on sait la suite de l'histoire

36:27
Boris Vallaud

écoutez j'espère que la suite de l'histoire sera moins catastrophique et moins dramatique en tout cas elle était une référence à la nécessité face à de grands périls pour la gauche de s'unir et c'est ce qu'elle a fait c'est ce qu'elle s'est fait dans l'histoire c'est ce qu'elle sait faire dans l'histoire c'est sa responsabilité est-ce que c'est suffisant ? non il y avait dans le front populaire aussi la promesse de la liberté de l'émancipation de la réconciliation ou de la convergence de la république et du socialisme

37:03
Présentateur

une question de Sofiane qui nous écrit sur Instagram serez-vous candidat au congrès du parti socialiste qui doit se tenir en 2025 ?

37:09
Boris Vallaud

je vois qu'on ne perd pas le nord on peut passer de Léon Bleu à Léon Lagrange au congrès du parti socialiste

37:14
Présentateur

c'est quand même très lié

37:15
Boris Vallaud

ce que je veux vous dire au moment où on parle parce que les choses que nous avons à régler là dans les jours et les semaines qui viennent sont plus grandes que nous chacun l'aura compris il y aura peut-être un congrès du parti socialiste ce que je souhaite qu'il soit c'est un congrès de la réconciliation un congrès d'allédition de nos forces un congrès d'idées et de doctrines que nous nous mettions au service de celles et de ceux qui n'ont que leur force de travail pour vivre qui est ce retour aux choses humaines qui me paraît absolument nécessaire parce qu'un parti socialiste divisé est un parti socialiste qui est inutile à la gauche inutile aux français dans ce cadre là j'occuperai la place que j'aurais à y occuper c'est-à-dire ?

j'aurai la place à y occuper que j'aurais occupé au moment où je vous réponds c'est à ce réponse que je peux vous faire

37:58
Présentateur

ça veut dire que vous pensez à vous présenter ?

38:01
Boris Vallaud

ça veut dire que vous vous interprétez comme vous voulez ce que je viens de vous répondre

38:05
Présentateur

est-ce que vous souhaitez qu'Olivier Faure continue à exercer cette conclusion ?

38:10
Boris Vallaud

je vous ai dit ce que je souhaitais et mon exigence parce que vous parlez d'unité on sait très bien

38:15
Présentateur

qu'un congrès socialiste c'est surtout la discussion

38:17
Boris Vallaud

de militants socialistes elle est celle-là elle est celle de se donner une force au service des françaises et des français au service de l'intérêt général regardez ce que nous avons à affronter en face de nous il y a l'extrême droite avec l'autorité de la peur combattre l'autorité de la peur c'est quelque chose de vertigineux et bien nous nous devons avoir la force et l'élan de changer la vie et d'un récit heureux vous savez on revient à Léon Lagrange Léon Lagrange il avait dans son ministère au fond cette espèce d'exigence du droit au bonheur

38:49
Présentateur

Dans un article qui est sorti en octobre signé Olivier Perrou dans l'Express il vous demande si vous voulez être premier ministre vous répondez bof président de la république ce sera écrit-il il se refuse à l'admettre publiquement mais il envisage d'entrer dans la danse des prétendants à la succession d'Emmanuel Macron c'est vrai ?

39:07
Boris Vallaud

C'est pas parce que j'ai succédé une fois à Emmanuel Macron à l'Elysée que nécessairement je pense que j'ai succédé une seconde fois donc moi je m'amuse de ces lectures que je trouve plutôt bienveillantes d'ailleurs mais je vous dis que l'avenir est pavé d'un chemin chaotique et incertain et que tous ensemble les socialistes doivent avancer

39:33
Présentateur

parce que je vous ai suivi un jour en reportage dans les Landes Boris Vallaud pour le journal Le Monde et dans votre permanence où je suis allée vous m'aviez dit j'aurais aimé être chef cuisinier d'ailleurs votre permanence c'est un ancien restaurant vous avez déclaré un peu plus tard mon héros c'est plus Joël Robuchon que François Mitterrand est-ce que la situation politique vous a fait changer d'avis ?

39:56
Boris Vallaud

Ah non Joël Robuchon quand même ça reste quand même non mais il y avait à côté un peu espiègle dans ma réponse mais c'est vrai que c'est une façon de ne pas se mouiller non c'est pas une façon de ne pas se mouiller en fait il faut avoir la lucidité de comment vous dire la politique c'est pas un rêve d'enfance ni une révélation de l'âge adulte et c'est un moment de ma vie où je me pose la question de ce qu'est de mon point de vue être un citoyen accompli prendre sa part ne pas fuir ou ne pas se planquer quand le vent est mauvais mais si je réponds aussi honnêtement à qu'est-ce que t'as envie de faire quand tu seras grand j'aimerais bien être cuisinier

40:37
Présentateur

Et cette prise de conscience politique quand la datez-vous à 2022 dont vous nous avez parlé en début d'émission à la publication de ce livre en 2024 après le choc de la dissolution à un autre moment

40:49
Boris Vallaud

Ma conscience politique elle est ancienne il y a l'atavisme familial qui évidemment joue je dois vous dire que parmi mes premiers souvenirs politiques ça va vous faire rire il y a celui d'une rencontre moi lycéen au lycée Louis-Barthouapau François Bayrou ministre de l'éducation nationale qui vient rendre visite dans ce lycée et je crois que déjà je suis un peu rugueux avec lui qui vient de succéder à Jack Lang si je ne me trompe pas dans ce ministère

41:17
Présentateur

que lui dites-vous vous vous en souvenez

41:18
Boris Vallaud

je ne m'en souviens plus quelle image avez-vous

41:21
Présentateur

de lui à ce moment-là

41:22
Boris Vallaud

pour moi c'est déjà la droite qui remplace la gauche donc je ne suis pas très content

41:26
Présentateur

et puis par ailleurs

41:29
Boris Vallaud

on ne peut pas considérer qu'il ait laissé comme ministre de l'éducation nationale quelques héritages ou quelques souvenirs

41:35
Présentateur

Merci Boris Vallot député socialiste des Landes et président du groupe socialiste à l'Assemblée d'être passé dans le sens politique vous pouvez retrouver cette émission et toutes les autres sur franceculture.fr et sur l'application Radio France Merci à Lucas Liberati qui m'a aidé à préparer cette émission à la réalisation Luc-Jean Reynaud à la technique Sébastien Royer et à la vidéo Ruben Karmazine Je vous rappelle que nous choisissons nos invités en fonction des règles de l'ARCOM qui imposent le pluralisme selon les forces politiques représentées au gouvernement quand il y en a un et au Parlement y compris hors période électorale Très bonne journée sur France Culture et à samedi