HEC Débats reçoit Amélie de Montchalin
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir à toutes et tous, nous sommes ravis de vous retrouver. Comme je vous le dis maintenant, depuis trop longtemps à mon goût, et à n'en pas douter sûrement du vôtre également, malgré la situation que nous vivons actuellement, les équipes d'HEC Débat travaillent activement pour vous proposer des conférences et des échanges que nous espérons dynamiques et intéressants. Intéressants en tout cas, nul doute que l'échange d'aujourd'hui le sera.
À ce propos, je tiens à vous remercier très chaleureusement, Madame de Montchalin, de vous être rendue disponible pour nous ce soir. C'est un grand privilège de vous avoir et de pouvoir échanger et débattre avec vous. Nous savons ô combien votre temps est précieux, et nous vous en remercions d'autant plus d'être présente parmi nous ce soir.
Je ne peux par contre pas vous garantir que certaines questions ne concerneront pas un potentiel troisième reconfinement. Et je prends ce sourire pour une confirmation, Madame la Ministre. Sachez que la nouvelle apparaîtra dans tous les journaux demain.
Vous avez annoncé un troisième reconfinement en direct dans une conférence HEC Débat. Pas du tout, du tout. Je vous rassure, je souris parce qu'on a plein d'autres choses à se dire.
Évidemment, bien sûr, nous n'allons pas parler de ça, mais je ne sais pas ce que diront les élèves. Nous verrons bien. En tout cas, c'est d'autant plus un honneur de vous recevoir ce soir, parce que outre votre parcours impressionnant et votre rôle de ministre, vous êtes une ancienne élève d'HEC.
Donc, j'avais posé la même question à Madame Pannier-Runacher, qui est comme vous, alumnée HEC. Très solennellement, pouvons-nous espérer de reprendre les pots d'ici la fin de l'année, Madame la Ministre ? Les élèves sont inquiets.
Les élèves d'HEC, la communauté HEC s'interroge. Cesse de plaisanterie, je tiens encore une fois à vous remercier chaleureusement au nom de tous les étudiants d'HEC et au nom de l'association HEC Débat. Merci également à nos partenaires, Mazard et le Champagne-Lebrun de Neuville, de nous soutenir dans notre activité et dans notre cycle de conférences.
Et puis enfin, on ne vous le dira jamais assez, mais merci à vous, public virtuel, d'être présents ce soir pour assister à cette conférence. Soyez assurés de notre travail, de notre motivation et surtout de notre volonté à retourner au format présentiel aussi vite que faire se peut. Marc Vanuelle a annoncé tout à l'heure que les cours reprendraient en présentiel sûrement la semaine prochaine.
Et nous ferons tout pour qu'il en soit de même pour les conférences. Je vais maintenant laisser la parole à Amance, qui a la dure tâche de résumer votre parcours en quelques mots, Madame la Ministre. Et puis qui sait, elle sera peut-être également ministre un jour.
Je lui souhaite en tout cas. À très vite pour une nouvelle conférence au nom de toute l'équipe HEC Débat et je vous souhaite une excellente conférence. Bonsoir Madame la Ministre, merci encore.
J'ai l'honneur donc de prendre la parole pour retracer votre parcours. Vous êtes donc née à Lyon en 1985. Au départ, vous êtes hésitante quant à vos positions politiques puisque vous étudiez au lycée Hoch pour finalement suivre la classe préparatoire à Ginette.
En 2005, vous intégrez HEC qui a le plaisir de vous recevoir ce soir. Votre histoire avec les grandes écoles ne s'arrête pas là puisque vous obtenez en 2014 un master en administration publique à Harvard. Vous travaillez tout d'abord dans le secteur privé, notamment chez BNP Paribas, puis chez AXA où vous êtes en charge du suivi des politiques publiques.
À noter que votre action politique n'est pas soudaine puisque vous avez l'occasion de côtoyer les sphères de l'État, notamment lors d'un stage à l'Assemblée nationale et dans le cadre de réflexion pour l'UMP et en particulier pour le programme économique d'Alain Juppé. Mais c'est en 2016 que votre engagement prend une toute nouvelle forme puisque c'est dans l'élan politique initié par Emmanuel Macron que vous décidez de vous présenter en tant que député de la sixième circonscription de l'Estône. Votre position au sein du parti évolue en accord avec votre parcours en école de commerce puisque vous devenez coordinatrice d'un marche pour la commission des finances et être porteuse, voire à l'origine de nombreux projets et réflexions de réformes économiques.
En 2018, vous devenez première vice-présidente du groupe LAREM et c'est en 2019 que vous êtes nommée secrétaire d'État chargée des affaires européennes, un autre sujet qui vous tient à cœur depuis le début de votre carrière politique et professionnelle. Finalement, en juillet 2020, au cœur de la crise que nous traversons encore, vous devenez ministre de la Transformation et de la Fonction publique du gouvernement Castex. Vous êtes intitulé de ministère étonne et interpelle, mais vous l'avez expliqué et justifié dans les médias, ce qui me permet aujourd'hui d'essayer de résumer votre tâche herculéenne.
Votre premier objectif est d'assurer une certaine conformité et applicabilité des décisions prises au sommet à la réalité quotidienne des Français. Pour vous, il faut pouvoir observer des changements dans la vie de tous les jours, des changements qui seraient les conséquences positives des réformes proposées par le gouvernement. Vous vous dites la porte-action de ce gouvernement par analogie avec le rôle de porte-parole.
Pour vous, c'est l'efficacité publique qui doit en sortir victorieuse. Vous proposez donc une sorte de baromètre qui permet de repérer les blocages dans la fonction publique et de répondre aux besoins de transparence de l'action de l'exécutif. Toujours en marche, votre combat est également celui de revaloriser et de diversifier la haute fonction publique.
Vos idées font débat, ça tombe bien, notamment celle de réserver des places à des candidats issus de milieux dits modestes dans les concours. Un autre chantier auquel vous vous attaquez et sur lequel les modérateurs reviendront sûrement est celui de l'utilisation de l'outil numérique dans la fonction publique. En tant que ministre de la Transformation, il semble logique de rechercher une certaine modernisation technologique, mais sera-t-elle adaptée au territoire et aux Français ?
Votre nouveau poste est l'occasion de se poser des millions de questions sur le système public français et sur l'avenir de celui-ci. Alors, merci de prendre de votre temps pour y répondre au nom de toute l'équipe HEC Débat. Bonsoir, Madame la ministre.
Est-ce que j'ai le droit de vous dire deux choses avant qu'on commence à parler de choses sérieuses ? Évidemment. D'abord, je vous dis que je suis très content d'être avec vous.
J'ai été membre de HEC Débat quand j'étais sur le campus et j'avais eu la chance d'interviewer notamment Bill Gates qui était venue faire une visite. Comme vous voyez, on parle beaucoup de lui aujourd'hui, mais on parlait de lui différemment. Je pense que c'était en 2004 ou 2005.
Dans vos archives, vous devez pouvoir retrouver ces choses-là et vous dire que j'ai un lien avec HEC assez particulier parce que j'ai grandi dans la famille qui sont les voisins qui est la ferme de Villetin, puisque c'est là qu'a grandi ma maman. Et donc, les vaches que vous respirez quand vous êtes sur le campus sont celles de ma grand-mère, de mon oncle et de ma tante maintenant. Et donc, j'ai toujours un grand plaisir d'avoir à passer devant chez vous souvent, puisque du coup, vous imaginez bien que je suis la députée qui est députée des chambres de l'autre côté de l'année 118, donc jamais très loin de chez vous.
Et vous dire que donc, en ces temps difficiles, j'ai effectivement trouvé que c'était utile de peut-être avoir une heure avec vous qui ne vous change pas de Zoom, malheureusement, mais peut-être de vos cours et d'avoir une discussion privilégiée avec vous, étudiants, dont on parle, dont on pense, dont on essaye de faire des choses. Mais malheureusement, j'imagine que vous aspirez à beaucoup plus que toutes les annonces qu'on peut faire, mais c'est une bonne nouvelle si effectivement, vous pouvez commencer à retrouver des cours en présentiel. Voilà, c'était mon petit mot personnel.
Avant qu'on plonge dans mes sujets, peut-être pas herculéens, parce que dans ce cas-là, j'ai un problème de muscle et de physique, mais en tout cas, important. Parfait, ce mot était bienvenu. Merci, madame.
Alors, nous vous proposons d'organiser cet échange en trois temps. Tout d'abord, nous aborderons le sujet du recrutement et du monde du travail dans la fonction publique. Ensuite, nos questions porteront sur les enjeux de numérisation du service public que vous défendez activement.
Pour finir, enfin, sur la nature des relations entre le secteur public et le secteur privé. En filigrane de cet échange, vous imaginez, se trouve bien sûr la loi de transformation de la fonction publique. Je rappelle qu'à l'issue de cette discussion, le public pourra poser ses questions via l'outil « Levez la main » que vous trouverez ou bien dans l'onglet « Participants » ou bien dans l'onglet « Réactions » selon votre version de Zoom.
Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, nous avons une question d'ordre général. Souvent, la fonction publique est perçue comme une sorte de monument sacré qui est difficile de réformer, malgré tous les reproches qui lui sont faits, que ce soit sa lenteur, son inertie, parfois son organisation vieillissante et bureaucratique. Très brièvement, si possible, que pensez-vous de cette idée ?
Et pensez-vous vraiment pouvoir changer la donne ? Et si oui, comment ? Alors, merci beaucoup.
Moi, je récuse objectivement l'idée que l'État, les fonctionnaires, l'administration seraient un mammouth inamovible et qui, au fond, resterait ancré dans un temps qui serait celui des années 80, avant l'ordinateur, avant Internet et avant le monde moderne. Je pense que ça fait beaucoup de mal depuis 20 ans d'avoir comme seul discours sur les fonctionnaires et la fonction publique un message qui était « il y a trop de fonctionnaires ». Depuis 15 ans, la seule chose qui a été dite sur l'action publique, avant notre gouvernement, un peu de manière répétitive, dans les médias, partout, c'est « il y a trop de fonctionnaires ».
Ça a des conséquences majeures, c'est que les gens n'ont plus envie de servir l'intérêt général, et donc on a un problème d'attractivité, on y reviendra. Et ça a une autre conséquence, c'est que plus personne ne s'intéresse au quotidien de ce que produisent les agents publics. Les agents publics, ils ne sont pas dans des bureaux à attendre.
Ils produisent des services, ils produisent des choses, des biens communs, ils produisent de la sécurité, ils produisent de la santé, ils produisent du lien social, etc. Je vais vous donner un exemple très simple et qui, du coup, me donne de l'énergie et de la confiance dans le fait qu'on peut changer les choses. Ça tombe bien parce que je suis la ministre qui a été nommée pour que, notamment, des choses changent.
Pendant le confinement, le premier confinement, qui nous a tous pris par surprise, il y a eu 30 % des agents publics qui ont été en chômage technique, chômage partiel. C'est qu'on leur a dit, on n'avait pas à ce moment-là beaucoup d'outils de télétravail, le télétravail avait très peu développé jusque-là, et puis il fallait qu'on s'organise. Et donc il y a 30 % des agents de l'État à qui on a dit, en fait, la seule chose qu'on peut faire de vous, c'est au fond de vous mettre en congé forcé et on va vous payer en temps que ça reprenne.
Ça, c'était au mois de mars. Et puis, on a eu le deuxième confinement à l'automne. Et entre-temps, j'avais été donc nommé ici.
À l'automne, on a au plus fort, fort, fort du confinement, on a eu 0,6 % des agents seulement en chômage technique, qui étaient en gros les agents du ministère de la Culture qui tenaient les musées. Qu'est-ce qui s'est passé entre-temps ? En fait, entre-temps, on a investi massivement sur l'équipement informatique.
On a réfléchi à la manière de réorganiser nos services publics en temps de confinement. Et moi, j'ai pris l'engagement très vite de dire qu'il y a quatre choses qu'on doit faire pendant le confinement. On doit protéger les agents et les usagers, masques, des travails.
On doit tenir les guichets ouverts, parce qu'il est absolument essentiel que les Français ne trouvent pas porte-close quand ils ont un besoin. On doit tenir les délais. Le confinement ne peut pas être une excuse pour que, au lieu de répondre en deux semaines, ils ont répondu en un mois ou trois mois, ou on ne sait pas quand.
Et quatrième chose, on doit réinventer le service public pour ne pas seulement attendre que les gens viennent au guichet se plaindre ou avec une demande, mais on va appeler les publics vulnérables, les familles isolées, les retraités qui sont tout seuls chez eux. Et donc, on inverse la logique. C'est quatre choses.
Que tous les services publics ont fait, parce qu'il y avait des objectifs qui avaient été fixés, à la fin du confinement du mois de novembre, on avait augmenté entre septembre et décembre, la satisfaction des Français vis-à-vis du service public. Et ce que je veux vous dire, c'est que j'ai vu partout dans le pays que, sous la contrainte, effectivement, dans un contexte extrêmement nouveau, différent, parce qu'on avait défini des objectifs clairs, mais que la première chose qu'on avait fait, c'était surtout de ne pas dire comment on pensait qu'il fallait que ça soit fait à Chartres, à Tours, à Bordeaux ou à Mulhouse, et bien les équipes, les agences ont dit « Voilà, on nous donne quatre objectifs, comment nous, on va le faire là où on est ? » Et je peux vous dire qu'en une année, il y a un potentiel d'innovation, de volonté de faire différemment, de marge de manœuvre, de créativité qui a été généré sous la contrainte.
Et effectivement, le changement, ça ne naît pas… Vous voyez, un jour, les gens ne se lèvent pas en disant « Tiens, on va changer ! » On change parce qu'on sent un intérêt à changer. On dit souvent, pour que les gens vous suivent, il y a trois principes.
Il y a l'argent, l'ego ou le sens. Dans la fonction publique, l'argent, vous savez, il est contraint quand même, parce que c'est un très gros budget. L'ego, oui, on peut mettre des médailles à tout le monde, ça s'arrête assez vite.
Et donc, il y a le sens. Et ce que je peux vous dire, c'est que ce moteur du sens, c'est-à-dire on fait des choses utiles, on rend service à des Français qui nous disent merci, on fait des choses dont on voit bien que si ce n'est pas nous qui les faisions, personne ne les ferait et donc ça ne marcherait pas. C'est un moteur d'action et d'innovation très fort.
Sauf que vous voyez, si vous regardez le mammouth en disant « Vous allez lui rentrer dedans frontalement et lui dire « Je vais tout changer », sa réaction légitime, naturelle, c'est une réaction de repli, fermeture des écoutilles, et en fond, rien ne se passe. Si vous allez travailler avec les agents sur pourquoi ils font ce métier, qu'est-ce qui les motive, qu'est-ce qu'ils voudraient faire différemment pour apporter un service public différent aux Français qui viennent les voir, et là, vous avez des ressorts d'engagement, de créativité et d'innovation. Donc, la bonne nouvelle, je conclurai comme ça, c'est que ce ministère, il a mis ensemble trois briques essentielles.
Les hommes et les femmes, la gestion RH, le numérique, les outils de travail du XXIe siècle, et la stratégie du service qu'on veut rendre aux Français. C'est un peu le service marketing, c'est qu'est-ce qu'on veut rendre comme service. Si vous mettez votre stratégie de service, les outils numériques et les hommes et les femmes, en fait, vous mettez ensemble les briques qui peuvent ensuite aider à ce que ça se passe différemment et j'espère mieux.
Un chiffre, aujourd'hui, 76% des Français sont satisfaits du service public. C'était 72% il y a trois ans. Donc, ça veut dire qu'on progresse, on peut toujours faire beaucoup mieux.
Je vais vous parler de plein de choses que j'aimerais et qui marchent beaucoup mieux et que j'essaie de faire marcher beaucoup mieux. Mais vous voyez, c'est un levier différent de la réforme administrative par une loi. L'innovation, la créativité, ça ne se décrète pas par la loi.
Ça va se chercher dans l'action quotidienne de gens qui trouvent du sens à ce qu'ils font. Merci, Madame la ministre, pour cette réponse très complète. On reviendra sur l'innovation dans la suite de cet échange, qui est effectivement une grande partie des chantiers de la fonction publique.
On comprend bien le message qui pourrait être dévalorisant envers les fonctionnaires, de dire qu'il y a trop de fonctionnaires. La structure est beaucoup trop lourde, il y a trop de fonctionnaires, et donc ça leur fait perdre un petit peu l'envie de travailler pour le public. Cependant, quand on voit la loi de transformation publique, est-ce que ce n'est pas dans un sens ce que le gouvernement cherche à faire ?
C'est-à-dire vouloir supprimer des postes de fonctionnaires et les remplacer par une majorité de contractuels. Aujourd'hui, le monde de la fonction publique est divisé en deux, entre des fonctionnaires titulaires d'une part et des contractuels d'autre part. Les contractuels qui représentent un million de personnes se voient souvent comme les laissés pour compte du système, avec des contrats précaires, aujourd'hui sans compensation ou peu, et sans ou peu de titularisation à la clé.
D'un autre côté, les fonctionnaires qui voient leur statut fragilisé et leur emploi menacé, notamment par les mécanismes de rupture conventionnelle mis en place par la loi, ou de détachement automatique en cas de privatisation d'un point du service public. Comment réagissez-vous face à ces peurs, justement, que vous décriviez aussi tout à l'heure quand on pouvait adresser des critiques au service public ? Alors, vous avez dit beaucoup de mots qui sont un peu des mots-valises.
Privatisation du service public, précarisation, casse, ce sont des mots très négatifs qui ne correspondent pas, d'abord, ni au dialogue social que j'ai moi avec les organisations syndicales, ni aux objectifs. Je vais vous donner quelques constats qui sont des constats alarmants et qui nous ont d'autant plus motivés à… Voilà, est-ce que cette loi a été examinée, puis votée ? Elle a été votée avant que je devienne ministre de la fonction publique.
Et moi, je suis en charge de la mettre en œuvre et je suis très à l'aise avec les principes qu'elle pose. Premier constat, le nombre de jeunes qui se présentent au concours de la fonction publique a été divisé, divisé par trois, en 15 ans. Donc, c'est un énorme enjeu.
C'est qu'aujourd'hui, on a votre génération qui dit partout que vous voulez, et je trouve que c'est formidable, être utile. Une des premières motivations, on le voit dans tous les sondages qu'on fait sur les métiers que vous allez choisir dans votre génération, c'est on veut être utile. Et ce désir d'utilité n'est plus connecté à l'idée de servir l'intérêt général et notamment de travailler pour l'action publique.
Première chose. Donc, on a un problème d'attractivité des concours. La deuxième chose, c'est qu'il y a beaucoup de besoins de l'administration, par exemple, la transformation numérique, pour lesquels il n'y a pas de concours.
Il n'y a pas le concours en technicien informatique ou technicien numérique ou développeur ou relation usager numérique. Ça n'existe pas. Donc, il y a aussi des nouveaux besoins pour lesquels il n'y a pas de concours.
Et puis, enfin, on a des Français aujourd'hui qui, pour beaucoup d'entre eux, n'ont pas, je vous l'ai dit, des jeunes qui ont envie de passer les concours, mais surtout, quand ils se projettent dans leur carrière, l'idée de l'emploi à vie pendant 40 ans avec l'idée qu'on fait le même métier pendant 40 ans n'est pas du tout vue comme quelque chose d'attirant. Moi, je défends le statut de la fonction publique parce que derrière le statut, vous avez l'idée du concours qui est une version, on le sait, méritocratique d'accès à tous les Français sans distinction d'origine, de milieux socio-économiques, de territoire. Ça, c'est le principe du concours depuis Napoléon.
Ça, c'est un principe fort. Mais il y a une réalité, c'est que ça n'attire pas, et on y reviendra, par beaucoup de mécanismes, les profits parfois qu'on veut attirer. Et il y a plein de gens qui vous disent soit « Moi, je n'ai pas envie de passer le concours parce que je pense que c'est trop difficile et ce n'est pas ma manière de penser ma carrière », ou juste « Je n'ai pas envie de m'imaginer 40 ans fonctionnaire. » Et donc, le choix qu'on a fait dans la réforme, c'est de dire le statut parce qu'il permet de la neutralité, la laïcité, l'indépendance est quelque chose que l'on conserve, mais on ne peut pas le garder comme un carcan qui nous empêcherait de recruter des jeunes qui pourraient nous rejoindre en CDI, des jeunes… Vous voyez, dans le numérique, je recrute 80 entrepreneurs d'intérêts généraux par an.
On reçoit 400 CV des meilleurs développeurs du pays. Et ces gens-là, je peux vous dire, ils sont essentiels à notre transformation. Je n'arriverai jamais à les faire venir par concours.
Et donc, l'idée, ce n'est pas d'avoir un modèle contre un autre, c'est de se dire très pragmatiquement, on a besoin de compétences, on a besoin de talents, et donc, il faut qu'on les recrute avec toute la palette de ce que sont aussi les attentes de ceux qui veulent nous rejoindre. Aujourd'hui, on est quand même le premier employeur du pays puisqu'on a 5,5 millions de Français qui travaillent pour des employeurs publics, 2,3 millions dans l'État, 2 millions dans les collectivités, 1 million dans les hôpitaux. Chaque année, par le renouvellement, on ne crée pas de postes en ce moment, on travaille à enveloppe constante, mais on réalloue nos moyens, on se réorganise, on signe 450 000 contrats, on signe 4, je vous le redonne le chiffre parce que c'est des chiffres que personne n'oublie un peu.
Et sur ces 450 000 contrats, il y en a 60 000 qui sont faits par concours. Mais ils sont faits parfois parce que juste, on ouvre des places à concours, il n'y a pas de gens qui se présentent. Donc, vous voyez, à l'éducation nationale, on recrute des gens en CDD ou en CDI, pas parce qu'on va faire un choix de se dire que c'est comme ça qu'on veut faire pour les 40 ans qui viennent, mais parce qu'à un certain moment, les personnes qui se présentent dans le concours ne sont pas assez nombreuses.
Je vous parle sous ce sujet des concours parce qu'on a un enjeu de sélectivité. Vous imaginez bien que nous, on a besoin de gens compétents. Si on divise par trois le nombre de gens qui se présentent, on n'a pas toujours dans la sélection qu'on fait exactement les profils qu'on cherche.
Donc, moi, un de mes enjeux, et c'est aussi pour ça que je suis très content de vous parler ce soir, c'est qu'on puisse regarder un peu différemment la fonction publique, qu'on puisse y projeter, que vous vouliez… Vous voyez, à la sortie de HEC, j'avais envoyé mon CV à Bercy, je voulais travailler sur la politique économique du pays. J'avais décidé de ne pas passer le concours de l'ENA. Ce n'était pas le choix que je voulais faire à ce moment-là dans ma vie.
Finalement, pour plein de raisons, j'ai été faire le même métier à la BNP, une économiste en charge de la crise de la zone euro. Donc, c'était très, très proche de ce qu'au départ, j'imaginais faire à Bercy. Mais que vous puissiez avoir un parcours en ayant un contrat et avoir plusieurs expériences à voir la mobilité.
Et donc, effectivement, on a fait tomber une règle dans la loi de la transformation de la fonction publique, qui est de dire qu'on peut aussi recruter en contrat de droit privé des gens qui ne sont pas des fonctionnaires titulaires qui ont passé un concours, y compris pour être directeur d'une administration, y compris pour avoir des postes à très haute responsabilité. Et ce n'est pas privatiser le service public de faire ça. C'est de se donner tous les outils pour recruter des personnes avec les compétences qu'on a besoin à l'endroit auquel on a besoin d'eux.
D'accord. Merci, madame la ministre. Juste une petite précision.
Quand je parlais de privatisation du service public, je ne décrivais pas un État latent, mais une potentialité, une possibilité, pas quelque chose qui est actuellement en train de se passer. Les Français, collectivement, on a fait un choix collectif et je crois qu'il est confirmé qu'il y a des choses qu'on préfère financer de manière collective. Et vous savez, quand vous comparez les niveaux de dépenses publiques, le système de retraite, c'est 15 points de PIB.
Donc, quand on dit la France, c'est 54 % avant le Covid de dépenses publiques sur PIB, bon, 54 % moins 15, vous arrivez globalement à peu près 40 % de dépenses publiques sur PIB, c'est ce que font tous nos voisins. Tous nos voisins. Donc, moi, je dis souvent aux gens qui font des comparaisons de choses pas comparables, nous, en France, on a fait un choix sur la retraite.
On a pris le choix de payer ça par les impôts, les charges, et de collectiviser ça. À la fin, je ne suis pas sûr que ça nous coûte plus cher que si on avait fait un autre choix. C'est pour ça qu'il faut faire attention à ces comparaisons parfois parce que je pense qu'en France, ce sont des choix collectifs qu'on a fait, qu'on a réaffirmé, que politiquement, on a réactualisé.
Après, on a évidemment un enjeu d'efficacité puisque comme on collecte beaucoup d'argent public, comme on collectivise beaucoup de choses, on doit aux Français un service de qualité, un service plus simple, un service qui répond plus rapidement, un service qui est aussi plus proche des gens. Et donc, évidemment, ça nous impose de faire les choses de mieux en mieux et de les moderniser. Merci beaucoup.
Bonsoir, Madame. Merci pour votre réponse sur ce recrutement des fonctionnaires. et vous parlez des concours et c'est un sujet sur lequel on souhaitait revenir.
Dans une interview que vous avez donnée au Monde en octobre dernier, vous constatiez que la haute fonction publique a perdu énormément en diversité sociale et géographique. Vous preniez l'exemple de la population de l'ENA et pour lutter contre ce phénomène, vous annonciez que des voies d'accès pour les candidats issus de milieux modestes seraient créées dans l'ensemble des concours d'entrée aux écoles de services publics. Ma question, c'est la suivante.
Comment mettre en place de pareilles voies d'accès ? Est-ce que l'idée de créer des voies particulières en fonction des origines sociales ne remet-elle justement pas en cause le principe même du concours et l'égalité face au concours de chaque candidat ? Et donc, quels autres moyens envisagez-vous pour remédier à cette perte de diversité au sein de la haute fonction publique ?
Alors, moi, vous savez, vous l'avez dit, j'ai passé une partie de mes études, de ma reprise d'études aux États-Unis où on a ces modèles de discrimination positive qui sont des modèles qui sont très, très, très, très loin de ce qui est notre conception républicaine très unifiée, universaliste française et où il y a une photo de la société qui est faite sur un certain nombre de critères et on considère que dans les entreprises, dans les universités, la même société photographiée doit être représentée en termes d'origine. Alors, d'origine, on vous dit si vous êtes de votre type, alors, il y a African-American, vous définissez un certain nombre de paramètres qui sont aujourd'hui des choses statistiques ethniques, on dira en France, qui aujourd'hui n'existent pas dans notre pays. Ça peut être aussi des critères de revenus.
Voilà, on essaie de refaire la gaussienne de revenus dans les universités, etc. En France, c'est par définition pas notre modèle et puis plus prosaïquement, ce n'est juste pas possible puisqu'on est quand même tenu par une déclaration des droits de l'homme et du citoyen et un certain nombre de textes fondateurs constitutionnels qui rendent ce modèle totalement impraticable. Moi, je suis très attachée à nos modèles français et donc cette voie-là n'est pas la bonne pour des raisons de faux et pour des raisons ensuite de cadre républicain.
Après, moi, je fais un constat, c'est qu'aujourd'hui, vous les avez vus dans les grandes écoles, vous l'avez vu à l'ENA, vous l'avez vu partout. On a dans nos systèmes de sélection, dans nos siècles de concours, de siècles de classe prépa, un phénomène qui n'est pas du tout, je crois, nouveau, mais qui s'accroît d'année en année et qui est un vrai problème, qui est que beaucoup de jeunes français, parce qu'ils ne sont pas nés à la bonne adresse ou pas nés à la bonne famille, de manière totalement indépendante de leurs compétences, de leurs aspirations, de leurs envies et de leurs mérites, s'auto-censurent. Et la question, ce n'est pas juste qu'ils s'auto-censurent, c'est que comme, parfois, ils le font de manière rationnelle, parce qu'entre là où ils sont et peut-être le projet qu'ils pourraient avoir, il n'y a pas de chemin.
Il y a un chemin théorique, mais il n'y a pas de chemin pragmatique. Et vous savez qu'il y a tout un travail qui a été fait notamment par Salomé Berlu sur notamment la jeunesse qui grandit aujourd'hui dans les zones rurales, dans les petites villes. Ce n'est pas forcément une question de moyens économiques de la famille où ils ont grandi, mais on a du mal, encore aujourd'hui, de donner à toute cette jeunesse des voies crédibles d'accès à un certain nombre de formations.
Là, c'est un constat sur lequel je pense que beaucoup d'entre vous peuvent être d'accord. Moi, j'ai beaucoup réfléchi à la manière de répondre à une question très simple. Quand l'État fait passer un concours, il ne délivre pas un diplôme après.
Il donne accès à un emploi. Et donc, ce n'est pas tout à fait le même concours que le concours d'HEC, le concours de Polytechnique. Ce n'est pas tout à fait le même concours, c'est un concours qui est un concours de recrutement.
Et dans les objectifs du recrutement de l'État, il y a le fait que nous devons permettre à tous de pouvoir servir l'État. On ne peut pas dire qu'il y a un monopole possible d'un certain type de Français, jeunes ou moins jeunes, parce qu'ils seraient nés au bon endroit où ils seraient nés proches de Sciences Po Paris qui, aujourd'hui, préparent 80 % ou 75 % des jeunes qui réussissent le concours de l'État. Ça, c'est un énorme problème démocratique.
Et donc, le choix qu'on a fait, qui a été acquis dans le budget, donc c'est des choses qui sont déjà annoncées, donc il n'y a pas de scoop dans ce que je vous dis, c'est de renforcer le réseau des classes prépa intégrées qui a été créée au fil des dix dernières, quinze dernières années. Et donc, dans chacune des écoles et services publics, à l'ENA à Strasbourg, à l'école des directeurs d'hôpitaux à Rennes, à l'ENM à Bordeaux, au départ, il y a eu l'idée de dire qu'on devrait préparer dans nos écoles, on va se préparer intégrer comme des modèles que vous connaissez, des jeunes qui, peut-être, n'ont pas eu la possibilité d'arriver à Sciences Po Paris pour ensuite réussir nos concours, mais de les former à côté de nous et puis, au fond, les préparer au concours de notre école. Ça, c'était le début il y a une quinzaine d'années.
Les choses ont un peu évolué. Et donc, ce qu'on va proposer et ce qu'on a proposé, c'est qu'aujourd'hui, il y a 700 places dans ces classes prépa intégrées. On veut passer à 1 000 de plus, donc à 1 700.
Alors, à partir de là, moi, je finance 1 600 places en classes prépa intégrées. Je suis un recruteur qui finance, vous voyez, la préparation de gens qui pourront ensuite réussir le concours et que ces classes prépa intégrées soient toujours adossées à une école de service public, mais qu'elle se localise géographiquement au sein des universités. À l'université de Rennes, à l'université de Bordeaux, à l'université de Poitiers, de Reims, de Limoges, de Lille, et qu'au fond, dans chacun des grands pôles universitaires du pays, le réseau du Sciences Po de province, comme on dit, les IEP hors Sciences Po Paris, le campus décentralisé Sciences Po Paris, vous savez que Sciences Po a un campus, à Nancy, un campus là, les écoles de service public qui sont à proximité, et l'université qui a souvent dans ses filières de droit et d'économie des formations de préparation au concours d'administration, se regroupent, mettent en commun leurs moyens et donc préparent au fond des jeunes au concours avec deux objectifs. un objectif très fort d'accompagnement humain parce qu'il y a la préparation théorique puis il y a la préparation de la partie notamment des euros, des codes, etc.
Et c'est la première chose, le premier bloc d'action. La deuxième bloc d'action, c'est que tout ça, c'est aussi été annoncé dans le budget, qu'on passe l'allocation, la bourse, le complément de bourse à ses élèves, à ses 1 600 élèves, de 2 000 euros par an à 4 000 euros par an. Ça veut dire quoi ?
Moi, l'État, j'investis pour qu'on puisse préparer les concours partout en France dans un pôle universitaire où en général, on est soi-même étudiant en droit, en économie, en histoire, on se trouve, là où on est et qu'on ne soit pas obligé de se dire « Oh là là, il faut que je déménage, avec tous les coûts et toutes les barrières mentales, morales et concrètes de ce que ça pose. » Donc, j'investis à la fois pour qu'il y ait de la formation, 6 500 euros par étudiant et parent à la structure qui forment à l'université et 4 000 euros à l'étudiant lui-même pour que je lui dise « Voilà, moi, ça m'intéresse que tu te mettes à bosser vraiment. » Et vous le verrez dans les tout prochains jours, le président de la République ensuite aura à compléter ce que je viens de vous dire avec un certain nombre d'annonces qui vont dans ce sens-là.
Moi, mon combat, ce n'est pas la discrimination en concours, c'est l'autocensure. Comment je m'assure que toute personne qui se dit « J'aimerais servir à mon pays, j'ai fait des études, j'ai un master. » Puis, c'est-à-dire au fond, je me mets en condition de préparer le concours.
Et dernière chose, que cette année de préparation soit diplômante. Parce qu'il y a aussi beaucoup de gens qui me disent « Moi, je voudrais bien passer un concours, mais si je le rate, je ne veux pas que ce soit une année blanche sur mon CV. » Et que donc, on puisse dire « C'est l'équivalent d'un master en administration publique.
Ça tombe bien, je fais le lien avec ce que je vous ai dit avant. Comme on recrute, nous, de plus en plus de gens aussi en CDI, si vous êtes préparé pendant un an à un concours à la fonction publique que vous ne l'avez pas eu, je peux peut-être quand même vous retrouver bien formé pour m'intégrer dans mon administration sans le concours, certes, mais bien formé. Tout ce que je vous dis là, c'est un peu plus que ce que je l'avais dit dans le monde.
Le président, je vous dis, la semaine prochaine ou dans les prochains jours, dans les tout prochains jours en tout cas, devrait compléter tout ça parce que ça fait le lien avec notre fil rouge politique depuis trois ans qui est de lutter contre l'assignation à résidence par l'endroit où on est né. Quand on dédouble les classes de grandes sections, de CPC, quand on investit pour faire faire les devoirs aux collèges, notamment dans les zones les plus défavorisées, quand on fait la réforme du bac pour s'assurer que chacun se concentre sur ses points forts pour être plus fort en entrée à l'université, quand on fait parcours sub, quand on fait l'apprentissage, pourquoi on fait tout ça ? Parce que tout ça, c'est le même fil, c'est qu'on investit sur notre jeunesse pour que quelle que soit la famille où vous êtes née, l'adresse que vous avez, vous puissiez avoir un avenir.
Moi, ce combat-là, je l'ai vraiment au cœur de mon engagement depuis 2017 parce que je suis, comme je vous ai dit initialement, la députée de la circonscription qui va d'HEC à Orly en gros, qui va de la N118 à Orly. Dans cette circonscription, il y a quoi ? Il y a Palaiso et Lix et Massy où on dédouble les classes.
C'est une des circonscriptions les plus inégalitaires de France d'un point de vue économique, mais surtout d'un point de vue social. Le jeune garçon ou fille qui naît dans la même maternité, mais qui va grandir à Massy, aujourd'hui, parce qu'on lui dédouble sa classe de CP, il peut avoir l'espoir d'un jour d'aller à la Polytechnique. Sinon, celui qui n'est à Palaiso et qui aura bientôt le lycée international, vous voyez, sur le plateau de Saclay, il a une autre vie.
Et ça, ce n'est pas acceptable. Donc, le combat qu'on mène, c'est de lutter à la fois contre les auto-censures ou les discriminations ou les inégalités qui viennent du revenu de ses parents, de la richesse, des possibilités un peu matérielles dans lesquelles on grandit, mais aussi lutter contre les discriminations territoriales. Et je pense qu'on a tous dans notre pays une idée de ce que sont les inégalités économiques.
On a une idée bien moins grande de ce que sont les inégalités territoriales. Être née dans une petite ville, pourquoi on fait Action Cœur de Ville, Petite Ville de Demain, les microfolies, la culture partout ? Pourquoi on fait tout ça ?
Parce qu'il faut qu'on remette de l'égalité des chances. Moi, j'aime bien l'expression « égalité des choix ». C'est de redonner à chacun la possibilité de faire ses choix.
La chance, ça donne un peu l'idée que vous avez, ça tombe par providence. Bien sûr que les chances, il faut en redonner, mais on doit redonner des chances pour que chacun fasse ses choix. Et c'est pour ça que je vous dis, le sujet pour moi, c'est vraiment comment je recrée un chemin crédible entre chaque jeune et les concours de la haute fonction publique.
Merci beaucoup. Merci beaucoup pour cette réponse. On va maintenant passer à notre deuxième partie sur l'innovation et le numérique dans le service public.
Oui, justement, Madame la Ministre, vous parliez des inégalités territoriales. On va y revenir un petit peu. Justement, j'aimerais mettre cette idée de l'innovation et de la numérisation du service public en regard avec la fracture numérique, notamment, et ces inégalités territoriales dont on parlait, ces inégalités aussi d'accès à Internet, au réseau ou en raison de l'âge.
Alors, on remarque globalement que dans la fonction publique, vous nous donnerez sans doute, vous nous donnerez plus d'informations sur la question, mais que l'innovation va bon train. Ce chantier avait déjà été entamé par vos prédécesseurs, notamment depuis 2013, avec la promotion de l'intrapreneuriat au sein de la fonction publique, via notamment l'initiative des startups d'État. Comment faire en sorte que cette transformation ne sacrifie pas l'idée de transition, c'est-à-dire une transition dans laquelle on chercherait également à ne pas discriminer, justement les personnes qui n'ont pas accès à tous ces services numériques ?
Après, je vais parler moins fort parce que sinon je vais perdre ma voix. C'est une très bonne question et je pense que là aussi, il faut qu'on creuse un peu ce qu'on fait. L'objectif du gouvernement, ça n'a jamais été de dire on fait un État 100% numérique.
On fait un État qui est 100% accessible sur le numérique, mais qui est aussi 100% accessible pour tous ceux qui ne sont pas forcément à l'aise avec le numérique ou qui ne sont pas forcément connectés au numérique parce que chez eux il n'y a pas encore la fibre ou la connexion 4G et donc que ce soit au fond un service public d'abord accessible à 100% des Français. Moi, je vois le numérique comme un complément. C'est-à-dire qu'on a les maisons France Service.
Les maisons France Service, c'est une innovation formidable. C'est pour que vous puissiez aller dans un endroit unique et avoir tous les services publics. Quand vous êtes à HEC, vous allez à INI et vous avez une maison France Service qui est donc objectivement traversée le Val d'Albion, vous descendez la côte, c'est juste en bas.
À INI, il y avait une maison où vous avez les dix services publics les plus nécessaires. La CAF, la CPAM, la retraite, ce n'est pas encore votre cas, le point justice, les impôts, etc. Je ne peux pas faire la liste en entier, mais les dix services publics nécessaires au même endroit.
Et dans ce lieu, vous trouvez des ordinateurs pour faire vos démarches. si vous aimeriez les fermes, vous n'êtes pas complètement à l'aise, vous trouvez des rendez-vous pour que si vous avez un dossier fiscal complexe, quelqu'un vienne à cet endroit-là, qui ne vous demande pas d'aller au bout de la planète, à cet endroit-là, prendre un rendez-vous avec vous, et vous avez des assistants sociales, et vous avez des gens qui vous accompagnent. Ça, c'est le service public de qualité, de proximité, et le service public intégré.
Plus personne n'a aujourd'hui envie de faire le tour des guichets. Et en revanche, aujourd'hui, on a 1100 maisons France Service en France, on en aura bientôt 2500, c'est l'objectif, et on aura tous un ou une, enfin, on aura tous une maison à moins de 15 minutes de chez nous. Ça, c'est un service public, il s'appuie sur le numérique, pourquoi ?
Parce que le point de justice, comment ça marche ? Ça marche, il y a quelqu'un qui sait faire des marques justice avec vous, là où vous êtes. S'il n'y avait pas le numérique, je ne pourrais pas moins mettre, vous voyez, des gens de la justice à attendre derrière un guichet toute la journée, des gens qui peut-être ne viendront que le mardi ou que le jeudi.
Donc, la maison France Service, c'est une vraie innovation de proximité. La deuxième innovation qu'on pousse en termes de compléter de l'offre d'accès, c'est le téléphone. Votre génération, dans toutes les enquêtes, je vous parle trivialement, ça vous saoule d'aller faire un queue au guichet.
Les démarches numériques, c'est bien, sauf qu'il y a quand même des trucs un peu compliqués, des pièges jointables. Donc, ce que vous voulez, c'est un truc téléphone. Vous voulez un numéro qui réponde pas trop lentement et qui vous oriente, qui vous aide et qui puisse être joignable avec des horaires un peu étendus.
Ça, on le fait, on le fait en force, on va aller beaucoup plus loin. Depuis le 1er janvier, tous les numéros du service public sont gratuits. Il n'y a plus le 36 centimes d'euros la minute.
Et mon objectif, c'est qu'il y ait 85 % de décrocher dans les 5 minutes. 5 minutes, c'est encore long, je ne peux pas faire dans la seconde, mais 85 % de vos appels avec un taux de décrocher dans les 5 minutes, c'est quand même objectivement un service, je crois, décent. Après, il y a le numérique.
France Connect, l'identifiant unique, c'est 20 millions de Français. Je vous invite tous d'ailleurs à créer un compte France Connect. En général, pour vous, le plus simple, c'est le compte Amélie, c'est-à-dire pas Amélie-moi, mais l'assurance maladie en ligne.
Et ça, ça vous fait que vous êtes connecté tout de suite à l'ensemble des services publics avec un seul identifiant, un seul mot de passe. Le numérique que je pousse, c'est le numérique où on arrête de vous demander 30 fois où est-ce que vous êtes né. A priori, vous êtes toujours né au même endroit.
Et à priori, vous êtes toujours né le même jour au même endroit. Et donc, on appelle ça le « dites-le-nous une fois ». Pour les plus dits d'entre vous, c'est un système avec des API, des API, comme on dit en mots français, où les données sont partagées entre administrations pour qu'on vous pré-remplisse les formulaires.
Le numérique que je veux, c'est le numérique qui fait que, vous voyez, pour les bourses, on a maintenant une connexion directement avec les feuilles d'imposition des parents et que du coup, vous rentrez votre nom, etc. et en fait, très facilement, on sait vous dire dans quel échelon de bourse vous êtes. Ça, c'est du numérique qui rend la vie simple et qui vous donne quand même une impression, je crois, nécessaire qui est qu'on vous connaît.
Pas qu'on vous surveille et qu'on vous connaît. Vous êtes une personne, vous n'êtes pas un numéro, vous n'êtes pas un numéro d'un tableau Excel, vous êtes une personne qui a des besoins et donc, je prends par exemple ce qu'on a fait sur le handicap. Grâce au numérique, aujourd'hui, on sait créer des droits à vie.
On sait faire que quand vous déménagez d'un département à un autre, votre dossier vous suive. Autant de choses qui paraissent bêtes et méchantes au sens basique mais qu'aujourd'hui, on ne savait pas faire. Et donc, mon combat, c'est vraiment des données qui circulent dans l'intérêt des usagers, c'est du numérique qui vous facilite la vie, c'est des emails qui veulent dire quelque chose, c'est plein de choses qu'il faut encore travailler.
Et donc, pour ça, on a deux démarches où je vous invite vraiment à participer, à nous aider. Ça s'appelle Service Public Plus. C'est que j'ai besoin que les gens me disent où est-ce que ça bloque, où est-ce que c'est foireux, où est-ce que les questions ne veulent rien dire, où est-ce que les formulaires sont complètement abscons et qu'au fond, on fasse ce que le monde entier s'est fait.
Ça veut dire de l'amélioration continue. Dans vos cours de marketing, vous avez tous vu ça, dans les expériences et les stages que vous avez pu faire aussi. C'est la première fois, j'ai lancé ça la semaine dernière, que l'État dit je vais écouter les usagers pour qu'ils me disent où est-ce que je dois moi m'améliorer et je prends l'engagement de m'améliorer en continu.
Pas d'attendre le prochain choc de simplification, la prochaine loi, le truc qu'il y aura dans cinq ans. Si ça bloque et si ça bug aujourd'hui, il faut que je le résolve aujourd'hui. Et je vous invite à aller voir ce qu'on fait sur les démarches numériques.
Ça sera publié vendredi. Ça s'appelle observatoire.numérique.gouv.fr On est extrêmement transparent sur ce qu'on pense qu'on fait bien.
C'est-à-dire surtout là où les usagers nous disent qu'on fait bien en termes de démarches numériques. Et on est aussi très transparent sur ce qu'on est objectivement très mauvais. Et c'est pour moi aussi un levier d'activation des ministères en leur disant il n'y a pas que moi qui vous dit que votre truc c'est foireux.
C'est tous les gens qui font la démarche qui ne sont pas contents. Et c'est aussi un levier de motivation. On revient au sens.
C'est beaucoup plus simple de savoir pourquoi on fait une réforme quand on sait que derrière il y a des gens qui vous attendent que si vous êtes dans votre bureau ou votre service et puis que tout ça est un peu déconnecté. Donc la démarche numérique cette transparence-là c'est vraiment pour moi aussi un moteur de progrès. Merci beaucoup Madame la ministre pour cette réponse très complète.
On va entamer la troisième et dernière partie de cet échange et également la dernière question afin que le public ait du temps pour vous poser ces questions. Et donc je laisse la parole à Pierre pour vous parler des relations publiques-privées. Voilà, donc on manque un peu de temps donc si vous pouvez essayer de répondre rapidement pour que le public puisse aussi poser des questions ce serait super gentil.
Donc ma question est la suivante depuis qu'Emmanuel Macron est président la question de la privatisation s'est posée à de nombreuses reprises donc avec des affaires plus ou moins médiatiques. Ma question qu'est-ce qui fait que selon vous une activité doit être du ressort de la fonction publique ou bien de celle du privé ou éventuellement un peu des deux ? Je vais vous faire une réponse très courte Qu'est-ce qui distingue pour moi un service public et une entreprise ?
C'est deux choses le service public ne choisit pas ses clients et le service public pratique le même prix pour tout le monde. L'exact opposé c'est l'entreprise de luxe qui met un prix très très élevé pour choisir les clients qu'elle veut voir rentrer dans son magasin. Un autre exemple c'est l'assureur je travaille dans une boîte d'assurance si vous ne voulez pas les mauvais clients vous mettez les critères pour que ce soit très très cher pour eux qu'ils aillent ailleurs.
Nous on a l'obligation de servir tout le monde 66 millions de français et au même prix. Et donc qu'est-ce qui fait que c'est un service public ou pas ? Est-ce que c'est d'abord un choix politique de vouloir faire qu'on serve tout le monde au même prix ?
Et il y a des choses on peut se dire peut-être pas ou peut-être plus ou peut-être justement il faut réintégrer ça. Et ensuite mon sujet mon avis c'est pas public-privé c'est plutôt comment si on a des objectifs on est capables de travailler ensemble. Je donne un exemple Doctolib et la vaccination.
On est très contents vous voyez nous d'organiser un effort je ne sais pas si on est contents mais absolument nécessaire qu'on réussisse la campagne de vaccination. On n'est pas nous Etats français les plus en pointe sur comment on fait prendre des systèmes de rendez-vous à 2 millions de français en 15 jours. On est très contents de travailler avec Doctolib et on est très contents vous voyez que ce service s'organise avec un acteur privé.
Donc mon sujet moi c'est pas de faire une muraille entre le privé et le public je suis très contente que les cliniques privées nous aident à tenir l'hydréa quand c'est la crise sanitaire. Je suis très contente que vous voyez je ne sais pas pour l'apprentissage les filières industrielles prennent à bras de corps le sujet de la formation. Et donc vous voyez je pense que c'est plutôt comment on travaille ensemble en ayant des objectifs qui servent tout le monde et qu'on soit capable de le reconnaître.
Et ensuite la vraie question sur le service public c'est qu'est-ce qu'on veut financer ensemble pour être sûr qu'on sert tout le monde au même prix. Et parfois ce prix il n'est pas visuel il n'est pas il est dans les impôts mais il n'est pas rendu au ticket à l'acte parce qu'on considère par exemple que quand vous présentez aux urgences on vous soigne. J'ai fait court.
C'était très clair très clair et concis. Merci beaucoup Madame la Ministre. On va maintenant pouvoir passer aux questions du public.
Donc n'hésitez pas à lever la main comme je le disais tout à l'heure soit dans l'onglet participants soit dans l'onglet réaction normalement dans l'onglet réaction avec la nouvelle version. Alors on a une tentative de main levée. Alors François je te donne la parole.
Oui bonjour Madame merci pour votre intervention. J'aimerais vous revenir sur le tout début de votre conférence et notamment sur le sujet de l'attractivité des concours sur lequel en fait vous avez brassé tout un tas de sujets qui sont à mes yeux essentiels. Et peut-être la première question c'est moi ce qui m'a un peu surpris dans la manière dont vous appréhendez les choses c'est que vous dites fondamentalement il y a deux raisons qui expliquent un peu l'attrait pas au top en ce moment de la fonction publique c'est la question de la censure et enfin donc avec la question du concours etc. et la question de ne pas vouloir se fondre dans un certain moule intellectuel.
Et moi ça me surprend beaucoup parce que c'est un sujet qui m'intéresse et quand j'en discute avec certaines personnes il me semble qu'il faut être pragmatique et qu'il y a une question aujourd'hui qui est essentielle c'est la question des salaires et que là-dessus tous les beaux discours qui sont faits par le gouvernement sur la question de l'égalité des chances qui en soi est extrêmement discutable mais c'est un autre sujet tombent complètement à l'eau quand on se rend compte qu'aujourd'hui un stagiaire à Bac plus 4 l'an prochain si on arrive de faire notre césure dans le public on touche 606 euros par mois le minimum légal et c'est-à-dire que vous parlez ensuite vous avez parlé d'inégalité territoriale on est en plein dans le sujet c'est-à-dire que c'est des postes qui sont complètement inaccessibles à des personnes qui en réalité ne sont pas parisiennes et sont provinciales et c'est tout un tas de choses où des salaires ou pour nous qui devront rembourser des prêts en sortie d'école le poste dans la fonction publique post-HEC sont des choses qui sont en réalité quasiment infaisables mais pour des raisons financières indépendamment de la question qu'on appartient à la classe moyenne effectivement qu'on n'appartient pas aux quelques personnes auxquelles vous voulez réserver des places au concours ou à une grande partie de la bourgeoisie qui en réalité occupent in fine ses postes mais quand on est dans la classe moyenne en réalité on perd sur tous les tableaux et voilà je voulais savoir ce que vous allez répondre à cela un totalement d'accord sur les stages j'essaye de faire entrer dans les idées qu'on va faire une grille par type de diplôme comme dans beaucoup d'entreprises quand vous êtes parce qu'à un moment il y a une interactivité comparative moi j'ai fait une césure vous aussi oui je peux vous dire les quelques mois j'ai passé à l'assemblée payé à l'époque je crois que c'était 370 euros il y a eu beaucoup d'inflation entre temps donc il y a un peu de revalorisation donc ça ne devait pas être beaucoup plus glorieux en termes de pouvoir d'achat réel que ce qui se passe aujourd'hui donc moi je voudrais qu'on fasse des grilles finalement aujourd'hui on a un problème sur les stages les stages ne sont pas publiés parce que les stages ne sont accessibles aujourd'hui je vous le dis et je suis très lucide sur le fait que ce n'est pas du tout satisfaisant par réseau et par connaissance interne il n'y a pas d'offre de stage moi vous voyez dans mon ministère j'ai deux stagiaires ici au cabinet c'est la première fois qu'un cabinet ministériel publie une offre de stage alors je l'ai mis à Sciences Po et à HEC je crois d'ailleurs c'était la première fois depuis des années qu'un cabinet publie une offre de stage c'est pas normal c'est effectivement au contraire à l'égalité des chances ensuite ce que vous dites sur le chemin salarial c'est une discussion et alors que je suis totalement prête à ouvrir et à ouvrir avec vous qui est un peu une psychose française quand on passe son temps à entendre qu'il faut réduire le salaire des ministres des directeurs d'administration des députés en fait de tous ceux qui nous gouvernent on oublie qu'au départ ça a été fait pour rendre les gens indépendants et pour les rendre moins sensibles à la corruption et pour pouvoir recréer un système où vous alliez servir l'intérêt général non pas par appât du gain mais parce que vous allez rester attractif et donc je suis bien d'accord avec vous sur le niveau des salaires notamment dans un certain nombre de fonctions c'est pour ça que par exemple sur le numérique on a revu toutes les grilles parce qu'à un moment donné enfin on s'est quand même rendu compte d'une chose très bête c'est que la même personne pour faire des choses qui se ressemblaient beaucoup elle avait très très envie de servir son pays mais si on a payé deux fois moins elle n'a pas le faire et donc c'est un combat permanent contre je vous le dis une forme de bien-pensance c'est tous les articles qu'on voit partout sur ces gens de bien trop payés qui sont censés servir l'intérêt général à un moment donné si on n'est pas compétitif juste on n'aura plus personne mais c'est un discours je pense qu'il faut qu'on essaye de tenir on a revalorisé un certain nombre de choses on a changé des grilles sur les stages je vous dis j'essaie de travailler vraiment très activement et je vais essayer de conclure je suis là depuis six mois donc je peux vous dire c'est quand même des grands chantiers mais vous voyez il y a une dérive un peu facile qui est de comparer le salaire de certaines personnes au salaire médian français et de dire qu'ils sont trop payés sauf qu'en fait dans plein d'autres endroits ils seraient encore mieux payés donc à un moment donné moi j'ai un problème de compétence donc je suis contente que vous m'avez abordé je n'ai pas de tabou sur le sujet je suis très lucide vous savez moi je ne suis pas fonctionnaire et quand j'ai fait le choix de faire ce que je fais si j'avais regardé uniquement ma feuille de paye je n'aurais pas fait mais c'est une grande chance que j'ai pu faire c'est un choix qui est une chance parce que j'ai pu prendre au fond le risque parce que par ailleurs je suis mariée j'avais avec mon mari une situation qui faisait que je pouvais diviser mon salaire par deux mais c'est une chance et j'en suis pleinement conscient et je pense c'est un danger démocratique parce que sinon on va se retrouver comme la quatrième république avec que ceux qui fassent de la politique ou ceux qui servent l'état soient les rentiers ceux qui ont par ailleurs hérité et qu'on font que ce sera une démocratie censitaire je pense que ce n'est pas un bon modèle donc c'est un combat mais je vous dis la pente facile ce n'est pas ce que vous dites la pente facile c'est de dire ils sont trop payés et je peux vous dire que c'est un combat quotidien sur les stagiaires par ailleurs je vous dis je vais essayer de se résoudre des choses je ne suis pas sûr que ce soit assez tôt pour votre césure mais je suis bien consciente du problème Guillaume la parole est à toi oui bonjour madame merci beaucoup pour votre intervention vous avez abordé la question de l'entreprenariat social l'entreprenariat social pardon comme moyen efficace de réformer l'administration et la fonction publique j'aurais aimé savoir comment vous gériez les querelles sur la possession des start-up d'état par exemple est-ce qu'elles appartiennent au ministère dont relève la start-up ou est-ce qu'elles appartiennent à l'individu qui l'a créé alors ça c'est une grande question il y a autant de modèles que de start-up il y a autant de modèles que de sujets il y a des sujets où le partenariat externe est un bon modèle après la question c'est est-ce que l'entrepreneur est content de la pente notamment de tarification et de croissance qu'on lui permet il y a des modèles où c'est extrêmement régalien et en fait il faut que l'état réinternalise parce que sinon ça deviendrait un problème même de sécurité collective donc il y a autant de modèles que d'expériences ce qui est certain c'est qu'aujourd'hui on a besoin vous voyez il y a des gens qui vous disent c'est l'état plateforme c'est l'état plus comme animateur et agrégateur que l'état qui fait tout lui-même ça j'en suis convaincu notamment par l'open data tout ce qu'on fait sur la mise à disposition de données c'est aussi de permettre à des gens qui sont juste à l'extérieur de nous en se fondant sur nos données de créer ensuite des modèles qui sont des modèles d'entrepreneuriat lucratif ou pas lucratif mais nécessaires au pays alors je ne sais pas si je passe moi-même la parole il y a Agathe Eloi Arturo et Loïc alors justement c'est à Eloi de poser sa question bonsoir Madame la Ministre j'ai encore une question sur le recrutement c'est à propos des contrats de projet au poste de direction d'administration je suis d'accord qu'on ne devient pas fonctionnaire pour la région etc est-ce que l'idée de mettre des contractuels à des postes de direction et des contractuels qui pourraient rester sur une courte durée de 1 à 6 ans il me semble est-ce que ça ne va pas retirer pour certains fonctionnaires déjà un certain attrait de la fonction publique à avoir un certain nombre de postes de direction bouchée et est-ce que ça ne va pas un peu remettre en question un certain esprit d'organisation de l'administration d'avoir des contractuels qui pourraient passer comme ça à la tête des administrations puis repartir et puis repartir et à ça j'avais d'ailleurs un tout petit point de détail à vous demander est-ce que les dispositions sur la prise illégale d'intérêt seront appliquées aux agents de direction recrutés par contrat de projet est-ce qu'on surveillera où vont les gens après où vont les contractuels qui ont été à la tête voilà et je finis je vous promets est-ce que vous avez pris des dispositions aussi pour faire de la promotion interne même si ça existe déjà beaucoup pour qu'il y ait des postes de catégorie A à plus qui soient ouvertes à des fonctionnaires j'ai perdu les lois mais je pense qu'ils voulaient me dire d'autres administrations ou d'autres ministères je pense que c'est le sens à sa question je vois que vous êtes extrêmement pointus donc c'est une bonne nouvelle c'est que vous intéressez au sujet de la fonction publique ça c'est une formidable nouvelle alors sur les différentes choses moi je crois qu'aujourd'hui on a besoin des meilleures compétences au meilleur endroit et donc mon sujet c'est vu le besoin qu'on a qui sont les fonctionnaires en interne des différents ministères aussi des collectivités locales des hôpitaux ou à l'extérieur qui sont ceux qui ont envie ont envie de prendre le poste et je crois beaucoup à la transparence je crois beaucoup à l'idée de publier les postes et ensuite de reculir les CV et ensuite de choisir je pense que l'idée selon laquelle on progresse dans la fonction publique avec cette culture aujourd'hui qui est une culture très faible de l'évaluation et qui est une culture très faible de la transparence donc au fond c'est beaucoup plus votre corps et votre système un peu de réseau qui vous trouve vos prochaines opportunités c'est pas un système qui est durable c'est un système qui est sclérosant c'est un système qui se rétrécit et c'est un système qui ne promeut pas forcément les meilleures compétences parce que les leviers de nomination et de promotion ne sont pas forcément les bons moi je pense que le futur de la fonction publique c'est une fonction publique ouverte et qui effectivement cherche à mettre les bonnes compétences au bon endroit vous savez on a fait ça pour les sous-préfets à la relance en gros sous-préfets à la relance ça veut dire chef de mission relance dans un département il y avait 30 postes on a ouvert très largement on a eu 4-5 candidatures dans les 4-5 candidatures il y a des gens super et des gens il y en a 3 du privé 27 qui sont fonctionnaires mais le fait de publier très ouvertement a fait venir des gens qui sont des vétérinaires notamment par exemple dans les zones rurales et très agricoles des gens qui sont des directeurs d'hôpitaux des gens qui ont eu de travail en collectivité si je n'avais pas fait cet appel là transparent jamais ces compétences ne seraient venues et il y a 90 CV du privé 310 du public ça permet quand même de brasser les profils et donc d'assurer la mobilité dont vous parliez aussi sur la prise illégale d'intérêts et notamment la déontologie effectivement la HTVP et les ministères regardent qu'il n'y ait pas des situations de conflits d'intérêts manifestes à l'entrée et regardent aussi qu'il n'y ait pas de situation manifeste de conflits d'intérêts à la sortie mais globalement le but c'est de regarder les conflits d'intérêts c'est pas d'empêcher des gens de pouvoir imaginer que leur carrière se fasse un peu dans le privé un peu dans le public et puis moi j'ai besoin aussi très honnêtement que les fonctionnaires ils aillent voir ailleurs qui passent 5 ans dans une entreprise qui se forment qui voient des choses et au fond qu'on respire et qu'on soit en phase avec la société on n'est pas une île on vit tous les jours avec des français on est un agent public il redevient un citoyen et il faut qu'il soit en phase avec aussi ce qui se passe dans le pays ailleurs Arturo la parole est à toi oui bonsoir madame merci beaucoup d'être ici et du coup je vais essayer d'être rapide avec ma question est-ce qu'il y a un projet d'intégration des étrangers qui voudraient s'engager dans la fonction publique française donc je vais justement expliquer mon cas peut-être en particulier mais j'ai eu l'occasion de faire Sciences Po avant d'être ici à HEC et déjà l'accès à l'éducation de Sciences Po n'est pas forcément donné puisque je suis originaire du Mexique et notre monnaie est très très faible par rapport à l'euro donc c'est déjà un effort financier très très grand que pas tout le monde du tout peut se permettre après par exemple l'ENA par concours externe on ne peut même pas y postuler si on n'est pas européen et même pour les stages dans le public que je recherche activement en ce moment il y a pas mal de stages qui sont aussi fermés par condition de nationalité donc du coup je me retrouve dans un cas où je voudrais bien travailler dans ce secteur-là mais l'éducation est difficile à financer les concours sont fermés et les stages n'est même pas possible donc est-ce qu'il y a un projet par rapport à ça ? Merci beaucoup Alors c'est un sujet que je vais regarder effectivement aujourd'hui on a une grande capacité d'accès pour les membres de l'Union Européenne c'est clair je sais que vous pouvez sans difficulté imaginer travailler à l'ambassade de France au Mexique ça c'est tout à fait possible je ne sais pas très bien vous dire effectivement pour les non-européens comment se passent les choses je peux comprendre la frustration je crois déjà je peux vous dire que l'histoire pour ouvrir la fonction publique française aux membres de l'Union Européenne a déjà été un long processus très honnêtement si vous voulez continuer à habiter en France et travailler dans une forme de service public je pense que l'UNESCO l'OCDE bref toutes nos grandes organisations internationales en France sont à mon avis d'abord très intéressantes et sûrement à très court terme avant que je puisse réformer des choses sont à mon avis plus réalistes je ne vous dis pas non mais je vous dis connaissant de mémoire comment ça a été un combat déjà pour l'ouvrir à l'Union Européenne j'ai peur qu'on n'arrive pas à le faire tout de suite avant que vous soyez diplômés vous voyez nous allons prendre maintenant la question de Loïc oui bonjour madame la ministre j'étais très attentif à ce que vous avez dit par rapport à la diversité et j'ai une question du coup c'est madame Moreno a annoncé qu'il allait avoir la création d'un index de la diversité dans les entreprises sur le modèle de ce qui existe pour les personnes en situation de handicap ou bien les femmes dans les conseils d'administration j'aurais souhaité savoir si ça serait possible de créer la même chose dans la fonction publique en effet quand on regarde les ambassadeurs quand on regarde un certain nombre de postes catégorie A à plus on se rend compte qu'il y a un vrai manque de diversité du coup j'aurais voulu savoir si vous comptez créer un index de la diversité de la même manière pour la fonction publique très clair oui on va évidemment si l'index diversité est lancé on sera pleinement partie prenante aujourd'hui on a un label qui s'appelle diversité qui revoit tout un tas de procédures de recrutement de transparence des postes de tous les biais les stéréotypes bref qu'on progresse vraiment dans notre manière de recruter et aussi de promouvoir et de mettre en valeur et de s'appuyer sur la diversité et tout ce qu'elle apporte aussi en capacité de prendre des meilleures décisions parce qu'on est toujours meilleur quand on est plusieurs autour de la table à avoir vécu des choses différentes six ministères aujourd'hui sont labellisés diversité l'objectif c'est que tous les ministères le soir d'ici 2022 et donc moi je travaille beaucoup avec Elisabeth Moreno pour que vous savez quand on est le premier employeur du pays on se doit d'être exemplaire on ne l'est pas toujours mais vous voyez quand on lance un index diversité c'est évidemment nous aussi on est concerné mais moi je voulais vous dire sur les questions de diversité on a un sujet de rôle modèle d'image vous l'avez très bien dit sur les postes à haute et à forte visibilité et ce que vous dites est totalement vrai et le signe de tout ce qu'on s'est dit avant sur le manque de filières de formation l'autocensure et puis beaucoup beaucoup d'images projetées de ce qu'est la fonction publique qui aujourd'hui je crois limite énormément de jeunes de toute origine lieu de vie milieu socio-économique et de toute provenance à se dire c'est pour moi et donc on voit bien qu'on doit travailler sur les deux côtés à la fois dans l'accès et ça c'est ce qu'on a lancé mais ça va apporter ses fruits dans 5 ou 10 ans et puis aussi dans la manière dont on recrute de manière très ouverte moi je réfléchis vous voyez est-ce que je ne sais pas il y a des entreprises qui ont des chiefs diversity officer est-ce que c'est pas aussi quelque chose que nous on pourrait vouloir aussi intégrer dans nos procédures merci beaucoup madame la ministre pour toutes vos réponses très riches auriez-vous le temps pour une dernière question oui parce que je vois que Florent a la main levée et on ne va pas le laisser avec la main levée parce que sinon il va avoir mal au bras effectivement alors Florent la parole est à toi bonsoir madame la ministre sur la question de la loi de transformation de la fonction publique notamment est-ce qu'au niveau de l'administration centrale et du ministère ça n'aurait pas été possible ou ça ne serait pas possible de créer plus de mécanismes d'accompagnement en fait de l'application parce que j'ai l'impression et c'est un peu le cas de la le sujet de la grève de demain que ça crée aussi des ruptures d'égalité entre les différents statuts je pense notamment à la ville de Paris et finalement ça rompt le principe d'unité du traitement des fonctionnaires par son application aux différents niveaux de l'administration sur le temps de travail ou sur les comités sociaux par exemple alors merci beaucoup je vois que vous êtes aussi très informé très technique presque la mairie de Paris le débat sur le temps de travail à la mairie de Paris c'est justement l'application de la fameuse loi qui a posé un principe simple c'est que en fait dans notre pays on a une règle qui dit que le temps complet de travail c'est 35 heures par semaine ça veut dire 1 607 heures travaillées dans l'année et on a un certain nombre de collectivités où on est payé 35 heures mais en fait on ne fait pas 35 heures parce qu'on a des congés en plus parce qu'il y a un certain nombre de choses qui se passent et donc la loi votée est promulguée en août 2019 donc je dis ça parce qu'on a un peu l'impression que ça serait une décision unilatérale tombée hier à donner jusqu'au 1er janvier 2022 pour que toutes les collectivités et tout l'État mais l'État est déjà en règle avec la loi applique le principe de un salaire plein égale 1607 heures travaillées sinon il faut ajuster le salaire parce que sinon on a un problème d'égalité justement alors moi je fais un suivi vous savez extrêmement précis aujourd'hui 92% ou 94% de la loi est applicable et appliqué après il y a beaucoup de choses où l'application elle peut être formelle avant qu'elle soit complètement réelle je pense notamment aux questions de suivi des discriminations hommes-femmes etc oui on a mis en place ces systèmes est-ce que ça produit déjà ces effets la réponse est bien sûr pas encore et malheureusement mais ça veut dire qu'on doit suivre mais je ne comprends pas bien le sens de votre question sur ce que vous voulez dire peut-être soyez un tout petit peu plus clair pour que je puisse bien comprendre oui justement justement sur ce sur le fait qu'il y ait des dispositifs qui ne soient pas qui n'est pas l'obligation d'appliquer et où vraiment est-ce que le le gouvernement hors les décrets spéciaux en particulier aux collectivités à certaines collectivités territoriales finalement obliger une certaine forme d'application totale pour ne pas créer des inégalités qui sont un peu contraires au principe même de fonction publique alors ok je comprends pas votre question oui on appelait on fait appliquer beaucoup de choses voyez là on a pris par exemple une mesure très importante qui est quand même une petite bizarrerie une vraie inégalité jusqu'à maintenant quand vous étiez salarié du privé votre employeur paye 50% de votre mutuelle santé mais c'était pas le cas dans le public bon c'est passé vous voyez par un accord majoritaire il y a maintenant 15 jours on a acté que dans les prochaines années tout le monde devait employeur public payer 50% de la mutuelle santé des agents publics et on l'a imposé à tout le monde aux collectivités petites et grandes à l'état aux hôpitaux et en fait quand moi je prends des lois c'est pour obliger un certain nombre de choses dans les collectivités parce que ce qui s'est passé effectivement sur le temps de travail c'est un bon exemple et je comprends mieux votre question c'est que si l'état à un moment donné assure pas une forme de minimum on voit que ça crée comme vous dites beaucoup de disparités moi comme je suis la ministre du statut le statut le but c'est pas d'enfermer tout le monde dans un carcan mais c'est quand même d'assurer à tout le monde un plancher qui soit similaire et ce sujet de la mutuelle santé je vous en parle parce qu'au moment des gilets jaunes beaucoup de femmes notamment qui étaient sur les ronds-points étaient des fonctionnaires notamment comme on dit de catégoriser donc qui faisaient des métiers dans les écoles ça a souvent été des femmes seules avec des enfants et qui avaient des gros gros problèmes d'accès à la santé parce que la mutuelle n'était pas payée du tout par l'employeur et donc ça coûte très très cher on laissait les gens choisir eux-mêmes leur contrat avec tout ce que ça pose comme question ensuite de publicité plus ou moins honnête sur ce qu'il y a dans la protection et la mutuelle que vous payez donc ça on a voilà on y a mis fin mais c'est un travail je peux vous dire c'est six mois de négociations pour moi extrêmement engagées avec tous les élus locaux avec bien sûr merci parce que ça coûte de l'argent pour arriver à cet accord là et à l'accord à la fin je voulais vous dire qui est un peu historique parce que tous les syndicats sont pour il n'y a eu aucune voix contre il y a eu des abstentions et des voix pour ce n'était pas arrivé depuis des décennies sur un texte de la fonction publique donc oui on y travaille voilà écoutez madame la ministre merci beaucoup pour toutes vos réponses on vous a déjà retenu trop longtemps par rapport à ce qu'on avait convenu merci de votre temps donc nous c'est toujours un plaisir de recevoir des anciens ou anciennes d'HEC Débat et puis donc n'hésitez pas à venir à venir nous faire un coucou sur le campus quand vous repasserez à la ferme de Villetain ou donc lors d'une conférence ou d'un pot sait-on jamais vous serez toujours la bienvenue voilà merci encore je voulais juste vous dire il y a eu beaucoup plus de garçons que de filles qui ont posé des questions c'est à peu près le ratio aujourd'hui des gens qui préparent les concours de la fonction publique c'est-à-dire 35% de filles 65% de garçons donc je voudrais avoir un message spécial à vous mesdemoiselles on a besoin de femmes pas parce qu'on doit remplir les quotas mais parce qu'on représente 50% des français et ce serait bien que 50% des gens qui pensent les lois pour 50% des français soient aussi en administration donc c'était mon quart d'heure de mobilisation à vous mais je pense qu'il faut que vous aussi chers garçons et jeunes hommes et messieurs que vous aidiez vos collègues féminines à se dire qu'on a aussi besoin d'elles parce que sinon on a à mon avis un problème démocratique si 50% de la population n'est pas représentée là on prend des décisions voilà voilà tout à fait écoutez c'est un oui sur ce message conquérant je vous remercie beaucoup et je vous souhaite une excellente soirée merci beaucoup très belle soirée à vous et puis bonne soirée à tous les participants et à très vite pour une nouvelle conférence HEC débat merci au revoir bonne soirée au revoir madame la ministre merci merci madame merci d'avoir regardé cette vidéo merci d'avoir regardé cette vidéo
Amélie de Montchalin