Israël/Gaza: l'interview de Sandrine Rousseau en intégralité
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Bonsoir Sandrine Rousseau. Merci d'être avec nous député Europe Écologie Les Verts de Paris. On vous entendra dans un instant, mais avant de vous entendre, je voulais donner l'histoire complète parce que ça c'est la fin de l'histoire d'une certaine manière, cette prise de parole de Mathilde Panot. Je le disais hier, c'est Jean-Luc Mélenchon qui avait attaqué déjà Yael Broun-Pivet en ces termes. On va voir le tweet de Jean-Luc Mélenchon. Voici la France, il fait référence à une manifestation pro-palestinienne. Voici la France pendant ce temps, Madame Broun-Pivet. Campe, campe à Tel Aviv pour encourager le massacre, pas au nom du peuple français.
La présidente de l'Assemblée, très émue ce matin sur France Inter, lui répond notamment sur l'utilisation du mot camper. Camper, les camps de la mort, il serait là le parallèle, on me met une cible dans le dos d'Yael Broun-Pivet. Est-ce que Jean-Luc Mélenchon a dérapé ?
En tous les cas, ce terme renvoie à un traumatisme et à une histoire. Et en fait, on ne peut pas utiliser ces termes-là, surtout dans un moment où on ravive une histoire douloureuse, comme ça, sans y réfléchir. Moi, je fais la comparaison avec les violences sexuelles. Quand quelqu'un utilise le mot « viol » de manière totalement hors contexte, évidemment, ça ravive des traumas chez les gens. C'est une histoire des Juifs d'Europe, c'est une histoire de massacre, de génocide, c'est une histoire familiale intime pour Yael Broun-Pivet. Ça n'est pas possible de poser ces mots-là.
Pourquoi est-ce qu'il le fait, Jean-Luc Mélenchon, d'après vous ?
Je ne sais pas. Je n'ai pas parlé avec lui et je ne peux pas parler à sa place. Mais voilà, je pense juste qu'il faut... Là, dans un moment comme celui-ci, où l'émotion est très forte, où ça renvoie chacun à son histoire, parfois très intime, on ne peut pas utiliser n'importe quel mot dans le débat politique.
Mais pour vous, il n'y a pas de doute, ces mots ont été utilisés à dessein. Ah non, je n'en sais rien. Jean-Luc Mélenchon, aujourd'hui, dit qu'Yael Broun-Pivet se lance dans une espèce de politique de police des mots, etc.
Ah non, non, non, je ne dis pas qu'il l'a utilisé à dessein, ça, je n'en sais rien du tout, je ne sais pas. Ce que je dis juste, c'est que quand une personne concernée dit que ces mots la choquent, il faut entendre ce qu'elle dit. Et que ce n'est pas juste un débat comme ça dans une arène politique comme n'importe quel autre mot. Donc voilà, il faut entendre ce qu'elle dit et je pense qu'on peut formuler les choses de manière aussi différente.
Yael Broun-Pivet qui disait tout à l'heure, je ne comprends pas pourquoi c'est l'identité juive qui ressort, Péricot.
C'est une question sensible. Je n'ai pas de sympathie particulière pour Jean-Luc Mélenchon sur certains débats, je peux en avoir pour d'autres. Je ne le vois pas dans la situation actuelle commettre cette bourde monstrueuse que de faire une allusion à un camp d'extermination nazi en disant que la présidente de la Fondationale, Campé, a-t-elle allié ? On n'a jamais dit que les Juifs campaient à Auschwitz, cette expression. Le camp c'est une chose. Non mais le camp... D'accord, mais campé, je ne pense pas, je ne veux pas croire, je sais qu'il est capable de phrase forte, de prendre des risques et de la provocation, je ne pense pas que sciemment, il a utilisé ce mot campé pour faire...
D'abord, ça n'aurait pas de sens. Ou c'est un reproche, ou c'est une délégation. Là, bon, il aurait pu dire, elle est figée à Tel Aviv. Non, le plus grave, c'est appeler au massacre. Abranda Pivé n'est pas allée appeler au massacre, au contraire. Alors peut-être qu'elle n'a pas assez étendu ce qu'on a reproché à la France insoumise sur le terrorisme du Hamas. Elle aurait pu, elle aussi, faire la part des choses. Là, il y a une vraie polémique. Sur le mot campé, franchement, je ne pense pas, et je ne sais pas si je prends des risques en disant ça, que Jean-Luc Mélenchon ait sciemment pensé à un camp de concentration en faisant cette allusion. Géraldine.
On n'est pas là pour songer les cœurs et les âmes, c'est certain. Il n'empêche que Jean-Luc Mélenchon s'inscrit quand même dans un historique qui est ancien. En 2012, après les massacres de Mérat, Mérat qui est allé poursuivre une petite fille de 8 ans pour lui tirer une balle dans la tête, Jean-Luc Mélenchon avait quand même considéré que c'était peut-être une manœuvre conçue pour faire diversion, peut-être un complot. Avant la présidentielle. Avant la présidentielle. Quand Jérémy Corbyn, il y a eu une enquête interne de son parti sur des propos clairement antisémites.
Pareil, Jean-Luc Mélenchon a insinué toujours en prenant dans des circonvolutions impossibles que peut-être tout ça a été téléguidé. Jean-Luc Mélenchon fait sciemment des amalgames et il s'adresse, il divise les clientèles auxquelles il s'adresse en fonction de leur appartenance religieuse. Et il fait clairement allusion, là, à la judéuité simplement de Yael Broun-Pivet. Et il sait très bien ce faisant à qui il s'adresse et quelle ficelle électorale il entend tirer. En cela, c'est hautement condamnable.
Et non, ça n'est absolument pas innocent.
Sandrine Rousseau.
Je lui laisse le crédit du fait qu'il n'ait pas pensé ce mot. Mais par contre, maintenant que Yael Broun-Pivet a dit ce que ça lui faisait, il serait de bonne politique que de revenir sur ce terme et de reconnaître l'erreur. Voilà. Et je pense que là, ça serait de nature à apaiser les choses.
Est-ce qu'il y a pour vous un souci ? Il y a ce dont on vient de parler là, sur ces mots-là. Est-ce qu'il y a un souci plus global avec Jean-Luc Mélenchon précisément ? Qui, ces dernières semaines, sur un certain nombre de sujets, notamment après ce qui s'est passé du côté d'Israël et de Gaza, a parfois, à entendre certains à gauche, été à la limite, voire au-delà de la limite. Est-ce que pour vous, il y a un problème avec Mélenchon ?
Il y a en tous les cas un sujet qui est que nous sommes inaudibles, la gauche, dans le moment, alors que nous avons une voix très forte à porter pour aller dans une solution qui soit une solution d'apaisement, une solution évidemment de cesser le feu, une solution de protection des civils, de part et d'autre de la frontière et de libération des otages. Et en fait, cette cacophonie à gauche, et j'emploie le terme cacophonie qui est sans doute un euphémisme, ne permet pas d'avoir cette voix forte. Et moi, là, je commence à être un peu en colère de cela, je le dis, parce que je pense que nous devons avoir cette voix.
C'est-à-dire que nous ne pouvons pas nous laisser embarquer dans un discours purement de droite ou d'extrême droite sur la question de la paix internationale, parce que là, on est quand même à un moment de bascule possible, et nous ne pouvons pas nous passer notre temps à commenter les phrases des uns et des autres. Donc il nous faut laver notre linge sale à l'écart des caméras, avoir une discussion franche sur la position, mais surtout derrière, que l'on sorte avec une voix pour pouvoir imposer et monter un rapport de force pour que, enfin, la France ait une voix qui compte sur la scène européenne et internationale.
– Mais quand vous dites en colère, je n'ai pas de ma question, mais en colère contre Jean-Luc Mélenchon, ou plus globalement, notamment chez un certain nombre d'élus de la France insoumise, d'autres élus de la France insoumise ?
– Je suis en colère que notre voix ne porte pas. Je suis en colère du fait qu'on ne qualifie pas les choses comme il le faut. – Le terrorisme, par exemple. – Qu'on ne mette pas les mots justes. Oui, je suis en colère que la gauche ne soit pas unie à dire qu'une organisation comme le Hamas, qui massacre des civils, et de manière la plus horrible qui soit, qui veut la disparition et d'Israël, mais aussi des Juifs, ne soit pas qualifiée de terroriste. Enfin, je veux dire, là, voilà, je pense que nous avons des mots justes à poser dans le moment, parce que nous avons une responsabilité importante.
– Pour préciser des choses, vous n'étiez pas cet après-midi à l'Assemblée ? – Non. – Pour ce débat-là, c'était précisément, par exemple, pour ne pas entendre Mathilde Panot, ne pas dire terroriste quand elle parle du Hamas ?
– Non, non, non, pas du tout. – Non, non, pas du tout, j'avais des rendez-vous prévus, et ce débat-là n'était pas prévu à l'agenda, donc je n'ai pas pu annuler.
– C'est un moment important que l'Assemblée débatte de ce qui est en train de se passer au Proche-Orient. Il y a pas mal d'élus, notamment à gauche, qui, visiblement, avaient mieux à faire cet après-midi.
– Non, non, non, pour ce qui me concerne, j'avais même un rendez-vous médical, pour ne rien vous cacher, donc je ne pouvais absolument pas venir. – Ce n'était pas du tout.
– Un moment, est-ce que vous n'êtes pas aussi inaudible, parce que ça va trop loin ? – On se demande, enfin, on entend Olivier Faure parler d'un « Ah, ben, on n'est pas d'accord, alors on va demander un moratoire, mais partez ! » Est-ce qu'il n'y a pas un moment, un acte de courage de la NUPES ? À dire, on ne tolère plus ce double langage et cette hypocrisie, et nous en prenons acte avec un acte courageux, fort, plutôt que de s'en tenir à cette espèce de discours lénifiant, filandreux, qui ne décide rien ?
– Non, non, mais moi, je n'ai pas de discours lénifiant ni filandreux, je vous ai dit ce que je pensais de la situation, et je regrettais la situation, et que je veux, par contre, laver, encore une fois, dire les choses en interne, avant de pouvoir les dire sur les plateaux. Et je les dirai avec toute la force que vous me connaissez, et je ne mâcherai pas mes mots, parce que je pense que nous sommes dans une situation où, en fait, nous avons quelque chose à construire, et nous avons une responsabilité politique énorme.
– Mais ça veut dire que vous pensez qu'on peut toujours s'accorder avec Jean-Luc Mélenchon et trouver un terrain d'entente ?
– Je pense, dans tous les cas, que nous avons à discuter de la situation et que nous ne pouvons pas le faire par plateau, ni sur Twitter, ce qui a été fait quand même pendant tout l'été, avant le 7 octobre, et dont nous sommes tous et toutes lassés. Donc je veux que nous ayons cet espace de discussion. À l'issue de cet espace de discussion, je vous dirai exactement la situation de la NUPES.
Aujourd'hui, je crois, par contre, que nous enfermer dans un débat là-dessus, à un moment où il y a des personnes en France qui attendent des nouvelles de leurs proches, qui ne savent pas où ils sont, qui sont dans une inquiétude énorme sur la situation et politique et même personnelle de membres de leur famille, que ce soit à Gaza ou en Israël. Voilà, je pense qu'il nous faut d'abord penser à ces personnes-là avant de penser à nous-mêmes. Et en fait, c'est ça aussi le problème de la gauche aujourd'hui, c'est que nous pensons beaucoup à nous-mêmes et beaucoup moins aux personnes pour lesquelles nous devrions faire de la politique.
Périco, dans une seconde, d'abord Florence, tout le monde prend la parole.
Oui, je voudrais dire d'abord, première chose, que les mots ont un sens. Et c'est vrai que quand il est question de camp et d'encourager ou de favoriser les massacres, on ne peut pas dire que c'est juste une interprétation sémantique. N'importe quel psychanalyste, psychothérapeute, quand il entend camp et quand il entend favoriser les massacres... C'est pas camp. Camper. Camper. D'en camper, voilà, je veux dire, il y a quand même un sens. Et je pense que M. Mélenchon sait de quoi il parle. Donc ça, c'est le premier point. La deuxième chose, c'est qu'il a une responsabilité énorme.
Une responsabilité d'homme politique, de leader, à l'égard de tous les gens et de cette jeunesse qui a voté pour la France insoumise. Parce qu'il y a beaucoup de jeunes qui ont voté pour la France insoumise.
7 millions et demi d'électeurs à la présidentielle.
Voilà. Donc c'est quand même énorme. Donc il ne faut pas, comme ça, souffler sur les braises, attiser, jouer les pyromanes. Ça peut être extrêmement dangereux. Je veux dire, il y a des vies qui sont en... Mais personne n'en félicite. Non, non, mais je n'ai pas dit que vous le fassiez. Je n'ai pas dit ça. Je précise juste. Personne ne s'en réjouit. Je salue d'ailleurs la position de Mme Rousseau qui est vraiment tout à votre honneur de pointer cette aberration dans ce discours à l'heure actuelle de la France insoumise qui met dos à dos en parlant, j'entendais Mathilde Panot cet après-midi à l'Assemblée, en parlant de crimes de guerre du Hamas et de l'État d'Israël.
Je veux dire, mais c'est une aberration. Je veux dire, et ce n'est pas parce qu'on dit que d'un côté, il y a un génocide, un crime contre l'humanité à l'égard d'une population civile qui a été commise le 7 octobre et après un État d'Israël qui se défend, etc., qu'on perd en crédibilité. Après, on peut discuter, après on peut débattre. Après, on peut faire comme l'a dit le président Macron, c'est-à-dire à un moment de dire « bon, on va aussi discuter de la paix au Moyen-Orient, d'un État palestinien, etc. » Ce n'est pas incompatible, mais il faut quand même avoir la conscience de la responsabilité des mots qu'on prononce parce qu'il y a des...
S'il se passe des choses, notamment en France, il faudra qu'il en assume les conséquences. Périco. Sincèrement, Sandrine Rousseau, vous vivez comme une divergence politique ou comme une fracture morale sur cette question ?
C'est pour ça qu'il faut qu'on discute précisément pour comprendre ça. Après, moi, je voudrais quand même aussi qu'on pose les mots vis-à-vis des personnes de Gaza qui subissent aujourd'hui les bombardements et qui sont emprisonnées dans un territoire dont ils ne peuvent pas sortir. Je pense aussi que l'on parle de la politique qui a été suivie par le gouvernement d'extrême droite israélien, d'encouragement des colonies en Cisjordanie, du mur qui a été construit à l'intérieur de la Cisjordanie.
Et tout ça, en fait, on a aussi besoin de le poser pour essayer de trouver les voies de sortie sans que ça enflamme la terre entière parce que là, nous sommes quand même à deux doigts d'un enflammement.
– Vous avez l'air blessée, c'est pour ça que je vous dis.
– Oui, parce que je… enfin voilà, vous connaissez mes positions sur la NUPES, je suis une défendrice, une défenseuse sans… je n'ai jamais failli dans la défense de la NUPES. – Vous êtes une femme intègre en tout cas, c'est comme ça qu'on vous perçoit. – Voilà, je pense que nous avons à discuter parce que je ne peux pas juste me contenter de dire la NUPES, la NUPES, je dois discuter profondément de positions politiques profondes sur la situation.
– Le problème par exemple, c'est qu'on a le sentiment que ça fait des semaines que c'est « retenez-moi, je fais un malheur pas vous », mais l'ensemble effectivement des autres partis de gauche, des autres élites de gauche, il fait systématiquement attention, attention, il va falloir qu'on décide, qu'il va falloir qu'on décide, et à la fin il ne se passe rien.
– Oui, et bien… – La NUPES est toujours là, et vous êtes toujours à la NUPES, vous êtes toujours à tolérer un certain nombre de propos. – Pour moi, c'est une étape nouvelle qui est en train de se construire en tous les cas, donc je ne sais pas de quoi elle sera faite complètement, mais en tous les cas c'est une étape nouvelle, où il apparaît évident désormais que nous ne sommes pas disposés à suivre n'importe quelle prise de position, et que nous avons à rééquilibrer aussi un discours au sein de la NUPES qui soit plus collégial.
– Je dis quand même cependant que là, ça fait une semaine qu'on travaille à l'Assemblée nationale sur le projet de loi de finances sur la sécurité sociale, qui est un texte majeur, puisque ça donne le budget de toute la protection sociale française, et que nous n'avons pas eu d'écart ni dans nos votes ni dans nos prises de position à l'Assemblée. Donc en fait, il ne faut pas non plus dire qu'il y a un problème qui concerne l'ensemble des sujets, là nous avons un problème, c'est pour ça que nous devons en discuter.
– Mais est-ce que la question de l'antisémitisme flagrant de certains membres va être posée sur la table ? Parce qu'à vous entendre, on se dit, bon ben finalement, on peut s'accorder ce qu'il y a de… Bon, bon, il y a des positions un peu antisémites, et finalement, est-ce que c'est si grave ?
– J'ai pas vu de l'antisémitisme, j'ai vu de l'antisémitisme, j'ai pas vu d'antisémitisme.
– Vraiment, déjà je ne crois pas avoir…
– J'espère ! – Alors, Sandrine Rousseau, est-ce que vous avez vu de l'antisémitisme comme Géraldine Mossner ?
– Déjà, je ne crois pas avoir dit ça d'aucune manière, et deux, je pense que nous avons un travail à faire pour poser l'ensemble des discriminations, l'antisémitisme, mais que nous avons aussi à poser actuellement une forme d'islamophobie qui peut s'imposer dans le débat politique, et que nous devons poser les deux. Et oui, à gauche, nous n'avons pas totalement déconstruit, nous n'avons pas totalement réfléchi au ressort parfois d'un antisémitisme inconscient, je l'espère, dans les constructions politiques que nous pouvons avoir. Une vie civile israélienne coûte et a autant de valeur et de prix qu'une vie civile gazaouie. Il n'y a pas de différence entre les deux.
Et ça n'est pas possible de minimiser le massacre qui a eu lieu en Israël au motif d'une histoire que l'on connaît tous et que l'on partage tous, mais ce massacre-là a quelque chose d'historique et les personnes qui ont été massacrées l'ont été non seulement nombreuses, mais en plus dans des conditions qui nous invitent à poser ce terme de terrorisme et de massacre. Et en fait, c'est là qu'est notre responsabilité.
Est-ce que vous avez pu voir, ressentir des relents d'antisémitisme parmi des élus de la NUPES, des élus de la France insoumise, vous qui les côtoyez tous les jours ?
Non, mais il y a de l'antisémitisme dans toute la société française. Enfin, je veux dire, il n'y a pas de particularisme.
C'est terrible, ça veut dire qu'il y en a aussi, pour vous, à la France insoumise.
Mais il y a une forme d'antisémitisme dans l'ensemble du pays. Moi, ce que je voudrais dire là, c'est que maintenant, précisément pour ne pas être accusé de cela, parce que nous ne pouvons pas être accusé de cela dans le moment, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. Pour ne pas être accusé de cela, il ne faut pas prêter d'aucune manière le bâton pour se faire battre de ce point de vue-là. Et c'est là qu'est notre responsabilité. Donc c'est pour ça que j'invite à ce que nous discutions vraiment, et je le dis de manière assez ferme, nous devons discuter pour ne pas prêter le flanc à ce type de critique.
Et c'est ce que vous dites ce soir, Jean-Luc Mélenchon, ne flirte pas avec la limite ?
Je dis, Jean-Luc, discutons, mais discutons vraiment, et discutons franchement, et nous verrons ce qui sortira de cette discussion.
Pablo ? Sachant que pour l'instant, Jean-Luc Mélenchon n'a pas vraiment de rôle à la France insoumise. Enfin, je veux dire, il n'est plus député, donc il n'est pas à sa groupe NUPES. Il a une place, laquelle, tu n'auras pas compris. Ça, je pense que ça participe du sujet, d'ailleurs. Exactement, ça participe. Je ne voudrais pas mentir qu'au dire qu'il exerce un puissant magistère. Je suis tout à fait d'accord, je suis tout à fait d'accord, mais pour autant, il n'a aucun mandat, ni au sein de la France insoumise, ni à l'Assemblée nationale. Mais il est fort de 7 millions et de 7,7 de voix, me semble-t-il.
Je suis complètement d'accord, et c'est à ce titre qu'il intervient, et qu'il a autant de retweets et de vues sur YouTube, comme il se dit. Oui, mais donc on ne peut pas dire qu'il n'a pas de rôle. Non, mais moi, je ne voulais pas parler de ça. Moi, je voulais parler de l'antisémitisme à gauche, parce que c'est vrai que c'est un problème, l'antisémitisme à gauche, et comme l'a rappelé Sandrine Rousseau, c'est un problème dans toute la société.
La différence avec d'autres espaces de la société, c'est que l'antisémitisme n'a jamais été structurant dans le projet de la gauche, alors que dans d'autres espaces, notamment à l'extrême droite, et dans la droite d'ailleurs tout court, il a été structurant à certaines périodes de l'histoire, notamment dans l'entre-deux-guerres, et même après la guerre, enfin, je veux dire, Jean-Marie Le Pen, c'était structurant dans son programme.
Oui, pardon, mais l'antisystème prôné, revendiqué par LFI, fait remonter, historiquement, le système dans la société française, c'est le capital, c'est la banque, c'est les juifs, c'est les médias tenus par les juifs, et on sent monter ça quand même chez l'électorat, chez l'électorat, une partie de l'électorat insoumis.
Je voudrais faire quand même quelque chose qui est que, dans les bancs du Rassemblement National, dans les députés assis à l'Assemblée Nationale, il y a un député qui a ouvert une librairie révisionniste, négationniste. Donc en fait, nous, on n'a pas ça dans nos rangs. Il n'y a personne qui a fait ça chez nous. Donc en fait, là, il faut quand même aussi remettre les choses à leur place et dans le bon ordre. Donc il est tout à fait incroyable d'ailleurs qu'on ne questionne pas le RN sur son passé antisémite et sur sa structuration en effet antisémite.
Et aujourd'hui, qu'on ne questionne pas non plus la droite dans cette espèce de facilité qu'elle a à s'accorder avec les positions du Rassemblement National. Donc oui, nous avons comme n'importe qui des progrès à faire sur ces discriminations. Il n'y a pas de doute là-dessus et je ne me voile pas la face là-dessus. Maintenant, il ne faut pas non plus nous assimiler à des mouvements politiques qui sont historiquement antisémites.
– Pablo, pourquoi ? – Oui, et d'ailleurs, je vais ajouter quelque chose à ce que se dit Sandrine Rousseau. Son parti, Europe Écologie Les Verts, ils ont un groupe en fait qui s'occupe des questions d'antisémitisme et c'est, je crois, le seul de la NUPES en fait à réfléchir aux questions d'antisémitisme dans les rangs. Et juste finir, l'antisémitisme, effectivement, il existe partout et il existe y compris. Alors, parmi les représentants, je ne suis pas certain. En revanche, moi j'ai fait des manifestations et j'ai entendu des choses profondément antisémites et qui sont absolument à proscrire effectivement. – Quelles manifestations ?
– Par exemple, les manifs des retraites, ça fait 15 ans que je fais des manifs. Donc j'ai entendu des choses dans les manifs. Et donc je sais que ce sont des sympathisants de gauche qui tiennent des discours antisémites. Et ceux-là, il faut les combattre. Et il faut, et c'est là, moi j'en appelle aux partis de gauche à faire exactement comme fait Europe Écologie Les Verts, à construire en fait des outils pour lutter contre cet antisémitisme spécifique qui, encore une fois, n'est pas central dans le projet de la gauche, contrairement à l'extrême droite.
– Pour autant, Pablo, on ne peut pas assimiler systématiquement l'anti-israélisme, la dénonciation de ce qui se passe en Israël à l'antisémitisme. Il y en a pour lesquels c'est la même chose. Il y en a d'autres qui ne font pas la différence parce qu'ils ne savent pas. Et donc un juif en France, c'est donc forcément un complice d'Israël. Ça c'est une aberration totale. Mais tu peux avoir une position anti-israélienne, politique, stratégique, philosophique, sans que ce soit l'antisémitisme. – Érico, ce n'est pas ça qu'on attend dans les manifs. Dans les manifs, ce qu'on entend, c'est les juifs qui aident les médias et les juifs qui aident la banque. – J'ai vu des manifestations.
– C'est pas dans les manifs, c'est quand même quelques personnes. – Non, non, mais j'ai entendu mon juif, mon juif c'est antisémite. – Oui. – Mais Abba Israël, Mora Israël, ce n'est pas forcément l'antisémitisme. – Ah non, mais non, heureusement qu'il y a des gens en France de bons républicains qui disent… – Non, mais attendez, arrêtez ! – Attendez, quand vous voulez vous débarrasser d'un pays… – Abba Israël, c'est profondément antisémite.
– Quand vous voulez vous débarrasser d'un pays qui a été fondé précisément dans les conditions que l'on connaît par la communauté juive…
– Vous avez des militants de gauche sincères qui dénoncent… – Qui disent la valise du cercueil ? – Non, qui dénoncent ce qui se passe en Israël et les exactions, et les aberrations et les erreurs stratégiques du gouvernement d'Italiaou. – Mais ça, c'est autre chose qu' Abba Israël. – D'accord, mais ça ne remet à gauche en question l'existence de l'État d'Israël. – Ils ne se servent pas de ça qui est une réalité pour aller trouver de l'antisémitisme, là où il n'est pas, il y en a déjà suffisamment comme ça pour qu'on aille en plus assimiler l'antisémitisme à une position anti-israélienne, c'est tout.
– Avant de vous montrer les images des otages libérés ce soir, c'est l'information de la soirée, ça nous a encore une question. Que demandez-vous concrètement ? Quel espace de dialogue ? Je ne sais pas comment dire ça, puisque vous dites qu'il faut qu'on dialogue, faut qu'on se parle maintenant. Qu'est-ce que vous réclamez ce soir ?
– Mon groupe à l'Assemblée nationale a demandé à ce qu'il y ait une AG de la NUPES, avec l'ensemble des députés de la NUPES. Moi j'ai demandé à ce qu'il y ait une réunion entre les États-majors, et je pense aussi que, parce que personne n'a répondu à cette demande, ni d'un côté ni de l'autre, j'ai envie de dire, et du coup je sens qu'il y a aussi une volonté d'utiliser ce moment pour prendre des décisions qui étaient déjà dans les cartons, en fait, de certaines bêtes de séparation de la NUPES, des deux gauches irréconciliables, de tout ce qu'on connaît.
Moi je le dis, je vois les lois que nous votons à l'Assemblée qui vont durablement paupériser une partie de la population, nous ne pouvons pas continuer à être si divisés que nous nous montrons incapables de prendre le pouvoir. Donc maintenant, réglons nos problèmes, et réglons-les avec force, mais continuons à porter un espoir pour la population française.
Merci beaucoup Sandrine Osso d'avoir été avec nous ce soir en direct.
Sandrine Rousseau