« On pense au tube digestif d’un bébé glouton » : Claude Malhuret sur le projet de loi de finances
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le ministre, paralysé par ces deux extrêmes qui rivalisent depuis plus d'un an pour la tirer vers le fond, l'Assemblée nationale, après 125 heures de débat surréaliste, a rejeté à l'unanimité un budget dont elle avait auparavant adopté chacun des articles. Et le plus étonnant, c'est qu'elle a bien fait puisque ce budget était devenu un monstre. Quand on examine les recettes et les dépenses prévues, on pense immanquablement au tube digestif d'un bébé glouton avec un appétit féroce à l'entrée et à l'autre extrémité une irresponsabilité absolue.
Jamais encore on avait vu un tel empilement de compte insincère, de lois inapplicables, inconstitutionnelle ou contraire à nos trait été, juste pour que les populistes puissent embobiner leurs électeurs avec de l'argent qui n'existe pas. Et en prime déjantés, cette justification misérable, ce n'est pas grave, le Sénat ou le Conseil constitutionnel les annuleront comme les enfants qui disent dans une cour de colle, c'est pour de faux. Cette conduite irresponsable et pour tout dire honteuse n'a pour résultat que d'affaiblir la loi, sapper l'état de droit et discréditer l'assemblée.
C'est d'ailleurs l'image qu' aujourd'hui les Français de cette institution dévastée chaque jour par l'alliance de la carpe et du lapin populiste. À force de laisser tout dire, tout faire et tout voter, on a permis un mois de propagande folle à grand coup d'éléphantasis verbal et gestuel. Les télés du bourpif et les réseaux antisociaux ont une fois de plus aggravé cette foire à la saucisse fiscale sur le thème de la haine des riches et de la lutte des classes.
Devant ce spectacle, le pays hésite entre la crise de ner et l'abattement. C'est dans cette atmosphère d'envoler de l'antiparlementarisme que le Sénat va devoir siffler la fin de la récréation. Tous ceux qui voudront en appeler à la raison et mettre en garde contre le risque de faillite de l'État et de la sécurité sociale passeront pour les amis des riches et les ennemis des pauvres.
C'est exactement le but des extrêmes dont le projet n'est pas de construire un budget mais de tout en l'air avec une seule devise je dépense donc je suis parti pour chercher 40 milliards d'économie les députés sont revenus avec 40 milliards d'impôts supplémentaires avant de déchirer eux-mêmes leurs copies dans un ultime réflexe d'irresponsabilité ou de lucidité on ne sait pas trop. Entre-temps, les extrémistes auront prouvé que des parlementaires à sont capables de dépenser plus que des marins ivres. À quelques choses, malheur et bon, l'annulation inextrémiste par l'assemblée de son propre vote va ouvrir la règle de l'entonoir.
Les mesures les plus folles de l'extrême gauche et de l'extrême droite ne pourront pas revenir en deuxème lecture. Adieu la surtaxe sur les dividendes, sur les bénéfices, sur les rachats d'action et beaucoup d'autres. C'était la certitude de l'exode de beaucoup de start-ups prometteuses, de la fuite de beaucoup d'investisseurs et d'un clou de plus sur le futur cercueil de nos fleurons industriels.
Le Sénat va donc examiner le texte du gouvernement et non du budget Frankenstein des populistes. Cette copie est loin d'être parfaite à nos yeux, madame et monsieur les ministres, et vous le savez. Nous comprenons que la stabilité gouvernementale impose des compromis.
Nous comprenons l'intérêt de permettre aux Parti socialistes de résister au harcèlement des injonctions incessantes de LFI, de retrouver sa tradition sociale-démocrate et la déontologie d'un parti de gouvernement. Et nous allons corriger ce texte sans provocation ni volonté de revanche. En espérant que la commission mixte paritaire permette aux vrais parlementaires responsables de trouver des sujets d'accord.
Mais nous allons le faire à deux conditions. La première, c'est qu'une négociation n'est pas une rédition. La preuve, c'est que ça ne s'appelle pas pareil.
La deuxième condition, c'est de ne pas oublier qu'il est important de calmer le jeu politique, mais qu'on ne peut le faire par des mesures qui entraîneraient la dégradation des finances publiques, le découragement des investisseurs et le sacrifice des générations futures. L'avenir de ce budget est un grand point d'interrogation, mais les raisons de tenter d'aboutir sont nombreuses. Je n'en citerai qu'une qu'Emmanuel Capu a mis en exergue tout à l'heure.
La France est entourée de péril. Les dernières aberrations de la diplomatie américaine plus que jamais couché devant Poutine confirme ce que je disais dans mon discours du 4 mars dernier. L'Europe faisait face à un dictateur.
Elle est désormais face à un dictateur soutenu par un traître. S'il n'y avait qu'une seule raison de parvenir à un budget, car il en va de notre sécurité, c'est de donner à nos armées les moyens de me prévenir en étant prête, un conflit dont nous voyons chaque jour qu'il va bien au-delà des frontières de l'Ukraine. Ces moyens sont d'autant plus urgents que nous sommes dramatiquement en retard après nous être endormis pendant 30 ans.
Il est temps de nous réveiller. Merci.
Claude Malhuret