Bruno Retailleau estime que Jean-Luc Mélenchon est "le premier danger de la démocratie française"
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Thomas Soto, RTL Matin. Il est 7h42, ancien ministre de l'Intérieur, il est le président du parti Les Républicains et candidat déclaré à la prochaine présidentielle. Bruno Retailleau est donc l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Bruno Retailleau. Bonjour Thomas Soto. Vous, président, que feriez-vous face à la guerre en Iran ? Quelle serait la position de la France ?
La position de la France, ce serait d'abord de protéger ses ressortissants, de préparer leur évacuation. La position de la France, ça ne serait pas de rester spectateur, mais ce serait d'honorer les contrats que nous avons avec nos alliés.
On est trop spectateur là ?
Oui, bien sûr, on a été spectateur depuis le début. Pas d'anticipation. Qui pouvait croire que le rassemblement d'une armada était simplement pour faire des ronds dans l'eau ? Il n'y a pas eu énormément de surprises. La surprise, c'est la date, c'est le jour, c'est la puissance, l'agilité aussi, la précision. Mais moi, président de la République, en tout cas, j'essaierais d'être non pas spectateur, mais acteur. C'est-à-dire dans une coalition ou aux côtés des Américains ? Non, non. D'ailleurs, ils ne nous le demandent pas du tout. Ça veut dire simplement honorer et défendre nos intérêts.
En droit international, on en parlera sans doute, le droit international flagelle, mais il reste nos intérêts. Nos intérêts, c'est, je le disais, 1, nos ressortissants, 2, ce sont nos alliés, nos alliés du Golfe. Il faut donc aider notamment à l'interception des missiles, à l'interception des drones aussi. Et puis, il y a aussi le Liban.
Ça veut dire s'engager dans le conflit quand même ?
S'engager de façon indirecte, mais nous allons nous engager, pas en première ligne, mais en tout cas, nous avons des intérêts. Et en réalité, ces intérêts, nous devons les protéger et nous devons les défendre, y compris au Liban. Et j'observe qu'il y a une évolution majeure pour la première fois. L'État est en train d'indiquer au Hezbollah, il faut vous désarmer conformément. L'État libanais. L'État libanais, bien sûr.
Ça veut dire quoi ? Qu'Emmanuel Macron est trop timoré, trop timide, trop sur la réserve ? Ce n'est pas la bonne attitude ?
Non, mais je l'ai dit, je pense qu'il n'y a pas eu d'anticipation et il y a eu une réaction très tardive. Un mot sur le détroit d'Hormuz. Il faut vraiment qu'il y ait là encore une démarche, sans doute initiée par la France, par les Européens, pour voir comment est-ce qu'on protège le détroit d'Hormuz.
Comment on fait ? Pardon, mais ce n'est pas parce qu'Emmanuel Macron ou Bruno Retailleau vont lever le sourcil que les Iraniens vont se dire, si on va rouvrir le détroit d'Hormuz.
C'est une arme stratégique le détroit d'Hormuz. Mais bien sûr, mais c'est parce que c'est stratégique que nos intérêts en dépendent directement. Et je pense qu'en tout cas, provoquer une réunion internationale sur ce sujet, tout le monde y a intérêt.
Réunion internationale, vous avez dit le mot, Donald Trump s'assoit sur les règles internationales. L'ONU n'a pas été consultée. Benyamin Netanyahou, quoi qu'on pense de leur intervention, s'assoit sur le droit international. Il n'existe plus le droit international ? L'ONU, c'est une coquille vide aujourd'hui ?
Bien sûr.
Et vous le regrettez ?
Bien sûr, je le regrette. Il aurait fallu passer par... Bien sûr, je le regrette. Mais j'observe ce fameux débat sur le droit international, quelque chose d'irréel. Pensez-vous un seul instant que le droit international aurait arrêté la main de l'Iran ? La main de l'Iran depuis 70 ans ?
Vous savez que la réponse est non.
Bien sûr que non. Bien sûr que non. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a un paradoxe. Le droit international, peut-il, doit-il, justement, s'appliquer et protéger ceux qui ne l'appliquent pas ? Au premier rang, l'Iran.
Vous dites quoi là-dessus ? Quelle est votre position ?
Ma position est que je ne plaire pas. D'ailleurs, je suis heureux que la tête du serpent islamiste ait été coupée. La chute de Khamenei. La chute de Khamenei. Et qu'une porte, finalement, s'entrebaille. Au moins, une porte d'espoir pour le peuple iranien. Rappelons quand même que l'Iran est coupable d'avoir exporté l'islamisme. Le terrorisme, y compris en France. La dissémination nucléaire. Les armes balistiques déstabilisées. Toute la région. Les Youtis au Yémen. Bachar en Syrie. Le Hezbollah au Liban. Les Youtis, etc. Donc, la milice, notamment, chiite en Irak. Je ne comprends pas votre position sur le droit international. Si, il est très clair.
Vous faites mine de ne pas comprendre. Non, non, expliquez-le à moi.
Je vous l'explique. Le droit international repose sur des institutions multilatérales qui sont bloquées. Et par conséquent, on ne peut pas se cacher derrière le droit international pour justifier la passivité. Justifier la passivité, c'est justifier les trente et quelques mille morts en Iran. C'est justifier le statut d'infériorisation des femmes. C'est justifier d'une menace fondamentale, précisément contre le droit international, comme il en existe très très peu dans le monde avec l'Iran.
Ce que vous dites, c'est que le droit international, il est comme l'état de droit quand vous disiez qu'il n'était ni intangible ni sacré.
Exactement. C'est ça. Je pense qu'on a, vous avez raison de faire le parallèle, je pense qu'avec le droit international...
Cette loi va choquer en France.
Oui, je suis prêt à me l'expliquer et j'explique d'ailleurs à vos auditeurs, s'ils trouvent normal que le Conseil constitutionnel interdise au peuple français ou à ses représentants de bouger quoi que ce soit sur la justice des mineurs, alors que c'est une véritable catastrophe cette violence, moi je ne suis pas d'accord. Moi je suis démocrate. Et en démocratie, il y a la séparation des pouvoirs. Les juges sont les bouches de la loi, interprètent la loi, mais ne doivent en aucun cas faire le droit.
Et quand les magistrats nous interdisent de bouger tant que quoi que ce peut, justement, une politique pénale qui n'est plus du tout adaptée, parce que les mineurs d'aujourd'hui ne sont pas les mineurs de 1945, alors on bouge les choses.
C'est-à-dire que l'état de droit en France, comme le droit international, pour revenir à notre sujet,
c'est aujourd'hui une forme de naïveté ? Il y a une naïveté qui ne peut pas encourager la passivité. Je suis, moi, comme pour l'état de droit, j'y tiens. Mais j'y tiens, pas comme un cadre idéologique, comme un vrai cadre juridique, avec la séparation des pouvoirs, avec la source, justement, de la norme qui résiste dans le peuple, dans la souveraineté populaire, et pas dans des machins, etc. Il faut un conseil constitutionnel, mais il faut que le conseil constitutionnel puisse tirer des textes, et uniquement des textes, c'est jurisprudence. Quand il les crée en dehors des textes, au-delà des textes, il y a quelque chose qui ne va plus.
Jordan Bardella, le président du RN, a demandé au chef de l'État de réunir les représentants des partis représentés au Parlement, et les filles demandent un débat à l'Assemblée. Vous êtes d'accord avec ces deux demandes ?
Oui, bien sûr. Je pense que c'est nécessaire, en tout cas. Il faut que, puisqu'il s'agit franchement d'une menace extrêmement grave, qui a déjà des répercussions en France, y compris économiques, François Langlais vient d'en parler à l'instant, je pense qu'un débat est nécessaire.
Emmanuel Macron a aussi expliqué hier, dans son discours du côté de Brest, que notre dissuasion nucléaire devait entrer dans une nouvelle étape. La dissuasion avancée, qui est en fait une démarche progressive. Comprendre, on va jouer plus collectif avec nos partenaires européens. Est-ce que c'est une bonne chose ?
Écoutez, j'ai fait une tribune, parce qu'avec Emmanuel Macron, on se méfie des transgressions, et il nous a rassurés sur le point de dire que, un, la décision ultime, c'est bien le chef de l'État, donc pas de partage, ni sur cette décision ultime, ni sur son mode d'emploi, ni sur sa mise en œuvre, ni non plus sur la définition qu'on peut se faire de nos intérêts vitaux. Ça, c'est fondamental. Sur le concept de dissuasion avancée, le temps va nous le dire, pourquoi pas ? Il n'y a pas hostile a priori ? Vous ne dites pas, attention, c'est une perte de souveraineté ? Monostilité viendrait si, au fil du temps, vous avez utilisé le terme qu'il a utilisé hier, progressivement.
Il ne faut pas que le mot, progressivement, devienne une forme d'engrenage qui pourrait nous lier les mains dans des processus européens. Quelqu'un a dit, un sociologue, un politologue, qui avait qualifié la France de monarchie républicaine, de monarchie, non pas républicaine, nucléaire. Monarchie nucléaire, c'est-à-dire que c'est une décision ultime tellement, tellement grave, et c'est la raison pour laquelle le général de Gaulle avait voulu que le président de la République soit élu par le peuple au suffrage universel. C'est effectivement un homme qui détient la clé de cette décision ultime.
Bon, sinon, Bruno Retailleau, vous dites Epstein ou Epstein ? Vous, Glucksmann ou Glucksmann ? A l'éluge, évidemment, aux derniers propos de Jean-Luc Mélenchon.
Ben voilà, vous avez, d'ailleurs, votre question fait le lien avec l'Iran. L'Iran a été la matrice historique de ce que l'on appelle l'islamo-gauchisme. Il y a, y compris en France, l'extrême-gauche est devenue, LFI est devenue la cinquième colonne de l'international islamiste. Et on voit bien, d'ailleurs, les propos de M. Mélenchon, l'antisémitisme. Epstein, Glucksmann, même s'il a fait un tweet pour essayer de se rattraper tardivement.
Il avait déformé par erreur le nom de Raphaël Glucksmann.
Tardivement. Je me souviens aussi, je me souviens aussi, il y a quelques années, il avait joué aussi sur la consonance d'un certain nombre de noms de vos confrères, de journalistes. Non, il n'y a pas de hasard. Est-ce que vous le comparez à Jean-Marie Le Pen, vous, M. Mélenchon ? Certains font la comparaison aujourd'hui. Oui, j'ai vu d'ailleurs, oui, bien sûr, c'est Raphaël Glucksmann qui lui a répondu, ok, Jean-Marie Le Pen. En tout cas, l'antisémitisme, il est bien là parce qu'il y a le communautarisme. Ça n'est plus un républicain. Vous voyez, je l'ai connu, moi, quand il siégeait au Sénat. Et je l'ai connu comme un républicain qui était vétilleux.
Nous n'habitions pas les mêmes rives de la République, lui, à gauche et moi à droite, mais j'avais beaucoup de respect pour un homme qui était cultivé profondément républicain.
Vous n'en avez plus aujourd'hui ?
Et désormais, ce n'est pas une question de respect, en tout cas, je le combats vigoureusement, c'est le premier danger de la démocratie française et désormais de la République. Il se fait désormais d'ailleurs l'allié des plus anti-républicains qu'il puisse avoir sur le sol français.
Deux questions rapidement sur les municipales. On a quelques jours du premier tour. À Paris, si c'est la condition pour gagner, Bruno Retailleau, Rachida Dati devra-t-elle s'allier avec Sarah Knafo ? Elle est venue ici il y a quelques jours, elle n'a pas été claire sur le sujet. Qu'est-ce que vous dites, vous, le patron des Républicains ?
Écoutez, c'est à Sarah Knafo de savoir si elle fait gagner la droite ou fait perdre la droite. Vous ne dites pas non à une alliance ? Ce n'est pas ce que je dis du tout. Ce n'est pas ce que je dis du tout. On verra d'abord quels seront les scores parce que je pense que plus on approchera du premier tour et plus le vote utile, la mécanique du vote utile, va se déployer. Et je le dis, moi, aux parisiens, aux parisiennes, chaque vote en faveur de M. Bournazel ou Mme Clafau avantage la gauche. Avantage M. Grégoire.
C'est la plus récoute utile, comme on dit. Dernière question. Au Havre, vous voteriez Édouard Philippe ou vous ne seriez pas contre sa défaite ? Sachant qu'il a dit que s'il n'était pas réélu, il ne serait pas candidat à la présidentielle.
Évidemment, je voterai Édouard Philippe. Évidemment, je voterai Édouard Philippe. Vous seriez très triste s'il perd. Non, mais il gagnera. Je me souviens, il y a six ans, où il y avait eu cette discussion-là. Il y avait eu une sorte, comment dirais-je, non pas de match, mais en tout cas de dramatisation dans les derniers jours et il avait gagné. Merci beaucoup Bruno Rézouard Philippe. C'est moi qui vous remercie.
Bruno Retailleau