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interviewyoutube.com· 6 juillet 2023 21 min

L'interview politique intégrale de Manuel Bompard sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

du Rhône et on va évidemment revenir sur les émeutes, sur la mort de Naël. Mais si je vous dis police, vous dites quoi ?

0:07
Manuel Bompard

Je dis réforme en profondeur, je dis qui dirige aujourd'hui, je dis peur du gouvernement qui manifestement est incapable d'ouvrir un débat sur la question du rapport entre la police et les citoyens. Parce qu'on a beaucoup parlé ces derniers jours de ce qui s'est passé dans les villes de France.

0:27
Présentateur

– Les mots, là vous me faites de la politique, mais les mots qui vous viennent à l'esprit, je vous dis police, vous dites quoi ? C'est-à-dire qu'est-ce qui vous vient à l'esprit ? Qu'est-ce qui pour vous symbolise les mots ?

0:34
Manuel Bompard

– Je vous ai répondu…

0:36
Présentateur

– Vous ne dites pas ordre, vous ne dites pas protection, vous ne dites pas…

0:40
Manuel Bompard

– Si, je dis tranquillité, je dis gardien de la paix, je ne dis pas force de l'ordre. Je dis comment on fait en sorte que la police ne soit pas dans un rapport dans lequel elle considère qu'il y a une partie de la population qui en quelque sorte sont des ennemis de l'intérieur. et donc je dis qu'il faut être en capacité d'ouvrir un débat qui j'ai l'impression est tabou en France, qui est le débat sur l'organisation de la police.

1:00
Présentateur

– Et pourquoi il serait tabou ?

1:01
Manuel Bompard

– Parce que depuis une semaine, on parle de tout, sauf de ce qui a été la cause de l'explosion à laquelle on a été confronté. La cause de ce qui a été l'explosion à laquelle on a été confronté, c'est la mort d'un jeune homme de 17 ans, tué par un policier, suite peut-être, on n'est même pas sûr, à un refus d'obtempérer. Et donc si on veut apporter une réponse durable à la problématique qu'on a rencontrée ces derniers jours, si on veut faire en sorte que ça ne se reproduise pas dans plusieurs semaines, dans plusieurs mois ou dans plusieurs années, il va falloir s'attaquer à cette question. Et s'attaquer à cette question, c'est revenir sur la loi de 2017 parce que manifestement…

1:37
Présentateur

– Alors précisez ce que c'est que la loi de 2017.

1:39
Manuel Bompard

– En 2017, la loi a été utilisée, la loi a été modifiée, pardon, et notamment elle a modifié la manière avec laquelle les circonstances dans lesquelles le policier pouvait avoir recours à son arme. Et depuis cette modification législative de 2017 qui a été mise en place par Bernard Cazeneuve, – Sous la présidence de François Hollande ? – Sous la présidence de François Hollande, depuis cette modification législative, le nombre de personnes qui sont mortes suite à des refus d'obtempérer a été multiplié par 5.

2:06
Présentateur

– C'était quoi ? C'était un permis de tuer pour vous ?

2:08
Manuel Bompard

– Oui, c'était une loi qui crée une ambiguïté dans les circonstances qui permettent à un policier d'utiliser son arme. Et le résultat, il a été très clair, c'est une multiplication par 5 du nombre de personnes qui sont mortes suite à des refus d'obtempérer. Écoutez, en France, l'année dernière, en 2022, il y a eu plus d'une personne par mois qui est morte suite à un refus d'obtempérer. Dans le même temps, en Allemagne, en 10 ans, il y a eu une personne qui est morte suite à un refus d'obtempérer. Je pense qu'on peut quand même se poser la question de savoir pourquoi on est dans cette situation.

Et j'observe de manière attristée, de manière franchement atterrée, que le gouvernement discute de tout sauf de ça.

2:44
Présentateur

– Alors, on va y revenir, mais pour le coup, Gérald Darmanin était devant les sénateurs hier. Il a parlé de la question de la formation, il a parlé de la question du tutoiement. Mais vous estimez carrément que le gouvernement a peur de la police ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ce serait la police qui tiendrait le pouvoir aujourd'hui ?

2:58
Manuel Bompard

– Écoutez, quand vous avez des syndicats de police, Allianz, Moussa Police, qui publie un communiqué, celui-ci, c'est des syndicats de police qui font plus de 50% aux dernières élections dans la police et qui utilisent des mots pour parler d'une partie de la population en disant que ce sont des nuisibles, qui menacent le pouvoir politique, je dis qu'il y a un problème parce que la police républicaine, elle n'est pas contre les citoyens, elle est au service des citoyens. – Le gouvernement a condamné l'usage du mot nuisible. – Non, ce n'est pas vrai. – Ce n'est pas vrai, M. Dupond-Moretti, M. Darmanin, M.

Nunez, interrogés sur le sujet, n'ont pas pu aller au-delà en termes de condamnation que de dire « je n'aurais pas utilisé les mêmes mots ». Oh là là, quelle vigueur dans la condamnation ! Non, un communiqué comme celui-ci, il est inacceptable. – Mais est-ce que vous iriez jusqu'à dire… – Ce que j'attends du ministre de l'Intérieur, c'est qu'ils remettent de l'ordre dans la police nationale.

3:43
Présentateur

– Est-ce que vous iriez jusqu'à dire qu'aujourd'hui, les policiers sont ceux qui détiennent le pouvoir en France ?

3:50
Manuel Bompard

– En tout cas, du point de vue de l'organisation de la police, il est clair que le ministre de l'Intérieur est incapable de condamner fermement ça parce qu'il a peur. Et pourquoi il a peur ? Parce que quand M. Castaner, qui était ministre de l'Intérieur dans la mandature précédente, une fois a commis l'outrage de dire que oui, il pouvait y avoir des comportements racistes dans la police et qu'un certain nombre de techniques de police, comme les clés d'étranglement, puisqu'elles avaient conduit à la mort, c'était suite au décès de Cédric Chouvia. Quand il a eu l'outrage de dire ça, 15 jours après, il n'était plus ministre de l'Intérieur.

4:24
Présentateur

– Vous voyez, vous estimez que M. Castaner a été limogé ?

4:28
Manuel Bompard

– Mais c'est documenté. – Sous pression de la police ? – Mais bien sûr, il y a eu un reportage sur ce sujet de manière très claire qui démontrait les liens

4:36
Présentateur

entre les syndicats de police et le pouvoir politique. – Pour vous, c'est le fait d'avoir exprimé cela qui fait qu'Emmanuel Macron l'a sorti ?

4:41
Manuel Bompard

– Mais ce n'est pas seulement mon point de vue. Tout ça a été documenté. Maintenant, je ne vais pas en rester seulement à de la dénonciation. Donc la question, parce que oui, on a besoin d'une police dans notre pays, bien évidemment qu'on a besoin d'une police. La question, c'est comment on fait en sorte d'avoir une police qui soit une police véritablement républicaine. Et donc je mets un certain nombre de propositions sur la table. – Allez-y. – Premièrement, on revient sur cette disposition législative de 2017.

Deuxièmement, comme l'a proposé le syndicat de la magistrature, on décide de dépayser l'ensemble des enquêtes pour violences policières pour que ce ne soit pas les juges qui sont dans le même périmètre géographique que les policiers qui sont mis en cause, qui s'occupent ensuite de juger leurs cas. Ça, ça me paraît être une mesure importante. Troisièmement, on met en place une commission vérité et justice pour réouvrir tous les cas de violences policières.

5:23
Présentateur

– C'est quoi une commission vérité et justice ?

5:24
Manuel Bompard

– Eh bien, c'est une commission qui permet de faire la vérité, de faire la justice sur un certain nombre d'autres cas.

5:28
Présentateur

– Mais vous estimez que l'IGPN ne fait pas la vérité et la justice ?

5:30
Manuel Bompard

– Non, elle ne fait pas son travail. L'IGPN, c'est une évidence. Ça aussi a été documenté. Il y a un certain nombre d'autres pays en Europe, je pense notamment à la Grande-Bretagne par exemple, qui a une organisation, une institution de contrôle, qui est une institution de contrôle indépendante.

5:44
Présentateur

– Qui constituerait cette commission vérité et justice ?

5:46
Manuel Bompard

– Eh bien, dans la commission vérité et justice. Non, ne mélangeons pas les choses. Il y aurait une commission vérité et justice avec l'idée…

5:53
Présentateur

– Mais vous metteriez qui dedans ?

5:54
Manuel Bompard

– Eh bien, des magistrats, des représentants des policiers, pourquoi pas des représentants du pouvoir politique, qui réouvrent un certain nombre de dossiers ? Parce qu'on ne parle pas de technique là, on parle de gens, on parle de famille, on deuillet…

6:09
Présentateur

– Honnêtement, en France, il y a quand même une personne qui est chargée de ces questions-là aussi, qui est la défenseuse des droits, Claire Edon. Elle était d'ailleurs mon invitée ce matin à 7h40 sur RMC. – Vous avez raison. – Elle s'est auto-saisie de cette question-là, précisément avec ce genre de questions, ce que vous appelez vérité et justice. J'ai quand même le sentiment que c'est à peu près ce qui la guide, c'est-à-dire de s'assurer que du point de vue déontologique, du point de vue du respect des citoyens, tout a été fait comme il se doit. – Mais elle fait un travail remarquable. – Est-ce que vous respectez son travail ? Est-ce qu'il faut en plus une commission vérité et justice ?

6:38
Manuel Bompard

– La défenseuse des droits fait un travail remarquable. D'ailleurs, elle fait tellement un travail remarquable que la proposition qui est la note, c'est que l'autorité de contrôle de la police qui remplacerait l'IGPN soit placée sous son autorité. Donc je n'ai pas de problème avec le travail de la défenseuse des droits. Le problème, c'est que quand elle fait des recommandations, aujourd'hui, le pouvoir politique les balaie d'un revers de la main. En 2017, le défenseur des droits a publié un rapport qui dit qu'une personne noire ou arabe a 20 fois plus de chances d'être contrôlée qu'une personne blanche, puisque c'est les termes qui sont utilisés.

Donc à un moment, est-ce qu'on peut se poser cette question ? Quand il y a ce rapport, quand l'ONU dit qu'il y a un problème de racisme dans la police, vous avez le préfet de police, M. Nunez, qui a interrogé sur le sujet, qui dit non, non, il n'y a pas de racisme dans la police.

7:21
Présentateur

Il dit qu'on ne peut pas parler d'un racisme systémique.

7:24
Manuel Bompard

Non, non, non, non, non, non, non, non, non.

7:25
Présentateur

Il a dit qu'on ne peut pas parler d'un racisme systémique. Pour vous, on peut parler d'un racisme systémique. Vous vous estimez, la police est raciste.

7:32
Manuel Bompard

Vous diriez cette phrase ? Mais on peut interroger, mais attendez, il faut être précis sur ce sujet. Mais justement, c'est pour ça que je vous demande de préciser votre terme. Je vais être très précis sur ce sujet, mais puisqu'il faut être précis, non, M. Nunez n'a pas dit ça. M. Nunez a dit précisément qu'il n'y a pas de racisme dans la police. Il l'a dit d'ailleurs sur votre antenne dimanche midi. Donc tout le monde pourra aller vérifier, premièrement. Deuxièmement, oui, on peut interroger des effets de système. Quand on interroge des effets de système, ça ne veut pas dire qu'on remet en cause l'ensemble des personnes qui travaillent dans cette institution.

Quand nous disons qu'il y a une forme d'omerta dans la police, qu'il y a un problème de formation des policiers, que ça produit ensuite des situations, ça c'est un effet de système. Donc oui, il y a un problème systémique dans la police.

8:10
Présentateur

Gérald Darmanin est plutôt d'accord avec vous. C'est ce qu'il a dit au sénateur hier soir. Il a dit qu'il y a un problème de formation. On peut améliorer la formation. Il a d'ailleurs dit que les jeunes recrutés par la police sont des enfants, c'est le terme qu'il a utilisé, de 18, 19, 20 ans, qui n'ont pas fait de très longues études. Ce sont ces mots et pour lesquels la formation pourrait être améliorée. Il a également dit qu'il allait réaffirmer l'interdiction absolue de tutoyer lorsqu'il y a des contrôles par la police. Est-ce que ça, ça va dans le bon sens ?

8:37
Manuel Bompard

Bien sûr que ça va dans le bon sens, mais ça fait six ans que le pouvoir macroniste est au pouvoir. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? En 2010, il y avait une personne sur 50 qui était admise au concours des policiers. Aujourd'hui, il y en a une personne sur cinq.

8:52
Présentateur

Donc le degré d'exigence ?

8:54
Manuel Bompard

Le degré d'exigence est beaucoup plus faible. Le niveau de formation a baissé. Il faut rétablir une formation sur deux ans. S'il y a aussi moins de candidats, c'est parce que le métier n'est pas suffisamment attractif. Vous voyez, moi, je ne suis pas anti-police. Je dis que les policiers travaillent, par exemple, dans un état d'élabrement des commissariats qui est inacceptable, avec des rémunérations qui sont trop faibles, avec un nombre de suicides dans la police qui est bien au-delà du nombre de suicides dans la moyenne de la population. Ça, c'est des causes qui sont des causes majeures. Mais c'est à ça qu'il faut s'attaquer. Mais ensuite, il faut aussi rétablir de l'ordre.

Par exemple, il y avait un code de déontologie dans la police qui avait été mis en place en 1986, qui a été modifié sous la présidence de François Hollande. Le premier élément de ce code de déontologie dans la police, c'était de rappeler que la police, elle était au service de la défense des libertés. Et ce point-là a été retiré du code de déontologie de 2014. Vous voyez, il y a beaucoup de choses à faire sur la police.

9:43
Présentateur

Est-ce que vous diriez, Manuel Bompard, que tout le monde déteste la police ?

9:46
Manuel Bompard

Mais non, mais tout le monde ne déteste pas la police.

9:49
Présentateur

C'est un slogan qui est utilisé par un certain nombre de militants. Moi, je n'ai pas envie de détester. Et notamment récemment, dans l'entrée de certains tribunaux à Lyon, par exemple, où des décisions de justice ont dû être stoppées, mises sur pause, parce qu'il y avait des militants qui criaient trop fort dans les tribunaux. Tout le monde déteste la police.

10:06
Manuel Bompard

J'entends tout à fait ce que vous dites. Mais la responsabilité de dirigeants politiques, d'élus, c'est de faire des propositions. Et la proposition qu'il faut faire, c'est comment on fait en sorte que le rapport entre la police et les citoyens s'améliore. Ça devrait tous nous alerter. Vous regardez les sondages. Depuis 20 ans, le taux d'adhésion de la population à la police a baissé de 20%. Il est légèrement supérieur à 50%.

10:30
Présentateur

7 Français sur 10 font confiance à la police. C'est un sondage élabre de cette semaine.

10:34
Manuel Bompard

D'accord.

10:35
Présentateur

Et c'est d'ailleurs en progression, plus 2 points par rapport à Marse.

10:38
Manuel Bompard

Je n'ai pas vu ce sondage-là, mais j'ai vu un autre sondage, qui est un sondage, je crois, de l'Institut IFOP, qui démontre que le taux d'adhésion ou de confiance dans la police a baissé de 20 points sur les 25 dernières années. Mais ça, ça devrait tous nous interpeller, tous nous interroger. Comment on fait en sorte pour que ça ne soit plus le cas ? Donc oui, je pense qu'il faut une réforme de la formation, une réforme des autorités de contrôle, un rétablissement de la police de proximité. Ça a été beaucoup décrié quand nous l'avons dit à l'époque, mais il faut une police qui soit aussi désarmée que possible.

Et dire ça, ce n'est pas naïf, parce que vous savez que par exemple, qu'en Grande-Bretagne, il y a moins de 5% des effectifs de police qui portent une arme. Et quand vous interrogez les policiers, il y a 80% qui sont d'accord avec le fait que l'ensemble des effectifs de police en Grande-Bretagne ne portent pas une arme. Donc il y a beaucoup de choses à faire dans la police, et moi j'appelle à ce qu'on puisse enfin ouvrir ce débat. Mais si on veut avoir une réponse durable aux événements qui se sont déroulés ces derniers jours, il va falloir qu'on s'attaque à ce sujet.

Ce sujet des violences policières, ce sujet du racisme, et ce sujet d'une police qui fonctionne mieux, et qui est véritablement républicaine.

11:34
Présentateur

Quand vous dites les événements de ces derniers jours, comment est-ce que vous les qualifiez ? Est-ce que vous parleriez d'émeute ? Et est-ce que vous les condamnez ?

11:39
Manuel Bompard

Je parle de révolte. Je pense que ça a été une explosion sur quelque chose qui couvait depuis un certain nombre d'années, et qui bien sûr a produit des événements que personne ne peut partager. Je veux dire, moi je ne suis pas d'accord avec le fait qu'on s'attaque à une école, je ne suis pas d'accord avec le fait qu'on s'attaque à un commissariat, je ne suis pas d'accord avec le fait qu'on s'attaque à un maire. Bien évidemment, je ne suis pas d'accord avec ça. Mais si on veut être responsable politique, on doit poser... C'est toujours un mais avec vous. Non mais enfin, je ne sais pas, vous m'avez déjà fait ce coup la dernière fois.

Non, non, non, je crois que je n'ai jamais parlé de votre mais, mais pour ça il y a beaucoup de mais. Vous m'avez fait exactement la même chose la dernière fois.

12:17
Présentateur

Peut-être que vous n'avez pas beaucoup changé depuis.

12:19
Manuel Bompard

Mais peut-être, et peut-être que ce n'est pas plus mal. Et peut-être que vous, par contre, quand vous interrogez d'autres responsables politiques à l'extrême droite qui disent la mort du jeune Naël est dramatique, mais il avait un casier judiciaire, ce qui est faux, mais il n'avait pas à conduire. Peut-être que là vous auriez pu leur poser la question de savoir...

12:34
Présentateur

Vous avez un problème ?

12:35
Manuel Bompard

J'ai un problème sur quoi ?

12:35
Présentateur

Non, mais je ne sais pas, sur une interview que j'aurais faite ?

12:37
Manuel Bompard

Je n'ai pas de problème sur une interview que vous avez faite. Je vous pose une question, puisque vous êtes en train, alors que je vous dis de manière très claire...

12:43
Présentateur

Je crois que je vous réponds de manière très claire et très franche. Et l'autre jour, vous avez sans doute entendu... Il y avait Jordan Bardella qui était là, à qui j'ai dit, mais évidemment, vous n'avez pas dû voir la même vidéo. Mais vous faites ce que vous voulez, Apolline de Manéa, c'est pas à moi de m'interroger sur votre travail,

12:56
Manuel Bompard

mais pourquoi vous m'interrompez au moment où je suis en train de vous dire de manière très claire...

12:59
Présentateur

Parce que c'est ça très intéressant qu'il y ait toujours ces deux parties de la phrase. Et moi, je vous ai posé une question, est-ce que vous condamnez ces violences ?

13:03
Manuel Bompard

Mais je vous ai répondu, Apolline de Manéa, je vous ai dit que je n'étais pas d'accord avec le fait qu'on attaque un commissariat, qu'on n'était pas d'accord avec... Je ne suis pas d'accord avec ça. Mais alors, il ne faut pas que je dise mais, donc je ne suis pas d'accord avec ça. D'accord ? Ça vous va ? Je pose ensuite la question de savoir comment on fait en sorte que ces événements qui se sont produits ne se reproduisent pas. Et je pense que ça devrait interroger et interpeller tout le monde. Comment on fait en sorte que ça ne se reproduise pas dans plusieurs semaines, plusieurs mois ou plusieurs années ? Et évidemment, je vous ai dit ça, ce n'est pas le lancer ce que j'ai dit avant,

13:30
Présentateur

Apolline de Manéa, c'est de poser la question de la suite. Tout à fait. Et on va la poser cette question de la suite. Il y a quand même cette question aussi de l'appel au calme. Ce refus d'appeler au calme. Je voudrais reprendre les propos de Jean-Luc Mélenchon. Les chiens de garde nous ordonnent d'appeler au calme. Nous appelons à la justice. Je ne vois pas le rapport, je ne vois pas le problème. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas appeler et au calme et à la justice.

13:51
Manuel Bompard

Mais nous avons appelé à construire les conditions du calme. Nous avons appelé à faire en sorte de bâtir le calme. Je me trouve un peu tordu. Mais non, je ne suis pas tordu. Je me trouve un peu tordu. Mais je ne suis pas tordu. Non, mais on a appelé à... Mais c'est vous qui êtes tordu parce que vous allez chercher chaque mot, chaque phrase, chaque truc. Moi, je suis en train de vous dire...

14:06
Présentateur

S'il n'y a bien qu'une personne qui maîtrise le vocabulaire et l'argumentaire, c'est Jean-Luc Mélenchon. Vous poserez la question à Jean-Luc Mélenchon.

14:12
Manuel Bompard

Vous avez en face de vous, Manuel Bourgard, qui refuse d'appeler au calme, c'est qu'il refuse d'appeler au calme. Ce n'est pas la même personne. Mais est-ce que... Il ne faut pas jouer sur les mots. Est-ce que l'un d'entre nous a encouragé des dégradations ? Personne ne l'a fait. Je n'ai pas dit que vous aviez encouragé. J'ai posé une question très précise. Avez-vous appelé au calme ? C'est ce que vous avez dit. C'est ce qu'un certain nombre d'autres personnes ont dit. Nous, nous souhaitons que nous créions les conditions d'un calme qui soit un calme durable. Et à partir de ce moment-là, nous disons qu'il y a des causes à cette explosion. Il y avait une urgence. Moi, je veux bien le...

Oui, il y avait une urgence.

14:39
Présentateur

En fait, encore une fois, je ne vois pas... Il y avait une urgence, Pauline de Malherme. Un, appeler au calme immédiat. Deux, appeler au calme durable. Trois, appeler à la justice. En fait, je ne vois pas en quoi le fait d'appeler au calme immédiat vous empêcherait d'appeler aussi à la justice.

14:49
Manuel Bompard

Écoutez, bien sûr qu'il y avait une urgence, puisque c'est votre question. Mais il y avait une urgence. Et est-ce que ceux qui nous dirigent, est-ce que le pouvoir en place a posé des actes qui permettent qu'un certain nombre de personnes qui étaient émues, qui étaient attristées, qui étaient révoltées, qui étaient en colère contre cette vidéo et le meurtre de ce jeune homme ? Est-ce que les responsables politiques au pouvoir ont pris des dispositions pour dire qu'on partage la peine de la famille et qu'on va faire en sorte que jamais des drames comme celui-ci ne puissent se reproduire ? Le président de la République a appelé la famille ? Non, non.

Le président de la République a demandé à son ministre de la ville de passer un coup de téléphone à la mère du jeune Naël. Il y a eu plus de plus. Non, ce n'est pas vrai. Enfin, vous pouvez, ça fait deux fois. Vous estimez qu'en fait, de ce point de vue-là, ils ne sont pas du tout à l'auteur ? Non, je pense que le président de la République, par exemple, aurait pu aller voir la maman de ce jeune homme, aurait pu montrer que la nation toute entière partageait sa peine, son émotion.

15:42
Présentateur

Oui, vous voulez dire qu'ils ont choisi. Quand ils vont à l'Aïlée Rose, ils ne vont pas voir à l'Aïlée.

15:45
Manuel Bompard

Voilà, et moi, je pense que quand on est face à une situation comme celle-ci, la responsabilité du plus haut dirigeant de l'État, c'est de montrer une forme de solidarité et ensuite de prendre la parole pour dire « ça ne se reproduira pas parce qu'on va faire ci, on va faire ça, on va mettre en place telle et telle décision ». Hier, nous avons interrogé, non, avant-hier, nous avons interrogé Mme Borne à l'Assemblée nationale. Nous lui avons posé des questions concrètes. Est-ce que oui ou non, on va revenir sur la loi de 2017 ? Est-ce que oui ou non, on va faire en sorte d'avoir une réforme de l'IGPN ?

16:14
Présentateur

Une révolte de l'IGPN, vous appelez à une révolte de l'IGPN ?

16:17
Manuel Bompard

Est-ce que oui ou non, on va faire en sorte de dépayser les enquêtes pour violences policières ? Elle ne répond à aucune de ces questions. Donc moi, je suis en train de vous dire, si on veut faire en sorte que le pays sorte de cette situation et que ce type de drame ne se reproduise pas, il faut des réformes en profondeur et je ne les vois pas arriver malheureusement.

16:33
Présentateur

Quand moi, je dis que vous êtes un peu alambiqué au minimum dans votre réponse à ces questions qui vous ont été posées depuis le début des émeutes, appelez-vous au calme et à chaque fois, c'est vrai que c'est un peu tordu quand même comme réponse, c'est évidemment pas moi qui le dis, ce sont vos partenaires, vos partenaires de la NUPES. C'est Olivier Faure qui dit « je suis en profond désaccord ». C'est Fabien Roussel qui dit « je me désolidarise des propos tenus par Jean-Luc Mélenchon ».

16:58
Manuel Bompard

D'accord.

17:00
Présentateur

Ça ne vous interroge pas, vous ne vous dites pas, il y a un problème quand même. Si c'est nos partenaires, les gens avec qui on travaille au quotidien, qui sont nos alliés...

17:07
Manuel Bompard

D'abord, ce n'est pas tout à fait vrai, il y a un certain nombre d'autres acteurs politiques qui ont dit précisément...

17:11
Présentateur

Voilà, c'est quand même le patron du PS et...

17:13
Manuel Bompard

Attendez, qui ont dit précisément les mêmes choses que nous. Et le patron du PS. Non, non, moi je ne vais pas biaiser votre question. J'ai un désaccord avec Olivier Faure, c'est vrai. J'ai un désaccord avec lui, par exemple, parce qu'il était député en 2017 et il a voté pour la modification de la loi, la loi Cazeneuve. Et donc, je ne suis pas d'accord avec lui sur le sujet. J'ai un désaccord avec Olivier Faure et Fabien Roussel. Par exemple, ils ont participé à une manifestation devant l'Assemblée nationale à l'appel du syndicat Alliance qui disait « le problème de la police, c'est la justice ».

Je remarque qu'à ce moment-là, vous ne leur avez pas demandé s'ils ne faisaient pas une généralité quand ils parlaient de la police et de la justice. Si vous voulez, je vais rechercher les archives. Non, mais ce n'est pas grave. Donc oui, sur ce sujet, j'ai un désaccord avec eux. Et j'ai un désaccord avec Fabien Roussel quand il dit qu'il faut couper les réseaux sociaux. Et ce n'est pas pour faire de la polémique. C'est juste parce qu'il faut comprendre que dans un moment comme ça, il faut avoir un certain nombre de principes qui sont attachés.

Et que je suis scandalisé et je suis stupéfait de voir que petit à petit, on considère normal de commencer à poser sur la table des propositions qui sont des propositions des régimes autoritaires.

18:12
Présentateur

Donc pour vous, effectivement, le fait de couper Internet comme ça a été proposé par Emmanuel Macron et repris en effet par Fabien Roussel, vous n'êtes pas d'accord ? La question de la suppression des allocations. Emmanuel Macron qui, devant les policiers de la BAC, a eu cette phrase « Il faudrait qu'à la première infraction, on arrive à sanctionner financièrement et facilement les familles ».

18:31
Manuel Bompard

Mais franchement, c'est d'un mépris, c'est d'une violence, c'est insupportable. Vous croyez que les familles, les mamans, les papas, dans les quartiers populaires comme dans l'ensemble de la société, ils ne font pas le maximum pour essayer d'éduquer leurs enfants ? Vous croyez qu'ils ne sont pas attachés ? Vous croyez qu'ils ne se battent pas ? Vous croyez qu'il n'y en a pas qui vont faire deux, trois métiers pour essayer d'avoir des moyens, pour faire en sorte que leurs enfants puissent avoir une éducation de qualité ? Tout le monde essaye d'éduquer ses enfants. Oui, mais en même temps qu'ils n'ont pas de conséquences. Attendez, attendez, attendez.

18:57
Présentateur

C'est un problème quand même.

18:58
Manuel Bompard

Attendez, je vais répondre à votre sujet, à votre question. Dans la cité, Pablo Picasso, à Nanterre, il y a 30% de familles qui sont monoparentales. Dans ces 30% de familles monoparentales, il y en a la moitié qui vivent sous le seuil de pauvreté. Vous allez leur enlever les allocations familiales et vous croyez que ça va résoudre le problème ? Non, ça va l'aggraver encore. Vous avez des familles où il y a trois, quatre enfants. Parce qu'un des enfants a fait une bêtise, « Vous allez sanctionner la famille en entier ? » Je trouve ça ignoble de dire ça. C'est ce que dit Arnaud Robinet, par exemple,

19:21
Présentateur

le maire de Reims, qui dit « Est-ce qu'on continue à accepter que des gens qui n'ont rien à se reprocher, 95% des gens dans nos quartiers, demandent à déménager et quittent leur logement et qu'on laisse les autres, ceux qui pourrissent la vie, qui dégradent, qui participent au trafic de stupéfiants, et eux, on n'y touche pas, et eux, on les laisse dans leur logement ? »

19:38
Manuel Bompard

Mais attendez, vous étiez en train de m'interroger sur comment on fait, donc comment on fait ? D'abord, on fait en sorte de...

19:43
Présentateur

Non, mais voilà, dans les sanctions, dans l'action des sanctions...

19:46
Manuel Bompard

Mais un, ça sera contre-productif, deuxièmement, c'est méprisant, et troisièmement, quand bien même on voudrait condamner des parents, vous savez, ça existe déjà. Vous savez que, par exemple, parfois, il y a les juges des enfants, quand il y a un enfant qui fait une bêtise, qui décide de ce qu'on appelle des mesures d'assistance éducative, c'est-à-dire, ils disent « Le parent, manifestement, n'a pas réussi, donc il a besoin d'un éducateur pour l'aider. » Il y a une tribune qui a été publiée par les juges des enfants du parquet de Bobigny récemment, vous savez ce qu'ils disent ?

Il faut parfois 18 mois pour qu'il y ait une association ou un éducateur qui soit disponible pour mettre en place cette mesure éducative. Donc moi, je veux bien qu'on vienne ici, sur les plateaux de télévision, faire des mesures les plus démagogiques les unes que les autres. Mais quand, dans le même temps, on sabre les moyens pour les éducateurs, quand, dans le même temps, on sabre les moyens pour les associations qui donnent des coups de main aux parents qui ont des difficultés, parce que oui, parfois, même quand on fait du mieux qu'on peut, parfois, bah oui, on n'y arrive pas, parce que nos enfants, ils sont adolescents et qu'ils font des bêtises.

Mais vous voulez que je vous fasse la liste des responsables politiques, y compris jusqu'au gouvernement, qui ont des problèmes avec leurs enfants ? Vous voulez que je la fasse la liste ? Je ne la ferai pas, parce qu'ils ne sont pas responsables, parce qu'ils font eux aussi du mieux qu'ils peuvent. Mais alors, il faut arrêter de mépriser les gens, il faut arrêter de pointer du doigt, parce que vous êtes bien contents quand les mêmes mamans, elles se lèvent à 5h du matin pour prendre le métro, pour venir nettoyer les bureaux à Paris, pour venir assurer la sécurité, pour faire en sorte d'essayer de gagner leur vie.

Et oui, quand vous vous levez à 5h du matin, vous n'êtes pas là pour emmener les gamins à l'école. Donc il faut les aider, tout simplement, pas les pointer du doigt et les sanctionner. Je trouve ça ignoble, je trouve ça odieux.

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Présentateur

Manuel Bompard, coordinateur de l'équipe opérationnelle de la France Insoumise.