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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 13 mai 2015 6 min

Jean-Luc Mélenchon : « La réussite, dans la vie, ce n’est pas vendre des BMW »

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

France Inter, Catherine Boulay, Éric Delvaux, le 5-7. Votre invité ce matin, Éric Delvaux, c'est Jean-Luc Mélenchon, l'auteur de Le Haran de Bismarck, paru aux éditions Plon.

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Jean-Luc Mélenchon

Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. Alors vous voilà donc dans le rôle de lanceur d'alerte. Et vous n'y allez pas de main morte d'ailleurs pour dire tout le mal que vous pensez de la gouvernance allemande, en accusant au passage, je vous cite, les dirigeants français de Germanolatrie, les français réduits à des moutons qui bellent pitoyablement, qui baissent les yeux devant l'arrogance injurieuse de l'Allemagne. A quel moment, récemment, François Hollande s'est-il laissé maltraiter par l'ordolibéralisme allemand ?

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Présentateur

A bien des occasions, notamment lorsqu'il avait promis de renégocier le traité budgétaire, qu'il n'en a rien fait, qu'il était comme un petit garçon, alors qu'il s'agissait de quelque chose qui allait bouleverser le destin de la France et son organisation de l'État, du budget, etc. Mais ce qui m'a surtout motivé, c'est d'abord de dire à mes compatriotes, écoutez, rêvez pas, l'Allemagne n'est pas un modèle, elle est d'ailleurs déclinante. Et deuxièmement, ce qui m'a mis en mouvement, c'est de voir comment on a traité la Grèce et Chypre, avec quelle violence les dirigeants allemands l'ont fait, et ça m'a révulsé.

Je me suis dit, bon, allez, je m'y mets, je fais un pamphlet, alors évidemment, le pamphlet, une figure pamphlétaire, ça... Oui, vous insistez bien, c'est un pamphlet, c'est polémique. Oui, bah, ça pique, et puis c'est fait aussi pour que ce soit plaisant à lire, on ne peut pas non plus peindre tout noir sur noir, et puis le faire avec un esprit pédant, donc j'espère que vous avez souri. L'Allemagne n'est pas un modèle, et pourtant 0,7% de croissance contre 0,1% en France, taux de chômage 4,8% contre plus de 10% en France, l'Allemagne est forcément un modèle ? Non, bien sûr que non.

D'abord, parce que les taux de chômage sont complètement truqués, quelqu'un qui est payé 1 euro de l'heure et qui n'a pas la possibilité de dire non, sort des statistiques du chômage. Un salaire minimum a été instauré en Allemagne ? Oui, bah, pas un, plusieurs, suivant les Landes, et deuxièmement, pas appliqué, et troisièmement, inférieur au SMIC français. Et quatrièmement, appliqué à des travaux à temps partiel qui font que les gens ont une vie misérable. Donc, quand on compare les taux, il faut s'assurer qu'on parle bien des mêmes choses.

J'ajoute que, quand même, franchement, la réussite dans la vie, c'est pas de vendre des BMW, et d'avoir des taux de ceci ou des taux de cela, c'est d'avoir un minimum de goût à l'existence, des droits au petit bonheur. Qu'est-ce qu'un pays dans lequel il y a plus de gens qui meurent que de gens qui naissent ? Qu'est-ce qu'un pays dont 25 000 jeunes par an fichent le camp alors qu'il y en a déjà si peu ? Qu'est-ce qu'un pays où il n'y a aucun accueil prévu pour la petite enfance, si bien que les femmes ne peuvent pas concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale ? Et ainsi de suite, ce n'est pas un modèle.

C'est une société triste, qui est en déclin démographique, et qui a contraint tous ses voisins à être les producteurs de pièces détachées, qu'ils assemblent en Allemagne, et ensuite ils font les malins en disant... Mais ça, c'est le problème des Allemands, ce n'est pas le problème des Français. Alors, vous avez raison de dire après tout, si ça leur plaît. Non, on est tous des êtres humains, ça nous intéresse, ce qui se passe chez nos voisins. Les Allemands ne sont pas nos ennemis, ce sont nos partenaires. Mais c'est surtout qu'ils l'imposent aux autres, parce que leur doctrine politico-économique, ils l'ont imposée dans les traités européens, notamment le traité budgétaire.

Au fond, si vous voulez, mon livre, il est autant un pamphlet contre la manière avec laquelle l'Allemagne est gouvernée, qu'un pamphlet contre la façon avec laquelle les Français ont tout accepté et baissé les yeux. Parce qu'après tout, les Allemands, ils ont profité d'une opportunité qui leur était donnée.

3:23
Jean-Luc Mélenchon

Pamphlet direct, argumenté, vous l'avez souligné, avec des pointes d'humour également. Est-ce que vous n'allez pas trop loin quand vous écrivez qu'il faut se méfier ? Je vais vous citer, prendre des précautions avec un pays qui nous a envahi trois fois en moins d'un siècle. Pourquoi cette référence ? Est-ce qu'il y aura une résilience en Allemagne de cette période ?

3:42
Présentateur

D'abord parce que l'histoire longue et la géopolitique commandent la politique. Et si la situation est celle-là, c'est aussi parce que les Allemands ont traditionnellement, les gouvernements allemands, une idée, si vous voulez, une bonne conscience spontanée. Ils pensent que ce qui est bien pour eux est bon pour tout le monde et qu'il n'y a qu'à faire comme eux. Et c'est pourquoi je dis attention, parce que nous les Français, nous avons nos défauts, traditionnellement, nous sommes toujours très universalistes, nous croyons que nous incarnons la raison dans l'histoire. Mais nous le faisons, nous, de principes extrêmement généraux. Liberté, égalité, fraternité.

Les gouvernants allemands le font d'une manière beaucoup plus étroite, avec une vision de la société qui est très tribale. Et je mets en garde, attention, si vous ne tenez pas tête aux dirigeants allemands, et bien ils considèrent que vous leur donnez raison. Et ceux qu'on ne peut convaincre, des fois, il faut les contraindre.

4:33
Jean-Luc Mélenchon

Ce pamphlet contre la gouvernance allemande, est-ce que ce n'est pas finalement un livre sur la souveraineté de la France ?

4:39
Présentateur

Bien sûr, on ne peut être bons amis, on ne peut déléguer des parts de souveraineté, comme nous le faisons chaque fois que nous signons un traité international, qu'à la condition d'être nous-mêmes indépendants. Et moi, je suis un indépendantiste français. C'est-à-dire que je ne crois pas qu'on avance beaucoup en faisant semblant d'être des Allemands, c'est-à-dire d'accepter l'ordo-libéralisme, cette doctrine absurde, qui dit que l'économie et la politique n'ont rien à voir, et que surtout les politiques ne doivent pas se mêler d'économie. Je ne crois pas. Toutes les constitutions françaises disent qu'au point de départ de toute vie sociale, il y a le partage des richesses.

Et ça, c'est à la fois de l'économie et de la politique.

5:15
Jean-Luc Mélenchon

Le haran de Bismarck. Bismarck qui aimait beaucoup les harans. Et on lira l'anecdote entre Angela Merkel et François Hollande à ce propos. Merci Jean-Luc Mélenchon, invité ce matin du 5-7 de France Inter.