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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 13 octobre 2025 59 min

INFORMER SANS DÉPRIMER : un nouvel enjeu pour les médias en France

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

La fabrique de l'information François Celtienne. Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans la fabrique de l'information, le rendez-vous de France Culture consacré au décryptage du travail journalistique et à l'analyse des récits médiatiques. Guerre en Ukraine, massacre à Gaza, monté des populismes, péril écologique et instabilité politique.

Exemple ces derniers jours, un premier ministre des missionnaires parti puis maintenu pour incarner dans le réel un jour sans fin avec le risque qu'on y comprenne plus rien ou que le public ne cherche plus à faire l'effort. Ce flux continu d'informations anxiogène pousse au phénomène d'évitement de l'actualité. 36 % des Français déclarent l'éviter parfois ou souvent quand celle-ci ne les rattrapent pas au milieu de leur fil Instagram entre une recette de cuisine et une photo de piscine.

Submersion, surconnexion et une fatigue qui provoque un exode informationnel, la volonté de se replier seul ou en communauté pour aborder le monde autrement. Quelle responsabilité des médias dans ce contexte où le lien avec le public s'affaiblit ? Comment redonner le goût de s'informer et sortir du sentiment d'impuissance ?

Et si le journalisme de solution qu'il conviendra de définir en était une ? Comment les rédactions doivent repenser les formats et les approches pour se reconnecter à une audience qui doute ? Voilà les grandes questions de cet épisode en ce vendredi 10 octobre, journée mondiale de la santé mentale.

Comment informer sans déprimer ? Trois invités en pleine forme pour en parler. [Musique] et en duplexe depuis les studios d'ici Provence, Pauline Miel, bonjour.

Bonjour, bonjour à toutes et à tous. Vous êtes sociologue des médias et du journalisme, directrice de l'école de journalisme et de communication de l'université ex-Marseille et autrice de l'ouvrage Le journalisme de solution paru aux presses universitaires de Grenoble. En studio depuis Paris, David Médioni.

Bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste indépendant et directeur de l'Observatoire des médias de la fondation Jean Jorè qui a récemment publié un rapport sur cette fameuse exode informationnelle.

À vos côtés Juliette Kev. Bonjour. Bonjour.

Vous êtes journaliste et directrice de Ver média indépendant qui traite de l'actualité au prisme des enjeux écologiques et qui applique en partie des méthodes du journalisme de solution pour lutter contre l'écoanxiété. Enfin, comme chaque semaine, nous accueillons un membre de la rédaction de courrier international, notre partenaire qui veille, sélectionne et traduit le meilleur de la presse étrangère cet après-midi. Ingrid Tarwat est au micro.

Bonjour Ingrid. Bonjour François. Avec une chronique dans le thème de notre émission, dites-nous.

On va partir en Italie dans une communauté de jeunes qui ont décidé de vivre ensemble pendant 3 ans. Ça fait rêver ça. Vous avez le programme complet de l'épisode 6 de la fabrique de l'information.

Pensez à vous abonner au podcast sur l'application Radio France, à nous suivre en direct et en image sur la chaîne YouTube de France Culture ou sur son compte TikTok. Nous gardons le contact avec vous et vous pouvez même poser toutes vos questions à nos invités. Joséphine Renart qui prépare l'émission à mes côtés.

Reste à votre écoute. Vous êtes-vous déjà demandé ce qui peut bien se passer dans la tête des autres ? La fatigue, la grosse fatigue face à l'information.

Depuis 20 ans, les mots se multiplient pour décrire notre rapport à la fois défiant et excessif à l'information. Sa quantité, indigeste, c'est le mot valise infobésité. Sa qualité plus ou moins merdique.

Fait ou vérité alternative, fake news ou bullshit, post vérité. Aujourd'hui, en fait nous, nos parents, quand tu leur dis tu peux être avoir toute l'info que tu veux, tu dis mais je veux tout savoir ce qui se passe en Inde, aux États-Unis, en Chine. Alors le doom scrolling, qu'est-ce que c'est ? l'acte addictif de faire dérouler des nouvelles désastreuses sur son fil d'actualité et ainsi tomber de son plein gré dans un vortex terrifiant d'info catastrophique.

Et c'est comme ça mes chers auditeurs que vous tombez dans le piège du doom scrolling dans les ténèbres du défilement sans fin. Comme vous avez peur de passer à côté du truc dont tout le monde va parler et bien vous scrolllez encore et encore. C'est que le début.

D'accord. D'accord. D'accord. [Musique] crise, guerre, grève, meurtre, accident, j'en peux plus, ça me stresse, ça me déprime.

Ça me fait mal de le dire, mais on se rend pas compte à quel point la jeunesse souffre aujourd'hui parce que bah ils sont bibronnés aux réseaux sociaux, donc ils sont bibonnés à des choses qui sont fausses et malheureusement leur santé mentale en prennent un coup vraiment. C'est ce que l'on appelle de la fatigue, 53 % des Français en souffrent et même 38 % en souffrent beaucoup. C'est un stress informationnel qui est dû à l'abondance d'information.

N'ayez pas peur chers auditeurs, auditrices, restez avec nous. On va donc parler de cette fatigue qui avait été publié dans un rapport de la fondation Jean Jorè, vous en êtes le co-auteur, David Médioni avec Sébastien Boulonne et Genel Go. Un rapport qui avait fait qui avait fait date à l'époque, donc qui avait conceptualisé cette fatigue informationnelle 2 ans plus tard, vous parlez maintenant d'exode informationnelle.

C'est quoi la différence ? Alors en fait, l'exode informationnelle, c'est euh la conséquence, si j'ose dire, de la fatigue qui s'est installée. Il y a 2 ans, 53 % de nos concitoyens disaient euh souffrir de fatigue informationnelle.

En novembre 2024, c'était euh 54 % donc c'était assez stable. Mais ce qu'on a observé dans cette 2è vague de l'étude fatiga informationnelle de la fondation Jean Jorè, c'est que euh une partie de nos concitoyens, presque 40 % d'entre eux euh déclare s'exiler vers d'autres terres informationnelles. Qu'est-ce que sont ces autres terres informationnelles ?

Il y a deux types d'exil. D'abord le le premier exil, c'est cette idée que on va débrancher complètement, on va aller cultiver notre jardin et on va se dire que finalement le monde informationnel, politique qui qui se parle à lui-même ne nous intéresse plus et ne nous concerne plus. Ça c'est une première une première façon de s'exiler.

Et la deuxième façon de s'exiler c'est vers des terres d'information alternative. Donc ça peut être des sites d'information indépendants qui qui donnent autre chose, qui amènent autre chose. Ça peut être des sites d'information de de solution.

Euh et puis c'est aussi euh une vérité alternative et des euh et des sites conspirationnistes et une volonté de remplacer le réel par euh une explication beaucoup plus euh simple et beaucoup plus facile à comprendre. D'accord. Donc on voit bien ces différentes volontés de de se couper totalement du réel pour se sans doute se se ressourcer auprès de ses proches en disant finalement la vie c'est celle que j'essaie d'entreprendre avec les biens et ça va très bien comme ça jusqu'au risque que vous pouvez que vous venez d'évoquer d'Exode vers une autre manière de concevoir le réel.

Et là, on sait très bien qu'on est assez proche des thèses conspirationnistes. Pauline Amiel, pour expliquer cette surcharge informationnelle, vous pointez aussi le le rôle délétaire d'une information qui tourne en boucle et qui se répète d'un média à l'autre. Oui, c'est vrai que la fatigue, on elle existe quand même depuis longtemps où cette idée d'infobiésité, même si on avait pas forcément mis ces termes-là, au moins depuis les années 90.

Et c'est en même temps que ça a été développé l'information finalement en direct. euh notamment sur des informations très anxiogènes comme la guerre en Irak à cette époque-là et puis ça n'a fait que progresser et aujourd'hui on est particulièrement impacté en France notamment parce qu'en France on a quelque chose qui est très puissant c'est l'information en continue. Alors, les télévisions d'information continue, ça peut être les radios, ça peut être d'autres types de médailles qui adoptent ce paradigme de l'information en continu et effectivement ça renforce ce sentiment de surcharge informationnelle de de fatigue et donc cette envie de s'exiler.

Vous évoquez justement la guerre en Irak. C'est à ce moment-là que France info la radio continue du service public a trouvé aussi justement son public qui a couvert cette guerre qui était peut-être une des premières guerres couvertes par une information en continu à la radio en France d'habid voulez faire un petit retour rapide c'est ce que c'est exactement ça c'est ce que nous ce qu'on a ce qu'on a montré avec Genaë c'est cette dictature du flux un peu. En fait, la fatigue informationnelle, elle est pas elle est pas récente.

Effectivement, elle existe depuis un bout de temps, mais ce qui est récent, c'est la la la densité avec laquelle on est l'information est martelée sur les individus et le flux continu qu'ils subissent et dans dans duquel ils arrivent plus de à s'extraire. En fait, c'est vraiment ça de cette dictature du flux qui entraîne la fatigue et qui ensuite conduit à l'exode ou à d'autres formes de régulation. Alors, Juliette KF, on l'entend cette dictature du flux.

Donc l'information continue. Puis quand même, j'aimerais revenir sur cette idée qu' qu'elle tourne en boule, qu'on a l'impression que c'est un peu un copiercollé, que cette information qu'on va voir dans un média, on va la retrouver ailleurs. Comment vous faites-vous pour éviter ce copiercollé qui est un risqueon a tous dans les rédactions ?

On regarde forcément ce que publient les autres, on a envie parfois d'être les premiers ou de le faire parce que les autres le font. Comment vous échappez à ces réflexes là ? Euh honnêtement, c'est assez difficile bien sûr puisque on est tous embarqués dans le monde journalistique par cette course à l'échafaud qui nous fait on on court on court derrière l'actualité.

Nous euh on a choisi de développer un format qui est celui de la newsletter. La newsletter c'est un petit format, un petit journal qui est envoyé chaque jour dans la boîte mail de nos abonnés et qui a un début et une fin. Et en réalité, c'est le contraire de l'actualité en continu, c'est le contraire du flux.

Donc, ne serait-ce que dans le format, je pense qu'il y a quelque chose d'extrêmement sain à avoir une newsletter d'actualité sur l'écologie. Bien sûr, on a aussi un site internet sur lequel on peut aller retrouver tout un tas d'articles, de reportages et d'enquête. Mais le choix même de ce format pour moi répond justement à une logique euh de d'avoir un traitement qui sorte de l'actualité immédiate.

Et ce qu'on met à la une justement de notre newsletter, c'est quelque chose qu'on choisit. C'est pas forcément euh euh des bah des dépêches AFP qu'on va pouvoir reprendre et qu'on retrouve dans d'autres médias. C'est aussi de l'actualité que nous on choisit de mettre à la une.

Donc c'est ça aussi qui est très distinctif euh dans le format et dans le travail qu'on fait à ver, c'est qu'on va choisir d'apporter nos propres sujets. Par exemple, aujourd'hui à la une, on a mis un sujet de solution. On a choisi de s'intéresser à la tortue verte euh qui est un animal qui était menacé d'extinction il y a quelques années et qui aujourd'hui va mieux, qui a été classé par l'UCN en préoccupation mineure et on a choisi de d'aborder ce sujet d'actualité, cette publication de l' de l'UICN qui est voilà absolument partout dans l'actualité mais avec cet angle particulier de comment les scientifiques et les associations ont pu justement lutter contre la menace de disparition de cette tortue.

Donc amener une information euh positive, c'est-à-dire qu'une information qui nous donne pas l'impression qu'on ne peut plus agir. C'est intéressant quand même le format de la newsletter puisque c'est un vieux format. Euh on a toujours l'impression que dans le monde des médias, il faut se renouveler, repenser euh les codes et les genres.

Et euh la newsletter, on en recevait beaucoup déjà il y a une vingtaine d'années et on et ça revient, ça revient et c'est très complémentaire aussi du travail qu'on peut faire sur les réseaux sociaux qui lui est un travail de flux. Et là par contre effectivement, il peut y avoir une forme de course justement sur la couverture de l'actualité pour ne rien manquer aussi par enfin dans ce déferlement d'actualité qu'on a par exemple sur Instagram ou sur LinkedIn sur des plateformes sociales comme ça. Par contre, vous avez dit une information positive, ça n'est pas vraiment une information positive et je pense qu'on va largement en parler aujourd'hui.

Le journalisme de solution n'est pas nécessairement positif. C'est un journalisme de réponse face au grand défis contemporain et un journalisme qui cherche justement à échapper à ce qu'on appelle le billet de négativité que l'on a tous. C'est qu'on est parfois toujours plus intéressé par les trains qui déiraillent que par les tortoues qui sont sauvés.

Qu'est-ce que le billet de négativité ? On écoute. On passe d'info en info sans but précis et on reste absorbé par les nouvelles négatives à cause de ce qu'on appelle le biais de négativité.

Ce bia cognitif reflète la propension humaine à accorder plus d'importance aux informations négatives qu'aux informations positive. Le biais de négativité n'est pas la seule chose qui peut expliquer le doom scrolling. Ce comportement compulsif intervient plus favorablement chez des personnes qui ont certaines vulnérabilités.

Ces personnes tentent de réguler des émotions négatives comme l'anxiété, la peur ou l'incertitude en restant continuellement informé même si ce comportement a l'effet opposé. Ils essaient à travers cette activité de collecter toutes les informations négatives et ils peuvent intensifier leur pratique de doom scrolling, en particulier lors des crises comme on a vu lors du Covid-19. Mais il existe un dernier élément qui peut expliquer ce mécanisme : l'influence des flux d'information. contenu pour capter notre attention dans le cadre de l'économie de l'attention.

Les plateformes de réseaux sociaux comme X, Sred ou encore TikTok ne sont pas neutres dans cette histoire. Elles crée un terrain fertile pour l'apparition et le maintien du Doom Scrolling grâce à leur fil d'actualité infini. Ces fils exploitent notre tendance à ce qu'on appelle l'escomte hyperbolique.

C'est un biais cognitif où les individus s'attendent à ce que l'information suivante soit plus gratifiante que l'information précédente, ce qui les incite à continuer de scroller sans fin. Voici un extrait donc de la série Votre cerveau disponible sur France Culture. Un épisode consacré à l'impact des écrans sur notre cerveau et c'était Séverine Rel. la neuropsychologue qui parlait Pauline Amiel, on l'entend ce biais de négativité, on sait qu'il existe et il est encore plus fort du côté des journaliste.

Oui, c'est très intéressant. Il y a une fondation qui s'appelle la fondation Gabminder qui étudie ce biais de négativité depuis 2005, donc avec des résultats qui sont vraiment consistants depuis plus de 20 ans. Euh et tout le monde peut passer le test.

Donc je vous invite tous et toutes à passer ce test si ça vous intéresse. Il mesure vraiment le biais de négativité de tout en chacun et comme il y a des catégories socioprofessionnel, on se rend compte que les journalistes ont un billet de négativité encore plus fort que la moyenne de la population. Ce qui peut expliquer aussi qu'il y a une tendance à s'arrêter ou à regarder davantage les informations plus négatives que ce que la moyenne de la population aurait pu constater.

Voilà donc les journalistes qui sont évidemment des médiateurs donc davantage soumis oben négativité donc ça influence forcément le leur travail. Dans dans les propos de Séverine Rel David Médini on a parlé de de Doom Scrolling qu'elle a assez bien défini. Je pense que tout le monde voit à peu près ce que c'est.

Vous vous évoquez l'hémocratie qui est en corrélation évidente avec ce flux permanent que l'on trouve sur les réseaux sociaux ? Oui, tout à fait. L'émocratie, c'est cette idée que finalement tout est région et par la façon dont les réseaux sociaux globalement traduisent une information.

C'est-à-dire qu'il y a une émotion sur les réseaux sociaux. Euh les journalistes qui sont très présents sur les réseaux sociaux euh se disent qu'il y a peut-être un sujet euh traitent cela de façon émotionnelle et ensuite ça conduit à une réaction en chaîne des différents tenants de la parole publique politique et autres et puis euh une réaction à ces à ses prises de position et donc en fait c'est une forme de cercle vicieux qui se met en place et où finalement l'émotion règne surtout. Je dis pas que l'émotion est quelque chose de négatif pour euh finalement faire passer une information, faire passer une idée, faire rendre compte d'un problème.

Mais quand c'est le seul euh outil qu'on a, le seul levier qu'on utilise pour finalement euh prendre conscience d'une problématique sociale ou politique, c'est c'est ça devient problématique parce que finalement elle met à distance toute toute capacité de raisonnement, toute capacité de prise de distance et toute capacité de prise de recul. ce flux là dont on parle et finalement l'émotion elle est c'est c'est le comment dire c'est le le sentiment du flux euh c'est la matière première moteur première du flux euh il y a il y a quelque chose qui moi m'a m'a m'a m'a sauté au au visage quand on a travaillé là-dessus avec Genao, c'est que euh finalement euh 80 % des des Français disent "J'ai arrêté de de regarder l'information parce que je sais pas quand l'événement s'est passé. je sais plus le le dater dans dans le temps et surtout ils disent ça me déprime sur la nature humaine et sur l'état même de l'humanité.

Et donc en fait cette émotion qui au départ est quelque chose peut-être de positif nous amène à quelque chose de profondément négatif et qui crée finalement une crise démocratique qui est issue de la façon dont on s'informe et dont on va chercher l'information. Et ce qui est intéressant c'est pas parce qu'on se sent ému qu'on est davantage informé. C'est même l'inverse que l'information impacte l'audience mais ils sont ils restent pas plus informés après.

Oui, ça permet pas de comprendre en fait. C'est-à-dire que on a on a un problème de compréhension de des enjeux d'un grand événement parce que finalement on le voit que par le prisme de l'émotion. Depuis Marseille, Pauline Amiel veut réagir et juste après Juliette Kef.

Oui, je suis complètement d'accord. C'est c'est un phénomène qui est étudié depuis plusieurs années, plusieurs décennies même, qui montre qu'il y a un effet de narcose. Quelque part plus on est informé et plus on va être apathique face à ce flow d'information à la complexité du monde et on va se sentir impuissant.

Ce qui fait que ça peut avoir aussi des impacts sur les démocraties et les prises de décisions démocratiques des citoyens. ça peut être vraiment lié avec euh cette ce découragement finalement, cette apathie et cette tentation qui est de se désintéresser des affaires de la démocratie. Et là, je renvoie bien sûr aux travaux de la sociologue Evause qui a euh enquêté et creusé sur les corrélations entre la tyrannie de nos émotions et les valeurs démocratiques.

Juliette Kef. Oui, je pense qu'il y a aussi, il faut rappeler que le modèle économique quand même de ces plateformes là, c'est de vendre du temps d'attention pour vendre de la publicité. Donc tous les contenus qui sont les plus polarisants vont être ceux qui remontent en réalité dans le dans le flux.

Donc pour nous, en tant que producteur d'information, euh il faut faire vraiment attention justement à ne pas forcément rentrer dans ce jeu-là, à savoir de produire une information qui va être de plus en plus polarisante. Par exemple, on le voit très bien sur le thème du changement climatique ou sur le thème de l'écologie de façon générale. Aujourd'hui, les contenus qui ressortent sont des contenus polarisants.

Par exemple, on va opposer les chasseurs et les écologistes. On va opposer les agriculteurs et les écologistes. Et ce sont tout un tas de forces derrière qui jouent sur ces clivages là, qui se qui voilà qui sont vraiment aussi dans le théâtre des réseaux sociaux.

Je pense que en revanche l'émotion peut être un terrain intéressant. Ça peut aussi être utilisé pour produire des formats qui fonctionnent sur les réseaux sociaux pour nous, pour nos médias. Et je vais en dernier un exemple parce que à ver, on est justement un petit peu spécialisé là-dessus.

Le fait d'avoir des formats décalés, drôles, des vidéos qui fonctionnent très bien sur les réseaux sociaux. Je vais donner simplement l'exemple d'un sujet qu'on a fait il y a quelques jours sur l'exane, donc ce dérivé du pétrole qu'on retrouve dans l'alimentation. On a fait une vidéo qui a dépassé 1,5 million de vues, donc qui a très bien fonctionné sur Instagram euh avec simplement la liste euh de tous les produits qui contenaient de l'exane.

Et donc c'est un contenu qui est à la fois pédagogique qui a été incarné par Gaetan Gabriel qui est notre influenceur maison en quelque sorte et qui répond à la fois à l'émotion et à un contenu pédagogique. Donc en réalité, je pense qu'on peut allier les deux, mais il faut bien sûr faire attention à ne pas vouloir rentrer dans ce cercle infini de l'émotion et de faire du clic pour faire du clic qui est bien sûr un des biais les plus importants de de notre profession aujourd'hui. Là, on le voit bien, l'information là sert à quelque chose de manière directe, c'estàd que l'audience va s'informer et elle repart avec une matière qu'elle peut tout de suite utiliser dans le réel.

Elle a pas juste été impactée. Puis un petit mot sur Gaitan Gabriel he j'encourage bien sûr tous nos auditeurs auditrices à regarder ces vidéos qui est une bonne manière de lutter contre l'écoxiété et votre sujet c'est l'environnement. On sait que l'écoanxiété c'est un des facteurs majeurs qui amène à cette fatigue informationnelle et même qui impacte la santé mentale des plus jeunes et pas que des plus jeunes.

Donc l'humour est et est est est sans doute une arme. En tout cas c'est celle que vous utilisez. Vous voyez même moi je dis arme.

Ça c'est intéressant aussi puisqu'on a tout ce cette tendance en tant que journaliste à utiliser un vocabulaire. C'est la guerre entre TikTok et Instagram. Arm comment donc j'entends tout ce qu'on dit là, ce sont des des des bonnes paroles mais on a cette tendance quand même naturellement à dramatiser les choses.

Une question qui nous vient d'un de nos auditeurs qui suit cette émission directement sur YouTube, je vous le rappelle hein, sur le compte de France Culture, vous pouvez regarder cette émission. Une question de Raphaël Sergent qui vous a adressé Pauline Miel. Les rédactions ont-elles des chartes internes pour limiter les effets anxiogènes de leur couverture ?

Pas ma connaissance, mais je sais que c'est un sujet qui préoccupe certaines rédactions et en alors certaines rédactions, c'est certain. Je suis je crois pas que ce soit intégré dans les chartes mais en tout cas de très nombreux journalistes se posent la question aujourd'hui et ont vraiment cette conscience que il peut y avoir un impact sur la santé mentale de leur public. Donc c'est une question qui est vraiment en cours et je pense qu'elle sera traitée dans les prochaines années par les médias.

Euh David Médoni puisqu'on parle de de santé mentale, est-ce qu'il y a des corrélations qui sont objectivées entre cette cette santé mentale ? Donc ça fait plusieurs années qu'on dit que les les gens vont mal. Alors, peut-être que pendant un moment donné, il y avait pas de pas assez d'études et que la question de la santé mentale était dans un angle mort.

En tout cas, ça fait quelques années qu'on en parle et cette journée 10 octobre aujourd'hui est une manière de sensibiliser à cette question. Est-ce qu'il y a une corrélation entre les informations anxiogènes et cette santé mentale ? Oui, il y a une corrélation dans le sens où finalement nous dans ce qu'on dans ce qu'on a observé et le et le l'échantillon de français qu'on a qu'on a interrogé euh ceux qui se déclare être le plus fatigué par l'information ou le plus euh euh ouou qui déclar s'informer sont ceux qui sont qui souffrent le plus de stress, qui souffrent le plus dans dansxiété et qui soufflent le plus de déprime de dépression.

Donc il y a vraiment des des éléments de santé mentale qui qui rentrent en ligne de compte. Alors est-ce que c'est la seule le seul facteur ? Bien sûr que non, mais en tout cas évidemment que la relation qu'on entretient avec l'information peut avoir des effets sur le stress qu'on ressent, l'anxiété qu'on ressent, voir même la dépression dans laquelle on est déjà plus ou moins personnellement et et qui finalement qui est amplifié par la relation qu'on entretient avec la formation.

Ça c'est des choses qu'on a qu'on a objectivé avec Gen Go dans dans l'étude. Oui, tout à fait. Alors, on a cité journalisme de solutions, je l'ai cité dans le chapeau de cette émission.

Juliette KF en a parlé. Il est assez méconnu ce journaliste de solution. Lorsque j'ai dit que c'était positif, j'ai bien été repris évidemment parce que l'une des euh connotations que l'on accolle à ce journalisme, c'est un journaliste de de bisous.

On peut parfois penser que c'est le journal des bonnes nouvelles, donc il ne serait pas totalement en prise avec le réel. Pauline Miel, vous avez écrit sur ce journaliste de solution un ouvrage, euh vous le prodiguez aussi dans vos cours. C'est quoi le journaliste de solution ?

Le journaliste de solution, c'est une méthode professionnelle créée par des journalistes justement avec cette perspective de lutter contre la tendance négative des journalistes en général et de l'information. Et donc qui encourage les journalistes à traiter avec beaucoup de rigueur et il y a une méthode très précise, les problématiques de société mais en proposant une solution potentielle pour les résoudre. Et il y a vraiment une méthode assez précise et je pense que Juliette peut tout à fait préciser puisqu'elle le pratique ce qu'on appelle une passe décisive.

Juliette, merci beaucoup Pauline. Et bien oui, c'est une méthode qui a été développée notamment par le réseau international de journalistes de solution. euh une méthode enfin un groupe qui a été euh créé par des journalistes du New York Times à l'origine et qui présente en réalité quatre étapes euh principale.

Donc d'abord, il faut que ce soit une réponse à un problème qui est déjà connu. C'est-à-dire que par exemple si vous apportez directement si vous vous intéressez à un sujet mais que le problème n'est pas du tout connu, il est absolument inutile de s'intéresser tout de suite à la solution. Donc c'est pour ça que ça n'exclut pas toute l'approche d'enquête sur les problèmes et de révélation aussi d'études de terrain que nous faisons en tant que journaliste.

Donc la première étape la réponse. La deuxième c'est de fournir des preuves de résultats que cette solution elle fonctionne. Donc ça ça veut dire avoir des documents qui le prouvent, avoir des études qui le montrent.

Donc des données d'impact en fait c'est cette solution. Exactement. Ça doit aussi apporter des éclairages.

Donc peut-être que cette solution, elle va pouvoir justement être répliquée par ailleurs. Et enfin, il faut toujours aborder aussi la question des limites et des faiblesses de cette solution. Donc à la rédaction de verre, on a été formé par Sophie Roland qui est une ancienne enquêtrice de Cache investigation et formatrice du réseau international de journalisme de solution.

Et nous ça nous permet très concrètement bah dans un monde qui est absolument peuplé de green washing de solutions technologiques qui sont vantées par les entreprises dans par les entreprises par exemple et bien de faire le distingo entre les bonnes et les mauvaises solutions. Je vous donne un exemple. L'année dernière on on a fait toute une série d'enquêtes sur l'eau.

Les réponses à apporter au problème de la sécheresse. Donc il y avait bien ce problème la sécheresse. Qu'est-ce qu'on en fait ? et bien, on a étudié en 15 volets toutes les réponses qui étaient dans le débat démocratique pour y répondre.

Donc par exemple, est-ce que le traitement des eaux usé une bonne ou une mauvaise réponse ? Est-ce que le fait d'aller recycler et extraire de l'eau de mer pour la boire, pour la potabiliser, c'est une bonne réponse ? Est-ce que les réponses de géo-ingénierie, est-ce que le fait d'avoir des semences qui sont moins consommatrices d'eau sont des réponses ?

Vous voyez que là-dessus, on a énormément d'éléments qu'on va pouvoir justement enquêter. Donc une analyse critique de la solution. C'est là où effectivement ce journalisme est complexe et qui ne prend pas la solution d'elle-même, il l'analyse et il exerce une capacité de discernement.

Exactement. C'est pour ça qu'il est tout aussi rigoureux quelque part que le reste du journalisme. Et beaucoup de rédactions euh bien sûr font des reportages de solutions ou des enquêtes de solution parfois même sans le savoir.

Euh récemment dans le débat public, il y avait tout ce débat autour de la climatisation par exemple cet été. Euh et bien beaucoup de rédactions se sont intéressées au sujet de la climatisation en essayant de décrypter si la climatisation au niveau individuel est une bonne ou une mauvaise réponse à la fois pour le confort des individus dans les appartements, mais aussi la question plus générale du réchauffement climatique. Alors, vous dites justement que ce journalisme, il est exigeant, il me paraît même plus exigeant que le journalisme comment on l'appelle du coup puisque le journalisme de solution étant de journaliste, on va dire traditionnel, le plus courant, ça doit coûter plus cher de faire du journaliste de solution.

Ça demande plus de temps et ça Pauline miel, on sait que les médias en manquent toujours et d'argent et de temps. Oui, c'est sûr que c'est souvent la première réponse dans les médias des rédacteurs en chef ou des des preneurs de décision, c'est de dire bah c'est super votre journaliste de solution mais ça nous prend trop de temps, j'ai pas assez de journalistes, j'ai pas assez de temps. Ceci dit, il y a quand même des vraiment des bonnes pratiques qui peuvent être utilisées par les journalistes pour avoir une autre vision, apporter un regard décalé ou un angle différent sur leur production, changer peut-être aussi de répertoire de sources traditionnelles.

Le journaliste de solution et le réseau international dont parlait Juliette propose beaucoup de pistes pour intégrer du journaliste de solution dans son quotidien. Ça c'est pour l'international. En France, on peut noter l'association Reporter d'espoir qui a été créée en 2004 et qui joue un rôle moteur aussi au sein de notre paysage médiatique pour encourager les médias à parler davantage de solutions et donc de perspectives positives.

Mais attendez, j'ai dit perspective positive mais mes critiques David Médioni dans les solutions justement qui sont apportées pour lutter contre cette fatigue que le journaliste de solution en est une qui est cité par les sondés. J'ai l'impression que c'est encore un journaliste assez méconnu. Oui, c'est un journaliste assez méconnu et nous en tout cas dans la mesure qu'on a fait, on n' pas observer de demandes particulières de deux journalismes de solution.

Au contraire, ce qui est apparu finalement dans dans les solutions, c'est plutôt effectivement la newsletter. Tout à l'heure, on en a parlé cette idée que finalement c'est l'information qui qui vient vers vous plutôt que Ouais. sortir du flux.

Voilà, cette idée vraiment de avec un début, un milieu, une fin et de choisir le moment dans lequel on on consulte l'information. Donc, il y a vraiment cette idée-là. Euh parmi les parmi les choses qui ont été apportées aussi en en terme de euh de de de médias qui euh qui fonctionnent et qui euh apporte quelque chose à à ceux qui sont le moins fatigués, il y a cette idée du du 1 d'Éric RIC Fotorino, c'est-à-dire on fait moins de sujets mais on le fait euh de manière euh complète et efficace et avec plusieurs plusieurs regards, des regards de journalistes, des regards de sociologues, des regards de chercheurs, ainsi de suite.

Voilà. Après, le journalisme de solution, il apparaît mais il apparaît pas comme une demande majeure des Français pour pour finalement repenser leur solution leur relation à l'information. Juliette CF, est-ce que ça marche le jour de solution ?

Excusez-moi cette question triviale, mais est-ce que par rapport au chiffres que vous pouvez observer quand vous publiez justement une un article, un reportage qui rentrerait dans ce cadre et dans ce genre-là, est-ce qu'il est plus consulté ou autant consulté que les autres ? Non, parfois il est plus consulté, ça arrive. Par exemple, on a fait un reportage dans le Tarnégaron, dans le lotaron pardon, auprès d'un agriculteur qui produit des noisettes bio euh et aussi des noisettes sans sans trop de pesticides, on va dire.

Euh ça c'était dans le cadre de la loi du plomb. Vous savez tous les débats qu'il y a eu autour de la réintroduction de l'acétamyride qui est donc un néonicotinoïde qui est dangereux pour la santé humaine. Et bien, on est allé voir cet agriculteur parce que il avait un parcours intéressant.

Il a eu un cancer il y a il y a 10 ans et il a décidé de complètement réorienter justement la façon dont il produit de la nourriture et en l'occurrence dont il produit des noisettes. Et bien cet article là par exemple, il a été dans notre top 10 des articles les plus lus de l'année parce que il y a une incarnation parce que il y a justement un personnage qui est fort qui raconte une histoire qui est là aussi pour porter son histoire. Donc je pense que le fait que ça que ce soit un journalisme de réponse n'est pas l'unique clé du succès de cet article. il y a justement euh cette forte incarnation, mais euh on a tout à fait des sujets qui qui fonctionnent aussi très bien en vidéo sur les réseaux sociaux, qui fonctionne aussi très bien en article.

Donc je pense que le journalisme de solution est en tout cas un des moyens de mais c'est pas le seul de reconnecter les gens à l'actualité. Et je dirais pour compléter que en réalité ça s'inscrit dans tout un champ qui est celui de sortir de notre position surplombante de journaliste et d'aller au contraire être beaucoup plus à l'écoute du terrain, de retourner beaucoup plus sur le terrain, d'avoir des reporters. Voilà, nous on on travaille avec beaucoup de journalistes indépendants, piégistes sur tout le territoire qui peuvent nous proposer des sujets qui remontent du terrain et donc d'arrêter d'avoir ce regard un petit peu surplombant qui peut y avoir dans certaines rédactions parisiennes pour se mettre vraiment à hauteur des gens, comprendre leurs préoccupations et ça vous avez une journaliste qui en parle très bien et de manière vraiment je vous invite vraiment à lire son ouvrage qui s'appelle mal entendu.

C'est la journaliste Nina Facio qui voilà qui qui raconte en fait ce que le fait que nous ne savons plus écouter en tant que journaliste et que même on n'apprend pas à écouter. C'est ce n'est pas une compétence qui est évaluée en école de journalisme et donc peut-être qu'il nous faudrait justement réapprendre à écouter de journaliste. On nous apprend quand même à mener des interviews, à faire des entretiens.

Donc c'est quand même l'art de l'écoute. C'est l'art de l'écoute. Mais parfois on attend des réponses qui sont très cadrées.

C'estàd parfois vous avez même dans des services d'actualité de grands médias nationaux des rédacteurs en chef ou des rédactrices en chef qui vont vous dire bon bah voilà tu as besoin de deux témoignages et limite on laisse un blanc l'article est déjà prérédigé et on a besoin de telle ou telle citation je caricature. Et en tout cas, apprendre justement à réouvrir son regard et à faire en sorte de que les informations nous remontent, de sortir de de ce regard surplombant, je pense que c'est un des outils à côté du journalisme de solution qui est très efficace et c'est vrai que ce que vous dites fait partie de la défiance à l'égard des journalistes de notre population. On peut citer le baromètre de la croix qui chaque année montre que la confiance est en érosion aussi parce que les gens ne se sentent pas représentés dans les médias. les médias ne parleraient pas d'eux, de leur vie, de leur quotidien.

Et peut-être qu'aujourd'hui voir les les chaînes d'information continu et les autres bien sûr tourner en boucle sur la petite cuisine interne gouvernementale est un exemple aussi du manque peut-être de préoccupation de sujets importants, de sujets qui touchent les gens. France Culture. Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bonjour.

La fabrique de l'information, la vache encore ces stupides actualités. Je déteste les actualités. François Celtiel et nous sommes toujours dans la fabrique de l'information avec David Médioni qui est le directeur de l'observatoire des médias de la fondation Jean Jorest, journaliste notamment à Consparency Watch.

Nous sommes avec Juliette Kef qui est la directrice de verre le média indépendant et Pauline Miel depuis les studios d'ici Provence qui est directrice de l'école de journalisme et de communication de d'ex Marseille. Justement, puisqu'on parle d'école de journalisme Pauline, est-ce que les les aspirants journalistes ont envie de faire du jour de solution ou alors ce qu'il préfèrent peut-être aller sur le front du côté de l'Ukraine ? C'était l'objet de notre émission de la semaine dernière.

Est-ce que c'est encore valorisé ? Est-ce que c'est assez valorisé de faire du journalisme de solutions ? Ça allait de plus en plus.

Euh je l'ai constaté sur ces dernières années euh au début de mon parcours à Logicam, aucun étudiant ne connaissait le journaliste de solution et là maintenant chaque année de plus en plus d'étudiants euh savent ce que c'est et s'y intéressent euh certains étudiants ont vraiment une volonté d'intégrer journaliste de solution dans leur pratique, d'autres pas du tout et continuent à s'intéresser effectivement à d'autres types de journalisme et et c'est très bien également mais je suis d'accord pour dire avec Juliette pour dire que c'est vraiment une bonne pratique qui est intéressante à connaître et à intégrer à tout un panel de bonnes pratiques pour restaurer justement cette confiance avec les publics. Alors Gill Talier qui nous regarde sur YouTube, lui a un peu de doute. Il nous dit il craint qu'à l'avenir les informations obéissent au marché de la demande du bonheur notamment sur YouTube.

Juliette KF peut-être une réaction par rapport à cette crainte. Et bien justement, je pense que on n' pas été assez clair nous tous ici dans cette émission puisque le journalisme de solution ne procure pas forcément du bonheur en soi. C'est-à-dire le but n'est pas de provoquer une émotion de satisfaction voire de contentement et cetera, c'est d'apporter une réponse à un problème qui est soulevé.

Et donc je pense que c'est même une urgence démocratique aujourd'hui de s'intéresser aux solutions qui sont dans le débat public. en l'occurrence les solutions qu'il faudrait collectivement qu'on prenne pour résoudre la crise climatique par exemple ou l'effondrement de la biodiversité. Donc on a plutôt aussi une urgence justement à prendre à prendre à brcore ce problème et vous le savez peut-être aujourd'hui on parle beaucoup de backlash sur les questions d'écologie de retour de bâton en bon français.

Euh et bien ce backlash, on on le voit qu'il est en réalité surtout politique et médiatique. Euh il y a notamment un institut très intéressant qui s'appelle Parlons Climat qui l'a bien montré et qui montre notamment que cette polarisation médiatique, elle reflète pas forcément l'opinion des gens. C'est-à-dire que les gens sont à 80 % en faveur d'une action climatique.

Par exemple, pour ce qui est d'investir dans le transport ferroviaire, de réduire les pesticide ou de limiter la publicité pour les produits les plus polluants. Mais par contre, justement euh dans les médias, ça ne se retrouve pas forcément. Donc vous voyez en fait, on on provoque dans les médias traditionnels une forme de clivage qui n'est pas forcément la réalité de ce que vivent les gens au quotidien.

Et souvent les gens sont bien plus engagés quand ils voient d'autres personnes se mobiliser. Donc c'est là aussi notre rôle de journaliste qui est très important et ça c'est un volet dont on insiste énormément à ver, c'est de montrer la diversité des mobilisations sur l'écologie. Les mobilisations sur l'écologie, ça n'est pas seulement les luttes locales, les ades ou des mobilisations radicales.

C'est aussi des cantines qui passent au bio sous la pression des parents d'élèves qui se sont mobilisés pour la santé de leurs enfants. C'est aussi euh voilà des chasseurs qui se mobilisent face à la maladie qui décime des oiseaux en Loire Atlantique ou des communes qui sont justement qui font tout pour aller vers une transition écologique. Donc voilà, de montrer la diversité des acteurs, de montrer la diversité des points de vue et des réponses.

Je pense que justement ça peut réussir à faire en sorte que la société transitionne dans sa globalité. Il il y a un vrai lien, on le sent entre les les médias qui nous ont qui sont pas uniquement dans un simple rôle d'informer, mais aussi de provoquer l'action et l'engagement. Euh il y a quelques semaines, j'ai fait une chronique dans la matière de France Culture par rapport à la à l'opération de Street Press qui euh donc un médien indépendant qui avait fait une cartographie pour expliquer euh ce qui est pour eux un péril de la montée de de l'extrême droite dans le sur le territoire français.

Et lorsque les gens s'abonnaient pour mieux comprendre ce qui se passait dans leur ville, dans leur village, ils avaient accès à l'information locale et assez vite, ils pouvaient se connecter avec d'autres gens qui partage les mêmes préoccupations en étant en lien avec des associations locales, un Greenpeace local et autres associations. Ça c'est intéressant aussi de revoir comment le média qui a pour nature de préserver le lien aussi de de faire société au-delà de sa mission d'informer va sur le terrain et crée du commun. David Médion.

Ouais. Moi, c'est ce que ce qui ce que ça m'inspire, c'est que finalement, c'est sortir d'une logique d'audience pour aller vers une logique de public. C'est-à-dire arrêter de vouloir parler au plus grand nombre, indéterminé, inconnu, avec lequel on a aucun aucun lien réel pour aller vers un public avec lequel on a on partage des valeurs, on partage des envies d'action.

Euh quand Media Part s'est créé, on peut penser ce qu'on veut de Mediaapart, mais il y a vraiment cette idée de modifier le la perception qu'on pouvait avoir du du journalisme d'investigation. Street Press, ce que fait Street Press là, c'est pareil. Quand Hebdo avait voulu se lancer, cet hebdomadaire avait voulu se lancer, ils avaient été dans différents villes de France, ils avaient créé des conférences, ils avaient discuté avec leur public.

La Croix a lancé récemment une initiative pour finalement permettre à des gens qui sont pas d'accord entre eux de se rencontrer avec l'aide d'un médiateur et de discuter. Donc il y a vraiment cette idée de retrouver la logique du public et et pas et sortir de la logique de l'audience qui est finalement celle des médias sociaux euh qui sont dans la logique de l'attention, dans la logique de l'audience et dans la logique de toujours plus. En fait, peut-être que d'avoir moins de de de d'auditeurs, de téléspectateurs, ainsi de suite, c'est pas forcément une mauvaise chose en tout cas au départ pour repenser son offre éditoriale et puis pour finalement renouer le lien avec le public.

Je je crois vraiment à cette idée qui peut paraître un petit peu contreintuitive au départ. Pauline miel, une réaction justement entre cette logique de l'audience, non plus la course à l'audience mais la recherche justement du public. Oui, complètement d'accord avec David.

C'est aussi la le Reuters Institute qui propose chaque année une analyse globale des médias qui l'explique que il y a une tendance que les médias devraient davantage se tourner vers une logique de public pour justement ne pas saturer non plus d'information et et surcharger la fatigue parce qu'en jouant cette logique de des plateformes sociales de de relance en permanence de de tweet de de messages courts, il y a vraiment cette surcharge formationnel tandis qu'en allant davantage vers une logique de public, on va peut-être aussi donner plus d'espace pour réfléchir et plus d'espace pour prendre le temps et donc mieux lutter on va dire contre cette surcharge informationnelle. Juliette KF le public, il a aussi une importance chez Ver puisqu'il participe à la ligne éditoriale. Ça aussi c'est une manière d'impliquer son public dans le choix des sujets.

En fait, je pense que à l'origine Ver a vraiment voulu revenir justement à ce mot de média. Être un média, c'est être le lien entre un public et une information. Et donc c'est notre rôle de journaliste, d'accompagner, d'outiller notre public et donc d'être au contact du public.

Donc nous avons euh créé le club de verre. Le club de verre, ce sont euh les soutiens euh mensuels, donc les donatrices et les donateurs qui nous soutiennent au quotidien, qui nous financent. Donc il y a plus de 12000 personnes quand même qui nous financent chaque mois et qui permettent de faire vivre notre équipe de 15 personnes tout de même.

Et on les implique en fait de plein de façons différentes. Donc déjà on fait pas mal d'événements physiques. Donc c'est-à-dire on se retrouve dans des salles un peu à l'ancienne. on discute on cré c'est pas seulement des tables rondes qui sont descendantes mais il y a toujours des ateliers justement avec les public pour savoir bien ce qu'ils pensent de ver ce qu'ils aimeraient bien quel sujet ils aimeraient bien qu'on traite comment est-ce qu'ils aimeraient bien qu'on traite.

Donc on est dans une discussion et dans une intégration vraiment qui est très importante et une fois par an aussi on les fait venir pour certains en conférence de rédaction. Donc ça c'est un moment aussi qui est qui est assez fort où on les invite en fait dans la discussion même dans la création du journal et puis on les consulte aussi très régulièrement au travers de courriers donc encore des newsletters qui leur sont adressés pour les donateurs uniquement et qui leur nous permettent en réalité de les consulter sur plein de sujets différents. par exemple, quel est le thème de la prochaine chronique qu'on va faire où là on lance un podcast début novembre et bien ils ont pu contribuer au choix du nom et de la thématique.

Donc c'est hyper intéressant en fait ce travail justement de coconstruction de la ligne éditoriale et pour nous je pense que c'est vraiment revenir à l'approche servicielle que doivent avoir les médias. On est au service de notre public et n'ont pas d'honneur de leçon. Donc vous faites pas comme la convention citoyenne, c'est vous ne vous consultez pas les gens dans un premier temps et vous n'appliquez pas derrière les recommandations.

Vous les appliquez vraiment. Alors nous on on les applique, on pourrait même Oui. Oui.

Non, on les applique bien sûr, on reste maître et maîtresse de notre ligne éditoriale évidemment, mais en tout cas, c'est toujours très intéressant d'avoir ce lien avec eux et en plus, ils nous font toujours beaucoup rire et l'humour chez Ver, c'est absolument clé. Voilà, des liens des liens qui font du bien. Tiens, ça tombe bien justement c'est l'objet du hors série de courriers international.

Ces liens, c'est médias, ces médiens créateurs de liens. Le lien, c'est aussi ce qui unit la fabrique de l'information sur France Culture avec justement courrier international Ingrid. Ça va être à vous.

France Culture, la fabrique de l'information et direction l'Italie où un reportage de l'Espresso repris donc par courrier explore une expérience singulière, une communauté de jeunes qui choisissent de vivre autrement. Oui, direction l'Italie donc dans une villa du 18e siècle à 40 km au nord de Milan où h italiens d'une trentaine d'années ont décidé de partager leur quotidien, leur repas, leurs doutes. C'est une manière de résister à ce que l'Espresso appelle l'ultra moderne solitude.

La demeure est entourée de cèdres et de sers oubliés. Il est devenue le théâtre d'une vie collective baptisée Ephraï. Chacun peut y ses journées 3 ans.

Et Gio, l'un des fondateurs, parle d'une communauté provisoire. Autour d'elle gravit d'autres communautés italiennes nées dans les années 1970, souvent dans le sillage des mouvements catholiques sociaux ou de la contestation post 68 ard. Sylvia, une résidente dit, je la cite, vivre avec les autres, c'est un apprentissage de mes limites.

Et la journaliste en tire une leçon plus large. La vie communautaire, c'est une école viscérale de la démocratie, écrit-elle. Une démocratie qui ne passe pas par les urnes, mais par les gestes.

Partager un plat, écoutez, céder sa place. Et ce n'est pas tout à fait un hasard si ce texte nous vient de l'heomaire italien, l'Espresso. Vous avez raison, l'Espresso n'est pas un magazine comme les autres.

Fondé en 1955, il incarne la grande tradition du journalisme d'investigation italien, celle qui a su affronter la corruption, les dérives du pouvoir et défendre une presse libre au cœur d'un paysage médiatique souvent soumis aux intérêts économiques. Hitier de la gauche intellectuelle et critique, il conserve un goût marqué pour le terrain, pour les récits de vie, pour les formes modestes du collectif et reste l'un des rares hebdomadaires à mêler la rigueur du reportage à une écriture littéraire. Et c'est précisément ce ton retrouve sous la plume de Gaia Manzini, l'autrice de ce texte qui est journaliste mais qui est aussi une figure montante de la littérature italienne.

Romancière, scénariste, chroniqueuse. Elle appartient à cette génération d'écrivaines qui refusent de séparer l'intime du politique. Son regard à la fois littéraire et social donne au reportage sa profondeur parce qu'elle n'enquête pas, elle écoute.

Et ce regard trouve aujourd'hui un écho plus large. En France, courrieler International a traduit ce texte dans son dernier hors série, vous le disiez, intitulé Les liens qui nous font du bien. Alors, ce hors série rassemble des articles venus du monde entier où l'on interroge la manière dont les individus cherchent à recréer du lien malgré la distance, malgré la crise ou malgré la guerre.

Du Japon à l'Argentine, du Kenya à la Norvège. Une même génération se dresse. Celle de jeunes femmes et hommes qui refusent la résignation et qui s'obstinent, pardon, à trouver de l'espoir, non pas dans les institutions nécessairement, mais dans la chaleur des rapports humains.

Ils inventent d'autres formes de solidarité locale, numérique, familial, souvent précaire, parfois dérisoire mais profondément vital. Et ce que nous disent ces jeunes Italiens, c'est qu'on peut oser et que le bonheur peut être contagieux. Oui, Giovanni, 26 ans affirme en effet que le bonheur arrive souvent par contagion.

Et voilà qu'on parle donc de contagion. On n'est plus dans les histoire de virus mais dans les histoires de lien. Le texte ne prononce jamais le mot thérapie et pourtant tout y parle de santé mentale.

Le reportage de l'Espresso ne commente pas, il montre. Il laissent les voix exister dans leur humanité fragile, sans filtre, sans jargon. Et c'est dans un espace médiatique saturé d'images et de chiffres, ce type de journalisme soigne en proposant autre chose, un regardant, presque artisanal sur les manières de tenir ensemble.

En racontant les gestes du collectif, cet article raconte déjà un soulagement possible du mal-être contemporain, celui de se savoir quelque part relié à d'autres. Alors, dans le jardin de la villa restelli, il y a une poule aux pâtes emplumées qui picore au pied d'une statue moussue et de Giovanni qui rit. Il dit "On a le plus beau poulailler du monde.

C'est pas une utopie, c'est juste une maison où on apprend à être moins seul. Et si, comme il le dit, le bonheur arrive souvent par contagion, alors ce reportage aussi peut-être nous contamine. Car à force de raconter le lien, le journalisme finit parfois peut-être aussi par en créer et dans sa monde de fracture, c'est un geste très politique.

Merci beaucoup Ingrid pour ce voyage en Italie. Chez chez Courrier International, vous vous suivez évidemment cette émission depuis le début, comment vous abordez à la fois bah cette notion de de de fatigue informationnelle que vous peut-être même ressentir à travers tous les les articles que vous traduisez à travers le monde et vous en tant que journaliste, en tant que membre de cette rédaction, comment vous essayez de lutter contre cette fatigue là ? Alors bien sûr qu'on la ressent puisque on s'amuse à dire qu'on est la plus grande rédaction du monde puisque on reprend des informations parues dans la presse de tous les pays.

Donc bien sûr qu'on la ressent mais on est à la fois euh euh témoin et acteur et actrice de l'information puisque on a aussi la possibilité de transmettre quelque chose, de faire ce lien et en moins de 2 ans justement on a consacré cinq numéros à des sujets qui font lien et qui marchent très bien qui intéressent le public. Par exemple, lire pour aller mieux. Euh ceux qui nous lit mieux vivre en ville.

Pourquoi court-on ? Et les amis pour la vie. Donc des grands sujets de société comme ça sur ce cette ce qu'on résume en français avec une expression pas très jolie de vivre ensemble.

Mais au fond, c'est ça la question, c'est comment on fait lien, comment on fait société et ce qui nous ce qui nous fait aller ensemble mieux. Et dans le hors série que vous montriez tout à l'heure, on a publié un article qui est très intéressant de la Sud Deutsched Situng où une journaliste et écrivaine euh d'origine turque, qui est allemande mais d'origine turque euh propose deux façons d'échapper à cette tendance qu'on a de fuir ou d'éviter l'actureogène. Alors, la première solution, c'est ce qu'elle appelle une philanthropie radicale, c'est-à-dire euh une solidarité mais qui existe en acte, pas juste en bonne parole, c'est pas du préchi préchat de réseaux sociaux.

Euh donc c'est vraiment ouvrir une porte, aider quelqu'un, consoler quelqu'un qui va mal, aider quelqu'un et puis ça m'évoque juste pardon le prochain ouvrage de Pablo Serving qui parle justement de la force de la puissance du lien, de la puissance de l'amitié et l'amitié comme ressource. Tout à fait. Et euh donc il s'agit d'actes individuels, personnels, mais il y a aussi quelque chose de plus collectif, une façon d'être ensemble, de manifester.

Elle cite les grandes manifestation en Allemagne contre l'extrême droite. Être ensemble à l'unisson, manifester, faire un cordon sanitaire ou un barrage si on veut, manifester contre bien sûr, mais manifester aussi pour. Et euh j'en viens à son 2è point qui est très important et euh qui nous concerne nous tous en tant que journaliste.

Euh c'est proposer d'autres récits. Alors, elle dit que d'une part, il est très important évidemment de démonter les mensonges qui euh pululent dans toute la propagande sur le récit glorieux du passé. Ah, c'était mieux avant et cetera. des souvent des tissus de mensonge.

Dans un temps, il faut faire ça, mais dans un autre temps, il faut proposer d'autres récits tournés vers l'avenir. Des récits plus optimistes, des récits qui proposent quelque chose qui nous font vivre ensemble. Et euh et c'est pas un hasard d'ailleurs si beaucoup des articles que nous republions dans ce hors série sont écrits par des par des romanciers, des romancières.

Ça c'est le besoin effectivement des artistes parce qu'on parle beaucoup de la panne des imaginaires et donc on attend peut-être qu'on attend même un peu trop de ces artistes pour qu'il nous montre une voix et qu' nous propose un récit. Il y a juste une de vos phrases votre phrase Ingrid enfin plutôt celle de la journaliste. Vous dites elle tire une leçon la vie communautaire c'est une école viscérale de la démocratie.

David Médioni on voit que la frontière est mince parce que finalement quand vous parlez d'exode c'est le repolit. Cet exode, il peut être une menace pour la démocratie. Et en même temps là, cette phrase dit l'inverse.

C'est assez complexe de comprendre que former une communauté, ça peut être une manière de retisser des liens et ça peut aussi être une manière d'être replié un peu trop les uns avec les autres sans faire justement société. Oui, complètement. C'est c'est le le grand paradoxe de du lien et de la façon dont on crée un lien et dont on décide finalement de de s'extraire de ce lien.

Euh ce que ça m'inspire aussi, c'est cette idée que finalement euh qu'est-ce que c'est que l'information quoi ? Qu'est-ce que c'est que l'information ? Et qu'est-ce qu'on recherche à travers l'information ?

Est-ce qu'on recherche euh la volonté de mieux comprendre le monde ? Est-ce qu'on recherche la volonté de comprendre les coulisses des turpitudes des gouvernants ? Euh qu'est-ce qu'on recherche dans la formation ?

Ça c'est une réponse que chacun peut avoir mais que globalement on peut réfléchir nous en tant que que journaliste. Et pour sortir du flux, cette idée de de d'extrait du flux pour permettre finalement de renouer le lien dont dont vous parliez, il y a cette idée à mon sens de reborner un peu nos nos contenus, c'est-à-dire sortir d'une logique du flux pour aller vers une logique de programmation avec un début, un milieu, une fin et avec cette idée que finalement tout ça n'est pas un flux inarrêtable sur lequel on a plus aucune maîtrise. Moi ce qui ce qui ce qui me ce qui m'interpelle fortement, c'est cette idée que on n' jamais eu collectivement autant accès à la connaissance encyclopédique mais aussi à la connaissance de l'information, autant de sources d'information.

Et pourtant tout tout ce qu'on a mesuré nous et d'autres aussi démontrent que finalement plus personne ne comprend rien à à rien et donc qu'on a on a baissé au niveau économique, on a baissé au niveau de connaissance économique et ainsi de suite. Donc finalement c'est que le trop plein nous ne nous permet pas de de relationner avec l'information et donc avec les médias de manière apaisée et sereine. On sent presque un petit peu pas votre mal-être David Médini, j'irai pas jusque là mais cette fatigue on on la ressent aussi en tant que journaliste.

Juliette KF, est-ce que vous vous l'avez ressenti peut-être dans vos expériences précédentes ou est-ce que vous luttez contre celle-ci ? Parce que on est tous nous on on est quelque part les premiers médiateurs, donc on est confronté à cette actualité, à ce flux en permanence. Alors, on peut parfois y mettre un peu de distance parce que notre métier mais il peut aussi nous ensevelir.

Oui, je pense que c'est un risque bien sûr dans notre métier puisque on est des consommateurs et des consommatrices d'information. Nous aussi en tant que journaliste, on fait ce qu'on appelle notre veille. C'est-à-dire que chaque matin, chaque après-midi, on va consulter un certain nombre de titres et de sources pour s'informer et de savoir ce qu'on va mettre dans le journal.

Chez Vert, je pense que on est un petit peu à l'abri de ça parce que on est une équipe tournée vers la production d'une information et en a un pouvoir quelque part qui est celui de proposer une information alternative. Et on sait que par exemple dans le phénomène d'écoanxiété, ce qui revient beaucoup, c'est de se sentir impuissant. C'est l'inaction.

Or, quand on est dans une rédaction et qu'on travaille en collectif, donc déjà il y a l'aspect collectif qui est extrêmement important. On peut partager avec ses collègues, on peut avoir des discussions justement sur des informations qu'on a vu passer qui sont très anxiogènes, notamment quand on s'intéresse aux questions du climat. Euh mais on peut aussi décider justement de traiter collectivement des réponses, que ce soit par du journalisme de solution, que ce soit par de la consultation des publics.

Et aussi ce qui nous, je pense qu' nous différencie, c'est aussi ce traitement décalé. C'est-à-dire que on va mettre de l'humour, on va avoir un un traitement euh avec beaucoup de jeux de mots par exemple dans la newsletter qui sont aussi des remèd à cette à cette anxiété généralisée et qui nous permettent, je pense, de continuer à faire notre métier de journaliste sans ressentir trop cette fatigue. Mais est-ce qu'on peut faire du journalisme de solution de masse ?

Parce que on a on a quand même l'impression que bah vous êtes un jeune média mais un média, je dirais pas de niche parce que c'est connecté négativement mais avec un une audience qui est forcément restreinte par rapport au médias mainstream. Est-ce que on peut arriver à pratiquer ce journal de solution mais de manière quantitative ? Déjà, je je suis pas tout à fait d'accord avec vous parce qu'en réalité à travers les réseaux sociaux par exemple aujourd'hui, on va toucher des millions de personnes.

Donc certes, on est un média en ligne et on n' pas l'audience notamment des télévisions puisque les premières sources d'information des Français et des Françaises aujourd'hui sont toujours la télévision. Néanmoins, on a des audiences qui sont quand même pas négligeables du tout. Donc je pense que on est en capacité aujourd'hui collectivement de faire un journalisme de réponse de qualité.

Mais par contre effectivement ça revient au point que vous souligner la dernière fois enfin tout à l'heure à savoir que il faut y consacrer du temps, il faut y consacrer des moyens. Donc il faut aussi que ce soit une des priorités des rédactions de se tourner vers un journalisme qui prend du temps. Or on voit que la tendance est plutôt effectivement à une information continue qui se répète.

Mais j'en veux pour preuve. Par exemple, il y a il y a des chiffres du journal Le Monde qui montrent que ce journal a plus a produit plutôt moins qu'auparavant alors qu'ils ont plus de journaliste. Et bien ça, je trouve que c'est une tendance intéressante.

Produire moins mais des informations de qualité, c'est aussi ce que demandent les publics. Produire moins tout en diffusant plus parce qu'ils produisent moins mais ils ont développé plein d'autres services pour aller justement vers des médias, vers d'autres canaux. Donc c'est peut-être la même information mais traité différemment pour toucher des publics différents.

Pauline Miel, je me rappelle d'un temps où il y avait Libération qui consacrait le Libé des solutions qui était peut-être une grande vitrine de ce de ce journalisme là. On vient d'entendre Juliette Kev dire que ça prend du temps, que ça coûte de l'argent, que les rédactions ne sautent pas et ne bondissent pas sur ce journalisme. Quels sont vos espoirs ?

On parlait tout à l'heure de Reporter d'espoir. Quels sont vos espoirs vous par rapport à ce journalisme là dans dans les les mois et années qui viennent ? Bah moi, j'ai beaucoup d'espoir pour le journaliste de solution mais aussi globalement pour tout type de réflexion sur la façon de faire de l'information.

Voilà, du journaliste qui soit plus narratif, qui soit tourné vers autre chose que vraiment cette information de flux. et notamment parce que je suis au contact quasi quotidien des étudiants de l'école de journalisme et que je vois que c'est des jeunes qui qui ont vraiment envie de réfléchir sur l'information, réfléchir sur les médias et qu'il y a beaucoup d'initiatives bah comme Vers le média en est une qui qui sont très regardés qui ont une grosse audience qui plaisent beaucoup et qui montrent que bah voilà les publics ont envie aussi d'autres façons de traiter l'information et que finalement ce flux permanent d'information qui se répète bah c'est pas inéluctable et et qu'il y a d'autres pays d'ailleurs qui ne fonctionnent pas du tout comme ça. Le système médiatique ne fonctionne pas comme ça.

D'ailleurs, il y a des distinctions du journalisme de solution par rapport à aux autres pays. On sait que je crois qu'en France, il est principalement tourné vers les questions écologiques et environnementales. Est-ce que dans d'autres pays, le journaliste de solution embrasse aussi les pratiques culturelles ?

Oui, complètement. Moi, c'est un peu mon intuition. Le journaliste de solution, il est souvent fait par des journalistes qui n'arrivent pas à traiter de à être en tout cas certain de bien traiter un sujet.

Et je crois qu'en France, il y a beaucoup de journalistes qui se posent la question de bah comment parler de climat dans les médias et de réchauffement climatique et ne sont pas forcément satisfaits de la façon dont dont il traitent ces sujets-là. Et donc il y a pas mal de journalistes de solution portés sur ces questions. Aux États-Unis par exemple, ça a été pendant longtemps les sujets en lien avec l'éducation qui était particulièrement traité par le journaliste de solution.

Euh mais il y a d'autres pays où ça va être la santé, où ça va être aussi euh la réconciliation au Rwanda. Il y a plusieurs études qui ont été faites sur le journalisme de solution au Rwanda et qui est vraiment un journaliste dit de paix et de réconciliation. Donc vraiment c'est c'est ancré culturellement.

Voilà, un journalisme de solution miroir aussi des failles et des angles morts des paysages médiatiques à l'international Ingrid Terwette. Oui, en Inde, par exemple, le journalisme de solution entre guillemets euh porte beaucoup sur les questions des droits des femmes et du statut des femmes. Et il y a une dimension genrée dans ce journalisme de solution.

On en parlait un petit peu avant avant l'émission. beaucoup de de personnes qui écrivent des articles sur le lien, le lien social, l'amitié sont des femmes et on retrouve cette dimension très genrée de K dans ce journalisme, dans cette écriture, dans cette approche du monde et il y a peut-être quelque chose à interroger là. Pourquoi ça ces solutions et ce regard nous vient des femmes et presque pas exclusivement mais très majoritairement des femmes.

C'est peut-être aussi un problème qu'il faut se poser quand on parle du journalisme. En tant que femme Juliet de CF, vous avez une réaction par rapport à ce qui vient d'être dit par Ingrid ? Non, je pense que ma dernière réaction, c'est vraiment de dire que la peur n'entraîne pas l'action.

Et je pense que aussi euh dans un contexte d'urgence climatique et sociale absolue tel qu'on l' actuellement, en fait, il faut vraiment queon prenne notre rôle de journaliste Albral Lec. Il faut que cette responsabilité qui nous incombe arrive aussi dans le réel et et se dire qu'il faut donner envie d'agir à travers d'une voilà une diversité de mobilisation et que ça n'est pas du feel good mais que au contraire c'est rassuré, inciter à un changement profond. C'est ça qu'on a envie de faire aujourd'hui.

Et voilà, agir c'est un risque. Agir c'est une audace. C'est pas un simple confort.

Et ça sera le le dernier mot. Merci à tous les quatre de m'avoir accompagné pour cette émission. Juliette Kev, je le rappelle, vous êtes journaliste et directrice de vert, un média indépendant que l'on conseille ici dans la fabrique de l'information.

Allez le suivre et aller rire aussi avec Gaetan Gabriel, Pauline Miel depuis les studios d'ici Provence. Je remercie d'ailleurs la technique là-bas. Vous êtes directrice de l'école de journalisme et de communication de l'université ex-Marseille.

Votre ouvrage, le journalisme de solution est à mettre entre toutes les mains comme les papiers de David Médioni et ce rapport sur l'exode informationnel publié au sein de l'observateur des médias de la fondation Jean Jorè Ingrid Terwis. On a cité cour international une bonne dizaine de fois mais on le fait une 11e fois. Les liens qui nous font du bien et face à la Russie faut-il reposter en voilà un titre allez presque de solution on va dire du moins de questions à la préparation de cette émission.

Je remercie comme chaque semaine Joséphine Renart à la réalisation aujourd'hui Sorge Leoi la technique Noé Chaban et la vidéo Jade Dentier. Oh.