Roland Lescure, ministre délégué chargé de l'Industrie – 11/01
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BFM Business présente Edwige Chevriot, la grande interview.
Bonsoir à tous, bienvenue dans cette grande interview. Aujourd'hui, mon invité c'est Roland Lescure, il est ministre délégué en charge de l'industrie. Bonsoir Roland Lescure. Bonsoir. Merci beaucoup, vous avez un rôle politique assez fort auprès de Renaissance. Beaucoup de questions à voir avec vous, les retraites évidemment. Sujet numéro 1, l'impact que cette mobilisation des syndicats pourrait avoir sur des secteurs, notamment sur l'énergie et notamment sur l'industrie. Est-ce que du coup ça peut créer un climat difficile peut-être pour l'industrie ? Et puis on reviendra sur la relocalisation, la réindustrialisation. Grande ambition du gouvernement, mais on voit bien que c'est difficile.
Vous avez écouté comme moi le journal de Faiza Younzi. Et puis l'industrie verte, le nouveau projet porté par Bruno Le Maire. Non, vous dépendez d'abord sur les retraites. On voit que les Français sont hostiles, si je m'en crois. Le sondage de Elab, hostile mais résigné. Il y a 53% des Français qui sont prêts à se mobiliser, même s'ils estiment que cette réforme n'était pas forcément nécessaire et qu'elle est sans doute injuste. Ça vous inspire quoi ?
Ça m'inspire d'abord qu'en général, des réformes des retraites, on en a à peu près tous les 5 ans, elles ne sont jamais populaires. C'est jamais populaire de porter une réforme qui consiste à dire aux gens « Vous allez travailler un peu plus pour équilibrer le système ». Donc je ne m'attends pas à être très populaire quand je fais une réforme des retraites. Est-ce que toutes les réformes qu'on porte doivent être populaires ? Non. La définition de la politique, c'est parfois de porter des réformes qui concernent l'intérêt général, même si évidemment elles ont des conséquences difficiles pour un certain nombre d'intérêts personnels particuliers.
Ce qu'on a essayé de faire dans cette réforme, c'est à la fois d'être raisonnable, donc effectivement de rééquilibrer un système qui est en danger, mais en ajoutant plus de justice, plus de capacité à accompagner. Et pour moi, c'est très important, pardon, ministre de l'Industrie, des professions difficiles, il y en a beaucoup dans l'industrie, des gens qui ont commencé à travailler très tôt, il y en a aussi beaucoup dans l'industrie, de manière à ce que tout le monde ne soit pas traité de la même enseigne.
Mais vous-même, vous avez dit à l'instant, Roland Lescure, qu'effectivement il y a des intérêts personnels qui peuvent être impactés par cette réforme. Et notamment, c'est là où il y a beaucoup d'ouvriers qui vont être obligés de travailler plus sans doute 44 ans et non pas 43 ans, comme l'avait dit Elisabeth Borne. On voit bien qu'est-ce qu'il y a des marges de progression ? Est-ce que vous avez entendu ? Parce que comme vous dites, c'est beaucoup dans des professions qui dépendent de votre ministère qui sont impactées par cette réforme.
Alors d'abord, dans l'industrie, et pas seulement dans l'industrie d'ailleurs, il y a ce qu'on appelle les carrières longues. Carrières longues, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si vous avez commencé à travailler avant 18 ans, ou avant 20 ans, ou avant 16 ans, votre âge de départ de la retraite sera beaucoup plus tôt. Donc avant 16 ans, ce sera 58 ans. Avant 18 ans, ce sera 60 ans. Et avant 20 ans, ce sera 62 ans. Donc pour ces personnes qui ont commencé à travailler longtemps, ils partiront à la retraite plus tôt que tout le monde. Deuxième sujet très important.
Oui, mais ce n'est pas le point clé. C'est important, mais ce que je veux dire, c'est le point clé, c'est est-ce qu'ils seront obligés de travailler plus de 43 ans ?
Non, du coup, parce que 20 ans...
Vous êtes sûr de ce que vous dites, parce que pour l'instant, c'est le cas.
Non, mais si vous avez commencé à travailler avant 20 ans, vous partirez à 62 ans. En fait, le calcul, c'est plutôt 41, 42, que 43 ou 44. Deuxième point très important, ce qu'on appelle la pénibilité. Ça veut dire quoi ? Moi, la semaine dernière, j'étais chez UPSA, qui fait du paracétamol, ils ont augmenté les cadences, ils tournent 24 heures par jour, 7 jours sur 7. Donc ils font les 3, 8. Aujourd'hui, dans le système actuel, pour avoir droit à ce qu'on appelle un compte pénibilité, ce qui vous permet soit de partir plus tôt, soit de vous former, de vous reconvertir, etc. Il faut travailler 150 nuits par an. Donc à peu près 5 mois.
Dans le nouveau système, il faudra travailler 100 nuits par mois seulement pour avoir droit à ce compte pénibilité. Donc de manière très concrète, les gens qui travaillent chez UPSA, à un jeun, qui nous fournissent du paracétamol, ils vont y gagner au passage à ce système, est-ce que ça veut dire que tout le monde va y gagner ? Non, globalement, on allonge la durée de travail et on sait pourquoi, c'est pour équilibrer le système.
Oui, puis ça veut dire que si vous et moi, on travaille plus longtemps, ce n'est pas dramatique. En revanche, pour les ouvriers, ça peut être plus difficile.
Et donc on intègre davantage les situations particulières. Chez UPSA, il y a des cadres qui travaillent dans la journée, qui font 9h-18h. Je trouve ça normal que ces gens-là puissent travailler jusqu'à 63 puis 64 ans. Mais ceux qui travaillent la nuit, quand je vais dans une forge, avec du travail de nuit, parce que pour compenser la hausse des coûts de l'énergie, toute l'entreprise s'est mise à travailler de nuit, c'est normal, dans des températures, par exemple, extrêmement chaudes. Tout ça, c'est intégré dans la réforme.
Est-ce que la réforme, elle est améliorable ? Parce que là, il y a un débat budgétaire. Vous avez été député avant d'être nommé ministre dans le dernier gouvernement. Est-ce que vous vous dites, cette réforme, on va l'améliorer ? Il y a des points d'amélioration, notamment sur les 43 ans. Pardonnez-moi d'insister.
Je vais peut-être vous surprendre, mais je pense que notre capacité collective à améliorer cette réforme, elle va dépendre beaucoup des oppositions. Moi, j'entends un groupe, la France Insoumise, qui envisage de déposer 10 000, 15 000, 20 000 amendements, 80 000 amendements, etc. C'est sûr que si on doit discuter, comme c'était le cas, d'ailleurs, dans la réforme précédente, des dizaines de milliers d'amendements, de virgules, de syntaxes, qui changent le titre du projet de loi, qui changent la virgule, qui changent le trimestre, pour faire de l'obstruction, on n'aura pas le temps de discuter de l'essentiel. Donc, on verra.
En tout cas, le gouvernement, la Première Ministre a dit, elle est prête, évidemment, à discuter de cette réforme à l'Assemblée. On respecte le débat parlementaire. Ce sera, c'est très important, ce qu'on appelle en temps législatif programmé. Donc, il y a un temps pour le débat. 20 jours.
Ah, si, parce que c'est justement... Moi, j'en ai vécu. C'est dans le coin de notre finance.
La loi PAC, dont j'étais rapporteur général, elle est passée en temps législatif programmé. On a eu le temps d'examiner 80 articles, qui sont devenus même 150 articles dans la deuxième lecture. Non, le sujet, c'est, si on passe le temps législatif programmé à discuter de l'essentiel, il y aura tout le temps pour le débat.
Et 20 jours, vous trouvez que c'est suffisant ?
Mais c'est beaucoup, 20 jours. C'est 4 semaines de temps parlementaire, mais vous vous rendez compte ? C'est beaucoup de temps qui permet de discuter. Regardez ce sujet de la France, ça durerait plus longtemps. Non, mais c'est un projet de loi qui est important.
Ah, bien, c'est très important. Qui est structurant par rapport à notre journaliste.
Et qui n'est pas non plus, c'est pas 80 articles. Il y a un certain nombre de paramètres importants à discuter, sur la pénibilité, sur les carrières longues, etc. Et ça, le gouvernement est prêt. Si les oppositions décident de jouer l'obstruction, on n'aura pas le temps d'avoir un vrai débat de fond. Ça, on verra, c'est à elles de décider.
Est-ce que vous redoutez une mobilisation massive ? Vous avez vu, on s'est affiché quand même très forte. À peine Elisabeth Borne avait fini de parler. Il y a eu les 8 syndicats qui sont affichés ensemble en disant que c'est inacceptable. Donc, certains disent qu'il y aura des conflits très forts dans l'industrie, dans l'énergie. On va y revenir. Mais est-ce que vous attendez à une mobilisation très forte ?
En tout cas, clairement, il n'y a pas de surprise, puisque même les syndicats dits réformistes nous avaient dit. Ils sont très virulents. Ils l'ont dit très publiquement. Et depuis un an, Laurent Berger notamment, qu'il ne souhaitait pas. Il avait d'ailleurs un mandat de son organisation pour refuser toute hausse de l'âge de départ à la retraite. Donc, à partir du moment qu'il y a ce totem, c'est un vrai totem pour Laurent Berger.
Et de côté, c'est un totem, hein ?
Non, non, non, non.
Moi, c'est de votre côté, c'est un totem.
Non, c'était un engagement très fort dans la campagne présidentielle qui, quand même, je le rappelle, a été remporté par Emmanuel Macron.
Il faut quand même rappeler que lors du son précédent, il avait dit absolument le contraire, qu'il ne fallait pas réformer les retraites.
Et la situation économique a changé en profondeur. On a eu une crise sanitaire historique. On a des prévisions qui donnent un déséquilibre du système. Mais surtout, il avait dit 65, et on arrive à l'Assemblée avec un projet de loi qui dira 64 ans. On nous avait demandé, notamment les Républicains, mais aussi un certain nombre de voies syndicales, de privilégier la voie dite de l'accélération de la réforme touraine. C'est ce qu'on a pris en compte. Donc, on souhaite équilibrer le régime. On souhaite aussi en profiter pour renforcer un certain nombre de considérations sur les carrières longues.
Mais sur la mobilisation, est-ce que... Oui, donc c'est ça.
Donc, on n'a pas de surprise sur le fait que tous les syndicats...
Pour vous, donc, il n'y a aucune inquiétude à avoir ?
Non, mais ce n'est pas une histoire. Vous dites, est-ce que vous redoutez ? Est-ce que vous êtes inquiet ? J'entends ici ou là les veillées d'armes, etc. Moi, je suis assez réservé sur ce vocabulaire extrêmement belliqueux. On est dans du dialogue social à la française qui souvent passe en partie par les rues. On est dans un processus démocratique extrêmement bien identifié avec un projet de loi, un temps législatif programmé, etc. Et donc, on va avoir une chorégraphie habituelle qui fait qu'on va avoir des manifestations. On verra l'ampleur de les manifestations.
Moi, ce que je peux vous dire, en tout cas, j'en suis convaincu, c'est que quand je vais visiter des usines, à chaque fois, je demande à rencontrer les organisations syndicales. Les gens que je rencontre, ils me parlent d'inflation, ils me parlent de crise énergétique, ils me parlent d'inquiétude sur leur outil de production, ils ne me parlent pas de réforme des retraites. Donc, je ne suis pas sûr que ce soit la préoccupation première des Françaises et des Français aujourd'hui, mais on verra.
Juste pour reprendre l'expression d'un membre de la CGT qui dirait un conflit très dur dans l'énergie. On sait qu'évidemment, la CGT est toujours très forte. On l'a vu avec les raffineries, on l'a vu dans le nucléaire, on l'a vu aussi dans les transports, bien sûr. Est-ce que pour vous, quand même, ministre de l'Industrie, pour les entreprises, c'est une vraie préoccupation ? Déjà qu'il y a la crise de l'énergie, mais si en plus, on retombe vers des blocages, là, ça peut devenir dangereux.
Mais on n'en est pas là. Pour l'instant, moi, j'entends une journée de mobilisation, le 19, ça arrive régulièrement. Ça nous est arrivé quand on a voulu réformer la SNCF. Mais est-ce que vous ne cachez pas un peu la tête
sous votre oreiller ? Non, non, non. D'abord, je ne vois pas beaucoup mon oreiller, c'est denser. Donc, je n'ai pas vraiment l'occasion de me cacher la tête.
Mais surtout, non, j'essaye de voir les choses un peu avec une tête froide, de manière un peu raisonnable. Ça fait partie d'une chorégraphie traditionnelle. Chaque réforme des retraites fait l'objet de contestations. Il y avait un totem qui était l'âge de retraite. On a décidé de continuer à avancer parce qu'on a été élu pour ça, parce qu'on souhaite rééquilibrer le système. Les organisations syndicales sont contre, elles vont manifester contre.
Oui, je pense qu'on va rentrer dans un conflit dur.
Non, mais il y a quand même un... Oui, mais ça, c'est... Là aussi, on a l'appel de leur souhait. On verra. Moi, ce que je sais, c'est qu'on a fait, la Première Ministre a annoncé hier une réforme qui, je pense, est équilibrée. On va avoir un processus démocratique. On a un certain nombre de mouvements politiques qui se sont prônissés pour cette réforme, y compris dans l'opposition. J'espère qu'on va avoir un débat démocratique sain avec des passages obligés, notamment des journées de mobilisation.
Est-ce que ce climat social peut quand même peser sur la croissance ? Lorsque vous regardez le rapport qui est publié chaque année à juste quelques jours avant le forum de Davos, où du reste, je passerai toute la semaine, on voit que le cinquième risque à court terme, justement, c'est le risque de division sociale. Et ça, c'est un risque. C'est auprès de centaines de chefs d'entreprise. Et là, c'est un peu le risque qui pèse sur la croissance française, en tous les cas, qui inquiète les chefs d'entreprise.
Aujourd'hui, il y a un certain nombre de risques. La crise énergétique, on l'a dit, la guerre aux portes de l'Europe, le risque budgétaire. Il y a des pays aujourd'hui, le Royaume-Uni, pour ne pas le citer, qui font face à...
Oui, mais là, je parle du risque social,
puisque c'est le leur classement. Nous, notre travail en tant que gouvernement, c'est d'équilibrer tous ces risques. Rééquilibrer le système des retraites, c'est rassurer aussi beaucoup de personnel, y compris d'ailleurs dans les entreprises, des jeunes, sur le fait qu'on va pérenniser ce système de retraite. On pourrait dire, on ne réforme pas, on se cache derrière, non pas notre oreiller, mais notre petit doigt. Dès qu'on a un risque d'opposition, on recule. Ce n'est pas le genre de la maison, ce n'est ni le genre du président Emmanuel Macron, ni le genre de son gouvernement. Donc, on réforme. On le fait, on le fait de manière aussi...
Oui, mais ça n'a pas un petit titre des chefs d'entreprise. Non, mais j'entends. De l'autre côté.
J'entends d'un autre côté ce que j'ai entendu aussi, c'est les organisations de chefs d'entreprise qui disent banco pour la réforme, qui considèrent qu'ils ont été attendus, notamment sur la brutalité, etc. Donc, je pense qu'on a une réforme qui, en tout cas, du point de vue des chefs d'entreprise, répond à des interrogations concrètes qui sont, est-ce que vous allez réformer ? Est-ce que vous allez limiter les comptes publics, les déficits publics ? Est-ce que vous allez, finalement, nous donner des perspectives assez claires sur le fait qu'on a besoin de travailler davantage, y compris chez les seniors ?
Je veux dire, juste, je m'arrête une seconde là-dessus parce qu'on n'en parle pas assez. On parle du travail des seniors, du travail des seniors.
Ah ben si, on en parle beaucoup quand même.
Oui, mais je veux juste rappeler, en France, il y a un tiers des gens qui ont plus de 60 ans qui travaillent. En Allemagne, c'est deux tiers.
C'est le problème de l'activité, c'est ça, bien sûr. Mais oui, mais je veux dire,
si on ne prend pas ça, y compris d'ailleurs les chefs d'entreprise qui ne travaillent pas assez là-dessus,
c'est surtout eux, oui.
On ne va pas y arriver. On a besoin de travailler davantage pour continuer à financer.
Je voudrais, pardon, mais avec vous, comme vous êtes ministre de l'Industrie, il y a quand même beaucoup de questions à vous poser. Juste sur la crise de l'énergie, on ne va pas s'attarder trop longtemps, mais malgré tout, il y a un tiers des PME industrielles qui vont devoir renouveler leur contrat en 2023. On a vu que par rapport au fait de pouvoir renégocier avec les fournisseurs d'électricité, il y a quand même beaucoup de PME, de PMI qui ne rentrent pas toujours dans ça. Est-ce qu'il ne faut pas élargir, dire, toutes les PME, les PMI en dessous de 1 000 salariés, elles peuvent y aller ?
Et ça coûte une fortune.
Oui.
Une fortune, c'est quoi ? Ah non, mais c'est des dizaines, des dizaines de milliards d'euros d'élargir.
De renégocier ? Non, je ne parle pas du bouclier tarifaire, je parle de la renégociation.
Oui, mais ça revient à ça. Si vous voulez, soit vous mettez le secteur énergétique sur les genoux. Parce que je veux bien qu'il y ait eu quelques excès ici ou là, et d'ailleurs, on y travaille, de manière à ce que le fardeau du bouclier tarifaire qu'on a mis en place pour les TPE soit partagé avec les fournisseurs. Mais moi, je ne souhaite pas que le secteur énergétique français soit sur les noms. Moi, je souhaite que DEF investisse dans des réacteurs nucléaires. Je souhaite que Total Energy et ENGIE continuent à se développer pour assurer la décarbonation, etc. Donc, aujourd'hui, j'allais dire, malheureusement, ou heureusement, il n'y a pas de profiteurs dans cette histoire.
On a une guerre aux portes de l'Europe. Elle nous coûte beaucoup d'argent parce que c'est un choc énergétique du type de celui qu'on a vécu dans les années 70. On partage la douleur. Le gouvernement français a décidé de protéger énormément les ménages et tant mieux, l'inflation n'est plus basse qu'ailleurs et surtout, la croissance résiste.
Oui, oui. Non, mais là, ici, on a reçu beaucoup de chefs d'entreprise qui sont exactement le modèle. C'est l'ETI qui se trouve dans les territoires, etc. Ils nous disent tous que c'est la catastrophe, on ne rentre pas du tout. Là, il y a un vrai problème.
Envoyez-les-moi, mais la plupart des ETI
qui consomment de l'énergie
rentrent dans les aides. On est à simplifier. Non, elle ne rentre pas
dans les aides.
Alors, vraiment, il faut qu'ils aillent voir et qu'ils fassent la simulation parce que ça a beaucoup changé depuis mi-octobre. Ce que je peux vous dire, c'est qu'en six mois qui précédaient mi-novembre, entre six mois qui précédaient mi-novembre, on avait dépensé 15 millions d'euros.
On a déjà fait fois-ci. Là, vous fermez le banc. On n'ira pas plus loin. Non, ce que je veux dire,
c'est qu'on a un dispositif maintenant très complet. Les ménages, les TPE, les PME, les ETI, les grandes entreprises, y compris les énergies.
Non, les PME, les ETI, il n'y a rien.
Si, mais si. On a l'amortisseur et le guichet. Donc, on a quand même tout un dispositif aujourd'hui qui fonctionne.
Mais encore, les conditions d'attribution de l'amortisseur sont très, très, très resserrées.
Non, elles ne sont pas très resserrées. On les a élargies très largement. Et par ailleurs, on ne le dit peut-être pas assez, mais aujourd'hui, le prix de l'énergie a quand même beaucoup baissé par rapport aux folies qu'on avait cet été au printemps et à l'automne, pardon. Et on est sur des niveaux... L'électricité avant la crise, elle valait 100 euros le mégawatt. Elle est montée jusqu'à 1000. Maintenant, elle vaut entre 150 et 180. Donc, c'est des hausses. Mais c'est des hausses qui sont globalement absorbables. Donc, on a besoin d'accompagner les entreprises. On a besoin, ça je le reconnais, de mieux faire connaître nos aides. On a des fonctionnaires dans chaque département.
Ça, ça a été simplifié. Très grandement. Mais on a besoin d'aller voir les entreprises pour leur dire vous y avez droit, aidons-nous à vous aider.
Vous avez fait une petite explication au chef de l'État parce que lui, il avait l'air de trouver que ce n'était pas simple.
Oui, et d'ailleurs, c'est suite à cette prise de parole qu'on a quand même encore pas mal simplifié, notamment pour les TPE. Parce que c'est vrai que pour les TPE, c'était encore un peu compliqué.
Est-ce que ça ne menace pas la réindustrialisation, la relocalisation d'entreprises Safran, les entreprises du médicament ? Beaucoup se posent à Sanofi, se posent la question. Bien sûr.
Et donc, aujourd'hui, il faut à la fois accélérer tous les plans de décarbonation, d'innovation, d'investissement stratégique. On appelle ça France 2030. Oui. Non mais, vous dites, ouais, mais on a engagé 11 milliards d'euros en 2022 et on va en engager 54 d'ici 2030. Ce qu'il faut, c'est que cet argent, il arrive. Une des raisons pour laquelle la France s'en sort beaucoup mieux que les autres face à ce choc énergétique, c'est France relance. On a dépensé 100 milliards d'euros en 3 ans pour relancer l'économie française. L'argent, il est en train de finir d'arriver aujourd'hui.
Moi, j'inaugure des usines régulièrement dans l'électronique, dans l'automobile, dans les composantes automobiles qui ont profité de cet argent. Ça, ça permet de soutenir la conjoncture. Il faut le faire pour France 2030 également. Il faut accélérer, il faut simplifier, y compris, d'ailleurs, vous l'avez dit, pour les PME, les OTI.
Oui. On va prendre un exemple tout bête qui vient de tomber comme on dit dans notre jargon, Roland Lescu. Exelia, donc fabricant de composants électroniques, très important. Hop,
passe au pavillon américain. Non mais attendez. Exelia, ça va nulle part. Ça reste en France. La différence,
n'a pas de drapeau français.
On avait un drapeau l'Union Jack, on avait un drapeau anglais parce que l'actionnaire d'Exelia, il était anglais. Maintenant, il devient américain. On a fait jouer et ça, c'est une disposition qu'on a votée et que j'ai fait voter dans la loi.
Il fallait que Bercy donne son accord
et vous l'avez donné. Et on l'a donné sous condition. D'abord, l'État n'était pas actionnaire d'Exelia. L'État a pris une action d'Exelia qui lui donne droit à une action spéciale, qui lui donne droit à la gouvernance et qui, y compris, lui donnera un droit de regard sur toute opération capitalistique, donc éventuellement une vente à venir. Deux, on a mis un certain nombre de conditions. Exelia, vous l'avez dit, est dans un secteur sensible, donc je ne vais pas vous les dénumérer. Très sensible à défense, oui, bien sûr, spatiale. Elles sont listées et Exelia s'engage et son nouvel actionnaire à respecter ces conditions.
Donc, on est passé d'un pavillon anglais à un pavillon américain avec des conditions supplémentaires et un État actionnaire. On a renforcé aujourd'hui le contrôle sur Exelia. Donc, tous ceux qui nous racontent Exelia par l'étranger... Valérie Rabault, notamment, qui est présente de l'Assemblée nationale. Valérie Rabault, la vice-présidente, elle a tort. Exelia, aujourd'hui, le contrôle de la France... Oui, et elle nous l'avait écrit avant cette procédure. La procédure investissement étranger en France, je fais partie de ceux qui l'ont renforcée avec Guillaume Casbarian qui m'a succédé à la commission d'affaires économiques.
On a aujourd'hui une mesure de protection des investissements étrangers en France qui est assez forte. Les Américains ont la même, d'ailleurs, les Anglais ont la même. On était un peu trop naïfs avant. On a renforcé tout ça. Ça ne veut pas dire qu'il faut fermer toutes les portes. Je veux dire, quand on ferme la porte, elle se ferme dans les deux sens. Si on veut que les entreprises... On sait bien
qu'il y a beaucoup d'entreprises de PME françaises qui l'orgnent. Il y a même la DG ici qui s'est penchée sur la question en disant, attention,
les Chinois, il y a beaucoup d'étrangers qui roudent. Le ministère de la Défense a regardé le dossier aussi. Ce n'est pas juste Bercy qui regarde. Mais si on veut que les entreprises françaises continuent à acheter des entreprises à l'étranger, Bombardier est devenue une entreprise... Alstom, pardon, en achetant Bombardier est devenue une entreprise de classe mondiale. Airbus a accru ses opérations. On a qui... Alors, à notre bout, on reste un instant. Des champions français, moi, je suis extrêmement fier qu'on en a. On parlait tout à l'heure d'LVMH qui a accru fortement ses résultats. Mais oui, mais... des champions français qui font travailler des artisans français. Ferropem. Ferropem.
Ben justement. Alors, c'est signé ou c'est pas signé ?
Ferropem, c'est une excellente nouvelle. Ferropem, c'était une entreprise qui faisait du silicium, qui perdait beaucoup d'argent, qui annonçait un plan social, un plan de sauvegarde de l'emploi en mars 2022. On a continué à suivre ce dossier parce que c'est une usine dans un territoire fin fond de la Savoie, extrêmement enclavé, avec peu d'activités industrielles. UGitec qui est une entreprise française, un capitaux suisse, là encore, étranger, est-ce que c'est grave ? Non. On va reprendre le site pour faire de l'économie circulaire, pour recycler des vieux métaux, pour construire des batteries. Ça, c'est là...
Ça y est, c'est signé ?
Ben, c'est signé. Ensuite, il faut... On a aidé à la recherche et à le développement. On me dit souvent qu'est-ce que fait l'État pour aider ? On a aidé UGitec à hauteur de 9 millions d'euros pour financer une partie de la R&D. Donc, la recherche, c'est fait. Ils reprennent nos sites. Ils ont ensuite un an, un an et demi d'études pour s'assurer que tout ça va fonctionner. Et ensuite, on va se remettre à produire sur un site qui ne produit plus. Soyons fiers de ces succès. Et franchement, l'État y a joué son rôle, y compris ma prédécesseure, Agnès Parain-Ur, une hachée, et moi qui ai repris ce dossier depuis six mois.
Mais ce sont aussi les entreprises, ce sont les salariés, ce sont les élus locaux. Non, mais juste insiste. On est en train de réindustrialiser la France et on va continuer à le faire malgré les ventes face, l'IRA, la crise énergétique, parce que c'est essentiel.
Il nous reste à peine trois minutes sur l'IRA, ce mécanisme américain qui tente beaucoup d'entreprises. Il ne faut quand même pas s'en cacher, moi je peux vous le dire. Il y a Bruxelles, Thierry Breton, tout à l'heure, a fait une déclaration en disant Bruxelles va riposter. On a déjà quatre propositions à faire, il faut qu'on mette de l'argent, mais il faut que ça aille vite. Est-ce que la France soutient Thierry Breton ?
Alors, un, oui. En général, on soutient Thierry Breton et sur ce cas particulier, on le soutient.
Oui, est-ce que ça peut aller vite ?
Deux, exactement. Le plan, ce n'est pas un problème dessous. IRA, 360 milliards de dollars sur dix ans. France 2030, 54 milliards d'euros sur huit ans. Compte tenu de la taille respective d'économies, c'est autant d'argent. Le sujet qu'on a, et notamment au niveau européen, c'est qu'on ne va pas assez vite, vous l'avez dit. IRA, ça va vite. Et donc nous, il faut qu'on aille plus vite.
Et c'est immédiat pour les entreprises.
Pour ce temps, les décrets d'application d'IRA, ils ne sont pas encore connus. Ça va prendre un peu de temps. Mais effectivement, une fois qu'ils auront fait tout ça, ça ira vite. Donc nous, notre défi, c'est d'accélérer. Il y a des secteurs, l'hydrogène par exemple, dans lequel on a de l'avance. Et bien, quand on a de l'avance, on ne freine pas, on accélère pour aller encore plus vite, pour attirer des entreprises. Moi, je suis sûr qu'on peut attirer...
Très, très facile aux Etats-Unis. Chez nous, c'est encore discuté de savoir qu'est-ce que l'hydrogène vert ou pas verte ?
Alors, il y a un sujet autour de l'hydrogène vert, je pense qu'on va le conclure parce que là-dessus, on sera extrêmement ferme vis-à-vis de nos collègues allemands. Mais l'hydrogène, pour l'instant, l'Europe a de l'avance. Et je peux vous dire, stay tuned, comme on dit, on va continuer à en avoir. Et moi, je suis sûr qu'on va attirer des investisseurs internationaux pour financer la filière hydrogène en France parce que la France, aujourd'hui, elle est attractive et elle va le rester.
Oui. Donc, on a une chance d'avoir notre propre IRA. IRA, l'Europe a l'européenne.
Oui, on a France 2030, il faut qu'on accélère tout ça mais on va y arriver, bien sûr. Moi, je suis extrêmement volontariste. Quand on fait face à une crise, soit on veste les bras, soit on se serre les coudes et on se retrousse les manches. Moi, je suis dans l'option 2 jusqu'au bout.
Et on sait que vous n'avez pas d'oreiller. Merci beaucoup, Roland Lesquieu, d'avoir été avec nous. Merci à vous. Ministre délégué en charge de l'industrie. Voilà, si vous voulez réécouter, revoir, évidemment, cette grande interview, vous pouvez la retrouver soit avec le QR code pour ceux qui nous regardent à la télévision, soit sur le site de BFM Business. Dans un instant, Tech & Co, retour à Paris avec François Sorel et Frédéric Simotel. Bonne soirée. Good evening business. Actu, expert, débat et interview des grands acteurs de l'économie.
Roland Lescure