IVG dans la Constitution, affaire Gérard Miller et #MeToo cinéma... le "8h30 franceinfo" de Sandrine Rousseau
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Bonjour Sandrine Rousseau, vous avez rendez-vous cet après-midi au château de Versailles. Le Parlement sera réuni en congrès pour voter l'inscription de l'IVG dans la Constitution. Qu'est-ce que vous ressentez en ce jour spécial, en ce jour historique ?
Je suis très émue, c'est un grand jour vraiment et c'est un moment où on va aller à Versailles pour un droit fondamental qui est la liberté des femmes à disposer de leur corps. Et c'est aussi inscrire dans la Constitution que la liberté ne se décline pas tout à fait de la même manière quand on est homme et quand on est femme. Et en fait, pour moi, c'est un moment d'une émotion intense. D'ailleurs, je me suis habillée en blanc, je sais qu'il y en a d'autres qui vont s'habiller en blanc pour en solidarité aussi avec les députés américaines, démocrates, qui étaient rentrées au congrès en blanc pour en souvenir des suffragettes. Et en fait, c'est une espèce d'international féministe.
Et ces votes dans la Constitution française, c'est aussi un message envoyé aux Américaines, aux Hongroises, à toutes les femmes qui, partout dans le monde, ne peuvent pas avoir accès à l'IVG. Et donc, voilà, on fait ça pour aussi soutenir les autres.
Il faut le dire, ce sera une première mondiale.
Ce sera une première mondiale et c'est vraiment quelque chose d'incroyable. Merci vraiment à toutes les personnes qui ont porté ces lois. Je pense à Mathilde Panou et Mélanie Vogel notamment.
Sandrine Rousseau, la loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. Ça, c'est la formulation qui a été retenue. Ces conditions, elles peuvent évoluer avec la loi. Est-ce que vous êtes sûre que ce texte sera vraiment une garantie ?
Alors, ce que disent les constitutionnalistes, c'est qu'à partir du moment où la liberté est inscrite dans la Constitution, il faudra quand même, enfin, ce sera extrêmement compliqué de revenir dessus. Donc après, on peut toujours compliquer l'accès à l'IVG. Mais là, quand même, c'est une étape décisive. Je rappelle aussi le rôle important qu'a joué le planning familial parce que c'est une association qui est très souvent contestée. Ces subventions sont souvent coupées quand, notamment, la droite arrive dans les communes ou les départements ou les régions. Et donc, je voudrais dire que c'est aussi grâce au planning familial.
Mais précisément, sur les questions de budget, la loi, elle pourra revenir en arrière pour couper éventuellement tel ou tel budget ?
Oui, mais dire dans la Constitution qu'on a la liberté d'y avoir accès, c'est aussi garantir cette liberté, garantir les conditions de cette liberté et donc donner l'argent nécessaire pour que les femmes puissent y avoir recours. Donc, en fait, ce sera vraiment très compliqué de revenir maintenant sur le droit à l'IVG en France. Je voudrais, enfin, pardon, mais Simone Veil, Gisèle Halimi. Enfin, voilà, c'est aussi l'histoire d'une espèce de solidarité et de génération de féministes et je pense à elle aussi aujourd'hui.
Vous êtes heureuse aujourd'hui, mais il y a quand même 50 sénateurs qui ont voté contre cette inscription de l'IVG dans la Constitution la semaine dernière. Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire aujourd'hui ?
Je leur dis qu'ils sont à contre-temps. Je leur dis que c'est indigne que de faire ça parce que c'est une avancée de droit humain, mais fondamentale, fondamentale. Et en fait, à quoi jouez-vous à faire ça ? Et qu'est-ce que vous allez chercher ? Et quel est votre droit ? Quel est votre sentiment de supériorité, d'impunité pour dire aux femmes ce qu'elles doivent faire ?
Mais à l'inverse, il y a aussi des hommes. Il faut rappeler quand même que le Sénat qui a voté mercredi est une assemblée majoritairement, ou encore très majoritairement composée d'hommes, qui ont voté après avoir beaucoup hésité et qui se sont rangés à l'inscription dans la Constitution. Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire ?
Il y a eu une campagne qui a été adressée aux femmes, aux filles, aux nièces de ces sénateurs en leur disant « convainquez-les de changer leur vote » et manifestement ça a fonctionné. Et ce que j'ai envie de dire à ces hommes qui ont changé leur vote, c'est déjà merci. Et puis écoutez davantage les femmes parce qu'elles ont des choses à vous dire.
Sandrine Rousseau, il y a ce qui dépend des orientations politiques. On l'a vu avec les différents votes dans les deux assemblées. Mais il y a aussi surtout la démographie médicale. Donc concrètement, comment se déroule l'IVG sur notre territoire ? Il y a quatre ans, un rapport parlementaire pointait ceci. La charge du maintien effectif du droit à l'IVG repose essentiellement sur une poignée de praticiens militants dont beaucoup se trouveront bientôt à la retraite. Ils sont un peu moins de 2000 à pratiquer l'IVG en France, en ville par exemple. Et ce chiffre est susceptible de baisser parce que c'est un acte médical peu valorisé, peu valorisant. Qu'est-ce qu'il faut faire ?
De toute façon, il y a un plan d'urgence à développer sur l'hôpital public, sur la santé publique d'une manière générale. Et donc, on a la même problématique sur l'IVG qu'on peut l'avoir en psychiatrie, qu'on peut l'avoir sur d'autres domaines. Le manque de moyens ? Il y a absolument besoin déjà de revaloriser les salaires. Je le dis parce que c'est quand même la première des choses dans le public. Aujourd'hui, les gens ne sont pas suffisamment payés, qu'il s'agisse des médecins ou des infirmières ou des infirmiers qui peuvent aussi pratiquer ce geste. Et puis, à un moment, il faut aussi valoriser ça. C'est-à-dire que le droit de conscience, je l'entends.
Maintenant, c'est aussi la liberté des femmes. Et c'est un honneur que de répondre à cette liberté et à la volonté des femmes. Il faut revenir sur cette clause de conscience ? Non, je ne pense pas qu'il faille revenir sur la clause de conscience. Mais on sait que l'exercice de cette clause de conscience, elle dépend aussi d'une forme d'ambiance générale. Et donc, disons-le, c'est un droit fondamental. Et les personnes qui permettent aux femmes d'exercer ce droit fondamental rendent honneur à la France, à la Constitution et à l'histoire des femmes. Donc, n'ayez pas peur de pratiquer l'IVG. Allez-y, engagez-vous. C'est un engagement et nous avons besoin de personnes engagées.
Et parmi les personnes qui peuvent pratiquer l'IVG, il y a depuis quelques semaines maintenant les sages-femmes. Je vous parlais de l'IVG chirurgical. En tout cas, sur le papier, parce que le décret qui était paru en décembre dernier était jugé trop restrictif. Le gouvernement annonce ce matin à France Info qu'il va réécrire ce décret pour faciliter, en quelque sorte, les IVG chirurgicales pratiquées par des sages-femmes. Est-ce que c'est une bonne chose ?
Bien sûr que c'est une bonne chose. Et il faut faciliter le plus possible l'accès à l'IVG. Et donc, l'IVG chirurgical, c'est le geste qui est le plus intrusif, j'ai envie de dire, pour les femmes. Et donc, c'est aussi très bien que ce soit des sages-femmes qui le font parce qu'elles ont une approche du corps des femmes qui est pétrie de leurs connaissances, de leurs compétences et de leurs expériences. Et donc, il est important que les femmes se sentent en confiance au moment où elles fassent ça. Donc, ce décret est bienvenu.
Sandrine Rousseau, une question annexe, mais en rapport avec l'IVG, votre tête de liste aux Européennes, Marie Toussaint, a écrit à CNews, la chaîne Info de Vincent Bolleray l'a invité pour un débat entre les différents candidats. Elle a refusé la proposition et dit que ce qu'il a définitivement convaincu, c'est l'infographie dans laquelle CNews présentait l'avortement comme l'une des principales causes de mortalité dans le monde, devant le cancer, devant le tabac aussi. CNews a regretté cette erreur inacceptable. Ce n'est pas suffisant pour vous ?
Ils ont regretté, mais l'émission complète était dédiée à la culpabilisation des femmes qui recourent à l'IVG. Et par ailleurs, j'ai entendu des regrets des journalistes femmes et d'ailleurs, elles ont porté une parole et entendons cette parole. Maintenant, l'ambiance de la chaîne, la ligne que porte Bolleray et qu'il assume, c'est quand même une contestation des femmes à recourir à l'IVG. Et donc, voilà, ça suffit en fait. Ils ont fait campagne contre l'avortement selon vous ? En tous les cas, toute l'émission, moi je ne regarde pas CNews, mais toute l'émission où il y a eu cette infographie a été une émission dédiée à la culpabilisation des femmes. Et en fait, ça suffit.
Voilà, donc je comprends Marie Toussaint. Moi, je ne réponds pas aux invitations de CNews à aller sur les plateaux. Après, c'est un choix qui est aussi un choix de notre parti, puisque nous avons pris une résolution en ce sens. Je pense que CNews a une ligne éditoriale, que c'est une ligne éditoriale qui mène une bataille culturelle d'extrême droite et qu'il faut l'assumer. Et que nous ne soyons pas, que nous ne participions en rien à cette bataille culturelle, me semble être à notre nom.
Mais vous allez sur Europe 1, qui appartient aussi à Vincent Bolloré.
Oui, mais Europe 1 a une ligne qui est, pour le coup, qui est quand même beaucoup plus pluraliste. Et d'ailleurs, Europe 1 a moins été l'objet de contestations que CNews de la part du CSA qui est devenu l'arcombe. Et en fait, il n'y a pas eu les mêmes réprimandes, il n'y a pas eu les mêmes sanctions sur l'absence de pluralisme. Donc, ça n'est pas tout à fait le même angle.
Le 830 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia.
Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris. On va parler maintenant des sujets agricoles. Et au lendemain du salon qui vient de s'achever à Paris, une proposition de loi socialiste visante à reconnaître la responsabilité de l'État dans le scandale du chlordécone, pesticide utilisé dans les bananeraies aux Antilles, jusqu'en 1993, en dépit de sa dangerosité. Cette proposition a été approuvée par l'Assemblée nationale la semaine dernière, sachant que la majorité et la droite se sont abstenues. Est-ce qu'il y a la moindre chance, selon vous, que ce texte aille au bout, qu'il passe le filtre du Sénat ?
J'espère absolument qu'il y aura au bout, parce que c'est un texte qui est historique, en cela qu'il reconnaît la responsabilité de l'État dans les maladies issues de l'usage abusif du chlordécone. Et pourquoi la responsabilité de l'État ? Parce qu'on connaissait la dangerosité de ce produit et qu'il y a eu des autorisations de le répandre des années et des années après les premières recherches scientifiques sur sa dangerosité. Donc, en fait, là, on est dans un moment qui est crucial, qui est que l'État a une responsabilité quand il autorise des produits et que ces produits ont une dangerosité sur la santé.
Nous sommes aujourd'hui en train de discuter du plan éco-phyto, de l'indice de mesure du nombre et de la quantité de pesticides qui est déversée. J'en ai discuté hier avec les représentations des agriculteurs au Salon de l'agriculture où j'ai passé toute la journée. Eh bien, il y a une bataille à mener pour que le nombre de pesticides diminue, que l'usage des pesticides diminue réellement. Et là, l'État a une responsabilité là-dedans. Ce ne sont pas seuls les agriculteurs qui sont face à des contraintes économiques, face à des contraintes qui sont sur leur exploitation. L'État a une responsabilité.
Et je rappelle que dans cette loi, il y a un amendement que j'avais porté et qui a été adopté, qui est qu'il y a un principe pollueur-payeur qui fait que ce sont les entreprises qui produisent le chlordécone, le glyphosate, etc., qui ont une taxe pour financer les fonds d'indemnisation. Avec un principe prétroactif, absolument.
Vous parlez de la situation aujourd'hui, la situation de la crise agricole. Xavier Bertrand, le patron et l'air de la région des Hauts-de-France, demande au gouvernement de revenir, justement, sur l'interdiction de certains néonicotinoïdes, donc des pesticides pour les betteraviers, par exemple. Écoutez, il était à votre place la semaine dernière.
Pas d'interdiction sans qu'il y ait une solution. Si vous laissez mourir les betteraviers des Hauts-de-France comme de toute la France, eh bien, dans ces conditions-là, on continuera à produire de la betterave. Mais pas en France. Tiens, en Allemagne. En Allemagne, il y a une partie de la production qui utilise des néos. Donc, ce qui veut dire qu'on va s'interdire en France, ce qu'on autorise de venir du reste de l'Europe.
C'est de la concurrence déloyale ? Oui, il y a de la concurrence déloyale. Évidemment qu'il y a de la concurrence déloyale. Quand on élève des poulets avec des produits qui sont notamment aussi interdits en France, etc., quand on fait de la betterave avec des produits interdits en France, il y a de la concurrence déloyale. C'est la raison pour laquelle, moi, je voudrais qu'il y ait vraiment un socle de normes qui s'impose aux produits qui sont importés en France. Mais, je le dis, nous ne pouvons pas continuer à mettre la biodiversité en danger. Les abeilles sont des pollinisateurs qui sont absolument indispensables à la biodiversité. Et là, dans le cas des métraviers, c'est maintenant.
Il y a de l'urgence. Comment ils font ? Oui, mais il y a toujours de l'urgence. Et à un moment, la planète est en train de crever. Mais, pardon, je le pose de manière un peu... La planète est en train de mourir. Et nos conditions de vie sur Terre sont menacées. Mais ce que disent les élus et les métraviers,
ce sont des dizaines de milliers d'emplois, notamment dans le Haut-de-France, par exemple.
Oui, on indemnise les métraviers. Oui, on finance des recherches sur les alternatives. Oui, on met le paquet pour sortir des néonicotinoïdes. Il y a 70% des insectes qui ont disparu. 800 millions d'oiseaux. On est où, en fait ? Non, mais la question est de savoir
est-ce que la France ne va pas trop vite par rapport à ses alliés européens ?
Non, mais il faut qu'on y arrive. On a une obligation de résultat aujourd'hui. Donc, oui, il y a une période difficile à passer. Je le reconnais. Et c'est la raison pour laquelle il y a besoin d'une indemnisation des personnes qui perdent des revenus liés à l'interdiction des néonicotinoïdes. Mais nous ne pouvons pas continuer avec les néonicotinoïdes. Et il faut le poser. Nous ne pouvons pas continuer avec les néonicotinoïdes. Nous ne pouvons pas mettre en danger les abeilles. Quand vous allez au Salon de l'agriculture
et que vous en parlez franchement avec les agriculteurs,
il vous accueille comment ? J'en ai parlé absolument franchement et avec la coordination rurale et avec la FNSEA. Nous ne sommes pas d'accord. Mais je leur dis que, en fait, permettre cela, c'est permettre de laisser les agriculteurs avec juste le nez un tout petit peu au-dessus de l'eau à très court terme, mais qu'à moyen terme, c'est les laisser mourir dans les conditions les pires. Donc, en fait, c'est un calcul de court terme. Et aujourd'hui, nous avons besoin de sauver une agriculture qui est en danger, liée à la perte de biodiversité, liée au réchauffement climatique et liée à l'industrialisation et au productivisme.
Pour changer cela, nous devons avoir une ambition et une stratégie politique de retour vers des petites exploitations respectueuses de l'environnement et limiter les importations, voire les interdire sur certains produits.
Sur le Salon de l'agriculture qui s'est achevé hier, les actes de violence comme les G2 contre les ministres ou même la bière sur Marion Maréchal-Le Pen, vous en avez pensé quoi ?
Je pense que c'est des modes d'action que je ne valide pas, que je ne soutiens pas. Maintenant, je pense qu'il y avait aussi une forme d'exercice de communication. Et voilà, moi, c'est la raison pour laquelle j'ai voulu y aller sans caméra pour discuter véritablement. Et je peux vous dire que j'ai discuté très longuement avec bien des organisations, y compris d'ailleurs des organisations syndicales, par exemple, de soutien des salariés de l'agriculture parce qu'on les oublie. Mais il y a des ouvriers agricoles, il y a une quantité de salariés dont on ne parle absolument pas et qui sont pourtant dans des situations, eux aussi, très compliquées.
Sandrine Rousseau, 18 départements ont participé à l'expérimentation du RSA conditionné à une formation. Et sur les 22 500 personnes entrées dans le programme, 45 % ont un contrat dans une entreprise et travaillent 5 mois après le début de leur accompagnement. Vous étiez contre à l'origine du dispositif. Vous applaudissez aujourd'hui le gouvernement ?
Non, je ne l'applaudis pas parce que je pense qu'on est dans un dispositif qui, oui, on peut sortir des chiffres comme ça, mais à la fin, on impose l'idée qu'on ne mérite pas le soutien et la solidarité sociale. Or, le RSA est une forme de solidarité qui est un droit. Et puis par ailleurs, je pense que ce qu'il manque dans le dispositif sur le RSA, c'est quand même tout un accompagnement et social et de santé, ce qui n'est pas dans le dispositif. Or, on voit qu'il y a des gens qui n'ont pas de logement, il y a des gens qui sont en mauvaise santé. Tout cela, ils ne choisissent pas d'être au RSA. Ils subissent juste la situation dégradée de la situation sociale.
Et franchement, ça, ça renvoie à l'idée que les gens au RSA profiteraient du RSA. Ça n'est pas vrai. Et franchement, là maintenant, on est dans une crise sociale d'une telle ampleur qu'on ne peut pas continuer avec cette vision-là qu'on ne mérite pas... Quand Gabrielle Nathalie dit que le modèle social
doit inciter à l'activité, vous n'êtes pas du tout d'accord avec ça ?
Je pense que l'activité est une solution pour ceux qui le souhaitent. Je pense aussi qu'il y a des gens qui vont mal et qu'il faut l'entendre et que prendre soin de nous, ça n'est pas mettre le couteau sous la gorge des gens pour qu'ils aillent travailler s'ils ne vont pas bien. regarder les indicateurs de santé mentale, ils se dégradent de manière conséquente. On a par exemple chez les jeunes une explosion des tentatives de suicide. Et ce n'est pas en leur mettant le couteau sous la gorge. Mais si, bien sûr que si, que ça a à voir. Parce que ça fait partie de ces étudiants. Pas que les étudiants, c'est des jeunes aussi actifs qui démissionnent, qui ne veulent pas...
C'est une question qui est plus large
que la seule incitation au retour à l'emploi.
Oui, mais faire un retour à l'emploi. Encore une fois, je le redis, il faut faire des retours à l'emploi. Mais des retours à l'emploi qui n'ignorent pas la question sociale, qui n'ignorent pas la situation sociale des personnes, ni la situation de santé. Et quand je vois qu'on fait des bouts d'économie où on a envie de le faire en tous les cas sur les affections longue durée, qu'on le fait sur les personnes qui ont plus de 55 ans, où on va avoir une réforme probablement de l'indemnisation chômage au-delà de 55 ans. En fait, on tape toujours sur les plus faibles et on ne va jamais chercher l'argent là où il est, c'est-à-dire sur les entreprises de la grande distribution.
On recherche 10 milliards d'euros. Il y a eu 10 milliards de baisses d'impôts aux entreprises lors du dernier budget. Il y a quand même quelque chose d'assez évident à aller chercher.
Toujours avec Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris, Judith Gaudrech multiplie les prises de parole concernant les agressions, les harcèlements sexuels dans le cinéma. Est-ce que vous avez l'impression que le milieu réagit à la hauteur de la gravité de ces prises de parole ?
Pas du tout.
Pas du tout.
Pas du tout, mais de la même manière que quand la question était sûre de Pardieu ou Polanski. On a l'impression d'un milieu qui résiste, d'une résistance un peu passive, un peu souterraine, comme ça, à la parole extrêmement forte de Judith Gaudrech.
Elle vient d'où, cette résistance ?
Cette résistance, elle vient du fait que je pense qu'au-delà de la personne de Judith Gaudrech et de son cas à elle, il y a derrière un système qui a valorisé, quelque part, l'accès au corps des femmes. Et je pense que ce que nous devons maintenant regarder en face, c'est le fait que la société, entre 1970 et 2010, a été une société qui a valorisé la pédocriminalité, le viol, y compris dans le cinéma. Je rappelle par exemple qu'un film comme Les Valseuses, c'est un film où il y a nombre de scènes qui pourraient très bien être qualifiées de viol. Et en fait, là, on change de société, on fait le procès de cette société, mais la question, c'est comment on passe d'une société à l'autre.
Et ça, il va falloir aller chercher dans les placards, modifier les modes de gouvernance et revoir aussi la place des femmes dans l'image que donne le cinéma. C'est important ce que vous dites
parce qu'il y a des films qui correspondent à une époque. Ce que vous dites, par exemple, sur un film comme Les Valseuses, c'est qu'aujourd'hui, il ne faudrait pas, on ne pourrait pas tourner un film comme celui-ci dans la société actuelle ?
Je ne dis pas qu'on ne pourrait pas le tourner, je dis juste que Les Valseuses a été un des succès importants. et le propos des Valseuses, c'est quand même que deux hommes ont un accès au corps des femmes quand ils veulent, où ils veulent et comme ils le souhaitent. Et ça, c'est vraiment un changement d'époque. Et en fait, je rappelle que le viol est une possession du corps de l'autre. Aujourd'hui, les femmes ne veulent plus que quiconque possède leur corps. Nous les possédons, c'est notre corps, notre propriété, notre choix. Et donc, c'est cette révolution-là qui est en train d'être faite.
Mais pour cela, il va aussi falloir à la fois changer l'image, réfléchir sur le caractère systémique de l'image et de la place des femmes dans le cinéma. Il va aussi falloir réfléchir très concrètement à la place qu'ont des agresseurs
dans le système de cinéma. Mais comment on fait ça ? Parce que, par exemple, Judith Godrèche, elle, elle demande la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le sujet. Est-ce que c'est votre rôle ? Donnez votre avis. On a fait une commission
d'enquête parlementaire, par exemple, sur les VSS, sur les violences sexistes et sexuelles dans le sport. Je pense qu'on pourrait très bien le faire dans le cinéma et que ce qu'on y découvrirait serait, à mon avis, d'une ampleur très importante. Moi, je me souviens du César de Polanski face à Adèle Haenel pour le meilleur réalisateur. Pour le meilleur réalisateur. Mais vous entendez
le débat qui est sous-jacent. Si on ne va pas mêler une œuvre artistique à un homme réalisateur. Là, en l'occurrence, c'était l'homme
qu'on saluait. Mais pour son art ? Pour ce qu'il a fait. C'était l'homme qu'on saluait. Et à un moment, ce qu'on met en avant, ce qu'on valorise, ce qu'on met... Oui, ce à quoi on donne des médailles, c'est un choix que l'on fait. Est-ce que l'on décide de donner des médailles à des gens qui se sont mal comportés ?
Sandrine Rousseau, est-ce que Dominique Boutona, le patron du Centre national
Il doit démissionner, oui.
Il doit démissionner, il n'est plus en situation... Absolument.
Il n'aurait jamais dû être nommé, d'ailleurs. Il faut dire qu'il est mis en examen pour agression sexuelle sur son fille de 21 ans. Bien sûr.
Sandrine Rousseau, il y a une autre personnalité dont on parle beaucoup, dont vous êtes proche, dont vous avez été très proche. Les témoignages s'accumulent contre Gérard Miller, qui vous a soutenu, par exemple, en 2021 pour la primaire Europe Écologie des Verts. Vous l'avez eu au téléphone pour essayer d'en savoir plus sur ses affaires, sur ses accusations ?
Ah non, non, non. Et je ne veux pas l'avoir au téléphone, non, d'aucune manière. Après, je ne suis pas très proche de Gérard Miller. Il est venu deux ou trois fois me soutenir pour la primaire. Mais voilà, ça dit aussi ça, Gérard Miller. C'est-à-dire, ça dit un monde où avoir le plus de femmes possible, le plus jeune possible, était comme des espèces de pins au revers de sa veste, des espèces de médailles, des espèces de...
Comme lui-même conteste, la question est toi-même.
Non, mais quand il y a 60 femmes qui parlent, il n'y a pas de contestation.
67 femmes et...
Non, mais voilà. Vraiment, il n'y a pas de contestation possible. Vous n'avez pas voulu l'appeler ? Non, je ne veux pas l'appeler. Non, non, je ne veux pas l'appeler. Je sais absolument ce qu'il va me dire. Voilà, que c'est absolument faux. Tout cela est absolument faux.
Moi, ça ne m'intéresse pas. Mais vous ne voulez pas l'appeler parce que vous vous dites qu'il ne mérite pas d'être entendu ou alors le nombre de femmes, en fait, parle pour lui ?
Je pense que là, on est dans le temps où la parole des femmes doit se déployer, doit être entendue, doit être respectée, doit être accueillie. Et donc, je suis dans ce moment-là et j'écoute et j'entends et je respecte la parole de ces femmes.
Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris. Merci d'avoir été sur France Info ce matin. Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Sandrine Rousseau