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Podcast / conversationFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 10 juillet 2026 28 minDivertissementInstitutions & électionsEurope & internationalCulture, médias & sport

[DÉCOUVERTE] César : un rendez‑vous avec la mort | 01/10 · Un banquet chez Lépide

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Ni le ciel, ni la terre n'ont connu la paix cette nuit. Lui, ce n'était pas vaincre, c'était triompher. Moi-même, j'ai beau savoir qu'une de ces étoiles est la mienne. Au secours ! Qui a crié ? En plus, c'est là ! On a assassiné, c'est là ! Bon sûr, c'est Calpurnie qui rêve encore. On me tue ! Il pense, comme d'autres grands hommes politiques ou grands conquérants de l'histoire universelle, qu'il est protégé, Napoléon aurait dit, par son étoile. Lui, il parlera plutôt de la Fortuna, le destin, la fortune, et que donc, cette protection divine va lui assurer le succès.

J'ai eu aussi plaisir à trouver cette phrase-là de Shakespeare, où il met dans la bouche de Julio César et « Si mon nom me permettait la peur ». Les lâches meurent plusieurs fois avant leur mort. Le vaillant n'éprouve sa mort qu'une seule fois. De tous les prodiges dont j'ai ouï parler, il est pour moi bien étrange que les hommes aient peur. Car la mort est l'issue nécessaire qui vient quand elle le décide. L'Antiquité, c'est un univers fascinant, parce que c'est à la fois une relation de familiarité. On a l'impression de connaître César depuis toujours. Et puis, plus on étudie l'Antiquité, plus on se rend compte qu'on ne comprend pas, en réalité, que ça nous est extrêmement différent.

Et au contraire, que c'est très exotique, que c'est une vraie entreprise anthropologique, de partir sur un terrain totalement inconnu, avec des témoins qui sont morts. Donc, du coup, c'est tout un défi intellectuel de retrouver aussi cette civilisation qu'on croyait si proche et qui, en réalité, est bien plus lointaine et qui, malgré tout, fait réfléchir, évidemment, sur les enjeux du contemporain. Il n'y a de l'histoire que contemporaine, comme on dit. Évidemment, quand on réfléchit au césarisme par rapport à toute l'actualité, on parlait de Trump, on pourrait parler de bien d'autres.

Ces questions-là, elles existent et elles existaient un peu différemment, mais avec des points communs dans l'Antiquité. Donc ça, c'est ce qui reste le côté le plus passionnant, je trouve, de s'intéresser à l'Antiquité romaine en particulier. Épisode 1. Un banquet chez l'épide. Suétone raconte dans sa vie des douze césars que la mort du divin Jules fut à peu près telle qu'il l'avait désirée. Il exprimait son aversion pour une mort lente et souhaitait que la sienne fût pronte et subite. La veille même du jour où il périt, à un souper chez l'épide, un convive ayant soulevé cette question, « Quelle est la fin la plus désirable ? » César lui répondit, « La mort que je souhaite.

C'est une mort brusque et inopinée. » Alors devant nous, on a un portrait d'un homme d'âge mûr avec le front légèrement dégarni. Si vous vous placez sur le côté, on voit une petite pomme d'Adam, des pommettes assez saillantes, les yeux assez enfoncés. Le front large, quelques rides. Quelques rides, voilà. On voit que quand même, effectivement, on a voulu montrer l'âge du protagoniste, mais aussi une certaine... Alors, je n'ai pas envie de dire sévérité, mais une certaine gravitas, vraiment. Christophe Badel, quel homme est César en cette soirée du 14 mars 44 avant notre ère ? Quel âge a-t-il ? À quoi ressemble-t-il ? Alors, César, à la veille de sa mort, a 56 ans.

Et c'est quelqu'un qui, semble-t-il, est vieilli prématurément. Alors, il y a des débats sur l'apparence physique de César. Le seul document irréfutable que l'on ait, c'est une monnaie frappée, justement, dans les derniers mois de sa vie. On le voit de profil et on voit quelqu'un de très émacié, de très amaigri, avec le cou, spécialement, on voit les os. Donc, sûrement quelqu'un qui est usé par une vie, spécialement des dernières années de combat. Alors, la calvitie de César est célèbre. Sur la monnaie en question, une monnaie de profil, on voit la couronne de laurier. Donc, on ne peut pas juger l'ampleur de la calvitie.

Et on sait aussi que César est épileptique et que ses crises se sont multipliées dans ces, justement, dernières années. Donc, on peut estimer que, physiquement, c'est sans doute un homme usé. Romy Weich, vous êtes la directrice du musée des Antiquités d'Arles, ville fondée par César comme colonie césarienne pour sa sixième légion. Nous sommes au bord du Rhône, dans ce magnifique musée rempli de merveilles, de la Rome antique, d'ailleurs. Vous en êtes la directrice. J'imagine que vous êtes une défenseuse de la théorie que c'est Jules César. Quels sont les arguments en faveur de César ? Alors, j'aimerais beaucoup que ce soit César, mais je ne peux pas l'affirmer.

Mais il y a certains éléments, notamment, effectivement, la pomme d'Adam, le front des garnis, qui laisseraient penser que ça pourrait être César. Le regard intelligent, assez volontaire. Oui, voilà, tout à fait, exactement. Il ressemble, effectivement, au portrait républicain. C'est-à-dire que, vraiment, là, on est dans un style très réaliste. C'était, justement, les rides, tout ce vécu qu'on pouvait voir sur le visage était vraiment ce qui inspirait confiance et qui montrait qu'on était digne d'avoir le pouvoir. Christine Dalbon, vous êtes psychanalyste franco-italienne basée ici à Rome. Nous le trouvons dans votre cabinet.

Pour vous, si vous deviez analyser le César du 14 mars 44, avant notre ère, quand il va dîner chez son ami Lépide, cet homme est dans quel état psychique ? Tous les écrivains, tous ceux qui en témoignent, le décrivent dans un état de tension permanent. Il y a différents aspects à ça. Je vais commencer par citer les classiques, quand même, et notamment à un psychiatre qui a écrit aux environs de 1900 qui a parlé de la Césarite, cette ivresse folle du pouvoir, dire que César était atteint de Césarite aiguë. Marie-Claire Fériès, historienne. Il est certain que César ne semble pas avoir été très serein la veille des îles de Mars. Il y avait des tensions très vives.

Il était à Rome depuis plusieurs mois. Il rencontrait, ou il devinait, des oppositions à sa politique. Et d'autre part, on lui avait annoncé que les îles de Mars seraient un cap dangereux pour lui, voire un cap fatal. Regarde bien César. Qu'est-ce que tu as à me dire ? Répète tes paroles. Méfie-toi des îles de Mars. C'est un illuminé. Laissons-le divaguer. Vous pensez qu'il était indifférent à la mort quand il révoque ses gardes du corps, par exemple, peu de temps avant l'assassinat ? Ou est-ce qu'au contraire, vous pensez que peut-être il cherchait à défier la mort, à montrer qu'il était au-dessus de ça, que sa fortuna était immense ? Ça peut être l'un et l'autre.

Je ne pense pas qu'on puisse les exclure un trait de son contraire. Quand on est dans un tel défi par rapport au triomphe, parce que lui, ce n'était pas vaincre, c'était triomphé, la même façon qu'on peut opposer arriver premier et être l'unique. Lui, il ne voulait pas arriver le premier, il voulait être l'unique. Et dans ces dimensions-là, je pense qu'on se coltine fatalement la dimension de la mort. Du point de vue psychique, les sources nous montrent un homme fatigué, n'ayant plus de dynamisme, se laissant un peu porter par les événements.

Mais on peut critiquer ce point de vue parce que ce sont des sources ultérieures de plusieurs siècles qui, évidemment, connaissent l'assassinat de César et sont marquées par l'idée d'un destin qui conduisait César vers sa mort et qui l'aurait accepté. Dans l'autre balance, on peut voir que c'est quelqu'un qui prépare une expédition en Orient. Donc, c'est quelqu'un qui a des projets encore. C'est quelqu'un qui a des projets, qui donc a tout de même le peps nécessaire pour les accomplir. En tout cas, il le pense. Il se lance dans peut-être ce qui va être sa guerre la plus difficile, puisqu'il doit lutter contre les partis qui ont vaincu les Romains récemment.

Donc, ça ne cadre pas exactement avec l'idée d'un homme qui est en fin de parcours. Mais on peut se demander si, d'un autre côté, il n'y a pas un côté fuite en avant dans cette expédition qui peut faire penser à l'expédition évidemment russe de Napoléon, dans la mesure où quelqu'un qui n'a peut-être pas résolu tous les problèmes de politique intérieure qu'il voulait faire, qui n'a peut-être pas pu trouver la bonne assise pour son régime et qui peut fuir un peu ses problèmes en lançant une nouvelle guerre.

Philippe Fleury, vous êtes professeur de latin à l'université de Caen où se trouve cette extraordinaire maquette qui est un objet d'ailleurs classé au monument historique construit par Paul Bigot au début du XXe siècle. Vous pouvez nous décrire sa taille, sa texture ? Alors, c'est une maquette qui représente les 4-5e de Rome. Elle est à l'échelle 1-4e. Elle fait 12 mètres de long sur environ 6 mètres de large. Elle représente Rome à l'époque de l'empereur Constantin au tout début du IVe siècle après Jésus-Christ. Donc nous sommes le 14 mars 44 avant notre ère. Au soir, César va dîner chez son ami, son collègue, l'épide, c'est un banquet. Ils vont parler de la mort, ils vont philosopher.

Est-ce qu'on sait où est la maison de l'épide, où a pu avoir lieu le dernier repas, non pas du Christ, mais de César ? Alors, on ne connaît pas l'emplacement exact de la maison de l'épide. L'épide appartient à une famille riche de Rome. Elle pourrait se trouver sur le Palatin, à l'époque, qui est une colline aristocratique, où se trouvent beaucoup de personnages, d'ailleurs très connus. Cicéron a sa maison sur le Palatin. Auguste, quelques années plus tard, fera construire également sa maison sur le Palatin. Alors, le Palatin, c'est la colline qui se trouve juste ici, juste à côté du Grand Cirque. Elle est facilement repérable. Le Grand Cirque ici, la colline du Palatin, juste derrière.

La villa de l'épide est très certainement sur le Mont Palatin, l'un des sept grands monticules de Rome. Nous nous trouvons actuellement au pied du Mont Palatin. Professeur Luca Fedzi, vous êtes l'un des principaux biographes de César en Italie. Vous êtes professeur d'histoire romaine à l'université de Padoue. Où, à votre avis, exactement pouvait se trouver la villa de l'épide ? La villa de l'épide pourrait très bien se trouver juste derrière nous. Nous avons là, derrière nous, les pentes septentrionales du Palatin, une zone qui était très, très convoitée par les hommes politiques. et aussi parce qu'on pouvait voir immédiatement ce qui se passait en dessous avec le Forum.

Nous avons sur cette zone des témoignages exceptionnels dans la correspondance de Cicéron, qui écrit tard dans la nuit à son ami Atticus, qui vit dans une autre partie de Rome, pour lui décrire les mouvements de ses ennemis dans le Forum situé en contrebain. Agnès Lili, selon vous, où a lieu ce fameux banquet qui est quand même la veille de la mort ? Moi, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un très grand banquet. Je pense qu'il s'agit plutôt d'un repas de travail. Nous avons deux sources. Il y a Plutarque et puis Apien. Et Plutarque nous dit bien que, comme à son habitude, César faisait son courrier.

Donc, je pense qu'il s'agit plutôt d'un banquet entre personnes proches, probablement un banquet peut-être de neuf personnes puisque vous savez qu'à Rome, les banquets ont mangé couché sur des fameux lits, les triclinias. Et généralement, le banquet le plus simple, c'est à neuf personnes. Donc, je pense qu'il s'agit plutôt de ce type de banquet. Alors, y avait-il d'autres convives connus ? Apien nous dit que César était arrivé avec Decimus Brutus. Alors, Decimus Brutus, c'est un césarien, mais ce sera aussi un conjuré. Voilà ce qu'on sait de ce repas qui, pour moi, était plutôt un repas de travail qu'un repas de gala. Je ne crois pas. Et l'Épide ? Combien de légions possèdent-ils ?

Quinze, peut-être davantage. Où donc ? En City. Nous disons avec l'Épide ce soir, toi et moi. Nous parlerons armée, champ de bataille et liste de personnes à éliminer. Et demain, quand bien même le Sénat m'offrirait-il le désert de Libye pour seul royaume, j'accepterais de bonne grâce. Stéphanie Villers, historienne. L'Épide, qui organise ce banquet la veille des Ides de Mars, qui n'est pas dans le complot, lui, c'est un proche de César et c'est son maître de cavalerie. Le maître de cavalerie, c'est le second du dictateur. Normalement, on a deux consuls qui sont à égalité. Dans le cas d'un dictateur, on a un dictateur et son second. Donc, on est une hiérarchie entre ces deux hommes forts.

César a choisi l'Épide parce que, jusqu'à présent, il avait été relativement fidèle. Ça reste quelqu'un d'assez obscur, assez vite, juste après la mort de César. Il inquiète parce que c'est quelqu'un qui a ses milices. Enfin, il a son armée, mais effectivement, il va rentrer dans Rome avec son armée. Et puis, par la suite, il fera partie du Triumvirat avec Marc-Antoine et Octavien, mais il va vite devenir un personnage beaucoup plus sombre. À l'époque de César, il reste ce bras droit, mais plus dans l'ombre qu'un Marc-Antoine, par exemple. Et quel est le pouvoir d'un magistère Equitoum ? Qui détient la réalité du pouvoir sous ses ordres ? César a le pouvoir et il délègue les pouvoirs.

Ceci étant, ça veut dire qu'il demande quand même à ses lieutenants, à l'Épide comme à Antoine, d'être efficace. Et effectivement, il va gérer la ville de Rome pendant cette période et il ne va pas y avoir de problème. Il gère, pour le dictateur, les projets de César. Donc, il le fait relativement bien. Voilà, c'est ça. Je suis désolé de vous interrompre, mais je dois parler à César. Veuillez nous excuser. Stéphanie Villers, comment situer César sur l'échiquier politique ?

Alors, César, il est effectivement de cette tendance des populares, c'est-à-dire, c'est ceux qui vont défendre les intérêts du populus, du peuple, et ils s'opposent aux optimates, les autoproclamés meilleurs, qui sont plus conservateurs et qui vont défendre les intérêts, on va dire, de l'oligarchie sénatoriale, pour faire simple. Donc, c'est un populaire, c'est un populariste, la version négative, c'est un démagogue, il va s'appuyer sur le peuple, mais alors, est-ce que c'est dans l'intérêt toujours du peuple ou pas ?

C'est d'abord dans son intérêt à lui, mais effectivement, il va développer une politique, il y a peu de raisons de douter de sa sincérité sur le fait de jouer le peuple contre le Sénat. Enfin, c'est un peu caricatural de le poser comme ça, mais il va limiter les dettes, notamment, faire la distribution de terre aux citoyens sans terre, etc. Donc, il va se servir des outils de cette tendance qui existe depuis les Grecs, tout en étant un aristocrate, patricien, de la meilleure famille, enfin, des meilleures familles.

Et pour vous, dans votre analyse, Stéphanie Willer, est-ce que c'est un homme sincère dans sa politique ou est-ce que c'est ce qu'on appellerait aujourd'hui un populiste, quelqu'un comme Donald Trump aux Etats-Unis, c'est-à-dire qu'il s'appuie sur la foule pour en fait court-circuiter les institutions de la République ? Il devait être pour partie convaincu malgré tout, je pense qu'il n'est pas que démagogue ou populiste en tout cas, si on voit comment notamment il traitait ses hommes sur le champ de bataille et comment il a été fidèle à ses vétérans.

Après, effectivement, il y avait un réel intérêt pour les citoyens et notamment les nouveaux citoyens qui entraient dans le corps civique par différentes procédures mais de la conquête, il y avait peut-être une forme de sincérité de ce côté-là. On dit que tu as élu domicile dans un quartier modeste et dans une maison qui est loin d'être luxueuse et que tu as donné une fête pour 11 000 plébéiens sur le champ de Mars. Une fête est un bien grand mot, crois-le bien. Depuis plus de 200 ans, ta famille et la mienne ont eu l'honneur de faire partie de l'ordre équestre et de la classe patricienne. Elles ont fait la grandeur de Rome. Pourquoi nous tournes-tu le dos pour Gracchus et la plèbe ?

Je ne tourne le dos à personne, surtout pas à Rome. Mais j'ai appris une chose de Gracchus. Rome, c'est la plèbe. Non. Rome est une éternelle pensée dans l'esprit des dieux. Dottoressa Sara Borello, vous êtes romaniste, vous êtes l'une des plus grandes spécialistes de Cervellia Caiponis, la maîtresse de César. Alors nous sommes le 14 mars 44 avant notre ère. Chez l'Épide, il y a un grand dîner. Les historiens romains sont un peu misogynes, donc ils parlent des hommes présents et pas des femmes. Mais vous, Sara Borello, qu'en pensez-vous ? Est-ce que Cervellia faisait partie des convives ?

Effectivement, la vigilia de l'Éide de mars au 44 avant Christ, en effet, la veille des ides de mars 44 avant Jésus-Christ, nous sommes donc au soir du 14 mars de cette année-là, César dîna Chez l'Épide. Il est raisonnable de considérer que soit présente à ce dîner également l'épouse de l'Épide, donc la seconde fille de Cervellia, Junia II. Et d'après certaines sources, nous savons aussi qu'était présent même l'un des conjurés des sinus Junius Brutus. Alors, nous ne savons pas si Cervellia était présente.

Il y a certains historiens, comme par exemple le grand historien romain Ronald Syme, qui considèrent qui considèrent que neuf personnes au total étaient présentes, mais nous ne savons pas qui d'autres étaient présents. Nous pouvons imaginer peut-être Marc-Antoine, qui était consul avec César et son autre bras droit avec l'Épide, et ou d'autres Césariens comme Hirtus ou Pansa ou Balbus. Nous pouvons aussi imaginer quelques autres femmes. Cervellia pourrait en être. Mais encore une fois, nous n'avons aucune information qui le confirme.

Nous pouvons seulement le supposer du fait que le dîner eut lieu chez l'Épide et chez la fille de Cervellia, Junia II, et du fait que Cervellia continuait d'être très proche de César. Appian nous dit que César était arrivé avec Decimus Brutus. Alors, Decimus Brutus, c'est un Césarien, mais ce sera aussi un conjuré. Est-ce qu'il y a son autre beau-frère c'est-à-dire Cassius ? Non, je ne pense pas qu'il y ait... Nous n'en savons rien. Mais une part est difficile de croire que Brutus et Cassius, qui avaient quand même un projet particulier pour le lendemain, soient présents à ce banquet. Moi, je pense plutôt qu'on était avec des personnes proches de l'Épide et de César.

Alors, normalement, les femmes ne participent pas généralement à ce type de banquet. Donc, il n'est pas certain que Cervellia soit présente. Pour autant, c'est un repas normal, mais c'est un repas où certains des assassins sont présents. Certainement, oui, au moins un, si on croit la version d'Appien. Dans quelle étape psychique est César le 14 mars au soir, Marie-Claire Ferriès ? L'étape psychique d'un personnage historique et notamment de l'Antiquité est toujours délicat et tenté d'évaluer.

d'autant plus que pour le dernier soir de César, on a beaucoup glosé sur les appréhensions de César, sur notamment la petite phrase qu'il lâche lorsque, dans la discussion, on réfléchit sur quelle serait la mort que chacun souhaiterait. Et César aurait répondu qu'il souhaitait, lui, une mort rapide et qui le frappe sans s'annoncer. Et cela est apparu comme, a posteriori bien sûr, comme une prémonition de son destin. Je me souviens de quelque chose de curieux. À un moment donné, César nous a demandé à chacun quelle mort nous préférerions. Et quand ce fut à son tour de parler, il me fixa et dit « Soudaine ».

Pour nous, ce texte-là prend une tournure toute particulière puisque quelques heures après, César mourra dans la curie de Pompée. Pascal, on l'a eu, historien. Ce qu'on peut y voir, c'est sans doute au moins deux choses. Premièrement, qu'il y a des discussions à ce moment-là qui parcourent la ville de Rome. Discussions qui ont trait à la possibilité d'un complot. On pense que César a été informé des dangers qu'il courait quelques semaines avant, quelques mois avant par le biais de graffiti sur les murs de la ville où on le voit se faire traiter de tyran, où on appelle à Brutus à venger la République en se montrant au niveau de l'autre Brutus, c'est-à-dire le créateur de la République en 509.

On sait également par Cicéron dans ses lettres familières en livre 9 que Cicéron était surveillé dans ses propres banquets. Il y avait des agents de César qui étaient là, alors des esclaves, des amis, on ne sait pas trop, mais qui surveillaient les paroles qui étaient dites. Donc César au mois de mars 44 sait que quelque chose est en train de se tramer. Mais on a aussi cette espèce de cas qu'il serait résigné à l'idée de faire l'objet d'un complot dans lequel il pense qu'il ne trempera pas Brutus jusqu'au dernier moment puisque Brutus, on a des textes où il professe son admiration pour lui, il veut que Brutus soit conçu la brève échéance.

Donc on a cette idée qu'il sent que quelque chose arrive, il ne sait pas exactement quoi en faire et peut-être que cette phrase effectivement la mort la plus brutale et la plus soudaine est une sorte de bravade, une sorte de bon mot qui dit bon de toute façon quitte à mourir autant le faire bien en quelque sorte et c'est ce qui va se passer le lendemain. Mais effectivement donc il y aurait un aspect philosophique et un aspect effectivement un petit peu sombre aussi lorsqu'on parle de la mort et que la mort intervient le lendemain. Est-ce que le banquet a annoncé la mort ? Est-ce qu'au contraire on se rit de la mort ?

Ou est-ce que c'est une invention pure et simple de la part des auteurs et des anciens pour anticiper en quelque sorte la mort ? Stéphanie Villeur, la question que je vous pose c'est est-ce qu'on peut se fier aux sources antiques notamment à propos de cette conversation incroyablement prémonitoire concernant le mode de mort ? Comment vous analysez la chose vous en tant que latiniste ? C'est difficile à dire mais il y a une partie de reconstruction qui est évidente et plus le personnage est mythifié comme César plus la reconstruction est importante.

Et les sources encore une fois il faut réfléchir à la manière dont ceux qui écrivent ces textes-là ont eu les informations eux-mêmes donc là qui était là à se banquer pour ensuite raconter ce qui s'était passé ? Dans certains cas on peut effectivement avoir des témoins l'assassinat de César lui-même il y avait des témoins dans d'autres cas plus intimes effectivement c'est vraiment alors pas forcément l'imagination des auteurs qui ont écrit ces récits mais en tout cas comment la légende s'est construite. On a des listes de prodiges reconstituées a posteriori qui passent pour avoir été compris une fois que l'épisode s'est passé.

Si on comprenait tous les prodiges il ne se passerait rien derrière on les écouterait. Professeur Locafetzi qu'est-ce que vous en pensez vous de ce dîner du 14 mars ? Qu'est-ce que vous pensez de cette conversation qui glisse sournoisement sur le sujet de la mort ? Oui, oui, très clairement cette conversation est très suggestive et naturellement nous ne pouvons pas ne pas penser que quelqu'un ait pu avoir la tentation d'attribuer à César la nuit précédente sa mort des paroles qu'il n'a jamais prononcées.

Cependant dans le cas de César disons que c'est un personnage qui affronte très souvent la mort qui a une familiarité avec la mort qu'il parvient à éloigner de nombreuses fois grâce à son habileté César est clairement un épicurien peut-être que quand nous pensons aux épicuriens nous pensons à des personnages particulièrement jouisseurs mais non en réalité beaucoup plus banalement pour lui c'était une vision un peu plus matérialiste que les autres et donc disons-le clairement César probablement n'imagine rien après la mort donc le fait qu'il désire une mort inattendue soudaine ça veut dire de toute façon après il n'y a rien moi je ne sens pas la douleur voilà quelque chose dans ce genre qui est très humain et beaucoup d'entre nous répondraient la même chose aujourd'hui le fait est qu'il a ensuite été assassiné le jour suivant c'était Jules César un rendez-vous avec la mort merci à Stéphanie Willeur Romy Weich Christophe Badel Christine Dalbeau Marie-Claire Ferriès Philippe Fleury Annie Alelli Sarah Borrello Pascal Monlauc et Luca Fedzi Extrait de Jules César et de Cléopâtre réalisé par Joseph Minkiewicz et de Spartacus de Stanley Kubrick texte de Suéton lu par Olivier Balazuc avec les voix d'Arnaud Carbonier et Anne de Pefeilloux prise de son studio Pierre-Erik Charles Jason Taus et Eric Boisset coordination Christine Bernard conseiller éditorial Emmanuel Laurentin un documentaire d'Alfred de Montesquieu réalisé par François Test à suivre l'épisode 2 itinéraire d'un séducteur